FRANCOFOLIES 2018: CARTON PLEIN

La 34ème édition des Francofolies restera parmi celles qui ont marqué l’ histoire de ce festival pas comme les autres. La découverte, le partage et l’enthousiasme ont été les dénominateurs communs de ces cinq journées lumineuses. Découvertes d’artistes disséminés dans une quinzaine de lieux rochelais, rencontres et partage en grande proximité, enthousiasme des 150.000 festivaliers (dont plus de 87.000 entrées payantes). Le sacre des Bleus en finale de la Coupe du Monde, diffusée sur écran géant dans l’enceinte de Saint-Jean d’Acre dimanche après midi, et le soleil qui a irradié ces cinq journées auront patiné encore la liesse générale mais le succès était éclatant, même sans ces deux là. Déambulations en toute subjectivité assumée.

Il y a trente-trois ans, sous la houlette du père fondateur Jean-Louis Foulquier, les Francofolies de la Rochelle (on ne disait pas encore les « Francos »), se concentraient sur l’immense parking Saint-Jean d’Acre, transformé l’espace de quelques jours en théâtre à ciel ouvert, à quelques encablures du Vieux Port et des remparts. Certains riverains ronchonnaient et exprimaient leur scepticisme, des usagers pestaient après ce millier de places annexées. Mais le concert des doutes a vite laissé place au respect, à une écoute attentive puis même à l’enthousiasme face à cette parenthèse de mise en lumière pour la Charente Maritime, aux affiches développées chaque année, ce flux des plus grands de la scène francophone, Diane Dufresne, Véronique Samson, les Rita Mitsouko ou Jacques Higelin emportant dans leurs valises une ribambelle de petits nouveaux. D’une année sur l’autre, on s’est également mis à guetter les artistes au centre d’une « Fête à… » car on savait que le moment serait riches d’invités surprises.

Exposition // Albin de la Simone, la Coursive.

C’est en songeant à ces années du début que l’ on mesure le chemin parcouru. Eclatées aux quatre coins de la ville (sur le parking toujours bien sûr, devenu « Scène Jean-Louis Foulquier », mais aussi au théâtre de la Coursive, sur le port, dans l’église , à la Sirène où la grande salle de 1.400 places accueillent des soirées ultra courues, ), les Francos ne sont plus uniquement ces cinq soirées de concerts mais se déclinent aussi en expositions (celle des dessins « carnets de routes », entre voyages et tournées, d’Albin de la Simone à l’ abri de la Coursive offrait un superbe voyage sur les traces de cet artiste au talent décidément pluriel), ateliers, rencontres à la Maison des Francos, en Francos Juniors, « Chantiers des Francos », (vingt ans cette année, une référence désormais en matière de formation et d’accompagnement des artistes émergents), « Francos Educ » pour valoriser la chanson française auprès des scolaires, « Francos Stories » au cinéma. 

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

A vingt et deux ans, Loic Nottet affiche déjà un parcours chargé, riche d’escales diverses. Mais toutes auréolées de succès. Finaliste de The Voice Belgique en 2014, défendant les couleurs de son pays lors de l’Eurovision l’année suivante, vainqueur de Danse avec les Stars en 2016 et sacré « artiste de l’année » aux D6bels Music Awards en janvier 2017, le jeune homme a parcouru ensuite des milliers de kilomètres pour son « Selfocracry Tour », dont les billets se sont arrachés. 

Le public, qui s’ était précipité pour faire plus ample connaissance avec l’interprète de « Million eyes », immense tube extrait du premier album, a eu la confirmation que cet artiste là était frappé par la grâce. Dans une mise en scène originale, des chorégraphies très théâtrales, accompagné par un couple de danseurs tout aussi parfaits, le concert n’a rien de traditionnel et tient bien plus du show où chaque pas est millimétré pour coller au plus près de l’interprétation des chansons. Charismatique, souriant, doté d’un sens de l’humour affuté, Loïc Nottet est prêt à conquérir le monde. En ce premier soir des Francos, les spectateurs lui ont réservé une ovation, convaincus d’avoir assisté à la naissance d’une future très, très grande star.

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

Temps fort de ce début de 34ème édition, la « fête à Véronique Sanson », a d’abord été une fête de famille, Christopher Stills, son fils mais également Stephen Stills, le père de ce dernier, venant tout spécialement des Etats-Unis. Séparés depuis des années, les ex-amants ne s’étaient pas revus depuis trois ans mais il ne leur a fallu que quelques minutes de balances pour retrouver des automatismes et jouer en harmonie. (Faut-il rappeler que Monsieur Ex est aussi le Stills de Crosby, Stills,  Nash and Young, l’un des plus fameux groupe de folk-rock américain des années soixante-dix, dont le succès fut international ?). Les parents et le fils n’avaient joué que deux fois ensemble par le passé, autant dire que la réunion avait quelque chose d’aussi exceptionnel que touchant. 

Autres invités de cette fête, Patrick Bruel, Vianney, Tryo, Jeanne Cherhal, Alain Souchon. Un casting quatre étoiles pour une set list qui a mixé chansons connues et titres « que vous connaissez moins », a expliqué l’artiste de soixante-neuf ans, superbe dans une veste à queue de pie noire. « Vous ne pouvez pas imaginer comme je suis heureuse d’être là. » « Je me suis tellement manquée », la bouleversante lettre à sa mère « Je l’appelle encore » mais aussi « La drôle de vie », « Vancouver », « Alia Souza » ou bien encore « Bahia », la chanteuse irradie de plaisir.

Succéder à ce beau monde aurait pu paraitre bien compliqué à Calogéro. Mais le grenoblois en a sous le pied. Véritable performer sur scène, en pleine tournée triomphale, il a enchainé tubes et extraits de son dernier opus sans jamais rien lâcher. Le public rochelais ne l’ avait pas revu depuis 2005. Il est resté jusqu’au bout de sa nuit pour l’accompagner et partager à l’unisson un univers souvent empreint d’une vraie mélancolie. En fin de matinée déjà, de nombreux fans s’étaient massés en haut du parking rendu invisible par des canisses. Mais le son ne pouvait être masqué et des cris nourris avaient déjà salué chaque prestation de celui qui est actuellement sans conteste l’un des chanteurs français les plus populaires.

Roméo Elvis, la Sirène.

Ultime détour de la journée, la Sirène, à l’autre bout de la ville, avait programmé une « Nuit collective » consacrée au hip-hop francophone avec notamment, Sopico, Dead Obies, Bagarre, Loud et Romeo Elvis. Le belge, grand frère d’Angèle (jeune et jolie prodige toute en blondeur qui n’ a pas encore sorti son premier opus mais est déjà devenue la coqueluche du public), n’a que vingt cinq ans mais déjà tout d’un vieux routier de la scène. Débarqué en 2013 avec deux EP qui ont fait pas mal de bruits, il a vu sa carrière s’envoler après les deux albums sortis en 2016 et 2017, « Morale » et « Morale 2 ». Avec des parties instrumentales plus électros, une place plus large accordée au chant lui-même, le rappeur s’est hissé tranquillement parmi les plus recherchés et se taille une route au succès impressionnant. La Sirène n’a pas dérogé dans ce parcours auréolé. Il était près de minuit quand Romeo Elvis a fait son entrée mais les mille quatre cents festivaliers ne l’auraient manqué pour rien au monde. La chaleur de la salle était déjà étouffante. Après cinq minutes de jump en tous sens, l’enthousiasme avait accompagné le thermomètre dans cette nouvelle montée.

Sopico, la Sirène.

Après une deuxième journée placée sous le signe du rap et de la nouvelle génération, avec notamment Gaël Faure (de plus en plus à l’aise sur scène et heureux de jouer, cela se remarque de concert en concert) et Thérapie Taxi, qui est de tous les festivals. Entendue un soir de demi-finale à la Nuit de l’Erdre (où le groupe était porté par l’euphorie du public), revue à La Rochelle, connue pour un ou deux titres largement plébiscités, la formation française devra convaincre encore car sur scène, la prestation assez vite monotone. 

NTM était ultra attendu après les deux soirs qui avaient mis Bercy en folie à la mi mars. Le duo aime la Rochelle qui le leur rend bien : alors qu’ils étaient tricards de toutes les programmations, Jean-Louis Foulquier avait fait fi des tempêtes et décidé contre vents et marées de les inviter.  C’était il y a vingt-deux ans. Reformé récemment et pour quelques dates dont la plupart des  grands festivals, NTM est au meilleur de sa forme. Joey Starr et Kool Schen ont la connivence communicative. Ils se complètent sans en rajouter et se comprennent au premier regard. Leur flow est toujours aussi efficace. Ces deux là montrent à qui en douteraient qui sont les patrons du rap.

Blow, la Coursive.

En ce troisième jour de festival, la Coursive imposait le détour. Blow, nouvel arrivant sur la scène électro, puise très clairement son inspiration de l’autre coté de l’Atlantique. Musicalement, c’est extrêmement bien ficelé et hyper construit. Blow, formation d’origine poitevine, permet aussi de revoir Jean-Etienne Maillard, guitariste et compositeur doué, aperçu dans d’autres groupes (Klone, The Sheperds). Coté prestation en revanche, on a parfois un peu de mal à suivre Quentin Guglielmi, le chanteur, dans ses propos interludes un tantinet éthérés. « On est des petits légumes, des courges, des tomates, des concombres, enfin… vous, vous êtes ces légumes, ces choses qui dansent, » prononcés d’un ton qui n’aurait pas déplu à un maître yogi. Ce jour là en tous cas, il semblait habité jusque dans sa façon de bouger, rendant son ailleurs pas toujours accessible. Dommage car à l’écoute, Blow c’est réellement intéressant. Le single, « The Devils remembers me » connait un succès mérité et il y a fort à parier que le trio (renforcé sur scène par un batteur) n’a pas fini de faire parler de lui.

Ben Mazué, la Coursive.

C’ est une salle pleine à craquer qui guettait celui qui a pris la suite. Ben Mazué est à quelques dates du terme de sa tournée, « La Princesse et le Dictateur ». Il est passé par le Chantiers des Francos et à La Rochelle cette année, il a un programme chargé (en plus de son concert, il est l’un des artistes choisis pour les « Rencontres » et célèbre avec Pomme et Laurent Lamarca les vingt ans des Chantiers justement à la chapelle de l’ hôpital Saint-Louis). Depuis ses débuts en 2011, qui avaient déjà mis en lumières ses talents d’ écriture et son rap si personnel, le public n’en finit plus de lui faire les yeux doux. « La femme idéale », son troisième album, est un pur concentré d’émotions vraies, celles du rire, celles des larmes (sur Headline, notre report du 4 avril 2018).

