Le « Chocolat Tour » de Roméo Elvis, à consommer avec gourmandise

On l’avait connu arrivant sur scène en conduisant un vélib’. Cette fois, c’est par les hauteurs que Roméo Elvis, lunettes et casquette sur blouson jaune canari, micro en mains et déjà chantant, a atterri ce 20 novembre sur la scène du Zénith de Nantes. En rappel, et sous des cohortes d’applaudissements enthousiastes d’une salle jeune et prête à l’accompagner dans ses moindres refrains.

La dernière fois que nous l’avions vu, c’était à la Sirène, dans le cadre des Francofolies en 2018. Le crocodile était de la partie. Un logo inattendu qui marquait une forme de retour pour la marque dans le monde des sponsors du rap. Mais pas seulement. Une figure symbolique aussi pour un artiste prêt à mordre son parcours avec une envie sans fin.

Car la musique, dans la famille Van Laeken, c’est quasi génétique. Avant d’être le grand frère de la chanteuse Angèle, Roméo Elvis est d’abord le fils du chanteur Marka (et de la comédienne Laurence Bibot). Pour son passage aux Francos, le jeune belge pouvait s’ appuyer sur « Morale 2 », son premier album, sorti l’année précédente et « Morale », l’ EP qui avait lancé son parcours. Il pouvait aussi s’appuyer sur une aisance scénique, une présence et un bagout digne des vieux briscards du métier.

Deux ans plus tard (ou presque), il est resté le même. Un album en plus, « Chocolat », sorti au printemps 2019, et certifié disque de platine en Belgique comme en France. Une jolie récompense qui prouve la fidélité d’ un public qui n’a pas hésité à le suivre dans ses nouveaux chemins, des thèmes parfois plus lourds, proches de ceux abordés par Lomepal, le rappeur qui fait partie de ses meilleurs amis mais qui conservent néanmoins sa propre patine artistique.

Pour le « Chocolat Tour », qui joue sold out à chaque date et emprunte désormais les plus grandes salles de la francophonie, Roméo Elvis a incontestablement pris une autre dimension. Le concert lui-même est un ton au dessus. Le son est ultra précis, les lumières font le show d’un bout à l’autre et le chanteur semble encore plus à l’aise dans ses échanges avec le public. Il lui parle, n’ hésite pas à faire monter des spectateurs sur scène. La complicité avec les musiciens est elle aussi évidente. Mais si les vannes fusent ou les entrées de morceaux peuvent de temps à autre se rejouer, l’ensemble est toujours ultra pro. Les refrains s’enchainent et l’énergie ne diminue jamais.

Longue silhouette jouant avec les ombres dans ses lumières, Roméo Elvis a pris de l’épaisseur. Celui à qui l’ on veut toujours comparer ou opposer sa soeur, comme si la fratrie ne pouvait compter deux talents à succès sans que naisse la jalousie de celui qui ne serait pas encore autant auréolé, est désormais dans la cour des grands. Il y joue avec une aisance déconcertante. La meilleure des histoires belges. Et comme elle ne s’annonce pas courte, elle n’en sera que meilleure.

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

FESTIVAL : LES BELLES NUITS DE NORT-SUR-ERDRE

La 21ème Nuit de l’Erdre met l’accent sur les sensations urbaines du moment avec les déjà très plébiscités concert d’Eddy de Pretto et Soprano. Mais les amateurs de rock, de pop, d’électro et de chansons françaises seront également de la fête du 28 au 30 juin.

Personne n’a oublié l’incroyable programmation de la dernière Nuit de l’Erdre avec Shaka Ponk, Vianney, Triggerfinger, Bernard Lavilliers ou bien encore Orelsan. L’édition des vingt ans était forcément celle de toutes les surprises mais 2019 promet de frapper largement aussi fort avec des invités prestigieux et des rendez-vous déjà très attendus.

Disclosure. // Vendredi 28 Juin. 

Nekfeu. // Vendredi 28 Juin. 

Clara Luciani. // Vendredi 28 Juin. 

Vendredi, pour ouvrir les festivités, Disclosure, fer de lance de l’électro britannique, sera présent. Nekfeu, les quatre frères et soeurs des Ogres de Barback, Roger Hodgson, figure emblématique de Supertramp, se partageront également les deux scènes. 

