Festival «On n’a plus vingt ans» : NO ONE IS INNOCENT, LIBRE ET ENGAGÉ

No One Is Innocent au programme du festival « On n’a plus vingt ans » concocté par Tagada Jones (avec également Mass Hysteria – voir report -, Les Trois Fromages et les Ramoneurs de Menhir) : la soirée ne pouvait s’inscrire qu’au fronton d’un engagement majeur. Bien rock et clairement politique. Il y a des combats qui resteront toujours les leurs.

Depuis plus de vingt ans, No One Is Innocent fait du bruit mais ne parle pas pour ne rien dire. Les riffs uppercutent et les paroles résonnent. Fort. Le temps n’a rien changé à l’affaire et Kemar n’a rien perdu de sa voix ni de ses envies de conviction. Les extrémismes, les jusque boutistes des religions, les haines trop clairement mises en bannière, les No One ne laisseront jamais rien passé. Inoxydables, une motivation que les effrois de l’actualité ne font que pérenniser encore, le quintette parisien ne fait jamais semblant.

Musicalement, la puissance est toute aussi manifeste. Gaël Chosson, Popy (Bertrand Laussinotte), Shanka (François Maigret) et Bertrand Dessoliers sont des musiciens de première classe, rodés à la scène. Alors forcément, quand ils arrivent sur scène, ça claque direct.

Le public des Herbiers espérait que la part belle serait laissée aux titres phares de «Propaganda», le sixième opus du groupe sorti en juin 2015… il n’a pas été déçu. La soirée avait beau être placée sous le signe de la fête des 20 ans des Tagada Jones, il est des périodes dont les risques ne doivent pas être occultés. « La jeunesse emmerde le Front National! » Le message ne tarde pas. Difficile de faire plus clair.

Avec les présidentielles toutes proches, se positionner est un devoir citoyen pour le frontman qui décoche ses mots avec cette énergie dont il ne semble jamais se séparer sur scène. Inusable. Bondissant. Arpentant l’espace. Les mots jaillissent sur les accords joués avec rage. « Djihad Propaganda », « Silencio », « La Peau », « Vingt ans » et le toujours aussi impressionnant « Charlie » (entre autres) seront de la fête. Une fête d’anniversaire mais avec le poing tendu qui remplacerait la bougie. L’humanisme, la tolérance, la fraternité, la liberté en base indispensable au gâteau.

A l’automne, No One Is Innocent enregistrera son nouvel album. Les textes sont prêts. Les premiers coups de batterie sont déjà dans la boîte. Avec Fred Duquesne à la production, comme pour « Propaganda », ce qui laisse augurer du meilleur en matière de gros son. On n’a sans doute pas tous les jours vingt ans… Mais One is Innocent n’en finit pas de prouver qu’il n’est pas d’âge pour rester insoumis. Libres. Et musicalement déchaînés.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

No One Is Innocent n’est pas prêt de se taire

Un mois et demi après la sortie de « Propaganda » et encore dans le souvenir des deux concerts en ouverture d’ACDC, No One is Innocent est en tournée dans toute la France. L’occasion de constater que le groupe n’a rien perdu de ses colères. Franchir le mur du « gros son » lui va sacrément bien. 

Pas de chance pour les No One is Innocent, la pluie a décidé de jouer les invités de mauvaise surprise en ce dernier jour du festival de Poupet (Vendée). Mais il faut bien plus qu’une météo grincheuse pour cabosser l’énergie de Kemar et de ses acolytes. Le chanteur l’avait d’ailleurs annoncé tôt dans l’après-midi : « Rien ne pourra nous retenir! On a une envie de jouer qui confine à l’urgence. On a donc composé la setlist en fonction de cette énergie folle, « Drones » lâchera tout dès le début. Et puis il y aura « Silencio », le premier titre extrait du nouvel album et puis « Barricades ». Sans temps morts. Il faut que la rage explose, diffuse et revienne en écho. »

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Vingt ans que Kemar Gulbenkian ouvre sa voix pour No One Is Innocent. Le parcours a été long, jalonné de quelques bûches voire même de jolies gamelles car jouer les « grandes gueules contestataires » n’est sans doute pas le meilleur chemin vers la popularité ou le succès commercial. Le corpus a été critique et l’ambiance interne s’en est aussi ressentie, expliquant les renouvellements successifs parmi les musiciens, les chemins de traverse empruntés par les partitions et le message brouillé qui en découlait. Mais même enterrés par certains, même estampillés opportunistes par quelques rageux ou gentiment affublés d’ « aquabonistes » par ceux qui s’y étaient déjà brûlés les airs, No One Is Innocent a toujours ressurgi et ressuscité des cendres où quelques uns les auraient bien laissés.

