CHRISTOPHE MAÉ A RATTRAPÉ SON RÊVE

Quand on a un dernier album en date certifié triple disque de platine, et, accessoirement dix années de succès incontesté derrière soi, le public vous attend forcément au tournant de la nouvelle tournée, espérant des surprises, une mise en scène façon « toujours plus haut, toujours plus fort ». Un pari que Christophe Maé relève avec euphorie. Haut en couleurs, musical et chargé d’émotions, son «Attrape-Rêves Tour» est un voyage bluffant d’énergie et de générosité.

Christophe Maé en concert, c’est toujours un moment unique. Car le personnage lui-même n’a pas son pareil. On peut le parodier, (tenter de) l’imiter en focalisant sur des succès qui ne seraient riches que de quelques accords… le musicien n’a plus besoin de répondre à ces sirènes de la mauvaise foi, il sait que le public ne lui est pas fidèle par hasard. Bosseur acharné (la projection d’un extrait d’interview de Jacques Brel en milieu de concert rappelle judicieusement la place du travail « car le talent n’existe pas »), musicien, danseur, comédien, il joue avec plaisir toutes les cartes que la scène peut lui offrir. Et il le fait sans bluffer, avec une générosité qui n’est l’apanage que de quelques uns.

Après l’avoir vu à Saint-Brieuc à l’automne dernier, dans le cadre des quelques dates de «pré tour», on avait bien compris que cet « Attrape-Rêves » enverrait du spectaculaire. On ne s’était pas trompé. Après une projection sur l’immense écran fond de scène d’un film façon western dans lequel Maé camperait Clint Eastwood avec ses musiciens qui débarquent les uns après les autres dans les rôles traditionnels du genre (un toubib, un barman, des bons mais aussi des brutes et des truands), la montagne peut s’ouvrir : les Rocheuses, la Monument Valley, une veillée feu de bois, le saloon et mêmes les frimes de la Californie, le public va sortir son passeport pour deux heures d’un voyage dont il n’aura jamais envie de débarquer. La scénographie est imaginative, le décor crée l’illusion à coups de projections et de lumières superbement conçues. Le show fait dans le sensationnel, le concepteur n’a pas failli ! (Christophe Maé a souligné la part créative importante jouée par Joseph di Marco, son complice musicien et danseur, dans cette tournée). Les musiciens et les choristes (beaucoup étaient déjà dans la précédente tournée) sont d’énormes pointures et l’amitié qui les unit n’a rien d’un faux semblant.

Emu, rappelant qu’il s’était écoulé à peu près dix ans depuis sa première tournée, remerciant parce qu’ « enfant, il rêvait de jouer de l’harmonica et de se déguiser en cowboy et en indien et qu’il menait désormais la vie qui le faisait rêver », il peut alors décocher les premières notes de ce superbe «Attrape-Rêves» écrit avec Boris Bergman. Quelques secondes à peine et le Zénith de Nantes plein à craquer chante avec lui, sans avoir eu besoin d’y être invité. Six mille cinq cents personnes qui connaissent par coeur les titres les plus anciens comme ceux de ce dernier album, concentré de tubes. Et qui n’hésitent pas à se lever pour tanguer au milieu des parterres de chaises ou des gradins et finir cette chorégraphie inédite dans un immense fou-rire.

Reconnaissant envers cette fidélité jamais trahie, Christophe Maé n’hésite pas à descendre de scène pour serrer des mains, réagir avec humour aux demandes qui lui sont formulées, allant même jusqu’à s’offrir une pleine traversée du Zénith, micro-casque et guitare en bandoulière. Les fans se ruent, il sourit, regarde. Visiblement heureux de ce moment qu’il a souhaité glisser au coeur de la soirée.

A ces moments joyeux succèdent des séquences laissant la part belle à l’émotion. « Il est où le bonheur ? » vise juste. « Ballerine » façon déclaration nocturne en bord de mer, « La Poupée », l’un des titres forts de l’album précédent, imposent naturellement une écoute attentive. Et puis il y a bien sûr la bouleversante « Lampedusa », cette ode à tous les naufragés qui rêvaient d’exil et de monde meilleur, une main tendue qui mériterait une diffusion massive en ces temps troublés de scrutin. Attentif aux autres (il est l’un des piliers des Enfoirés), sans chercher l’éclairage ni la médiatisation systématique de ses engagements, Christophe Maé sait qu’à quarante ans, il peut aussi véhiculer des mots sur le terrain de ses convictions. Et il le fait avec une vérité renforcée par une dimension artistique saisissante.

En Juin, « L’Attrape-Rêves Tour » s’offrira une escale de deux semaines au Palais des Sports de Paris. L’occasion peut-être de se rattraper pour tous ceux qui n’ont pu avoir leur ticket pour Nantes. A moins qu’ils préfèrent patienter jusqu’au 20 Septembre… car la liste des déçus était trop longue: phénomène assez rare mais bien représentatif du succès engendré, la tournée repassera ici dès ce début d’automne. La billetterie est déjà en surchauffe. A défaut de rêve, attraper deux heures de bonheur ne se manque pas deux fois.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Esperluette Tour: Julien Doré séduit avec force et élégance

Après trois années riches du succès de « Løve », certifié quadruple platine et salué par une Victoire de la musique (Artiste de l’année) en 2015, Julien Doré a repris la route avec « & », son nouvel opus sorti en octobre dernier. On savait l’artiste grand adepte de la scène. Brillant, oscillant entre énergie, humour et tendresse, il affiche sans complexe ses talents de showman. Deux heures de spectacle où plaisir et bonheur se vivent dans un incroyable partage.