Ils ne seront pas les seuls : Clara Luciani, l’étoile montante de la chanson française, Roméo Elvis, le rappeur belge qui a fait ses gammes avec succès bien avant que sa soeur fasse à son tour parler d’elle et le résumer en « grand frère d’Angèle » serait donc aussi réducteur qu’injuste. Autres participants à cette première soirée, les nantais de KoKoMo, qui ont viennent de sortir un nouvel album et que les programmateurs s’arrachent.

Enorme rendez-vous pour tous ceux qui ont raté leur passage dans la région ces derniers mois, Bon Entendeur, Gaëtan Roussel, Minuit (le groupe créé par Raoul Chichin et Simone Ringer, talentueuse descendance de Fred Chichin et Catherine Ringer des Rita Mitsuko), Vertical et les multirécompensés BigFlo et Oli seront là. 

Temps fort également, la venue d’Eddy de Pretto qui depuis deux ans truste tous les succès avec ses textes brillants et son rap musical qui ne déplairait pas à Nougaro. Dub Inc offrira la plage reggae et Editors déversera une déferlante de rock. Le groupe britannique porté par Tom Smith sait faire le show donc on peut s’attendre à un grand moment.

Histoire de finir cette nouvelle édition en apothéose, les organisateurs n’ ont pas mégoté : Après Inuit, Train to Roots et Louisett, les plaines de Nort sur Erdre verront sonner l’electro pop de Deluxe, la chanson française portée par la bande de joyeux drilles tarbais de Boulevard des Airs, Hubert-Félix Thiéfaine (qui fait un carton avec sa tournée anniversaire) et Soprano, pour tous ceux qui ont manqué son dernier Zénith à Nantes, sold out en l’espace d’un éclair, et qui ne veulent pas attendre son retour à la fin de l’année.

La seule inconnue sera la météo. Pour tout le reste, les organisateurs ont posé haut les balises. 

 – Informations et réservations : www.lanuitdelerdre.fr/billetterie 

Update // RUNNING ORDER. 

FRANCOFOLIES 2018: CARTON PLEIN

La 34ème édition des Francofolies restera parmi celles qui ont marqué l’ histoire de ce festival pas comme les autres. La découverte, le partage et l’enthousiasme ont été les dénominateurs communs de ces cinq journées lumineuses. Découvertes d’artistes disséminés dans une quinzaine de lieux rochelais, rencontres et partage en grande proximité, enthousiasme des 150.000 festivaliers (dont plus de 87.000 entrées payantes). Le sacre des Bleus en finale de la Coupe du Monde, diffusée sur écran géant dans l’enceinte de Saint-Jean d’Acre dimanche après midi, et le soleil qui a irradié ces cinq journées auront patiné encore la liesse générale mais le succès était éclatant, même sans ces deux là. Déambulations en toute subjectivité assumée.

Il y a trente-trois ans, sous la houlette du père fondateur Jean-Louis Foulquier, les Francofolies de la Rochelle (on ne disait pas encore les « Francos »), se concentraient sur l’immense parking Saint-Jean d’Acre, transformé l’espace de quelques jours en théâtre à ciel ouvert, à quelques encablures du Vieux Port et des remparts. Certains riverains ronchonnaient et exprimaient leur scepticisme, des usagers pestaient après ce millier de places annexées. Mais le concert des doutes a vite laissé place au respect, à une écoute attentive puis même à l’enthousiasme face à cette parenthèse de mise en lumière pour la Charente Maritime, aux affiches développées chaque année, ce flux des plus grands de la scène francophone, Diane Dufresne, Véronique Samson, les Rita Mitsouko ou Jacques Higelin emportant dans leurs valises une ribambelle de petits nouveaux. D’une année sur l’autre, on s’est également mis à guetter les artistes au centre d’une « Fête à… » car on savait que le moment serait riches d’invités surprises.

Exposition // Albin de la Simone, la Coursive.

