NTM, une rage intacte

NTM a laissé résonner sa rage d’une puissance inchangée au Zénith de Nantes ce 24 octobre. Kool Shen et Joey Starr ont définitivement une place à part dans l’univers du rap français.

Déjà quarante ans que ces deux là débarquaient de leur Seine Saint-Denis natale pour souffler le vent de la révolte avec leur rap puissant. Vindicatifs, se fichant de la bienséance comme des sujets principaux de leurs colères, Joey Starr (Didier Morville) et Kool Shen (Bruno Lopès) focalisaient toutes les passions, de la colère à la haine, de l’idolâtrie la plus absolue jusqu’au mépris. 

Le nom complet de leur groupe passant mal les fourches de la médiatisation? Qu’à cela ne tienne:  c’est avec le plus sobre 93 NTM puis NTM tout court qu’ils ont continué à tracer leurs routes en les jalonnant de titres devenus cultes. Si leur hostilité envers la police s’est rapidement affichée sans détour, leur critique du racisme et des inégalités sociales, le tableau noir des banlieues abandonnées par l’Etat français ont également été mis à l’honneur comme autant de constats d’urgence. Qu’on les aime ou qu’on ne les aime pas, ces deux là savaient ne pas laisser indifférents et y puisaient une force pour se faire entendre.

Après un parcours quelque peu chaotique, fait d’années intenses de concerts puis de silence, de séparation puis de retrouvailles, Joey Starr et Kool Sheen ont entamé voilà plusieurs mois une grande tournée d’adieux quatre décennies après leurs débuts. Accompagnés sur scène de leurs deux DJ, DJ Pone et R-ash, ils démontrent à ceux qui en douteraient, que le poids des années ne change rien à l’affaire : l’énergie est la même, le flow identique et la puissance inchangée. Le paysage du rap français s’est élargi, de nombreux autres sont arrivés mais eux poursuivent sans se préoccuper des autres.

Devant la foule du Zénith de Nantes ce 24 octobre, pleine des fans de la première heure, le duo  donne tout. « Qu’est ce qu’on attend? », ô combien d’actualité, ouvre le ban. Les morceaux cultes seront presque tous là depuis « Paris sous les bombes » à « Pose ton gun » ou « laisse pas traîner ton fils » et bien sûr l’inévitable « Ma Benz ». Le public est à fond. Les deux rappeurs envoient encore plus fort et dédicacent leurs morceaux anti police à Steve Maia Canico, le jeune homme tombé dans la Loire lors de la dernière Fête de la Musique.

Près de deux heures trente plus tard, en ayant visiblement encore sous le pied, Joey Starr débarquait au Ferrailleur sur le quai des Antilles, bonnet de laine et foulard sur blouson de jean pour un after inédit : un Dj Set donné par DJ Pone et Dj R-ash. Au pied de la scène, il était le premier soutien de ses potes. La cinquantaine ne l’a sans doute pas assagi, sa carrière de comédien lui a incontestablement donné une épaisseur supplémentaire mais la rage est toujours là. Difficile alors, quand on voit la complémentarité parfaite qui existe avec son complice de toujours, d’imaginer que cette tournée soit réellement celle des adieux.

Texte et crédit photos // Sophie BRANDET.

Sting au Zénith de Nantes, élégance à l’anglaise

C’est un Zénith plein à craquer qui a salué la venue de Sting à Nantes ce 23 octobre. Impressionnant dans son interprétation malgré sa toute récente opération de l’épaule. Impeccable dans son français sans une once d’accent. Souriant et généreux d’un bout à l’autre d’une playlist ultra léchée.