Quinze ans après « La peau », qui restera tatouée dans les mémoires de toute une génération, quatre ans après « Drugstore » et sa tournée fracassante, les musiciens prouvent qu’ils ont toujours la conscience aux aguets et les riffs affûtés : « Propaganda », sorti début juin, réunit onze titres sans concession. Ca rue dans les brancards des idées plates, ça extirpe des absences de conscience, ça pointe la tentation du pire. Beaucoup de colère, une désillusion croissante de la politique, une tolérance revendiquée mais aussi quelques superbes envolées d’émotion, le tout enveloppé dans une énergie boostée par des solos incroyables, des riffs particulièrement accrocheurs et beaucoup mieux mis en valeur.

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Les guitares sont plus lourdes, la basse accrocheuse, le ton général est bien plus puissant. Impossible de ne pas y voir l’influence de Fred Duquesne, aux manettes pour l’enregistrement et la réalisation. Ce guitariste aussi doué que prolyxe, qui a usé ses cordes sur Watcha, Empyr et endosse désormais les couleurs de Bukowski et de Mass Hysteria, est l’un des meilleurs producteurs actuels de « gros son », qu’il dose avec une précision d’orfèvre. L’oreille est affûtée, la recherche constante et le dosage parfait.

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« Avec ce sixième album, on est ainsi revenu à nos envies initiales,  » observe Kemar. « Il y a vingt ans, nous combattions la passivité, les discours formatés et l’univers du prêt à consommer qu’il soit politique ou musical, l’embobinement des esprits et ses dangers. Nos combats demeurent et ils ont une nécessité encore plus manifeste quand on regarde les évènements actuels ou récents. Ajouter de la puissance instrumentale sur les mots avait donc aussi du sens. »

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Avec une formation recomposée (autour de Kemar, seule figure historique du No One d’origine, figurent Shanka (guitare), arrivé peu après Kemar, Bertrand Dessoliers (basse) et Gaël Chosson (batterie), présents depuis plus de quatre ans et Bertrand Laussinotte, guitare, dernier venu, à qui l’on doit également pas mal de titres), le groupe a pas mal douté avant de réussir à sortir « Propaganda »… « Nous étions dans le local, les gars jouaient des trucs mais je ne sentais rien! Or, moi, il faut que la musique m’inspire, » poursuit le chanteur. « Il faut que ça envoie, que les mecs me donnent envie de me lever et de sauter. La scène ou le local, c’est pareil, ça doit donner de la même façon. Or là, il ne se passait rien, on était tranquilles sur les chaises et… Rien ! Du coup, aucune inspiration non plus du côté des textes. J’avais beau avoir quelques idées en tête, rien ne sortait… Alors on a fait une pause de quelques mois, je leur ai demandé de chercher et de revenir avec des trucs qui accrochent. Il nous fallait du lourd parce que les gens allaient nous attendre au virage. Et il fallait du lourd pour que les mots viennent plus facilement. Or, les mots, quand vous chantez en français, c’est ce dont on parle le plus. La musique est importante mais elle est moins disséquée. Alors que toutes vos paroles sont filtrées et commentées. »

Du « lourd », il y en a donc eu. Shanka a composé le superbe « Un Nouveau Scottsboro ». Pour les autres morceaux de l’album, la pause a été inspirée puisque dès la première réunion, le jeu de construction n’a plus jamais failli.

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« Le riff de « Silencio » est arrivé très vite, tout comme la base d’appui de « Charlie » et de « Djihad propaganda ». Pour Charlie, nous avons réussi le double écueil de l’empressement excessif et du trop gros pathos. J’avais enregistré avec mon téléphone les bruits de la foule réunie place de la République. Ces « Qui sommes-nous? Charlie! » ouvrent le morceau, les paroles ont fusé quand j’ai entendu la musique. J’ai ressenti l’urgence et voilà ce que ça donne. Je l’ai envoyé à l’équipe de Charlie, elle a été abasourdie et profondément secouée. On avait dû trouver le combo textes-musique qu’il fallait pour cet hommage qui se veut aussi un cri d’alerte, » commente encore Kemar. « Ce qui est terrible, c’est que tous les indicateurs du mal étaient déjà là voilà vingt ans, que la société n’en finit plus de se perdre dans de mauvais repères mais que personne ne semble vouloir en parler. Il est loin le temps de la chanson contestataire ultra présente, de l’engagement des artistes. Aujourd’hui, rares sont mes collègues chanteurs qui profitent de leurs micros pour porter des messages. Les refrains consensuels et la révolte molle sont sans doute commercialement préférables. Dommage les gars, parce qu’il y aurait des trucs à faire ensemble, des scènes à partager pour faire bouger les esprits. On est des artistes mais aussi des citoyens…  A croire que beaucoup l’ont occulté. Trop facile!!  Chacun a bien sûr le droit de raconter ce qu’il veut mais il y a quand même des groupes qui pourraient se mouiller davantage! »

Une chose est sure, Verycords, la nouvelle maison de disques des No One is Innocent, n’a pas bâillonné les crayons, Kemar et son complice co-auteur (Emmanuel de Arriba) ont pu s’exprimer avec toute la rage souhaitée, sans le moindre bémol. Et c’est cette rage qu’ils ont soif désormais d’exporter et de partager sur scène.

