FETE DU BRUIT DE LANDERNEAU: Le festival breton qui joue dans la cour des très grands

Le benjamin des festivals bretons n’aura jamais si bien justifié son nom que cette année, si l’on en juge par l’affiche de l’édition 2016 où la fête sera déclinée en mode majeur avec en prime, excusez du peu, une journée de fête supplémentaire : Iggy Pop, Indochine pour l’un de ses très rares concerts de l’été… Une programmation exigeante dans un cadre insolite, une vingtaine d’artistes en trois jours : les clés probables du succès de ce rendez-vous attendu chaque deuxième week-end d’août en terres finistériennes.

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Vendredi 12, c’est à Bantam Lyons que reviendra l’honneur d’ouvrir les hostilités. Les régionaux de l’étape distillent une pop mélancolique mais bien électrique à laquelle il est difficile de résister. Patrice, déjà présent en 2011 et 2013, revient cette année encore pour un nouveau live tiré de «The Rising of the sun», son dernier album. Généreux, solaire, l’artiste est devenu le chouchou des festivaliers totalement séduits par sa « sweggae music ». Place ensuite à Garbage. Pour célébrer les vingt ans du groupe, les musiciens ont entamé une grande tournée à travers l’ Europe et les Etats Unis, la « Vingt years Queen Tour ». Il y aura bien évidemment les incontournables comme « Only happy when it rains » ou « Stupid girl » mais Garbage devrait également révéler quelques extraits du sixième album à venir. Un joli cadeau.

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Indochine.

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Mass Hysteria.

Mais il ne faut pas se mentir, c’est bien vers la bande de Nicola Sirkis que tous les yeux se tourneront ce soir là. Indochine, qui doit sortir un album l’an prochain, ne prévoyait pas de concerts cette année. Et puis les dramatiques évènements de l’hiver les ont convaincu de revenir plus tôt sur scène. Pour une mini tournée de sept concerts dont cinq en France. Cette escale à Landerneau sera donc la seule dans l’Ouest, une vraie reconnaissance pour le festival qui justifie pleinement l’ajout d’une journée supplémentaire. Icône depuis plus de trente cinq ans, premier artiste français à remplir Bercy en 2003, une bonne vingtaine de disques de platine… leurs détracteurs auront beau dire, ces gars là restent inoxydables et leur public ne cesse de grossir.

Enfin, à 0h55, Mass Hysteria, pour qui 2016 est décidément l’année de tous les festivals et de tous les succès, fermera le ban avec ses partitions intransigeantes, ses textes punchy et ce sens du partage qui n’appartient qu’à ces cinq là, fers de lance du métal en France depuis plus de vingt ans. Brestois, Mouss, le chanteur, aura encore plus à coeur de reprendre des refrains qui ont mis tout le monde d’accord depuis la sortie de « Matière Noire », dernier opus en date, à l’automne dernier. Son « Faites du bruit ! » en préambule de « L’enfer des Dieux » sera ici parfaitement raccord.

Samedi 13, les festivaliers qui n’ont pas la chance de l’avoir déjà vu sur scène pourront découvrir Rotor Jambreks. A la fois chanteur, multi-instrumentiste, auteur d’un spectacle pédagogique sur l’histoire du rock passé par Landerneau en 2010, l’artiste présentera sa toute nouvelle création.

Les joyeux drilles de Salut, c’est cool prendront ensuite le relais. Totalement barrés mais ultra professionnels, joyeusement inclassables, ces quatre là servent un techno survoltée dont internet s’est très vite emparée avant le que le buzz ne propulse leurs talents sur scène. C’est vraiment à ne pas manquer.

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Casseurs Flowters.

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The Cranberries.

Casseurs Flowters s’emparera ensuite des Jardins de l’esplanade. Duo constitué des rappeurs Orelsan et Gringe, les Casseurs Flowters ne cessent de casser les codes de la planète hip hop avec leur rap décomplexé et on ne compte plus désormais le nombre de leurs fans prêts à parcourir les routes pour venir les applaudir. La recette est efficace, le show ultra énergique… ça va décoiffer!

Place ensuite à Damian Marley. Oui, il s’agit bien du fils de Bob ! Mais il ne doit pas sa réputation à la seule célébrité de son père. Damian Marley est un musicien reconnu également producteur recherché. Forcément, c’est du reggae et depuis 2005 et le fameux album « Welcome to Jamrock », on sait que ce reggae là a des couleurs bluffantes.