Brillantissime, Ben Mazué a conçu un spectacle hors normes, indescriptible si on ne veut pas en spoiler le déroulé. Avec Robin Notte, son directeur musical, présent sur scène à ses cotés, ils ont bouleversé les codes du genre et donné aux « guitare-voix » (avec piano sur de nombreux titres) des lettres d’originalité incomparables. La tournée s’arrêtera à  l’ Olympia le 14 Novembre après un détour par la Belgique, Lille, Bordeaux ou bien encore Genève. Ensuite, Ben Mazué fera silence… Le temps de composer son quatrième opus ? La question reste posée car le trentenaire se dit prêt à se laisser porter par tous les vents de la création. 

Ben Mazué, la Coursive.

Après s’être laissé prendre au charme du répertoire de Pierre Lapointe, à ses textes plein de désillusion, de désamour, de magnétique beauté un peu désespérée, retour vers la scène Jean-Louis Foulquier où Bigflo et Oli étaient attendus de façon sonore. Passés eux aussi par les Chantiers, les deux frères sont des habitués des Francos. Disque de platine avec « La vraie vie », récompense suffisamment rare aujourd’hui pour être mentionnée, Big Flo et Oli (autrement dit Florian et Olivier), ont croisé la route du succès dès leur premier opus, « La Cour des Grands », voilà trois ans. Disque d’or à peine quatre mois après sa sortie, il sera lui aussi certifié Disque de platine. 

Prônant la tolérance, la fraternité et revendiquant une vraie ouverture d’esprit, le combo toulousain a su séduire par des propos d’apaisement, refusant des polémiques sur l’ Islam notamment afin de ne pas se laisser prendre au piège de débats bien trop vastes pour se limiter à quelques paroles. Sagesse à laquelle leurs fans ont manifestement adhéré.

En pleine tournée (dont toutes les dates se jouent à guichets fermés), Big Flo et Oli trouvent aussi le temps pour composer des génériques, faire partie des jurés de The Voice Belgique (pour la saison 6 l’an dernier). Autant d’activités qui ne font qu’accroitre la notoriété, largement justifiée pour ces deux là qui ont aussi décroché la Victoire de la Musique catégorie « Chanson de l’année » avec « Dommage », leur album étant nominé dans la catégorie « Musiques urbaines ». Une vraie déferlante.

Shaka Ponk avait l’honneur de fermer le ban ce 13 juillet. Le quintet, porté par le virevoltant Frah et la magnétique Sam, a fait le show, porté par une scénographie dont l’originalité n’est plus à démontrer. Il y a quatre ans, leur premier passage par La Rochelle avait été euphorique. Ce retour est largement aussi attendu, « The Evol’ », le sixième album studio des Shaka Ponk, sorti en novembre dernier (saluée par la Victoire de l’ Album Rock de l’année) marquant quelques détours nouveaux, vers la pop et même vers davantage de poésie peut-être. « Evol » est aussi l’anagramme de « Love »’, ceci explique partiellement cela.

Costumes, décors, mise en scène, imageries, façon unique d’ accrocher le public et de se jeter constamment dans l’arène, le groupe a l’imagination no limit. Les concerts sont des boules d’énergie à multiples facettes avec quelques passages très attendus comme ces battles face à Goz, le singe emblématique, ou bien encore, plus récent, face à l’avatar de David Bowie. Ayant pris le parti de ne pas reprendre énormément de leurs succès précédents, Shaka Ponk mise beaucoup sur les derniers titres, sur davantage d’électro également. On sent que l’ambition scénique a elle aussi encore gravi un échelon. 

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

Il y a moins de dix ans, en novembre 2009, les Shaka, qui ne bénéficiaient pas encore de la présence de Sam, vraie valeur ajoutée, incroyable personnalité, jouaient dans des clubs de taille ultra modeste, comme l’Olympic à Nantes. C’étaient les débuts, l’ordinateur lançant les images était parfois capricieux, l’écran en forme de peau de tambour avait une taille bien plus modeste. Mais le public ne s’était pas trompé en pariant sur le succès de cette bande totalement novatrice. Vendant des albums par milliers, remplissant des salles énormes, tête d’affiche des plus gros festivals, Shaka Ponk est désormais une référence à part entière… dont le groupe se sert pour mettre en avant sa fibre écologique. A chaque conférence de presse, Frah et Sam exposent les raisons de leur engagement aux côtés de la Fondation pour la Nature et l’ Homme  (ex-Fondation Nicolas Hulot), les cinquante gestes à faire pour améliorer son empreinte (à retrouver sur le site de la Fondation). Nul opportunisme dans cette direction là, les Shaka sont des militants de la première heure, de vrais figures de proue d’une cause pour laquelle ils se battent comme s’il s’agissait d’une  question de survie, sans pour autant pratiquer ostracisme ou culpabilisation bornée. Avec ce côté « toujours plus haut, toujours plus fort », on peut se demander jusqu’où iront ces cinq électrons libres là ?

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

En ce jour de Fête Nationale, les plus jeunes avaient rendez-vous avec Aldebert et ses « Enfantillages ». Il fallait voir l’intérieur de la Coursive avant l’ouverture des portes, une longue file d’attente dans le patio intérieur, une colonie de vacances même pas dissipée, joyeuse et juste impatiente, entourée par des parents qui n’avaient pas l’air de bouder leur plaisir. Aldebert ne s’adresse par aux enfants à coups de niaiseries mais avec intelligence et poésie. 

A la Coursive encore, Arthur H a une fois encore signé sa présence à coup d’énergie créatrice. Son récent double album, « Amour Chien fou », un peu funk, beaucoup « ballades »,  s’accordait parfaitement avec cet espace de quasi intimité (à quelques mètres des tours de la Rochelle, dont l’une portait un immense portrait de son père, bel hommage à Jacques Higelin disparu quelques mois plus tôt). Offrant un récit de son périple à travers le monde, de Bali à Tokyo, du Mexique à Montréal,  Arthur H ose aussi l’aventure introspective, les temps de la vie. Il flotte comme toujours un parfum de nostalgie, une mélancolie tenace mais on sent que le musicien est en capacité de « poser les valises », de se laisser aller à vivre avec plus de légèreté. Un constat plutôt émouvant à observer chez ce fidèle des Francos.

En début de soirée sur la grande scène, Eddy de Pretto, dont l’ascension est aussi rapide que la vitesse de l’éclair, Prix des Inouis l’an dernier au Printemps de Bourges, en énorme tournée ultra bondée quelques mois plus tard, est celui que tout le monde s’arrache et veut voir. L’ auteur de « Kid » semble regarder tout cela avec amusement et recul, lui qui se rêvait artiste dès l’adolescence depuis sa cité, son « Beau lieu ». Le rappeur ne se contente pas de textes d’une précision et d’une profondeur redoutables, il bouscule le genre en longs passages chantés qui n’auraient pas déplu à Nougaro, l’idole familiale. Eddy de Pretto est l’un des très beaux succès de la nouvelle scène rap française.

Jain, (Artiste de l’année 2017 aux Victoires de la Musique) est également l’une des révélations de ces dernières années. Après « Zanaka », sorti en novembre 2015, double disque de platine, riche de nombreux tubes, la  protégée de Maxime Nucci doit sortir ce mois d’août un nouvel opus dont on ne connait pour le moment que le premier extrait, déjà succès, « Alright ». L’artiste globe trotteuse a toujours beaucoup voyagé. Elle a engrangé durant ses tournées à travers le monde des sons, des couleurs qu’elle a eu envie de reproduire. 

Sur scène, elle a d’abord choisi la combishort au petit col claudine immaculé qui donnait un air de sagesse pas vraiment en adéquation avec l’énergie déployée mais un décalage qui l’amusait. Aujourd’hui, Jaïn mise sur la salopette bleue (Agnès B) pour montrer la machine de guerre dans laquelle elle se transforme face au public. Le set est parfaitement calibré, le public était conquis d’avance mais la victoire n’en est pas moins jolie.

Un feu d’artifice (plutôt décevant, tant coté pyrotechnie que bande son) plus tard, dans une tenue blanche rompant avec ses coupe vents habituels, Orelsan n’a pas eu besoin de se changer et d’endosser le maillot jaune porté peu après pour prouver qu’il serait bien le vainqueur de l’étape du jour. Le site est plein à craquer. On se masse au plus près de la scène pour voir celui qui rafle tout depuis la sortie de « La fête est finie ». Ca saute, ça danse, « Basique », « Paradis », « Christophe », parler de communion n’ est même pas encore assez fort. Des titres plus anciens, tel « Le chant des Sirènes » sont aussi de la partie. Avec ses quatre musiciens, dont son pote Skread, à qui pas mal de ses chansons doivent sur succès, Orelsan a le flow infaillible. On pourra toujours le critiquer, ressortir de vieilles polémiques désormais dépassées, ce musicien là est assez bluffant.

Hoshi, sa voix éraillée, sa guitare et ses vingt ans, ses enthousiasmes et ses doutes, campaient à la Coursive en cette ultime journée des Francos. Une jolie découverte qui permet de voir au delà de son succès actuel…. Succession on ne peut plus cohérente, Nolwenn Leroy lui a succédé. Radicalement différent de ses précédents albums, « Gemme » est une sorte de révérence à la terre, à la vie. On n’est plus dans le folklore breton, ni dans la variété des débuts. Portée sans doute par sa maternité récente, la chanteuse se tourne vers davantage de gravité et sa voix, toujours aussi juste et unique, y trouve matière aux plus belles envolées. Libre.

Afin de permettre aux festivaliers de vivre à fond la présence exceptionnelle de la France en finale du Mondial de Foot, les organisateurs avaient eu la bonne idée d’ouvrir les portes de Saint-Jean d’ Acre en milieu d’après-midi à tous ceux qui avaient leurs billets pour le soir. Inutile de revenir sur l’ambiance dans les grandins. Dans cette fan zone inédite et improvisée, la liesse s’est levée (pour paraphraser Ben Mazué), les cris et les applaudissements, ont résonné comme dans tous les recoins de la ville où des écrans de télévision retransmettaient le match des bleus. Mais en beaucoup plus fort. Une édition exceptionnelle, c’est le mot!

