Marc Lavoine ovationné par le Zénith de Nantes

Six ans depuis « Je descends du singe ». Six ans que Marc Lavoine n’était pas revenu sur scène et n’avait plus posé ses pas dans l’univers de la musique, leur préférant les rôles pour le cinéma ou l’écriture. Le livre consacré à son père («L’homme qui ment», sorti en 2015) a été vendu à plus de 400.000 exemplaires ; un autre est en préparation. Mais cette fois, nouvel album en poche, le voilà de retour. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il est toujours aussi fringant, sûr de sa voix.

On ne va pas se mentir : le garçon est plutôt agréable à regarder avec ses yeux verts un peu mélancoliques, son allure d’éternel adolescent drapé dans des costumes sombres sur sneakers blanches. Alors même si on ne va pas le réduire à son physique, ce charme indéniable sur cette voix un peu rauque que l’on ne présente plus expliquent (au moins en partie) la très grande majorité féminine de l’assemblée. Trois milles spectateurs, fidèles de la première heure, heureux de le retrouver enfin et qui attendent avec curiosité cette nouvelle tournée, les chansons qui auront été retenues. 

Sorti avant l’été, écrit dans la foulée du roman autobiographique dédié à son père, « Je reviens à toi», le douzième opus de Marc Lavoine est assez grave. S’il continue à chanter l’amour avec la même élégance, il évoque aussi sans détour la solitude (comme avec ce poignant « Seul définitivement », porteurs des stigmates de la perte de la mère de son fils aîné, de sa propre mère également). L’album évoque aussi les séparations, la fin d’un amour, comme une résonance à sa propre histoire. A cinquante-cinq ans, Marc Lavoine a conservé sa sincérité, son envie de dire, de partager ses vagues de mélancolie qui l’habitent.

Après une première partie laissée à Vanille (la fille de Julien Clerc a égrainé ses titres en guitare-voix avec une jolie énergie, une fraîcheur assurée qui ont donné envie d’aller faire davantage connaissance avec son univers), Marc Lavoine a fait son entrée avec le très adapté « Comment allez vous? » et déclenché un tonnerre d’applaudissements, enthousiasme nourri qui ne cessera plus avant la fin du show.

Mêlant harmonieusement les morceaux récents, comme cette sombre ballade dans les rues de Paris largement inspirée par sa rupture récente  (« Je reviens à toi ») aux incontournables (« C’est ça la France », « C’est la vie », « Paris », « Toi mon amour » (entre autres) repris par la foule, le concert monte en puissance et c’est d’une même voix forte que le public remplace Cristina Marocco sur « J’ai tout oublié ». 

Marc Lavoine, que l’on a connu assez statique, pour ne pas dire figé (peut-être par une forme de trac) ose davantage. Il interprète ses titres avec une force nouvelle. On pourra toujours plaisanter sur la chute (par deux fois) de son micro, le moment reste anecdotique au regard de la soirée. Fabrice Aboulker, complice de toujours, auteur des partitions du « Parking des Anges », des « Yeux revolver » a signé l’intégralité des musiques de ce nouveau disque et Marc Lavoine prend un plaisir manifeste à faire visiter cet univers musical bien connu, tout juste réinventé. 

Le chagrin a beau être l’ une des clés de voûte de ses nouveaux titres, la soirée ne plonge pas pour autant dans une détresse abyssale. Il y a même de vrais moments de rires. De très jolis moments également de poésie. On sent que la passion n’est pas feinte, que le goût des mots justes, des mots qui emportent avec ou sans rime sont pour lui autant de richesses et de chemins de traverses nécessaires, des sauve qui peut la vie. Une intemporalité des sujets comme des textes qui n’est pas très éloignée de ce qu’ il a eu envie de livrer sur scène, le tout mis en lumière par une scénographie innovante, combinant modernité et poésie. Un très joli moment de scène.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

ILS OEUVRENT DANS L’OMBRE: All Access, la vigilance à la réussite spectaculaire !

C’est une success story « à l’américaine » (ce qui n’est peut-être pas pour déplaire à cet amoureux des Etats Unis, sillonnés dans leur quasi intégralité), l’histoire d’un môme de Saint-Nazaire un peu bagarreur, beaucoup musicien, devenu le patron de l’une des sociétés de sécurité les plus renommés de France. Spécialité : les spectacles. Marque de fabrique : la fiabilité et qualité de l’accueil. Rencontre avec David Le Nagard, Monsieur All Access.

