Les Trois Mousquetaires à Nantes… et sur DVD !

« Les Trois Mousquetaires » croisaient le fer sur la scène du Zénith de Nantes ce week-end. Quatre représentations pleines à craquer pour un spectacle qui a réussi à sortir son épée du jeu grâce à un casting séduisant, une mise en scène assez audacieuse qui glisse une vraie modernité dans le roman d’Alexandre Dumas.

D’abord, il y a le quatuor masculin. Plus qu’une juste répartition des rôles titres, ces quatre là sont complémentaires au point de devenir indissociables. Bruno Berbérès, grand manitou des casting, celui qui se cache derrière la plupart des grands succès actuels, a visé juste. Olivier Dion (d’Artagnan), David Ban (Porthos), Damien Sargue (Aramis) et Brahim Zaibat (Athos) sont des mousquetaires qui n’auraient pas déplu au romancier. Voix précises, jeu enlevé, joli maniement du fleuret, acrobaties spectaculaires, ils n’ont peur de rien. On concédera juste un certain anachronisme, à moins que ce soit une audace vestimentaire à laquelle n’avait pas pensé Alexandre Dumas : ses mousquetaires, tous beaux gosses et bien faits de leur personne, chevauchent et combattent la chemise largement ouverte sur les pectoraux… pour le plus grand bonheur du public féminin.

Le reste de la distribution est au diapason : Victoria (qui avait marqué le public du « Roi Soleil » par son timbre unique) s’impose en Anne d’Autriche, Megan offre sa douceur à Constance, Christophe Héraut est un cardinal rigide à souhait, quant à Golan Yosef (inoubliable dans le rôle titre du «Dracula» de Kamel Ouali), il est l’autre atout charme masculin, danseur doué mais également chanteur, il sait faire entendre son Duc de Buckingham. Enfin, Emji, passée par la Nouvelle Star, est une Milady de Winter tous feux tous flammes.

Les québécois Dominic Champagne et René-Char Cyr (deux monstres sacrés de la mise en scène Outre Atlantique, auréolés de très nombreuses récompenses) souhaitaient donner de la modernité au roman. S’ils ont bien conservé les scènes essentielles, ils leur ont donné une couleur actuelle. Ainsi les danseurs ne sont pas dans des tenues d’époque mais évoluent en Converse, slim beige, bustier et petit gilet. Quant aux gardes du Cardinal, loin de tous les films restés en mémoire, ils ont des gilets pare-balles et une tenue rouge qui a plus à voir avec un commando du GIGN (ce qui est assez impressionnant et laisse quand même une partie du public mal à l’aise dans le contexte sécuritaire actuel).

Musicalement aussi, ce n’est pas du tout ambiance « bal à la cour ». Pop, techno et même quelques notes rappelant le célèbre « Pop Corn » de Hot Butter, le dépoussiérage a également opéré sur la partition, de quoi faire naître des applaudissements en rythme dans les travées.

Au final, ce sont deux heures trente bourrées d’inventivité, d’humour (comme cette improbable chevauchée à dos de… cheval d’arçon), de bonne humeur, de véritable proximité aussi avec le public, renforcée par une scène dont l’avancée est composée de larges marches. Les gens en ressortent joyeux et bluffés. La tournée s’achèvera début juillet à Nice mais le DVD a été tourné à l’occasion de cette escale nantaise. Avant sa sortie, une diffusion du spectacle est déjà prévue le 13 juin sur W9. Les Trois Mousquetaires ont visé le succès. Mission accomplie haut la main.

M.M.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

DAVID BAN ALPAGUE SON PREMIER ALBUM

Ce week-end, son Porthos faisait escale trois jours à Nantes. Quatre représentations des « Trois Mousquetaires » dont deux concerts bourrés de technologie et de caméras pour cause d’enregistrement du DVD. La nuit avait été quasi blanche mais David Ban ne se dépare ni de son sourire, ni de sa disponibilité. Heureux de ce rôle à succès. Impatient à l’idée de voir enfin se rapprocher la sortie de son premier album. 

Evidemment, tout le monde attendait Olivier Dion, sa pointe d’accent québecquois, son corps sculpté à la faveur des portés bien élevés de « Danse avec les Stars », ou Damien Sargue, le brun ténébreux, superbe dans Roméo et Juliette comme dans les Forever Gentlemen, ou bien encore Brahim Zaibat et sa souplesse féline, ce sens de la danse qui ne rechigne devant aucune pirouette même la plus extrême… et c’est finalement lui qui sort son épée du lot. Un pour tous mais au final, cela pourrait bien être tous pour David Ban. Car le chanteur-comédien-musicien excelle dans « Les Trois Mousquetaires ». Un dixième spectacle musical qui permet enfin de le mettre en haut de l’affiche avec un rôle à la pleine démesure de ses multiples talents. Le 29 Juin, sortira son premier album. On serait presque tenté de dire… enfin !

« C’est vrai, plus de deux ans depuis la fin de ma campagne participative… Mais je fais tout moi-même et un disque, c’est une montagne de choses à réaliser. Je compose textes et musiques. Une fois  le studio trouvé et l’enregistrement bouclé, il faut penser à la couleur générale de l’album, à la pochette, au livret, à la distribution, la promotion etc… Artiste volontairement indépendant, j’ai une totale liberté artistique et je suis maître de mes choix, de mes textes, de mes musiques, mes arrangement mais également de mes visuels. On verra si les labels, les maisons de disques ou encore des tourneurs s’intéresseront, mais quoiqu’il en soit rien ne m’arrêtera. », souligne l’artiste. « Ce disque, « L’ Alpagueur », quand il sortira, je l’aurai pensé et créé de A à Z, avec tout de même le soutien musical et artistique d’une bande de potes fidèles et particulièrement doués comme Julien Lamassonne (guitare et voix), Emma Piettre (contrebasse et voix), Karoline Rose, avec laquelle je partage un duo (guitare et voix) ou bien encore mon vieux complice Nicolas Fageot (basse). Il sera multicolore, poétique, drôle, émouvant aussi parfois, sentimental mais surtout positif. Et je l’assumerai du 1er au 14ème titre.»