Serge Gainsbourg aurait eu quatre-vingt dix ans cette année. Le temps s’est figé avec sa disparition en 1991 mais l’ homme du « Poinçonneur des Lilas » était bien né en avril 1928.  Celle qui fut sa femme et sa principale inspiratrice, son interprète fétiche, a décidé de reprendre la scène après des années compliquées par la maladie. Jane Birkin interprète Gainsbourg depuis trente ans. Avec la complicité de Philippe Lerichomme, son directeur musical, elle a choisi les titres auxquels elle avait envie de donner une nouvelle parure. Un jour, elle a rappelé combien le compositeur s’inspirait de la musique classique, qu’il adorait au delà de tout, ayant souvent rêvé que ses propres textes soient portés par un écrin symphonique. Les Francofolies de La Rochelle avaient exaucé cette envie en 2016. Celles de La Rochelle ont poursuivi cette année. Le résultat est d’une beauté époustouflante, entre paroles célébrissimes, partitions du grand Gainsbourg, envolées entre Messian et souffles jazz. 

Boucler l’édition des Francos par cet hommage éclatant, porté par la douce Jane Birkin, était aussi refermer le livre avec émotions, juste avant le passage de Brigitte, élégant duo qui en 2015 déjà, puis en 2016, a toujours imprégné de sa douceur le public rochelais. MC Solaar a été le dernier de cette longue série d’artistes à fouler la grande scène. Plus de vingt cinq ans après sa dernière venue, des années après son dernier album, ses rares prestations étant réservées au spectacle des « Restos », l’interprète de « Bouge de là », ancien porte étendard du hip hop hexagonal, n’a rien perdu de sa fougue. « Géopoétique », son huitième album studio, est sorti en novembre dernier avec près de vingt titres uppercut, dont MC Solaar a signé la quasi totalité des paroles. La tournée est lancée et met le feu d’entrée de jeu. « Caroline » est porté par une foule qui connait toutes les paroles et provoque des hurlements  enthousiastes. Le chanteur se moque des affres de l’âge et se montre d’une énergie solaire. L’ultime page des Francos 2018 s’est refermée aux accords de ce porteur de joie. Une magnifique édition superbement reliée.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Festival « La Nuit de l’Erdre »: Faire aussi fort pour les 21 ans sera le défi!

La vingtième édition de La Nuit de l’Erdre (à Nort-sur-Erdre, en Loire-Atlantique) fera date. D’abord parce que pour célébrer ses vingt ans, le festival s’est doté d’une journée supplémentaire. Ensuite parce que la fréquentation quotidienne a battu des records. Enfin, parce que la météo, exceptionnellement ensoleillée et chaude, a entraîné vers les stands un public aussi enthousiaste qu’assoiffé. Cela peut sembler anecdotique mais dans le budget global, c’est aussi un élément porteur. 

L’ équipe du festival avait toujours assuré que pour célébrer sa seconde décennie, elle frapperait fort. Prendre le pari d’une journée supplémentaire le vendredi semblait audacieux mais les échos des années précédentes rendaient optimistes, les grosses manifestations du genre s’étalant toutes sur trois jours. « Monter les structures, disposer de ces deux scènes de format différent mais idéal, n’offrait pas de surcoût impossible avec ce rajout du vendredi. C’était si frustrant cette énergie déployée pour seulement deux jours. Par ailleurs, des festivaliers qui venaient de loin et s’installaient au camping, regrettaient qu’ici, les festivités ne durent que le temps d’un week-end. Alors on s’est dit que c’ était l’année parfaite pour se lancer, » commente    co-programmateur de La Nuit. « Je ne veux pas répondre pour l’équipe dirigeante mais je pense que cette durée sera effectivement reconduite à l’avenir. Il y a une vraie cohérence à tout ça. »

Pas encore habitués à ce nouveau rythme ou n’ayant tout simplement pas encore bouclé journée de travail ou installation de la Queshua, les festivaliers manquaient un peu à l’appel lorsqu’Asaf Avidan, en formation solo, a ouvert l’édition sur la grande scène à 18 heures. Vision un peu triste que ce public franchement clairsemé devant cet artiste exceptionnel dont les concerts sont assez rares dans la région. Mais l’israélien, dont la voix rauque et haute a conquis le monde, a fait contre petite foule bon choeur, enchaîné les titres avec un bel enthousiasme et eu des échanges chaleureux avec le public. 

Catherine Ringer.

Pour applaudir Catherine Ringer, la voix des Rita Mitsouko (pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore!), le public était nettement plus étoffé. Il y a six ans, Catherine Ringer était déjà passée par Nort-sur-Erdre. Elle est en tournée cette fois avec « Chroniques et Fantaisies », un dernier album dont les morceaux laissent place à toute la fougue de leur interprète. 

Prenant la guitare ou la trompette, de plus en plus dansante au fil du spectacle, complice avec ses musiciens, la pétillante sexagénaire a choisi le voile de la fête et du rire plutôt que la complaisance et le désespoir. Onze ans après la disparition de Fred Chichin, son mari, le père de ses enfants mais aussi celui l’autre pilier des Rita Mitsouko, l’auteur-compositrice-interprète dégage toujours la  même énergie un peu folle. Elle a sans doute tangué mais n’a jamais voulu chavirer. En tout cas, pas devant le public. Avec son interprétation d’abord très théâtrale puis de plus en plus légère et musicale, elle entraîne chacun dans son univers indescriptible. Et on se laisse emporter en douceur, avec un plaisir aux confins de l’émotion et de la joie.

Changement de scène et ambiance radicalement différente avec Ultra Vomit. Qu’on ne s’y trompe pas : ces quatre là peuvent paraître bien barrés, ils n’en sont pas moins de redoutables musiciens, qui jouent la carte du gag et des plus gros délires en s’appuyant sur des partitions et un jeu des plus maîtrisés. « Panzer Surprise » est sans conteste l’un des albums du genre, le heavy metal parodique, le mieux produit et le plus réussi de ces derniers mois. Et les nantais n’ont pas leur pareil pour mettre l’ambiance. 

En ce premier jour de festival, les riverains venus en curieux et ceux qui n’étaient pas habitués aux décibels puissants, ont parfois trouvé que c’était « fort » (en même temps, on parle de metal pas d’une « petite musique de nuit » au clavecin), ont appris à faire les cornes avec les mains (pas toujours facile!) mais tous ont trouvé ce concert d’un enthousiasme et d’un délire contagieux.

The Hives.

Continuant dans le « déjanté » de talent, la Nuit de l’ Erdre avait convié ce même soir les suédois de The Hives. Très élégants dans leurs costumes blanc et noir, faisant le show avec une maestria sans fissures, les frères Almqvist et leurs acolytes ne passent jamais inaperçus. Eux aussi étaient déjà passés par Nort-sur-Erdre et avaient marqué par leur grande proximité avec le public. The Hives est en tournée alors les retrouver pour cette édition anniversaire était une évidence.

The Hives.

Maitrisant parfaitement notre langue, le frontman multiplie les échanges à coups de « Mesdames et Messieurs » pour inviter le public à se lâcher. Et forcément, ça marche! Les suédois savent depuis bientôt vingt cinq ans comment s’assurer la participation des spectateurs. Montés sur ressort, jouant à la perfection leur « garage punk », les cinq musiciens ont fait danser avec bonne humeur.

Pour clore cette « première troisième journée » de festival, Gaume, son univers electro mâtiné de jazz et de pop, ses mélanges d’influence qui laissent transparaître ses nombreux séjours en Australie, ses talents de guitaristes rock et sa formation au conservatoire pour piano, a prouvé que la France recelait de talents nouveaux dans le domaine. 

Preuve supplémentaire de la richesse de ce gibier hexagonal avec Justice, autrement dit Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, qui lui ont succédé. Comme Gaume, le tandem repousse les frontières pour mieux entremêler les genres. Disco, pop, et même quelques détours par le metal, Justice a déjà de nombreux tubes au compteur et gagné ses galons de « têtes d’affiche ». Le show est hallucinant et inventif, appuyé par des lumières ultra peaufinées. A 2h30 quand a sonné la fin du set, le public de couche tard aurait bien prolongé encore.

« Breakfast in America » comme « Logical Song » ou « Goodbye stranger » ont marqué la mémoire de millions de fans à travers le monde qui ne se sont toujours pas remis de la fin de Supertramp, groupe fétiche des années 70-80. Alors forcément, en ouvrant le samedi sur ces airs là, la Nuit de l’ Erdre s’assurait du succès. Si dans le monde des groupes de covers, il y a de tout, du bon comme du reste, il faut reconnaître que les nantais de « Tramp Experience » font le job avec talent. Les voix sont là, les accords aussi. De quoi se laisser prendre et accompagner à tue tête ces refrains qui n’ont pas pris une ride.

Thérapie Taxi.

Porté par l’enthousiasme tonitruant d’une foule en liesse après la victoire des Bleus en demi-finale du Mondial, Thérapie TAXI a de toutes évidences bénéficié de ce climat surexcité et joyeux. Flirtant du côté de l’électro et du rock, leur pop la joue décomplexée mais le jeu de scène est à l’inverse très convenu, avec des exubérances inutiles et une chanteuse qui minaude trop pour rendre ses mots bien audibles. Ils sont de tous les festivals et leur public ne cesse de grossir mais Thérapie TAXI aurait certainement à gagner en adoptant une autre posture.

Jahneration.

Superbe découverte en revanche que le duo Jahneration ! Les deux parisiens avaient bâti leur réputation à coups de vidéos largement partagées sur internet alors qu’ils poursuivaient leurs études. Dix ans, un EP et un premier album plus tard, ils écument désormais les scènes avec une générosité et une énergie totalement bluffantes. Dans leurs titres conjuguant le reggae et le hip hop, le flow est impeccable, la voix de Théo et le phrasé un peu plus accentué d’ Ogach se complètent parfaitement. Malgré des températures caniculaires en ce milieu de journée, la grande foule était massée devant eux et sautait à tout va. Dynamiques et souriants, très créatifs, ces deux là devraient vite devenir des porte étendards du nouveau reggae français aux rythmiques contagieuses..

