No One Is Innocent n’est pas prêt de se taire

Un mois et demi après la sortie de « Propaganda » et encore dans le souvenir des deux concerts en ouverture d’ACDC, No One is Innocent est en tournée dans toute la France. L’occasion de constater que le groupe n’a rien perdu de ses colères. Franchir le mur du « gros son » lui va sacrément bien. 

Pas de chance pour les No One is Innocent, la pluie a décidé de jouer les invités de mauvaise surprise en ce dernier jour du festival de Poupet (Vendée). Mais il faut bien plus qu’une météo grincheuse pour cabosser l’énergie de Kemar et de ses acolytes. Le chanteur l’avait d’ailleurs annoncé tôt dans l’après-midi : « Rien ne pourra nous retenir! On a une envie de jouer qui confine à l’urgence. On a donc composé la setlist en fonction de cette énergie folle, « Drones » lâchera tout dès le début. Et puis il y aura « Silencio », le premier titre extrait du nouvel album et puis « Barricades ». Sans temps morts. Il faut que la rage explose, diffuse et revienne en écho. »

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Vingt ans que Kemar Gulbenkian ouvre sa voix pour No One Is Innocent. Le parcours a été long, jalonné de quelques bûches voire même de jolies gamelles car jouer les « grandes gueules contestataires » n’est sans doute pas le meilleur chemin vers la popularité ou le succès commercial. Le corpus a été critique et l’ambiance interne s’en est aussi ressentie, expliquant les renouvellements successifs parmi les musiciens, les chemins de traverse empruntés par les partitions et le message brouillé qui en découlait. Mais même enterrés par certains, même estampillés opportunistes par quelques rageux ou gentiment affublés d’ « aquabonistes » par ceux qui s’y étaient déjà brûlés les airs, No One Is Innocent a toujours ressurgi et ressuscité des cendres où quelques uns les auraient bien laissés.

Quinze ans après « La peau », qui restera tatouée dans les mémoires de toute une génération, quatre ans après « Drugstore » et sa tournée fracassante, les musiciens prouvent qu’ils ont toujours la conscience aux aguets et les riffs affûtés : « Propaganda », sorti début juin, réunit onze titres sans concession. Ca rue dans les brancards des idées plates, ça extirpe des absences de conscience, ça pointe la tentation du pire. Beaucoup de colère, une désillusion croissante de la politique, une tolérance revendiquée mais aussi quelques superbes envolées d’émotion, le tout enveloppé dans une énergie boostée par des solos incroyables, des riffs particulièrement accrocheurs et beaucoup mieux mis en valeur.

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Les guitares sont plus lourdes, la basse accrocheuse, le ton général est bien plus puissant. Impossible de ne pas y voir l’influence de Fred Duquesne, aux manettes pour l’enregistrement et la réalisation. Ce guitariste aussi doué que prolyxe, qui a usé ses cordes sur Watcha, Empyr et endosse désormais les couleurs de Bukowski et de Mass Hysteria, est l’un des meilleurs producteurs actuels de « gros son », qu’il dose avec une précision d’orfèvre. L’oreille est affûtée, la recherche constante et le dosage parfait.

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« Avec ce sixième album, on est ainsi revenu à nos envies initiales,  » observe Kemar. « Il y a vingt ans, nous combattions la passivité, les discours formatés et l’univers du prêt à consommer qu’il soit politique ou musical, l’embobinement des esprits et ses dangers. Nos combats demeurent et ils ont une nécessité encore plus manifeste quand on regarde les évènements actuels ou récents. Ajouter de la puissance instrumentale sur les mots avait donc aussi du sens. »

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Avec une formation recomposée (autour de Kemar, seule figure historique du No One d’origine, figurent Shanka (guitare), arrivé peu après Kemar, Bertrand Dessoliers (basse) et Gaël Chosson (batterie), présents depuis plus de quatre ans et Bertrand Laussinotte, guitare, dernier venu, à qui l’on doit également pas mal de titres), le groupe a pas mal douté avant de réussir à sortir « Propaganda »… « Nous étions dans le local, les gars jouaient des trucs mais je ne sentais rien! Or, moi, il faut que la musique m’inspire, » poursuit le chanteur. « Il faut que ça envoie, que les mecs me donnent envie de me lever et de sauter. La scène ou le local, c’est pareil, ça doit donner de la même façon. Or là, il ne se passait rien, on était tranquilles sur les chaises et… Rien ! Du coup, aucune inspiration non plus du côté des textes. J’avais beau avoir quelques idées en tête, rien ne sortait… Alors on a fait une pause de quelques mois, je leur ai demandé de chercher et de revenir avec des trucs qui accrochent. Il nous fallait du lourd parce que les gens allaient nous attendre au virage. Et il fallait du lourd pour que les mots viennent plus facilement. Or, les mots, quand vous chantez en français, c’est ce dont on parle le plus. La musique est importante mais elle est moins disséquée. Alors que toutes vos paroles sont filtrées et commentées. »

Du « lourd », il y en a donc eu. Shanka a composé le superbe « Un Nouveau Scottsboro ». Pour les autres morceaux de l’album, la pause a été inspirée puisque dès la première réunion, le jeu de construction n’a plus jamais failli.

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« Le riff de « Silencio » est arrivé très vite, tout comme la base d’appui de « Charlie » et de « Djihad propaganda ». Pour Charlie, nous avons réussi le double écueil de l’empressement excessif et du trop gros pathos. J’avais enregistré avec mon téléphone les bruits de la foule réunie place de la République. Ces « Qui sommes-nous? Charlie! » ouvrent le morceau, les paroles ont fusé quand j’ai entendu la musique. J’ai ressenti l’urgence et voilà ce que ça donne. Je l’ai envoyé à l’équipe de Charlie, elle a été abasourdie et profondément secouée. On avait dû trouver le combo textes-musique qu’il fallait pour cet hommage qui se veut aussi un cri d’alerte, » commente encore Kemar. « Ce qui est terrible, c’est que tous les indicateurs du mal étaient déjà là voilà vingt ans, que la société n’en finit plus de se perdre dans de mauvais repères mais que personne ne semble vouloir en parler. Il est loin le temps de la chanson contestataire ultra présente, de l’engagement des artistes. Aujourd’hui, rares sont mes collègues chanteurs qui profitent de leurs micros pour porter des messages. Les refrains consensuels et la révolte molle sont sans doute commercialement préférables. Dommage les gars, parce qu’il y aurait des trucs à faire ensemble, des scènes à partager pour faire bouger les esprits. On est des artistes mais aussi des citoyens…  A croire que beaucoup l’ont occulté. Trop facile!!  Chacun a bien sûr le droit de raconter ce qu’il veut mais il y a quand même des groupes qui pourraient se mouiller davantage! »