Des années que David Ban nourrit ce projet d’album. Des années que le public, avec lequel il a une relation très forte, de vrais échanges sans faux semblant, attend lui aussi. Devant l’hôtel où la troupe était logée, elles (car ce sont en majorité des femmes) attendant avec patience depuis au moins deux heures dans l’espoir d’une rencontre, le temps d’un selfie, d’une dédicace. David Ban n’est pas du genre à snober. Il a beau être un peu en retard sur le planning, il parle, écoute, sourit et enchaîne les clichés. Même scénario quelques secondes plus tard devant les grilles du Zénith. Une dizaine de fans campe depuis deux heures car le bus qui emporte danseurs et interprètes doit passer par là. Il descend et va à leur rencontre, pose avec le bout de chou qu’on lui met dans les bras.

« J’essaie dans la mesure du possible de prendre un maximum de temps avec les fans. Car je n’oublie pas qu’on a la chance d’être des artistes soutenus par un public qui vient et achète des places en nombre. Un sourire, une photo, une dédicace ça fait toujours plaisir. Lorsque je jouais Danton dans « 1789, les Amants de la Bastille », je sortais devant le Palais des Sports de Paris et je donnais des concerts sauvages avec les premiers titres de l’album à venir. Une manière différente de rencontrer les gens et de voir les morceaux qui accrochent, d’écouter les retours… Avec « Les Trois Mousquetaires », je ne peux pas. Le rôle est beaucoup plus dense, extrêmement physique et je n’aurais pas pu enchaîner les deux.»

Avec « Les Trois Mousquetaires », David Ban endosse effectivement un rôle de poids puisqu’il est l’un des quatre personnages principaux mais il a surtout enfin la possibilité de montrer toute l’ étendue de son talent. Véritable performer, sachant aussi bien chanter (et avec quel timbre ! une voix chaude et grave, parfaitement reconnaissable qui peut tout se permettre) que jouer la comédie ou encore jouer de la guitare en live dans le show, il a réussi à convaincre les metteurs en scène québecquois de le laisser poser sa patine sur son personnage. Porthos y a gagné en humour, en intensité de jeu. Pour le reste, il est peut être d’une courte avance l’ainé des Mousquetaires, il n’en est pas moins affuté, agile, la musculature séduisante qu’il aurait tort de laisser cachée sous la tunique. (On se demande d’ailleurs combien de temps encore il échappera au casting de « Danse avec les Stars ». Ses acolytes s’y sont tous illustrés. Il a le profil idéal. Il a aussi l’envie. TF1 si tous nous entends….)

« Après « 1789 », il y avait eu l’aventure « Flashdance » qui avait permis au public de me voir autrement. Avec Porthos, c’est encore un cran au dessus. J’avais peur avant de m’engager que ces quatre mecs fassent un peu boys band… Mais on est loin de tout ça et je suis hyper heureux des commentaires que m’envoient tous ceux qui me découvrent. Pour autant, c’est ma dixième comédie musicale après des spectacles aussi importants pour moi que « Sol en Cirque », « Grease », « Hair », « Avenue Q » et bien sûr mon Danton de « 1789 ». Difficile de trouver plus fort désormais que ce rôle de Porthos et cette aventure entamée voilà deux ans. On verra de quoi sera fait l’avenir mais j’avoue ne pas avoir l’envie d’enchainer une 11ème comédie musicale pour me concentrer d’avantage sur ma musique et mon travail de comédien. »

Au terme de la tournée (le 1er juillet à Nice), David Ban remisera donc son épée et aura quartier libre pour assurer la promotion de « L’Alpagueur » tout juste né. Plus qu’une release party, le concert du 29 juin au Zèbre de Belleville (Paris) dont il est producteur sera une vraie fête. Avec les copains, forcément (Nicolas Fageot, Julien Lamassonne, Emma Piettre, notamment ) mais aussi plein de surprises. Artiste prolixe, jamais à court d’imagination, David Ban s’enthousiasme en pensant aux opportunités offertes par ce lieu à l’ambiance un peu circacienne. Presque toutes les places ont déjà été vendues alors que presque six semaines séparent encore de ce rendez-vous. De quoi le rassurer et lui donner envie de voir naître une tournée. En solo. Rien que pour lui et forcément avec une autre souplesse que ces grosses productions auxquelles il est rodé. « J’ai envie de voir les gens quand je joue, de croiser des regards. J’aime ces petites salles qui existent un peu partout en France et qui permettent une autre écoute. C’est encore à construire mais c’est une envie très forte qui j’espère verra vite le jour. »

C’est effectivement dans des salles plus intimistes que les textes de « L’ Alpagueur » prendront toute leur dimension. Car les fidèles qui connaissent son personnage de clown au coeur tendre savent aussi qu’il est riche de plein d’autres facettes. « Différemment différent » est un pur bijou de sensibilité. « S’aimer », « Je n’oublierai jamais », « Hors saison », « Viens ma belle » que David Ban offre en écoute dans la confidentialité d’une loge du Zénith à quelques minutes d’entrée en scène résonnent longtemps après. La musique accroche, les paroles frappent, la production est ultra bien léchée… On s’enflamme sur le titre qui serait le premier extrait car il y a du tube en puissance et on se dit chanceux d’avoir le privilège de cette avant première. « J’ai attendu longtemps donc je ne suis plus à quelques semaines près mais avoir le disque en mains sera l’ aboutissement d’un long parcours. Je n’aurai alors plus qu’une envie: le partager et voir l’accueil que lui réserve le public. »

Début de réponse le 29 juin. Ce soir là, « L’ Alpagueur » sera livré sur les fonts musicaux, en intégralité, surprises et inédits en prime. Et David Ban sera sans doute assez ému. Comédien peut être (une activité qui l’occupe déjà beaucoup mais qu’il se verrait bien poursuivre sur une scène de théâtre et au cinéma, lui l’habitué des productions pour la télé) mais certainement pas tricheur, ce soir là, il sera en équilibre sur le fil des émotions, sans filet mais avec ses musiques, ses mots et ses potes pour balanciers. On parie que la salle sera trop petite ?