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Bonne pioche ou cadeau du destin, à moins que ce soit un heureux Karma qui leur permette de n’assurer que des premières parties d’exception, eux qui avaient déjà ouvert pour Motörhead en 2011 et Guns N’ Roses en 2012, ont eu le privilège de jouer lors des deux concerts d’ACDC au Stade de France en Juin dernier.  « Quand on a passé sa jeunesse à se prendre pour Angus et jouer avec une raquette devant sa glace, je vous laisse imaginer le pied que ça peut représenter! On n’avait sans doute pas le son nécessaire, on a joué une demi-heure mais quelle claque ! J’ai dit aux mecs de tout donner, que ce challenge était celui de notre vie, que le public venait de partout dans le monde, que le moment était venu de faire exploser ces morceaux que nous avions répétés des centaines de fois. On allait les lâcher et les lâcher devant 80.000 personnes, au Stade de France, avant ACDC. Il y en a qui aurait eu peur… Je crois que ce sont les concerts qui m’ont le moins angoissé. Prendre du plaisir, tout donner, il n’y a eu que ça. Aujourd’hui, la tournée se poursuit. Le Stade de France était une étape exceptionnelle dans un périple tout aussi excitant. »

Enthousiasme non feint si l’on en juge par ce concert d’une heure donné ce 24 juillet dans le cadre du Festival de Poupet, entre le set d’Alb et celui des Shaka Ponk, tête d’affiche de la soirée. Il n’aura pas fallu plus de deux minutes aux No One pour déclencher un pogo qui ne prendra fin qu’à la dernière note du dernier morceau et emporter un public qui n’était pas forcément celui de leurs concerts habituels. « Drones » avait réussi son effet!

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Kemar exulte, saute et joue avec les musiciens. Nikko (Eiffel), en régional de l’étape (il remplace Bertrand Laussinotte pour deux soirs), a sa cohorte de fans. Gaël Chosson n’a pas failli au bonnet dont il ne se sépare jamais mais l’énergie et la puissance ont été telles qu’il y renoncera pourtant un fin de parcours. Bertrand Dessoliers est à l’unisson et Shanka, qui n’avait pu vivre les épisodes ACDC pour cause de tournée américaine avec The Dukes, son autre groupe,  prouve qu’il est bel et bien de retour, pilier incontestable et charismatique de cette aventure.

Un petit quart d’heure et déjà Kemar tombe chemise et  tee-shirt. Sur scène, ça envoie encore davantage. « La peau » et « Revolution.com » font chanter jusqu’au plus haut du théâtre de verdure. La pluie a le bon goût de la jouer plus intermittente, permettant quelques jolis slams. « Kids are on the run » semble taillée pour le succès. Le public en redemande. Les visages trahissent le plaisir partagé.

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Mission accomplie pour No One. Vingt ans décidément le bel âge. L’été prochain le groupe se rêve à l’affiche de gros festivals, « porter l’engagement et sa cohorte de riffs vénères sur les grosses scènes ça aurait de la gueule! » No One Is Innocent est de retour, pour ceux qui en douteraient encore… 

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

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France de Griessen, femme très scène.

Guitariste, chanteuse, dessinatrice, comédienne, passionnée par l’Art sous toutes ses formes… France de Griessen est une artiste plurielle qui a réussi l’harmonie entre ses différents univers. Une jeune femme à fleur de talents qui exporte son univers sur les plus grandes scènes comme dans les salles les plus intimistes. Lumineux mélange de force et de fragilité, la rencontrer est un moment de pure grâce où la passion le dispute à l’intelligence. 