C’est en songeant à ces années du début que l’ on mesure le chemin parcouru. Eclatées aux quatre coins de la ville (sur le parking toujours bien sûr, devenu « Scène Jean-Louis Foulquier », mais aussi au théâtre de la Coursive, sur le port, dans l’église , à la Sirène où la grande salle de 1.400 places accueillent des soirées ultra courues, ), les Francos ne sont plus uniquement ces cinq soirées de concerts mais se déclinent aussi en expositions (celle des dessins « carnets de routes », entre voyages et tournées, d’Albin de la Simone à l’ abri de la Coursive offrait un superbe voyage sur les traces de cet artiste au talent décidément pluriel), ateliers, rencontres à la Maison des Francos, en Francos Juniors, « Chantiers des Francos », (vingt ans cette année, une référence désormais en matière de formation et d’accompagnement des artistes émergents), « Francos Educ » pour valoriser la chanson française auprès des scolaires, « Francos Stories » au cinéma. 

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

A vingt et deux ans, Loic Nottet affiche déjà un parcours chargé, riche d’escales diverses. Mais toutes auréolées de succès. Finaliste de The Voice Belgique en 2014, défendant les couleurs de son pays lors de l’Eurovision l’année suivante, vainqueur de Danse avec les Stars en 2016 et sacré « artiste de l’année » aux D6bels Music Awards en janvier 2017, le jeune homme a parcouru ensuite des milliers de kilomètres pour son « Selfocracry Tour », dont les billets se sont arrachés. 

Le public, qui s’ était précipité pour faire plus ample connaissance avec l’interprète de « Million eyes », immense tube extrait du premier album, a eu la confirmation que cet artiste là était frappé par la grâce. Dans une mise en scène originale, des chorégraphies très théâtrales, accompagné par un couple de danseurs tout aussi parfaits, le concert n’a rien de traditionnel et tient bien plus du show où chaque pas est millimétré pour coller au plus près de l’interprétation des chansons. Charismatique, souriant, doté d’un sens de l’humour affuté, Loïc Nottet est prêt à conquérir le monde. En ce premier soir des Francos, les spectateurs lui ont réservé une ovation, convaincus d’avoir assisté à la naissance d’une future très, très grande star.

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

Temps fort de ce début de 34ème édition, la « fête à Véronique Sanson », a d’abord été une fête de famille, Christopher Stills, son fils mais également Stephen Stills, le père de ce dernier, venant tout spécialement des Etats-Unis. Séparés depuis des années, les ex-amants ne s’étaient pas revus depuis trois ans mais il ne leur a fallu que quelques minutes de balances pour retrouver des automatismes et jouer en harmonie. (Faut-il rappeler que Monsieur Ex est aussi le Stills de Crosby, Stills,  Nash and Young, l’un des plus fameux groupe de folk-rock américain des années soixante-dix, dont le succès fut international ?). Les parents et le fils n’avaient joué que deux fois ensemble par le passé, autant dire que la réunion avait quelque chose d’aussi exceptionnel que touchant. 

Autres invités de cette fête, Patrick Bruel, Vianney, Tryo, Jeanne Cherhal, Alain Souchon. Un casting quatre étoiles pour une set list qui a mixé chansons connues et titres « que vous connaissez moins », a expliqué l’artiste de soixante-neuf ans, superbe dans une veste à queue de pie noire. « Vous ne pouvez pas imaginer comme je suis heureuse d’être là. » « Je me suis tellement manquée », la bouleversante lettre à sa mère « Je l’appelle encore » mais aussi « La drôle de vie », « Vancouver », « Alia Souza » ou bien encore « Bahia », la chanteuse irradie de plaisir.

Succéder à ce beau monde aurait pu paraitre bien compliqué à Calogéro. Mais le grenoblois en a sous le pied. Véritable performer sur scène, en pleine tournée triomphale, il a enchainé tubes et extraits de son dernier opus sans jamais rien lâcher. Le public rochelais ne l’ avait pas revu depuis 2005. Il est resté jusqu’au bout de sa nuit pour l’accompagner et partager à l’unisson un univers souvent empreint d’une vraie mélancolie. En fin de matinée déjà, de nombreux fans s’étaient massés en haut du parking rendu invisible par des canisses. Mais le son ne pouvait être masqué et des cris nourris avaient déjà salué chaque prestation de celui qui est actuellement sans conteste l’un des chanteurs français les plus populaires.

Roméo Elvis, la Sirène.