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Crédit photo Live Alpagueur // André D. 

– Au «  Zèbre » de Belleville, Paris, le 29 Juin 2017. Réservations: www.billetweb.fr/david-ban-lalpagueur –  

– http://www.davidban.com – 

CHRISTOPHE MAÉ A RATTRAPÉ SON RÊVE

Quand on a un dernier album en date certifié triple disque de platine, et, accessoirement dix années de succès incontesté derrière soi, le public vous attend forcément au tournant de la nouvelle tournée, espérant des surprises, une mise en scène façon « toujours plus haut, toujours plus fort ». Un pari que Christophe Maé relève avec euphorie. Haut en couleurs, musical et chargé d’émotions, son «Attrape-Rêves Tour» est un voyage bluffant d’énergie et de générosité.

Christophe Maé en concert, c’est toujours un moment unique. Car le personnage lui-même n’a pas son pareil. On peut le parodier, (tenter de) l’imiter en focalisant sur des succès qui ne seraient riches que de quelques accords… le musicien n’a plus besoin de répondre à ces sirènes de la mauvaise foi, il sait que le public ne lui est pas fidèle par hasard. Bosseur acharné (la projection d’un extrait d’interview de Jacques Brel en milieu de concert rappelle judicieusement la place du travail « car le talent n’existe pas »), musicien, danseur, comédien, il joue avec plaisir toutes les cartes que la scène peut lui offrir. Et il le fait sans bluffer, avec une générosité qui n’est l’apanage que de quelques uns.

Après l’avoir vu à Saint-Brieuc à l’automne dernier, dans le cadre des quelques dates de «pré tour», on avait bien compris que cet « Attrape-Rêves » enverrait du spectaculaire. On ne s’était pas trompé. Après une projection sur l’immense écran fond de scène d’un film façon western dans lequel Maé camperait Clint Eastwood avec ses musiciens qui débarquent les uns après les autres dans les rôles traditionnels du genre (un toubib, un barman, des bons mais aussi des brutes et des truands), la montagne peut s’ouvrir : les Rocheuses, la Monument Valley, une veillée feu de bois, le saloon et mêmes les frimes de la Californie, le public va sortir son passeport pour deux heures d’un voyage dont il n’aura jamais envie de débarquer. La scénographie est imaginative, le décor crée l’illusion à coups de projections et de lumières superbement conçues. Le show fait dans le sensationnel, le concepteur n’a pas failli ! (Christophe Maé a souligné la part créative importante jouée par Joseph di Marco, son complice musicien et danseur, dans cette tournée). Les musiciens et les choristes (beaucoup étaient déjà dans la précédente tournée) sont d’énormes pointures et l’amitié qui les unit n’a rien d’un faux semblant.

Emu, rappelant qu’il s’était écoulé à peu près dix ans depuis sa première tournée, remerciant parce qu’ « enfant, il rêvait de jouer de l’harmonica et de se déguiser en cowboy et en indien et qu’il menait désormais la vie qui le faisait rêver », il peut alors décocher les premières notes de ce superbe «Attrape-Rêves» écrit avec Boris Bergman. Quelques secondes à peine et le Zénith de Nantes plein à craquer chante avec lui, sans avoir eu besoin d’y être invité. Six mille cinq cents personnes qui connaissent par coeur les titres les plus anciens comme ceux de ce dernier album, concentré de tubes. Et qui n’hésitent pas à se lever pour tanguer au milieu des parterres de chaises ou des gradins et finir cette chorégraphie inédite dans un immense fou-rire.

Reconnaissant envers cette fidélité jamais trahie, Christophe Maé n’hésite pas à descendre de scène pour serrer des mains, réagir avec humour aux demandes qui lui sont formulées, allant même jusqu’à s’offrir une pleine traversée du Zénith, micro-casque et guitare en bandoulière. Les fans se ruent, il sourit, regarde. Visiblement heureux de ce moment qu’il a souhaité glisser au coeur de la soirée.

A ces moments joyeux succèdent des séquences laissant la part belle à l’émotion. « Il est où le bonheur ? » vise juste. « Ballerine » façon déclaration nocturne en bord de mer, « La Poupée », l’un des titres forts de l’album précédent, imposent naturellement une écoute attentive. Et puis il y a bien sûr la bouleversante « Lampedusa », cette ode à tous les naufragés qui rêvaient d’exil et de monde meilleur, une main tendue qui mériterait une diffusion massive en ces temps troublés de scrutin. Attentif aux autres (il est l’un des piliers des Enfoirés), sans chercher l’éclairage ni la médiatisation systématique de ses engagements, Christophe Maé sait qu’à quarante ans, il peut aussi véhiculer des mots sur le terrain de ses convictions. Et il le fait avec une vérité renforcée par une dimension artistique saisissante.

En Juin, « L’Attrape-Rêves Tour » s’offrira une escale de deux semaines au Palais des Sports de Paris. L’occasion peut-être de se rattraper pour tous ceux qui n’ont pu avoir leur ticket pour Nantes. A moins qu’ils préfèrent patienter jusqu’au 20 Septembre… car la liste des déçus était trop longue: phénomène assez rare mais bien représentatif du succès engendré, la tournée repassera ici dès ce début d’automne. La billetterie est déjà en surchauffe. A défaut de rêve, attraper deux heures de bonheur ne se manque pas deux fois.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Esperluette Tour: Julien Doré séduit avec force et élégance

Après trois années riches du succès de « Løve », certifié quadruple platine et salué par une Victoire de la musique (Artiste de l’année) en 2015, Julien Doré a repris la route avec « & », son nouvel opus sorti en octobre dernier. On savait l’artiste grand adepte de la scène. Brillant, oscillant entre énergie, humour et tendresse, il affiche sans complexe ses talents de showman. Deux heures de spectacle où plaisir et bonheur se vivent dans un incroyable partage.

