FRANCOFOLIES DE LA ROCHELLE 2019 : MIXAGE GAGNANT

Les Francofolies de la Rochelle souffleront leurs 35 ans du 10 au 14 Juillet prochains. Pour célébrer l’évènement, la programmation a vu les choses en grand. Patrick Bruel, -M-, Christine and the Queens, Soprano ou bien encore Coeur de Pirate, Angèle, Alain Chamfort, Benabar ou Lomepal, la fête sera belle sur les rivages charentais.

Evidemment, il y a le cadre. Difficile de le nier, la Rochelle, ses quais animés, son Vieux Port, ses rues piétonnes qui vibrent au rythme des échos du parking Saint-Jean d’Acre voisin, ces foules assises de l’autre côté du chenal faute d’ avoir pu trouver le précieux sésame permettant l’accès aux cinq soirées les plus festives de l’année, tout cela fait aussi partie intégrante de la magie des Francos, de cette ambiance que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Mais la beauté du site ne fait pas tout, le soleil couchant sur les bateaux de l’école de voile jouxtant la grande scène n’ a en son temps pas suffi à endiguer la fuite du public. La météo (seul facteur imprévisible) n’avait pas aidé mais elle n’explique sans doute pas tout. Après une légère refonte, les Francofolies ont repris du poil de la bête et s’affirment depuis plusieurs années comme l’un des festivals majeurs, l’un des grands rendez-vous de l’été.

Les fameuses « Fêtes à… » voulues par Jean-Louis Foulquier, le père fondateur, mettant autour d’un invité central une bande de copains, ont laissé des souvenirs inoubliables. Les concerts plus intimistes dans la jolie salle de la Coursive ont permis des découvertes (ou redécouvertes) d’artistes comme Ben Mazué, Albin de la Simone. Les Francos se dispersent aussi dans d’autres lieux de la ville pour des moments à part et puis il y a en parallèle, les Chantiers des Francos, cette pépinière de jeunes talents où l’on se bouscule désormais pour intégrer ce qui s’est affirmé comme une référence importante pour la suite d’une carrière.

L’an dernier, Orelsan, Shaka Ponk, BigFlo et Oli mais aussi NTM et MC Solaar avaient emporté la foule dans des concerts de pure folie. Sans oublier Véronique Samson, qui retrouvait pour l’occasion sur scène Christopher et Stephen Stills, son fils et son ex compagnon.

Cette année, l’affiche mise sur -M-, dont la tournée ne pouvait faire l’impasse sur La Rochelle. Egalement présents le 10 juillet jour d’ouverture, Angèle, Gaëtan Roussel, Camélia Jordana et Bertrand Belin ou bien encore Radio Elvis, l’un des groupes français en pleine ascension.

Christine and the Queens (qui souhaite se faire appeler Chris désormais) se produira le 11 Juillet, tout comme The Blaze, Synapson, Deluxe, Hocus Pocus (qui pour l’occasion invitera C2C) Alltta et Parrad, Kimberose, Vendredi sur Mer. Ce jour là offrira aussi le plaisir de retrouver Dick Annegarn.

Mass Hysteria // 12 Juillet // La Sirène. 

Coeur de Pirate // 12 Juillet // La Coursive.

Lomepal // 12 Juillet // Scène Jean-Louis Foulquier.

Si la soirée précédente faisait la part belle à l’electro, celle du vendredi 12 sera marquée par une montée en puissance des décibels et une présence plus inédite d’un rock à la frontière du metal. Mass Hysteria, qui semble truster des chemins plus mainstreams après l’incroyable succès de la tournée de « Matière Noire » laissera exploser ses riffs sur la grande scène, tout comme les incomparables nantais d’Ultra Vomit et leur heavy metal parodique ou bien encore Pogo Car Crash Control. Autres artistes de cette journée où choisir sera difficile, Coeur de Pirate, IAM Symphonique, Lomepal, la jeune Aya Nakamura, Columbine, Minuit et Renan Luce qui revient avec un nouvel album prometteur.

Mixité des genres réussie le 13 juillet avec Jean-Louis Aubert, qui s’est produit précédemment dans beaucoup de théâtres ou lieux plus petits que ceux auxquels il était habitué, Broken Back, la Grande Sophie et son univers entre force et poésie, Alain Chamfort, dont le dernier opus est tout en émotion, Canine, L.E.J., Boulevard des Airs, qui enchaîne les concerts à guichets fermés et Soprano, reparti en mars sur les routes avec un show encore plus impressionnant que son Everest précédent.

Jean-Louis Aubert // 13 Juillet // La Coursive.

Charlotte Cardin // 14 Juillet // La Coursive.

Jérémy Frérot // 14 Juillet // Scène Jean-Louis Foulquier.

Zazie // 14 Juillet // Scène Jean-Louis Foulquier.

Histoire de boucler la fête en beauté en ce jour de 14 juillet, les Francos ont convié Flavien Berger, Bénabar (dont le sens de la fête n’est plus à démontrer) et ses invités surprise, Joyce Jonathan, la très belle canadienne Charlotte Cardin, Jérémy Frérot, qui n’a plus son acolyte pour partager l’espace mais n’a visiblement rien perdu dans le coeur de ses fans si on en juge par la facilité avec laquelle il remplit les salles, Zazie qui a signé un retour en beauté avec son dernier album dont les ventes se sont envolées, les corréziens de Trois Cafés Gourmands et Patrick Bruel dont le dernier spectacle a vu les choses en grand et qui prouve plus de trente ans après la Bruelmania qu’il reste l’un des ténors de la chanson française.

La liste est longue mais loin d’être exhaustive. La folie va jouer franco sur les scènes rochelaises, entre surprises et audace, poids lourds de la scène et artistes en plein essor, la 31ème édition devrait faire du bruit.

Magali MICHEL.

www.francofolies.fr

Le 14ème Hellfest toujours plus exceptionnel

Du 21 au 23 juin prochains, la 14ème édition du Hellfest a visé encore plus haut. Sur les scènes de Clisson, Kiss, Tool, Gojira, Manowar mais aussi Slayer, Carcass ou Eagles of Death Metal (entre autre) se succéderont. Dans cette déferlante de grands noms, choisir sera le plus compliqué, renoncer n’étant pas une option.

