Pomme livre ses failles dans un sans faute

Deux ans après avoir assuré la première partie d’Asaf Avidan, Pomme était de retour au Stéréolux de Nantes ce 16 janvier. Une deuxième date dans une nouvelle tournée qui porte haut les émotions d’un second opus dont elle a signé tous les textes. 

Il y a quelque chose de l’ordre du nectar chez Pomme (Claire Pommet pour l’état civil), un concentré du meilleur jus que les ans ne cessent de rendre encore meilleurs. Après avoir assuré les premières parties de Vianney, Louane ou Benjamin Biolay, ouvert pour Asaf Avidan durant sa tournée française en 2017, la jeune femme s’inscrit désormais en haut de l’affiche et fait salle comble sur son seul nom. A 23 ans, avec ses mots, son naturel et sa sincérité pour credo. 

Rien n’est tabou, tout se décrit et se raconte. La vérité peut être plurielle et drapée dans un tulle de romantisme mais rien ne ment. La mort fait partie de la vie, la nostalgie imprègne l’écriture d’un blues baudelairien et l’amour ignore les diktats. Pomme n’a jamais caché ses liens avec la chanteuse québéquoise Safia Nolin. Elle ne l’a pas non plus affiché et n’a pas fait de son homosexualité une carte de visite. Sans jouer les porte drapeaux, elle porte pourtant beau la bannière des amours lesbiennes, permettant ainsi à des milliers de jeunes femmes de se reconnaitre (et peut-être de ne plus se cacher). 

Deux ans après avoir sorti « A peu près », son premier album, la jeune femme a livré « les Failles », en novembre dernier. Un opus qu’elle assume à cent pour cent (ce qui n’ était pas forcément le cas précédemment avec un disque dont certains titres avaient fini par ne tellement plus lui parler qu’elle avait même du mal à les interpréter sur scène), dont elle a signé les paroles et qui a bénéficié de la présence d’Albin de la Simone pour la co-réalisation, le reste de l’entourage étant majoritairement (et volontairement) féminin. Onze morceaux donc et autant de titres reflets exacts de ses envies, enregistrés en cinq jours en mars dernier. Les nouveaux alliés se sont révélés judicieux, « Les Failles » a gagné en mélodies, en douce puissance portée par une ampleur inattendue.

« Grandir, c’est décevoir un peu », assurait Pomme dans un morceau « ancien ». Son parcours affirme pourtant le contraire. Après les bars, dans lesquels son absence de timidité lui permettait de regarder les gens dans les yeux et de ne pas se laisser démonter par les bavards, lie Chantier des Francos, elle a vingt ans lorsque Polydor lui offre son premier contrat. La suite du chemin n’a jamais connu de cailloux. « Du coup, j’ai eu le temps d’accumuler des émotions en accéléré et mes vingt ans étaient en décalage par rapport à ceux de mes amis d’enfance. La vie rattrape et comblera peut être… » 

Il y a deux ans, Pomme nous confiait pouvoir « entretenir le cafard avec une forme de complaisance car l’écriture en est facilitée ». Avec ce second album, elle prend de distance pour mieux évoquer la société qui nous entoure. Pomme l’a régulièrement expliqué, pour elle, la musique, en tous cas celle qu’elle crée, n’a pas forcément vocation à faire danser ni « ambiancer ». Elle est toute entière mue par la volonté de faire ressentir des émotions. 

Si son premier album acheté était celui de Lorie, il est manifeste aujourd’hui que Pomme, devenue une jeune femme témoin de son siècle, est plutôt la digne héritière de Barbara. Malgré le sourire, la boucle douce sous le béret, un humour second degré et une auto-dérision assez irrésistibles, la lyonnaise exporte ses tourments et ses fragilités dans des titres, « Chapelle » ou « Anxiété » notamment, qui n’auraient pas déplu à la « longue dame brune ».