The Cranberries seront eux aussi de la fête. Connus mondialement grâce à « Zombie », tube qui les a définitivement posés au firmament de la pop, les irlandais ont longtemps chantés les heures sombres d’un quotidien ancré dans la guerre de religion. Après une brève séparation dans les années 2000, le groupe est revenu plus fort et surtout avec des refrains plus lumineux. Les trente huit millions d’albums vendus imposent le respect. Onze ans après « Wake up and smell the coffee », le groupe a repris la route des studios pour livrer « Rose », leur dernier album en date. Sur scène, c’est juste un pur moment de grâce.

Deluxe.

Rose-Mary And The Ride.

Mais la journée ne s’arrêtera pas là : Deluxe, ses costumes improbables, son univers déjanté et ses chorégraphies uniques, Birdy Nam Nam, qui a depuis de nombreuses années maintenant si convaincre avec un hip hop assez classieux et Pfel and greem (échappés du collectif nantais C2C), deux Dj qui raflent tous les prix (sacrés quatre fois champions du monde Dico Mix Club entre 2003 et 2006, quatre trophées aux Victoires de la musique 2013) et dont la talent dans le domaine de la musique hip hop et pass electro n’ est plus à prouver, enchaineront sans répit.

Grosse affiche encore dimanche avec pas moins de huit noms pour réjouir les festivaliers.

Rose-Mary and the Ride ce sont Pauline et Vinz, respectivement chanteuse et guitariste de « Rose Mary and the Ride », vingt ans tous les deux, ont été rejoints par des potes musiciens et livrent un nouveau projet, mêlant funk, soul, pop, rock. C’est superbement ficelé et on a du mal à imaginer que derrière ces compositions se cachent un duo aussi jeune.

Synthèse électrique de ses passions lettrées pour l’alter punk, la new wave ou le shoegaze, Von Pariahs (qui refermera le festival avec un set à 2 heures du matin) transcende les genres en les incarnant sur scène sans distance ni clin d’oeil. Un premier degré et une façon de faire qui signent un engagement rare dans un répertoire abrasif et soigné.

Le guitariste Martin Luter BB King, le DJ Eurobelix et le chanteur David Boring continuent sur leur rythme effréné (même s’ils ont changé beaucoup de choses dans leur façon de produire). Grosse implacable, mix joyeusement rugueux, délires techno-disco-fusion, Naïve New Beaters ne s’apprécie jamais aussi bien que sur scène.

No One Is Innocent.

Die Antwoord.

Faut-il encore présenter No One is Innocent? Le groupe français emmené par Kemar n’a jamais failli depuis son premier single, « La Peau », en 1994 et vient de sortir un sixième album unanimement salué. « Propaganda » multiplie les textes acérés et les riffs qui dépotent. La réputation scénique du groupe est largement méritée. Avec des musiciens de grande pointure (dont Shanka à l’une des guitares), c’est l’un des concerts de l’édition à ne surtout pas manquer.

Changement radical d’ambiance avec Dub Inc., sans doute le plus emblématique groupe de reggae français. Dix ans que la joyeuse bande posent sur des textes sincères des rythmes aux mélodies inimitables. Le groupe, porté par Bouchkour et Komlan, chante aussi bien en français qu’en anglais ou en kabyle, une bel hommage au métissage.

Formé en 1994, déformé puis reformé surtout en 2009, Skunk Anansie, plus de cinq millions de disques vendus au compteur, a été l’un des groupes rock les plus populaires en Grande Bretagne mais aussi en Europe, dans les années 90. Skunk Anansie revient fort avec un sixième album studio sorti au début de l’année, mixé par Jeremy Wheatley (Mikka, The Vaccines, Moby…). La tournée est un succès. On comprend pourquoi.

La journée multipliant les univers, place sera également faite pour Die Antwoord. Chacune des apparitions du groupe offre des visuels uniques mais il ne faut pas se laisser duper par les apparences parodiques de ces vidéos, Die Antwoord étant bien plus qu’une simple formation au hip hop incomparable avec ce mélange d’argot sud africain et ces références gangstas. Si tous les festivals leur font les yeux doux, ce n’est pas le fait du hasard.

Iggy Pop.