« Je suis désolé mais je ne peux pas jouer… » D’autres auraient reporté leurs dates. Lui a préféré la jouer « the show must go on ». Une déchirure du tendon de l’épaule droite lors de son concert à Orléans, une opération le lundi suivant (soit 48 heures avant Nantes) et quelques calmants pour endiguer les puissantes douleurs et le voilà sur scène, le bras en écharpe mais bien présent et sans chercher à s’économiser. Tout juste a-t-‘il dû reconnaitre que jouer de la basse ne serait pas possible. Alors il a demandé à Nicolas Fiszman, musicien réputé ayant oeuvré près des plus grands, d’Aznavour à  Johnny Clegg, de le remplacer le temps nécessaire. Ce serait sa seule concession à ce pépin de santé car il était hors de question d’interrompre la tournée européenne bâtie autour de « Songs », nouvel opus faisant souffler un titre de modernité sur les principaux titres de sa carrière. Sting est de la trempe des seigneurs. De ceux que rien n’arrête, qui refusent la Tour d’ivoire où se prélassent tant de confrères. Il préfère consacrer une large part de son énergie libre à militer dans des associations engagées (pour la préservation de la forêt vierge amazonienne notamment). 

Résonnent alors les premiers accords de « Roxanne » dans une superbe version acoustique, ovationnée les 8.500 spectateurs présents. Sting ne perd pas une seconde et explique ensuite l’histoire de « Message in a bottle », un titre que certains vouaient à l’échec… Ils étaient visionnaires: « I’ll send an SOS to the world » est réclamé par les foules de fans depuis près de vingt ans! Succès mondial, il est un incontournable des concerts.

Rejoint après cette introduction spectaculaire, Sting est rejoint par ses musiciens pour déployer une set list savamment dessinée. Vingt titres au total dont « English man in New York », « Walking on the Moon », « So lonely » et la toute aussi populaire « Every breath you take ». La soirée se serait arrêtée là qu’elle aurait déjà été parfaite mais le musicien anglais (farouche opposant au Brexit) restera fidèle à sa générosité. Il reviendra avec « King of pain » et la légendaire « Russians » avant de repartir sur « Fragile ». Emblématique et pourtant tellement peu de circonstances quand on voit la force de ce géant à l’épaule d’argile mais au talent inoxydable.

Texte et crédit photos // Sophie BRANDET.

IBRAHIM MAALOUF: TROMPETTISTE DU MONDE

Durant deux heures ce dernier dimanche de septembre, Ibrahim Maalouf a offert au public nantais « S3NS », son tout nouveau spectacle. D’une énergie de marathonien, le trompettiste a arpenté l’immense scène du Zénith et entrainé dans ses partitions des spectateurs prêts à le suivre en chantant comme en dansant. Incroyable Ibrahim Maalouf.

Multi-récompensé, du César de la Meilleure musique originale pour « Danse dans les forêts de Sibérie » en 2017, à la Victoire du spectacle musical (en 2017 toujours), celle de l’ Artiste de l’année (en 2013) ou bien encore Grand prix de la Sacem (catégorie Jazz) en 2014, Ibrahim Maalouf, star parmi les stars de la trompette était attendu par un Zénith de Nantes conquis d’avance ce 29 septembre et par de nombreux spectateurs curieux de voir jouer ce musicien aussi prolixe que surdoué. 

Avec « S3NS », son tout nouveau spectacle, le musicien franco-libanais n’a pas déçu. Arpentant l’immense scène telle une rock star, il joue avec une aisance bluffante, lâchant la trompette pour se glisser derrière le piano, s’emparant du micro entre deux morceaux pour parler brillamment et inciter la fosse à chanter et danser. Invitation acceptée avec enthousiasme!

La partition laisse la part belle à la musique cubaine et latino, prolongation logique de son dernier opus déjà intitulé « S3NS », neuf titres flamboyants comme autant de passeports pour des voyages  spectaculaires. Les cuivres trustent les meilleures places mais savent s’effacer quand le piano est de la partie. Notamment lorsqu’au clavier, c’est Roland Luna, l’un des grands maîtres de la musique cubaine qui débarque. 

Des visites surprises, il y en aura d’autres comme celle d’ Hocus Pocus, d’un groupe de jeunes collégiens des Pays de Loire formés par « Orchestre à l’école »  ou bien encore le Bagad du Bout du Monde. Les musiciens d’ Ibrahim Maalouf donnent alors de la note tout en mesure, avec une générosité manifeste.