Du Hellfest au Zénith de Nantes, des salles du grand Ouest au Stade de la Beaujoire, dans les principaux festivals ou évènements de la région, ne cherchez pas… ils sont partout. « Ils », autrement dit les cent-cinquante agents de sécurité disséminés au fil des évènements par All Access, la maison mère. La référence en matière de spectacle. Celle que les producteurs réclament et sans laquelle certains professionnels n’imaginent même pas venir.

Ce résultat est le fruit de rencontres, de destinées qui se croisent mais aussi et surtout la volonté et l’envie de David Le Nagard, personnage haut en couleurs, à la personnalité aussi riche et complexe que sa centaine de tatouages encrés au fil des ans, une main de fer dans un gant de velours. Ne pas se fier aux apparences, elles sont parfois trompeuses. L’homme s’amuse sur les réseaux sociaux, joue avec son image mais quand le patron bosse, il n’y a plus de place pour l’inconnu, zéro possibilité de ratés, c’est le sérieux et l’expérience qui pilotent.

« Il n’ y a pas de certitude absolue, le risque zéro n’existe pas mais nous sommes dans un domaine d’activités où depuis deux ans, depuis les évènements dramatiques du Bataclan, la vigilance doit s’exercer de façon encore plus grande. Il faut conserver la courtoisie, c’est un minimum, ne jamais s’exprimer avec un ton qui pourrait laisser penser à de l’agressivité car les gens ont payé leur place pour passer une bonne soirée et cette soirée commence avec nous par la fouille des sacs et la palpation à l’entrée des barrières. Etre souriant avec une conscience majuscule… A chaque fois que je briefe les équipes, je ne cesse de le leur répéter », explique David Le Nagard. « Même si ce n’est pas toujours simple car nous avons aussi parfois à faire à des personnes plus ou moins ivres qui seraient un cauchemar pour leurs voisins, d’autres qui se considèrent au dessus des lois, d’autres encore qui tentent de cacher des bouteilles alors que c’est strictement interdit. L’ imagination humaine est sans limite!»

Le terrain, le patron le connaît bien, un atout autant qu’un gage de crédibilité auprès des agents comme des clients. « Je jouais de plein d’instruments, du piano et de la guitare notamment. Dans ce milieu, surtout en province, on se connaissait tous assez vite. Je suis devenu pote avec des gens qui avaient une boîte bien référencée hard-rock et par leur biais, j’ai rencontré les dirigeants de NATS, qui était à l’époque l’une des grosses sociétés régionales à faire de la sécurité. C’ était en 1993. NATS était assez connue car elle assurait sur pas mal d’événementiels, notamment depuis 1989 sur « Les Allumés », une manifestation nantaise intégrée des milliers de personnes. J’ai trouvé que le métier restait proche du milieu artistique, alors j’ai postulé. J’ai grimpé les échelons un par un jusqu’à me retrouver dirigeant. En 1998, nous avons oeuvré pour la Coupe du Monde puisque Nantes était l’une des villes accueil. Puis j’en ai tiré le constat que sous une même casquette d’ « agent de sécurité » se cachaient au final des activités différentes. La scission de NATS est intervenue quelque mois plus tard. »

« Comment ne pas admettre que la sécurité d’un spectacle n’a rien à voir avec celle d’un magasin, ni même d’un match de foot ? On ne peut pas être généraliste si on recherche l’efficacité. Oeuvrer sur un show exige d’autres connaissances et respecte d’autres paramètres. Il ne faut pas se laisser surprendre par un Wall of Death ou un Circle Pit en plein concert de metal. Ce n’est pas un cliché d’affirmer qu’il y a un autre rythme dans un concert de reggae où il arrive même que quelques cigarettes s’allument. Dans une salle c’est interdit, bien sûr. Mais c’est du reggae, on est habitué, cela ne va pas loin et n’est pas très méchant. Les agents doivent connaître toutes ces ambiances, ne pas être psychorigides par principe et oeuvrer en finesse. La loi et l’esprit de la loi…. »