Le message passe d’ailleurs parfaitement et le public nantais de ce deuxième soir de tournée a écouté attentivement, se laissant porter par ces vagues de mélancolie mais partageant avec des cris enthousiastes les propos de la jeune femme entre deux titres. La voix est toujours aussi douce mais la présence scénique a gagné en puissance et ce n’est pas seulement par la présence de deux musiciennes à ses côtés désormais. Ce serait trop facile de dire que Pomme a gagné en maturité car elle avait déjà tout d’une grande voilà deux ans. Cela relève plutôt de l’évidence. Rien d’artificiel. Juste la douce et puissante saveur du nectar.

Magali MICHEL

Crédit photos // Sophie BRANDET

Nantes au rythme de The Avener

The Avener posait ses platines à Nantes, dans la grande salle de Stéréolux, ce 11 Décembre. Quatre ans après avoir fait danser l’ Hexagone avec « The Wanderings of the Avener », certifié triple disque de platine en France, le DJ producteur niçois a offert un show de haute volée.

Il ne lui aura pas fallu longtemps pour s’inscrire au sommet de la dream team, celle des DJ avec lesquels il faut compter et dont le seul nom suffit à remplir les salles. The Avener (de son vrai nom Tristan Casara) a avancé sans penser à ses comparaisons certes illustres mais surtout intimidantes, avec sa seule certitude et ses envies pour moteur. Un brin de talent et d’imagination aussi visiblement puisque « Fade out lines », le morceau qui l’a rendu célèbre (remix de la chanson de Phoebe Killdeer et The Short Straws), est devenu un véritable hymne electro blues… au point de s’inscrire dans la playlist de Michelle et Barack Obama. Plus de 45 millions de vues sur Youtube. De quoi pousser l’audace quand il a fallu composer les titres de son premier album en 2015: le niçois a frappé à la porte de Bob Dylan, de Lana del Rey ou bien encore de Mylène Farmer. Initiative heureuse, l’opus a été couronné par la Victoire du meilleur album electro.

Un regard sur les platines, un autre vers la salle en mouvements, The Avener mèle sourires et concentration. Les tubes s’enchainent sans temps mort, les sonorités se mélangent avec brio, un détour par le Jazz et la Soul, un autre par le Rythm’n Blues, le tout dans une mise en scène lumineuse porteuse et inventive.

La date nantaise est complète depuis des semaines et il aurait fallu la doubler pour satisfaire les recalés de la billetterie. Un succès qui se renouvelle partout : à Pleyel, la semaine précédente, dans une salle déjà pleine à craquer, le musicien avait enthousiasmé des fans de plus en plus nombreux… au point de devoir programmer un concert dantesque à Bercy (15.000 personnes quand même), le 14 Novembre 2020. Avant cela, The Avener continuera ses détours en Europe avec un passage par les plus gros festivals français, du Printemps de Bourges aux Vieilles Charrues. De quoi donner une seconde chance à ceux qui n’auraient pu se laisser porter par son electro pleine d’inventivité.

Report et crédit photos // Sophie BRANDET.

Izia ouvre les portes de sa magnifique Citadelle

Izia a offert au public nantais de Stéréolux une soirée très dense, entre bonheur, nostalgie et manque. Pour la rejoindre vers sa Citadelle où flottait la bannière de l’ Amour, des ponts chargés bâtis à l’émotion.

Elle est entrée dans la lumière habillée de son sourire, enveloppée dans sa combinaison en lurex, chemisier noué sous la poitrine. Lumineuse, presque magnétique. Et le public de Stéréolux lui a réservé une ovation avant même qu’elle fredonne ses premiers refrains. Izia a repris la route avec «Citadelle», son quatrième opus arrivé en octobre dans les bacs et elle était attendue avec un enthousiasme qui a du éteindre ses doutes éventuels : des semaines que la date nantaise était sold out.

Il est vrai que cet album a quelque chose de particulier, une sorte de passerelle posée entre deux émotions majeures : la mort du père tant aimé, le grand Jacques Higelin (le 6 avril 2018), et la naissance de son premier enfant, le 1er août suivant. Réfugiée dans la cité corse de Calvi, là où la jeune femme a ses repères familiaux, Izia y a donc conçu « Citadelle », un disque magnifique qui conte le tumulte provoqué par ces sentiments contraires, ces bouleversements absolus.