Aucun temps mort dans ce concert de deux heures. Le musicien et sa fameuse trompette quart de ton, inventée par son père au début des années soixante, semble pouvoir tout jouer. Après les airs ensoleillés de Cuba, place est laissée à une interprétation toute personnelle de la fameuse « Lettre à Elise » de Beethoven. Mais il ne s’interdit pas non plus une avancée dans le monde de la variétés en reprenant du Dalida (artiste à laquelle il a consacré tout un album voila deux ans) ou du Mélody Gardot. 

Qu’elles soient géographiques ou artistiques, Ibrahim Maalouf se fient des frontières. Son talent est hors normes et sa vision de la musique cosmopolite. Le Zénith de Nantes ne pouvait rêver plus belle soirée pour la réouverture de la saison.

Texte et photos // Sophie BRANDET.

« LA LA LAND »  en Ciné Concert, l’émotion intacte

Après Paris, Lille et avant Bordeaux, La La Land, le film musical de Damien Chazelle faisait escale au Zénith de Nantes ce 4 janvier. Pas d’ Emma Stone ni de Ryan Gosling mais une version « ciné concert » portée par le Yellow Socks Orchestra qui s’est fait une spécialité dans les musiques de film. Précis et beau.

La La Land et sa collection d’Oscars (meilleur réalisateur, meilleure actrice, meilleure photo, meilleure musique, meilleur décor), un succès planétaire à sa sortie en 2016 et des chansons à jamais gravées dans les mémoires, s’offre un détour revisité à travers la France en version « ciné-concert ». Le pari est risqué car le film de Damien Chazelle et plus encore, la bande originale signée Justin Hurwitz sont d’une réussite totale. Mais Nicolas Simon et les soixante-quinze musiciens du Yellow Socks Orchestra relèvent le défi avec une maestria impressionnante.

Tandis que défilent les destins croisés de Mia Dolan, serveuse dans un café de Los Angeles courant les auditions pour accrocher le rôle qui lui permettra de devenir actrice, et de Sebastian Wilder, musicien fou de jazz, flamboyants amoureux que la réussite finira par séparer, la partition défile, parfaitement calée. La présence des musiciens sous l’écran géant est discrète et n’altère pas les émotions. Elle leur donne une autre couleur. Moins intimiste mais toute aussi forte.

Histoire de ne pas se contenter de la seule interprétation de la bande originale, l’orchestre ajoute des morceaux supplémentaires. En ouverture, après l’entracte et plus encore une fois la projection terminée. Les musiciens prennent un plaisir manifeste à cet exercice assez original et n’hésitent pas à danser sur leurs chaises quand le rythme s’accélère. Et comme dans un « vrai » concert, ce sont des applaudissements nourris qui saluent régulièrement les morceaux.

« City of stars » ou bien encore « Another day of sun » ont offert à « La La Land » ses refrains éternels. Le Yellow Socks Orchestra leur a rendu un hommage inattendu et totalement réussi.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Marc Lavoine ovationné par le Zénith de Nantes

Six ans depuis « Je descends du singe ». Six ans que Marc Lavoine n’était pas revenu sur scène et n’avait plus posé ses pas dans l’univers de la musique, leur préférant les rôles pour le cinéma ou l’écriture. Le livre consacré à son père («L’homme qui ment», sorti en 2015) a été vendu à plus de 400.000 exemplaires ; un autre est en préparation. Mais cette fois, nouvel album en poche, le voilà de retour. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il est toujours aussi fringant, sûr de sa voix.

On ne va pas se mentir : le garçon est plutôt agréable à regarder avec ses yeux verts un peu mélancoliques, son allure d’éternel adolescent drapé dans des costumes sombres sur sneakers blanches. Alors même si on ne va pas le réduire à son physique, ce charme indéniable sur cette voix un peu rauque que l’on ne présente plus expliquent (au moins en partie) la très grande majorité féminine de l’assemblée. Trois milles spectateurs, fidèles de la première heure, heureux de le retrouver enfin et qui attendent avec curiosité cette nouvelle tournée, les chansons qui auront été retenues. 