Content (comment ne pas l’être ?!), surpris aussi malgré tout car l’édition 2019 du Hellfest bouscule encore ses propres records, Ben Barbaud est décidément à la tête du festival parmi les plus dingues de la planète rock. L’an dernier, les pass trois jours étaient partis en trente heures. Cette année, il aura suffi de trois heures pour voir s’envoler les 55.000 précieux droits d’entrée alors que l’affiche n’avait révélé que cinq noms lors de la soirée de clôture en juin dernier. 

En même temps, ces noms n’étaient pas des moindres: aux côtés de Mass Hysteria et d’une grande soirée « française », les festivaliers apprenaient ainsi que Slayer refoulerait les stages de Clisson dans le cadre de sa grande tournée d’adieux, que Dropkick Murphys ferait le détour pour une date unique en France, que Manowar signerait son grand retour après dix ans d’absence et que les britanniques de Carcass seraient également présents. Pour une manifestation habituée à jouer le mystère bien au delà de l’ouverture de la billetterie, ce pan levé mettait déjà tout le monde sur les rangs impatients.

Tool // Main Stage 1 // Dimanche 23 Juin.

Kiss // Main Stage 1 // Samedi 22 Juin.

Mais la véritable star de cette quatorzième édition sera sans conteste (dixit leurs fans en tous cas), Tool, que le public réclamait depuis des années. L’équipe du Hellfest a enfin réussi à les signer Maynard James Keenan et ses acolytes et les américains boucleront le fest le dimanche soir avec un show annoncé comme énorme. D’autant plus exceptionnel que ce sera leur unique passage dans l’Hexagone.

Autre temps fort (sortez les mouchoirs et osez une dernière fois la palette de maquillage), les adieux de Kiss. Ce sera le troisième et probable dernier passage (encore qu’il ne faut jamais dire jamais… on a connu des adieux à épisodes successifs) des américains dans le cadre de leur tournée « End of the Road ». Pour mettre un point final à ses quarante cinq ans de carrière, Kiss n’a pas mégoté sur les frais. Avec de nouvelles tenues de scènes, des dates à foison entre les Etats Unis et l’Australie, en passant par l’Europe (l’Allemagne, l’ Ecosse et puis la France avec Clisson donc) et une mise en scène encore plus inoubliable.

Des adieux encore pour Slayer qui poursuit ses au revoir et reviendra une fois de plus au Hellfest, manifestation dont le groupe a toujours vanté le plaisir pris à y jouer. Les thrasheurs ne bouderont pas leur plaisir, de quoi partager une ultime date avant que les américains sonnent la note finale.

Manowar // Main Stage 1 // Vendredi 21 Juin.

Autre retour en tous points exceptionnels et là aussi en mode « ultime tour de piste avant séparation», celui de Manowar dix ans après son dernier concert en France. Joey  De Maio a décidé que les fans, qui guettaient ce moment avec impatience, seraient architectes de la set list en votant pour les morceaux interprétés sur scène. Presque quarante ans que les américains exportent leur heavy metal sur tous les continents. Ils promettent un show à la hauteur de la puissance de leurs partitions légendaires avec une imagerie encore plus impressionnante.

Il ne faudra pas non plus zapper Def Leppard, Within Temptation pour les amoureux du metal symphonique, les toujours un peu polémiques mais talentueux californiens d’ Eagles of Death Metal, les inoxydables barbus de ZZ Top, membres réguliers du Hellfest, Slash qui sera avec Myles Kennedy and the Conspirators, les anglais d’Architects dont les show hyper calés sont toujours des moments inoubliables, Trivium,  Sum 41, Lamb of God. Entre autres.

Enfin, à noter encore la grande soirée dédiée au rock français en première journée de Hellfest avec le retour des géniaux frères Duplantier avec Gojira, Dagoba, Ultra Vomit qui n’en finit pas de remplir des salles toujours plus grandes, No One is Innocent, dont la dernière prestation clissonnaise remonte à 2015, Klone, Lofofora et Mass Hysteria tous feux tous flammes avec un concert haut en surprise pensé spécialement pour cette date.

Impossible de citer tout le monde.Trois jours, cent-cinquante groupes gratin du gratin de la musique extrême ou plus simplement du rock décliné sous toutes ses formes, le Hellfest année 14 a du emprunter la devise de Fort Boyard : toujours plus haut, toujours plus fort. Bienheureux ceux qui pousseront les portes de l’Enfer le 21 juin prochain.

Magali MICHEL.

– UPDATE: RUNNING ORDER ! – 

Festival « La Nuit de l’Erdre »: Faire aussi fort pour les 21 ans sera le défi!

La vingtième édition de La Nuit de l’Erdre (à Nort-sur-Erdre, en Loire-Atlantique) fera date. D’abord parce que pour célébrer ses vingt ans, le festival s’est doté d’une journée supplémentaire. Ensuite parce que la fréquentation quotidienne a battu des records. Enfin, parce que la météo, exceptionnellement ensoleillée et chaude, a entraîné vers les stands un public aussi enthousiaste qu’assoiffé. Cela peut sembler anecdotique mais dans le budget global, c’est aussi un élément porteur. 

L’ équipe du festival avait toujours assuré que pour célébrer sa seconde décennie, elle frapperait fort. Prendre le pari d’une journée supplémentaire le vendredi semblait audacieux mais les échos des années précédentes rendaient optimistes, les grosses manifestations du genre s’étalant toutes sur trois jours. « Monter les structures, disposer de ces deux scènes de format différent mais idéal, n’offrait pas de surcoût impossible avec ce rajout du vendredi. C’était si frustrant cette énergie déployée pour seulement deux jours. Par ailleurs, des festivaliers qui venaient de loin et s’installaient au camping, regrettaient qu’ici, les festivités ne durent que le temps d’un week-end. Alors on s’est dit que c’ était l’année parfaite pour se lancer, » commente    co-programmateur de La Nuit. « Je ne veux pas répondre pour l’équipe dirigeante mais je pense que cette durée sera effectivement reconduite à l’avenir. Il y a une vraie cohérence à tout ça. »

Pas encore habitués à ce nouveau rythme ou n’ayant tout simplement pas encore bouclé journée de travail ou installation de la Queshua, les festivaliers manquaient un peu à l’appel lorsqu’Asaf Avidan, en formation solo, a ouvert l’édition sur la grande scène à 18 heures. Vision un peu triste que ce public franchement clairsemé devant cet artiste exceptionnel dont les concerts sont assez rares dans la région. Mais l’israélien, dont la voix rauque et haute a conquis le monde, a fait contre petite foule bon choeur, enchaîné les titres avec un bel enthousiasme et eu des échanges chaleureux avec le public. 