Un accord de clavier et le Zénith de Nantes qui plonge dans la pénombre. Il n’en fallait pas davantage pour que la salle pleine à craquer laisse retentir son enthousiasme. Mais ce n’était qu’un faux départ (volontaire), de quoi chauffer encore une assistance déjà conquise. Quelques faux semblants encore et puis les six musiciens (deux claviers, deux guitaristes, un bassiste et un batteur) s’installent sur l’immense scène immaculée qui diversifie les hauteurs et permet de ne laisser personne dans l’ombre. Julien Doré leur succède, faisant son entrée par l’immense & posé au centre derrière eux. « Bonsoir Nantes! Vous êtes venus malgré la pluie, le crachin… L’Amour sera notre paradis. Merci d’être là, » lance t’il ému en regardant la foule à ses pieds. Résonnent alors les premières notes de « Porto Vecchio ». La fête est lancée. Elle ne s’arrêtera plus pendant deux heures.

Il y a quelque chose du félin chez Julien Doré. Il parcourt la scène, saute, ralentit le pas, scrute les regards. La crinière blonde caresse le blazer bleu nuit. Il bondit survolté puis s’arrête derrière son micro. Toujours souriant. Heureux à l’évidence. Un sentiment légitime au regard de l’accueil déjà réservé à son album. Le clip du « Lac » a déchaîné les passions, la présence de Pamela Anderson suscité des réactions contraires… Ca tombe bien, il suffit de l’avoir déjà rencontré pour savoir que la haine provoquée par l’ex actrice d’ « Alerte à Malibu », Julien Doré l’avait forcément anticipée, voire même recherchée. Une manière comme une autre de mettre en évidence la bêtise des regards, le poids des a priori sur un physique alors que l’américaine est désormais reconnue dans son combat pour la cause animale et l’écologie. Une chose est sûre, le buzz a été long et efficace. Tout comme sa reprise de « La javanaise » en japonais, lui assis sur une balançoire, au début de l’année. Les âmes bien tristes y ont vu un sacrilège là où il n’y avait que fantaisie, hommage et humour. Dès ses premiers passages dans « La Nouvelle Star », le ukulélé et la barrette sur cheveux courts annonçaient pourtant déjà la suite du parcours.

« Le Lac » justement commence à peine que le public reprend à l’unisson, chorale éphémère d’une soirée placée sous le signe de la communion. Rien d’artificiel, ni d’incitations forcées. Juste l’envie de partager. Pour « Beyrouth », ce partage sera démultiplié, Julien Doré quittant la scène pour se fondre dans la fosse et avancer jusque dans les gradins. Un tour de salle joyeux, micro en mains, avec derrière lui des dizaines de spectateurs reliés dans une improbable chenille. Humour fin de banquet qui reste ici mâtiné d’élégance. La salle est debout, le succès total.

Mais c’est avec « Coco câline » puis la tubesque « Chou wasabi » que le concert passera à la vitesse supérieure. Julien Doré a gagné en densité, en intensité. Alors que la tournée n’en est qu’à sa septième escale, lui le bosseur a la confiance offerte par une préparation parfaite. Il sait que tout est calé. Il en tire une liberté et une énergie impressionnantes. On pourra toujours ironiser, lui refuser la catégorie des « très grands », les esprits chagrins ne pourront lui ôter ses qualités de musiciens, son sens du spectacle, sa capacité à emporter des salles de dizaines de milliers de personnes dans une palette émotionnelle très large. Le tout avec une classe bluffante.

La seconde partie du spectacle sera plus affective, presqu’ intimiste. Assis devant son piano droit, les musiciens resserrés en demi cercle autour de lui, il reprend la superbe « Magnolia », puis «Winnipeg». Le public est invité à l’accompagner. Inutile de renouveler la demande, les voix sont déjà là. Peuvent alors défiler d’autres titres présents sur « & » (& qui pour mémoire s’appelle aussi Esperluette. & comme « et » parce que Julien Doré l’a souvent expliqué, on n’est rien sans les autres, alors « et » fait le lien avec ces autres mais aussi avec la nature et le monde).

« Romy » (inspirée par la petite fille de son guitariste), en italien, allie la force à la douceur dans un étonnant mélange. Seul au piano, le chanteur interprète alors « Sublime & silence », son nouveau single. Très beau moment conclut avec les riffs puissants d’ Armand Meliès, le guitariste (mais aussi auteur-compositeur-interprète) ayant lui aussi été embarqué dans l’aventure. « De mes sombres archives », dans une version débridée et pleine de rage, avec des musiciens déchaînés, bouclera ce second chapitre qui a vu danser le piano. Mais la soirée ne pouvait pas se conclure sans le traditionnel rappel.

Julien Doré remerciera une fois encore avec une émotion toujours aussi visible. « Mon apache », toute en sensualité, puis « Caresse » et ces minutes laissées à ce très bel amour avant de refermer ces deux heures en apothéose sur « Paris Seychelles ».

Deux heures qui ressemblent à un moment de vie avec son amoureux, ses chagrins, ses joies, ses doutes. La vie aussi dans un monde blessés par ses incertitudes. Une scénographie moderne, efficace, particulièrement originale et élégante. Des amis fidèles qui ont aussi le mérite d’être de très bons musiciens. Julien Doré n’a plus de doute à avoir: son « Esperluette Tour », une centaine de dates et des passages par les plus grands festivals cet été, est déjà l’un des plus beaux rendez-vous de l’année.