Sorti avant l’été, écrit dans la foulée du roman autobiographique dédié à son père, « Je reviens à toi», le douzième opus de Marc Lavoine est assez grave. S’il continue à chanter l’amour avec la même élégance, il évoque aussi sans détour la solitude (comme avec ce poignant « Seul définitivement », porteurs des stigmates de la perte de la mère de son fils aîné, de sa propre mère également). L’album évoque aussi les séparations, la fin d’un amour, comme une résonance à sa propre histoire. A cinquante-cinq ans, Marc Lavoine a conservé sa sincérité, son envie de dire, de partager ses vagues de mélancolie qui l’habitent.

Après une première partie laissée à Vanille (la fille de Julien Clerc a égrainé ses titres en guitare-voix avec une jolie énergie, une fraîcheur assurée qui ont donné envie d’aller faire davantage connaissance avec son univers), Marc Lavoine a fait son entrée avec le très adapté « Comment allez vous? » et déclenché un tonnerre d’applaudissements, enthousiasme nourri qui ne cessera plus avant la fin du show.

Mêlant harmonieusement les morceaux récents, comme cette sombre ballade dans les rues de Paris largement inspirée par sa rupture récente  (« Je reviens à toi ») aux incontournables (« C’est ça la France », « C’est la vie », « Paris », « Toi mon amour » (entre autres) repris par la foule, le concert monte en puissance et c’est d’une même voix forte que le public remplace Cristina Marocco sur « J’ai tout oublié ». 

Marc Lavoine, que l’on a connu assez statique, pour ne pas dire figé (peut-être par une forme de trac) ose davantage. Il interprète ses titres avec une force nouvelle. On pourra toujours plaisanter sur la chute (par deux fois) de son micro, le moment reste anecdotique au regard de la soirée. Fabrice Aboulker, complice de toujours, auteur des partitions du « Parking des Anges », des « Yeux revolver » a signé l’intégralité des musiques de ce nouveau disque et Marc Lavoine prend un plaisir manifeste à faire visiter cet univers musical bien connu, tout juste réinventé. 

Le chagrin a beau être l’ une des clés de voûte de ses nouveaux titres, la soirée ne plonge pas pour autant dans une détresse abyssale. Il y a même de vrais moments de rires. De très jolis moments également de poésie. On sent que la passion n’est pas feinte, que le goût des mots justes, des mots qui emportent avec ou sans rime sont pour lui autant de richesses et de chemins de traverses nécessaires, des sauve qui peut la vie. Une intemporalité des sujets comme des textes qui n’est pas très éloignée de ce qu’ il a eu envie de livrer sur scène, le tout mis en lumière par une scénographie innovante, combinant modernité et poésie. Un très joli moment de scène.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

ILS OEUVRENT DANS L’OMBRE: All Access, la vigilance à la réussite spectaculaire !

C’est une success story « à l’américaine » (ce qui n’est peut-être pas pour déplaire à cet amoureux des Etats Unis, sillonnés dans leur quasi intégralité), l’histoire d’un môme de Saint-Nazaire un peu bagarreur, beaucoup musicien, devenu le patron de l’une des sociétés de sécurité les plus renommés de France. Spécialité : les spectacles. Marque de fabrique : la fiabilité et qualité de l’accueil. Rencontre avec David Le Nagard, Monsieur All Access.

Du Hellfest au Zénith de Nantes, des salles du grand Ouest au Stade de la Beaujoire, dans les principaux festivals ou évènements de la région, ne cherchez pas… ils sont partout. « Ils », autrement dit les cent-cinquante agents de sécurité disséminés au fil des évènements par All Access, la maison mère. La référence en matière de spectacle. Celle que les producteurs réclament et sans laquelle certains professionnels n’imaginent même pas venir.

Ce résultat est le fruit de rencontres, de destinées qui se croisent mais aussi et surtout la volonté et l’envie de David Le Nagard, personnage haut en couleurs, à la personnalité aussi riche et complexe que sa centaine de tatouages encrés au fil des ans, une main de fer dans un gant de velours. Ne pas se fier aux apparences, elles sont parfois trompeuses. L’homme s’amuse sur les réseaux sociaux, joue avec son image mais quand le patron bosse, il n’y a plus de place pour l’inconnu, zéro possibilité de ratés, c’est le sérieux et l’expérience qui pilotent.