Une chose est sure, Verycords, la nouvelle maison de disques des No One is Innocent, n’a pas bâillonné les crayons, Kemar et son complice co-auteur (Emmanuel de Arriba) ont pu s’exprimer avec toute la rage souhaitée, sans le moindre bémol. Et c’est cette rage qu’ils ont soif désormais d’exporter et de partager sur scène.

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Bonne pioche ou cadeau du destin, à moins que ce soit un heureux Karma qui leur permette de n’assurer que des premières parties d’exception, eux qui avaient déjà ouvert pour Motörhead en 2011 et Guns N’ Roses en 2012, ont eu le privilège de jouer lors des deux concerts d’ACDC au Stade de France en Juin dernier.  « Quand on a passé sa jeunesse à se prendre pour Angus et jouer avec une raquette devant sa glace, je vous laisse imaginer le pied que ça peut représenter! On n’avait sans doute pas le son nécessaire, on a joué une demi-heure mais quelle claque ! J’ai dit aux mecs de tout donner, que ce challenge était celui de notre vie, que le public venait de partout dans le monde, que le moment était venu de faire exploser ces morceaux que nous avions répétés des centaines de fois. On allait les lâcher et les lâcher devant 80.000 personnes, au Stade de France, avant ACDC. Il y en a qui aurait eu peur… Je crois que ce sont les concerts qui m’ont le moins angoissé. Prendre du plaisir, tout donner, il n’y a eu que ça. Aujourd’hui, la tournée se poursuit. Le Stade de France était une étape exceptionnelle dans un périple tout aussi excitant. »

Enthousiasme non feint si l’on en juge par ce concert d’une heure donné ce 24 juillet dans le cadre du Festival de Poupet, entre le set d’Alb et celui des Shaka Ponk, tête d’affiche de la soirée. Il n’aura pas fallu plus de deux minutes aux No One pour déclencher un pogo qui ne prendra fin qu’à la dernière note du dernier morceau et emporter un public qui n’était pas forcément celui de leurs concerts habituels. « Drones » avait réussi son effet!

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Kemar exulte, saute et joue avec les musiciens. Nikko (Eiffel), en régional de l’étape (il remplace Bertrand Laussinotte pour deux soirs), a sa cohorte de fans. Gaël Chosson n’a pas failli au bonnet dont il ne se sépare jamais mais l’énergie et la puissance ont été telles qu’il y renoncera pourtant un fin de parcours. Bertrand Dessoliers est à l’unisson et Shanka, qui n’avait pu vivre les épisodes ACDC pour cause de tournée américaine avec The Dukes, son autre groupe,  prouve qu’il est bel et bien de retour, pilier incontestable et charismatique de cette aventure.

Un petit quart d’heure et déjà Kemar tombe chemise et  tee-shirt. Sur scène, ça envoie encore davantage. « La peau » et « Revolution.com » font chanter jusqu’au plus haut du théâtre de verdure. La pluie a le bon goût de la jouer plus intermittente, permettant quelques jolis slams. « Kids are on the run » semble taillée pour le succès. Le public en redemande. Les visages trahissent le plaisir partagé.

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Mission accomplie pour No One. Vingt ans décidément le bel âge. L’été prochain le groupe se rêve à l’affiche de gros festivals, « porter l’engagement et sa cohorte de riffs vénères sur les grosses scènes ça aurait de la gueule! » No One Is Innocent est de retour, pour ceux qui en douteraient encore… 

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

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Poupet ou la recette du cocktail euphorisant!

Sur les quatorze têtes d’affiche du 29ème Festival de Poupet, dix investiront pour la première fois la scène du théâtre de verdure. Entre retour d’anciens illustres et nouveaux venus dont la renommée n’est plus à faire, les organisateurs ont mitonné une affiche propre à séduire toutes les envies. De Véronique Sanson à Shaka Ponk en passant par Bob Sinclar ou Jeff Panacloc, les nuits d’été vont encore être belles du côté de Saint-Malô-du-Bois.

Malins les organisateurs qui dès jeudi soir semaient les énigmes pour faire deviner quelques unes des têtes d’affiche de Poupet 2015 ! Ça jouait par vagues entières sur les réseaux sociaux. Calogero, les Shaka Ponk avaient facilement été trouvés. Jeff Panacloc aussi (mais lui, c’était plus simple : l’info était déjà sur sa page Facebook). D’autres assuraient la présence de Christine And the Queens (en raison de son origine nantaise qui faisait d’elle une voisine inévitable !), quand d’autres encore rêvaient d’Asaf Avidan et de Noah.

                                                                                                                                     Yannick Noah.

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                                                                                                                                            Asaf Avidan.

Au final, rêve exaucé pour… Yannick Noah! Le parrain du Festival, sera là dès le deuxième soir, le 3 Juillet, avec Irma en première partie (le Festival reste fidèle à la jeune artiste à laquelle il offre sa troisième invitation depuis 2010). Personne n’a oublié la venue de Noah en 2011. Une soirée aussi ensoleillée que prolongée tard dans la nuit. Il présentera cette fois ses « combats ordinaires », titre de son nouvel album, qui n’a rien de commun. Mais il glissera forcément aussi les accords qui ont fait ses premiers succès.

Exaucé également pour l’extraordinaire Asaf Avidan, celui sur lequel pleuvent les superlatifs depuis son premier album solo en 2013 et qui enchaîne les tournées à travers le monde, il sera en étape exceptionnelle le 2 juillet. Asaf Avidan était déjà venu en 2013. Il aura cette fois l’honneur d’ouvrir le festival. Il va donc falloir jouer rapide côté réservations .