Enfin, en passage unique en Bretagne, Iggy Pop fera escale à Landerneau. Quarante ans que «L’Iguane» est une icône incontournable, une légende vivante. Son dernier album, « Post Pop Depression », qui a vu la collaboration de Josh Homme, le leader de Queens of the Stone Age, Matt Helders, le batteur d’Artic Monkeys, entre autres, prouve qu’Iggy Pop en a encore sous le pied et que les plus jeunes n’ont pas encore eu sa peau.

Lorsque le festival a fait résonner ses premières notes, le 15 août 2009 (avec Tryo, Anaïs, Lavilliers notamment), ils étaient 11.000 à avoir répondu présents. L’année suivante, portée par ce bilan positif, la manifestation s’est étalée sur une journée supplémentaire en accueillant Status Quo, Placebo, entre autres. Vingt cinq mille festivaliers partageaient avec enthousiasme. Combien seront-ils pour cette huitième édition forte de ce jour de plus, qui élargit encore la palette des concerts? On peut parier sur plus de trente mille. A Landerneau, il semble que tous les rêves soient possibles. Big up pour ces organisateurs qui ne sont pas les plus médiatisés mais entreprennent avec succès et une modestie assez rare.

M.M.

– http://festival-fetedubruit.com –

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Le premier Main Square Festival à guichets fermés: c’était show!

120.000 festivaliers, 36 concerts, 20.000 pass trois jours vendus plus de cinq mois avant l’ouverture du festival, 45.000 visiteurs uniques pour suivre les dix concerts (dont celui de Muse) diffusés en direct via le webcast du site internet, l’édition 2015 du Main Square d’Arras a été celle de tous les records (de quoi justifier le partenariat reconduit pour cinq ans avec la ville d’Arras). Retour sur ces trois jours de folie.                  DSC_6425_Fotor

D’abord, il y a eu cette invitée de dernière minute: la canicule! Lorsque le Festival a accueilli ses premiers participants, le mercure flirtait avec les 40° entre les murs de la Citadelle où l’ombre est des plus réduites. De quoi justifier la prise d’assaut du stand du merchandising officiel, ses casquettes et ses panamas. L’an dernier, les ponchos jouaient les remparts modestes contre la pluie. Cette année, le couvre-chef avait des airs de précieux graal. Mais il ne faut pas bouder son plaisir : un festival sans pluie reste malgré tout la meilleure des options. Même si celui là démarrait sous la très, très grosse chaleur.

Ensuite, il y avait cette programmation exceptionnelle, accrochant aussi bien la première date française de Muse que le premier festival hexagonal de James Bay, The Script, Hozier ou bien encore Sheppard. Au fil des révélations successives, on se disait que cette édition était décidément celle de toutes les envies. Quitte à la jouer perso, on aurait bien troqué untel contre les Fall Out Boy ou tel autre contre The Dukes, la révélation rock de ces derniers mois mais en dehors de ça… des heures de plaisir en perspective.

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Sheppard // Green Room.

Passée la déception de ne pouvoir découvrir GEORGE EZRA sur scène (le jeune britannique de vingt et un ans, souffrant, avait dû déclarer forfait pour trois concerts), cap sur la Green Room où la tribu SHEPPARD (deux soeurs, leur frère et trois copains musiciens) donnait immédiatement le ton de cette première journée . Les jeunes australiens, ignorant la chaleur, ont facilement entrainé le public avec leur pop rock joyeux. « Geronimo », leur tube qui a même réussi l’exploit de ravir à Pharrell Williams et son « Happy » la tête des charts dans pas mal de pays, a  été repris par des milliers de spectateurs enthousiastes… qui auraient bien repris encore de ces airs ultra-vitaminés.

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Hozier // Main Stage.

Ambiance plus calme avec HOZIER sur la Main Stage. Les boucles brunes retenues en chignon, ses presque deux mètres portant beau la chemise légèrement ouverte sur le tee-shirt échancré coordonné, le jeune irlandais soigne visiblement son apparence. Lui que l’on dit timide, n’a jamais quitté ses lunettes de soleil sombres. Mais le sourire était aussi généreux que ses échanges avec le public arrageois. Changeant régulièrement de guitare, Hozier se donne à fond. La veille, il enflammait un Olympia (Paris) plein à craquer. Il avait envie de rejouer la partition avec le même succès au Main Square. Pari compliqué car la chaleur pénalisait manifestement les énergies. Même l’ entrainant « Angel of small Death and the Codeine Scene » a eu du mal à lutter. Peut-être l’horaire encore tôt dans l’apres-midi ? Peut-être l’immense Main Stage, la Green Room se prêtant peut-être davantage à ses paroles pleines de sens et ses refrains plus intimistes. En fin de set, « Take me to Church » a heureusement mis tout le monde d’accord et des milliers de spectateurs ont entonné ce succès planétaire avec son auteur.