Un accord de clavier et le Zénith de Nantes qui plonge dans la pénombre. Il n’en fallait pas davantage pour que la salle pleine à craquer laisse retentir son enthousiasme. Mais ce n’était qu’un faux départ (volontaire), de quoi chauffer encore une assistance déjà conquise. Quelques faux semblants encore et puis les six musiciens (deux claviers, deux guitaristes, un bassiste et un batteur) s’installent sur l’immense scène immaculée qui diversifie les hauteurs et permet de ne laisser personne dans l’ombre. Julien Doré leur succède, faisant son entrée par l’immense & posé au centre derrière eux. « Bonsoir Nantes! Vous êtes venus malgré la pluie, le crachin… L’Amour sera notre paradis. Merci d’être là, » lance t’il ému en regardant la foule à ses pieds. Résonnent alors les premières notes de « Porto Vecchio ». La fête est lancée. Elle ne s’arrêtera plus pendant deux heures.

Il y a quelque chose du félin chez Julien Doré. Il parcourt la scène, saute, ralentit le pas, scrute les regards. La crinière blonde caresse le blazer bleu nuit. Il bondit survolté puis s’arrête derrière son micro. Toujours souriant. Heureux à l’évidence. Un sentiment légitime au regard de l’accueil déjà réservé à son album. Le clip du « Lac » a déchaîné les passions, la présence de Pamela Anderson suscité des réactions contraires… Ca tombe bien, il suffit de l’avoir déjà rencontré pour savoir que la haine provoquée par l’ex actrice d’ « Alerte à Malibu », Julien Doré l’avait forcément anticipée, voire même recherchée. Une manière comme une autre de mettre en évidence la bêtise des regards, le poids des a priori sur un physique alors que l’américaine est désormais reconnue dans son combat pour la cause animale et l’écologie. Une chose est sûre, le buzz a été long et efficace. Tout comme sa reprise de « La javanaise » en japonais, lui assis sur une balançoire, au début de l’année. Les âmes bien tristes y ont vu un sacrilège là où il n’y avait que fantaisie, hommage et humour. Dès ses premiers passages dans « La Nouvelle Star », le ukulélé et la barrette sur cheveux courts annonçaient pourtant déjà la suite du parcours.

« Le Lac » justement commence à peine que le public reprend à l’unisson, chorale éphémère d’une soirée placée sous le signe de la communion. Rien d’artificiel, ni d’incitations forcées. Juste l’envie de partager. Pour « Beyrouth », ce partage sera démultiplié, Julien Doré quittant la scène pour se fondre dans la fosse et avancer jusque dans les gradins. Un tour de salle joyeux, micro en mains, avec derrière lui des dizaines de spectateurs reliés dans une improbable chenille. Humour fin de banquet qui reste ici mâtiné d’élégance. La salle est debout, le succès total.

Mais c’est avec « Coco câline » puis la tubesque « Chou wasabi » que le concert passera à la vitesse supérieure. Julien Doré a gagné en densité, en intensité. Alors que la tournée n’en est qu’à sa septième escale, lui le bosseur a la confiance offerte par une préparation parfaite. Il sait que tout est calé. Il en tire une liberté et une énergie impressionnantes. On pourra toujours ironiser, lui refuser la catégorie des « très grands », les esprits chagrins ne pourront lui ôter ses qualités de musiciens, son sens du spectacle, sa capacité à emporter des salles de dizaines de milliers de personnes dans une palette émotionnelle très large. Le tout avec une classe bluffante.

La seconde partie du spectacle sera plus affective, presqu’ intimiste. Assis devant son piano droit, les musiciens resserrés en demi cercle autour de lui, il reprend la superbe « Magnolia », puis «Winnipeg». Le public est invité à l’accompagner. Inutile de renouveler la demande, les voix sont déjà là. Peuvent alors défiler d’autres titres présents sur « & » (& qui pour mémoire s’appelle aussi Esperluette. & comme « et » parce que Julien Doré l’a souvent expliqué, on n’est rien sans les autres, alors « et » fait le lien avec ces autres mais aussi avec la nature et le monde).

« Romy » (inspirée par la petite fille de son guitariste), en italien, allie la force à la douceur dans un étonnant mélange. Seul au piano, le chanteur interprète alors « Sublime & silence », son nouveau single. Très beau moment conclut avec les riffs puissants d’ Armand Meliès, le guitariste (mais aussi auteur-compositeur-interprète) ayant lui aussi été embarqué dans l’aventure. « De mes sombres archives », dans une version débridée et pleine de rage, avec des musiciens déchaînés, bouclera ce second chapitre qui a vu danser le piano. Mais la soirée ne pouvait pas se conclure sans le traditionnel rappel.

Julien Doré remerciera une fois encore avec une émotion toujours aussi visible. « Mon apache », toute en sensualité, puis « Caresse » et ces minutes laissées à ce très bel amour avant de refermer ces deux heures en apothéose sur « Paris Seychelles ».

Deux heures qui ressemblent à un moment de vie avec son amoureux, ses chagrins, ses joies, ses doutes. La vie aussi dans un monde blessés par ses incertitudes. Une scénographie moderne, efficace, particulièrement originale et élégante. Des amis fidèles qui ont aussi le mérite d’être de très bons musiciens. Julien Doré n’a plus de doute à avoir: son « Esperluette Tour », une centaine de dates et des passages par les plus grands festivals cet été, est déjà l’un des plus beaux rendez-vous de l’année.

Magali MICHEL

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Geoffrey Ploquin, un danseur en mouvements

En cinq ans et trois comédies musicales à succès, Geoffrey Ploquin est devenu un danseur très recherché. Un succès qui semble surprendre cet ancien élève du Conservatoire National de Paris, qui croit aux vertus du travail et ne se laissera jamais prendre par des sirènes de la renommée qui riment bien trop souvent avec éphémérité.