« Un concert pour de très jeunes enfants aussi obéit à ses propres règles qui ne sont évidemment pas celles d’un spectacle de Dieudonné par exemple. (Pour l’anecdote d’ailleurs, lors de la dernière venue de l’humoriste, il ne se passait rien d’extraordinaire à l’extérieur mais les medias, BFM TV, notamment étaient là très tôt et avaient décidé de créer de l’information coûte que coûte. En début d’après-midi, alors que nous étions dans les bureaux avec Denis Turmel, le directeur du Zénith, nous les avons vu affirmer des faits, inventer un climat qui n’étaient absolument pas ce qui se passait devant la salle… où il n’y avait que des allés et venus habituels! Ne pas perdre son sang froid, même quand l’agacement vient par surprises… En créant All Access, c’est exactement ce que je visais. »

La clientèle n’a pas mis longtemps à suivre. Avec NATS, David le Nagard avait eu le temps de montrer son professionnalisme. Toujours très immergé dans le milieu musical, il a décidé de pratiquer les choses à l’envers: au lieu de solliciter les salles, il appellerait directement les tourneurs, les maisons de production, les entourages des artistes. Bien vu !

En vingt ans, All Access n’a jamais failli. Aujourd’hui, ce sont les professionnels qui exigent sa présence et n’envisagent pas de travailler avec d’autres sociétés. Quand le Zénith a vu le jour en 2006, c’est aussi All Access qui a décroché le marché, en toute logique alors qu’il existe plusieurs zones de contrôles avant de rentrer dans la salle elle-même. Pour le Hellfest, plus gros festival metal en France avec près de 150.000 personnes accueillis sur trois jours, les choses ont pris davantage de temps. « Je fréquentais le Furyfest, le festival de musiques dites « extrêmes » depuis sa création. Après la migration de Rezé vers Le Mans, les organisateurs ont déposé le bilan, fin 2005 et le Hellfest est arrivé mais la sécurité restait sans doute au second plan au regard  du choix du prestataire.  Quelques longues discussions et moments d’accrochages plus tard avec Ben Barbaud, son fondateur, nous avons fini par tomber d’accord et depuis 2008, All Access veille sur l’immense site de Clisson. C’est au delà de l’amitié désormais avec lui, un lien familial incassable. »

Le Hellfest représente un gros mois de travail. Durant le festival, plus de cent-soixante dix agents, venus de toute la France, fans de metal ou du fest, se répartissent les postes.  Personnellement, je dors sur place, deux heures la nuit et une courte pause d’une heure dans la journée. Il y a des moments tendus, quelques petits incidents mais c’est inutile de les évoquer, on s’efforce de le rendre le plus discret possible. Il y a aussi les gros lourds, tous ceux qui, pour une raison ou une autre, par une attitude inadaptée, sont définitivement exclus du site, une quinzaine de personne environ chaque jour. Si cela reste aussi mineur au regard des foules en présence,  c’est aussi parce que nous sommes en nombre suffisant.. raison pour laquelle je refuse le marché d’un festival des environs de Nantes. Je ne veux pas cautionner une prise de risques par faute de personnel.»

Le carnet des clients  désormais très solide, le seul caillou dans la chaussure de David Le Nagard est la carte professionnelle d’agent de sécurité désormais exigée par les règlements, une carte valable cinq ans et qui doit être renouvelée trois mois avant sa fin de validité. Elle peut être obtenue par validation des expériences passées ou par une formation sanctionnée par un diplôme. « J’ai un budget pour la formation professionnelle donc évidemment, je suis partant pour régler les 2.000 euros d’enseignement à certains chaque année. Mais je reste sceptique sur la nécessité de cette carte et sur le contenu de la formation. J’avais jusqu’à présent des gars qui travaillaient super bien, qui savaient en imposer en douceur. Certains n’ont pas voulu ou pas pu suivre les cours, d’autres ont été découragés par les nombreux textes de la législation à retenir. Sans parler de la grande théorie dispensée qui n’ explique pas suffisamment les différents domaines d’intervention. Un type qui a décroché son diplôme mais ne comprend pas quand je lui parle « jardin » ou « cour », qui ne sait pas comment cela se passe dans une salle de concerts, ne peut pas travailler ici. Je ne vais pas rajouter du temps formation au budget formation! »

