Mika au Zénith de Nantes: l’enfant terrible a le sens du show

Il l’a dit et répété : « Ce soir, c’est vendredi, dans quelques jours c’est Noël. Alors on a tout notre temps et on va faire la fête. » Et la fête, il l’a créée avec un sens du show et une énergie impressionnants. En plus d’une heure trente de concert sur la scène du Zénith de Nantes, Mika a livré une performance joyeuse, dansante et haute en couleurs.

Il était probablement temps qu’il revienne à sa véritable passion, à ce qui fait de lui cet artiste un peu à part, trublion à la folie créatrice, à la voix hors norme et à l’énergie toujours positive et pleine de bonne humeur. A force de le croiser le samedi soir en juré de The Voice, l’émission à succès de TF1, certains en auraient presque fini par oublier combien Mika était aussi et avant tout un compositeur, chanteur de grande classe, cet artiste franco-libanais dont les succès ont résonné un peu partout dans le monde. 

En reprenant la route avec son « Révélation Tour », bâti autour de « My name is Michael Holbrook », opus sorti en octobre dernier, le trentenaire remet les pendules à l’heure et prouve que «  Relax (take it easy) » ou bien « Grace Kelly » voilà plus de dix ans, n’étaient pas le fruit du hasard. Pas plus que son succès international.

Dopé à l’envie, impatient à l’idée de ce retour sur scène, Mika a conçu un show sans temps mort. L’histoire qu’il raconte est la version revisitée de sa propre vie, remplie d’humour, de second degré mais aussi de tendresse. De chaque coté de scène, entre une avancée aux couleurs gay friendly, ceux qui sont sensés représenter ses parents : un gorille femelle avec son collier de perles et un mâle version pile que l’on pourrait penser échappé de l’atelier de Rodin! Le ton est donné. Les premiers accords d’ « Ice Cream » et « Dear Jealousy », extraits de son nouvel opus, lancent le tourbillon de folie dans lequel il entrainera le public sans jamais le lâcher.

« Relax » fait chanter et danser dans le moindre recoin du Zenith. Le temps dehors est maussade, la période est compliquée pour des dizaines de raisons mais Mika a la bonne humeur si contagieuse qu’il réussit l’exploit de tout mettre à distance l’espace de cette soirée.  

Lorsqu’il descend dans les travées, parcourant la fosse comme les gradins pour chanter « Big Girl (you are beautiful) », la complicité avec le public se manifeste encore plus fort. Ultra souriant, généreux, sa longue silhouette qui frôle les deux mètres déambule en musique, immortalisée par des centaines de smartphones. Les yeux des plus jeunes pétillent comme s’ils avaient croisé le Père Noël.

« Underwater » livre ses envolées lyriques. La voix est unique. La partition, mélodie puissante et toute en émotion, frappe fort. Le moment est magnifique. Tout comme « Happy ending » pour lequel le chanteur réussira l’exploit, dans l’immense zénith nantais où le silence s’est installé, de reprendre les derniers couplets a capella. On ne peut qu’admirer et saluer. Impressionnants et magiques aussi ces passages réguliers devant le clavier d’un piano blanc cerné de lumières et s’envolant dans les airs…

« Love Today » et « We are golden » donneront l’occasion de repousser vers le haut le curseur de la joie. Mika l’élégant a troqué son costume saumon et sa chemise blanche à jabot pour un costume bleu ciel pour finir sur l’incontournable « Grace Kelly », la chanson qui lui a fait rencontrer le succès. « Tiny Love » et « Stay High » boucleront cette soirée. Une  parenthèse enchantée où la joie avait pris toute sa place parmi les notes.

Magali MICHEL.

Crédit photos  // Sophie BRANDET.

Aya Nakamura, flamboyante au  Zénith de Nantes

Aya Nakamura, véritable phénomène porté par des milliers de fans, a livré son show ultra rodé sur la scène du Zénith de Nantes ce 12 Décembre. Entre provoc’, sentiments et girl power. 

C’est sans doute l’une des personnalités les plus en vue du moment. Que ce soit pour ses milliers d’albums vendus (son premier album, sorti en août 2017 était déjà disque d’or et le second, «Nakamura», publié voilà un an, est certifié triple disque de platine) ou ses bad buzz, comme lorsqu’elle a salué et remercié ses fans qui « l’encouragent dans ce qu’elle fait » au lieu de les appeler à soutenir le Téléthon après sa prestation lors de l’émission au début du mois. 