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Dans les couloirs du Zénith de Nantes, il rejoint les coulisses d’un pas souple mais sans précipitation. A une heure de la représentation, juste avant de passer entre les mains de la maquilleuse, il se plie avec sourire aux souhaits de la photographe, enfile l’un de ses costumes puis prend la pose au milieu du décor. Souriant, disponible et professionnel, la marque de fabrique de Geoffrey Ploquin (« Plok »), danseur de la troupe des «  Dix Commandements », actuellement en tournée à travers la France, qui à force de talent a imposé sa personnalité et réussit à ne plus être anonyme. Un constat qui l’amuse et qu’il met, avec une modestie non feinte, sur le compte de… sa coiffure ! « C’est l’effet dreads! On n’est pas si nombreux à avoir ces cheveux là, ça doit se remarquer davantage. » Le cheveu est long mais le raccourci un peu court!

Ses premiers pas, Geoffrey Ploquin les a effectués dans sa Charente natale, plus précisément à Mansle où est organisé chaque été (depuis près de trente ans) un grand festival de danse avec la possibilité pour les stagiaires de se confronter aux enseignements de professeurs de renom. Le virus est pris. Prêt à tous les sacrifices pour espérer un jour vivre de sa passion, Geoffrey Ploquin quitte à quatorze ans famille et amis et intègre le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, considéré comme l’un des plus grands établissements d’enseignement artistique au monde.
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J’étais encore jeune, ce n’était pas évident et nous devions nous plier à des règles strictes faites de rigueur et de discipline. Sans être aussi drastique, sans cet esprit un peu militaire que l’on prête à l’Opéra de Paris, c’était quand même très sévère avec son lot d’injustices car il fallait que le corps reste parfait, corresponde aux normes  alors que nous étions à un âge où la vie décide un peu toute seule. Toutes les heures de travail à la barre ou au sol ne pourront rien contre la croissance. Pour les filles, cela peut même être d’une cruauté inouïe. J’en conserve néanmoins de fabuleux souvenirs et la conscience d’avoir une base solide constituée de tous les indispensables. » Geoffrey Ploquin, bosseur et déjà talentueux, en sortira avec un Premier Prix, mention Très Bien. Plutôt une bonne accroche pour le CV!

Aventurier, se sentant « danseur citoyen du monde », le jeune diplômé rejoint alors la Compagnie Métros, à Barcelone. Trois années fortes avec des créations contemporaines qui se sont malheureusement terminées lorsque la compagnie a du se dissoudre, faute de trésorerie.

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Geoffrey Ploquin rentre en France. Il effectue un passage express par Toulouse avant de s’installer à Paris en 2011. C’est là que Rheda, le chorégraphe des « Enfants du Rock », de « Champs Elysées » mais aussi des concerts de Florent Pagny, Vanessa Paradis, entre autres, le contacte pour figurer dans un clip de Zazie (« Avant l’Amour »). Il ne lui en faut pas davantage pour se faire repérer. Dans la foulée, il passe le casting de « 1789, les Amants de la Bastille » produit par Dove Attia et Albert Cohen. Le monde de la comédie musicale lui ouvre ses premières portes.

« C’est une aventure humaine et professionnelle très particulière car le casting fait naître une troupe avec des personnalités qui ne se connaissaient par pour la plupart, sont censées porter un même objectif avec le même enthousiasme et humainement, il faut que ça marche compte tenu du temps à passer ensemble. Il y a les mois de répétition avant la première puis la longue tournée qui suit généralement les représentations parisiennes. C’est très long quand le succès est au rendez-vous. Pour le corps aussi, il faut rester vigilant. Je ne fais pas partie des intégristes de la nourriture qui compte les calories et traque les graisses. Quand on danse autant, l’organisme élimine de toutes façons. Il suffit de ne pas être dans l’excès. Le plus important me parait être le travail musculaire. Profiter d’un moment même devant la télé pour s’étirer, s’assouplir, penser à toujours s’échauffer soigneusement, rester à l’écoute. Il ne peut y avoir de carrière longue sans veiller à tout ça. »

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Après «1789, les Amants de la Bastille », Geoffrey Ploquin a été rappelé par Giuliano Peparini, le metteur en scène, pour intégrer la troupe de « La Légende du Roi Arthur ». La création  au Palais des Congrès (Paris) puis les semaines d’une tournée, autant de rythmes avec lesquels il faut composer. « A Paris, il y a davantage de représentations dans la semaine, six parfois. En tournée, c’est généralement le week-end que les séances sont concentrées. Il ne faut donc pas se laisser manger par ces emplois du temps atypiques. Le statut d’intermittence exige quarante trois cachets et ce statut est fragile. Il faut donc « exister » entre deux week-end, rester à l’écoute des castings, répondre aux sollicitations y compris les plus brèves », souligne le danseur.

« Je me suis souvent retrouvé sur des plateaux télé. C’est dense, bien rétribué et cela offre une mise en lumière parfois. Mais il y a tellement de professionnels à Paris que la concurrence est sévère et la sollicitation davantage liée au relationnel qu’au CV ou aux auditions. Il faut en avoir conscience et vivre les choses avec le maximum de recul et de sérénité. »

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De ses origines provinciales, Geoffrey Ploquin a gardé un calme qui ne cédera pas devant la frénésie parisienne. Les pieds sur terre, il reste concentré sur un quotidien qui passe désormais par l’ Histoire avec un grand H puisqu’il s’agit de celle des Dix Commandements. Près de deux mois de répétition à la Cité du Cinéma en Seine Saint-Denis et puis ces quatre représentations à l’Accord Arena de Paris (ex Bercy) en Novembre dernier devant plus de 25.000 spectateurs. La tournée française est en route, grand barnum impressionnant retraçant l’Egypte de Sethi, au XVème siècle avant JC. Coté musique, ces chansons de Pascal Obispo devenus culte depuis la version d’origine en 2000, « Mon Frère », « L’ Envie d’Aimer » et tous les autres titres que reprend haut la main la nouvelle distribution.