Autre effet plus pervers, les contrats des agents n’étant pas des contrats de 35 heures hebdomadaires mais des contrats limités aux heures nécessaires pour la bonne tenue d’un show, certains n’ont pas hésité à se faire « offrir » le sésame obligatoire… avant de fausser compagnie pour rejoindre une grande surface du coin et un contrat « plein ». « Bien sûr que je ne suis pas contre la réglementation mais le législateur qui pensait sans doute exclure les fortes têtes aux casiers chargés ont oublié que nous pouvions juger par bon sens et expérience la moralité de chacun sans toute cette artillerie. Et bien évidemment, nous le faisions! Les brebis galeuses n’ont jamais été admises. Au final, cela a donc sorti du réseau des gens plus simples mais parfaitement adaptés au métier, d’ excellents éléments et je peine très souvent à recruter alors que la demande est constante. C’est assez usant!»

Une amertume qui n’entame ni l’enthousiasme, ni la passion pour le métier. « Je n’ai pas d’exigences folles pour l’avenir. Je me contenterais largement de signer les deux prochaines décennies comme les deux dernières. All Access va continuer sur sa lancée et le degré d’exigence sera toujours aussi vif. »

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– NDLR : Merci aux équipes d’ All Access et du Zénith de Nantes pour leur disponibilité et leur accueil. – 

CHINESE MAN, LIBRES VOYAGEURS

Chinese Man a fait escale au Zénith de Nantes ce 28 octobre. Un show énorme, une première date avec la bande au grand complet et des « partners in crime » aussi prestigieux que le Quatuor Elixir et Mariama. Impressionnant. 

Cinq ans après « Racing with the Sun », un album qui avait fait l’unanimité, Chinese Man a frappé tout aussi fort en février dernier avec son nouvel opus, « Shikantaza », conçu entre Marseille (la ville mère), l’antre ardéchoise du groupe et… Bombay. Le premier emportait dans un voyage à rebondissements et jouait à saute refrains sur tous les continents, celui ci conduit vers davantage d’introspection, entre grande modernité et ancrage dans le respect des traditions. Sur scène, le groupe réussit le mixage spectaculaire de ce double périple. Et le spectateur reste bouche bée, oreilles tendues vers ces flows impressionnants et ces images ininterrompues qui s’enchainent sur les écrans géants.

A les regarder évoluer dans le cadre de cette nouvelle tournée, plus de treize ans après leur formation dans les confins d’Aix-en-Provence, une petite décennie après le début de la vraie reconnaissance, on ne peut s’empêcher de penser que les membres de Chinese Man n’ont sans doute jamais été aussi performants et maîtres de ce qu’ils ont envie de partager. Textes léchés, compositions ultra soignées (dix sur seize sont exclusivement instrumentales dans le dernier disque en date), rythmes improbables qui ne laissent rien au hasard et surtout aucune place au répit, avec « Shikantaza », le groupe a effectué un retour vers ses sources orientales. Et chacun se laisse prendre doucement par cette invitation au lâcher prise, à la cueillette de l’instant présent,. Au carpe diem selon les us indiennes.

On savait depuis la précédente tournée au moins, que le groupe avait grandi et réussi à faire de ses concerts des shows énormes qui ne s’expliquent pas par la seule originalité de ses vidéos. Celle là ne fait que confirmer. Les  musiciens dégagent davantage de pêche, prennent un plaisir accru qui diffuse inévitablement dans l’assistance.

Plus hip hop que précédemment, plus ancrée « musiques urbaines « aussi souvent, l’énergie no limit n’exclut pas pour autant les plages plus mélancoliques, plus lourdes de questionnements. Pour ces morceaux où violons et violoncelle s’inscrivent en majeur sur les partitions, le quatuor Elixir a rejoint Chine Man. En chemise traditionnelle de soie rouge, les musiciennes imposent leur maestria et offrent toute leur ampleur à ces plages uniques entre deux moments couleur reggae, funk ou rap.

Le jazz n’est pas non plus oublié. Ce soir là au Zénith de Nantes, le public a eu la chance d’entendre la superbe Mariama et son timbre magnifique, un temps suspendu qui prenait tout son sens à cet instant du concert.