Calogero.

Exaucé enfin, samedi 4 Juillet, pour Calogero. Son dernier album a connu un succès phénoménal à l’heure de la crise du disque, la critique a été unanime et ses concerts se jouent tous à guichets fermés. Une chance supplémentaire pour les recalés de la billetterie ou ceux qui espéraient revoir ce chanteur compositeur-interprète, auteur de bandes originales de films aussi à ses heures perdues. Ses « feux d’artifice » devraient éclater encore plus beaux dans le théâtre de verdure vendéen.

                                                                                                                         Moussier Tombola.

  Fatal Bazooka.

                                                                                                                                   Bob Sinclar.

Pour la soirée la plus délirante du festival, c’est le vendredi 10 juillet que ça se passe. « Poupet déraille – face B » réunira trois spécialistes de la fête: Moussier Tombola (mais si, « logobitombo », 100 000 000 de vues sur YouTube), Michaël Youn alias Fatal Bazooka et ses succès aux paroles improbables qui a déjà prévu de mettre le feu comme jamais. Et enfin, Bob Sinclar, le DJ français désormais globe trotteur tant on se l’arrache de l’Australie aux États Unis, d’Ibiza au Royaume Uni. Il laissera résonner sa French Touch sur ses platines et le public dansera sans répit. Pour l’occasion, costumes kitsch obligatoires. Ressortez les collants fluos, les jogging à paillettes ou les colliers dorés chers à Baracuda… Trop ne sera jamais assez !!

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The Do.

                                                                                                                                         George Ezra.

Retour à plus de calme le mercredi 15 juillet. Le tandem de The Do et sa musique aussi syncopée que futuriste ouvrira la soirée puis laissera place à George Ezra, vingt et un ans mais déjà couronné de succès et ultra sollicité. Son fameux « Budapest » est un tube planétaire. Sa voix et sa seule guitare sèche, des airs qui empruntent au folk, au blues… Ezra, gentleman anglais, est l’une des plus grandes révélations scène de ces derniers mois.

Parce que la famille recense les talents, les Chedid ont finalement décidé de repartir en tournée de façon groupée. Louis, le père, mais aussi M comme Mathieu, Joseph, qui a également son propre univers sous le nom de Selim et Anna, qui prenait souvent en charge les visuels de la bande et vient de se lancer à son tour, en faisant entendre sa voix sous le nom de Nach. Pour voir la famille Chedid, rendez-vous le dimanche 19 juillet.

                                                                                      Joseph, Louis, Anna & Matthieu Chedid.

Jeff Panacloc.

La veille, la voix viendra de l’intérieur !! Jeff Panacloc et son fameux Jean-Marc, le singe survolté et roi de l’insolence. Qui de Jeff ou de Jean-Marc a le dessus sur l’autre ? La peluche n’est t’elle que marionnette parlante dans les bras de son maître? Pas si sûr! Seule certitude, le rire sera de la soirée.

                                                                                                                                Véronique Sanson.

Shaka Ponk.

Autres singes, autres rythmes le vendredi 24 juillet. Faut-il encore présenter Sam, la sculpturale chanteuse, Frah, son acolyte, Ion, Mandris, CC et Steve, la fabuleuse team des Shaka Ponk ? Chaque album est un succès, chaque tournée remplit des salles de plus en plus énormes. Leur rock mutant, multicolore et inclassable va encore une fois attirer les fans du groupe depuis la France entière.

Enfin, parce qu’elle est rare, qu’elle a inscrit la majeure partie de ses titres au patrimoine de la chanson hexagonale, le Festival de Poupet a décidé de mettre à l’honneur Veronique Sanson qui elle même mettra la soirée sous les couleurs de trois de ses plus fabuleux albums : Le Maudit, Vancouver et Hollywood. Voyage assuré. Embarquement le vendredi 17 juillet.

Avec cette première livraison de noms, les organisateurs réussissent l’exploit de convoquer les envies et de jouer avec nos impatiences. Quand on sait leur habileté dans l’art du dressage de festival, on se dit que le banquet est déjà superbe mais que les invités de dernière heure seront obligatoirement de même tenue. En attendant ces ultimes révélations, on fait passer le message. En juillet, ne nous cherchez pas, c’est en Vendée qu’il faut passer ses soirées.

Magali MICHEL.

Ouverture de la billetterie le mardi 24 mars.

www.festival-poupet.com

Le bel été des festivals français.

La saison des festivals français s’est achevée dimanche soir quand se sont éteintes les consoles de Rock en Seine. Avant de reprendre le chemin des concerts en ordre plus dispersé, petit retour sur ces mastodontes qui ont mis notre été en musique. Et petit coup de chapeau personnel à celui qui n’est sans doute pas le plus lourd d’entre eux mais qui a fait de son sens de l’accueil sa marque de fabrique, au point de s’imposer comme un incontournable sur l’itinéraire des tourbus.

Status Quo // Hellfest.

Hommage chaleureux tout d’abord à celui qui a ouvert le ban : le Hellfest, l’incontournable rendez-vous metal de Clisson, cuvée 2014 (du 20 au 22 juin), a battu tous les records. De température d’abord avec un mercure à plus de 35 ces trois jours, enveloppant chaque déplacement d’un nuage de poussière, expliquant aussi les files d’attente aux (trop) rares point d’eau et la traque à la moindre zone ombragée. Dans ce contexte, l’intervention des pompiers le dernier jour a été une initiative largement appréciée. Dommage peut-être que leurs lances à eau n’aient pas été sollicitées plus tôt. Mais cette météo harassante (en opposition totale avec le cocktail pluie-froid de l’édition précédente) n’a pas réussi à gâcher le plaisir des métalleux qui, d’Iron Maiden à Aerosmith en passant par Status Quo, Avenged Sevenfold, Black Sabbath ou Rob Zombie, ne savaient plus où donner du pogo. Deux coups de cœur pour nous : les allemands de « Powerwolf », impeccables dans leur mise en scène spectaculaire comme dans leur set list parfaitement calibrée, portée par un Atila Dorn en grande forme et les américains de « We Came As Romans » qui réussissent à revisiter le metalcore avec une belle énergie et un plaisir de la scène assez contagieux. Record de fréquentation enfin (et surtout!) avec plus de 139.000 spectateurs, battant encore les résultats de 2013. De quoi mettre la pression sur Ben Barbaud et son équipe qui vont devoir programmer fort pour le 10ème anniversaire du Fest l’an prochain.