Elle est aussi la reine des punch line et n’hésite pas à clasher si elle le juge nécessaire comme elle l’a maintes fois prouvé après sa prestation l’an dernier au NRJ Music Awards où Nikos Aliagas avait eu le tort d’ écorcher son nom de famille. A 24 ans, Aya Nakamura la joue girl power et frondeuse. Une marque de fabrique qui cache probablement une personnalité plus complexe mais qu’elle assume parfaitement. Et ça marche car ses milliers d’inconditionnels la suivent dans ses moindres aventures et connaissent chacune de ses paroles par coeur.

Lors de son concert à Nantes ce 11 Décembre, dans un Zénith plein à craquer, l’excitation était «sonore». Des cris hystériques perçaient de toute part. Des jeunes femmes qui auraient pu être les voisines de pallier de leur idole mais également, plus surprenant quand on voit les histoires qu’elle raconte et la façon dont elle les met en scène, des très petites de six ou sept ans toutes heureuses de « voir Aya en vrai ».

Pour cet « en vrai », le show était réglé comme le papier de sa musique. A 20H30 sonnantes, le rideau est tombé, la neige (la mousse) également, sur une Aya Nakamura drapée dans une énorme doudoune à capuche, entourée de ses danseurs. Une parure hivernale qui n’a pas fait long feu et rapidement laissé place à une combinaison flamboyante à paillettes, collant sur maillot une pièce largement échancré. La jeune femme s’assume et invite ses congénères à faire de même à longueur d’interviews ou de textes dans lesquels elle rappelle que les jeunes filles ne doivent pas se nourrir de complexes, ne pas subir la pression masculine ni accepter les regards racoleurs des garçons. A l’image de son fameux tube « Djadja » – qui signifie le type lambda, celui passe sa vie à raconter des histoires sur les copines sur le ton de la frime – (près de cinq cent millions de vues sur Youtube), devenu hymne bien au delà des cités. 

Que le public s’identifie ou pas à ses chansons, il hurle en tous cas à plein poumons. A Nantes ce soir là, on l’entendait même souvent davantage que la chanteuse. Rarement aussi, autant de portables avaient immortalisé en continu ce qui se jouait sur scène. 

Qu’on l’aime ou pas, il faut reconnaitre qu’ Aya Nakamura a un vrai talent pour faire bouger dans les rangs. Un sourire généreux et parfois timide sur une tenue audacieuse sous les paillettes, des histoires qui font mouche avec des mots de la rue, Aya Nakamura brouille les pistes. La nouvelle idole française du R’n B ne fait pas l’unanimité mais elle sait que l’on ne peut pas plaire à tout le monde et elle se moque bien du reste. Son succès lui offre sans doute la meilleure des réponses. Le reste… elle ne lui offre que son indifférence.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Rien n’arrêtera Claudio Capéo

Claudio Capéo a repris la route des tournées et s’est arrêté au Zénith de Nantes pour le faire chanter d’une même voix. Tendrement jovial.

Qui aurait imaginé en le voyant candidat de la cinquième édition de « The Voice » qu’il n’aurait pas son pareil pour faire chanter les foules ? En 2016, c’est en effet sans son instrument fétiche que Claudio Capéo s’était inscrit, incité par les copains mais également curieux d’obtenir un avis professionnel sur sa voix. Pas question alors de dérouter avec son accordéon que beaucoup pourraient juger « ringard » ou trop connoté. Seule sa voix lui permettrait de franchir les étapes. Il avait bien fait puisque son interprétation de « Chez Laurette » de Michel Delpech avait ému le jury et retenu l’attention des télespectateurs. Mais ce n’était offrir qu’une palette bien limitée de son talent car Claudio Capéo, qui avait déjà à son actif des centaines de concerts à travers l’Europe avec son groupe, après avoir commencé à jouer dans les bistrots et les trottoirs de son Alsace natale, était bien plus que ce chanteur un peu timide, probablement à l’étroit dans une émission un peu formatée.