Catherine Ringer.

Pour applaudir Catherine Ringer, la voix des Rita Mitsouko (pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore!), le public était nettement plus étoffé. Il y a six ans, Catherine Ringer était déjà passée par Nort-sur-Erdre. Elle est en tournée cette fois avec « Chroniques et Fantaisies », un dernier album dont les morceaux laissent place à toute la fougue de leur interprète. 

Prenant la guitare ou la trompette, de plus en plus dansante au fil du spectacle, complice avec ses musiciens, la pétillante sexagénaire a choisi le voile de la fête et du rire plutôt que la complaisance et le désespoir. Onze ans après la disparition de Fred Chichin, son mari, le père de ses enfants mais aussi celui l’autre pilier des Rita Mitsouko, l’auteur-compositrice-interprète dégage toujours la  même énergie un peu folle. Elle a sans doute tangué mais n’a jamais voulu chavirer. En tout cas, pas devant le public. Avec son interprétation d’abord très théâtrale puis de plus en plus légère et musicale, elle entraîne chacun dans son univers indescriptible. Et on se laisse emporter en douceur, avec un plaisir aux confins de l’émotion et de la joie.

Changement de scène et ambiance radicalement différente avec Ultra Vomit. Qu’on ne s’y trompe pas : ces quatre là peuvent paraître bien barrés, ils n’en sont pas moins de redoutables musiciens, qui jouent la carte du gag et des plus gros délires en s’appuyant sur des partitions et un jeu des plus maîtrisés. « Panzer Surprise » est sans conteste l’un des albums du genre, le heavy metal parodique, le mieux produit et le plus réussi de ces derniers mois. Et les nantais n’ont pas leur pareil pour mettre l’ambiance. 

En ce premier jour de festival, les riverains venus en curieux et ceux qui n’étaient pas habitués aux décibels puissants, ont parfois trouvé que c’était « fort » (en même temps, on parle de metal pas d’une « petite musique de nuit » au clavecin), ont appris à faire les cornes avec les mains (pas toujours facile!) mais tous ont trouvé ce concert d’un enthousiasme et d’un délire contagieux.

The Hives.

Continuant dans le « déjanté » de talent, la Nuit de l’ Erdre avait convié ce même soir les suédois de The Hives. Très élégants dans leurs costumes blanc et noir, faisant le show avec une maestria sans fissures, les frères Almqvist et leurs acolytes ne passent jamais inaperçus. Eux aussi étaient déjà passés par Nort-sur-Erdre et avaient marqué par leur grande proximité avec le public. The Hives est en tournée alors les retrouver pour cette édition anniversaire était une évidence.

The Hives.

Maitrisant parfaitement notre langue, le frontman multiplie les échanges à coups de « Mesdames et Messieurs » pour inviter le public à se lâcher. Et forcément, ça marche! Les suédois savent depuis bientôt vingt cinq ans comment s’assurer la participation des spectateurs. Montés sur ressort, jouant à la perfection leur « garage punk », les cinq musiciens ont fait danser avec bonne humeur.

Pour clore cette « première troisième journée » de festival, Gaume, son univers electro mâtiné de jazz et de pop, ses mélanges d’influence qui laissent transparaître ses nombreux séjours en Australie, ses talents de guitaristes rock et sa formation au conservatoire pour piano, a prouvé que la France recelait de talents nouveaux dans le domaine. 

Preuve supplémentaire de la richesse de ce gibier hexagonal avec Justice, autrement dit Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, qui lui ont succédé. Comme Gaume, le tandem repousse les frontières pour mieux entremêler les genres. Disco, pop, et même quelques détours par le metal, Justice a déjà de nombreux tubes au compteur et gagné ses galons de « têtes d’affiche ». Le show est hallucinant et inventif, appuyé par des lumières ultra peaufinées. A 2h30 quand a sonné la fin du set, le public de couche tard aurait bien prolongé encore.

« Breakfast in America » comme « Logical Song » ou « Goodbye stranger » ont marqué la mémoire de millions de fans à travers le monde qui ne se sont toujours pas remis de la fin de Supertramp, groupe fétiche des années 70-80. Alors forcément, en ouvrant le samedi sur ces airs là, la Nuit de l’ Erdre s’assurait du succès. Si dans le monde des groupes de covers, il y a de tout, du bon comme du reste, il faut reconnaître que les nantais de « Tramp Experience » font le job avec talent. Les voix sont là, les accords aussi. De quoi se laisser prendre et accompagner à tue tête ces refrains qui n’ont pas pris une ride.

Thérapie Taxi.

Porté par l’enthousiasme tonitruant d’une foule en liesse après la victoire des Bleus en demi-finale du Mondial, Thérapie TAXI a de toutes évidences bénéficié de ce climat surexcité et joyeux. Flirtant du côté de l’électro et du rock, leur pop la joue décomplexée mais le jeu de scène est à l’inverse très convenu, avec des exubérances inutiles et une chanteuse qui minaude trop pour rendre ses mots bien audibles. Ils sont de tous les festivals et leur public ne cesse de grossir mais Thérapie TAXI aurait certainement à gagner en adoptant une autre posture.

Jahneration.