Météo avec vents contraires une semaine plus tard pour les trois jours du Solidays mais la fréquentation n’a heureusement pas pris l’eau : 175.237 spectateurs. Plus importants encore compte tenu de l’enjeu et des fins de la manifestation organisée sur l’hippodrome de Longchamps, les 2,2 millions d’euros de recette estimés, largement au delà des objectifs affichés. Solidarité Sida va pouvoir renforcer ses actions grâce à la présence d’artistes aussi divers que Fauve, HollySiz et son enthousiasme sincère, Yodelice, Franz Ferdinand, les complices Triggerfingers et les incontournables Shaka Ponk, Vanessa Paradis ou Skip the Use. L’affiche était la bonne.

 

Stromae // Main Square Festival.

Même constat pour le 10ème anniversaire du Main Square d’Arras (du 3 au 6 juillet) : la pluie diluvienne, le terrain boueux et collant n’ont pas fait rebrousser le chemin du moindre festivalier et devant les scènes d’Arras, ce sont plus de 135.000 spectateurs qui se sont pressés. Doté d’une journée supplémentaire en ouverture, le Main Square avait réellement frappé fort en offrant une affiche exceptionnelle : Iron Maiden, Ghost, Stromae, M, Détroit, David Guetta, Gesaffelstein, MGMT, The Black Keys, entre autres, pour la scène principale et autant de richesses sur la Green Room avec London Grammar, James Arthur, The 1975, notamment. Programmation au top et organisation parfaite, pour les professionnels comme pour le public. Arras est en haut de la carte. Une hauteur qui sied bien à son festival.

(A quelques encablures de là et durant ce même week-end, les Eurockéennes réussissaient eux aussi leur édition en attirant plus de 102.000 festivaliers face à Stromae (toujours!), Pixies, Shaka Ponk (toujours aussi!) ou bien encore Foster the People et… devinez… Détroit!)

Pluie encore et toujours, orages même, pour accompagner les Vieilles Charrues (du 17 au 20 juillet) qui avaient convié, entre autres, Elton John, Arctic Monkeys, Christophe, Détroit, HollySiz, Fauve, Daho mais aussi Indochine, Julien Doré, Kavinsky… La 23ème édition de la manifestation bretonne (dont le budget est de 13 millions d’euros) a accueilli 225.000 personnes dont plus de 175.000 entrées payantes. D’excellentes nouvelles sur le papier mais à ne pas considérer aussi simplement sans doute quand on sait que les Vieilles Charrues ne bénéficient d’aucune subventions et se financent à plus de 80% par les festivaliers eux-mêmes. Dans ces conditions, chaque année est à hauts risques et les bilans comptables, scrutés à l’euro prêt.

Ce bilan, les Francofolies devraient logiquement le considérer avec satisfaction : une ouverture en fanfare, baptisée « Les copains d’abord », en vibrant hommage à Jean-Louis Foulquier, disparu le 10 décembre dernier. Lavilliers, Souchon, Aubert, Voulzy, Jonasz, Adamo, Noah, Thiéfaine, rejoints par les « jeunes pousses » Nolwenn Leroy, Elodie Frégé, Christophe Willem… ils avaient tous répondu présents. La liste était belle et la soirée (présentée par Omar Sy en surprenant Monsieur Loyal) n’a pas déçu malgré quelques longueurs. Puis Christophe Maé, Stromaé et Détroit les jours suivants ont eux aussi réussi le carton plein. Du 10 au 14 juillet, les diverses scènes du festival rochelais auront recensé plus de 92.000 spectateurs. Un succès qui rend lui aussi hommage au père fondateur de cette manifestation désormais trentenaire.

Ce week-end enfin, grâce à Lana Del Rey, Blondie, Queens of the Stone Age, Portishead ou bien encore Arctic Monkeys, proposition originale et oh combien alléchante, Rock en Seine a clos le bal avec une participation qui méritera affinement mais devrait flirter avec les 40.000 festivaliers par jour. Malgré le déluge gâchant un peu la journée d’ouverture de cette douzième édition, le festival francilien a largement atteint son objectif.

L’été 2014 des festivals aura décidément été celui de tous les succès alors que les esprits chagrins leur faisaient miroiter le pire, entre mouvement des intermittents et incertitude éventuelle sur la tenue des concerts et crise économique ne facilitant pas l’achat des pass multi jours. La météo n’a pas été belle mais aucun orage ne sera venu mettre en danger ces machines solides mais toujours à risques. Si éclairs il y a eu, ils n’auront été que de génie car les programmateurs ont su faire cohabiter audace et certitude pour livrer au final des affiches qui ciblaient large mais visaient manifestement juste.

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Sur la carte des festivals, il en est un qui poursuit tranquillement sur la route du succès et des records, celui de Poupet à Saint-Malo des Bois. Dans cette microscopique commune vendéenne riche de quelques 1.500 habitants, on recense pas moins de 540 bénévoles dont le noyau dur se réunit chaque semaine pour mitonner un festival étalé sur près de trois semaines chaque mois de juillet avec une quinzaine de soirées différentes pour réussir à satisfaire tous les goûts et toutes les générations.

Christophe Maé // Festival de Poupet.

Depuis sa création voilà bientôt trente ans et plus encore depuis la construction du magnifique théâtre de verdure en 1998, inauguré l’année suivante par Pierre Bachelet, les têtes d’affiches se sont succédées et le nombre de spectateurs n’a jamais cessé de croître. Près de 20.000 voilà dix ans… Près de 60.000 supplémentaires cette année. Et ce n’est que mérité! Bien sûr, comme partout, pour que le public réponde présent, il faut susciter l’envie. Noah, Joe Cocker, Texas, Hallyday, Tracy Chapman, M, Souchon, The Cranberries, Maé, Bruel… la liste est bien trop longue de ces succès passés pour être rapportée. L’an dernier, David Guetta réunissait 24.500 personnes. On croyait le record imbattable. Erreur! Cette année, Stromaé (pour une soirée exceptionnelle au Château de la Barbinière) a fait venir 25.000 personnes. Gad Elmaleh a affiché complet très vite et Patrick Sébastien a provoqué un tel engouement qu’il a fallu reprogrammer une autre soirée en fin de festival. Bonne pioche! Va pour la qualité de l’affiche donc. Mais il y a aussi ce petit plus qui fait ici une sacrée différence : l’extraordinaire gentillesse de l’équipe.