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A Nantes, la salle était comble et les deux représentations ont été ovationnées. Les dates d’ Epernay, Douai, Limoges et Montpellier prévues en ce mois de février sont pourtant reportées à une date ultérieure. « C’est compliqué car la période n’est pas idéale pour se mettre en route », observait Geoffrey Ploquin alors que l’annonce de ces reports n’étaient pas encore faite. « Financièrement, après les fêtes de fin d’année et les impôts qui arrivent, acheter une place de spectacle est un plaisir que tout le monde ne peut pas s’offrir. Bizarrement, il y a aussi des spectateurs qui découvrent notre passage tardivement. Je veux penser que le succès sera pourtant au rendez-vous. »

Le danseur réfléchit aussi à son avenir. La passion est intacte mais il a envie de franchir les frontières. « Je veux aller voir ce qui se fait en Europe. La Grande Bretagne, l’Europe du Nord sont parait-il riches de chorégraphes, de troupes impressionnantes. Je prépare un périple en aménageant ma voiture façon camping car. J’irai où me porteront les découvertes et les rencontres avec l’espoir d’apprendre et de danser. Encore mieux. Encore plus. Il faut savoir se réinventer sinon la passion aussi jouerait l’intermittence. » Que ses fans (dont certaines le suivent de ville en ville) se rassurent: la passion est encore vive et le temps n’est pas encore venu de se décrocher de l’affiche.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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Fabien Incardona récolte les bonnes notes de sa détermination

Les télé-crochets ont été des concours de circonstances heureux permettant à Fabien Incardona d’entrer dans « La légende du Roi Arthur ». Si Méléagant ne décroche pas Excalibur, l’artiste lui a trouvé son public grâce à une voix exceptionnelle. Rencontre avec un auteur-compositeur, interprète qui n’a pas fini de surprendre.

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Depuis quelques semaines, le regard s’est souligné de crayon noir et donne à son regard vert une force supplémentaire. Un détail qui n’a pas échappé. Fabien Incardona ne prolonge pas hors scène les maquillages de Méléagant. Il n’a pas non plus été attaqué par la folie du personnage qu’il campe dans « La légende du Roi Arthur » depuis septembre dernier. C’est au contraire avec un sens aigu de sa carrière qu’il a entamé sa « mue ». La tournée de la comédie musicale s’achevant fin juin à Lille, celui qui a été l’une des grandes révélations du spectacle anticipe déjà l’après et se glisse dans les atours de celui qu’il sera au moment de la sortie de son album. En septembre si tout va bien.

Déterminé. Le qualificatif lui colle parfaitement. A six ans, Fabien Incardona glissait des cassettes dans son magnéto et lançait, sans doute possible, « je veux devenir une vedette! ». Vingt cinq ans plus tard, son parcours confirme qu’il ne s’agissait pas d’une lubie enfantine. Chanter, plus qu’une raison, une façon de vivre.

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« J’ai commencé à étudier le chant vers huit ans. Très jeune, je me suis produit sur scène. Toutes les occasions étaient bonnes pour apprendre. Et puis en 2006, j’ai eu la chance d’intégrer « Entrée des artistes », l’ émission-concours de Pascal Sevran et tout s’est accéléré. »

Quatre mille candidats pour dix huit places. Le challenge était beau mais Fabien Incardona avait l’envie en moteur. La voix était déjà remarquable, capable de décrocher toutes les notes, y compris les plus hautes. « Le programme, diffusé sur France 2, passait toutes les semaines. J’y suis resté six mois et j’y ai beaucoup appris. Le répertoire était celui de la chanson française la plus classique. Pascal Sevran, qui était un immense professionnel, était aussi très exigeant. Pas question de se rater! J’ai fini deuxième. De quoi me conforter encore dans mes envies de poursuite.» Il n’attendra d’ailleurs pas longtemps puisqu’on vient aussitôt lui proposer le casting de L’Eurovision. Michel Drucker à la présentation, Natacha Saint-Pierre, Charles Aznavour et Lara Fabian dans le jury. Même pas peur! Fabien Incardona fonce et se place deuxième. « C’est toujours à stress ce genre de concours, évidemment. Mais côtoyer des artistes de cette trempe, entendre leurs commentaires plus que positifs, a une fois de plus renforcé mes certitudes. Je ne me trompais pas de chemin! »

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Quelques mois plus tard, Gérard Presgurvic, metteur en scène de la comédie musicale « Roméo et Juliette, les enfants de Vérone », l’engage comme doublure pour la tournée asiatique et la reprise au Palais des Congrès de Paris. « L’expérience a duré six mois. On ne va pas se mentir, être doublure génère forcément des frustrations. Mais cela reste néanmoins un très beau moment. »

En 2011, Fabien Incardona quitte son Var natal pour Paris. Grand fan de Queen et des Doors, il devient alors la voix d’un groupe rock, « Gravity off », qui sortira un EP assez remarqué avec notamment « Purple and red » où sa voix fait des merveilles… et lui permet de se faire remarquer pour les castings de la troisième saison de « The Voice ». « Cela reste encore aujourd’hui un souvenir totalement incroyable. J’ai chanté « Wuthering Heights » de Kate Bush. C’est une chanson magnifique et assez difficile à interpréter. Comme cela était arrivé une ou deux fois depuis le début de l’émission, je n’avais pas été placé face aux fameux fauteuils rouges mais dans un cylindre de tissu. Du coup, le jury ne me voyait pas… mais je ne voyais rien d’autre non plus que ce rideau. A la fin, j’ai entendu le public hurler et applaudir avec enthousiasme. Je me suis dit, « c’est bon! » Et puis quand le rideau est tombé, j’ai vu qu’aucun ne s’était retourné. Le jury a beau m’avoir dit ensuite qu’il avait fait une erreur, ça a été une vraie douche froide. Un mélange d’immense incompréhension et de déception. Après… et bien il faut quand même avancer et ne pas rester focalisé sur cet échec! Il n’y a pas de chemin sans cailloux…»