De GRIESSEN France, Paris, 2015

Elle arrive dans ce nouveau café-restaurant de la région parisienne et c’est toute la petite assemblée qui l’observe. France de Griessen a beau cultiver la discrétion, son sourire, sa blondeur et sa longue silhouette longiligne ne peuvent passer inaperçus. Accessoirement aussi, elle est belle. Très belle même. La veille, elle chantait, sans micro, sans ampli, au « Magique », une cave à chansons du 14ème arrondissement. Elle en a encore des étoiles dans la voix. « Dans un lieu comme celui -ci, c’est toujours impressionnant car vous êtes à nu, dans la seule vérité de votre voix et de votre musique. Aucun effet, aucune envolée artificielle, seulement vous et votre guitare. Cela peut sembler étrange mais jouer dans ce contexte intimiste crée un trac plus grand que de se produire devant une immense salle bondée. Mais qu’est ce que c’est bien! » Un plaisir tel que la formule acoustique avec laquelle elle tourne depuis plusieurs semaines pourrait compter encore de nombreuses dates. « J’aime ce côté brut. Mon dernier album est sorti depuis près de quinze mois, la tournée a connu de beaux moments. Poursuivre dans cette version est une idée qui me plairait vraiment… »

En Mars 2014 sortait en effet « Saint Sebastien », le deuxième opus de France de Griessen après le très remarqué « Electric Ballerina », deux ans plus tôt. Un album enregistré à New York sous la houlette d’Alexis Berthelot (Tricky, Saez…), avec une sonorité volontairement 70’s, 50-60’s même parfois, volonté artistique qu’elle partageait avec François Maigret (No One Is Innocent, The Dukes..), réalisateur et co-compositeur de tous les titres. Un mélange réussi de morceaux  tourmentés ou simplement mélancoliques, de plages sombres ou plus nettement violentes, avec toujours des partitions de guitares incroyables et des écrins porteurs pour toutes les nuances vocales de la chanteuse.

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La critique a été unanime et le public  emporté par cette âme de rockeuse cachée sous une apparente (mais bien trompeuse) fleur bleue. Lors du Black City Tour 3, France de Griessen, accompagné par François Maigret, a été choisie pour assurer plusieurs premières parties d’Indochine. Des zéniths pleins à craquer qui ne s’attendaient pas à cette découverte. La jeune femme et son fidèle complice, rompu aux tournées fortes en décibels, ont usé de toute leur force de conviction et laissé souvent bouche bée cet auditoire nouveau. Et le bouche à oreille a plutôt bien fonctionné.

Les défis, la jeune femme connaît! Au moment de sa sortie, l’album s’est aussi fait remarquer par la censure que lui a imposée le plus grand des réseaux sociaux. France de Griessen apparaît sur la pochette un sein dénudé, une photo de Richard Dumas dont la beauté et la qualité artistique ne sauraient être contestée, qui avait un sens bien particulier… Mais Facebook et son univers aux droits étonnamment laxistes parfois, avait inscrit en son sein que le téton ne serait pas de son monde. Exit la pochette! Fermeture du compte de l’artiste plusieurs jours durant. On ne plaisante pas avec la trop grande échancrure, fut-elle légitimée. « C’était assez violent car la pochette faisait référence à Saint-Sebastien, martyrisé par les romains, mort transpercé par leurs flèches. J’avais vécu des moments personnels extrêmement douloureux lors de la création de ce disque et cette image qui m’était apparue assez soudainement, me parlait mieux que toutes les autres. C’était comme une évidence. Saint Sebastien évoque la souffrance « à fleur de peau » avec ses plaies ouvertes mais aussi une grande beauté singulière. Il est poétique et flamboyant, provocant aussi. M’opposer cette censure pré-fabriquée a été un choc, surtout que quelques uns m’ont dit que je n’aurais pas du, que c’était ainsi la loi Facebook! Mais de quoi parle-t-on ? Quel est le bien fondé de ces lois ? Il faudrait les faire tomber plutôt que de les subir de façon résignée! »

Ainsi va France de Griessen, prête à tous les combats pour peu que l’injustice lui semble flagrante. Prête à toutes les audaces aussi comme le montre son parcours artistique, dix années d’une richesse et d’une diversité assez incroyable, jalonnée de scènes aux proximités variables.

Le monde musical a vu débarquer la jeune femme en 2005, avec Teen Machine, un duo (avec Mica Gadrat pour partenaire) mixant « la poésie du théâtre et la liberté du rock’n roll », connu aussi pour son album retraçant la vie de Billy the Kid. L’expérience n’a pas duré mais l’amour de la scène demeurant intact, France de Griessen rejoint la troupe d’ Edouard Baer pour « La folle et véritable vie de Luigi Prizzoti ». Le plaisir de l’écriture s’ajoute à celui du jeu mais  composer n’est jamais loin…  La jeune femme constate alors que la musique est la plus forte: elle prend sa guitare et se fait remarquer par les musiciens de No One Is Innocent, dont elle assure la première partie. François Maigret l’accompagne pour sortir son premier EP en 2009, « Six uses for a heart ». Elliot Murphy  participe aussi à l’aventure. Mais c’est avec « Electric Ballerina » que la jeune auteur-compositeur-interprète s’impose, mixant candeur avec audace, le rock et les rythmes country, le punk et la folk. Ca envoie, c’est fort en rock mais  c’est aussi hautement chargé en lignes mélodiques. Bref, c’est inclassable! A l’image de celle qui refuse l’idée du cloisonnement, de l’étroitesse de vue.