Showman né, Claudio Capéo n’est jamais meilleur que lorsqu’il est sur scène. Conscient du chemin parcouru, des débuts où il fallait accrocher les promeneurs ou ce public du hasard tapis dans les recoins d’un petit troquet, il savoure chaque instant dans ces salles de plus en plus grandes et ne risque pas la grosse tête. Ses musiciens sont là depuis le début, sa vie n’a pas changé et il ne la jouera jamais star. Les pieds sur terre et les doigts rimés à son accordéon, il veut juste donner et donner encore… pour mieux s’enivrer de l’échange avec son public. La formule est clichée mais chaque minute de ses concerts permettent de la vérifier.

Sur la scène du Zénith de Nantes plein à craquer ce 28 Novembre, Claudio Capéo a levé le voile sur sa nouvelle tournée bâtie après la sortie de son quatrième opus, « Tant que rien ne m’arrête ».  Après une précédente tournée de deux ans, un album certifié disque de diamant, le trentenaire est reparti, sans doute jusqu’à la fin de l’année prochaine.. au moins, car les places s’envolent et il faut souvent programmer un second passage afin de consoler les laissés pour compte de la billetterie.

Devant des toiles immaculées, terrain de jeux idéal pour les ombres et lumières, l’artiste arpente la scène, descend dans les travées, avec une envie et une énergie impressionnantes. Le timbre de voix si reconnaissable porte toutes les émotions. Les titres récents se mélangent aux désormais incontournables « Un homme debout » ou « Ca va, ça va », qui avaient marqué le début de sa célébrité voilà trois ans. Un prompteur discret sur le devant de la scène (support classique auquel peu échappe. Pour l’anecdote, il y en a plus de vingt dissimulés sur la scène d’Indochine) permet d’éviter les petits trous de mémoire de début de tournée… Aléas que ne connaissent pas les spectateurs qui reprennent en choeur avec un enthousiasme impressionnant.

Entre deux morceaux et trois notes d’accordéon, Claudio Capéo montre une gentillesse dont personne ne saurait douter et un sens du spectacle qui a des allures d’évidence . « Tant que rien ne m’arrête » assure t’il. Rien, on ne sait pas. Personne… ça c’est certain.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Le « Chocolat Tour » de Roméo Elvis, à consommer avec gourmandise

On l’avait connu arrivant sur scène en conduisant un vélib’. Cette fois, c’est par les hauteurs que Roméo Elvis, lunettes et casquette sur blouson jaune canari, micro en mains et déjà chantant, a atterri ce 20 novembre sur la scène du Zénith de Nantes. En rappel, et sous des cohortes d’applaudissements enthousiastes d’une salle jeune et prête à l’accompagner dans ses moindres refrains.

La dernière fois que nous l’avions vu, c’était à la Sirène, dans le cadre des Francofolies en 2018. Le crocodile était de la partie. Un logo inattendu qui marquait une forme de retour pour la marque dans le monde des sponsors du rap. Mais pas seulement. Une figure symbolique aussi pour un artiste prêt à mordre son parcours avec une envie sans fin.

Car la musique, dans la famille Van Laeken, c’est quasi génétique. Avant d’être le grand frère de la chanteuse Angèle, Roméo Elvis est d’abord le fils du chanteur Marka (et de la comédienne Laurence Bibot). Pour son passage aux Francos, le jeune belge pouvait s’ appuyer sur « Morale 2 », son premier album, sorti l’année précédente et « Morale », l’ EP qui avait lancé son parcours. Il pouvait aussi s’appuyer sur une aisance scénique, une présence et un bagout digne des vieux briscards du métier.

Deux ans plus tard (ou presque), il est resté le même. Un album en plus, « Chocolat », sorti au printemps 2019, et certifié disque de platine en Belgique comme en France. Une jolie récompense qui prouve la fidélité d’ un public qui n’a pas hésité à le suivre dans ses nouveaux chemins, des thèmes parfois plus lourds, proches de ceux abordés par Lomepal, le rappeur qui fait partie de ses meilleurs amis mais qui conservent néanmoins sa propre patine artistique.