Avec son rock empreintant aussi bien les chemins de la sensualité douce que des déluges puissants, la britannique (Nathalie) Findlay a eu la malchance de jouer avant Orelsan, celui que tout le monde attendait. Le set était riche de sons nouveaux et entraînait vers des chemins inhabituels mais affirmer qu’elle a bénéficié de toute l’attention escomptée serait mentir. Au fur et à mesure, des cohortes de spectateurs ont décroché et migré pour être au plus près du rappeur le plus récompensé de l’année. La dure loi des festivals où la liste de concerts oblige parfois à choisir…

Orelsan.

Et donc « il » est arrivé. Devant une fosse ultra pleine (la journée était sold out depuis longtemps, sa présence y était certainement pour quelque chose), Orelsan, son coupe-vent et ses paroles upercut, son débit impressionnant qui rendrait jaloux un magnéto ont débarqué sous un tonnerre de cris euphoriques. 

Orelsan.

« La fête est finie », le troisième opus du normand, bat tous les records. « San » est sur toutes les lèvres et connu plus que par coeur. Les autres titres, les plus anciens comme les derniers, également. Le public a beau être conquis d’ avance, il n’en est pas moins bouche bée devant cet artiste qui semble n’avoir peur de rien, qui taille sa route en faisant fi des haters et de tous ceux qui voudraient laisser les vieilles casseroles faire du bruit pour l’ éternité. 

Avec son indissociable Skread, à qui il doit la patine de ses titres, Orelsan passe de l’ entrain joueur à des moments riches d’émotion. « Notes pour trop tard » laisse la Nuit de l’ Erdre bouleversée mais l’artiste n’entend pas partir sur une note triste, « La Terre est ronde » mais aussi « Basique » notamment, laisseront le public repartir dans le souvenir de ce qui sera l’un des grands moments de l’édition.

Chinese Man.

Après avoir beaucoup tourné cet hiver (à lire aussi « Chinese Man, libres voyageurs »), le dernier album de Chinese Man, « Shikantaza », le porte désormais vers les festivals. L’horaire est forcément tardif pour ne rien laisser échapper des images et des projections ininterrompues accompagnant le concert. 

Chinese Man.

On compare souvent Chinese Man à Gorillaz. Un peu trop rapidement peut être car si les britanniques ont mis derrière leur rock une imagerie proche des Mangas, les français ont développé un univers personnel mais aux messages universels. Les rappeurs sont  impeccables, les DJ’s scratchent sur des rythmes improbables, le tout est ultra soigné. Classé « musiques urbaines », « Shikantaza » s’offre un détour vers des sentiers orientaux, invite à la prise de conscience du monde qui nous entoure tout en incitant au lâcher prise intermittent. Une quinzaine d’années après sa formation, Chinese Man n’a sans doute jamais été aussi efficace.

Alt-J.

Alt-J continue d’attirer les curieux, ceux qui n’ont encore jamais eu la chance de les voir en concert. (Dans la pénombre de leur scène, Orelsan a ainsi profité des quelques minutes  avant le départ de son tourbus pour écouter les britanniques). Qualifiée de « pop alternative »avec des accents folks, la musique d’ Alt J se veut comme une expérience sensorielle où les voix auraient des vertus quasi hypnotiques, renforcées par un jeu de lumières totalement magnétiques. Visuellement aussi, c’est magnifique.

Nova Twins.

Nova Twins a eu le redoutable honneur de boucler la soirée de samedi. Après tous les mastodontes qui précédaient le duo anglais, il faut bien reconnaitre que la mission était ardue. Sans parler de l’horaire de leur prestation : de 1h30 à 2h30. Mais les deux jeunes femmes ne se sont pas laissées abattre et ont envoyé sans se ménager des riffs accrocheurs entre rock, punk et hip hop. Un duo à retenir assurément. 

Les joyeux drilles de Steve ‘N’ Seagulls jouent avec les classiques du rock et du metal. Led Zep, AC/DC ou Metallica, rien ne leur fait peur… bien au contraire ! A l’ aise dans leurs salopettes en jean et tenues du dernier chic fermier, les cinq finlandais sillonnent les routes d’ Europe depuis trois ans et la sortie de leur premier album. Trois ans donc et trois années plus tard, le loufoque bluegrass scandinave est toujours autant plébiscité. Bien vu pour lancer, juste après Solar Project et ses mélopées soul-funk, l’ultime journée de festival.

Bernard Lavilliers.

Bernard Lavilliers est depuis cinquante ans l’une des personnalités emblématiques de la chanson française et le temps ne semble pas avoir prise sur lui. Ok, le musicien a peut-être cet après midi là un peu forcé sur le teint et le blush mais à 72 ans,  après vingt et un albums dont la majeure partie ont été d’énormes cartons, alors qu’il tient la scène avec une forme impressionnante, peut-on lui faire grief de vouloir présenter beau devant son public ? Le pantalon est toujours de cuir, le sourire charmeur et la voix aussi assurée que la guitare portée en bandoulière. 

Bernard Lavilliers.

Avec « Cinq minutes au paradis », ce grand voyageur, définitivement libre et insoumis, invite à un nouveau parcours, plus engagé, plus contrasté mais toujours porté par l’espoir et la foi en l’homme. Les percussions claquent, les cuivres prennent toutes leurs places sans rien voler aux cordes. Quand le temps abîme, Bernard Lavilliers semble être imperméable aux changements. Le grain de voix a toujours cette profondeur et ces couleurs qui signent celui qui a bourlingué. Le public qui connaissait forcément les morceaux cultes par coeur est reparti assez ébahi par la performance de cet artiste là, pas même gêné quand le vent a décidé de jouer les sonorisations contraires. Il en faut sans doute beaucoup plus pour déstabiliser le grand Lavilliers.

TriggerFinger.

Les belges de Triggerfinger soufflent eux aussi leurs vingt ans. En deux décennies, les anversois ont largement démontré qu’il y avait presque deux couleurs à leurs titres : la version studio et la version live. Sur scène, le trio (renforcé pour cette tournée par un second guitariste) livre des concerts d’anthologie, puissants, survoltés et à la musicalité brillante. Couverts de prix, Ruben Block (chanteur guitariste), Mario Goossens (batteur) et Paul van Bruystegem (bassiste) ne s’économisent jamais mais réussissent à mêler puissance et grande élégance (voir article « Avec Triggerfinger, les flamands osent » ). Ils ont changé de maison de disques, se sont associés les talents d’un nouveau producteur et ingénieur du son américain et ça génère une énergie encore plus forte. C’est vraiment un groupe que l’on rêve de revoir très vite.

Vianney.

Il a débarqué voila trois ans et demi, porté par son désormais célébrissime tube « Pas Là ». Vianney n’a jamais cessé de tailler sa route depuis, avec sa seule guitare pour complice. « Dumbo », « Moi aimer toi », « Veronica », « Labello », les succès se sont additionnés, les récompenses aussi (Victoire de la Musique catégorie « artiste interprète de l’année » en 2016, Victoire de la Musique catégorie « Chanson originale de l’année » en 2017 pour « Je m’en vais », entre autres). Il s’est aussi aventuré sur la voie des duos. On retiendra le très joli « Les filles d’aujourd’hui » avec Joyce Jonathan et les très estival « La même » avec Maître Gims, dont il a co-écrit paroles et musiques avec l’homme aux lunettes glacier. Et il a pas mal oeuvré pour les autres, de Pomme à Julien Clerc en passant par Céline Dion ou Kenji Girac. Autant d’expériences qui lui ont donné la force de l’audace, l’envie de bousculer la timidité de ses débuts.

C’est désormais un Vianney très assuré, arpentant la scène en chemise immaculée et jean impeccable, déployant l’énergie du marathonien, sautant, souriant et volontiers blagueur, qui fait le show. Les jeunes filles qui l’attendaient depuis des heures, accrochées à la barrière face à lui, n’en ont pas perdu une miette, se mettant à l’unisson de leur idole… et puis se laissant gagner par l’émotion lorsque le set s’est achevé.

Après plus de 250 concerts à son compteur, Vianney va prendre à partir de ce mois d’août le temps d’une pause. Il s’est essayé au cinéma (laissant filtrer des images de tournages avec Fanny Ardant) mais on ignore encore la date de sortie de son troisième album. Mais évidemment, il n’a pas fini de faire parler de lui.

Petit Biscuit.

L’entourage de Bernard Lavilliers avait demandé aux photographes de ne pas faire de gros plan. Ceux de Petit Biscuit également. Pour ne pas mettre en évidence un « impact temps » opposé, on peut le présumer… Après avoir eu quelques soucis techniques décalant son entrée en scène, le jeune prodige de la scène électro a enfin pu être ovationné par ses fans (de son âge pour la plupart) venus en masse. 

A 18 ans, le rouennais n’a sorti qu’un EP et un album, « Presence », mais son mix house-techno a visé si juste qu’il a décidé de créer son propre label, histoire de décider l’indépendance tous horizons. Derrière les platines ou prenant la guitare, Petit Biscuit est à l’aise. Un peu plus de sourires, davantage d’échanges avec le public, un peu de recul même sans doute seraient pourtant les bienvenus. Prendre de la hauteur est bien. Savoir ne pas partir trop loin est salutaire souvent.

Il y a huit ans, Shaka Ponk avait effectué un premier tour par la Nuit de l’ Erdre et laissé un souvenir impérissable. Les retrouver en clôture de cette vingtième édition a permis de voir combien ces six là sont devenus des figures de proue de l’ electro-rock français : imagerie géante, costumes de scène, lumières explosives, tribulations entre scène et fosse, tout est monté en puissance. 

Plus fougueux que jamais malgré des « accidents de travail » douloureux (une jambe mise à mal après un slam dans le Nord, épaule et ligaments touchés en raison d’une chute, toujours pendant un slam, lors du dernier Zénith de Paris), protégé (il le croit, en tout cas) par des genouillères, Frah n’a jamais été aussi bondissant. La sculpturale Sam s’impose encore davantage et son énergie impressionne autant que celle de ses petits camarades derrière, CC à la guitare, Steve aux claviers, Mandris, à la basse et Ion à la batterie. Goz, le singe emblématique, est lui aussi de la fête. Décliné en images XXL ou bataillant avec Ion. Pas jaloux, la bestiole a concédé de la place pour d’autres batailles virtuelles avec Bowie, Lemmy Kilmister ou Prince.