Superbe découverte en revanche que le duo Jahneration ! Les deux parisiens avaient bâti leur réputation à coups de vidéos largement partagées sur internet alors qu’ils poursuivaient leurs études. Dix ans, un EP et un premier album plus tard, ils écument désormais les scènes avec une générosité et une énergie totalement bluffantes. Dans leurs titres conjuguant le reggae et le hip hop, le flow est impeccable, la voix de Théo et le phrasé un peu plus accentué d’ Ogach se complètent parfaitement. Malgré des températures caniculaires en ce milieu de journée, la grande foule était massée devant eux et sautait à tout va. Dynamiques et souriants, très créatifs, ces deux là devraient vite devenir des porte étendards du nouveau reggae français aux rythmiques contagieuses..

Avec son rock empreintant aussi bien les chemins de la sensualité douce que des déluges puissants, la britannique (Nathalie) Findlay a eu la malchance de jouer avant Orelsan, celui que tout le monde attendait. Le set était riche de sons nouveaux et entraînait vers des chemins inhabituels mais affirmer qu’elle a bénéficié de toute l’attention escomptée serait mentir. Au fur et à mesure, des cohortes de spectateurs ont décroché et migré pour être au plus près du rappeur le plus récompensé de l’année. La dure loi des festivals où la liste de concerts oblige parfois à choisir…

Orelsan.

Et donc « il » est arrivé. Devant une fosse ultra pleine (la journée était sold out depuis longtemps, sa présence y était certainement pour quelque chose), Orelsan, son coupe-vent et ses paroles upercut, son débit impressionnant qui rendrait jaloux un magnéto ont débarqué sous un tonnerre de cris euphoriques. 

Orelsan.

« La fête est finie », le troisième opus du normand, bat tous les records. « San » est sur toutes les lèvres et connu plus que par coeur. Les autres titres, les plus anciens comme les derniers, également. Le public a beau être conquis d’ avance, il n’en est pas moins bouche bée devant cet artiste qui semble n’avoir peur de rien, qui taille sa route en faisant fi des haters et de tous ceux qui voudraient laisser les vieilles casseroles faire du bruit pour l’ éternité. 

Avec son indissociable Skread, à qui il doit la patine de ses titres, Orelsan passe de l’ entrain joueur à des moments riches d’émotion. « Notes pour trop tard » laisse la Nuit de l’ Erdre bouleversée mais l’artiste n’entend pas partir sur une note triste, « La Terre est ronde » mais aussi « Basique » notamment, laisseront le public repartir dans le souvenir de ce qui sera l’un des grands moments de l’édition.

Chinese Man.

Après avoir beaucoup tourné cet hiver (à lire aussi « Chinese Man, libres voyageurs »), le dernier album de Chinese Man, « Shikantaza », le porte désormais vers les festivals. L’horaire est forcément tardif pour ne rien laisser échapper des images et des projections ininterrompues accompagnant le concert. 

Chinese Man.

On compare souvent Chinese Man à Gorillaz. Un peu trop rapidement peut être car si les britanniques ont mis derrière leur rock une imagerie proche des Mangas, les français ont développé un univers personnel mais aux messages universels. Les rappeurs sont  impeccables, les DJ’s scratchent sur des rythmes improbables, le tout est ultra soigné. Classé « musiques urbaines », « Shikantaza » s’offre un détour vers des sentiers orientaux, invite à la prise de conscience du monde qui nous entoure tout en incitant au lâcher prise intermittent. Une quinzaine d’années après sa formation, Chinese Man n’a sans doute jamais été aussi efficace.

Alt-J.

Alt-J continue d’attirer les curieux, ceux qui n’ont encore jamais eu la chance de les voir en concert. (Dans la pénombre de leur scène, Orelsan a ainsi profité des quelques minutes  avant le départ de son tourbus pour écouter les britanniques). Qualifiée de « pop alternative »avec des accents folks, la musique d’ Alt J se veut comme une expérience sensorielle où les voix auraient des vertus quasi hypnotiques, renforcées par un jeu de lumières totalement magnétiques. Visuellement aussi, c’est magnifique.

Nova Twins.

Nova Twins a eu le redoutable honneur de boucler la soirée de samedi. Après tous les mastodontes qui précédaient le duo anglais, il faut bien reconnaitre que la mission était ardue. Sans parler de l’horaire de leur prestation : de 1h30 à 2h30. Mais les deux jeunes femmes ne se sont pas laissées abattre et ont envoyé sans se ménager des riffs accrocheurs entre rock, punk et hip hop. Un duo à retenir assurément. 

Les joyeux drilles de Steve ‘N’ Seagulls jouent avec les classiques du rock et du metal. Led Zep, AC/DC ou Metallica, rien ne leur fait peur… bien au contraire ! A l’ aise dans leurs salopettes en jean et tenues du dernier chic fermier, les cinq finlandais sillonnent les routes d’ Europe depuis trois ans et la sortie de leur premier album. Trois ans donc et trois années plus tard, le loufoque bluegrass scandinave est toujours autant plébiscité. Bien vu pour lancer, juste après Solar Project et ses mélopées soul-funk, l’ultime journée de festival.

Bernard Lavilliers.

Bernard Lavilliers est depuis cinquante ans l’une des personnalités emblématiques de la chanson française et le temps ne semble pas avoir prise sur lui. Ok, le musicien a peut-être cet après midi là un peu forcé sur le teint et le blush mais à 72 ans,  après vingt et un albums dont la majeure partie ont été d’énormes cartons, alors qu’il tient la scène avec une forme impressionnante, peut-on lui faire grief de vouloir présenter beau devant son public ? Le pantalon est toujours de cuir, le sourire charmeur et la voix aussi assurée que la guitare portée en bandoulière. 

Bernard Lavilliers.

Avec « Cinq minutes au paradis », ce grand voyageur, définitivement libre et insoumis, invite à un nouveau parcours, plus engagé, plus contrasté mais toujours porté par l’espoir et la foi en l’homme. Les percussions claquent, les cuivres prennent toutes leurs places sans rien voler aux cordes. Quand le temps abîme, Bernard Lavilliers semble être imperméable aux changements. Le grain de voix a toujours cette profondeur et ces couleurs qui signent celui qui a bourlingué. Le public qui connaissait forcément les morceaux cultes par coeur est reparti assez ébahi par la performance de cet artiste là, pas même gêné quand le vent a décidé de jouer les sonorisations contraires. Il en faut sans doute beaucoup plus pour déstabiliser le grand Lavilliers.