Arriver dans ce temple de la musique pas comme les autres, c’est d’abord être accueilli. Du « vigile » d’entrée au personnel assurant la restauration, de l’équipe organisatrice au vendeur de souvenirs en passant par ces plus excentrés qui veillent sur les parking et dirigent d’une main habile le flux des voitures quittant le site (on rappellera qu’à tous niveaux de l’organisation, ce sont exclusivement des bénévoles), tout le monde a envie que Poupet ne laisse que des souvenirs heureux. La disponibilité est totale, la vigilance existe mais sait se faire discrète et reste toujours calme. Alors forcément, on se sent sacrément bien à Poupet!

Assister à un concert au côté de Lucienne, 81 ans, bénévole de la première heure, qui veille chaque soir sur l’espace des personnes à mobilité réduite mais participe surtout à toutes les réunions hebdomadaires pour prendre une part active à la programmation, est un moment délicieux et tendre. Voir l’équipe des médecins juste à côté, danser et chanter sans complexe, est une joie communicative. Regarder enfin ces 5.000 spectateurs enthousiastes partager ces quelques heures de spectacle laisse imaginer combien Philippe Maindron, le président fondateur doit être comblé. Il y a des honneurs et des médailles trop vite accrochées. Lui, par sa passion et au nom de tous ces bénévoles qui donnent temps libre et passion pour que l’histoire se poursuive avec brio, mériterait les plus hauts pour avoir su apporter ce qu’il y a de plus beau : une parenthèse de Bonheur.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET // Seth STANLEY.

(Nous tenons à remercier aussi tout particulièrement Thomas Maindron, dont l’enthousiasme est contagieux Jean-Marie Poirier, le vice-président, qui a le sens aigu de l’anecdote, nos deux électriciens préférés, pieds nicklés de la caisse à outils, aussi professionnels que bourrés d’humour et guides efficaces, et puis encore une fois, Lucienne, incroyable passionnée)

Poupet est tombé sous le charme de Christophe Maé.

Quatre ans après sa première visite, Christophe Maé était de retour ce 15 juillet au Festival de Poupet. A ses côtés un band impressionnant de virtuosité. Le bocage vendéen avait pris la couleur du Bayou et sonnait New Orleans.

« Bonjour Poupet! Prêt à danser? Regarde, quand on va à gauche, tu pars à droite… Ok? Allez, accélère un tout petit peu… à gauche…. à droite… Poupet bonsoir!! » Dans le Théâtre de verdure plein à craquer, ça se bouscule un peu mais ça rit beaucoup face aux consignes de ce maître de ballet en haut de forme et costume tradi des Bands de la Nouvelle Orléans. A ses côtés, une partie de ses dix musiciens reprend les pas. Chorégraphie impeccable, mise en scène ultra rodée après déjà quatre-vingt concerts au compteur de cette nouvelle tournée. Mais la lassitude ne semble pas prête de s’inscrire sur la partition. « C’est ma terre » (en version totalement revisitée façon marching band) vient de donner le La à deux heures de show haut en couleurs. Et comme toujours avec Christophe Maé, ça déborde d’énergie, ça saute, ça rit. Et ça charrie. Car Christophe Maé est un performer comme il en existe que très peu en France. D’ailleurs ce soir là, même ceux qui ne connaissaient pas bien son univers, ne pouvaient s’empêcher d’admirer l’incroyable savoir faire de cet artiste dopé à la vitamine de l’envie.

« J’ai la chance d’avoir un public incroyable, des fans qui parfois me suivent sur plusieurs dates de la tournée. J’ai appris qu’ici en Vendée, depuis sept heures et demi ce matin, il y en a qui sont assises devant les portes pour être au premier rang. Difficile de ne pas être survolté et essayer d’envoyer un maximum quand les gens sont autant au taquet! » Une heure avant d’entrée en scène, Christophe Maé a pourtant l’apparence tranquille. Vieux chapeau déformé à force d’assises distraites, débardeur sur bermuda en jean. Archi bronzé. La « coolitude » des gens du Sud diraient certains. Plutôt la sérénité de celui qui sait l’affaire parfaitement cadrée et a réussi à s’affranchir de pas mal d’angoisses après dix ans de carrière. Des centaines de concerts, des disques de platine, des récompenses en tous genres et aucun accroc sur la feuille de route. Christophe Maé a gagné son paradis en s’émancipant très vite du costume Frère du Roi dans la comédie musicale à succès du tandem Attia-Cohen. Il a sorti dans la foulée un premier album qui lui ressemblait et imposait déjà son style. Carton plein. Il pouvait tracer sa route.

Après un deuxième opus chauffé aux couleurs de l’Afrique, « Je veux du bonheur », sorti en juin 2013, change de continent et laisse retentir les souvenirs de la route du Blues empruntée durant le long break qui a suivi la tournée précédente. « J’en rêvais depuis longtemps. J’ai réalisé un rêve de gosse, en fait. Jamais je ne pourrai oublier les rencontres que j’ai faites là-bas. Les gens qui continuent de sourire malgré les catastrophes, ceux qui ont tout perdu après le passage de l’ouragan Kathrina mais sont toujours prêts à réconforter leurs voisins. Ces mômes aux incroyables sourires et cette musique omniprésente. Pas une rue sans un musicien dehors. Devant les maisons, dans les clubs, ça joue partout. Alors évidemment, quand est venu le temps de composer pour ce disque, j’ai eu envie que ce soient ces musiques là. Mais surtout ces mecs là! Il y a deux frères parmi mes musiciens, je les ai entendus par hasard. L’un faisait la manche, il me parle de son frangin qui joue aussi bien et les deux larrons me citent un pote à eux qui joue avec une pêche incroyable. C’était exactement ce dont je rêvais pour réaliser ce disque. Alors je leur ai demandé s’ils avaient envie de me suivre… »