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Le voilà donc essuyant les plâtres de « Rising Star », le télé-crochet dont M6 espérait beaucoup. Pas de fauteuils rouges cette fois mais un mur d’écran qui se lève en cas de succès. Fabien Incardona fera deux soirées, avec « Prendre racines » de Calogero et « SOS d’un terrien en détresse » de Balavoine. Dove Attia (producteur à succès de « Mozart, l’opéra rock », « 1789, les amants de la Bastille », pour ne prendre que les spectacles les plus récents) est devant sa télé. « Il me contacte et trois jours après, je suis face à lui. Il me parle avec cette passion qui lui est propre de sa prochaine comédie musicale, me dit qu’il me voit dans Méléagant, ce sombre personnage qui enlèvera Guenièvre, d’Arthur, joué par Florent Mothe, de cette légende de la Table Ronde et de Giuliano Peparini auquel il a confié la mise en scène… Qui n’aurait pas été convaincu ? J’étais sur un nuage. Les titres sont magnifiques. Après quatre mois au Palais des Congrès et quatre mois de tournée dans toute la France, je les interprète avec une envie intacte. Je m’autorise même parfois quelques notes supplémentaires. C’est le charme du spectacle vivant, rien n’est figé et on peut répondre aux attentes du public en se faisant plaisir. »

Entre les deux show de la journée, dans sa loge du Zénith de Nantes, Fabien Incardona est d’une disponibilité et d’un enthousiasme touchants. « Méléagant a quand même une personnalité de dingue. Sans mauvais jeu de mots. Il est torturé, complexe. J’ai longuement travaillé pour l’habiter tel que le souhaitait Giuliano Peparini. Nous avons tous énormément bossé le jeu d’acteur et pour beaucoup aussi, le maniement de l’épée. C’était une grosse pression, un rôle exigeant pour lequel j’ai du aller dans mes retranchements. Je n’en tire que des moments de bonheur. Il n’y a eu qu’un seul souci quand deux semaines avant la première, j’ai chuté en répétition dans une scène où je devais descendre en vitesse un escalier. Mes chaussures plateformes de treize centimètres m’ont trahi…. Une belle entorse. Une semaine d’angoisse et une légère modification prudente de mise en scène, rien de dramatique au final. »

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En juin pourtant, il faudra raccrocher l’épée. Fabien Incardona n’aura pas le temps de se laisser gagner par le vide laissé par la fin de la tournée, il sera en pleine finition de son album. « Je veux pouvoir en être fier, me dire qu’il me ressemble, que c’est bien celui dont je rêvais. Alors je ne fais aucune concession. Avec mon groupe, nous avions sorti un EP, réalisé grâce à MyMajorCompany. Plus deux-cents fans s’étaient associés au projet et avaient rapidement permis de récolter les 12000 euros nécessaires. Nous avons enregistré à Orléans et au bout d’un an, nous avions ces six titres,   toujours disponibles d’ailleurs sur les plateformes de téléchargements. « Change », le titre qui a donné son nom à l’EP a visiblement beaucoup plu. On a donné un concert à la Boule Noire, à Paris et ça a vraiment été une très belle date, un grand succès. Du coup, forcément, ça donne envie de revivre des moments aussi forts et ça exerce une petite pression. Il faut que ce soit à la hauteur de toutes les attentes, des miennes notamment! J’ai déjà plusieurs titres prêts et je poursuis avec Mike Dean, mon parolier, qui me connaît bien puisqu’il se trouve être aussi mon meilleur ami. Je trouve l’inspiration en Islande, pays qui m’est cher et où je reviens très souvent. Je me confronte à ces paysages exceptionnels, je me balade et je laisse venir les émotions. Je ne veux pas déflorer l’album alors je dirais juste que ça parlera de l’amour, de la vie… Ce sera très pop, avec une coloration indienne… je dois rencontrer des maisons de disques. Si tout va bien, la sortie se fera en septembre. En attendant, je travaille aussi mon look car nous sommes dans une société où l’image est primordiale. Je commence à me présenter tel que je me produirai sur scène. Je garderai ces bagues, souvenirs de mes voyages, ce collier, qui m’est cher. Et ce regard avec ce trait de crayon discret… J’espère que le public qui m’aimait dans « La Légende d’Arthur » me suivra dans ce nouveau chapitre encore plus personnel…»

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A priori, si l’on en juge par tous ceux qui l’ acclament et l’attendent après chaque représentation, Fabien Incardona a quelques raisons de rester confiant. Avec des compositions à la hauteur de cette voix incomparable, il décrochera lui aussi sa couronne.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET. 

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Déferlante pleine de succès pour Ryan Keen.

En Juillet 2012, Ryan Keen assurait la première partie d’Ed Sheeran à la Cigale (Paris). Deux ans et demi et quelques centaines de concerts plus tard, c’est avec Sheeran toujours qu’il foule à nouveau les scènes européennes. Mais sa notoriété comme les salles ont pris de l’ampleur: dans des zeniths désormais pleins à craquer, le prodigieux britannique vient d’enthousiasmer un public qui, pour une fois, n’en a pas que pour la star de la soirée. Emouvante ascension.

Quel artiste n’a pas essuyé les plâtres de la renommée en assurant à travers un brouhaha pas même discret la première partie de l’hôte principal de la soirée ? Lorsqu’une certaine cohérence de choix emporte un peu d’écoute, cela passe encore. Mais lorsqu’une malheureuse en solo piano-voix fait antichambre d’un groupe au rock puissant, c’est souvent douloureux. Formateur, peut-être. Mais douloureux assurément.

En demandant à Ryan Keen d’assurer la première partie de sa tournée mondiale pour toute la zone européenne, la production d’ Ed Sheeran a su viser juste. L’artiste est charismatique, chaleureux; il a déjà tellement roulé sa guitare qu’il est à hauteur idéale. Et le public d’Ed Sheeran, féminin et jeune pour l’essentiel, lui fait bien plus que les yeux doux. Ce sont des vagues de « Ryan, Ryan » qui le réclament et s’enthousiasment. Alors forcément, lorsque l’intéressé débarque sur scène, c’est sourire en bandoulière, émotion visible de celui qui apprécie chaque minute de son ascension. A ses côtés, complice souriant et percussionniste de haut vol, Lee Eksioglu goûte lui aussi cet incroyable tempo.