Magali MICHEL

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Geoffrey Ploquin, un danseur en mouvements

En cinq ans et trois comédies musicales à succès, Geoffrey Ploquin est devenu un danseur très recherché. Un succès qui semble surprendre cet ancien élève du Conservatoire National de Paris, qui croit aux vertus du travail et ne se laissera jamais prendre par des sirènes de la renommée qui riment bien trop souvent avec éphémérité.

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Dans les couloirs du Zénith de Nantes, il rejoint les coulisses d’un pas souple mais sans précipitation. A une heure de la représentation, juste avant de passer entre les mains de la maquilleuse, il se plie avec sourire aux souhaits de la photographe, enfile l’un de ses costumes puis prend la pose au milieu du décor. Souriant, disponible et professionnel, la marque de fabrique de Geoffrey Ploquin (« Plok »), danseur de la troupe des «  Dix Commandements », actuellement en tournée à travers la France, qui à force de talent a imposé sa personnalité et réussit à ne plus être anonyme. Un constat qui l’amuse et qu’il met, avec une modestie non feinte, sur le compte de… sa coiffure ! « C’est l’effet dreads! On n’est pas si nombreux à avoir ces cheveux là, ça doit se remarquer davantage. » Le cheveu est long mais le raccourci un peu court!

Ses premiers pas, Geoffrey Ploquin les a effectués dans sa Charente natale, plus précisément à Mansle où est organisé chaque été (depuis près de trente ans) un grand festival de danse avec la possibilité pour les stagiaires de se confronter aux enseignements de professeurs de renom. Le virus est pris. Prêt à tous les sacrifices pour espérer un jour vivre de sa passion, Geoffrey Ploquin quitte à quatorze ans famille et amis et intègre le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, considéré comme l’un des plus grands établissements d’enseignement artistique au monde.
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J’étais encore jeune, ce n’était pas évident et nous devions nous plier à des règles strictes faites de rigueur et de discipline. Sans être aussi drastique, sans cet esprit un peu militaire que l’on prête à l’Opéra de Paris, c’était quand même très sévère avec son lot d’injustices car il fallait que le corps reste parfait, corresponde aux normes  alors que nous étions à un âge où la vie décide un peu toute seule. Toutes les heures de travail à la barre ou au sol ne pourront rien contre la croissance. Pour les filles, cela peut même être d’une cruauté inouïe. J’en conserve néanmoins de fabuleux souvenirs et la conscience d’avoir une base solide constituée de tous les indispensables. » Geoffrey Ploquin, bosseur et déjà talentueux, en sortira avec un Premier Prix, mention Très Bien. Plutôt une bonne accroche pour le CV!

Aventurier, se sentant « danseur citoyen du monde », le jeune diplômé rejoint alors la Compagnie Métros, à Barcelone. Trois années fortes avec des créations contemporaines qui se sont malheureusement terminées lorsque la compagnie a du se dissoudre, faute de trésorerie.

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Geoffrey Ploquin rentre en France. Il effectue un passage express par Toulouse avant de s’installer à Paris en 2011. C’est là que Rheda, le chorégraphe des « Enfants du Rock », de « Champs Elysées » mais aussi des concerts de Florent Pagny, Vanessa Paradis, entre autres, le contacte pour figurer dans un clip de Zazie (« Avant l’Amour »). Il ne lui en faut pas davantage pour se faire repérer. Dans la foulée, il passe le casting de « 1789, les Amants de la Bastille » produit par Dove Attia et Albert Cohen. Le monde de la comédie musicale lui ouvre ses premières portes.

« C’est une aventure humaine et professionnelle très particulière car le casting fait naître une troupe avec des personnalités qui ne se connaissaient par pour la plupart, sont censées porter un même objectif avec le même enthousiasme et humainement, il faut que ça marche compte tenu du temps à passer ensemble. Il y a les mois de répétition avant la première puis la longue tournée qui suit généralement les représentations parisiennes. C’est très long quand le succès est au rendez-vous. Pour le corps aussi, il faut rester vigilant. Je ne fais pas partie des intégristes de la nourriture qui compte les calories et traque les graisses. Quand on danse autant, l’organisme élimine de toutes façons. Il suffit de ne pas être dans l’excès. Le plus important me parait être le travail musculaire. Profiter d’un moment même devant la télé pour s’étirer, s’assouplir, penser à toujours s’échauffer soigneusement, rester à l’écoute. Il ne peut y avoir de carrière longue sans veiller à tout ça. »

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Après «1789, les Amants de la Bastille », Geoffrey Ploquin a été rappelé par Giuliano Peparini, le metteur en scène, pour intégrer la troupe de « La Légende du Roi Arthur ». La création  au Palais des Congrès (Paris) puis les semaines d’une tournée, autant de rythmes avec lesquels il faut composer. « A Paris, il y a davantage de représentations dans la semaine, six parfois. En tournée, c’est généralement le week-end que les séances sont concentrées. Il ne faut donc pas se laisser manger par ces emplois du temps atypiques. Le statut d’intermittence exige quarante trois cachets et ce statut est fragile. Il faut donc « exister » entre deux week-end, rester à l’écoute des castings, répondre aux sollicitations y compris les plus brèves », souligne le danseur.

« Je me suis souvent retrouvé sur des plateaux télé. C’est dense, bien rétribué et cela offre une mise en lumière parfois. Mais il y a tellement de professionnels à Paris que la concurrence est sévère et la sollicitation davantage liée au relationnel qu’au CV ou aux auditions. Il faut en avoir conscience et vivre les choses avec le maximum de recul et de sérénité. »

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De ses origines provinciales, Geoffrey Ploquin a gardé un calme qui ne cédera pas devant la frénésie parisienne. Les pieds sur terre, il reste concentré sur un quotidien qui passe désormais par l’ Histoire avec un grand H puisqu’il s’agit de celle des Dix Commandements. Près de deux mois de répétition à la Cité du Cinéma en Seine Saint-Denis et puis ces quatre représentations à l’Accord Arena de Paris (ex Bercy) en Novembre dernier devant plus de 25.000 spectateurs. La tournée française est en route, grand barnum impressionnant retraçant l’Egypte de Sethi, au XVème siècle avant JC. Coté musique, ces chansons de Pascal Obispo devenus culte depuis la version d’origine en 2000, « Mon Frère », « L’ Envie d’Aimer » et tous les autres titres que reprend haut la main la nouvelle distribution.