Ultime détour de la journée, la Sirène, à l’autre bout de la ville, avait programmé une « Nuit collective » consacrée au hip-hop francophone avec notamment, Sopico, Dead Obies, Bagarre, Loud et Romeo Elvis. Le belge, grand frère d’Angèle (jeune et jolie prodige toute en blondeur qui n’ a pas encore sorti son premier opus mais est déjà devenue la coqueluche du public), n’a que vingt cinq ans mais déjà tout d’un vieux routier de la scène. Débarqué en 2013 avec deux EP qui ont fait pas mal de bruits, il a vu sa carrière s’envoler après les deux albums sortis en 2016 et 2017, « Morale » et « Morale 2 ». Avec des parties instrumentales plus électros, une place plus large accordée au chant lui-même, le rappeur s’est hissé tranquillement parmi les plus recherchés et se taille une route au succès impressionnant. La Sirène n’a pas dérogé dans ce parcours auréolé. Il était près de minuit quand Romeo Elvis a fait son entrée mais les mille quatre cents festivaliers ne l’auraient manqué pour rien au monde. La chaleur de la salle était déjà étouffante. Après cinq minutes de jump en tous sens, l’enthousiasme avait accompagné le thermomètre dans cette nouvelle montée.

Sopico, la Sirène.

Après une deuxième journée placée sous le signe du rap et de la nouvelle génération, avec notamment Gaël Faure (de plus en plus à l’aise sur scène et heureux de jouer, cela se remarque de concert en concert) et Thérapie Taxi, qui est de tous les festivals. Entendue un soir de demi-finale à la Nuit de l’Erdre (où le groupe était porté par l’euphorie du public), revue à La Rochelle, connue pour un ou deux titres largement plébiscités, la formation française devra convaincre encore car sur scène, la prestation assez vite monotone. 

NTM était ultra attendu après les deux soirs qui avaient mis Bercy en folie à la mi mars. Le duo aime la Rochelle qui le leur rend bien : alors qu’ils étaient tricards de toutes les programmations, Jean-Louis Foulquier avait fait fi des tempêtes et décidé contre vents et marées de les inviter.  C’était il y a vingt-deux ans. Reformé récemment et pour quelques dates dont la plupart des  grands festivals, NTM est au meilleur de sa forme. Joey Starr et Kool Schen ont la connivence communicative. Ils se complètent sans en rajouter et se comprennent au premier regard. Leur flow est toujours aussi efficace. Ces deux là montrent à qui en douteraient qui sont les patrons du rap.

Blow, la Coursive.

En ce troisième jour de festival, la Coursive imposait le détour. Blow, nouvel arrivant sur la scène électro, puise très clairement son inspiration de l’autre coté de l’Atlantique. Musicalement, c’est extrêmement bien ficelé et hyper construit. Blow, formation d’origine poitevine, permet aussi de revoir Jean-Etienne Maillard, guitariste et compositeur doué, aperçu dans d’autres groupes (Klone, The Sheperds). Coté prestation en revanche, on a parfois un peu de mal à suivre Quentin Guglielmi, le chanteur, dans ses propos interludes un tantinet éthérés. « On est des petits légumes, des courges, des tomates, des concombres, enfin… vous, vous êtes ces légumes, ces choses qui dansent, » prononcés d’un ton qui n’aurait pas déplu à un maître yogi. Ce jour là en tous cas, il semblait habité jusque dans sa façon de bouger, rendant son ailleurs pas toujours accessible. Dommage car à l’écoute, Blow c’est réellement intéressant. Le single, « The Devils remembers me » connait un succès mérité et il y a fort à parier que le trio (renforcé sur scène par un batteur) n’a pas fini de faire parler de lui.

Ben Mazué, la Coursive.

C’ est une salle pleine à craquer qui guettait celui qui a pris la suite. Ben Mazué est à quelques dates du terme de sa tournée, « La Princesse et le Dictateur ». Il est passé par le Chantiers des Francos et à La Rochelle cette année, il a un programme chargé (en plus de son concert, il est l’un des artistes choisis pour les « Rencontres » et célèbre avec Pomme et Laurent Lamarca les vingt ans des Chantiers justement à la chapelle de l’ hôpital Saint-Louis). Depuis ses débuts en 2011, qui avaient déjà mis en lumières ses talents d’ écriture et son rap si personnel, le public n’en finit plus de lui faire les yeux doux. « La femme idéale », son troisième album, est un pur concentré d’émotions vraies, celles du rire, celles des larmes (sur Headline, notre report du 4 avril 2018).