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France de Griessen a de l’imagination et du talent à revendre. Quand d’autres composent péniblement, elle écrit sans peur, par cycle de vie, ce terreau où elle puise la matière de ses titres. Elle peint aussi. Magnifiquement bien. Des aquarelles colorées qui n’ont rien de naïves, un univers où le beau n’ignore pas la souffrance. Elle vient de terminer une exposition mais la rentrée permettra certainement un nouvel accrochage. Touche à tout pleine d’envies, France de Griessen écrit aussi des livres pour enfants dont les pages sont pleines d’étonnants personnages comme ces chauve-souris fan de musique (forcément !)

Les hasards de la vie devenant ce que l’on veut en faire, France a aussi glissé l’un de ses titres dans la bande-originale d’un film porno gay, « L.A. Zombie » de Bruce la Bruce, à qui elle confiera du coup la réalisation du clip de « I want to be you ». Les images sont léchées, les personnages décalés. France de Griessen en personnage qui vocifère impose son jeu de scène autant que sa voix et ses refrains.

On la dit digne fille de PJ Harvey et de Marie Laforêt, de Françoise Hardy et Léonard Cohen. On ajouterait Daniel Darc et Glenn Danzig en guise de tontons alors ! Ces filiations la touchent. « C’est très flatteur car ce sont des artistes que j’aime. C’est difficile de répondre… Les autres sont sans doute les mieux placés pour en parler finalement. » Elle le dit avec une douceur désarmante qui pourrait presque sembler étonnante tant sur scène, elle n’a rien à envier à la gente masculine. Décomplexée, féline, sensuelle, brillante, elle invente le rock’mantisme avec cet univers qui ne ressemble à aucun autre. Même ses tatouages sont raccords. Rockeuse mais n’entendant pas cacher sa féminité, c’est une élégante jarretière en notes de musique sur partition qui orne le haut de sa cuisse. « Je voulais que ça me ressemble. Mais l’essentiel n’était pas dans le dessin. C’était le fait d’être tatouée qui avait du sens. C’était en cohérence avec ma façon de vivre. »

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Rester cohérent, ne pas se perdre de vue… Des essentiels pour France de Griessen qui semble effectivement réussir à ne jamais se trahir. Militante de la cause animale,  elle utilise plus volontiers Facebook pour alerter sur des pigeons blessés et des chats en rupture de foyers que pour ses propres créations. Curieuse de tout, animée d’une soif de culture intarissable, elle se rêverait mille vies pour lire tous les auteurs qui la fascinent et qu’elle aime par dessus tout comme Jean Cocteau (« son univers onirique, érotique, son lien fort à l’instinct et au ressenti de l’enfance, me touchent énormément »), Jean Genet (« Le condamné à mort », « Notre Dame des Fleurs »… ce sont des ouvrages magnifiques), pour dessiner comme Rita Ackermann ou Henry Darger également.

On l’écoute partager ses enthousiasmes mais on se dit aussi que sa personnalité et sa silhouette ne devraient pas échapper encore longtemps aux cinéastes. David Lynch, Léos Carax, Jim Jarmush, Wim Wenders, Claire Denis, Asia Argento, Rob Zombie… elle est de leur famille.  Les responsables de casting devraient se précipiter pour la détourner de ses partitions!

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En attendant, « parce que nous faisons des choix mais que la vie dispose », France de Griessen va poursuivre sa route. Avec cette fulgurance, cette soif d’agir, de comprendre et de vivre pleinement qui la caractérisent. Cette nécessité vitale d’aller à l’essentiel. A sa vérité. Complexe, touchante. Mélange de forces et de doutes, ses failles dissimulées à coups de notes bien envoyées. Elle donne rendez-vous sur scène à la rentrée (au Couvent des Récollets, à Paris notamment, avant que de nouvelles dates se décident). Elle s’échappe. Un jour prochain, c’est sûr, elle aura la scène, le rôle à hauteur de sa démesure.

Magali MICHEL.

Crédits photos live // Jipé Truong. Crédits photos autres // Richard Dumas.

– Pour suivre toute l’actualité de France de Griessen : francedegriessen.com – 

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The Dukes sèment avec succès aux Moissons Rock.

Ils jouaient en première partie des Shaka Ponk à Tours début avril. Une demi heure de set sans temps mort… Mais frustrant car trop court! Les Dukes étant au programme des Moissons Rock ce 13 mai, l’occasion était trop belle de les revoir pour un concert entier. Le rock dans sa plus grande classe.   