TriggerFinger.

Les belges de Triggerfinger soufflent eux aussi leurs vingt ans. En deux décennies, les anversois ont largement démontré qu’il y avait presque deux couleurs à leurs titres : la version studio et la version live. Sur scène, le trio (renforcé pour cette tournée par un second guitariste) livre des concerts d’anthologie, puissants, survoltés et à la musicalité brillante. Couverts de prix, Ruben Block (chanteur guitariste), Mario Goossens (batteur) et Paul van Bruystegem (bassiste) ne s’économisent jamais mais réussissent à mêler puissance et grande élégance (voir article « Avec Triggerfinger, les flamands osent » ). Ils ont changé de maison de disques, se sont associés les talents d’un nouveau producteur et ingénieur du son américain et ça génère une énergie encore plus forte. C’est vraiment un groupe que l’on rêve de revoir très vite.

Vianney.

Il a débarqué voila trois ans et demi, porté par son désormais célébrissime tube « Pas Là ». Vianney n’a jamais cessé de tailler sa route depuis, avec sa seule guitare pour complice. « Dumbo », « Moi aimer toi », « Veronica », « Labello », les succès se sont additionnés, les récompenses aussi (Victoire de la Musique catégorie « artiste interprète de l’année » en 2016, Victoire de la Musique catégorie « Chanson originale de l’année » en 2017 pour « Je m’en vais », entre autres). Il s’est aussi aventuré sur la voie des duos. On retiendra le très joli « Les filles d’aujourd’hui » avec Joyce Jonathan et les très estival « La même » avec Maître Gims, dont il a co-écrit paroles et musiques avec l’homme aux lunettes glacier. Et il a pas mal oeuvré pour les autres, de Pomme à Julien Clerc en passant par Céline Dion ou Kenji Girac. Autant d’expériences qui lui ont donné la force de l’audace, l’envie de bousculer la timidité de ses débuts.

C’est désormais un Vianney très assuré, arpentant la scène en chemise immaculée et jean impeccable, déployant l’énergie du marathonien, sautant, souriant et volontiers blagueur, qui fait le show. Les jeunes filles qui l’attendaient depuis des heures, accrochées à la barrière face à lui, n’en ont pas perdu une miette, se mettant à l’unisson de leur idole… et puis se laissant gagner par l’émotion lorsque le set s’est achevé.

Après plus de 250 concerts à son compteur, Vianney va prendre à partir de ce mois d’août le temps d’une pause. Il s’est essayé au cinéma (laissant filtrer des images de tournages avec Fanny Ardant) mais on ignore encore la date de sortie de son troisième album. Mais évidemment, il n’a pas fini de faire parler de lui.

Petit Biscuit.

L’entourage de Bernard Lavilliers avait demandé aux photographes de ne pas faire de gros plan. Ceux de Petit Biscuit également. Pour ne pas mettre en évidence un « impact temps » opposé, on peut le présumer… Après avoir eu quelques soucis techniques décalant son entrée en scène, le jeune prodige de la scène électro a enfin pu être ovationné par ses fans (de son âge pour la plupart) venus en masse. 

A 18 ans, le rouennais n’a sorti qu’un EP et un album, « Presence », mais son mix house-techno a visé si juste qu’il a décidé de créer son propre label, histoire de décider l’indépendance tous horizons. Derrière les platines ou prenant la guitare, Petit Biscuit est à l’aise. Un peu plus de sourires, davantage d’échanges avec le public, un peu de recul même sans doute seraient pourtant les bienvenus. Prendre de la hauteur est bien. Savoir ne pas partir trop loin est salutaire souvent.

Il y a huit ans, Shaka Ponk avait effectué un premier tour par la Nuit de l’ Erdre et laissé un souvenir impérissable. Les retrouver en clôture de cette vingtième édition a permis de voir combien ces six là sont devenus des figures de proue de l’ electro-rock français : imagerie géante, costumes de scène, lumières explosives, tribulations entre scène et fosse, tout est monté en puissance. 

Plus fougueux que jamais malgré des « accidents de travail » douloureux (une jambe mise à mal après un slam dans le Nord, épaule et ligaments touchés en raison d’une chute, toujours pendant un slam, lors du dernier Zénith de Paris), protégé (il le croit, en tout cas) par des genouillères, Frah n’a jamais été aussi bondissant. La sculpturale Sam s’impose encore davantage et son énergie impressionne autant que celle de ses petits camarades derrière, CC à la guitare, Steve aux claviers, Mandris, à la basse et Ion à la batterie. Goz, le singe emblématique, est lui aussi de la fête. Décliné en images XXL ou bataillant avec Ion. Pas jaloux, la bestiole a concédé de la place pour d’autres batailles virtuelles avec Bowie, Lemmy Kilmister ou Prince.

En tournée avec leur dernier opus, « The Evol », sorti l’an dernier, les Shaka sont de toutes les scènes, de tous les festivals. « I‘m picky » et « Palabra mi amor » sont autant plébiscités que « Party » ou « Twisted Mind ». Leur reprise de Nirvana, « Smells like teen spirit », déclenche elle aussi des hurlements et leur proximité avec le public n’a pas son équivalent. 

Quelques minutes après la fin de leur concert, le Festival avait annoncé une « surprise ». Message mal passé manifestement car les festivaliers se pressaient presque tous vers la sortie quand le président de la Nuit de l’Erdre est apparu sur scène accompagné de bénévoles… et d’un gâteau géant surplombé de bougies. Le discours a été chaleureux et rapide mais il aurait été plus opportun, si vraiment il fallait ce moment officiel, de le glisser plus tôt dans la journée. Les participants auraient chanté avec plaisir pour souhaiter bon anniversaire à la Nuit et n’auraient pas imaginé que « surprise » rimerait avec « invité surprise », comme beaucoup de ceux qui avaient patienté malgré l’heure tardive. 