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A Nantes, la salle était comble et les deux représentations ont été ovationnées. Les dates d’ Epernay, Douai, Limoges et Montpellier prévues en ce mois de février sont pourtant reportées à une date ultérieure. « C’est compliqué car la période n’est pas idéale pour se mettre en route », observait Geoffrey Ploquin alors que l’annonce de ces reports n’étaient pas encore faite. « Financièrement, après les fêtes de fin d’année et les impôts qui arrivent, acheter une place de spectacle est un plaisir que tout le monde ne peut pas s’offrir. Bizarrement, il y a aussi des spectateurs qui découvrent notre passage tardivement. Je veux penser que le succès sera pourtant au rendez-vous. »

Le danseur réfléchit aussi à son avenir. La passion est intacte mais il a envie de franchir les frontières. « Je veux aller voir ce qui se fait en Europe. La Grande Bretagne, l’Europe du Nord sont parait-il riches de chorégraphes, de troupes impressionnantes. Je prépare un périple en aménageant ma voiture façon camping car. J’irai où me porteront les découvertes et les rencontres avec l’espoir d’apprendre et de danser. Encore mieux. Encore plus. Il faut savoir se réinventer sinon la passion aussi jouerait l’intermittence. » Que ses fans (dont certaines le suivent de ville en ville) se rassurent: la passion est encore vive et le temps n’est pas encore venu de se décrocher de l’affiche.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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Fabien Incardona récolte les bonnes notes de sa détermination

Les télé-crochets ont été des concours de circonstances heureux permettant à Fabien Incardona d’entrer dans « La légende du Roi Arthur ». Si Méléagant ne décroche pas Excalibur, l’artiste lui a trouvé son public grâce à une voix exceptionnelle. Rencontre avec un auteur-compositeur, interprète qui n’a pas fini de surprendre.

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Depuis quelques semaines, le regard s’est souligné de crayon noir et donne à son regard vert une force supplémentaire. Un détail qui n’a pas échappé. Fabien Incardona ne prolonge pas hors scène les maquillages de Méléagant. Il n’a pas non plus été attaqué par la folie du personnage qu’il campe dans « La légende du Roi Arthur » depuis septembre dernier. C’est au contraire avec un sens aigu de sa carrière qu’il a entamé sa « mue ». La tournée de la comédie musicale s’achevant fin juin à Lille, celui qui a été l’une des grandes révélations du spectacle anticipe déjà l’après et se glisse dans les atours de celui qu’il sera au moment de la sortie de son album. En septembre si tout va bien.

Déterminé. Le qualificatif lui colle parfaitement. A six ans, Fabien Incardona glissait des cassettes dans son magnéto et lançait, sans doute possible, « je veux devenir une vedette! ». Vingt cinq ans plus tard, son parcours confirme qu’il ne s’agissait pas d’une lubie enfantine. Chanter, plus qu’une raison, une façon de vivre.

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« J’ai commencé à étudier le chant vers huit ans. Très jeune, je me suis produit sur scène. Toutes les occasions étaient bonnes pour apprendre. Et puis en 2006, j’ai eu la chance d’intégrer « Entrée des artistes », l’ émission-concours de Pascal Sevran et tout s’est accéléré. »

Quatre mille candidats pour dix huit places. Le challenge était beau mais Fabien Incardona avait l’envie en moteur. La voix était déjà remarquable, capable de décrocher toutes les notes, y compris les plus hautes. « Le programme, diffusé sur France 2, passait toutes les semaines. J’y suis resté six mois et j’y ai beaucoup appris. Le répertoire était celui de la chanson française la plus classique. Pascal Sevran, qui était un immense professionnel, était aussi très exigeant. Pas question de se rater! J’ai fini deuxième. De quoi me conforter encore dans mes envies de poursuite.» Il n’attendra d’ailleurs pas longtemps puisqu’on vient aussitôt lui proposer le casting de L’Eurovision. Michel Drucker à la présentation, Natacha Saint-Pierre, Charles Aznavour et Lara Fabian dans le jury. Même pas peur! Fabien Incardona fonce et se place deuxième. « C’est toujours à stress ce genre de concours, évidemment. Mais côtoyer des artistes de cette trempe, entendre leurs commentaires plus que positifs, a une fois de plus renforcé mes certitudes. Je ne me trompais pas de chemin! »

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Quelques mois plus tard, Gérard Presgurvic, metteur en scène de la comédie musicale « Roméo et Juliette, les enfants de Vérone », l’engage comme doublure pour la tournée asiatique et la reprise au Palais des Congrès de Paris. « L’expérience a duré six mois. On ne va pas se mentir, être doublure génère forcément des frustrations. Mais cela reste néanmoins un très beau moment. »

En 2011, Fabien Incardona quitte son Var natal pour Paris. Grand fan de Queen et des Doors, il devient alors la voix d’un groupe rock, « Gravity off », qui sortira un EP assez remarqué avec notamment « Purple and red » où sa voix fait des merveilles… et lui permet de se faire remarquer pour les castings de la troisième saison de « The Voice ». « Cela reste encore aujourd’hui un souvenir totalement incroyable. J’ai chanté « Wuthering Heights » de Kate Bush. C’est une chanson magnifique et assez difficile à interpréter. Comme cela était arrivé une ou deux fois depuis le début de l’émission, je n’avais pas été placé face aux fameux fauteuils rouges mais dans un cylindre de tissu. Du coup, le jury ne me voyait pas… mais je ne voyais rien d’autre non plus que ce rideau. A la fin, j’ai entendu le public hurler et applaudir avec enthousiasme. Je me suis dit, « c’est bon! » Et puis quand le rideau est tombé, j’ai vu qu’aucun ne s’était retourné. Le jury a beau m’avoir dit ensuite qu’il avait fait une erreur, ça a été une vraie douche froide. Un mélange d’immense incompréhension et de déception. Après… et bien il faut quand même avancer et ne pas rester focalisé sur cet échec! Il n’y a pas de chemin sans cailloux…»