Cette présence direct from New Orleans ajoutée à quelques pointures françaises… la fusion a opéré au delà de toutes les attentes. Plus de 500.000 ventes à ce jour. Des cuivres, des banjos, de l’accordéon (« Je suis tout juste réconcilié avec l’instrument. Encore la prouesse d’un des musiciens! ») Mais aussi, nichées entre deux tubes en puissance, quelques pépites d’émotions inattendues. Et qui parfois fracassent. « Charly », forcément, parce que la disparition d’un être jeune, décrite avec non-dits et déliés chargés de pudeur, ne peut que bouleverser. Mais aussi « L’automne »‘, magnifique chanson qui résonne bien au delà de la dernière note. « Ça me touche. Vraiment, ça me touche… parce que cette chanson, je l’ai écrite seul. Paroles et musique. » Il plante son regard vert et marque un temps d’arrêt. « Sans doute que si ça touche c’est parce que ça évoque quelque chose de personnel… OK! Et bien je vais te faire un album entièrement composé par moi et moi seul! » lance t’il alors. Surpris en pleine promesse de gascon le gars du midi sur ce coup là. Mais la parade à l’émotion était jolie.

Jolie aussi la setlist composée pour cette étape de son périple estival. Des nouveaux titres mêlés aux incontournables, « La Rumeur », dans une incroyable version rallongée, entrecoupée d’un extrait d’Asimbonanga de Johnny Clegg, prétexte à un hommage à Mandela, « Mon P’tit gars », « Mon Paradis », « On s’attache ». Et toujours ce nouvel habillage Nouvelle Orléans qui permet aux excellents Sebastien Chouard à la guitare et Renaud Gensane, à la trompette, de montrer eux aussi toute l’étendue de leur savoir faire.

Un rappel (« La Poupée ») émouvant de sobriété puis « Dingue, Dingue, Dingue » pour boucler ces deux heures d’un show sans un temps mort. Christophe Maé voulait du bonheur. L’histoire ne dit pas s’il l’a trouvé. Ça semble quand même assez heureux sur scène. Dans le public, aucun doute. Le Festival de Poupet, en l’invitant pour la seconde fois, s’était offert la certitude que la récolte serait belle dans le Théâtre de verdure.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

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Premier festival triomphal pour Louis Delort & The Sheperds!

Louis Delort et The Sheperds étaient au programme de cette nouvelle édition du Festival de Poupet. Une heure trente de concert enthousiasmant et d’émotions partagées.

On les avait quittés un mercredi ensoleillé de Février. Ultime étape des concerts sauvages, dans la magnifique cour de la Compagnie-Théatre de Nantes. Les cinq titres sonnaient déjà magnifiques. Accord parfait entre la voix chaude et puissante de Louis Delort, les cordes de Théo et Valentin Ceccaldi, la guitare de Jean-Etienne Maillard et les percussions de Lucas Goudard. Entente visible et complicité sans faux semblant parmi les troupes.

On attendait alors avec impatience de voir ce que l’album, encore en gestation, pourrait donner. Même chose pour les concerts. Dopés à l’énergie et à l’envie, forcément. Mais quelles couleurs, quel habillage pour les textes que nous ne connaissions que partiellement. On avait eu quelques échos (largement positifs) du concert qui avait suivi la résidence Lilloise. On avait du renoncer à la Cigale, le 27 Juin, étape symbolique car première date parisienne, pour concurrence déloyale avec un autre groupe qui jouait au Stade de France. Sur le papier, ça fait moche ! En vérité, loin de là car les premières dates d’une tournée débroussaillent souvent le chemin et ce n’est pas dans le drôle de mixt stress-euphorie que se dessinent les meilleures soirées. Quand vient trop de potes, trop de vrais faux amis aussi souvent, ceux là même qui ne diront pas forcément les deux ou trois détails à revoir. Même s’il faut bien reconnaître que ce passage à la Cigale a fait l’unanimité, accueil formidable du public et échos impressionnés de la critique. Et fait naître chez nous quelques regrets.

La tournée ayant été réorganisée et quelques dates reportées , rendez-vous était enfin pris ce 15 juillet où Louis Delort et The Sheperds (au complet depuis le retour de Victorien Berger à la basse) étaient programmés dans le cadre du Festival de Poupet. Un théâtre de verdure magnifique, au cœur du bocage vendéen, près de 5.000 personnes chaque soir et surtout une manifestation presque trentenaire, devenue une étape incontournable des plus grandes tournées. La veille, Placebo faisait exploser l’ambiance. Vanessa Paradis succéderait le lendemain. Et personne n’avait oublié les sets de Ben Harper, Hallyday ou Noah lors des éditions précédentes.

Certains auraient été impressionnés par ce vécu, par ces milliers de personnes qui seraient là pour eux dans quelques heures…. mais aussi quand même un peu pour Christophe Maé, tête d’affiche de la soirée! Certains… mais pas eux qui affichent leur bonne humeur avec constance. Les balances auraient de toutes façons dissipées les dernières traces d’éventuelles angoisses. Utilisées sans temps mort, elles avaient permis de vérifier que tout était en place. Surtout, elles avaient levé un coin du voile. Ne pas se fier à leur jeunesse et à leurs gueules d’ange, cette bande là allait envoyer du lourd.

La preuve à 20h pétantes, quand « La Rumeur » ouvre le concert. Installé au piano, Louis Delort chante avec la fougue convaincante de celui qui veut faire passer le message jusque dans les rangs les plus éloignés. Il ne se laisse aucun répit. Les fans (nombreuses) exultent. Le public qui ne le connaissait qu’au travers de The Voice ou de « 1789 » reste scotché par ce jeune homme en chemise noire qui a le sourire si cool entre deux titres mais dont les chansons ressemblent à des cris déchirés. « Saint-Exupéry » est sublimée par le duo violon-violoncelle. « M’appelle pas chéri » est taillée pour la scène. S’appuyant sur sa facilité naturelle à jouer, Louis Delort entonne les paroles et distille ses désillusions en regardant le public comme si c’était lui, cette autre qui l’avait mis dans cet état là. Il arpente la scène, serre les poings. On le dirait vieux briscard de la chanson, le type qui aurait une vingtaine d’Olympia au compteur. Entre deux applaudissements, les commentaires fusent. « Tu connaissais ? qu’est ce que c’est beau ! Quelle voix! Quels musiciens!! » Les ados dont les mères échangent ces propos ont le sourire. Elles, elles connaissaient! Ensuite, forcément, quand surgissent les premiers accords de « Sur ma peau », c’est tout le théâtre de verdure qui se met à chanter, chorale d’un soir vibrant pour les Sheperds. Et Louis Delort en chef de choeur au sourire communicatif.