Brillantissime, Ben Mazué a conçu un spectacle hors normes, indescriptible si on ne veut pas en spoiler le déroulé. Avec Robin Notte, son directeur musical, présent sur scène à ses cotés, ils ont bouleversé les codes du genre et donné aux « guitare-voix » (avec piano sur de nombreux titres) des lettres d’originalité incomparables. La tournée s’arrêtera à  l’ Olympia le 14 Novembre après un détour par la Belgique, Lille, Bordeaux ou bien encore Genève. Ensuite, Ben Mazué fera silence… Le temps de composer son quatrième opus ? La question reste posée car le trentenaire se dit prêt à se laisser porter par tous les vents de la création. 

Ben Mazué, la Coursive.

Après s’être laissé prendre au charme du répertoire de Pierre Lapointe, à ses textes plein de désillusion, de désamour, de magnétique beauté un peu désespérée, retour vers la scène Jean-Louis Foulquier où Bigflo et Oli étaient attendus de façon sonore. Passés eux aussi par les Chantiers, les deux frères sont des habitués des Francos. Disque de platine avec « La vraie vie », récompense suffisamment rare aujourd’hui pour être mentionnée, Big Flo et Oli (autrement dit Florian et Olivier), ont croisé la route du succès dès leur premier opus, « La Cour des Grands », voilà trois ans. Disque d’or à peine quatre mois après sa sortie, il sera lui aussi certifié Disque de platine. 

Prônant la tolérance, la fraternité et revendiquant une vraie ouverture d’esprit, le combo toulousain a su séduire par des propos d’apaisement, refusant des polémiques sur l’ Islam notamment afin de ne pas se laisser prendre au piège de débats bien trop vastes pour se limiter à quelques paroles. Sagesse à laquelle leurs fans ont manifestement adhéré.

En pleine tournée (dont toutes les dates se jouent à guichets fermés), Big Flo et Oli trouvent aussi le temps pour composer des génériques, faire partie des jurés de The Voice Belgique (pour la saison 6 l’an dernier). Autant d’activités qui ne font qu’accroitre la notoriété, largement justifiée pour ces deux là qui ont aussi décroché la Victoire de la Musique catégorie « Chanson de l’année » avec « Dommage », leur album étant nominé dans la catégorie « Musiques urbaines ». Une vraie déferlante.

Shaka Ponk avait l’honneur de fermer le ban ce 13 juillet. Le quintet, porté par le virevoltant Frah et la magnétique Sam, a fait le show, porté par une scénographie dont l’originalité n’est plus à démontrer. Il y a quatre ans, leur premier passage par La Rochelle avait été euphorique. Ce retour est largement aussi attendu, « The Evol’ », le sixième album studio des Shaka Ponk, sorti en novembre dernier (saluée par la Victoire de l’ Album Rock de l’année) marquant quelques détours nouveaux, vers la pop et même vers davantage de poésie peut-être. « Evol » est aussi l’anagramme de « Love »’, ceci explique partiellement cela.

Costumes, décors, mise en scène, imageries, façon unique d’ accrocher le public et de se jeter constamment dans l’arène, le groupe a l’imagination no limit. Les concerts sont des boules d’énergie à multiples facettes avec quelques passages très attendus comme ces battles face à Goz, le singe emblématique, ou bien encore, plus récent, face à l’avatar de David Bowie. Ayant pris le parti de ne pas reprendre énormément de leurs succès précédents, Shaka Ponk mise beaucoup sur les derniers titres, sur davantage d’électro également. On sent que l’ambition scénique a elle aussi encore gravi un échelon. 