S’il est manifeste que Jacques Higelin se retrouve derrière les superbes « Calvi », « Idole » ou le bouleversant « Dragon de métal », qui évoque avec une tendresse rare le manque de ce père unique, Izia n’a pas pour autant tissé un album larmoyant. Ce ne serait pas la marque familiale de la jouer plaintif. Dans la tribu Higelin, depuis le chef de famille jusqu’à la benjamine en passant par Arthur H. oui Ken Higelin, les deux grands frères, le pied de nez est une évidence, la politesse du désespoir parfois mais aussi une manière élégante de ne jamais perdre de vue la vie et l’amour quand bien même rôderait la mort.

Pas de mélo non plus dans la partition. Avec l’appui de son compagnon, le musicien Bastien Burger, Izia a fait évoluer ses sonorités et se glisse avec aisance dans une electro-pop inattendue. De nouveaux rivages qui lui vont bien. Le déhanchement est joyeux et l’énergie inaltérable. Il y a une vraie envie, un plaisir manifeste à se retrouver devant ce public qui la soutient depuis ses débuts.

Si certains prenaient la gamine pour une « fille de » voilà dix ans, quatre albums plus tard, elle s’est définitivement affranchie des critiques acerbes et s’affirme comme une artiste avec laquelle il faut désormais compter. Elle sera d’ailleurs dans de nombreux festivals cet été dont les Francofolies de la Rochelle. Une manifestation où plane l’ombre tutélaire de son père tant de fois applaudi sur la grande scène de Saint-Jean d’Acre mais où la jeune femme prouvera, comme elle l’a fait devant le public nantais, qu’elle n’est pas la « gardienne du temple ». A l’aube de ses trente ans (qu’elle soufflera en septembre prochain), Izia trace sa route. Il n’y avait pas de citadelle imprenable: Izia a eu raison de croire qu’un jour elle existerait par son seul prénom.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Les Rockeurs ont du Coeur en concert à Nantes le 14 décembre

Depuis 1988, les Rockeurs ont du Coeur se mobilisent pour récolter un maximum de jouets à destination des enfants et adolescents défavorisés. Portés par le groupe nantais Elmer Food Beat, à l’initiative de ce magnifique projet, ils n’ont jamais failli. Cette année encore, ils donnent rendez-vous au public (pas de billet à acheter mais un jouet neuf d’une valeur minimum de 10 euros vaut droit d’entrée) le 14 Décembre  à Nantes, dans la grande salle de Stéréolux.

On se souvient des premières années, quand les Rockeurs ont du Coeur réunissaient des groupes amis ayant accepté de jouer bénévolement pour récolter des cadeaux pour les plus jeunes que Noël ignore. E.V., Cooking Mama, Little Rabbits, Katerine et les Elmer bien sûr, plus de 1.500 jouets sont posés dans la salle. Un concept généreux qui fait des émules puisque dans la foulée, une vingtaine de villes en France ont pu regrouper des milliers de présents en organisant leur propre soirée.

L’affiche nantaise 2019 sera belle et promet une soirée haute en couleurs : Hocus Pocus, le groupe hip hop  sans doute le plus jazzy, qui a repris la route pour une vingtaine de dates, Radio Elvis (il y a trois ans, leur précédent album était sacré « Album Révélation » aux Victoire de la Musique et depuis, le trio ne cesse de se produire à guichets fermés). Il faudra également compter sur la présence du groupe breton Les 3 Fromages dont le rock’n drôle régale de plus en plus de fans.

The Opposition (énorme formation britannique des années 80 qui reprend la scène après 25 ans de silence et interprètera ses meilleurs morceaux post punk) sera lui aussi de la partie avec Yeggmen (alternative indé), The Slow Sliders, The Sassy Swingers (du swing des années trente), ou encore DJ Diindaar.

La 32ème édition s’annonce grandiose. A vos jouets, prêts… venez ! 