En près de deux heures de show, Chinese Man n’a jamais failli avec son objectif d’excellence. Le son était excellent et parfaitement dosé (ce qui n’est pas toujours le cas avec ce genre de musique, malheureusement). Les 3 DJs n’ont rien lâché. Youthstar, Taïwan MC et Illaman se sont répondus dans des joutes verbales à couper le souffle et leurs invités ont ajouté les notes supplémentaires pour faire de ce moment un voyage assez incroyable. Un bel hommage aux groupes libres et aux labels indépendants.

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

En plein été indien, Angus et Julia Stone font neiger sur le Zénith de Nantes

L’automne est beau pour Angus et Julia Stone. Le duo frère-soeur australien a sorti en septembre un quatrième album intitulé « Snow ». Et afin de mieux nous emmitoufler dans leur playlist propre à affronter les grands froids, ils parcourent la France le temps de sept dates exceptionnelles. Ils passaient par le Zénith de Nantes le 19 octobre. Et c’était beau.

Trois ans qu’ils n’avaient pas sorti d’album, trois ans pour mieux vivre et s’interroger sur les histoires qu’ils avaient envie de raconter, les destins qu’ils avaient besoin de mettre en musique pour mieux les partager. Pas facile de se renouveler et de poursuivre cette aventure portée par cet autre avec lequel, laquelle, on a grandi, dont on sait tout ou presque. Pas facile de ne pas chercher à s’étonner, rester vrai mais réussir à s’impressionner… Surtout après un troisième opus, sobrement intitulé « Angus & Julia Stone », sorti à l’été 2014 et qui avait cartonné, le frère et la soeur s’étant laissés convaincre à la reformation de leur binôme par le producteur Rick Rubin, tombé sous le charme de ce duo unique.

Après deux disques et des dizaines de compositions communes, Angus et Julia Stone avaient en effet décidé de faire album séparé depuis 2011 et n’étaient pas certains de partager à nouveau un studio d’enregistrement à l’avenir. Que Rick Rubin ait trouvé les mots justes ou que les frangins australiens n’aient pas été difficiles à convaincre, une chose est sûre : la route n’en a été que plus belle. « Grizzly Bear » et « Heart Beats Slow », les deux premiers extraits, avaient ouvert la voie avec superbe. Le reste de ce très bel opus n’a pas failli.

Restait à lui trouver une suite à la hauteur. « Snow », délicat comme la neige, sensible comme la voix de son interprète féminine, bien folk avec des tonalités qui s’entremêlent entre force et douceur, joue forcément gagnant. En entendre de larges passages sur scène est un plaisir de fin gourmet qui ne pouvait se manquer. Dommage à ce propos que le public nantais n’ait pas été plus nombreux. La sortie trop récente de l’album peut-être ? Les raisons sont toujours difficiles à trouver et toujours plurielles. Mais on ne peut en tous que le regretter car le show a réellement été musicalement de très haut niveau avec une mise en image aussi élégante que riche en surprises.

Toute fine dans sa tenue à l’élégance sobre, jupe courte sur maxi chaussettes et pull près du corps, Julia Stone débarque avec sa… trompette, qu’elle joue d’une main. Parce qu’on n’est jamais à l’abri d’un cliché, on l’attendait avec une guitare, folk of course, et bien non: c’est avec ce cuivre qu’elle entonne sa partition. Angus n’est pas loin (avec sa guitare!), cool attitude dans la mise, leurs deux complices musiciens juste à côté. Derrière eux, prêt à les prendre dans ses bras, un immense totem aux ailes déployées alors qu’un écran géant transporte dans un courant d’eau claire vers des ambiances hautes en couleurs qui ne devront jamais à la monotonie.

La complicité d’ Angus et Julia Stone prend toute sa dimension sur scène et ne peut laisser aucune place au doute. On n’est pas dans le faux semblant, ces équipes qui se décomposent une fois quittée la scène. Il n’y a pas de Gallagher syndrome chez ces deux là, l’amour est là et se partage comme il se vit, en toute évidence et générosité. Du coup, même des titres peut être plus simples comme « Who do you think you are » prennent une autre dimension. Les voix se font place et s’entremêlent avec charme et douceur, le timbre toute en légèreté de Julia et celui nettement plus épais d’Angus. Mention spéciale et toute en subjectivité assumée pour « Baudelaire », son mix piano-cuivres et son refrain dans lequel l’ échange entre le frère et la soeur n’a peut être jamais été aussi beau.

