Le double plébiscite d’Ed Sheeran au Stade de France

En trois albums vendus par millions,  Ed Sheeran a conquis la planète et accédé au podium des stars de la pop  internationale. Sans pour autant se départir de son côté « boy next door », à vingt-sept ans, il joue désormais à guichets fermés dans les plus grands stades. Les 6 et 7 juillet, il faisait escale au Stade de France. Avec le public comme partenaire.

Il y a six ans, Ed Sheeran livrait ses chansons à l’un de ses premiers auditoires parisiens (après un passage déjà marquant par la Boule Noire, autre salle de la capitale). Le public de la Cigale , en Juillet 2012, comme celui du Trianon, en Novembre, ressemblait à celui des One Direction, stars parmi les stars nées de l’autre côté de la Manche et devenues déferlantes partout dans le monde. Il est vrai que le jeune Ed Sheeran, du haut de ses vingt et ans, leur avait écrit l’un de leurs plus grands tubes avec « Little Things », titre sorti cette même fin 2012, qui à chaque concert fera couler des rivières de Rimmel. La ballade est superbe et le succès légitime. Il y a six ans donc, les jeunes anglaises avaient débarqué par centaines laissant quand même quelques places pour toutes ces autres qui voulaient découvrir sur scène l’interprète de « Kiss me » ou « Lego House ». Ensemble, elles ont fait grimper les décibels.  

Et voilà le Britannique qui s’attaquait cette fois à la version XXXL de la scène en jouant à saute stades à travers le monde. L’envie d’une étape au Stade de France avait été évoquée lors de sa venue à l’AccorHotels Arena de Bercy (Paris) l’an dernier et Live Nation a décidé de la relever. Au final, et même si les plus enthousiastes pensaient l’idée possible, ce n’est pas un soir mais deux qu’Ed Sheeran aura rempli, la billetterie s’envolant en quelques minutes. 120.000 places vendues. Ca laisse rêveur après six années de carrière et seulement trois albums. Mais il est vrai que le jeune homme a enchaîné les tubes, récolté des trophées et disques de platine aux quatre coins de la planète, été adoubé par toutes les stars de la musique, vu aux côté des plus grands, fait pote avec Taylor Swift ou Beyoncé tout en ayant l’air de rester cool et souriant, pas franchement obsédé par son image. 

Son dernier opus, « Divide », s’est vendu à plus de treize millions d’exemplaires (dont pas loin de 800.000 en France), décrochant ainsi le titre envié de plus gros vendeur l’an dernier. Et on ne parle pas de ses clips, toujours extrêmement soignés. « Shape of you »  a été vu plus de trois milliards de fois. Ni de sa popularité sur les réseaux sociaux. Sous « Teddysphotos » (abonné à une seule personne), Ed Sheehan réunit 24,2 millions de fans. De quoi faire pâlir les nouveaux « influenceurs ». Parler de « phénomène » dans une période qui abuse des superlatifs n’a donc rien d’exagéré.

Si jouer au Trianon puis revenir au Zénith avant de passer par Bercy a quelque chose d’une progression logique qui ne bouleverse pas la set list ou la mise en scène, il y a un pas nettement plus grand dans cette antre dantesque où il s’agit d’ être vu et entendu par chacun. Bien sûr, il y a les tours d’enceintes. Bien évidemment, un concert dans un stade ne saurait s’affranchir d’ écrans géants mais ces dispositifs ne peuvent être que des renforts, certainement pas l’ossature principale sur laquelle s’appuyer et s’éviter la dose de stress que l’ on imagine à hauteur de l’enjeu. 

Et bien lui a décidé de la jouer tel quel, à son image, simple et sans excès. Une scène à plusieurs niveaux,  un écran qui reprendrait l’imagerie de ses clips, des lights raccords avec les tons de son dernier album, un pied de micro et basta. Même tenue que celle qu’il porte depuis toujours (jean, teeshirt sur teeshirt à manches longues), la chevelure rousse plus ou moins ordonnée et le sourire rivé au dessus la guitare, seule l’envie, sa véritable adrénaline, faisant le reste. Et à 21h15, sous un tonnerre d’applaudissements et de cris, Ed Sheeran a fait son apparition par une porte de côté avant de rejoindre son piédestal. 

Le jeune homme emporte tout le monde dès les premiers accords, même ceux qui ne l’avaient encore jamais vraiment entendu, les parents notamment venus accompagner une progéniture aussi fan que trop jeune pour venir seule. Il saluera d’ailleurs ces « papas et ces amoureux qui accompagnent leurs filles ou leurs chéries » et il demandera à tout le monde de chanter « car vous êtes mon groupe ce soir ». 

Le vent joue parfois les sons contraires, les rangs voisins crient parfois trop pour permettre une audition parfaite de ce qui se passe sur scène mais rien ne saurait entraver l’enthousiasme devenu général. « Galway girl » fait même danser dans les travées autant que sur la pelouse. Sur les écrans géants, la tête d’Ed Sheehan est partout. Les dragons et les lions prennent également le pouvoir comme dans un super dessiné animé.