« Il n’ y a pas de certitude absolue, le risque zéro n’existe pas mais nous sommes dans un domaine d’activités où depuis deux ans, depuis les évènements dramatiques du Bataclan, la vigilance doit s’exercer de façon encore plus grande. Il faut conserver la courtoisie, c’est un minimum, ne jamais s’exprimer avec un ton qui pourrait laisser penser à de l’agressivité car les gens ont payé leur place pour passer une bonne soirée et cette soirée commence avec nous par la fouille des sacs et la palpation à l’entrée des barrières. Etre souriant avec une conscience majuscule… A chaque fois que je briefe les équipes, je ne cesse de le leur répéter », explique David Le Nagard. « Même si ce n’est pas toujours simple car nous avons aussi parfois à faire à des personnes plus ou moins ivres qui seraient un cauchemar pour leurs voisins, d’autres qui se considèrent au dessus des lois, d’autres encore qui tentent de cacher des bouteilles alors que c’est strictement interdit. L’ imagination humaine est sans limite!»

Le terrain, le patron le connaît bien, un atout autant qu’un gage de crédibilité auprès des agents comme des clients. « Je jouais de plein d’instruments, du piano et de la guitare notamment. Dans ce milieu, surtout en province, on se connaissait tous assez vite. Je suis devenu pote avec des gens qui avaient une boîte bien référencée hard-rock et par leur biais, j’ai rencontré les dirigeants de NATS, qui était à l’époque l’une des grosses sociétés régionales à faire de la sécurité. C’ était en 1993. NATS était assez connue car elle assurait sur pas mal d’événementiels, notamment depuis 1989 sur « Les Allumés », une manifestation nantaise intégrée des milliers de personnes. J’ai trouvé que le métier restait proche du milieu artistique, alors j’ai postulé. J’ai grimpé les échelons un par un jusqu’à me retrouver dirigeant. En 1998, nous avons oeuvré pour la Coupe du Monde puisque Nantes était l’une des villes accueil. Puis j’en ai tiré le constat que sous une même casquette d’ « agent de sécurité » se cachaient au final des activités différentes. La scission de NATS est intervenue quelque mois plus tard. »

« Comment ne pas admettre que la sécurité d’un spectacle n’a rien à voir avec celle d’un magasin, ni même d’un match de foot ? On ne peut pas être généraliste si on recherche l’efficacité. Oeuvrer sur un show exige d’autres connaissances et respecte d’autres paramètres. Il ne faut pas se laisser surprendre par un Wall of Death ou un Circle Pit en plein concert de metal. Ce n’est pas un cliché d’affirmer qu’il y a un autre rythme dans un concert de reggae où il arrive même que quelques cigarettes s’allument. Dans une salle c’est interdit, bien sûr. Mais c’est du reggae, on est habitué, cela ne va pas loin et n’est pas très méchant. Les agents doivent connaître toutes ces ambiances, ne pas être psychorigides par principe et oeuvrer en finesse. La loi et l’esprit de la loi…. »

« Un concert pour de très jeunes enfants aussi obéit à ses propres règles qui ne sont évidemment pas celles d’un spectacle de Dieudonné par exemple. (Pour l’anecdote d’ailleurs, lors de la dernière venue de l’humoriste, il ne se passait rien d’extraordinaire à l’extérieur mais les medias, BFM TV, notamment étaient là très tôt et avaient décidé de créer de l’information coûte que coûte. En début d’après-midi, alors que nous étions dans les bureaux avec Denis Turmel, le directeur du Zénith, nous les avons vu affirmer des faits, inventer un climat qui n’étaient absolument pas ce qui se passait devant la salle… où il n’y avait que des allés et venus habituels! Ne pas perdre son sang froid, même quand l’agacement vient par surprises… En créant All Access, c’est exactement ce que je visais. »

La clientèle n’a pas mis longtemps à suivre. Avec NATS, David le Nagard avait eu le temps de montrer son professionnalisme. Toujours très immergé dans le milieu musical, il a décidé de pratiquer les choses à l’envers: au lieu de solliciter les salles, il appellerait directement les tourneurs, les maisons de production, les entourages des artistes. Bien vu !