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Le voilà donc essuyant les plâtres de « Rising Star », le télé-crochet dont M6 espérait beaucoup. Pas de fauteuils rouges cette fois mais un mur d’écran qui se lève en cas de succès. Fabien Incardona fera deux soirées, avec « Prendre racines » de Calogero et « SOS d’un terrien en détresse » de Balavoine. Dove Attia (producteur à succès de « Mozart, l’opéra rock », « 1789, les amants de la Bastille », pour ne prendre que les spectacles les plus récents) est devant sa télé. « Il me contacte et trois jours après, je suis face à lui. Il me parle avec cette passion qui lui est propre de sa prochaine comédie musicale, me dit qu’il me voit dans Méléagant, ce sombre personnage qui enlèvera Guenièvre, d’Arthur, joué par Florent Mothe, de cette légende de la Table Ronde et de Giuliano Peparini auquel il a confié la mise en scène… Qui n’aurait pas été convaincu ? J’étais sur un nuage. Les titres sont magnifiques. Après quatre mois au Palais des Congrès et quatre mois de tournée dans toute la France, je les interprète avec une envie intacte. Je m’autorise même parfois quelques notes supplémentaires. C’est le charme du spectacle vivant, rien n’est figé et on peut répondre aux attentes du public en se faisant plaisir. »

Entre les deux show de la journée, dans sa loge du Zénith de Nantes, Fabien Incardona est d’une disponibilité et d’un enthousiasme touchants. « Méléagant a quand même une personnalité de dingue. Sans mauvais jeu de mots. Il est torturé, complexe. J’ai longuement travaillé pour l’habiter tel que le souhaitait Giuliano Peparini. Nous avons tous énormément bossé le jeu d’acteur et pour beaucoup aussi, le maniement de l’épée. C’était une grosse pression, un rôle exigeant pour lequel j’ai du aller dans mes retranchements. Je n’en tire que des moments de bonheur. Il n’y a eu qu’un seul souci quand deux semaines avant la première, j’ai chuté en répétition dans une scène où je devais descendre en vitesse un escalier. Mes chaussures plateformes de treize centimètres m’ont trahi…. Une belle entorse. Une semaine d’angoisse et une légère modification prudente de mise en scène, rien de dramatique au final. »

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En juin pourtant, il faudra raccrocher l’épée. Fabien Incardona n’aura pas le temps de se laisser gagner par le vide laissé par la fin de la tournée, il sera en pleine finition de son album. « Je veux pouvoir en être fier, me dire qu’il me ressemble, que c’est bien celui dont je rêvais. Alors je ne fais aucune concession. Avec mon groupe, nous avions sorti un EP, réalisé grâce à MyMajorCompany. Plus deux-cents fans s’étaient associés au projet et avaient rapidement permis de récolter les 12000 euros nécessaires. Nous avons enregistré à Orléans et au bout d’un an, nous avions ces six titres,   toujours disponibles d’ailleurs sur les plateformes de téléchargements. « Change », le titre qui a donné son nom à l’EP a visiblement beaucoup plu. On a donné un concert à la Boule Noire, à Paris et ça a vraiment été une très belle date, un grand succès. Du coup, forcément, ça donne envie de revivre des moments aussi forts et ça exerce une petite pression. Il faut que ce soit à la hauteur de toutes les attentes, des miennes notamment! J’ai déjà plusieurs titres prêts et je poursuis avec Mike Dean, mon parolier, qui me connaît bien puisqu’il se trouve être aussi mon meilleur ami. Je trouve l’inspiration en Islande, pays qui m’est cher et où je reviens très souvent. Je me confronte à ces paysages exceptionnels, je me balade et je laisse venir les émotions. Je ne veux pas déflorer l’album alors je dirais juste que ça parlera de l’amour, de la vie… Ce sera très pop, avec une coloration indienne… je dois rencontrer des maisons de disques. Si tout va bien, la sortie se fera en septembre. En attendant, je travaille aussi mon look car nous sommes dans une société où l’image est primordiale. Je commence à me présenter tel que je me produirai sur scène. Je garderai ces bagues, souvenirs de mes voyages, ce collier, qui m’est cher. Et ce regard avec ce trait de crayon discret… J’espère que le public qui m’aimait dans « La Légende d’Arthur » me suivra dans ce nouveau chapitre encore plus personnel…»

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A priori, si l’on en juge par tous ceux qui l’ acclament et l’attendent après chaque représentation, Fabien Incardona a quelques raisons de rester confiant. Avec des compositions à la hauteur de cette voix incomparable, il décrochera lui aussi sa couronne.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET. 

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Déferlante pleine de succès pour Ryan Keen.

En Juillet 2012, Ryan Keen assurait la première partie d’Ed Sheeran à la Cigale (Paris). Deux ans et demi et quelques centaines de concerts plus tard, c’est avec Sheeran toujours qu’il foule à nouveau les scènes européennes. Mais sa notoriété comme les salles ont pris de l’ampleur: dans des zeniths désormais pleins à craquer, le prodigieux britannique vient d’enthousiasmer un public qui, pour une fois, n’en a pas que pour la star de la soirée. Emouvante ascension.

Quel artiste n’a pas essuyé les plâtres de la renommée en assurant à travers un brouhaha pas même discret la première partie de l’hôte principal de la soirée ? Lorsqu’une certaine cohérence de choix emporte un peu d’écoute, cela passe encore. Mais lorsqu’une malheureuse en solo piano-voix fait antichambre d’un groupe au rock puissant, c’est souvent douloureux. Formateur, peut-être. Mais douloureux assurément.