Pour le « Chocolat Tour », qui joue sold out à chaque date et emprunte désormais les plus grandes salles de la francophonie, Roméo Elvis a incontestablement pris une autre dimension. Le concert lui-même est un ton au dessus. Le son est ultra précis, les lumières font le show d’un bout à l’autre et le chanteur semble encore plus à l’aise dans ses échanges avec le public. Il lui parle, n’ hésite pas à faire monter des spectateurs sur scène. La complicité avec les musiciens est elle aussi évidente. Mais si les vannes fusent ou les entrées de morceaux peuvent de temps à autre se rejouer, l’ensemble est toujours ultra pro. Les refrains s’enchainent et l’énergie ne diminue jamais.

Longue silhouette jouant avec les ombres dans ses lumières, Roméo Elvis a pris de l’épaisseur. Celui à qui l’ on veut toujours comparer ou opposer sa soeur, comme si la fratrie ne pouvait compter deux talents à succès sans que naisse la jalousie de celui qui ne serait pas encore autant auréolé, est désormais dans la cour des grands. Il y joue avec une aisance déconcertante. La meilleure des histoires belges. Et comme elle ne s’annonce pas courte, elle n’en sera que meilleure.

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

En tournée anniversaire, KASSAV fait danser le Zénith de Nantes 

Il y a quarante ans, des musiciens antillais s’unissaient autour des mêmes rythmes, avec l’ambition secrète de casser les clichés, de déchirer la partition qui laissait penser que dans ces îles de l’autre coté de l’Atlantique la musique était « doudouiste », faite uniquement pour bouger les hanches de façon lancinante sous les cocotiers. Ils n’imaginaient pas que leurs chansons feraient le tour du globe et les entraineraient de stades en immenses salles durant quatre décennies. Et l’histoire n’est pas finie… La preuve au Zénith de Nantes ce 7 novembre.

Arrivés très tôt pour trouver la place idéale, pas trop loin de la scène mais un peu à l’écart de la foule pour pouvoir danser «collés-serrés » (en français dans le texte), trois couples amis n’ont pas hésité à venir de Brest pour assister à ce concert anniversaire. Kassav, c’est toute leur vie, leur jeunesse d’exilés et ces bouées musicales qui réchauffent quand le climat de la métropole ajoute au cafard de l’éloignement. Ils ont vu naitre le groupe et l’ ont suivi avec une fidélité sans faille. « On voulait de la musique de chez nous mais un truc percutant, qui ne parle pas que de bananes, de doudous ou de belles plages. Avec eux, on a été servi au delà du possible. Kassav, c’est d’abord de la musique composée par des musiciens top niveau, avec des paroles dans notre langue mais qui, au final, réussit à parler à tout le monde. Le reggae signe la Jamaïque et fait forcément référence à Bob Marley. Le Zouk signe les Antilles et… Kassav. » 

Subjectifs ? Pas si sûr car voilà quand même quatre décennies que ce groupe là, avec ses membres fondateurs (Jacob Desvarieux, Jean-Philippe Marthely, Georges Décimus , Jean-Claude Naimro – Patrick Saint-Eloi est décédé en 2010 – , et bien sûr la très belle et charismatique Jocelyne Beroard) écume les scènes et sort des albums qui connaissent le succès. 

Des tubes, il y en a eu à la pelle. Que l’on soit né dans les années cinquante ou les années deux mille, on a tous fredonné un jour ou l’autre un titre de Kassav: « Zouk la sé sèl medikaman nou  ni » a été le premier (mais il y en avait plein d’autres dans l’album « Yélélé ») puis ce furent « Kass Limon », « Syé Bwa », « Kolé Séré » ou bien encore « Oh Madiana », « Ojala », la liste est bien trop longue pour être entièrement citée ici. Inventeur de ce style musical incomparable, Kassav a donné au Zouk ses lettres de noblesse et réussi à le mener d’ Etats Unis en Russie, de Japon en Amérique du Nord, d’Afrique aux Caraïbes où bien sûr, une fois n’est pas coutume, le groupe a su être prophète en son pays.

Rares sont les formations qui peuvent s’enorgueillir d’un tel palmarès. Kassav avait déjà célébré ses trente ans avec faste en mai 2009 dans un Stade de France resté dans les mémoires (65.000 spectateurs qui reprenaient « Syé Bwa », ça avait de l’allure). Pour souffler les dix bougies supplémentaires, les antillais se sont offerts l’ Arena de Nanterre le 11 mai dernier et vendu en un rien de temps les 40.000 billets disponibles puis se sont lancés sur les routes pour une immense tournée.