En tournée avec leur dernier opus, « The Evol », sorti l’an dernier, les Shaka sont de toutes les scènes, de tous les festivals. « I‘m picky » et « Palabra mi amor » sont autant plébiscités que « Party » ou « Twisted Mind ». Leur reprise de Nirvana, « Smells like teen spirit », déclenche elle aussi des hurlements et leur proximité avec le public n’a pas son équivalent. 

Quelques minutes après la fin de leur concert, le Festival avait annoncé une « surprise ». Message mal passé manifestement car les festivaliers se pressaient presque tous vers la sortie quand le président de la Nuit de l’Erdre est apparu sur scène accompagné de bénévoles… et d’un gâteau géant surplombé de bougies. Le discours a été chaleureux et rapide mais il aurait été plus opportun, si vraiment il fallait ce moment officiel, de le glisser plus tôt dans la journée. Les participants auraient chanté avec plaisir pour souhaiter bon anniversaire à la Nuit et n’auraient pas imaginé que « surprise » rimerait avec « invité surprise », comme beaucoup de ceux qui avaient patienté malgré l’heure tardive. 

C’est sans doute le rare (petit) bémol à apporter à ces vingts ans, avec quelques problèmes de cashless, la dématérialisation ayant parfois fait disparaitre le « porte monnaie » en changeant de journée. Les stands de restauration ont également été pris d’assaut et le dimanche soir, il était parfois compliqué de trouver de quoi satisfaire ses envies. Mais c’est la rançon du succès. La faute à la chaleur aussi (le thermomètre est grimpé chaque jour aux environs de 35 degrés), faire une pause nourriture ou boisson permettant aux organismes de se refaire. 45.000 festivaliers ont répondu présents. La jauge maximale était fixée à 54.000. Un nouveau défi à relever pour l’an prochain !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

« La Nuit de l’Erdre  », une vingtième affiche pleine d’étoiles

Vingt ans, le bel âge. Celui que l’on n’a pas toujours comme le dit si bien la chanson. C’est donc pour illustrer ce moment et le graver haut dans les annales que les organisateurs ont multiplié les têtes d’ affiches et concocté une programmation 2018 impressionnante. Justice, The Hives, Orelsan, Shaka Ponk, Vianney ou encore Lavilliers et Alt-J. La Nuit de l’ Erdre s’annonce lumineuse.

 

Et dire qu’au départ le projet semblait un peu fou, porté par des passionnés du Comité des Fêtes que certains prenaient pour de doux illuminés : organiser à Nord-sur-Erdre, commune de 8.500 habitants nichée à une trentaine de kilomètres de Nantes, un festival de musique sans thématique particulière, ayant au contraire la capacité d’attirer les publics les plus larges.

Pas facile de convaincre les artistes quand il s’agit d’inaugurer les plâtres. Marcel et son orchestre, Aldebert, Siméo ou bien encore « Debout sur le zinc » sont pourtant venus et ce premier rendez-vous était déjà prometteur. Il prouvait surtout que « La Nuit de l’ Erdre » avait une place et une crédibilité. Désormais, les « petites mains » du début ont été renforcées et c’est une trentaine de bénévoles qui planche pour dessiner la future édition, rejoints par huit cents autres durant les trois jours de la manifestation et plus de cent cinquante techniciens. 

Jean-Louis Aubert, Yannick Noah, Zazie, , Thomas Dutroc, Hubert Félix Thiefaine, Macklemore et Ryan Lewis, Mika, , The Hives, Fauve, Sting, Charlie Winston, The Cranberries ou bien encore IAM, Rival Sons et Chemical Brothers, la liste est longue de ceux qui ont éclairé le festival entré depuis longtemps dans sa pleine croissance avec plus de 35.000 spectateurs chaque soir et une réputation qui a largement dépassé les frontières locales.

Il était donc impossible de ne pas rajouter à la fête en réunissant encore plus d’artistes pour souffler en beauté ces vingt ans, de ceux que les festivals s’arrachent et qui sont attendus par des milliers de spectateurs. Mais les organisateurs ont aussi eu envie d’inviter à nouveau des personnalités qui avaient marqué lors de leur passage, le hasard du calendrier les mettant cette année encore dans l’actualité des tournées. C’est ainsi que le public retrouvera Catherine Ringer (venue en 2012), The Hives (édition 2014), Chinese Man (passé en 2015) ou bien encore  Shaka Ponk (présent en 2010).

L’affiche 2018 frappe incontestablement fort avec trois jours qui devraient mettre tout le monde d’accord.

Asaf Avidan.

The Hives.

Justice.

Vendredi 29 Juin, Gaume ouvrira avant de laisser place à Lyre le Temps, Møme, les nantais d’Ultra Vomit dont l’heavy metal parodique rafle tout depuis la sortie de « Panzer Surprise » l’an dernier. Coeur de Pirate ayant annoncé ces jours ci qu’elle ne pourrait finalement pas être présente, c’est Catherine Ringer qui la remplacera. Asaf Avidan, The Hives et Justice, excusez du peu, seront aussi de la partie.

Nova Twins.

Chinese Man.

Alt-J.

Orelsan.

Samedi 30 Juin, la soirée débutera avec Tramp Experience, Nova Twins, Findlay, une jeune artiste britannique qui ne devrait pas laisser indifférente, Therapie Taxi, Jahneration, un duo de chanteurs parisiens qui essaime depuis une dizaine d’années son reggae mâtiné de hip hop, Chinese Man (en pleine tournée triomphale), les trois anglais d’Alt J dont le rock si reconnaissable est désormais mondialement connu, et Orelsan, le multi récompensé des Victoires de la Musique, l’artiste dont l’album a sans conteste été le plus commenté et salué ces derniers mois.

Triggerfinger.

Bernard Lavilliers.

Shaka Ponk.

Dimanche 1er Juillet il faudra être là dès les premiers accords de la journée car les finlandais de Steve’N’Seagulls et leur country qui reprend en version bluegrass des morceaux fameux du répertoire metal ou rock, ça vaut le détour. Place ensuite aux élégants belge de Triggerfinger puis ce seront Petit Biscuit, Bernard Lavilliers, Vianney, et Shaka Ponk. Cette ultime journée est décidément multicolore, sans temps morts et frappe tous horizons. 

Avec une telle programmation, les billets s’envolent vite. Il est donc prudent de réserver sans attendre sur le site officiel du festival (99,49 euros le pass trois jours), www.lanuitdelerdre.fr 

A noter enfin une nouveauté cette année, l’arrivée du paiement dématérialisé. Si l’an dernier encore, les festivaliers pouvaient utiliser les tickets ou des jetons, ils devront désormais régler leurs transactions grâcee à leur « Monkey », une puce placée sur leur bracelet ou glissée dans une carte de paiement spécifique à La Nuit de l’ordre. Avantages évidents : il est possible de recharger avant de venir, ce qui évite les files d’attente aux caisses et le temps d’attente sera raccourci aux bars ou stands de restauration. (Seule la boutique officielle pourra encore accepter la carte bancaire).

Du 29 juin au 1er Juillet, Nort sur Erdre pourra se vanter d’être réellement « the place to be ».

FRANCOFOLIES 2018: Programmation sans fausse note!

Du 11 au 15 Juillet, La Rochelle vivra au rythme de la 33ème  édition des Francofolies. Orelsan, Suprême NTM ou Véronique Sanson, Shaka Ponk, Julien Clerc ou Ben Mazué, la liste des invités est longue et la fête promet d’être belle. 

Trente-trois ans désormais que l’on se demande quelle sera l’affiche des Francos, l’un des plus fameux festivals de l’été en France. Une sacrée réussite qui ferait presqu’oublier que le pari était loin d’être gagné quand Jean-Louis Foulquier, alors emblématique promoteur de la chanson française sur les ondes de France Inter, décidait de lancer à la Rochelle une manifestation dans le prolongement de ses émissions. Avec priorité donnée aux artistes d’expression francophone et des scènes offertes à la jeune génération. Francis Lalanne, Jacques Higelin, les Rita Mitsouko, Diane Dufresne, entre autres, avaient accepté la première invitation. Des centaines d’autres se sont ensuite pressés pour faire vibrer la place Saint-Jean d’Acre et ses milliers de spectateurs.

Le parcours n’a cependant pas été linéaire avec d’inévitables problèmes techniques ou financiers, des années « sans » quand la météo décidait de se mettre à l’orage, des inquiétudes sur la pérennité de l’évènement, la disparition en 2013 de Jean-Louis Foulquier, des artistes qui se la jouaient divas, une fréquentation en dents de scie (130.000 spectateurs en 2014, 20.000 de moins l’année suivante et puis plus de 155.000 en 2017)… Mais force est de constater qu’aujourd’hui le navire « Francos » est largement sorti des mers agitées et flotte avec assurance avec plus de quatre-vingt concerts en cinq jours répartis sur six scènes. Les « Chantiers des Francos » sont devenus une référence en matière de formation et d’accompagnement des artistes émergents, « Francos Educ » valorise la chanson française en milieu scolaire.

Les « Francos » elles mêmes se sont exportées et brillent à Montréal depuis bientôt trente ans, à Spa en Belgique, depuis vingt-quatre. Et il y a même eu quelques détours par le Brésil et le Chili, l’ Allemagne, la Suisse, la Nouvelle Calédonie et la Réunion.

Loïc Nottet.

Véronique Sanson.

Calogero.

Suprême NTM.

Pour cette nouvelle édition, du mercredi 11 au dimanche 15 juillet, la Rochelle accueillera notamment Orelsan, Jain, Shaka Ponk et a même réussi à accrocher Suprême NTM, le tandem Joey Starr-Kool Shen s’étant reformé  récemment pour quelques dates. Choisir serait renoncer et attendre pour prendre son billet serait risquer de passer à côté d’un temps fort alors mieux vaut ne pas se laisser prendre par les délais.