PHOTO REPORT: Quand Worakls fait danser Stéréolux

Les places s’étaient envolées à la vitesse de l’éclair et c’est donc un Stéréolux plein à craquer qui a réservé un accueil triomphal à Worakls ce 22 Novembre. Ultime date française avant un passage par la Belgique pour ce show spectaculaire qui sillonne la France depuis février dernier, porté par le succès d’« Orchestra », premier album solo sous son label, Hungry Music, au succès constant depuis sa sortie en mars.

Si Kevin Rodrigues (aka Worakls) connait la musique pour être tombé dans les partitions dès son plus jeune âge, le sudiste a aussi le sens du spectaculaire. Il ne se contente pas de s’entourer de musiciens classiques ultra chevronnés, il offre aussi à son concert la dimension d’un vrai show pour que le public en prenne plein les oreilles mais aussi plein les yeux. 

Signées par Nicolas Galloux, les lumières sont inventives et ajoutent incontestablement une dimension supplémentaire. Dans les travées de la salle nantaise, dans la fosse comme dans les gradins, il ne faudra pas attendre bien longtemps avant que le public se lève et danse. Impossible pour ces inconditionnels de résister à la force de l’electro de Worakls et de son orchestre. Les bras s’agitent et connaissent chaque morceau à la mesure près. Quand le classique se marie de façon aussi inventive à la modernité, il flotte un air nouveau qui devra souffler à nouveau très vite car entre ceux qui n’ont pu avoir leur billet et ceux qui veulent revenir, ce n’est pas un mais plusieurs soirs qu’il faudra caler.

M.M.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

L’Hymne à la joie de Deluxe

Mieux qu’une boisson énergisante, plus efficace que le gingembre ou le jus d’épinard, Deluxe est un vrai concentré survitaminé, un cocktail d’énergie, de bonne humeur et de musicalité, servis par des musiciens top niveau. N’ironisez pas trop sur leur moustache emblématique, on est très loin de se raser à un concert de ces joyeux drilles.

Stéréolux à Nantes les attendait avec impatience et ce 14 Novembre la date est sold out depuis des semaines alors que le groupe est passé dans la région il n’y a pas si longtemps (ils avaient réussi à faire danser les milliers de spectateurs de La Nuit de l’Erdre en juin dernier alors que la canicule sévissait). Il est vrai qu’un concert des aixois, c’est plaisir et ambiance assurés grâce à un mélange hyper efficace de soul, funk, jazz, hip hop et groove.

Copains d’enfance, les cinq membres fondateurs ont commencé par jouer des reprises avant d’enchainer les concerts dans la rue, les bars et les fêtes privées, avec un même enthousiasme, l’objectif étant de se roder et surtout de se faire connaître du plus grand nombre. Et puis un jour de 2009, alors qu’ils battent le pavé du Cours Mirabeau, c’est Zé Mateo, un musicien de Chinese Man, qui les entend et décide de les signer dans le label du collectif. Un sacré coup de pied du destin, de quoi booster plus encore les envies de Kaya (basse), Kilo (batterie), Pietre (guitare, claviers), Pépé (saxophone) et Soubri (percussions). La rencontre avec Liliboy, alors étudiante aux Beaux Arts, intervient peu après. Ensemble, ils enregistrent un premier morceau, « Pony », devenu l’un des titres phares du sextet.

Le premier EP n’a que six titres et sort en novembre 2011. Enregistré dans leur appartement, il est produit par Chinese Man et connait d’ emblée le succès. La diffusion radio dépasse les attentes et des millions de vue sur Youtube se succèdent grâce notamment à « Pony ».

La success story aurait pu s’arrêter là si le groupe n’avait pas eu la tête sur les épaules et ce passé déjà très dense, fort de toutes prestations intimistes. L’amitié est solide et ne faillit pas non plus dans cette spirale du succès. En 2013, Deluxe signe la bande originale de « Profs », le film réalisé par Pef.

Sorti en 2013, « Deluxe Family Show », le premier album, est donc très attendu. Ses douze titres marquent l’originalité et le talent des musiciens que tous les programmateurs s’arrachent. Des Francofolies de Montréal aux Solidays, du Montreux Jazz Festival aux théâtres de Chine ou du Royaume Uni, Deluxe écume les scènes et enchaine les dates, une déferlante qui les incite à créer NANANA productions afin de produire eux mêmes leurs concerts.