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Jamais simple d’assurer une première partie : le public n’est pas forcément réceptif, il manifeste son impatience à coups de conversations indifférentes, d’hostilités même parfois lorsque la bêtise prend le dessus. Pas facile non plus de passer après la tête d’affiche : il est tard, la star a chanté, on peut y aller. Et bien les Dukes peuvent désormais s’enorgueillir d’avoir franchi  ces deux épreuves avec une facilité déconcertante. Après les superbes sets d’une trentaine de minutes en préambule des Shaka Ponk ou des Triggerfinger, à Amnéville, Lille, Tours ou bien encore à la Gaité Lyrique (Paris) ces derniers mois, les Dukes ont offert aux Moissons Rocks de Juvigny (51) une première soirée d’anthologie, provoquant le retour des spectateurs qui avaient déserté le chapiteau après les derniers accords de Louis Bertignac. Une heure dix de pur bonheur.

Depuis la sortie de « Smoke against the beat », voilà tout juste un an, le tandem à l’origine de ce rock indie, Greg Jacks, à la batterie, et Shanka (François Maigret), au chant et à la guitare, s’impose avec une force tranquille à l’opposé de l’énergie déployée sur scène. Ils savent que ce deuxième album (le premier dans cette nouvelle configuration, les Dukes étant quatre lorsque l’aventure a démarré voilà cinq ans) ne constitue qu’une étape et que la route sera encore longue avant une reconnaissance plus évidente. Ils le vivent avec la philosophie apparente de vieux sages. « Que ce soit face à vingt personnes ou face un Zénith bondé, on enverra avec la même force, » rappelle Greg Jacks. « On adore ce projet, on a envie de le partager et cet enthousiasme ne se décline pas selon les auditoires… Heureusement! »

De leurs expériences respectives (ils se sont connus au sein de No One is Innocent (dont Shanka est toujours le guitariste), Greg Jacks a également été le batteur de Superbus), ils savent aussi que rien n’est gagné d’avance et que parfois, un succès trop rapide peut verser aussi sec vers une abyme sans retour. Alors ils prennent leur temps. Ils connaissent la force du bouche à oreille… Sur scène, ils donnent tout. Généreux, survoltés, d’une énergie no limite, ils assurent un moment rock comme la scène française n’en avait pas connu depuis longtemps. La partition n’exclut par pour autant des moments plus doux avec une ligne mélodique ciselée. Mais toujours, ça envoie, ça joue avec une précision d’orfèvre car ces deux là sont des musiciens extraordinairement doués qui livrent un show d’une originalité bluffante. L’illustration parmi les plus réussies actuellement de cet art’n’roll que beaucoup tentent d’approcher sans y parvenir. Un smoky (mi-loup, mi-croco) par ci, une autre animation sur la grosse caisse par là, autant de personnages désormais identifiés, signés par Shanka, et qui sont partie intégrante du voyage.

Est-ce l’effet « dernier de l’affiche » ? Est-ce le plaisir de pouvoir offrir un show de plus d’une heure? Les deux peut-être. Seule certitude, rien n’aurait arrêté les Dukes mercredi soir. Et lorsque « Black hole love » a laissé éclater ses premiers accords, le public des Moissons Rock, qui s’était un peu dispersé, a commencé à se resserrer sous le chapiteau. « Smoke against the beat » et « Daisy’s eyes » ont poursuivi l’effet. Un pogo a démarré près de la scène. Laurent Charnot, le fondateur, toujours programmateur de cette vingt-et-unième édition, était aux anges. Plus d’un millier de personnes aux abords de minuit, il fallait les Dukes pour réussir cet improbable pari.

La durée du concert permettant davantage l’échange, Shanka a alterné les petits mots et les anecdotes, mentionnant cette ancienne tradition lorraine, les blessures à la pierre de sucre qui laissent des cicatrices à vie, comme l’évoque « Sugar Cut ». Toujours aussi souriant, rassuré peut être aussi de voir que si les spectateurs étaient restés aussi massivement, ce n’était que pour eux. « Mais c’est génial!! Ils rejouent où et quand? » répétaient en boucle des jeunes au milieu du public.

Si la durée du concert a permis d’entendre les incontournables de « Smoke against the beat », elle aura aussi été l’occasion de retrouver plusieurs titres de « Victory », le premier opus et notamment la magnifique « Nothing in this world ». Gros cadeau surprise, il aura également révélé un premier titre du prochain  album. Redoutablement efficace, noisy… qui donne envie d’en entendre très vite davantage.