Mercredi 11 juillet : Calogero, Raphael, Loïc Nottet et la « Fete à Véronique Sanson » qui permettra de retrouver Alain Souchon, Vianney, Tryo, Jeanne Cherhal… En 1994, Véronique Sanson signait «  Comme ils l’imaginent », l’album live enregistré aux Francos lors d’une grande fête de duos masculins. Vingt quatre ans plus tard, elle souhaite une fois encore ce moment de partage assez unique avec, évènement dans l’ évènement, la présence de son fils, Christopher Stills et du père de ce dernier, Stephen Stills, venu tout spécialement de Los Angeles. Ce sera seulement la deuxième fois que le trio chante ensemble en France.

Jeudi 12 Juillet : Suprême NTM, Damso, Thérapie Taxi et plein de surprises

BigFlo et Oli.

Shaka Ponk.

Orelsan.

Jain.

Mc Solaar.

Vendredi 13 juillet : Shaka Ponk est de retour et va encore une fois remplir, Big Flo et Oli dont c’est vraiment l’année, Lorenzo, Berywam

Samedi 14 Juillet : Orelsan, le multilauréat des dernières Victoire de la Musique que tout le monde s’arrache et qui joue partout à guichets fermés, Jain, Jeanne Added, et l’impressionnant Eddy de Pretto, dont l’ascension est aussi fulgurante que justifiée.

Dimanche 15 Juillet : Mc Solaar, « Birkin Gainsbourg » le symphonique, qui promet un moment de pure émotion et de grande beauté, Brigitte, Juliette Armanet.

Pomme.

Angèle.

Ben Mazué.

Se produiront également sur la scène du théâtre de la Coursive ou au Théâtre Verdière : Pierre Lapointe, Clara Luciani, Nolwenn Leroy, Julien Clerc, Pomme, Aldebert, Nicolas Peyrac, Bill Deraime, le breton Gilles Servat, Fred Blondin, Angèle, Gaël Faure, Arthur H, Ben Mazué…

Si le regard sur les chiffres n’est pas une donnée artistique, il n’en reste pas moins le meilleur des baromètres. Gageons que l’édition 2018, si la météo sort également ses meilleurs atours, devrait frôler avec les sommets du compteur.

– billeterie et renseignements sur http://www.francofolies.fr

Le premier Main Square Festival à guichets fermés: c’était show!

120.000 festivaliers, 36 concerts, 20.000 pass trois jours vendus plus de cinq mois avant l’ouverture du festival, 45.000 visiteurs uniques pour suivre les dix concerts (dont celui de Muse) diffusés en direct via le webcast du site internet, l’édition 2015 du Main Square d’Arras a été celle de tous les records (de quoi justifier le partenariat reconduit pour cinq ans avec la ville d’Arras). Retour sur ces trois jours de folie.                  DSC_6425_Fotor

D’abord, il y a eu cette invitée de dernière minute: la canicule! Lorsque le Festival a accueilli ses premiers participants, le mercure flirtait avec les 40° entre les murs de la Citadelle où l’ombre est des plus réduites. De quoi justifier la prise d’assaut du stand du merchandising officiel, ses casquettes et ses panamas. L’an dernier, les ponchos jouaient les remparts modestes contre la pluie. Cette année, le couvre-chef avait des airs de précieux graal. Mais il ne faut pas bouder son plaisir : un festival sans pluie reste malgré tout la meilleure des options. Même si celui là démarrait sous la très, très grosse chaleur.

Ensuite, il y avait cette programmation exceptionnelle, accrochant aussi bien la première date française de Muse que le premier festival hexagonal de James Bay, The Script, Hozier ou bien encore Sheppard. Au fil des révélations successives, on se disait que cette édition était décidément celle de toutes les envies. Quitte à la jouer perso, on aurait bien troqué untel contre les Fall Out Boy ou tel autre contre The Dukes, la révélation rock de ces derniers mois mais en dehors de ça… des heures de plaisir en perspective.

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Sheppard // Green Room.

Passée la déception de ne pouvoir découvrir GEORGE EZRA sur scène (le jeune britannique de vingt et un ans, souffrant, avait dû déclarer forfait pour trois concerts), cap sur la Green Room où la tribu SHEPPARD (deux soeurs, leur frère et trois copains musiciens) donnait immédiatement le ton de cette première journée . Les jeunes australiens, ignorant la chaleur, ont facilement entrainé le public avec leur pop rock joyeux. « Geronimo », leur tube qui a même réussi l’exploit de ravir à Pharrell Williams et son « Happy » la tête des charts dans pas mal de pays, a  été repris par des milliers de spectateurs enthousiastes… qui auraient bien repris encore de ces airs ultra-vitaminés.

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Hozier // Main Stage.

Ambiance plus calme avec HOZIER sur la Main Stage. Les boucles brunes retenues en chignon, ses presque deux mètres portant beau la chemise légèrement ouverte sur le tee-shirt échancré coordonné, le jeune irlandais soigne visiblement son apparence. Lui que l’on dit timide, n’a jamais quitté ses lunettes de soleil sombres. Mais le sourire était aussi généreux que ses échanges avec le public arrageois. Changeant régulièrement de guitare, Hozier se donne à fond. La veille, il enflammait un Olympia (Paris) plein à craquer. Il avait envie de rejouer la partition avec le même succès au Main Square. Pari compliqué car la chaleur pénalisait manifestement les énergies. Même l’ entrainant « Angel of small Death and the Codeine Scene » a eu du mal à lutter. Peut-être l’horaire encore tôt dans l’apres-midi ? Peut-être l’immense Main Stage, la Green Room se prêtant peut-être davantage à ses paroles pleines de sens et ses refrains plus intimistes. En fin de set, « Take me to Church » a heureusement mis tout le monde d’accord et des milliers de spectateurs ont entonné ce succès planétaire avec son auteur.

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The Script // Main Stage.

Ce vendredi ayant décidément des airs de ballade irlandaise, le trio de THE SCRIPT, qui expérimentait son premier festival français, a raflé le premier très gros succès de la journée (Interview et Live Review). Sur scène, entre proximité et rires, airs à faire vibrer des stades entiers, Dany O’Donoghue, Mark Sheehan et Glen Power envoient. Et le public répond massivement. Totalement bluffant.

Plus introverti, Lenny Kravitz assure le show avec la facilité d’un vieux routier de la scène. La barbe dense, lunettes de soleil malgré l’horaire tardif, pantalon de cuir, tee shirt coloré sous gilet léopard, l’américain revenait au Main Square six ans après son premier passage. Le musicien semble parfois un peu dans un ailleurs musical,  comme ce moment improbable, ce « Mama said » étiré sur plus d’un quart d’heure, avec long solo de guitare, batterie, saxo et.. trompette. Mais Lenny Kravitz sait qu’il peut tout se permettre et ses fans sont ravis. Les tubes sont tous là, d’ « American Woman » à « Are you gonna Go my Way », en passant par « I Belong to you » et bien sûr « Fly away ». Après, les perpétuels insatisfaits pourront toujours râler, Lenny Kravitz, c’est quand même « the Touch of Class ».

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Kodaline // Green Room.

Un premier quart d’heure manqué pour cause d’horaire qui se chevauche et se réjouir ensuite de pouvoir applaudir KODALINE. En 2013, le quatuor irlandais sortait « In a Perfect World », son premier opus. Un nom que le recul croirait prédestiné tant le succès ne cesse de grossir depuis. Il y a quelques années, ils assuraient la première partie de la tournée européenne des Cranberries, deux disques plus tard et les voilà en haut des line up. Un  univers bien à eux, à la fois moderne et nostalgique, beaucoup moins léger qu’il n’y parait, le public ne s’y est pas trompé et les quatre beaux gosses ne semblent pas prêts d’en avoir fini avec le succès.

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Shaka Ponk // Main Stage.

Changement d’ambiance enfin, avec les SHAKA PONK. La joyeuse bande de Frah et Sam débarque avec ses nouvelles tenues immaculées, Goz, son singe, ses projections hyper calibrées et tout ce qui a contribué à en faire l’un des groupes majeurs de la scène rock française. Les « monkeys », leurs fans dont les rangs ne cessent de grossir, exultent et se moquent bien que la pendule affiche 2 heures quand s’éteindront les amplis. D’un bout à l’autre du concert, ils reprennent chaque morceau, ils rient, ils sautent, certainement l’un des meilleurs publics du moment. Espérons juste, que les Shaka, à force d’être à l’affiche de la quasi totalité des festivals cette année ne finiront pas par perdre un peu de leurs charmes. Avancer à pas dosés, susciter l’envie, sont parfois gages de durée.

Un samedi placé sous le signe de MUSE.

Vers 10 heures, la longue avenue entre Parc et Citadelle voyait débarquer les plus téméraires, ces fans historiques de MUSE qui n’auraient manqué la première date française de leurs idoles pour rien au monde. Une heure plus tard, ils étaient déjà plusieurs centaines. Et à 13h30 quand les portes se sont ouvertes, on aurait pu croire au départ d’un sprint. Malgré les sacs à dos lestés par la poche à boisson remplie au maximum, les sandwiches et tout le kit de survie du parfait festivalier, il s’agissait d’obtenir la meilleure place, au premier rang, si possible au milieu. Pas forcément pour être vus (le trio ne provoque pas la même hystérie que les One Direction) mais pour voir le mieux possible et se donner l’illusion, peut-être, que Matthew Bellamy a beau être une star, il n’en reste pas moins accessible. Et le manège s’est poursuivi jusqu’à ce que la Citadelle ne puisse plus grossir ses rangs davantage.

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Coasts // Green Room.

Mauvaise pioche pour les artistes se produisant sur la Green Room. Vraiment pas de chance pour JAMES BAY notamment qui aurait tellement mérité un succès plus massif (Live Review) et COASTS, jeune formation originaire de Bristol dont le rock indie n’a pas connu l’engouement escompté. Le leader, qui affichait un ego assez insupportable et le bassiste, roi du jeu de mèche, y trouveront peut-être un enseignement. Toute expérience doit porter ses fruits…

Jour de chance en revanche pour TWIN ATLANTIC. Les quatre écossais ont sorti trois albums et parcouru le monde avec leur rock puissant. Leurs fans français les attendaient depuis longtemps, ils n’ont pas été déçus. Un show enlevé, brillant, hyper énergique et musicalement au top. Chance aussi pour Mat Bastard, le leader de SKIP THE USE. « J’ai envie que tous les américains et tous les anglais qui nous écoutent derrière la scène se disent « C’est qui ces malades? Vous êtes prêts? » Et le lillois de réussir à faire assoir les 35.000 personnes déjà massées face à la scène, à les faire danser, jouer, chanter. Chaque concert de Skip The Use est un vrai moment d’euphorie. Celui de ce Main Square restera indéniablement dans les souvenirs.