Les tubes s’enchainent, énergiques ou plus romantiques. « Thinking out loud », les magnifiques «Photograph» ou « Perfect » sont repris par soixante mille choristes et éclairées par presqu’autant de lumières de smartphones. Sur scène, Ed Sheeran n’a toujours que sa guitare, ses paroles accrocheuses et sa jovialité non feinte. On pourra toujours se dire qu’il est de ceux que la proximité renforce, que ses chansons supposent davantage d’ intimité, le pas est franchi avec un succès bluffant.

En fin de set, « Sing », fait évidemment chanter tout le stade. En rappel, « Shape of you » fait lui aussi le job avec un Ed Sheehan qui s’est assuré d’un succès encore plus grand en revenant avec le maillot de l’Equipe de France. « You need me, I don’ t need you » fermera le bal. Les derniers accords à peine envolés, certaines se rueront vers les portes d’accès du stade… pour attendre jusqu’au lendemain en organisant un tour de garde entre copines, histoire d’être au premier rang de la fosse. Il parait que le nombre de couvertures de survie abandonnées lorsque s’ouvrent les portes est un signe puissant de notoriété. En ces deux soirs, des centaines d’accessoires du genre laissaient refléter le soleil dans leur matériau doré.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Indochine. Putain de…

A 21h tapantes, les cinq compères ont crevé les écrans géants. Vieillis puis rajeunis par la grâce d’un morphing parfait. Le film entrait dans la réalité et Indochine au beau milieu du Stade de France. Une traversée sous des tonnerres d’applaudissements. Top départ de trois heures triomphales.

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Par des interviews et des post réguliers sur Twitter, Nicola Sirkis et Oli de Sat avaient su se jouer des curiosités tout en donnant l’impression de lever des pans du mystère qui entourait ces deux concerts exceptionnels au Stade de France. Une bonne année de suspens dont rien n’avait filtré. Mais quelques infos comptables habilement distillées par Live Nation avaient renforcé les impatiences : 57 semi-remorques pour acheminer les décors et la technique, plus de 700 techniciens mobilisés, 550m2 d’écrans, 450m2 de surface mapping, 25.000 watts de puissance sonore, une scène totalement originale de 80m de large dotée d’une piste de 50m pour rejoindre une autre scène en milieu de pelouse, de longues travées de chaque coté de la scène principale et des effets spéciaux par dizaines. Nul besoin d’avoir tout un passé d’intermittent technique pour comprendre que cette débauche annonçait du grandiose.

Sitôt dans le stade, les 65.000 spectateurs ont enfin pu découvrir la Black City, immense ville de métal, rappel du dernier album et des trois « Black City Tour » qui avaient précédé ces deux rendez-vous ultimes. Et à 21h, c’est à « Electrastar », extrait de Paradize souvent écartée des concerts, qu’a été donnée mission de lancer la soirée. Le stade entier s’est immédiatement levé.

La mâchoire contractée, visiblement tendu, Nicola Sirkis semblait lutter contre un cocktail trac-émotion. Avant ce concert, il avait répété vouloir faire de ces deux soirs un « moment de communion avec ceux qui les suivent depuis 30 ans, 20, 10, 5 ans ou même depuis hier seulement. » L’heure était donc venue de cette grande messe pour ces milliers de visages couverts de la croix symbole du groupe. On comprend donc ce qui devait s’agiter sous le casque brun. Indochine a beau être le seul groupe français à remplir le Stade de France (et par deux fois consécutives), l’ampleur un peu folle de la tâche a de quoi enivrer.

Mais le garçon est professionnel et la setlist savamment dosée entre titres un peu oubliés et airs incontournables, lui a assez vite permis de retrouver le sourire. « C’est comme un rêve! Merci, Merci.. » lance-t’il à la foule avant de dédier « Atomic Sky », à son frère Stéphane, disparu voilà quinze ans. Un tendre clin d’œil encore à Renaud, présent dans le public, puis Nicola Sirkis accompagné du seul Oli de Sat au piano, reprend quelques morceaux plus intimistes. La machine est définitivement lancée. L’enchaînement de tubes dans une mise en scène fourmillant de surprises ne s’arrêtera plus.

La pluie annoncée n’est pas venue (enfin pas ce premier soir car le lendemain, elle serait l’invitée mauvaise surprise, ce qui n’empêchera pourtant pas le concert de se jouer avec la même énergie). Les artifices en tous genres ont parfaitement fonctionné, l’enregistrement du DVD ne connaîtrait donc pas de problèmes, le leader d’Indochine, rassuré et de plus en plus à l’aise au fil des chansons, a pu exploiter les avancées de scène pour aller encore davantage au contact de ses fidèles. Car il y a bien quelque chose de mystique dans la relation entre Sirkis et ses fans. Ni secte ni gourou. Mais une messe païenne dont les psaumes seraient les révoltes communes et ce lien que le musicien renforce en partageant ses combats. Le visage de Christine Boutin, projetée en immense sur les écrans tandis que retentissait son discours homophobe, tenait largement de ça et a obtenu l’adhésion huante du public. Le « petit doigt au CSA » qui avait refusé la diffusion du superbe clip de « Collège Boy » également.