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

Il y a moins de dix ans, en novembre 2009, les Shaka, qui ne bénéficiaient pas encore de la présence de Sam, vraie valeur ajoutée, incroyable personnalité, jouaient dans des clubs de taille ultra modeste, comme l’Olympic à Nantes. C’étaient les débuts, l’ordinateur lançant les images était parfois capricieux, l’écran en forme de peau de tambour avait une taille bien plus modeste. Mais le public ne s’était pas trompé en pariant sur le succès de cette bande totalement novatrice. Vendant des albums par milliers, remplissant des salles énormes, tête d’affiche des plus gros festivals, Shaka Ponk est désormais une référence à part entière… dont le groupe se sert pour mettre en avant sa fibre écologique. A chaque conférence de presse, Frah et Sam exposent les raisons de leur engagement aux côtés de la Fondation pour la Nature et l’ Homme  (ex-Fondation Nicolas Hulot), les cinquante gestes à faire pour améliorer son empreinte (à retrouver sur le site de la Fondation). Nul opportunisme dans cette direction là, les Shaka sont des militants de la première heure, de vrais figures de proue d’une cause pour laquelle ils se battent comme s’il s’agissait d’une  question de survie, sans pour autant pratiquer ostracisme ou culpabilisation bornée. Avec ce côté « toujours plus haut, toujours plus fort », on peut se demander jusqu’où iront ces cinq électrons libres là ?

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

En ce jour de Fête Nationale, les plus jeunes avaient rendez-vous avec Aldebert et ses « Enfantillages ». Il fallait voir l’intérieur de la Coursive avant l’ouverture des portes, une longue file d’attente dans le patio intérieur, une colonie de vacances même pas dissipée, joyeuse et juste impatiente, entourée par des parents qui n’avaient pas l’air de bouder leur plaisir. Aldebert ne s’adresse par aux enfants à coups de niaiseries mais avec intelligence et poésie. 

A la Coursive encore, Arthur H a une fois encore signé sa présence à coup d’énergie créatrice. Son récent double album, « Amour Chien fou », un peu funk, beaucoup « ballades »,  s’accordait parfaitement avec cet espace de quasi intimité (à quelques mètres des tours de la Rochelle, dont l’une portait un immense portrait de son père, bel hommage à Jacques Higelin disparu quelques mois plus tôt). Offrant un récit de son périple à travers le monde, de Bali à Tokyo, du Mexique à Montréal,  Arthur H ose aussi l’aventure introspective, les temps de la vie. Il flotte comme toujours un parfum de nostalgie, une mélancolie tenace mais on sent que le musicien est en capacité de « poser les valises », de se laisser aller à vivre avec plus de légèreté. Un constat plutôt émouvant à observer chez ce fidèle des Francos.

En début de soirée sur la grande scène, Eddy de Pretto, dont l’ascension est aussi rapide que la vitesse de l’éclair, Prix des Inouis l’an dernier au Printemps de Bourges, en énorme tournée ultra bondée quelques mois plus tard, est celui que tout le monde s’arrache et veut voir. L’ auteur de « Kid » semble regarder tout cela avec amusement et recul, lui qui se rêvait artiste dès l’adolescence depuis sa cité, son « Beau lieu ». Le rappeur ne se contente pas de textes d’une précision et d’une profondeur redoutables, il bouscule le genre en longs passages chantés qui n’auraient pas déplu à Nougaro, l’idole familiale. Eddy de Pretto est l’un des très beaux succès de la nouvelle scène rap française.

Jain, (Artiste de l’année 2017 aux Victoires de la Musique) est également l’une des révélations de ces dernières années. Après « Zanaka », sorti en novembre 2015, double disque de platine, riche de nombreux tubes, la  protégée de Maxime Nucci doit sortir ce mois d’août un nouvel opus dont on ne connait pour le moment que le premier extrait, déjà succès, « Alright ». L’artiste globe trotteuse a toujours beaucoup voyagé. Elle a engrangé durant ses tournées à travers le monde des sons, des couleurs qu’elle a eu envie de reproduire. 

Sur scène, elle a d’abord choisi la combishort au petit col claudine immaculé qui donnait un air de sagesse pas vraiment en adéquation avec l’énergie déployée mais un décalage qui l’amusait. Aujourd’hui, Jaïn mise sur la salopette bleue (Agnès B) pour montrer la machine de guerre dans laquelle elle se transforme face au public. Le set est parfaitement calibré, le public était conquis d’avance mais la victoire n’en est pas moins jolie.