« Je regarde tout ça et je me dis que c’est incroyable ! » commente Ryan Keen visiblement heureux. « Mais je sais aussi qu’il reste encore du chemin, que je veux poursuivre encore et encore pour exister plus fort et surtout par moi-même, que ce soit moi qui déplace des foules aussi grandes… » Immense éclat de rire mais qui ne renie rien de son envie. Et il a raison d’y croire car pour l’heure la route est belle.

En Mars 2011, Ryan Keen décroche une première récompense des industriels du disque. De quoi lui ouvrir les portes d’ un éditeur indépendant, Imagem, qui lui fournit tout l’attirail nécessaire pour lui permettre de se développer et le met sur la voie d’Ed Sheeran et de sa première tournée. L’aventure aurait pu tourner court car moins de deux semaines avant de prendre la route, Ryan Keen se coupe profondément le tendon de la main droite (il n’y a bien qu’un anglais pour vouloir ouvrir un grand crû de Bordeaux sans tire-bouchons…). Pas facile même pour un virtuose de la guitare qui explore depuis ses huit ans tous les genres possibles. Mais par la grâce d’une volonté farouche et d’un kiné rompu aux techniques nouvelles, il peut prendre la route et présenter « Focus », son EP tout juste né. Ceux qui ont eu la chance de le voir en Juillet 2012 à la Cigale (Paris) s’en souviennent encore, ébahis par ce talent de la nouvelle scène anglaise.

Avec son van très « surfer des sixties », Ryan Keen continue et écume les festivals. Sa voix chaude, ses couleurs intimistes, ses textes puissants servis par un instrument dont l’interprétation laisse bouche bée assurent progressivement sa renommée. Première partie de Plan B au fameux ITunes Festival de Grande Bretagne, un  EP, « Back to the Ocean », la première partie de la tournée de Tom Odell (passée par l’Alhambra en avril 2014) après une immense tournée solo de plusieurs semaines en Australie, des dizaines de salles à travers Suisse, Belgique et Allemagne où son succès est tel que l’un de ses plus gros succès est choisi parmi la bande originale de « Hin und weg », un film qui a connu un gros succès outre-Rhin. Des milliers de kilomètres parcourus, de show case, de micros de radios et de plateaux de télévision pour assurer sa promotion et celle de « Room for light », son premier album sorti en 2013 en Grande Bretagne (disponible en France sur Itunes car pas encore de label signé pour l’Hexagone). Pas le temps de douter, toujours souriant, disponible et d’une humilité assez exceptionnelle, le voilà désormais acclamé par les foules, certes en bénéficiant de l’éclairage d’un Ed Sheeran devenu star au succès planétaire. Mais légitime. A sa place dans cette lumière accrue.

A Nantes ce 3 février, Ryan Keen a livré huit titres, dont les superbes Orelia, Old Scars, Know about me. Un joyeux détour par « Uptown funk » de Bruno Mars puis résonne encore Skin and Bones avant que Trouble ferme le set. Le Zenith est survolté et en veut encore. Il parle (un peu) français. Celà suffit à créer de vrais échanges entre deux titres. Mais il n’est pas de rappel possible dans une grosse machinerie comme celle des tournées mondiales. Alors les fans se consolent en se ruant sur l’album (vendu dans les travées les soirs de concerts) et en cherchant à l’approcher avant de quitter la salle pour un désormais incontournable selfie.  En allant sur Itunes aussi : après le concert nantais, « Room for light » poursuivait son ascension vers les très hauts sommets.

A bientôt 28 ans, Ryan Keen est un drôle de mix entre enthousiasme joyeux et lucidité perfectionniste. Les sirènes de la gloire ne le détourneront sans doute jamais du chemin auquel il aspire et ce n’est pas le fait qu’il soit devenu un ami qui fausse notre regard : sûr,  il restera toujours ce type incroyablement doué pour la guitare, ce gars du Devon à la voix chaude, authentique, loin de toute frime. Et peu importe si au fil du temps l’auditoire ne cesse de grossir. Il travaillera toujours et encore. « Il faut ça. C’est important. On travaille. On cherche. On travaille encore. »

Une courte pause outre-Manche et le 12 février, il repartira à la conquête du public. République Tchèque, Lettonie, Lituanie, Pologne, Estonie… D’autres dates en solo ensuite, un écart par l’Australie le temps d’un festival cet été. Il tâchera aussi de trouver du temps afin de boucler les titres de son deuxième album. Enregistrement  peut-être dans les chaleurs de Los Angeles.

Quand un ami se présente devant une petite assemblée, on partage sa tension, on s’inquiète de la qualité de l’auditoire. Quand il est acclamé par neuf mille personnes, on devine son bonheur. Et comme il le met en partage, on ne peut qu’être ému. Ryan Keen, retenez bien ce nom!

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

Télécharger Room for light sur Itunes: https://itunes.apple.com/fr/album/room-for-light/id808224761

http://www.ryankeen.co.uk // https://twitter.com/RyanKeen // https://www.facebook.com/ryankeenuk?fref=ts 

Quand un ex Marquis de Sade croise la note avec Pascal Obispo.

Il y a des concerts qui marquent au delà du simple souvenir. Celui de Pascal Obispo au Zénith de Nantes ce 10 Décembre sera à inscrire dans cette catégorie. Alors que depuis près de deux heures, la soirée défilait (savant dosage de mélodies anciennes et de refrains nouveaux, servis par un artiste généreux prenant visiblement plaisir au partage avec une salle pleine à craquer ), Pascal Obispo a soudain marqué une pause pour remonter le temps. Celui de ses années adolescentes où un groupe lui avait donné l’envie de chanter. Ce groupe, c’est « Marquis de Sade », une formation pilier de la scène rock Rennaise de la fin des années soixante-dix, où figuraient aussi Etienne Daho, Niagara, des musiciens comme Arnold Turboust et Philippe Herpin. Après deux albums, le groupe s’était séparé, Franck Darcel, le guitariste et Philippe Pascal, au chant, prenant des voies différentes, ce dernier poursuivant notamment à travers « Marc Seberg » jusqu’au début des années quatre-vingt dix.