Les lumières pleines d’inventivité accompagnent le voyage et sont autant de passeports pour passer du romantisme au psychédélique, de l’océan aux grands horizons. Il y a vraiment des moments dont on n’aimerait ne jamais voir la fin.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

 

SOPRANO, LE RAPPEUR JONGLEUR DE MAUX

A la fin de l’année, Soprano aura gravi son Everest Tour en une centaine d’étapes toutes sold out vues par plus de 400.000 spectateurs. Un succès logique, dans la cordée du triple disque de platine décerné à l’album éponyme sorti en… dernier. Deux heures trente de show haut en couleurs où Soprano impose son rythme et casse les codes avec son rap positif et ses discours rassembleurs. A Nantes en avril, les billets s’étaient envolés en quelques jours. L’Everest Tour était donc de  retour ce 23 septembre dans un Zénith plein à craquer… avant un ultime retour le 28 Novembre. 

Une montagne à facettes mobiles support à une scénographie impressionnante et des lumières qui font partie largement intégrante du show, des flancs d’Everest qui pivotent pour laisser entrer des invités surprises en hologrammes bluffants (Marina Kaye, Kendji, )… Pour cette nouvelle tournée Soprano a voulu grimper encore plus haut, à hauteur de ce dernier album certifié triple disque de platine et unanimement salué par la critique. Et il a visiblement eu raison. Ce 23 septembre au Zénith de Nantes, plus de huit milles fans attendaient son retour, toutes générations confondues. Des ados en nombre bien sûr, pour qui les paroles de cette icône du rap français aux allures allures de « grand frère » résonnent juste mais aussi des parents, ceux qui étaient déjà là il y a plus de vingt ans quand Soprano foulait ses premières scènes, en solo ou avec son groupe « Psy4 de la Rime ». Une fidélité justifiée par le parcours du marseillais de souche comorienne qui ne s’est jamais perdu de vue dans les méandres tentaculaires de la gloire, n’a jamais renié ni ses origines, ni ses envies de toucher le plus grand nombre avec ses textes coups de poing, ses chagrins et ses colères.

Après avoir évité la chute en entrant sur scène (descendre une montagne peut s’avérer glissant malgré les chaussures de randonneur alpin, mais l’histoire ne retiendra qu’un tout petit blanc entre deux paroles), le rappeur a livré deux heures trente d’ un show éblouissant où l’énergie impressionnante a su laisser toute sa place à des moments plus graves.

Avec ses deux acolytes choristes, les frères Zak et Diego, Soprano enchaine les titres que le public connaît par coeur, transformant le Zénith en une immense chorale joyeuse et enthousiaste. Il l’avait d’ailleurs annoncé: danser, chanter, avoir mal aux jambes peut être mais à la fin, chacun devra repartir heureux. Pas d’autres objectifs que celui là !

Les tenues se changent, jouent la carte montagnarde ou sportive comme celle de l’élégance. Ne cherchez pas de casquettes à l’envers, ne guettez pas les « yo man » ou les « wesh mon frère ». Il y a longtemps que Soprano, né Saïd M’ Roumbaba, marche loin de ces sentiers bornés par les clichés du rap, vulgaires à force de complaisance moqueuse. Chez Soprano, l’émotion peut naitre de la colère, des préjugés ou des pires rebonds de l’Histoire, de ces mères qui pleurent la disparition de leurs enfants tués par la violence des cités, il peut fustiger l’usage addictif du téléphone portable, il n’y aura jamais d’appel à la haine, de revendications agressives autant que démago. Le gars est lettré, féru de poésie, il aime les mots et les pose avec un sens de la justesse incisif et inégalé.