En janvier 2016, les aixois sortent « Stachelight », un deuxième album, toujours sous label de Chinese Man Records. Pour les accompagner dans cette nouvelle aventure, ils ont sollicité Akhenaton et Shurik’n d’ IAM mais aussi Matthieu Chedid. Et évidemment, le succès est encore au rendez-vous.

C’est peu dire alors s’il a fallu de la patience à leurs fans pour découvrir enfin « Boys and Girl » en juin dernier. Sorti cette fois chez Polydor, le troisième album voit la participation d’ Oxmo Puccino  mais aussi de Stogie T et Mr Medeiros. Bingo : « Get Down » sert de musique à un spot publicitaire de «  Gifi » et les concerts se succèdent sans discontinuer.

Il est vrai qu’un soir avec Deluxe, c’est le sourire assuré. Le décor de tentures immaculées met en lumière les instruments et les tenues des artistes. Combinaisons façon astronautes aztèques avec sequins pour les hommes, jupette en forme de moustache (évidemment !) sur combinaison près du corps pour la toujours en mouvements Liliboy, le spectacle est partout. Il y a de l’harmonie jusque dans les déplacements, les petites chorés des musiciens autour de la chanteuse. Les tubes s’enchainent sans interruption.

Une grande place est offerte aux chansons du dernier album mais les incontournables ne sont pas oubliés. Dans la salle, le public est débout, chante et danse, emporté par cette énergie impressionnante. « Je suis arrivée un brin cafardeuse en raison de mes soucis actuels. Je m’aperçois que je viens de les mettre de coté durant tout le concert, c’est fou ! » Une quadragénaire qui se confie à une amie. Des enfants qui demandent quand le groupe va revenir… A la sortie de Stéréolux, les compliments et commentaires élogieux étaient partout. Il y a des moustaches qui mettent le sourire aux lèvres.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

ARCHIVE fête ses 25 ans avec le public nantais!

Histoire de célébrer avec un public fidèle depuis vingt-cinq ans la sortie de leur album rétrospective, Archive est en tournée en France pour trois dates exceptionnelles (avant un retour bien plus long à la fin de l’année). Les anglais passaient par Stéréolux (Nantes) ce 14 mai. Le temps n’a fait que pâtiner leur incroyable mélange de rock instrumental entremêlé de nappes électros. Trois heures de concert entre ombres et lasers.

Les organisateurs avaient prévenu : les photographes autorisés devraient shooter avec leur écran et ne surtout pas glisser l’oeil derrière le viseur car la débauche de lasers pouvait être dangereuse pour les rétines. On savait les britanniques passés maîtres en matière de lumières et effets scéniques, on glissait cette fois dans la dimension supérieure dans ce show anniversaire mis en place pour souffler un quart de siècle d’une aventure musicale unique.

Formé en 1994 sous la houlette de Darius Keeler et Danny Griffiths, Archive se présente alors comme un groupe de trip hop. Plutôt sombre, le premier album sorti deux ans plus tard bénéficie de la présence de la chanteuse Roya Arab et flirte aussi avec le rap. Près de vingt ans plus tard, « Londinium » demeure une référence absolue en matière de trip hop, une forme de perfection un peu « étalon » vers laquelle beaucoup ont essayé de tendre sans jamais égaler les lignes des anglais.

Après des tensions au sein du groupe, Suzanne Woofer devient la nouvelle voix d’Archive et s’impose avec brio dans « Take my head » sorti en 1999, un album plus solaire, nettement plus mélodique et plus trip pop, ce qui provoquera de belles discussions parmi les fans historiques et ceux qui préfèrent cette nouvelle direction.

Autre gros changement en 2001 quand Archive, qui n’a décidément pas le goût pour la solidité de son line up, remplace sa chanteuse par Craig Walker, ex chanteur du groupe de punk irlandais, Power of Dreams. Walker laissera son empreinte jusqu’en 2004. Et Archive continuera à chercher son renouveau permanent en intégrant de nouveaux membres successifs. Holly Martin fait son entrée en 2012. Cette arrivée souffle de nouvelles inspirations et des arrangements inédits. « You make me feel » devient rapidement un très gros succès.

