Une 43e édition du Printemps De Bourges sous le signe de la création 

La programmation complète est sortie. Après une première annonce il y a quelques semaines, le Printemps de Bourges a fini de se dévoiler. Parmi les festivals français, le PDB montre une fois encore qu’il a su trouver ses marques, et qu’il est plus que jamais le berceau de créations originales. Des têtes d’affiches aux Inouis, en passant par des temps forts comme les reprises de Prince par Jeanne Added… Tout y sera. Lumière, sur ce mois d’avril à venir. 

Le premier jour, pas de doute, c’est devant la Scène Séraucourt qu’il faudra être, puisque Renan Luce, seul, jouera ce jour là. Celui qui s’est fait connaitre il y a plus de dix ans par « la lettre » sera de retour dans le Berry, pour un passage sur la scène gratuite.

Le mardi sera placé sous le signe de la fête grâce au passage de M. et de son show aussi lumineux qu’impressionnant, précédé par l’Impératrice qui fera danser le public avec son disco version 2020, et Celeste, celle qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la soeur de Beyoncé (Solange Knowles), viendra réchauffer les coeurs avec sa voix soul et jazzy. 

Le 22 Avril signera aussi l’ouverture des Rap2Days, deux soirées (comme son nom l’indique) composées des rappeurs les plus en vue. Pour ce premier soir Zola répondra présent, aux cotés de Larry, Lujipeka (anciennement part du collectif Rennais Columbine), Jok’air et Josman. 

Qui n’a jamais fredonné « Marcia Baila », « c’est comme ça » ou « Andy » ? On peut donc prévoir le même karaoké géant lors du concert de la chanteuse iconique des Rita Mitsouko, Catherine Ringer, venue interpréter leurs plus gros tubes. La musicienne aux longues tresses est en tournée, et écumera tous les festivals cet été… De quoi donc se préparer. Calypso Rose, Alain Souchon, venu présenter son nouvel album, et les éternels Tryo seront aussi à l’affiche ce soir-là.

Au théâtre Jacques Coeur, Jeanne Cherhal sera de passage. A sa suite, la création « On Va t’Faire Mal Boris » rendant hommage à Boris Vian devrait faire parler. 

Celle qui remplissait la Cigale récemment et qui est désormais une nommée aux Révélations des prochaines Victoires de La Musique sera aussi présente: Pomme jouera à l’Auditorium. 

Le second et dernier soir des Rap2Days, Mister V, les jeunes 47 Ter qui sont définitivement présents partout, Heuss l’Enfoiré, Tsew The Kid, et Oboy monteront sur la scène de la Halle au Blé. 

Grande soirée le vendredi 24 Avril puisque c’est la première soirée de « l’Happy WKD » au W ainsi qu’au Palais d’Auron. Aloïse Sauvage, Izia, de retour pour la deuxième année consécutive après un dernier passage remarqué lors de la création hommage à son père Jacques Higelin, Philippe Katerine, Rilès, la sensation rap que le monde s’arrache déjà, les définitivement cools Deluxe et leur show impeccable, ains que The Avener pour boucler la soirée. 

Au Palais d’Auron, Mauvais Oeil, Lolo Zouaï, Dionysos, La Yegros et Folamour se partageront l’affiche.

Mais ce n’est pas tout. Le Printemps de Bourges l’avait dit, cette édition sera avant tout placée sous le signe de le création. Alors en ce vendredi, le public du festival aura rendez-vous avec Lou Doillon, Malik Djoudi, Victor Solf (ancien membre du regretté groupe HER) et Uèle Lamore, la jeune cheffe d’orchestre à la tête de l’Orchestre Orange pour une célébration du premier album de Portishead « Glory Dummy ». En seconde partie de soirée, c’est Jeanne Added qui viendra prendre le micro et reprendre les plus grands titres de Prince. 

Le Samedi, la fin se rapproche, mais l’ambiance restera la même. Le deuxième jour de l’Happy WKD sera constitué de Suzane, Lorenzo, le belge Roméo Elvis dont toutes les dates se jouent à guichets fermés, Bon Entendeur dont « Le Temps est Bon » est en playlist sur toutes les radios, N’TO et Panda Dub.
Au Palais d’Auron, Isaac Delusion, Sebastian (qui avait enflammé la dernière édition du Pitchfork Paris), la Fraicheur B2B Overland et Camion Bazar prendront le relais. 

Au 22, la soirée sera cent pour cent française avec les sensations du moment: la parisienne Alice et Moi, Glauque, le duo à la vie comme à la scène VideoClub, Julien Granel qui s’est fait connaitre par les premières partie d’Angèle, Hervé, venu tout droit des Inouis du Printemps de Bourges, et Marie-Flore qui clôturera la soirée. 

Le Dimanche, une tête d’affiche largement attendue: M.Pokora qui aura pour mission de refermer cette 44e édition. Aux côtés d’Eva en première partie, celui qui vient de devenir papa, montrera sans nul doute une fois encore, qu’il est le showman que tout le monde jalouse mais que personne ne parvient à détrôner. 