Tous les amoureux de ce rock franchement noir aux thèmes aussi lourds que la violence, la maladie, la drogue sur des lignes musicales empruntant aussi bien au fameux Velvet Underground qu’ à Bowie, en avaient conservé une forme de nostalgie, faisant de « Marquis de Sade », un groupe mythique. Et ce soir là, par la grâce d’un rêve encore jamais réalisé, le mythe a ressurgi et Philippe Pascal est réapparu sur scène. Pascal Obispo avait enfin réussi à le convaincre de partager un moment à ses côtés. Près de vingt ans qu’il espérait ce moment!

La silhouette de Philippe Pascal est toujours aussi longiligne, la beauté intacte et la gestuelle n’a pas changé. Derrière ce duo inattendu, Sam Stoner, qui a aussi joué avec le Rennais peu de temps après son arrivée en France, envoie avec enthousiasme et observe ces retrouvailles entre émotion et bonheur total. Le public sent lui aussi qu’il assiste à une parenthèse exceptionnelle, d’autant plus exceptionnelle d’ailleurs que ce moment ne devait pas se produire avant le concert de Rennes deux jours plus tard. Mais les répétitions de l’après-midi avaient fait sauter les peurs et donner l’envie de ce rendez-vous anticipé. Une parenthèse à jamais graver dans les mémoires. L’envie de retrouver Philippe Pascal bien plus longuement sur une scène. En attendant, assumant le clin d’oeil facile, « arigato » Pascal Obispo.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

Sam Stoner, le musicien en-chanteur.

Durant deux heures, il est le guitariste de son pote. Fidèle, inventif, ultra doué. Mais sur cette tournée, il est aussi celui qui ouvre la soirée. En cinq titres, Sam Stoner fait entrer le public de Pascal Obispo dans son univers à lui. Celui d’un monde qui se refuse au désenchantement, à la partition énergique dirigée à la baguette des « good vibrations ». Rencontre avec une personnalité solaire qui se joue de ses parts d’ombres.

Sam Stoner, c’est d’abord une silhouette (grande), une chevelure rousse (au désordre très british) derrière une guitare devenue indispensable sur nombre de tournées, dont celles bien évidemment de Pascal Obispo, l’ami de ses premiers pas de ce côté ci de la Manche. Bye Bye Northampton. Welcome in Rennes ! Le premier groupe ne s’est pas fait attendre. « Evening Legions » écume la région, Pascal Obispo à la basse, Sam Stoner à la guitare. Jusqu’à ce que ce dernier ait envie de pousser la migration plus au sud. Un coin de France où la terre respire et l’inspire mieux encore. « La vie est la principale source d’inspiration mais le lieu où elle se déroule aussi, forcément! Il y a des parfums, des sensations, la terre qui vibre, le bruit des cailloux dans le torrent… Je suis à l’écoute de ces vibrations qui me portent et m’inspirent. Le carnet de notes de mon téléphone est rempli de ces moments, de ces notes qui surviennent et qui soudain vont finir par se réunir. Quand je compose, je tourne parfois longuement autour de la mélodie, tel un chat autour de sa proie, et soudain, je lui saute dessus et je la tiens! Il faut être patient mais ce n’est pas très compliqué. Je ne me considère pas comme un musicien. »

Le pire, c’est qu’il en est convaincu!! On a beau essayé de lui démontrer le contraire!! God save the modestie naturelle de ce grand breton à la tête plus dure qu’un menhir. « Non, non… je joue d’instinct, à l’oreille, » persiste t’il . « J’ai appris la guitare comme ça, je devais avoir sept ou huit ans. Je jouais ce que j’entendais puis ceux que j’ai aimés au fil des ans : Bowie, Hendrix, Prince, Tangerine Dream, Kate Bush… Tout ce qui signe le musicien, les doigts qui jouent à la vitesse du virtuose, les trucs hauts de gamme et impressionnants, je ne sais pas faire. Moi, je joue au feeling. »

Et ça lui réussit plutôt bien! Lui qui se voyait seul en scène avec ses propres chansons, n’a pas encore eu la vraie opportunité de les faire éclore avec l’attention nécessaire, tant les sollicitations se sont enchaînées. Zazie, croisée par l’intermédiaire de l’ami Obispo, a ouvert le bal en 1993… Le carnet n’a jamais désempli ensuite. Sam Stoner l’ a accompagnée (à la guitare mais aussi au chant) durant une longue tournée avant d’être embarqué par Philippe Pascal, le charismatique leader de « Marquis de Sade », qui le demande pour un album puis l’entraine sur scène. Suivront Natasha Saint-Pier (pour deux tournées), Calogero (pour deux tournées également), Youssou N’ Dour, d’autres encore dont bien sûr Pascal Obispo.