En vingt ans, All Access n’a jamais failli. Aujourd’hui, ce sont les professionnels qui exigent sa présence et n’envisagent pas de travailler avec d’autres sociétés. Quand le Zénith a vu le jour en 2006, c’est aussi All Access qui a décroché le marché, en toute logique alors qu’il existe plusieurs zones de contrôles avant de rentrer dans la salle elle-même. Pour le Hellfest, plus gros festival metal en France avec près de 150.000 personnes accueillis sur trois jours, les choses ont pris davantage de temps. « Je fréquentais le Furyfest, le festival de musiques dites « extrêmes » depuis sa création. Après la migration de Rezé vers Le Mans, les organisateurs ont déposé le bilan, fin 2005 et le Hellfest est arrivé mais la sécurité restait sans doute au second plan au regard  du choix du prestataire.  Quelques longues discussions et moments d’accrochages plus tard avec Ben Barbaud, son fondateur, nous avons fini par tomber d’accord et depuis 2008, All Access veille sur l’immense site de Clisson. C’est au delà de l’amitié désormais avec lui, un lien familial incassable. »

Le Hellfest représente un gros mois de travail. Durant le festival, plus de cent-soixante dix agents, venus de toute la France, fans de metal ou du fest, se répartissent les postes.  Personnellement, je dors sur place, deux heures la nuit et une courte pause d’une heure dans la journée. Il y a des moments tendus, quelques petits incidents mais c’est inutile de les évoquer, on s’efforce de le rendre le plus discret possible. Il y a aussi les gros lourds, tous ceux qui, pour une raison ou une autre, par une attitude inadaptée, sont définitivement exclus du site, une quinzaine de personne environ chaque jour. Si cela reste aussi mineur au regard des foules en présence,  c’est aussi parce que nous sommes en nombre suffisant.. raison pour laquelle je refuse le marché d’un festival des environs de Nantes. Je ne veux pas cautionner une prise de risques par faute de personnel.»

Le carnet des clients  désormais très solide, le seul caillou dans la chaussure de David Le Nagard est la carte professionnelle d’agent de sécurité désormais exigée par les règlements, une carte valable cinq ans et qui doit être renouvelée trois mois avant sa fin de validité. Elle peut être obtenue par validation des expériences passées ou par une formation sanctionnée par un diplôme. « J’ai un budget pour la formation professionnelle donc évidemment, je suis partant pour régler les 2.000 euros d’enseignement à certains chaque année. Mais je reste sceptique sur la nécessité de cette carte et sur le contenu de la formation. J’avais jusqu’à présent des gars qui travaillaient super bien, qui savaient en imposer en douceur. Certains n’ont pas voulu ou pas pu suivre les cours, d’autres ont été découragés par les nombreux textes de la législation à retenir. Sans parler de la grande théorie dispensée qui n’ explique pas suffisamment les différents domaines d’intervention. Un type qui a décroché son diplôme mais ne comprend pas quand je lui parle « jardin » ou « cour », qui ne sait pas comment cela se passe dans une salle de concerts, ne peut pas travailler ici. Je ne vais pas rajouter du temps formation au budget formation! »

Autre effet plus pervers, les contrats des agents n’étant pas des contrats de 35 heures hebdomadaires mais des contrats limités aux heures nécessaires pour la bonne tenue d’un show, certains n’ont pas hésité à se faire « offrir » le sésame obligatoire… avant de fausser compagnie pour rejoindre une grande surface du coin et un contrat « plein ». « Bien sûr que je ne suis pas contre la réglementation mais le législateur qui pensait sans doute exclure les fortes têtes aux casiers chargés ont oublié que nous pouvions juger par bon sens et expérience la moralité de chacun sans toute cette artillerie. Et bien évidemment, nous le faisions! Les brebis galeuses n’ont jamais été admises. Au final, cela a donc sorti du réseau des gens plus simples mais parfaitement adaptés au métier, d’ excellents éléments et je peine très souvent à recruter alors que la demande est constante. C’est assez usant!»