Le 27 juin prochain, les Dukes seront présents sur la scène du Festival Pic’Arts à Septmonts (02). Les directeurs de salles, les programmateurs qui n’auraient pas encore croisé le talent de ces deux types là, devraient se ruer sur cette date. A l’heure du formaté, des sons aseptisés, alors qu’il faut se battre pour faire exister le rock et les textes anglais en dépit des quotas imposés aux radios, alors que le copier n’a jamais fait décoller les envies, c’est euphorisant de voir que le rock sait encore glisser du rebel dans ses décibels. Triggerfinger joue cette année au Hellfest. Les Dukes et leur rock puissant, leur univers aussi personnel, pourraient largement s’inscrire dans le line up de l’édition prochaine. Comme dans celle de Garorock, ou de toutes autres scènes ne se contentant pas de reprendre inlassablement et sans une once d’originalité les mêmes artistes, dont l’attrait initial finit par disparaître à force de surexploitation. En attendant, Smoki a traversé l’Atlantique: les Dukes partent à la conquête de l’Ouest jusqu’à la fin mai, une dizaine de concerts dans des petits clubs mais où ils sont déjà très attendus. L’histoire ne fait que commencer…

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

Pour avoir une idée de ce que donnent les Dukes sur scène… Black Hole Love, réalisé par Grégoire Cerruti. 

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The Dukes ont le sens du contre-courant.

Avec leur deuxième album et une année de concerts non stop,  The Dukes creusent leur place dans une partition qui refuse le copier-coller. Un parfait dosage de rock-punk-pop-blues et une devise qui résume parfaitement: « sweet songs with unsweet sounds ». Rencontre.

Parc des Expositions de Tours, vendredi 3 avril. Dans la grande Halle, on cale les derniers réglages de The Dukes, qui, comme la veille à Amiens, jouera en première partie des Shaka Ponk. Ambiance mi-studieuse mi-potache. Si Greg Jacks (Grégory Abitbol), récemment  débarqué de Phoenix (Arizona) où il vit désormais, n’a pas échappé aux cernes du décalage horaire et de la fatigue de la veille, l’énergie déployée devant la batterie prouve qu’il ne faut pourtant pas se fier aux apparences! A ses côtés, Shanka (François Maigret) balance ses riffs pour la balance. Commence alors la reprise de « F… you » d’Archive. Et là on se dit qu’on n’a pas effectué le déplacement pour rien. Jérôme Mathis (Pour Oublier Productions), qui assure tournées et développement, avait raison: ces deux là envoient avec la précision d’un orfèvre, une puissance incroyable mais surtout une couleur totalement nouvelle. Et puisque les goûts ne se discutent pas, on soulignera que cette reprise de « F… you » est encore plus géniale que l’originale! Point de vue visiblement partagé par Steve, le clavier des Shakas, assis en tailleur sur le devant de la scène, et qui ne cache pas son enthousiasme. Tout comme Ion, le batteur, qui a failli en tomber de son skate. S’ensuivent de larges extraits des titres qu’ils joueront dans la soirée. Même euphorie en retour. Avec ce deuxième album, les Dukes repoussent les lois de la gravité et bousculent les frontières ultra verrouillées du milieu musical.

Ce n’était pourtant pas gagné quand voilà cinq  ans, après des dizaines de concerts au sein de No One is Innocent (et plein d’autres aventures musicales respectives), les deux compères décidaient de former The Dukes, groupe estampillé indie-rock, l’un à la batterie, l’autre à la guitare et au chant. Les morceaux écrits et composés par Shanka sont finalisés en commun, deux autres musiciens se joignent à l’aventure. « Victory », le premier album, est enregistré en Suède à Umea, en plein terreau post-hardcore, par Magnus Lindberg (producteur et batteur de Cult of Luna) que Shanka connaissait pour avoir assuré, avec son premier groupe… la première partie de Cult of the Luna.  Le disque est mixé à Bruxelles par Charles de Schutter, producteur ultra sollicité, à la manière des groupes de power-pop des années quatre-vingt-dix et des sons de guitare à la suédoise. Cet objectif atteint, The Dukes peuvent embarquer pour la tournée européenne des anglais de The Subways. Au final, plus de deux ans de scène qui ont beaucoup appris et permis de poser les bases de ce projet pas comme les autres.

Le deuxième album, enregistré à Los Angeles avec Jamie Candiloro (REM, Courtney Love…) et avec Steve Galtara à la basse, une fois encore mixé par Charles de Schutter, arrive trois ans après le premier mais les douze titres de « Smoke against the beat » ont eu raison d’attendre : guitares virvoltantes, refrains entêtants, The Dukes gardent le bon cap. Aucune note discordante dans les critiques.