Et puis vint l’heure de MUSE. Un petit quart d’heure de retard (assez pour prolonger l’expérience de l’extrême promiscuité, des pieds qui se piétinent, des bières qui vous rincent sans autorisation, des allés avec volonté de retour de tous ceux que la vessie trahissait, de la mauvaise foi un brin batailleuse de ces autres qui tentent de se faufiler malgré l’impossibilité totale du projet) et Matthew Bellamy débarque sur scène, la silhouette fine, le visage fermé. Le guitariste laisse éclater ses riffs les plus fameux. La setlist est  idéalement dosée, une forte présence de singles à succès et les plus belles plages de « Drones », leur dernier opus, plus rock que les précédents, largement salués par la critique.

Qu’on aime ou pas, difficile de ne pas se laisser avoir par la mise en place, les airs reconnaissables sitôt les premiers accords, l’énorme machinerie sur scène, depuis les projections jusqu’à l’impressionnant lancé de confettis. Le lâcher de ballons, incontournable chez Muse, est également de la fête. « Madness », « Starlight », « Dead inside », « Plug In Baby », il ne manque personne! La voix de Bellamy est juste, la puissance sans défaut, ses complices jouent à la perfection. Peu d’échanges avec le public mais un « On aime la France » qui glissera un peu de baume sur les frustrations. Le final est bluffant. MUSE a retrouvé sa meilleure inspiration.

La tristesse du départ malgré un « Happy » très show.

Les troisièmes et derniers jours de festival sont souvent les plus difficiles. Les organismes accusent le manque de sommeil, les jambes, qui ont piétiné et patienté durant des heures, se font plus lourdes et le moral connaît lui aussi une baisse de régime : un dernier tour de concerts et il faudra se quitter, décompter jusqu’à la prochaine édition.

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Tiken Jah Fakoly // Main Stage.

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IAM // Main Stage.

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Lilly Wood & The Prick // Main Stage.

 Une averse assez rapide pour ne pas gêner, des températures plus supportables, la météo a joué participatif jusqu’au bout! Assez raccord avec la programmation du jour : l’ivoirien TIKEN JAH FAKOLY, en grand sage humaniste, militant des droits de l’homme, appelant à soutenir le Burundi qui se construit, apostrophant les états corrompus d’une Afrique qu’il rêve plus proche de ses habitants, plus à même d’offrir à chacun santé, sécurité, éducation, égalité… Son reggae, que l’on dit digne héritier de Bob Marley, fait plutôt penser aux partitions d’Ali Farka Touré. Beaucoup de musiciens sur scène, des choristes-danseuses largement mises en valeur, le spectacle était total.

De la chaleur toujours et jusque dans l’accent également, avec IAM. Plus de vingt cinq ans que les Marseillais portent l’étendard du rap français. Les chansons récentes sont moins des usines à tubes que « le Mia » (qui a enthousiasmé le public ce dimanche encore) mais le succès est toujours là. Inter-générationnelle, la bande d’Akhenaton, a résisté au temps et se présente toujours dans sa formation d’origine. Le rap n’est pas notre musique favorite mais les marseillais maîtrisent incontestablement le genre et savent tenir la scène sans temps morts. Respect.

En 2011, ils étaient nominés aux Victoires de la Musique parmi les Révélations du Public.. qu’ils décrochaient haut la main. Quatre ans plus tard, Nili Hadida et Benjamin Cotto (ben oui, ils ont aussi un vrai nom et prénom!), autrement dit LILLY WOOD AND THE PRICK, duo parmi les plus brillants de la pop française, s’imposait facilement sur la Main Stage. Plein d’humour, prenant un plaisir manifeste à jouer devant un parterre aussi impressionnant, les complices ont mixé titres de leur deuxième album (là encore, couronné de succès) et les tubes qui les avaient lancés. Un dosage judicieux à l’évidence.

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Sam Smith // Green Room.

Pause soul ensuite sur la Green Room avec SAM SMITH, vingt-trois ans, mais ayant l’air de chanter depuis toujours, un album qui a raflé tous les trophées et cinq singles vendus par millions. Une popularité et un succès planétaire qui expliquent l’immense succès offert par le public du Main Square: des milliers de fans attendaient depuis le début d’après-midi pour l’entendre interpréter « Money on my Mind », « I’m not the only one » et bien sûr, « Stay with me ».

La mise en scène est originale et élégante, les trois choristes tiennent une vraie place. Quant à la voix de Sam Smith, récemment opérée aux Etats Unis, elle a retrouvé puissance et nuances. C’est à nouveau un vrai beau moment, une parenthèse tendresse en ces dernières heures de festival. Visiblement touché, le jeune homme a du mal à cacher son émotion. Et c’est les larmes aux yeux qu’il repartira, remerciant à nouveau, regrettant de devoir abandonner la scène alors que le public le réclame encore.

Belle affiche décidément sur la Green Room qui avait vu quelques heures plus tôt l’australien JOSEF SALVAT séduire sans peine avec sa voix cde crooner et ses refrains nostalgiques. Largement médiatisé depuis sa reprise de « Diamonds » de Rihanna, l’australien est un artiste bien plus large que ce cover. « In your Prime », son premier album lui a permis de connaitre une reconnaissance internationale, pleinement justifiée.

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Mumford & Sons // Main Stage.

Changement de registre avec les MUMFORD AND SONS, joyeuse bande britannique qui a de très nombreux fans en France mais qui se produit trop rarement chez nous. C’est dire si leur venue était attendue! Avec ses accents rétro, le groupe né dans l’est de Londres, a très vite connu le succès parmi la scène néo folk. Le premier album, il y a tout juste cinq ans, a été salué dès sa sortie mais c’est le deuxième opus, « Babel », qui permettra le vrai succès. Sur scène, la complicité des compères, tous beaux garçons, ce qui ne gâche rien,  est totale. Chacun tient son rôle avec efficacité. Le banjo, la contrebasse et la mandoline, souvent absents des partitions rocks, s’imposent ici avec superbe. Le chanteur maîtrise parfaitement le français et les traits d’humour sont autant de moments complices avec des spectateurs totalement acquis à leur cause. Pour beaucoup (et nous en étions!), ce concert était la grosse attente de la journée. Un seul regret : les soixante-dix minutes se sont écoulés bien trop vite.DSC_6548 DSC_6526

Pharrell Williams // Main Stage.

Enfin, difficile de ne pas parler de l’homme au chapeau, Monsieur succès mondial de 2013, celui dont le titre a été repris par des millions de fans dans le monde, mis en images des millions de fois avec des scénarios plus ou moins réussis : PHARRELL WILLIAMS. Si beaucoup l’ont découvert à cette occasion, l’américain affiche pourtant plus de vingt ans de carrière. Avec son groupe, The Neptunes, devenu duo de producteurs, il faisait même partie des professionnels les plus recherchés par les stars internationales à qui il a offert leurs plus gros hits.

Ses deux derniers albums solo ont visiblement bénéficié de toute cette expérience et de ses précieuses recettes car ils se sont placés très vite dans les meilleures ventes. Exigeant, ultra professionnel, Pharrell Williams a incontestablement le sens de la création. Sur scène, avec ses danseuses et choristes qui assurent un vrai show à l’américaine, tout est cadré et ne laisse aucune place à l’improvisation. Les lumières comme les projections ont elles aussi laissé la part belle à l’innovation. Pharrell Williams démarre son set avec « Freedom », son tout nouveau titre puis enchaîne avec plusieurs morceaux extraits de l’album « Girl ». Quelques anciens tubes enchaînés puis les incontournables « Rockstar » et « Lapdance » pour lesquels des fans sont invités à le rejoindre sur scène. L’hystérie est à son comble avec « She wants to move », morceau où seules les filles peuvent prolonger le mom

L’artiste est visiblement d’humeur souriante. Un peu diva mais cent pour cent musicien, il enchaîne les morceaux avec grâce. « Lose yourself to Dance » encore, « Get lucky » de Daft Punk bien sûr et « Happy » pour dernière danse. Bonne idée que de nous faire bouger. Le vent tentait de reprendre des forces et il faisait frais soudain dans la Citadelle. A moins que ces frissons soient ceux de l’émotion du départ…

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

Encore un Couvre Feu qui va faire du bruit

Pour sa 14ème édition, les 21,22 et 23 août 2015, le Festival COUVRE FEU (Corsept, Loire-Atlantique) s’affirme une fois de plus comme l’un des rendez-vous incontournables de l’été. Trois jours de fête, une programmation mixant têtes d’affiche et découvertes, la bande dessinée en invitée inédite… 

Shaka Ponk.

L’affiche, révélée par vagues successives, avait lâché le (gros) morceau d’entrée de jeu : SHAKA PONK serait bien de la fête cette année et aurait même l’honneur de fermer le ban dimanche soir. On ne présente plus la bande de Frah et de la sublime Sam. Leur rock énervé et incomparable en a fait depuis une dizaine d’années l’un des groupes phares de la scène française. Et Goz, le 7ème personnage de l’histoire, ne semble pas parti pour voir diminuer le nombre de ses Monkeys adorateurs.

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TriggerFinger.

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John Butler Trio.

Autre grosse surprise, la présence de JOHN BUTLER TRIO (dimanche). En quelques années, des singles devenus hits et voilà John Butler, prodige de la guitare australien, ses deux complices à la basse et à la batterie, face à un succès planétaire. Le sixième opus a été enregistré en seulement vingt jours, plus roots mais toujours dans un joyeux mélange reggae,folk, rock. Ce sera l’une des premières occasions de le découvrir sur scène.

Le retour de TRIGGERFINGER (vendredi) dans la région ravira tous ceux qui n’avaient pu assister au concert d’anthologie donné par Ruben Block, Monsieur Paul et Mario Goossens lors du dernier Hellfest. Les élégants belges s’affirment depuis trois albums avec leur rock puissant qui flirte avec le metal et le blues.

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De la Soul.

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Little Big.