Un feu d’artifice (plutôt décevant, tant coté pyrotechnie que bande son) plus tard, dans une tenue blanche rompant avec ses coupe vents habituels, Orelsan n’a pas eu besoin de se changer et d’endosser le maillot jaune porté peu après pour prouver qu’il serait bien le vainqueur de l’étape du jour. Le site est plein à craquer. On se masse au plus près de la scène pour voir celui qui rafle tout depuis la sortie de « La fête est finie ». Ca saute, ça danse, « Basique », « Paradis », « Christophe », parler de communion n’ est même pas encore assez fort. Des titres plus anciens, tel « Le chant des Sirènes » sont aussi de la partie. Avec ses quatre musiciens, dont son pote Skread, à qui pas mal de ses chansons doivent sur succès, Orelsan a le flow infaillible. On pourra toujours le critiquer, ressortir de vieilles polémiques désormais dépassées, ce musicien là est assez bluffant.

Hoshi, sa voix éraillée, sa guitare et ses vingt ans, ses enthousiasmes et ses doutes, campaient à la Coursive en cette ultime journée des Francos. Une jolie découverte qui permet de voir au delà de son succès actuel…. Succession on ne peut plus cohérente, Nolwenn Leroy lui a succédé. Radicalement différent de ses précédents albums, « Gemme » est une sorte de révérence à la terre, à la vie. On n’est plus dans le folklore breton, ni dans la variété des débuts. Portée sans doute par sa maternité récente, la chanteuse se tourne vers davantage de gravité et sa voix, toujours aussi juste et unique, y trouve matière aux plus belles envolées. Libre.

Afin de permettre aux festivaliers de vivre à fond la présence exceptionnelle de la France en finale du Mondial de Foot, les organisateurs avaient eu la bonne idée d’ouvrir les portes de Saint-Jean d’ Acre en milieu d’après-midi à tous ceux qui avaient leurs billets pour le soir. Inutile de revenir sur l’ambiance dans les grandins. Dans cette fan zone inédite et improvisée, la liesse s’est levée (pour paraphraser Ben Mazué), les cris et les applaudissements, ont résonné comme dans tous les recoins de la ville où des écrans de télévision retransmettaient le match des bleus. Mais en beaucoup plus fort. Une édition exceptionnelle, c’est le mot!

Serge Gainsbourg aurait eu quatre-vingt dix ans cette année. Le temps s’est figé avec sa disparition en 1991 mais l’ homme du « Poinçonneur des Lilas » était bien né en avril 1928.  Celle qui fut sa femme et sa principale inspiratrice, son interprète fétiche, a décidé de reprendre la scène après des années compliquées par la maladie. Jane Birkin interprète Gainsbourg depuis trente ans. Avec la complicité de Philippe Lerichomme, son directeur musical, elle a choisi les titres auxquels elle avait envie de donner une nouvelle parure. Un jour, elle a rappelé combien le compositeur s’inspirait de la musique classique, qu’il adorait au delà de tout, ayant souvent rêvé que ses propres textes soient portés par un écrin symphonique. Les Francofolies de La Rochelle avaient exaucé cette envie en 2016. Celles de La Rochelle ont poursuivi cette année. Le résultat est d’une beauté époustouflante, entre paroles célébrissimes, partitions du grand Gainsbourg, envolées entre Messian et souffles jazz. 

Boucler l’édition des Francos par cet hommage éclatant, porté par la douce Jane Birkin, était aussi refermer le livre avec émotions, juste avant le passage de Brigitte, élégant duo qui en 2015 déjà, puis en 2016, a toujours imprégné de sa douceur le public rochelais. MC Solaar a été le dernier de cette longue série d’artistes à fouler la grande scène. Plus de vingt cinq ans après sa dernière venue, des années après son dernier album, ses rares prestations étant réservées au spectacle des « Restos », l’interprète de « Bouge de là », ancien porte étendard du hip hop hexagonal, n’a rien perdu de sa fougue. « Géopoétique », son huitième album studio, est sorti en novembre dernier avec près de vingt titres uppercut, dont MC Solaar a signé la quasi totalité des paroles. La tournée est lancée et met le feu d’entrée de jeu. « Caroline » est porté par une foule qui connait toutes les paroles et provoque des hurlements  enthousiastes. Le chanteur se moque des affres de l’âge et se montre d’une énergie solaire. L’ultime page des Francos 2018 s’est refermée aux accords de ce porteur de joie. Une magnifique édition superbement reliée.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.