« 25 » était sans doute la plus belle manière de fêter cet impressionnant parcours d’un quart de siècle où le succès, le doute et l’envie ont toujours résisté aux courants successifs. Une belle manière également d’offrir aux fans qui n’ont jamais déserté les rangs un opus souvenir dans lequel a été ajouté un inédit, « Remains of nothing » avec Band of Skulls. Ne restait plus qu’à programmer quelques concerts évènements, trois dates dont Nantes et Paris (La Seine Musicale, où sera d’ailleurs effectuée une  captation). Trois dates sold out sitôt la mise en vente. 

A Stéréolux, la grande salle archi pleine a réservé un accueil magistral aux anglais. Il est vrai que le show, impressionnante déferlante de lights et de lasers en tous genres, spectaculaire dans sa mise en lumière (avec toujours cette habitude de laisser les musiciens dans une ombre d’où ils ne sortaient que rarement) s’articulait sur une set list qui n’avait rien oublié. Trois heures de concert (avec, originalité, un entracte en milieu de soirée) qui a régalé le public venu parfois de très très loin. Dans cette pénombre lacérée par les lasers, Archive a alterné plages mélodiques et montées en puissance où le rock prenait le dessus sur le trip hop et l’électro, où le sombre le disputait à des parties plus lumineuses. Enveloppantes autant qu’envoutantes.

En novembre, les anglais repasseront pour une longue tournée française, de Lille à Marseille, en passant par Perpignan, le Havre ou bien encore Brest et Lyon. En quittant Stéréolux, certains les avaient déjà inscrites sur leur agenda. Si l’ossature d’Archive a joué la carte du changement, le style est demeuré et le public s’est laissé prendre aux charme quasi hypnotisant d’un groupe phare qui a réussi à rester au sommet de son genre sans jamais se paraphraser.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Gringe tombe le masque

En concert à Nantes (à Stéréolux), Gringe a révélé un autre visage, plus sombre, dont le rap ciselé exprime parfaitement les fêlures. Les spectateurs qui l’avaient découvert dans les « Casseurs Flowters » avec Orelsan sont repartis conquis. Emus aussi souvent par cet artiste qui se livre enfin à visage découvert.

« Blessures m’ont bousillé l’crâne mais si j’dois sécher tes larmes j’irais plonger dans le cerveau, me jeter dans les flammes pour t’aider à retrouver l’calme, que le mauvais sort nous épargne, j’y laisserai corps et âme, j’dois sécher tes larmes.. » Il est impressionnant Gringe quand il se livre avec la sincérité de celui qui n’a plus envie de se cacher, quand il n’est plus simplement l’alter ego joueur de son complice des « Casseurs Flowters ».

On l’a découvert aux côtés d’Orelsan, il brillait à ses côtés toujours dans « Bloqués », la mini série TV et il aurait pu avoir du mal à s’extraire de l’ombre d’un pote qui n’en finit plus de briller. Gringe a eu l’intelligence d’attendre (longtemps) et de prendre du recul pour sortir le moment venu un album solo magnifique, « L’enfant lune », qui entraîne dans un univers chargé de blessures, sombre souvent, mais porté par un rap aux mots choisis, ciselés et d’une sensibilité extrême.

En se débarrassant du costume d’éternel « je-m’en-foutiste », en remisant le personnage créé de toutes pièces avec son pote de toujours, Gringe a récupéré son autonomie mais surtout son identité. Les textes de ce projet magnifique, très premier degré et écrits à l’encre de la vérité, ont pu dérouter certains fans historiques mais ils ont pour l’essentiel, embarqué tous les autres, ceux qui avaient vu beau et clair sous les étincelles de mélancolie qui jaillissaient de temps à autres.