Et puis bien sûr, impossible de les manquer (vendredi), DE LA SOUL, référence mondiale du hip hop depuis plus de vingt ans sera en escale exceptionnelle à Corsept. Le trio américain, également connu pour l’influence qu’il a exercée sur l’essor du jazz rap, qui se revendique fan de Gainsbourg, ne cesse de multiplier les collaborations insolites (Gorillaz, Cake..) Pour ce concert que l’on annonce énorme, DE LA SOUL sera entouré d’une dizaine de musiciens.

A ne pas manquer non plus, SOJA (vendredi). Partout où ils jouent, Jacob Hemphill et ses acolytes font un tabac avec leur reggae pêchu. Avec plus de 200.000 albums vendus et des concerts dans plus d’une vingtaine de pays, Soja sème sa philosophie pacifique avec bonheur. Le 5ème album est une réussite et le plaisir du partage manifeste.

Petit coup de projecteur personnel encore sur LITTLE BIG (samedi). Plus de cinq millions de vues sur Youtube pour leur titre « Every day I’m drinking », des clips totalement loufoques mais un vrai sens de la musique et d’une électro de qualité, le quatuor a délaissé provisoirement sa Russie natale pour une tournée européenne. Ils viennent de mettre le feu au Ferrailleur (Nantes). Il ne faut absolument pas passer à côté de ces drôles d’énergumènes.

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The Gaslight Anthem.

LA FIANCEE DU PIRATE, NETSKY, NAAMAN, COUAC, THE GASLIGHT ANTHEM… la liste est longue de tous ceux qui doivent être encore inscrits sur les tablettes. impossible de tous les citer. En trois jours, ce sont vingt huit groupes qui se répartiront les trois scènes. Avec en parallèle, du théâtre d’improvisation, un des sept chapiteaux consacré à la Bande dessinée et plus spécialement dédié à la création originale, s’inspirant du livre de Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau, « Le singe de Hartlepool » et plein d’autres animations. Le tout pour un tarif que l’organisation souhaite toujours aussi serré, 60 euros le pass trois jours dans les réseaux habituels, 27 euros la pass un jour (29€ sur place). Immanquable, on le disait !

– http://www.couvrefeu.com –

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The Dukes ont le sens du contre-courant.

Avec leur deuxième album et une année de concerts non stop,  The Dukes creusent leur place dans une partition qui refuse le copier-coller. Un parfait dosage de rock-punk-pop-blues et une devise qui résume parfaitement: « sweet songs with unsweet sounds ». Rencontre.

Parc des Expositions de Tours, vendredi 3 avril. Dans la grande Halle, on cale les derniers réglages de The Dukes, qui, comme la veille à Amiens, jouera en première partie des Shaka Ponk. Ambiance mi-studieuse mi-potache. Si Greg Jacks (Grégory Abitbol), récemment  débarqué de Phoenix (Arizona) où il vit désormais, n’a pas échappé aux cernes du décalage horaire et de la fatigue de la veille, l’énergie déployée devant la batterie prouve qu’il ne faut pourtant pas se fier aux apparences! A ses côtés, Shanka (François Maigret) balance ses riffs pour la balance. Commence alors la reprise de « F… you » d’Archive. Et là on se dit qu’on n’a pas effectué le déplacement pour rien. Jérôme Mathis (Pour Oublier Productions), qui assure tournées et développement, avait raison: ces deux là envoient avec la précision d’un orfèvre, une puissance incroyable mais surtout une couleur totalement nouvelle. Et puisque les goûts ne se discutent pas, on soulignera que cette reprise de « F… you » est encore plus géniale que l’originale! Point de vue visiblement partagé par Steve, le clavier des Shakas, assis en tailleur sur le devant de la scène, et qui ne cache pas son enthousiasme. Tout comme Ion, le batteur, qui a failli en tomber de son skate. S’ensuivent de larges extraits des titres qu’ils joueront dans la soirée. Même euphorie en retour. Avec ce deuxième album, les Dukes repoussent les lois de la gravité et bousculent les frontières ultra verrouillées du milieu musical.

Ce n’était pourtant pas gagné quand voilà cinq  ans, après des dizaines de concerts au sein de No One is Innocent (et plein d’autres aventures musicales respectives), les deux compères décidaient de former The Dukes, groupe estampillé indie-rock, l’un à la batterie, l’autre à la guitare et au chant. Les morceaux écrits et composés par Shanka sont finalisés en commun, deux autres musiciens se joignent à l’aventure. « Victory », le premier album, est enregistré en Suède à Umea, en plein terreau post-hardcore, par Magnus Lindberg (producteur et batteur de Cult of Luna) que Shanka connaissait pour avoir assuré, avec son premier groupe… la première partie de Cult of the Luna.  Le disque est mixé à Bruxelles par Charles de Schutter, producteur ultra sollicité, à la manière des groupes de power-pop des années quatre-vingt-dix et des sons de guitare à la suédoise. Cet objectif atteint, The Dukes peuvent embarquer pour la tournée européenne des anglais de The Subways. Au final, plus de deux ans de scène qui ont beaucoup appris et permis de poser les bases de ce projet pas comme les autres.

Le deuxième album, enregistré à Los Angeles avec Jamie Candiloro (REM, Courtney Love…) et avec Steve Galtara à la basse, une fois encore mixé par Charles de Schutter, arrive trois ans après le premier mais les douze titres de « Smoke against the beat » ont eu raison d’attendre : guitares virvoltantes, refrains entêtants, The Dukes gardent le bon cap. Aucune note discordante dans les critiques.

« Après bientôt un an de route avec cet album, on peut dresser un bilan positif car faire autre chose que du hip hop ou de l’électro aujourd’hui, ce n’est pas choisir la voie de la facilité », constate Shanka. « Nous avons pourtant la chance d’avoir été signé par un beau label, Caroline, qui croit vraiment en nous et a compris que nous ne serions jamais des suiveurs dans ce monde tristement apathique où le nombre de « likes » sur une page et le nombre de followers semblent devenus les seuls indicateurs possibles. »

Se reconnaissant des influences chez The White Stripes, The Dandy Warhols, Elliott Murphy ou bien encore The Stooges, les morceaux défilent et frappent. La guitare electro-acoustique de « Just in Case » que rejoint une batterie très présente est aussi efficace que les paroles. Le titre d’ouverture place déjà la barre très haut, le morceau éponyme ne sera pas en reste. Shanka, dont la voix semble de plus en plus affirmée, n’entend pas laisser les cordes à l’arrière plan et fait de ce moment un vrai marqueur de l’album. Au total, douze morceaux ultra pêchus, avec une mention spéciale pour « Daisy’s Eyes », « The Grey People » et « Genius ». En toute subjectivité assumée. 

Greg approuve dans un large sourire. S’il n’en restait qu’un… ça ne pouvait être que ces deux là ! Ca sonne comme une évidence quand on voit la complicité qui les lie. A l’origine, The Dukes était pourtant un quatuor. Le tempo aura finalement eu raison de ne pas être le même pour tous : la fluidité et l’envie n’en sont ressorties que plus fortes. Plus blues, plus pop, plus punk, « Smoke against the beat » met au défi les courants contraires!

Sur scène, aucun temps mort. Dans une mise en lumière inédite, appuyée sur des tubes en verre de taille inégale, avec des incrustations videos sur la grosse caisse, les Dukes se renvoient la balle. L’énergie est totale, la partition ultra précise. Mélange de puissance no limite et de poésie brute. Définitivement rock et pourtant totalement accessible. Rien n’est laissé au hasard. La technique elle-même a été supervisée au millimètre près, permettant à Smoki, leur emblème mi-loup, mi-crocodile de s’y inscrire avec la force de l’insolite, tel le meilleur personnage d’un auteur de cartoons. « Smoki est né un matin d’hiver 2012. Shanka passait les fêtes de fin d’année chez lui, dans l’Est de la France, lorsqu’il m’a envoyé ce dessin. Le premier jet était déjà parfait. J’ai été enthousiasmé! » se souvient Greg. « Je n’ai  pas de formation de dessinateur mais je griffonnais lorsque j’étais jeune. Le fait d’être en famille a dû inspirer ces croquis! » poursuit l’intéressé. « J’ai cherché la meilleure version et nous avons abouti à celle-ci. Pour le dessin animé illustrant « Grey people », armé d’ un simple marqueur, j’ai réalisé plus de huit-cents dessins. Cela peut sembler énorme mais l’avantage était double : personne mieux que nous ne pouvait traduire nos idées et financièrement, cela évitait les frais d’un tiers! Smoki est  désormais incontournable et une quinzaine de dessinateurs de BD que nous admirons (Charlie Adlart, Gérald Parel, Carl Critchlow…)  l’ont décliné à leurs façons. Cette partie Art’n’Roll, devenue aussi prioritaire que le reste, s’est traduite dans la conception du digipack et du livret (….) Nous ne sommes pas un groupe à mascotte mais Smoki est l’autre interprète qui permet d’identifier notre projet. »

Smoki sera donc aussi du voyage dans la tournée américaine que les Dukes effectueront aux Etats-Unis au mois de mai, à l’occasion de la sortie de l’album de l’autre côté de l’Atlantique. « On ne prétend pas être américain! On n’ ambitionne pas de révolutionner le milieu là-bas. Mais jouer dans des clubs de deux ou trois cents places face à des spectateurs qui vont nous découvrir est une aventure passionnante. Le hasard d’une présence peut aussi faire la différence et entraîner des dates supplémentaires. C’est assez excitant car ce seront quasiment nos derniers concerts avant la finalisation du troisième album. Quatre ou cinq titres sont presque prêts. Nous évoluons, la tendance générale est plutôt bien définie… Ca devrait s’enchainer assez vite. Livraison probable courant 2016! »

Il va donc falloir faire vite et surligner les dates de leurs derniers concerts avant ce repli pour ne pas manquer la rencontre avec ces deux musiciens exceptionnels, interprètes éblouissants, (le 1er Mai à Incourt en Belgique, le 13 à Juvigny et le 27 juin à Septmonts, dans le cadre du festival Pic’arts, notamment). Ce vendredi là à Tours, le public des Shakas Ponk leur a réservé une ovation. Au royaume des Dukes, les fans étaient rois. Et en auraient bien repris pour beaucoup plus longtemps encore. Il n’y pas de hasard…

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

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