En demandant à Ryan Keen d’assurer la première partie de sa tournée mondiale pour toute la zone européenne, la production d’ Ed Sheeran a su viser juste. L’artiste est charismatique, chaleureux; il a déjà tellement roulé sa guitare qu’il est à hauteur idéale. Et le public d’Ed Sheeran, féminin et jeune pour l’essentiel, lui fait bien plus que les yeux doux. Ce sont des vagues de « Ryan, Ryan » qui le réclament et s’enthousiasment. Alors forcément, lorsque l’intéressé débarque sur scène, c’est sourire en bandoulière, émotion visible de celui qui apprécie chaque minute de son ascension. A ses côtés, complice souriant et percussionniste de haut vol, Lee Eksioglu goûte lui aussi cet incroyable tempo.

« Je regarde tout ça et je me dis que c’est incroyable ! » commente Ryan Keen visiblement heureux. « Mais je sais aussi qu’il reste encore du chemin, que je veux poursuivre encore et encore pour exister plus fort et surtout par moi-même, que ce soit moi qui déplace des foules aussi grandes… » Immense éclat de rire mais qui ne renie rien de son envie. Et il a raison d’y croire car pour l’heure la route est belle.

En Mars 2011, Ryan Keen décroche une première récompense des industriels du disque. De quoi lui ouvrir les portes d’ un éditeur indépendant, Imagem, qui lui fournit tout l’attirail nécessaire pour lui permettre de se développer et le met sur la voie d’Ed Sheeran et de sa première tournée. L’aventure aurait pu tourner court car moins de deux semaines avant de prendre la route, Ryan Keen se coupe profondément le tendon de la main droite (il n’y a bien qu’un anglais pour vouloir ouvrir un grand crû de Bordeaux sans tire-bouchons…). Pas facile même pour un virtuose de la guitare qui explore depuis ses huit ans tous les genres possibles. Mais par la grâce d’une volonté farouche et d’un kiné rompu aux techniques nouvelles, il peut prendre la route et présenter « Focus », son EP tout juste né. Ceux qui ont eu la chance de le voir en Juillet 2012 à la Cigale (Paris) s’en souviennent encore, ébahis par ce talent de la nouvelle scène anglaise.

Avec son van très « surfer des sixties », Ryan Keen continue et écume les festivals. Sa voix chaude, ses couleurs intimistes, ses textes puissants servis par un instrument dont l’interprétation laisse bouche bée assurent progressivement sa renommée. Première partie de Plan B au fameux ITunes Festival de Grande Bretagne, un  EP, « Back to the Ocean », la première partie de la tournée de Tom Odell (passée par l’Alhambra en avril 2014) après une immense tournée solo de plusieurs semaines en Australie, des dizaines de salles à travers Suisse, Belgique et Allemagne où son succès est tel que l’un de ses plus gros succès est choisi parmi la bande originale de « Hin und weg », un film qui a connu un gros succès outre-Rhin. Des milliers de kilomètres parcourus, de show case, de micros de radios et de plateaux de télévision pour assurer sa promotion et celle de « Room for light », son premier album sorti en 2013 en Grande Bretagne (disponible en France sur Itunes car pas encore de label signé pour l’Hexagone). Pas le temps de douter, toujours souriant, disponible et d’une humilité assez exceptionnelle, le voilà désormais acclamé par les foules, certes en bénéficiant de l’éclairage d’un Ed Sheeran devenu star au succès planétaire. Mais légitime. A sa place dans cette lumière accrue.

A Nantes ce 3 février, Ryan Keen a livré huit titres, dont les superbes Orelia, Old Scars, Know about me. Un joyeux détour par « Uptown funk » de Bruno Mars puis résonne encore Skin and Bones avant que Trouble ferme le set. Le Zenith est survolté et en veut encore. Il parle (un peu) français. Celà suffit à créer de vrais échanges entre deux titres. Mais il n’est pas de rappel possible dans une grosse machinerie comme celle des tournées mondiales. Alors les fans se consolent en se ruant sur l’album (vendu dans les travées les soirs de concerts) et en cherchant à l’approcher avant de quitter la salle pour un désormais incontournable selfie.  En allant sur Itunes aussi : après le concert nantais, « Room for light » poursuivait son ascension vers les très hauts sommets.

A bientôt 28 ans, Ryan Keen est un drôle de mix entre enthousiasme joyeux et lucidité perfectionniste. Les sirènes de la gloire ne le détourneront sans doute jamais du chemin auquel il aspire et ce n’est pas le fait qu’il soit devenu un ami qui fausse notre regard : sûr,  il restera toujours ce type incroyablement doué pour la guitare, ce gars du Devon à la voix chaude, authentique, loin de toute frime. Et peu importe si au fil du temps l’auditoire ne cesse de grossir. Il travaillera toujours et encore. « Il faut ça. C’est important. On travaille. On cherche. On travaille encore. »

Une courte pause outre-Manche et le 12 février, il repartira à la conquête du public. République Tchèque, Lettonie, Lituanie, Pologne, Estonie… D’autres dates en solo ensuite, un écart par l’Australie le temps d’un festival cet été. Il tâchera aussi de trouver du temps afin de boucler les titres de son deuxième album. Enregistrement  peut-être dans les chaleurs de Los Angeles.

Quand un ami se présente devant une petite assemblée, on partage sa tension, on s’inquiète de la qualité de l’auditoire. Quand il est acclamé par neuf mille personnes, on devine son bonheur. Et comme il le met en partage, on ne peut qu’être ému. Ryan Keen, retenez bien ce nom!

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

Télécharger Room for light sur Itunes: https://itunes.apple.com/fr/album/room-for-light/id808224761

http://www.ryankeen.co.uk // https://twitter.com/RyanKeen // https://www.facebook.com/ryankeenuk?fref=ts