En escale nantaise au Zénith ce 7 novembre, les musiciens ont pu se laisser porter par la ferveur du public. Des antillais mais pas seulement car le temps n’a rien changé à l’affaire, Kassav continue de faire bouger les frontières et d’exporter vers le plus large, loin des bulles réductrices. Si ce soir là, la salle n’est pas en configuration maximale (avec ses 9.000 places, le Zénith est l’un des plus grands de France, celui de Paris en ayant 6.800), la jauge prévue a largement fait le plein et le public est bien décidé à faire la fête et offrir un accueil enthousiaste. C’est donc sous la ferveur que Jocelyne Berouard, ses deux choristes et toute la bande ont effectué leur entrée sur scène.

Toujours aussi énergique et d’une bonne humeur contagieuse, Jocelyne Beroard porte beau les années qui passent, sa voix n’a pas changé. Jean-Philippe Marthély et Jacob Desvarieux ne sont pas en reste et n’ont pas leur pareil pour chauffer une salle qui ne demande qu’à suivre. Cuivres, batteur, percussionniste et synthé, ce grand Barnum musical a mis la joie au centre de ses priorités. Les titres s’enchaînent sans ralentir. Les tubes se succèdent et le public reprend en choeur sans avoir besoin d’y être invité. 

Deux heures plus tard, la salle se videra entre sourires et nostalgie, celle qui succède à un rendez-vous longtemps attendu, qui a été formidable mais est déjà fini. Un demi siècle d’existence, ça se tente non ?

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

 

 

NTM, une rage intacte

NTM a laissé résonner sa rage d’une puissance inchangée au Zénith de Nantes ce 24 octobre. Kool Shen et Joey Starr ont définitivement une place à part dans l’univers du rap français.

Déjà quarante ans que ces deux là débarquaient de leur Seine Saint-Denis natale pour souffler le vent de la révolte avec leur rap puissant. Vindicatifs, se fichant de la bienséance comme des sujets principaux de leurs colères, Joey Starr (Didier Morville) et Kool Shen (Bruno Lopès) focalisaient toutes les passions, de la colère à la haine, de l’idolâtrie la plus absolue jusqu’au mépris. 

Le nom complet de leur groupe passant mal les fourches de la médiatisation? Qu’à cela ne tienne:  c’est avec le plus sobre 93 NTM puis NTM tout court qu’ils ont continué à tracer leurs routes en les jalonnant de titres devenus cultes. Si leur hostilité envers la police s’est rapidement affichée sans détour, leur critique du racisme et des inégalités sociales, le tableau noir des banlieues abandonnées par l’Etat français ont également été mis à l’honneur comme autant de constats d’urgence. Qu’on les aime ou qu’on ne les aime pas, ces deux là savaient ne pas laisser indifférents et y puisaient une force pour se faire entendre.

Après un parcours quelque peu chaotique, fait d’années intenses de concerts puis de silence, de séparation puis de retrouvailles, Joey Starr et Kool Sheen ont entamé voilà plusieurs mois une grande tournée d’adieux quatre décennies après leurs débuts. Accompagnés sur scène de leurs deux DJ, DJ Pone et R-ash, ils démontrent à ceux qui en douteraient, que le poids des années ne change rien à l’affaire : l’énergie est la même, le flow identique et la puissance inchangée. Le paysage du rap français s’est élargi, de nombreux autres sont arrivés mais eux poursuivent sans se préoccuper des autres.

Devant la foule du Zénith de Nantes ce 24 octobre, pleine des fans de la première heure, le duo  donne tout. « Qu’est ce qu’on attend? », ô combien d’actualité, ouvre le ban. Les morceaux cultes seront presque tous là depuis « Paris sous les bombes » à « Pose ton gun » ou « laisse pas traîner ton fils » et bien sûr l’inévitable « Ma Benz ». Le public est à fond. Les deux rappeurs envoient encore plus fort et dédicacent leurs morceaux anti police à Steve Maia Canico, le jeune homme tombé dans la Loire lors de la dernière Fête de la Musique.