C’est sans doute le rare (petit) bémol à apporter à ces vingts ans, avec quelques problèmes de cashless, la dématérialisation ayant parfois fait disparaitre le « porte monnaie » en changeant de journée. Les stands de restauration ont également été pris d’assaut et le dimanche soir, il était parfois compliqué de trouver de quoi satisfaire ses envies. Mais c’est la rançon du succès. La faute à la chaleur aussi (le thermomètre est grimpé chaque jour aux environs de 35 degrés), faire une pause nourriture ou boisson permettant aux organismes de se refaire. 45.000 festivaliers ont répondu présents. La jauge maximale était fixée à 54.000. Un nouveau défi à relever pour l’an prochain !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

« La Nuit de l’Erdre  », une vingtième affiche pleine d’étoiles

Vingt ans, le bel âge. Celui que l’on n’a pas toujours comme le dit si bien la chanson. C’est donc pour illustrer ce moment et le graver haut dans les annales que les organisateurs ont multiplié les têtes d’ affiches et concocté une programmation 2018 impressionnante. Justice, The Hives, Orelsan, Shaka Ponk, Vianney ou encore Lavilliers et Alt-J. La Nuit de l’ Erdre s’annonce lumineuse.

 

Et dire qu’au départ le projet semblait un peu fou, porté par des passionnés du Comité des Fêtes que certains prenaient pour de doux illuminés : organiser à Nord-sur-Erdre, commune de 8.500 habitants nichée à une trentaine de kilomètres de Nantes, un festival de musique sans thématique particulière, ayant au contraire la capacité d’attirer les publics les plus larges.

Pas facile de convaincre les artistes quand il s’agit d’inaugurer les plâtres. Marcel et son orchestre, Aldebert, Siméo ou bien encore « Debout sur le zinc » sont pourtant venus et ce premier rendez-vous était déjà prometteur. Il prouvait surtout que « La Nuit de l’ Erdre » avait une place et une crédibilité. Désormais, les « petites mains » du début ont été renforcées et c’est une trentaine de bénévoles qui planche pour dessiner la future édition, rejoints par huit cents autres durant les trois jours de la manifestation et plus de cent cinquante techniciens. 

Jean-Louis Aubert, Yannick Noah, Zazie, , Thomas Dutroc, Hubert Félix Thiefaine, Macklemore et Ryan Lewis, Mika, , The Hives, Fauve, Sting, Charlie Winston, The Cranberries ou bien encore IAM, Rival Sons et Chemical Brothers, la liste est longue de ceux qui ont éclairé le festival entré depuis longtemps dans sa pleine croissance avec plus de 35.000 spectateurs chaque soir et une réputation qui a largement dépassé les frontières locales.

Il était donc impossible de ne pas rajouter à la fête en réunissant encore plus d’artistes pour souffler en beauté ces vingt ans, de ceux que les festivals s’arrachent et qui sont attendus par des milliers de spectateurs. Mais les organisateurs ont aussi eu envie d’inviter à nouveau des personnalités qui avaient marqué lors de leur passage, le hasard du calendrier les mettant cette année encore dans l’actualité des tournées. C’est ainsi que le public retrouvera Catherine Ringer (venue en 2012), The Hives (édition 2014), Chinese Man (passé en 2015) ou bien encore  Shaka Ponk (présent en 2010).

L’affiche 2018 frappe incontestablement fort avec trois jours qui devraient mettre tout le monde d’accord.

Asaf Avidan.

The Hives.

Justice.

Vendredi 29 Juin, Gaume ouvrira avant de laisser place à Lyre le Temps, Møme, les nantais d’Ultra Vomit dont l’heavy metal parodique rafle tout depuis la sortie de « Panzer Surprise » l’an dernier. Coeur de Pirate ayant annoncé ces jours ci qu’elle ne pourrait finalement pas être présente, c’est Catherine Ringer qui la remplacera. Asaf Avidan, The Hives et Justice, excusez du peu, seront aussi de la partie.

Nova Twins.

Chinese Man.

Alt-J.

Orelsan.

Samedi 30 Juin, la soirée débutera avec Tramp Experience, Nova Twins, Findlay, une jeune artiste britannique qui ne devrait pas laisser indifférente, Therapie Taxi, Jahneration, un duo de chanteurs parisiens qui essaime depuis une dizaine d’années son reggae mâtiné de hip hop, Chinese Man (en pleine tournée triomphale), les trois anglais d’Alt J dont le rock si reconnaissable est désormais mondialement connu, et Orelsan, le multi récompensé des Victoires de la Musique, l’artiste dont l’album a sans conteste été le plus commenté et salué ces derniers mois.

Triggerfinger.

Bernard Lavilliers.

Shaka Ponk.

Dimanche 1er Juillet il faudra être là dès les premiers accords de la journée car les finlandais de Steve’N’Seagulls et leur country qui reprend en version bluegrass des morceaux fameux du répertoire metal ou rock, ça vaut le détour. Place ensuite aux élégants belge de Triggerfinger puis ce seront Petit Biscuit, Bernard Lavilliers, Vianney, et Shaka Ponk. Cette ultime journée est décidément multicolore, sans temps morts et frappe tous horizons. 

Avec une telle programmation, les billets s’envolent vite. Il est donc prudent de réserver sans attendre sur le site officiel du festival (99,49 euros le pass trois jours), www.lanuitdelerdre.fr 

A noter enfin une nouveauté cette année, l’arrivée du paiement dématérialisé. Si l’an dernier encore, les festivaliers pouvaient utiliser les tickets ou des jetons, ils devront désormais régler leurs transactions grâcee à leur « Monkey », une puce placée sur leur bracelet ou glissée dans une carte de paiement spécifique à La Nuit de l’ordre. Avantages évidents : il est possible de recharger avant de venir, ce qui évite les files d’attente aux caisses et le temps d’attente sera raccourci aux bars ou stands de restauration. (Seule la boutique officielle pourra encore accepter la carte bancaire).

Du 29 juin au 1er Juillet, Nort sur Erdre pourra se vanter d’être réellement « the place to be ».

Un 4ème jour et une 4ème tête d’affiche pour le Download Festival France !