Sur la scène de Stéréolux (Nantes), ce 9 février, Gringe est donc attendu par un public enthousiaste. Si certains avouent encore la nostalgie du binôme formé avec Orelsan, cela n’empêche pas une écoute attentive et curieuse. Très vite réceptive. Des tables de mixages, des tubes lumineux, de la fumée… les lumières jouent avec les ombres, comme un écho aux paroles du trentenaire. « La chair de ma chair s’en est allée dans des régions trop sombres, et j’découvre ce putain d’scanner qui nous parle de tes lésions profondes, impossible de vivre normalement, j’ai volé l’sourire d’la Joconde, et j’crois plus rien n’s’ra jamais comme avant, elle s’est envolée, la colombe » enchainent les paroles de « Scanner », l’un des titres phares (inoubliable) de ce premier opus d’une puissance implacable. L’allusion à la maladie mentale de son frère laisse le public sans voix. On ne peut résumer l’album no le concert à cette seule chanson mais il est clair que ce passage lourd de sens frappe et laisse KO debout. Comme « Pièces détachées » ou « Paradis noir » Les punchlines qui sont l’incontestable ADN du rap pratiqué avec Orelsan sont bien présentes. Mais par à coups. Presque par réflexe. Aucune recherche de style dans cet opus qui vient des tripes pour révéler dans la plus parfaite des transparences, ce que Gringe a dans la tête.

Du coeur du magma, Gringe a su extraire une alchimie unique. Le set est parfait et le show déjà bien rôdé. « L’ enfant lune », qui a trouvé sa transcription parfaite sur scène, laisse aussi la place à DJ Pone pour un joli moment solo après le rappel et ne fait pas l’impasse, cadeau aux fans des Casseurs, sur quels titres anciens, la voix d’Orelsan en arrière plan.

Gringe a confié que « sans ce projet, il serait professionnellement mort ». Peut-être… En tout cas, c’est avec une énergie et un plaisir non feints que le rappeur normand le porte au fil de la longue tournée qu’ il vient tout juste d’entamer. Après une première date parisienne complète, il y aura un retour par la Cigale le 18 Mars. Gringe sera également à l’ affiche du Printemps de Bourges en avril et dans la plupart des festivals cet été. Il y a des artistes vers lequel il est urgent de se tourner.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Angèle, la nouvelle ambassadrice de l’histoire musicale belge

Un an après avoir ouvert pour Ibeyi, Angèle repassait par Stéréolux (Nantes), tête d’affiche d’une date qui affichait complet depuis des mois. Une heure trente de show à l’image de la jeune femme : musical, fort et plein d’énergie. Vrai.

Dire qu’Angèle, vingt-trois printemps depuis décembre, un album, « Brol » sorti en octobre dernier et très vite certifié double disque de platine, nommée aux Victoires de la Musique dans la catégorie « Album révélation » et « Création audiovisuelle » a déjà tout d’une grande est insuffisant. Rares sont les jeunes artistes qui se produisent avec cette pêche communicative, ce sens de la scène, une voix et une musicalité aussi parfaites. Il est vrai qu’à une époque où le nombre de followers est censé signer le talent et qu’être youtubeur populaire donnerait un blanc seing dans la moindre maison de disques, Angèle (qui affiche néanmoins plus d’un million cent mille followers sur un compte Instagram énorme d’inventivité, d’humour et de musiques) détonnerait presque avec son parcours sans faute et solidement bâti.

Lorsqu’Angèle van Laeken débarque en 2017 sur les réseaux sociaux avec son premier single « La loi de Murphy », la jeune belge (fille de la comédienne Laurence Bibot et du musicien Marka, soeur de Roméo Elvis, l’un des grands du rap actuel) affiche déjà un joli parcours. Après une double formation jazz et musique classique, la jeune fille a intégré le groupe de son père tout en donnant des concerts dans les cafés de Bruxelles. Sa reprise du célèbre titre de Dick Annegarn, hommage à la capitale belge, ne laisse personne indifférent. Son franc parler, sa façon d’être cash et son humour sans filtre entre deux post de vidéos où elle se met en scène sur Instagram complètent un bouche à oreille qui va très vite. Angèle assure alors les premières parties de son concitoyen Damso (qu’elle accompagne également sur son album « Lithopédion ») puis celles d’ Ibeyi. L’engouement ne s’est plus arrêté depuis.