Il se faufile parmi les musiciens, joue avec Lucas Goudard, assis sur le cube à percussions. « Château de sable », livrée dans son joli écrin acoustique précède « Outre-Manche » qui a tout du tube en devenir. Le texte, succession de jeux de mots pertinents et joyeux, s’accroche aux mémoires grâce à une musique qui invite à chanter.

Les titres s’enchaînent. La voix se joue des difficultés. Dans les graves comme dans les notes beaucoup plus hautes, oscillant entre douceur et puissance, Louis Delort se donne à fond. La setlist a parfaitement distribué les émotions. Après une incroyable version de « Je suis là » croisée avec « Hey Jude » des Beatles, où les musiciens laissent exploser leurs talents dans un plaisir évident, « La sentinelle » réussit à imposer son émotion. Les mots font silence. Louis Delort à la guitare, Jean-Etienne Maillard et Théo Ceccaldi en choristes. Bouleversant.

Après une heure de concert, le public n’a pas envie de les voir partir. « Sans retour » la bien nommée fermera pourtant la soirée, ultime envoi impressionnant d’énergie. Jusqu’au bout, jouer et convaincre. Puis sortir sous de longues minutes d’applaudissements.

Quand d’autres se perdent dans des chansons kleenex, voix modifiée reprenant des textes insipides, généralement en anglais, sans doute pour mieux cacher l’immensité du vide, Louis Delort a eu le bon goût de n’écouter que ses envies, son amour des textes bien faits et des belles musiques. Généreux, il refuse d’être le seul à capter la lumière et partage véritablement la scène avec son groupe. Il prend son temps comme un artisan peaufine ses pièces pour ne livrer que de la belle ouvrage. Et tant pis au fond si ce rythme n’est pas celui de la frénésie habituelle du monde de la musique. Puisque ça fonctionne si bien ainsi. Puisque c’est déjà solide et que le public en redemande.

Le premier disque de Louis Delort et The Sheperds sortira à l’automne. L’heure aussi de reprendre la tournée (Avec notamment le Trianon à Paris le 9 Octobre). Aucune crainte, ces gars là ignorent les contre-sens et filent sur la route du succès.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

compas (3)

Festival Poupet 2014.

Stromae, Mickael Gregorio, Gad Elmaleh, Patrick Sebastien ou bien encore Christophe Maé, Placebo, Etienne Daho… Entre le 7 et le 25 juillet, tous s’apprêtent à mettre le cap sur le Festival de Poupet, permettant une fois de plus à Saint-Malo du Bois, terre d’irréductibles vendéens, de jouer dans la cour des très grands.

On aurait du y voir un signe lorsqu’en 1987, Saint-Malo du Bois a pris part avec son moulin en paille de six mètres de haut, au Festival des Records d’Aubigny, alors l’une des très célèbres manifestations régionales. Les records… une tradition locale! Depuis la création du theâtre de verdure en 1998 et la présence de Pierre Bachelet l’année suivante, les 20.000 spectateurs très vite réunis, la musique, le spectacle vivant est devenu porte étendard de cette commune de mille cinq cents habitants dont la plupart sont bénévoles sur la manifestation. Le succès ne s’est jamais démenti (on passera sur les années de galère du fait d’un voisin un peu chatouilleux de l’oreille. Deux années sans son avant que l’organisation rachète la maison de cet empêcheur de jouer en rond) et ce sont les tourneurs qui se battent désormais pour inscrire Poupet dans les parcours de leurs protégés.

Les compteurs n’en finissent plus d’exploser. En 2006, pour souffler les vingt ans, Johnny Hallyday donnait un concert exceptionnel devant… 32.000 personnes. En 2013, plus de 8.000 personnes à l’ouverture de la billetterie pour David Guetta. Record battu et de façon très large pour l’ édition 2014 : le 7 mars dernier, il aura suffi de quelques heures pour que le concert de Stromaé enregistre 12.000 ventes sur les 15.000 escomptées. Succès également pour Gad Elmaleh quasi complet immédiatement, Mickaël Gregorio ou bien encore l’affiche réunissant Patrick Sébastien-La Compagnie Créole et Francky Vincent. Quant aux cinq-cents pass donnant accès à la totalité de la manifestation, ils se sont arrachés. Et il n’y en en aura plus d’autres mis à la vente, tant pis pour les retardataires.

La cuvée 2014 a su varier les plaisirs pour séduire tous les publics, ceux qui ont envie de revoir Bertrand Cantat avec Détroit comme ceux qui auront envie de faire tourner les serviettes avec Patrick Sébastien. Des écarts de style parfois audacieux mais Poupet refuse d’être figé dans une unicité de choix et revendique le droit de convier la même année Placebo et la Compagnie Créole, Gad Elmaleh et Zaz. Ni « chanson française », ni « nouvelle scène », ni « rock » mais un peu tout çà à la fois. Parce que les organisateurs ont bien compris qu’en réussissant le parfait mélange, ils attiraient souvent des familles entières, ce qui donne aussi à ce festival un caractère particulier.

Dans deux ans, le festival de Poupet aura trente ans. Beaucoup interrogent déjà pour savoir quelle tête d’affiche sera de la fête. La question est le reflet d’une curiosité légitime. Mais est-elle fondée quand on observe le crû 2014 ? Quel serait l’intérêt d’une course à la surenchère ? Le succès du Festival de Saint-Malo des Bois passe sans doute par cet équilibre dans le choix des artistes, la scène offerte aux musiciens encore débutants, les grandes soirées autour de ceux qui squattent au sommet des charts. Alors inutile de focaliser sur ce 30ème anniversaire. Cette année est déjà une édition exceptionnelle. Cueillons l’instant!