Le Printemps de Bourges ouvre chaque année la saison des festivals. Que cette édition commence! 

S.B.

– Toutes les informations sur: www.printemps-bourges.com et réservations dans les points de vente habituels. –

ANGÈLE EMPORTE LE PUBLIC DU PRINTEMPS DE BOURGES !

Véritable phénomène, adoubé par les médias comme par le monde pourtant pas toujours confraternel de la musique, Angèle foulait sa première scène berrichonne ce 26 avril. Et le moins que l’on puisse dire est que la jeune belge a convaincu avec une facilité déconcertante.

Chaque édition du Printemps de Bourges voit fleurir des artistes dont la croissance fulgurante ne s’explique sans doute que par le meilleur des terreaux, l’authenticité d’un talent que rien ne saurait plus arrêter. Ce fut le cas avec Vianney, dont le premier passage au Printemps en 2015, en ouverture de Yael Naïm, est resté dans les mémoires. Comme celui d’Eddy de Pretto en 2017, qui figurait alors dans la sélection des Inouïs. L’édition 2018 sera marquée par la grâce d’Angèle. La facilité avec laquelle ce petit bout de femme haut comme trois pommes, à la silhouette déliée mais si gracile, a embarqué le public du Palais d’ Auron, un soir où l’affiche misait aussi sur Eddy de Pretto (en plein bond dans l’espace de la reconnaissance et de la notoriété) et Charlotte Gainsbourg a laissé sans voix (sans mauvais jeu de mots).

Elle ne s’est pas démontée. Avec ses trois musiciens, petit haut immaculé sur large pantalon couleur gazon, drapé dans un kimono fleuri rapidement abandonné, la jeune artiste belge de vingt et ans, a bondi, parcouru la scène, montré ses talents de pianiste autant que le jeu de sa voix. Le timbre est fluet mais s’impose naturellement, la gestuelle dynamique mais sans excès racoleurs. Angèle est une enfant de la balle et connaît les sens à s’interdire pour réussir une présence sur scène. La faute probable à un père musicien, Marka, sorte d’Elvis Presley belge, très connu et reconnu de l’autre coté de la frontière, un père que la jeune fille qui a suivi un cursus musical complet, a accompagné au piano deux années durant. 

Impossible de ne pas citer non plus sa mère, Laurence Bibot, star du stand up, aussi drôle que séduisante, et Roméo Elvis, le grand frère qui grimpe quatre à quatre les marches de la renommée du rap. Angèle, née Van Laeken, a la chance en héritage, musicalité, sens du phrasé et beauté dans les gênes mais elle a aussi très vite appris que rien ne remplacerait jamais le travail. 

Alors loin de tout miser sur l’aspect « jolie blondinette », elle a misé sur d’autres codes pour ne pas finir en déroute comme trop de ses congénères dans un milieu où le succès ne dure parfois que le temps d’une chanson. Travaillant ses partitions, scrutant chaque son de ses paroles, misant sur l’authenticité de son sens de l’autodérision, elle a bouté le duckface de son Instagram (où la suivent près de 240.000 followers) et préféré offrir des vidéos parfois gentiment barrées, toujours drôles, jouant sur les maux et les degrés, ne cherchant pas la séduction 2.0 à coups de filtres ou de poses dans des situations plus ou moins fictives. Et le public a suivi, lui qui était venu par curisioté après l’avoir découverte dans « La loi de Murphy », chanson en franglais où se succèdent les temps et contretemps d’une journée bien pourrie. Le clip (sorti il y a six mois) a déjà été vu près de huit millions de fois. « Je veux tes yeux », dernier succès en date, devrait connaître les mêmes sommets puisqu’il a déjà engrangé trois millions trois cent mille vues. 

Aussi à l’aise dans son répertoire naissant que dans les reprises qui l’accompagnent sur la route des scènes, Angèle livre une version émouvante du « Bruxelles » de Dick Annegarn, ce qui ne cesse de surprendre les sceptiques qui la pensaient encore trop jeune pour pareille histoire.

Cette pause tendresse bouclée, la jeune femme quitte son clavier pour faire bouger la foule et les premiers rangs, qui l’attendaient bien avant son entrée sur scène, ont l’enthousiasme communicant. 

Il y a les « it girls » qui ne font rien et se contentent de poser toutes marques dehors pour demander à être suivies. Et puis il y a les jeunes femmes qu’il ne faut surtout pas perdre de vue car elles ont le talent en bandoulière. Angèle aime bien mettre son doigt dans son nez. Si, si, elle fait ça et même que ça l’amuse. Et même que c’est drôle cette façon d’agir en enfant pas toujours bien élevé. Angèle n’en est qu’à son (premier) Printemps. La récolte du premier album à venir s’annonce abondante. C’est beau à voir un fruit encore naissant mais déjà tellement mûri par le talent.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.