« La loi de Murphy » sort fin 2017… et ce sont des millions de vues sur Youtube. Même succès pour « Je veux tes yeux » l’année suivante. Lorsqu’ elle se produit au Printemps de Bourges cette même année, juste avant Eddy de Pretto et Charlotte Gainsbourg, le Palais d’ Auron est debout et salue comme rarement la première partie d’une soirée. Aussi à l’aise derrière son clavier qu’en bord de scène pour regarder le public dans les yeux, Angèle a déjà cette présence qui signe l’évidence. La petite jeune femme, drapée dans son kimono vert à fleurs, est couverte de superlatifs.

Ce 30 janvier, boostée par des dizaines de concerts, la sortie triomphale de « Brol » (expression belge qui traduit le bazar), la double nomination aux Victoires de la Musique, Angèle repassait donc par Nantes (dans la salle maxi du Stéréolux), là même où elle ouvrait pour Ibeyi quelques mois plus tôt.

Le public est acquis d’avance. La date est sold out depuis des mois mais des dizaines de fans tentent quand même de croiser d’éventuelles reventes aux alentours de la salle sous le regard d’adolescentes qui se réchauffent en sautillant après avoir attendu longuement dans le froid pour truster les premiers rangs de la fosse. Les cris qui surgissent lorsque les premières notes résonnent sont faciles à imaginer… Silhouette gracile dans son tee-shirt rouge assorti à ses bottines, élégant baggy violet, Angèle leur sourit et enchaîne ses titres parmi lesquels se glissent de magnifiques reprises (comme cette chanson de Pauline Croze). 

Rodée à la scène, à l’aise dans les échanges avec le public et n’hésitant pas à jouer la carte de l’humour, Angèle s’autorisera pourtant à demander de façon subtile et douce, un peu plus d’ écoute car la soirée aurait rapidement pu virer en chorale hurlante. Angèle est en effet à ce stade de sa popularité où les salles se remplissent à la vitesse de l’éclair, où tout est enthousiasme pour les spectateurs, ce qui malheureusement gâche l’écoute et ne permet pas de laisser toutes leur places aux titres souvent forts de la jeune femme. Car Angèle n’est pas la nouvelle blonde souriante et jolie de service. Elle est aussi et avant tout une musicienne dont les chansons ont un sens et dont les thèmes ne sont pas forcément « légers », soutenues par des partitions ultra léchées. Alors entre deux « Angèle, tu es belle » ou « Angèle, je t’aime », elle a dû reprendre les notes en mains lorsque la foule a carrément sauté la mesure et devancé musique et paroles. 

Si ce passage est sans doute inévitable quand arrive le succès, pas certain que ce soit la meilleure chose à offrir à son idole et évidemment, encore moins au reste du public, celui qui est venu pour entendre une voix et non assister à un karaoké géant. Espérons qu’Angèle passera rapidement ce moment, Patrick Bruel en son temps, qui avait connu des ambiances similaires, raconte aujourd’hui encore combien il trouvait le moment complexe, ému mais aussi dépassé car au fil des concerts, il suffisait que sonnent les premiers accords pour qu’il n’ait plus besoin de chanter, la foule le faisant à sa place.

Là où n’existait voilà un an qu’une succession de chansons sans réelle mise en scène, la tournée actuelle permet à Angèle de mettre en lumière son second degré, son sens de la dérision. Elle lui ressemble, entre éclats de loutre et jogging à paillettes pour prendre la lumière sans se prendre la tête. Entre émotions et énergie, dansant ou posée derrière son piano, Angèle est une jeune femme de son temps, sans compromis, s’autorisant toutes ses envies, refusant le faux semblant et confessant en riant succomber aux phénomènes parfois bêtas de la société actuelle. A l’aise dans ses baskets comme sur ses talons, elle a ce quelque chose de la fleur qui vient d’éclore et n’est pas près de faner, ce truc en plus qui ne vient pas par l’apprentissage même le plus long. La grâce. 

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.