Près de deux heures trente plus tard, en ayant visiblement encore sous le pied, Joey Starr débarquait au Ferrailleur sur le quai des Antilles, bonnet de laine et foulard sur blouson de jean pour un after inédit : un Dj Set donné par DJ Pone et Dj R-ash. Au pied de la scène, il était le premier soutien de ses potes. La cinquantaine ne l’a sans doute pas assagi, sa carrière de comédien lui a incontestablement donné une épaisseur supplémentaire mais la rage est toujours là. Difficile alors, quand on voit la complémentarité parfaite qui existe avec son complice de toujours, d’imaginer que cette tournée soit réellement celle des adieux.

Texte et crédit photos // Sophie BRANDET.

Sting au Zénith de Nantes, élégance à l’anglaise

C’est un Zénith plein à craquer qui a salué la venue de Sting à Nantes ce 23 octobre. Impressionnant dans son interprétation malgré sa toute récente opération de l’épaule. Impeccable dans son français sans une once d’accent. Souriant et généreux d’un bout à l’autre d’une playlist ultra léchée.

« Je suis désolé mais je ne peux pas jouer… » D’autres auraient reporté leurs dates. Lui a préféré la jouer « the show must go on ». Une déchirure du tendon de l’épaule droite lors de son concert à Orléans, une opération le lundi suivant (soit 48 heures avant Nantes) et quelques calmants pour endiguer les puissantes douleurs et le voilà sur scène, le bras en écharpe mais bien présent et sans chercher à s’économiser. Tout juste a-t-‘il dû reconnaitre que jouer de la basse ne serait pas possible. Alors il a demandé à Nicolas Fiszman, musicien réputé ayant oeuvré près des plus grands, d’Aznavour à  Johnny Clegg, de le remplacer le temps nécessaire. Ce serait sa seule concession à ce pépin de santé car il était hors de question d’interrompre la tournée européenne bâtie autour de « Songs », nouvel opus faisant souffler un titre de modernité sur les principaux titres de sa carrière. Sting est de la trempe des seigneurs. De ceux que rien n’arrête, qui refusent la Tour d’ivoire où se prélassent tant de confrères. Il préfère consacrer une large part de son énergie libre à militer dans des associations engagées (pour la préservation de la forêt vierge amazonienne notamment). 

Résonnent alors les premiers accords de « Roxanne » dans une superbe version acoustique, ovationnée les 8.500 spectateurs présents. Sting ne perd pas une seconde et explique ensuite l’histoire de « Message in a bottle », un titre que certains vouaient à l’échec… Ils étaient visionnaires: « I’ll send an SOS to the world » est réclamé par les foules de fans depuis près de vingt ans! Succès mondial, il est un incontournable des concerts.

Rejoint après cette introduction spectaculaire, Sting est rejoint par ses musiciens pour déployer une set list savamment dessinée. Vingt titres au total dont « English man in New York », « Walking on the Moon », « So lonely » et la toute aussi populaire « Every breath you take ». La soirée se serait arrêtée là qu’elle aurait déjà été parfaite mais le musicien anglais (farouche opposant au Brexit) restera fidèle à sa générosité. Il reviendra avec « King of pain » et la légendaire « Russians » avant de repartir sur « Fragile ». Emblématique et pourtant tellement peu de circonstances quand on voit la force de ce géant à l’épaule d’argile mais au talent inoxydable.

Texte et crédit photos // Sophie BRANDET.

IBRAHIM MAALOUF: TROMPETTISTE DU MONDE

Durant deux heures ce dernier dimanche de septembre, Ibrahim Maalouf a offert au public nantais « S3NS », son tout nouveau spectacle. D’une énergie de marathonien, le trompettiste a arpenté l’immense scène du Zénith et entrainé dans ses partitions des spectateurs prêts à le suivre en chantant comme en dansant. Incroyable Ibrahim Maalouf.

Multi-récompensé, du César de la Meilleure musique originale pour « Danse dans les forêts de Sibérie » en 2017, à la Victoire du spectacle musical (en 2017 toujours), celle de l’ Artiste de l’année (en 2013) ou bien encore Grand prix de la Sacem (catégorie Jazz) en 2014, Ibrahim Maalouf, star parmi les stars de la trompette était attendu par un Zénith de Nantes conquis d’avance ce 29 septembre et par de nombreux spectateurs curieux de voir jouer ce musicien aussi prolixe que surdoué. 