« Je ne pensais pas tracer ma route en accompagnateur. Ca m’est vraiment tombé dessus par hasard. Avec Pascal, c’est différent. D’abord parce que c’est mon ami mais aussi parce que je ne suis pas uniquement un guitariste à ses côtés. Nos univers sont complémentaires mais finalement très proches et on adore travailler ensemble. Je me souviens du projet « Live for Love United » pour lequel j’ai composé et autour duquel Pascal avait réuni en 2002 tous les grands noms du foot mondial… c’était énorme et totalement génial. Une aventure inoubliable. On a aussi beaucoup travaillé pour le spectacle « Capitaine Samouraï Flower », une sorte d’ovni hauts en couleurs avec un vrai message écologique. Mais c’était peut-être trop tôt. On a aussi mis beaucoup de nous dans le spectacle musical « Adam & Eve, la seconde chance. » Malheureusement, l’aventure a tourné court… »

On sent l’émotion à l’évocation de ce souvenir contrasté. Si euphorisant à monter, si brillant et original sur scène mais si décevant dans la façon dont il a été reçu. Difficile de ne pas voir de parti pris dans les critiques parfois. Tellement de mépris ici et là que l’on pouvait s’interroger sur la motivation réelle de leur auteur, si prompts à déboulonner. Beau gâchis et vrais regrets en tout cas car « Adam & Eve » était purement jubilatoire et magique, réunissait tous les arts de la scène, une troupe de talent sur des chansons magnifiques et des chorégraphies novatrices. « L’annulation de la tournée nous a fait beaucoup de mal. Ca reste un traumatisme dont je ne suis pas encore vraiment capable de parler… Sans doute est-ce trop récent. » C’était il y a un peu plus de deux ans.

Alors pour se remettre, Sam Stoner a trouvé refuge dans son cher coin du Sud. Besoin de retrouver le silence, les crêtes sur l’horizon, de sentir à nouveau ces fameuses vibrations positives qui lui servent d’équilibre. Et comme chaque fois que la vague tenterait de le faire échouer, il a trouvé l’énergie du rebond. « Se poser pour reprendre son souffle est parfois nécessaire mais il ne faut jamais abandonner. J’ai une chanson qui parle de ça justement, « I hope ». Il y a toujours un meilleur chemin, viendront les jours meilleurs… Renoncer, c’est déjà le début de la fin non ? »

Pas encore à son actualité en tout cas! Sam Stoner vient en effet de sortir son tout nouvel album (Il avait sorti le premier en 1991, « Sam Amazon and the Silk Explosions ». Puis il y avait eu « Message of sound », « Never too late » en 2005 et « What is Life » en 2009). Ces sept titres sonnent beau et juste. Ils pourraient constituer une sorte de portrait chinois à qui saurait lire entre les lignes. « I hope » (qu’il interprète sur scène depuis qu’il assure la première partie de son complice de toujours) prend aux tripes, merveilleuse alliance de la musique et des mots. « Rock’N’Roll (will never die) » avec la présence de Cyril Atef (percu et batteur français – M, Lavilliers, Bashung -) est du rock de la meilleure veine, péchu , enthousiaste, euphorisant. Quant à « How much love » ou « We are love », on se demande jusqu’à quand elles résisteront aux oreilles des programmateurs radio.

« Je mentirais si je disais que je ne serais pas heureux si ça se produisait. Mais je sais aussi que c’est compliqué d’exister artistiquement quand on a passé quarante ans, que votre musique n’est pas forcément celle de ceux que vous accompagnez… Sans parler des maisons de disques qui agissent en fonction de critères qui ne sont pas vraiment artistiques… Dans ces conditions, j’ai préféré m’entourer d’amis, produire seul et faire le disque que j’avais vraiment envie de faire. Cyril Atef donc mais aussi Denis Bielsa et encore Muriel Erdody, Angelique Barthes, Bernadette Mouillerac, Ida Chetritt et Olivier Reine. J’ai tout fait chez moi, on a enregistré dans mon grenier. Tout, sauf quelques instruments et certains morceaux qui ont été enregistrés dans un studio de Toulouse, dont l’ingénieur du son, Boris Beziat, a aussi assuré le mixage. »

Une fois encore, Sam Stoner a donc oublié de verser dans l’amertume et choisi de se donner lui-même la chance que les labels ne semblaient pas disposer à lui offrir. Et il a manifestement bien fait car depuis plusieurs mois, ces vibrations là sont encore meilleures et le nombre de ses fans ne cesse de grossir. Le CD a du être réimpressé et le public lui réserve chaque soir un accueil enthousiaste.

Sam Stoner joue la sobriété. Débarquant sur scène avec son haut de forme (quitte à être grand, autant accentuer le trait), son regard azur savamment coloré, comme un masque à peine visible qui permettrait à sa timidité de rester à l’écart. On pense alors à Bowie, l’une de ses idoles, qui lui aussi avait créé son personnage, double protecteur…

Assis sur un simple caisson, s’accompagnant à la guitare acoustique, Sam Stoner enchaîne les morceaux, commente avec humour, démontre l’étendue de sa voix qui joue aussi bien avec les graves que les aigus, une voix chaude, incroyablement libre sur scène. Et son auditoire en redemande, frustré par ces cinq titres (dont une magnifique reprise de Seal, ce soir là au Zénith de Nantes) qui passent bien trop vite mais entraînent dans un univers où les riffs décalent et ravissent. « Il y a quelques années, j’ai créé le concept de Vibraman avec deux complices. Une sorte d’homme vibrant sorti des entrailles de la terre, qui partage ses vibrations bienfaisantes. J’ai envie que les gens qui me font le plaisir de m’écouter, ressortent joyeux, porteurs d’une envie nouvelle. Mieux encore, ça peut paraître ridicule mais je rêverais que les gens réapprennent l’échange, le vrai, celui qui consiste à s’écouter pour mieux s’entendre. La période n’est pas à ça mais je veux continuer à espérer. »

Encore quelques dates avant la fin de la tournée puis Sam Stoner partira se ressourcer dans son refuge. Le temps de respirer car un souffle nouveau l’attend pour le printemps: plusieurs concerts avec la présence de ses complices de l’album sont en effet déjà programmés. Le début d’une jolie série. « Never too late ». Près de dix ans qu’il le répète. L’heure serait bienvenue de voir Sam Stoner en-chanteur. Fingers crossed…

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

– Pour retrouver toute l’actualité de Sam Stoner : Sam Stoner Music, sa page Facebook. On y trouve aussi ses albums, sur lesquels l’artiste prend toujours le soin de poser une dédicace avant expédition. L’échange, la générosité… jusque dans les moindres détails. –