« Après bientôt un an de route avec cet album, on peut dresser un bilan positif car faire autre chose que du hip hop ou de l’électro aujourd’hui, ce n’est pas choisir la voie de la facilité », constate Shanka. « Nous avons pourtant la chance d’avoir été signé par un beau label, Caroline, qui croit vraiment en nous et a compris que nous ne serions jamais des suiveurs dans ce monde tristement apathique où le nombre de « likes » sur une page et le nombre de followers semblent devenus les seuls indicateurs possibles. »

Se reconnaissant des influences chez The White Stripes, The Dandy Warhols, Elliott Murphy ou bien encore The Stooges, les morceaux défilent et frappent. La guitare electro-acoustique de « Just in Case » que rejoint une batterie très présente est aussi efficace que les paroles. Le titre d’ouverture place déjà la barre très haut, le morceau éponyme ne sera pas en reste. Shanka, dont la voix semble de plus en plus affirmée, n’entend pas laisser les cordes à l’arrière plan et fait de ce moment un vrai marqueur de l’album. Au total, douze morceaux ultra pêchus, avec une mention spéciale pour « Daisy’s Eyes », « The Grey People » et « Genius ». En toute subjectivité assumée. 

Greg approuve dans un large sourire. S’il n’en restait qu’un… ça ne pouvait être que ces deux là ! Ca sonne comme une évidence quand on voit la complicité qui les lie. A l’origine, The Dukes était pourtant un quatuor. Le tempo aura finalement eu raison de ne pas être le même pour tous : la fluidité et l’envie n’en sont ressorties que plus fortes. Plus blues, plus pop, plus punk, « Smoke against the beat » met au défi les courants contraires!

Sur scène, aucun temps mort. Dans une mise en lumière inédite, appuyée sur des tubes en verre de taille inégale, avec des incrustations videos sur la grosse caisse, les Dukes se renvoient la balle. L’énergie est totale, la partition ultra précise. Mélange de puissance no limite et de poésie brute. Définitivement rock et pourtant totalement accessible. Rien n’est laissé au hasard. La technique elle-même a été supervisée au millimètre près, permettant à Smoki, leur emblème mi-loup, mi-crocodile de s’y inscrire avec la force de l’insolite, tel le meilleur personnage d’un auteur de cartoons. « Smoki est né un matin d’hiver 2012. Shanka passait les fêtes de fin d’année chez lui, dans l’Est de la France, lorsqu’il m’a envoyé ce dessin. Le premier jet était déjà parfait. J’ai été enthousiasmé! » se souvient Greg. « Je n’ai  pas de formation de dessinateur mais je griffonnais lorsque j’étais jeune. Le fait d’être en famille a dû inspirer ces croquis! » poursuit l’intéressé. « J’ai cherché la meilleure version et nous avons abouti à celle-ci. Pour le dessin animé illustrant « Grey people », armé d’ un simple marqueur, j’ai réalisé plus de huit-cents dessins. Cela peut sembler énorme mais l’avantage était double : personne mieux que nous ne pouvait traduire nos idées et financièrement, cela évitait les frais d’un tiers! Smoki est  désormais incontournable et une quinzaine de dessinateurs de BD que nous admirons (Charlie Adlart, Gérald Parel, Carl Critchlow…)  l’ont décliné à leurs façons. Cette partie Art’n’Roll, devenue aussi prioritaire que le reste, s’est traduite dans la conception du digipack et du livret (….) Nous ne sommes pas un groupe à mascotte mais Smoki est l’autre interprète qui permet d’identifier notre projet. »

Smoki sera donc aussi du voyage dans la tournée américaine que les Dukes effectueront aux Etats-Unis au mois de mai, à l’occasion de la sortie de l’album de l’autre côté de l’Atlantique. « On ne prétend pas être américain! On n’ ambitionne pas de révolutionner le milieu là-bas. Mais jouer dans des clubs de deux ou trois cents places face à des spectateurs qui vont nous découvrir est une aventure passionnante. Le hasard d’une présence peut aussi faire la différence et entraîner des dates supplémentaires. C’est assez excitant car ce seront quasiment nos derniers concerts avant la finalisation du troisième album. Quatre ou cinq titres sont presque prêts. Nous évoluons, la tendance générale est plutôt bien définie… Ca devrait s’enchainer assez vite. Livraison probable courant 2016! »

Il va donc falloir faire vite et surligner les dates de leurs derniers concerts avant ce repli pour ne pas manquer la rencontre avec ces deux musiciens exceptionnels, interprètes éblouissants, (le 1er Mai à Incourt en Belgique, le 13 à Juvigny et le 27 juin à Septmonts, dans le cadre du festival Pic’arts, notamment). Ce vendredi là à Tours, le public des Shakas Ponk leur a réservé une ovation. Au royaume des Dukes, les fans étaient rois. Et en auraient bien repris pour beaucoup plus longtemps encore. Il n’y pas de hasard…

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

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