Avec « S3NS », son tout nouveau spectacle, le musicien franco-libanais n’a pas déçu. Arpentant l’immense scène telle une rock star, il joue avec une aisance bluffante, lâchant la trompette pour se glisser derrière le piano, s’emparant du micro entre deux morceaux pour parler brillamment et inciter la fosse à chanter et danser. Invitation acceptée avec enthousiasme!

La partition laisse la part belle à la musique cubaine et latino, prolongation logique de son dernier opus déjà intitulé « S3NS », neuf titres flamboyants comme autant de passeports pour des voyages  spectaculaires. Les cuivres trustent les meilleures places mais savent s’effacer quand le piano est de la partie. Notamment lorsqu’au clavier, c’est Roland Luna, l’un des grands maîtres de la musique cubaine qui débarque. 

Des visites surprises, il y en aura d’autres comme celle d’ Hocus Pocus, d’un groupe de jeunes collégiens des Pays de Loire formés par « Orchestre à l’école »  ou bien encore le Bagad du Bout du Monde. Les musiciens d’ Ibrahim Maalouf donnent alors de la note tout en mesure, avec une générosité manifeste.

Aucun temps mort dans ce concert de deux heures. Le musicien et sa fameuse trompette quart de ton, inventée par son père au début des années soixante, semble pouvoir tout jouer. Après les airs ensoleillés de Cuba, place est laissée à une interprétation toute personnelle de la fameuse « Lettre à Elise » de Beethoven. Mais il ne s’interdit pas non plus une avancée dans le monde de la variétés en reprenant du Dalida (artiste à laquelle il a consacré tout un album voila deux ans) ou du Mélody Gardot. 

Qu’elles soient géographiques ou artistiques, Ibrahim Maalouf se fient des frontières. Son talent est hors normes et sa vision de la musique cosmopolite. Le Zénith de Nantes ne pouvait rêver plus belle soirée pour la réouverture de la saison.

Texte et photos // Sophie BRANDET.

« LA LA LAND »  en Ciné Concert, l’émotion intacte

Après Paris, Lille et avant Bordeaux, La La Land, le film musical de Damien Chazelle faisait escale au Zénith de Nantes ce 4 janvier. Pas d’ Emma Stone ni de Ryan Gosling mais une version « ciné concert » portée par le Yellow Socks Orchestra qui s’est fait une spécialité dans les musiques de film. Précis et beau.

La La Land et sa collection d’Oscars (meilleur réalisateur, meilleure actrice, meilleure photo, meilleure musique, meilleur décor), un succès planétaire à sa sortie en 2016 et des chansons à jamais gravées dans les mémoires, s’offre un détour revisité à travers la France en version « ciné-concert ». Le pari est risqué car le film de Damien Chazelle et plus encore, la bande originale signée Justin Hurwitz sont d’une réussite totale. Mais Nicolas Simon et les soixante-quinze musiciens du Yellow Socks Orchestra relèvent le défi avec une maestria impressionnante.

Tandis que défilent les destins croisés de Mia Dolan, serveuse dans un café de Los Angeles courant les auditions pour accrocher le rôle qui lui permettra de devenir actrice, et de Sebastian Wilder, musicien fou de jazz, flamboyants amoureux que la réussite finira par séparer, la partition défile, parfaitement calée. La présence des musiciens sous l’écran géant est discrète et n’altère pas les émotions. Elle leur donne une autre couleur. Moins intimiste mais toute aussi forte.

Histoire de ne pas se contenter de la seule interprétation de la bande originale, l’orchestre ajoute des morceaux supplémentaires. En ouverture, après l’entracte et plus encore une fois la projection terminée. Les musiciens prennent un plaisir manifeste à cet exercice assez original et n’hésitent pas à danser sur leurs chaises quand le rythme s’accélère. Et comme dans un « vrai » concert, ce sont des applaudissements nourris qui saluent régulièrement les morceaux.

« City of stars » ou bien encore « Another day of sun » ont offert à « La La Land » ses refrains éternels. Le Yellow Socks Orchestra leur a rendu un hommage inattendu et totalement réussi.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.