Fan de Daniel Balavoine, dont il reprend d’ailleurs un long extrait de « La vie ne m’apprend rien », se rêvant à son image, populaire sans rien renié de ses engagements. Il a fréquenté une école coranique mais la religion ne sera pas intégrée dans ces grand’s messes du soir. Au contraire, à chaque fois qu’il rend hommage aux disparues, « c’est en plaçant l’humain au coeur de tout, sans prosélytisme surtout. » La foi en l’Homme, en sa capacité à reconstruire après avoir trop souvent été cause de son propre malheur. Soprano, plus d’un million d’albums vendus, plus de cinq cents millions de streams audio-vidéos, plus de 400.000 spectateurs sur cette seule tournée partagée par plus de six millions de followers sur les réseaux sociaux, a une trop haute conscience des dérives possibles d’une parole pour ne pas mesurer la sienne. Mais lorsqu’il livre un texte, il rêve d’être entendu. Comme avec « Posez les armes » qui vise fort. Dans la vie, Soprano est aussi devenu  parrain d’ U-Report, le réseau social, anonyme et gratuit, d’opinion pour les jeunes, lancé par Unicef. Tout est raccord.

Survitaminé, gonflé à l’énergie de l’enthousiasme et de l’envie, Soprano enchaine les titres en dansant et parcourant l’immense scène sans jamais s’arrêter. « Le Diable ne s’habille plus en Prada », « Roule », « Hiro », « Le coeurdonnier », nouvel extrait de l’album, « Mon précieux », « Cosmo », « Millionnaire », la soirée roule à tubes ouverts et n’en oublie aucun. On comprend que les Enfoirés ne pouvaient laisser loin d’eux cette locomotive majeure de la chanson française. Celui qui n’a jamais voulu renoncer et a toujours cru en ses rêves est devenu un poids lourd. Peut-être même bien au delà de ce qu’il espérait. Un artiste majeur, militant pacifique pour qui le rap a su sortir de ses trois lettres qui le mettaient bien trop à l’étroit.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

ALT-J, L’UN DES TEMPS FORTS DU PREMIER LOLLAPALOOZA PARISIEN

Les britanniques d’ALT-J sont de retour avec l’envie de défendre pleinement « Relaxer », ce troisième album tout juste né (il est sorti le 2 juin) qui révèle de nouveaux chemins, un mélange de styles et des morceaux moins immédiatement accessibles. Jouer à Paris, lors de cette première édition du Lollapalooza Paris, ne se refusant pas, le trio n’a pas failli alors qu’à l’autre extrémité du site se succédaient Lana Del Rey et les Red Hot Chili Peppers.

Depuis l’ouverture des portes, le nombre de tee-shirt à l’effigie du groupe montrait clairement dans quelle partie de Longchamp se finiraient la soirée pour certains. Et peu importe s’ ils devaient (malheureusement) faire l’impasse sur les Red Hot. Telle est la loi des festivals où se bousculent les têtes d’affiche : ici encore plus qu’ailleurs, choisir est renoncer. Cinq ans que les britanniques d’ Alt-J s’imposent avec ce rock indépendant mixé d’électro, une direction insolite et audacieuse qui a embarqué tout le monde dès la sortie d’ « An Awesome Wave » en 2012, premier opus de ce groupe formé dès 2007, dans les salles de la faculté de Leeds.

En 2014, la formation devenait trio suite au départ de Gwil Sainsbury, le bassiste, mais le deuxième album, «  This is all yours » n’a rien laissé en route. Leur rock hybride porte les mêmes exigences.  « Hunger of the Pine » ou bien encore « Every Other Freckle » deviennent des incontournables de chaque concert.

Depuis deux ans, Alt-J avait déserté les scènes pour se consacrer à « Relaxer », un troisième album dont la sortie rimerait forcément avec tournées. Après un passage  à Rouen puis un autre à Lyon, les anglais repassaient donc enfin par Paris. Un évènement qui n’était pas passé inaperçu : plus d’une heure avant leur entrée en scène, les abords de l’Alternative Stage avaient été pris d’assaut, certains confiant même avoir pris leur ticket d’entrée au Lolla juste pour les voir eux.

C’est « Fitzpleasure », extrait du tout premier disque, qui a ouvert le bal. La magie opère d’emblée. La scénographie est en tous points remarquable, le son est excellent et les lights inventives, changeantes au fil des morceaux. La sortie toute récente du nouvel album a eu le bon goût de ne pas faire taire les titres plus anciens, ce qui a permis à la foule, de plus en plus dense, de reprendre en choeur ces morceaux connus sur le bout de la note comme « Matilda » ou « Taro ». Les chansons nouvelles s’imposent et impressionnent alors qu’elles évoluent clairement vers une autre direction, plus expérimentales. Les harmonies y sont toujours aussi sublimes (une marque de fabrique du groupe), les compositions ultra soignées. « Dissolve me », « The Gospel of John Hurt », « 3WW » ou bien encore « Nara », difficile de choisir. Avec Alt J, tout est à prendre, tout emporte jusqu’à ce dernier extrait, chose comme premier single, « Breezeblocks » qui clôt avec brio un très rare et beau moment.