Les premiers noms avaient fuité bien avant l’annonce officielle : Foo Fighters, Guns’N’Roses seraient de la fête. Puis avait été intronisé Ozzy Osbourne. De quoi attendre la suite avec impatience… en jetant éventuellement un regard sur l’affiche de la petite soeur madrilène. On pariait alors sur Marylin Manson, en pleine tournée mondiale. Bien vu! Mais ce qui n’avait pas été anticipé en revanche, c’est ce line up incroyable et cette surprise inattendue : le Download France ne se déroulerait plus sur trois jours mais sur quatre avec débord le lundi pour fermer le ban en apothéose avec les Guns ‘N’ Roses justement.

On peut lire et relire l’affiche, l’effet ne disparait toujours pas : le cocktail des talents qui se succéderont sur la base de Brétigny-sur-Orge pour cette troisième édition du Download français, du 15 au 19 Juin prochains, est la meilleure recette proposée depuis longtemps.

Underoath, les suisses d’ Eluveitie, Converge et leur punk hardcore que les scènes du monde entier s’arrache, Powerwolf, Ghost que l’on n’ espérait pas de retour sitôt dans les festivals et l’inoxydable et presque septuagénaire (il les fêtera en décembre) Ozzy Osbourne, « The Prince of Darkness » pour boucler la journée du vendredi… On a connu pire ouverture!

Ozzy Osbourne.

Autant être présent dès l’ouverture des portes le lendemain car sont déjà annoncés, While She Sleeps, qui aura fait un petit détour par Paris (à la Maroquinerie) en janvier, les Nantais d’Ultra Vomit qui jouent sold out à chaque date depuis la sortie de « Panzer Surprise », leur dernier album en date, et sont encore plus délirants avec leur metal parodique sur une grande scène, les excellents suédois de Meshuggah, Turbonegro, les norvégiens et leurs partitions entre punk, heavy metal et rock, The Offspring encore (on se souvient avec enthousiasme de la façon dont la bande de Noodles et Dexter Holland avait emporté le Main Square d’Arras en 2016) et enfin, Marylin Manson.

Marilyn Manson.

L’américain ne laisse personne indifférent, avec lui c’est passion ou détestation, pas de place pour les sentiments tièdes. Son dixième album studio, sorti le mois dernier et qu’il a co-produit avec Tyler Bates, est considéré comme l’un de ses meilleurs disques. La tournée américaine a été interrompue cet automne, un élément de décor (un pistolet) étant tombé sur l’artiste. Elle doit reprendre ces jours-ci, Maryline Manson ayant annoncé qu’il était impatient de revenir sur scène pour défendre « Heaven upside Down ». Quand on connaît son tempérament, on n’a pas de mal à imaginer ce que ce retour va pouvoir dégager en énergie.

Frank Carter.

The Hives.

Foo Fighters.

Dimanche, les Main Stages verront évoluer Wolf Alice, Frank Carter et the Rattlesnakes, qui a déjà trusté pas mal de scènes françaises l’an dernier et connu un succès impressionnant. Slaves, Dead Cross (où l’on retrouve le chanteur de Faith No More et l’ancien batteur de Slayer), les suédois de The Hives, toujours aussi élégants et maîtres dans l’art du « garage punk », avec leurs refrains comme autant d’hommages aux années soixante. Lors de la première édition française du Lollapalooza, sur l’Hippodrome de Longchamp, ils avaient fait chanter l’immense foule pressée devant eux devenue soudain immense chorale et piste de danse.

Ultra attendus par leurs milliers de fans déçus de n’avoir pu décrocher le précieux sésame pour leur récent concert à l’AccorHotels-Arena, les Foo Fighters auront l’honneur de finir la journée. Depuis vingt-cinq ans (déjà), Dave Grohl, l’ex batteur de Nirvana, n’a jamais rompu avec le succès. « Concrète and Gold », le neuvième album studio du groupe, est sorti en septembre. Dans une salle, les concerts du groupe sont toujours plus « confinés », ce n’est pas une facilité du genre de l’écrire car certains évoluent à l’identique quelle que soit la dimension de la scène. On sait que ce n’est pas le cas avec les Foo Fighters qui se livrent généralement à de véritables shows, portés par une set list hyper calibrée, lors de leur passage dans les festivals.

Guns ‘N’ Roses.

La grand’ messe du 3ème Download aurait pu s’arrêter là, l’affiche aurait été au delà de toutes attentes. Mais cette année, coup de poker imprévu, Live Nation, grand ordonnateur du Download offre à son festival une rallonge de taille, une quatrième journée bouclée par les Guns ‘N’ Roses ! Axl Rose, Slash et consorts repasseront par la France après leur Stade de France triomphal de cet été. Près de trente-cinq ans après leur formation, les américains n’ont jamais failli, allant jusqu’ à se classer parmi les meilleurs groupes de tous les temps.

Guns ‘N’ Roses est le seul nom à avoir été révélé pour ce jour « bonus ». Les surprises sont toujours les bienvenues mais l’essentiel semble quand même là et on n’en voudra pas aux groupes précédents de « porter » vers cet évènement qui bouclera le festival. Vous avez dit impatience ?

Magali MICHEL.

Crédit photos The Hives // Frank Carter & The Rattlesnakes // Sophie BRANDET. 

– Mise en vente des Pass 1,3 et 4 jours lundi 13 Novembre à 10h. www.downloadfestival.fr – 

« Panzer Surprise » : Ultra Vomit collectionne les standards !

Ça a des allures de pyjama party à la pépère, col chemise, rayures et boutonnage, voire même robe de chambre pour certain, malgré la chaleur étouffante qui règne dans le Ferrailleur. Pour les 10 ans de la salle nantaise, les quatre énergumènes d’ Ultra Vomit avaient promis « un show spécial très spécial », ils l’ont fait! Après un récent passage par Stéréolux et un Alhambra sold out, la date pouvait avoir des allures de show case, ils ont pourtant joué le jeu à fond. Un anniversaire quelques jours après la sortie de leur nouvel album, la fête ne pouvait qu’être belle. A la hauteur de ce « Panzer Surprise » magnifiquement produit.