 

PROGRAMMATION 2014.

Lundi 7 Juillet : Milky Chance et Jack Johnson.

Après une tournée à guichets fermés en Allemagne, les deux complices natifs d’Outre Rhin partent à la conquête de l’Europe. Leur indie folk influencé par le reggae et la musique électronique n’en finit pas de séduire.

Dans la lignée de Ben Harper mais se revendiquant tout autant de Neil Young ou des Beatles, Jack Johnson joue de la guitare depuis l’enfance. Avec sa voix suave, il distille un folk-rock acoustique qui collera parfaitement à l’esprit intimiste du théâtre de verdure.

Jack Johnson.

 

Mardi 8 Juillet : Boulevard des Airs et Zaz.

Boulevard des Airs est un joyeux mélange de chansons françaises, reggae, punk, rock. Ils sont déjà venus à Poupet et reviennent y célébrer leurs dix ans.

Plus vraiment nécessaire de présenter, cette rebelle espiègle qui veut glisser de la joie et de la bonne humeur partout où elle passe. Grâce à son investiture dans le très fermé cercle des Enfoirés, Zaz a convaincu Jean-Jacques Goldman de lui composer des chansons. Une reconnaissance professionnelle qui complète l’engouement d’un public qui ne cesse de gonfler. COMPLET.

Zaz.

 

Vendredi 11 Juillet : AuDen, HollySiz et Etienne Daho.

AuDen (traduction poétique d’Adrien en gaëlique) est né en terre bretonne voilà 25 ans. Ses chansons parlent des vagues (à l’âme), des ressacs (amoureux) et des landes abandonnées (par les sentiments). Une ballade tempétueuse et superbe.

En endossant le costume d’HollySiz, le rouge vermillon et la chevelure ultra peroxydée, Cécile Cassel réussit à faire oublier qu’elle était connue pour son parcours de comédienne. Des mélodies pop, rock et électro, une jolie puissance vocale, vitaminée ou mélancolique, çà sent la Victoire.

En plus de trente ans, Etienne Daho a marqué de ses tubes la chanson française et n’a jamais quitté la panoplie du dandy désinvolte et désabusé. Encensé par les critiques, son dernier album est l’occasion d’un retour sur scène après plusieurs années de silence. Sa venue à Poupet est incontestablement l’un des temps marquants de l’édition 2014.

Etienne Daho.

 

 

Lundi 14 juillet : L.A. et Placebo.

Brian Molko et ses potes adorent toujours les maquillages extravagants, les riffs crus, jouent des ambiguïtés et continuent de cultiver une musique hors norme qu’ils qualifient de « pop rock ».. tout en se revendiquant aussi franchement punk! Ca promet!

Placebo.

 

 

Lundi 15 Juillet : Louis Delort et Christophe Maé.

Depuis deux ans, The Voice et 1789 dont il occupait l’un des rôles phares, Louis Delort n’a pas arrêté sur la route du succès. Il poursuit avec The Sheperds, son groupe depuis des années. L’album sortira en octobre mais plusieurs titres sont déjà connus. Après un concert parisien à guichet fermé, c’est un plaisir de le voir à Poupet.

Christophe Maé reste l’artiste des superlatifs. Toujours plus d’albums vendus, de tubes, d’énergie dans les concerts, des concerts qui réunissent de plus en plus de monde. La petite entreprise de Christophe Maé ignore la crise du disque et il n’en finit plus de tracer sa route avec passion. De sa parenthèse en Louisiane, Christophe Maé a rapporté des couleurs, des visages, qu’il croise à ses émotions quotidiennes. Son retour en Vendée sera encore gagnant.

Christophe Maé.

 

 

Mercredi 16 juillet: Yodelice et Vanessa Paradis.

L’énergie de Yodelice est rock. Ses chansons parlent sans détour comme s’il y avait urgence à dire. Sur son visage, sa désormais fameuse cicatrice triangulaire, symbole des jours passés et dans la voix, l’envie de partager l’extravagance d’être un homme en quête de son identité. Avec Square Eyes, les miroirs observent la vie.

Avec enthousiasme et fierté, Poupet ouvre à nouveau sa scène à Vanessa Paradis. Love Songs, son dernier album, y aura la part belle, découvrant la palette de la majeure partie de nos sentiments. Toujours aussi élégante, entre force et fragilité, Vanessa Paradis démontre une fois encore que ceux qui ne la voyaient pas aller bien loin une fois descendue du Taxi de Joe, ont eu tort. Artiste entière, refusant les chemins trop faciles, elle ne se fie qu’à sa seule vérité. Plus de vingt ans de succès lui ont prouvé qu’elle avait choisi la meilleure des boussoles.

Vanessa Paradis.

 

 

Jeudi 17 juillet : Stromae (au chateau de la Barbinière- St Laurent sur Sèvre).

Stromae a trouvé la recette pour convertir l’or en platine. Plus de 3 millions d’exemplaires vendus de son dernier album et sauf à vivre en tribu reculée d’Amazonie, plus personne pour ignorer les fameux « Papaoutai » ou « Tous les mêmes » de ce jeune belge à l’univers si particulier. « Alors on danse »… oui, je ne vois que ça! (Gabriel Rios, en première partie).

Stromae.

 

 

Vendredi 18 Juillet : FFF et Détroit (Bertrand Cantat-Pascal Humbert).

Le groupe mythique a réuni son noyau dur (Marco Prince, Yarel Poupaud, Krishoo Monthieux et Nicolas Niktus Baby) pour retrouver la scène et livrer la même ambiance pêchue. Le groupe sillonne les routes des festivals cet été et ne pouvait manquer ce rendez-vous vendéen.

En détroit est une terre d’équilibre, un trait d’union entre deux immensités. C’est ici que s’unissent les courants, la rencontre de toutes les influences. Leur projet musical ne pouvait porter meilleur nom. Cantat et Humbert ont le rock dense et grave.

FFF.

 

Magali MICHEL.

 

compas (3)