En Janvier 2018, Alt-J sera de retour en France via l’AccorHotels Arena (le 11) et le Zénith de Nantes (le 14). Immanquables !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– Tous les renseignements sur www.altjband.com et dans les points de vente habituels. –

Les Trois Mousquetaires à Nantes… et sur DVD !

« Les Trois Mousquetaires » croisaient le fer sur la scène du Zénith de Nantes ce week-end. Quatre représentations pleines à craquer pour un spectacle qui a réussi à sortir son épée du jeu grâce à un casting séduisant, une mise en scène assez audacieuse qui glisse une vraie modernité dans le roman d’Alexandre Dumas.

D’abord, il y a le quatuor masculin. Plus qu’une juste répartition des rôles titres, ces quatre là sont complémentaires au point de devenir indissociables. Bruno Berbérès, grand manitou des casting, celui qui se cache derrière la plupart des grands succès actuels, a visé juste. Olivier Dion (d’Artagnan), David Ban (Porthos), Damien Sargue (Aramis) et Brahim Zaibat (Athos) sont des mousquetaires qui n’auraient pas déplu au romancier. Voix précises, jeu enlevé, joli maniement du fleuret, acrobaties spectaculaires, ils n’ont peur de rien. On concédera juste un certain anachronisme, à moins que ce soit une audace vestimentaire à laquelle n’avait pas pensé Alexandre Dumas : ses mousquetaires, tous beaux gosses et bien faits de leur personne, chevauchent et combattent la chemise largement ouverte sur les pectoraux… pour le plus grand bonheur du public féminin.

Le reste de la distribution est au diapason : Victoria (qui avait marqué le public du « Roi Soleil » par son timbre unique) s’impose en Anne d’Autriche, Megan offre sa douceur à Constance, Christophe Héraut est un cardinal rigide à souhait, quant à Golan Yosef (inoubliable dans le rôle titre du «Dracula» de Kamel Ouali), il est l’autre atout charme masculin, danseur doué mais également chanteur, il sait faire entendre son Duc de Buckingham. Enfin, Emji, passée par la Nouvelle Star, est une Milady de Winter tous feux tous flammes.

Les québécois Dominic Champagne et René-Char Cyr (deux monstres sacrés de la mise en scène Outre Atlantique, auréolés de très nombreuses récompenses) souhaitaient donner de la modernité au roman. S’ils ont bien conservé les scènes essentielles, ils leur ont donné une couleur actuelle. Ainsi les danseurs ne sont pas dans des tenues d’époque mais évoluent en Converse, slim beige, bustier et petit gilet. Quant aux gardes du Cardinal, loin de tous les films restés en mémoire, ils ont des gilets pare-balles et une tenue rouge qui a plus à voir avec un commando du GIGN (ce qui est assez impressionnant et laisse quand même une partie du public mal à l’aise dans le contexte sécuritaire actuel).

Musicalement aussi, ce n’est pas du tout ambiance « bal à la cour ». Pop, techno et même quelques notes rappelant le célèbre « Pop Corn » de Hot Butter, le dépoussiérage a également opéré sur la partition, de quoi faire naître des applaudissements en rythme dans les travées.

Au final, ce sont deux heures trente bourrées d’inventivité, d’humour (comme cette improbable chevauchée à dos de… cheval d’arçon), de bonne humeur, de véritable proximité aussi avec le public, renforcée par une scène dont l’avancée est composée de larges marches. Les gens en ressortent joyeux et bluffés. La tournée s’achèvera début juillet à Nice mais le DVD a été tourné à l’occasion de cette escale nantaise. Avant sa sortie, une diffusion du spectacle est déjà prévue le 13 juin sur W9. Les Trois Mousquetaires ont visé le succès. Mission accomplie haut la main.

M.M.

Crédit photos // Sophie BRANDET.