Un peu plus de trente ans que la fidélité opère. Une longévité qui explique ce public multi-générationnel, joyeux et complice, reprenant à plein poumons, les bras levés. Mais qui a aussi su se faire discret pour laisser Alice Renavand, récemment promue danseuse étoile de l’Opéra de Paris, figure principale du clip de « Wuppertal », imposer sa grâce sur la seconde scène. Apparition magique que cette silhouette blanche et émotion de Nicola Sirkis qui l’observe à l’autre bout du stade et a du mal à entonner le premier couplet. Un moment suspendu.

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Mais les meilleures choses ont une fin. « Trois nuits par semaine », « Dunkerque », « A l’assaut » et un « Aventurier » d’anthologie qui embrasera (au sens propre) le Stade de France pour un final gigantesque.. Indochine avait promis que ce Stade là serait encore plus fort qu’il y a cinq ans. Mission largement accompli. Près de trois heures de concert à grand spectacle mais laissant quand il fallait la place à de vraies émotions. Les trente ans (légèrement dépassés) du groupe ne pouvait rêver meilleur anniversaire.

Magali MICHEL.

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Coldplay. L’Osmose musicale.

Coldplay, c’est en quelques nombres: 8 albums sortis, dont 5 studio et 3 lives, 60 millions d’albums vendus, 4 tournées mondiales, 8 Brit Awards, 7 Grammy Awards, 6 Q Awards, 5 NME Awards, et des millions de fans dans le monde.

Depuis presque quinze ans, le groupe britannique déchaîne les foules grâce à des singles devenus tubes. C’est ainsi, qu’après avoir conquis de nombreuses fois la capitale française (POB 2008 et 2011, Cigale 2011…) Coldplay, pour notre plus grand plaisir, est revenu bercer nos âmes durant près de deux heures de show. Reportage.

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Stade de France, Paris. 2Septembre 2012.

La plaine St Denis, d’habitude presque vide, s’est transformée en fourmilière géante. Des milliers de personnes dans les couloirs de la station de métro voisine et les alentours du stade. Tous, sont aujourd’hui réunis afin d’acclamer une fois encore le célèbre groupe.

Le concert n’a pas commencé, pourtant Paradise, single phare de « Mylo Xyloto », dernier opus de Coldplay, résonne déjà. L’ambiance est électrique, la foule trépigne d’impatience, et veut prendre place.

Les portes ouvrent enfin. Les 80000 spectateurs reçoivent alors deux bracelet colorés, munis de diodes contrôlées à distance. La majorité ne sait pas qu’elle s’apprête à participer concrètement au show. En effet, deux écrans géants affichent un même message « Attachez votre bracelet SVP, il fait partie du concert »

Le génie et l’originalité du groupe entrent alors en jeu. Créer une osmose et une unité dans des stades était un défi presque in relevable. Pas pour Coldplay.

 Après l’attente et le set de Marina & the Diamonds (ayant laissé le public de marbre), le quatuor arrive enfin. « Mylo Xyloto » commence, les bracelets se déclenchent, les cris aussi. Les écrans diffusent une intro tout droit sortie d’un jeu vidéo mélangé à l’univers si singulière de Coldplay. La tension est à son comble.

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Des feux d’artifices jaillissent. Début du show avec « Hurts like Heaven ».

Le groupe semble tout aussi content de revoir le public français que lui de revoir Coldplay. « Merci du fond du coeur » lance Chris Martin.

Les tubes se succèdent, (« In my place », « Lovers in Japan »…) et laissent place aux premières ballades, pour le plus grand plaisir des fans. « The Scientist » et « Yellow » s’enchaînent. Le public est conquis.

Premiers accords de « Princess of China ». Une surprise de taille attend, encore une fois, les spectateurs. Rihanna, après un premier refrain, rejoint la scène, pour un duo qui laissera le public euphorique. L’ambiance, que l’on croyait à son apogée, monte une fois encore d’un cran.

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Après les mythiques « Viva la Vida » et « Paradise », le groupe, pour être encore plus près des fans, se déplace sur une deuxième scène, très réduite et en forme de croix, placée au fond de la fosse. Un set acoustique, tout en retenue, composé de « Us against the world » et « Speed of sound » crée une osmose particulière. 

Le concert touche à sa fin. « Coldplay! Coldplay! » scande la foule qui en réclame encore.
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« Clocks », « Fix you », « M.M.I.X ». Une chanson et les spectateurs venus ce soir là devront retourner à leur réalité. Pour finir en beauté, le groupe joue « Every teardrop is a waterfall » dont les paroles sont criées, chantées, reprises par tous.

Un dernier jeu de lights, un dernier clignotement des bracelets, un dernier jet de confettis et de feux d’artifices, un dernier remerciement, et le concert se termine. Un concert fini, mais qui restera et s’ancrera, ce soir là, dans la mémoire de tout un stade.

Sophie BRANDET.

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