Une amertume qui n’entame ni l’enthousiasme, ni la passion pour le métier. « Je n’ai pas d’exigences folles pour l’avenir. Je me contenterais largement de signer les deux prochaines décennies comme les deux dernières. All Access va continuer sur sa lancée et le degré d’exigence sera toujours aussi vif. »

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– NDLR : Merci aux équipes d’ All Access et du Zénith de Nantes pour leur disponibilité et leur accueil. – 

CHINESE MAN, LIBRES VOYAGEURS

Chinese Man a fait escale au Zénith de Nantes ce 28 octobre. Un show énorme, une première date avec la bande au grand complet et des « partners in crime » aussi prestigieux que le Quatuor Elixir et Mariama. Impressionnant. 

Cinq ans après « Racing with the Sun », un album qui avait fait l’unanimité, Chinese Man a frappé tout aussi fort en février dernier avec son nouvel opus, « Shikantaza », conçu entre Marseille (la ville mère), l’antre ardéchoise du groupe et… Bombay. Le premier emportait dans un voyage à rebondissements et jouait à saute refrains sur tous les continents, celui ci conduit vers davantage d’introspection, entre grande modernité et ancrage dans le respect des traditions. Sur scène, le groupe réussit le mixage spectaculaire de ce double périple. Et le spectateur reste bouche bée, oreilles tendues vers ces flows impressionnants et ces images ininterrompues qui s’enchainent sur les écrans géants.

A les regarder évoluer dans le cadre de cette nouvelle tournée, plus de treize ans après leur formation dans les confins d’Aix-en-Provence, une petite décennie après le début de la vraie reconnaissance, on ne peut s’empêcher de penser que les membres de Chinese Man n’ont sans doute jamais été aussi performants et maîtres de ce qu’ils ont envie de partager. Textes léchés, compositions ultra soignées (dix sur seize sont exclusivement instrumentales dans le dernier disque en date), rythmes improbables qui ne laissent rien au hasard et surtout aucune place au répit, avec « Shikantaza », le groupe a effectué un retour vers ses sources orientales. Et chacun se laisse prendre doucement par cette invitation au lâcher prise, à la cueillette de l’instant présent,. Au carpe diem selon les us indiennes.

On savait depuis la précédente tournée au moins, que le groupe avait grandi et réussi à faire de ses concerts des shows énormes qui ne s’expliquent pas par la seule originalité de ses vidéos. Celle là ne fait que confirmer. Les  musiciens dégagent davantage de pêche, prennent un plaisir accru qui diffuse inévitablement dans l’assistance.

Plus hip hop que précédemment, plus ancrée « musiques urbaines « aussi souvent, l’énergie no limit n’exclut pas pour autant les plages plus mélancoliques, plus lourdes de questionnements. Pour ces morceaux où violons et violoncelle s’inscrivent en majeur sur les partitions, le quatuor Elixir a rejoint Chine Man. En chemise traditionnelle de soie rouge, les musiciennes imposent leur maestria et offrent toute leur ampleur à ces plages uniques entre deux moments couleur reggae, funk ou rap.

Le jazz n’est pas non plus oublié. Ce soir là au Zénith de Nantes, le public a eu la chance d’entendre la superbe Mariama et son timbre magnifique, un temps suspendu qui prenait tout son sens à cet instant du concert.

En près de deux heures de show, Chinese Man n’a jamais failli avec son objectif d’excellence. Le son était excellent et parfaitement dosé (ce qui n’est pas toujours le cas avec ce genre de musique, malheureusement). Les 3 DJs n’ont rien lâché. Youthstar, Taïwan MC et Illaman se sont répondus dans des joutes verbales à couper le souffle et leurs invités ont ajouté les notes supplémentaires pour faire de ce moment un voyage assez incroyable. Un bel hommage aux groupes libres et aux labels indépendants.

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.