Pour ceux qui ne les connaissent pas encore, gaffe à ne pas tomber dans le piège : Fetus, Manard, Flockos et Matthieu Bausson sont d’incontestables rois de la vanne, prêts à migrer vers un look capillaire de premier communiant (on y croit !) pour une parodie encore plus délirante mais ce sont avant tout des musiciens top niveau. Et c’est cette incroyable alliance de riffs bien envoyés et de paroles quinzième degré qui crée l’ alchimie et met tout le monde d’accord. Neuf ans après «Objectif Thunes» qui avait véritablement entériné leur personnalité, Ultra Vomit frappe plus fort encore avec un nouvel opus où les parodies, ADN du groupe, sont encore plus abouties.

« Ce n’était pourtant pas gagné », raconte Manard, le batteur. « On était tellement heureux des retours d’ « Objectif Thunes », la tournée avait été si belle qu’ on ne voyait pas trop comment enchaîner sans risquer le « moins bien ». Les gens nous attendaient au tournant alors on a préféré se donner du temps. Les mois ont filé, je suis parti quatre ans à Montpellier, Nicolas jouait avec Andreas, et puis Rage Tour, notre tourneur, nous a dit avoir encore des demandes de dates. On en a fait une dizaine, Matthieu est arrivé à la place de notre ancien bassiste, parti rejoindre Black Bomb A et tous ces évènements nous ont redonné un coup de fouet. On a repris notre  cahier à idées, de nouvelles vannes ont fusé, des envies de les jouer « à la façon de… » ont suivi et « Panzer surprise » s’est mis sur les rails. Avec le recul, je pense que ce temps de maturation était nécessaire.»

Le producteur du précédent album pris par d’autres projets, c’est vers Fred Duquesne que les nantais se sont tournés pour enregistrer « Un pote nous a dit, « Fred, c’est le meilleur ! » Du coup, on a foncé. On savait son niveau de jeu avec des groupes comme Watcha ou Mass Hysteria, c’est un putain de guitariste. On savait aussi ce qui sortait de son studio, la puissance qu’il pouvait donner à un morceau… et on n’a pas été déçu. Fred a sa formule, cette expérience qui lui permet de savoir exactement où il va. Du coup, on a eu le son recherché. Son savoir faire était une sécurité. On a bien eu quelques débats mais c’est toujours le mieux qui l’a emporté. Et puis c’est un mec généreux. Il a vu que nos chansons pouvaient ne faire qu’une grosse minute, le degré d’exigence était identique à un titre cinq fois plus long. Alors il nous a rajouté des journées supplémentaires dans son studio et on a eu cet album qui nous rend vachement heureux. »

Il aura suffi de quelques jours pour que certains titres se fassent déjà connaitre. Comme « Calojira » (génialissime « Face à la Mer » de Calogero revisité par Gojira), « Kammthaar » (où Fetus, imitateur décidément très doué, ferait pâlir d’envie le timbre de Till Lindemann, le leader de Rammstein) ou «Evier Metal», sorte d’Iron Maiden vantant des instants purement domestiques. « Je suis le petit père metal du groupe », poursuit Manard. « Je voulais reprendre Gojira depuis le début. Même chose pour nos amis allemands mais Lindemann a un organe… euh, comment dire.. un bel organe alors il ne fallait pas se louper. Fétus imitant avec une facilité déconcertante tous ceux qu’il croise, on s’est dit qu’il pouvait le tenter. C’est tellement réussi qu’on regretterait presque de ne pas y avoir pensé plus tôt. Le clip est tourné. Sortie officielle le 31 Mai. »

«  Pour « Evier Metal », l’histoire est à épisodes. Je jouais dans un groupe de heavy avec Andreas (l’autre complice de Nicolas). Sur un pupitre, il y avait des paroles du genre « In the middle of the night ». On a déliré autour en y ajoutant des suites. On a posé ça sur notre fameux cahier. Et puis un jour, alors que nous cherchions des paroles en français, on est retombé dessus, on a traduit, balancé des idées et en une nuit, la chanson était là. La parodie aussi. Ce titre nous a bien fait marrer.»

Si l’humour est la base même de ces maîtres du metal parodique, il existe malgré tout des limites que les musiciens ne franchiront pas. Trop de bouteille pour tomber de le piège de la facilité provoquant le mauvais coup  de buzz. « On avait un morceau qui devait s’appeler « Je suis PD ». Ce n’était évidemment pas un jugement, juste l’histoire d’un type qui faisait son coming out, un morceau à la « Canards ». Mais on n’a pas voulu que ce titre focalise toutes les attentions et que les gens, les critiques notamment, y voient un truc sulfureux même s’il ne l’était pas. Alors on a préféré renoncer. Notre seule auto-censure véritable comme vous pouvez le constater en écoutant l’album. »

Impossible de citer tous les morceaux (il y en a 22) mais dans une set list toute personnelle, il serait impossible de ne pas ajouter à ceux précités « Takoyaki » couleur Baby Metal, « Un Chien Géant » en mode Tagada Jones, « Jésus » (qui devrait rester dans les mémoires du Hellfest où le groupe se produira sur la Main Stage le 17 juin prochain) ou bien encore « Super Sexe ».

Il y a dix-huit ans, lorsqu’ Ultra Vomit s’est lancé sous une identité qui signait déjà le parti pris, pas sûr que le groupe ait franchement été pris au sérieux, voué même pour certains puristes aux blagues les plus courtes. Avec ce nouvel album, les cordes de la dissonance ne se font plus entendre. Chacun s’accorde au contraire sur la technique impressionnante des nantais (les moments où ils laissent la part belle à la musique durant leurs concerts sont de beaux exercices de virtuosité) et leur réussite dans un genre peu fréquenté. La place laissée libre durant ces neuf années n’a pas été reprise. Preuve qu’il faut autre chose qu’une six cordes et des blagues carambar pour s’imposer dans le metal parodique. Le 10 octobre prochain, Ultra Vomit sera au Trianon. On ne sait pas si Calogero ou les frères Duplantier seront là. Mais les nantais, qui ne laissent rien au hasard, promettent que la fête sera belle. Avec ou sans pyjama.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– « Panzer Surprise » // Verycords : https://itunes.apple.com/fr/album/panzer-surprise et sur toutes les plateformes légales de téléchargements. –