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The Script // Main Stage.

Ce vendredi ayant décidément des airs de ballade irlandaise, le trio de THE SCRIPT, qui expérimentait son premier festival français, a raflé le premier très gros succès de la journée (Interview et Live Review). Sur scène, entre proximité et rires, airs à faire vibrer des stades entiers, Dany O’Donoghue, Mark Sheehan et Glen Power envoient. Et le public répond massivement. Totalement bluffant.

Plus introverti, Lenny Kravitz assure le show avec la facilité d’un vieux routier de la scène. La barbe dense, lunettes de soleil malgré l’horaire tardif, pantalon de cuir, tee shirt coloré sous gilet léopard, l’américain revenait au Main Square six ans après son premier passage. Le musicien semble parfois un peu dans un ailleurs musical,  comme ce moment improbable, ce « Mama said » étiré sur plus d’un quart d’heure, avec long solo de guitare, batterie, saxo et.. trompette. Mais Lenny Kravitz sait qu’il peut tout se permettre et ses fans sont ravis. Les tubes sont tous là, d’ « American Woman » à « Are you gonna Go my Way », en passant par « I Belong to you » et bien sûr « Fly away ». Après, les perpétuels insatisfaits pourront toujours râler, Lenny Kravitz, c’est quand même « the Touch of Class ».

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Kodaline // Green Room.

Un premier quart d’heure manqué pour cause d’horaire qui se chevauche et se réjouir ensuite de pouvoir applaudir KODALINE. En 2013, le quatuor irlandais sortait « In a Perfect World », son premier opus. Un nom que le recul croirait prédestiné tant le succès ne cesse de grossir depuis. Il y a quelques années, ils assuraient la première partie de la tournée européenne des Cranberries, deux disques plus tard et les voilà en haut des line up. Un  univers bien à eux, à la fois moderne et nostalgique, beaucoup moins léger qu’il n’y parait, le public ne s’y est pas trompé et les quatre beaux gosses ne semblent pas prêts d’en avoir fini avec le succès.

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Shaka Ponk // Main Stage.

Changement d’ambiance enfin, avec les SHAKA PONK. La joyeuse bande de Frah et Sam débarque avec ses nouvelles tenues immaculées, Goz, son singe, ses projections hyper calibrées et tout ce qui a contribué à en faire l’un des groupes majeurs de la scène rock française. Les « monkeys », leurs fans dont les rangs ne cessent de grossir, exultent et se moquent bien que la pendule affiche 2 heures quand s’éteindront les amplis. D’un bout à l’autre du concert, ils reprennent chaque morceau, ils rient, ils sautent, certainement l’un des meilleurs publics du moment. Espérons juste, que les Shaka, à force d’être à l’affiche de la quasi totalité des festivals cette année ne finiront pas par perdre un peu de leurs charmes. Avancer à pas dosés, susciter l’envie, sont parfois gages de durée.

Un samedi placé sous le signe de MUSE.

Vers 10 heures, la longue avenue entre Parc et Citadelle voyait débarquer les plus téméraires, ces fans historiques de MUSE qui n’auraient manqué la première date française de leurs idoles pour rien au monde. Une heure plus tard, ils étaient déjà plusieurs centaines. Et à 13h30 quand les portes se sont ouvertes, on aurait pu croire au départ d’un sprint. Malgré les sacs à dos lestés par la poche à boisson remplie au maximum, les sandwiches et tout le kit de survie du parfait festivalier, il s’agissait d’obtenir la meilleure place, au premier rang, si possible au milieu. Pas forcément pour être vus (le trio ne provoque pas la même hystérie que les One Direction) mais pour voir le mieux possible et se donner l’illusion, peut-être, que Matthew Bellamy a beau être une star, il n’en reste pas moins accessible. Et le manège s’est poursuivi jusqu’à ce que la Citadelle ne puisse plus grossir ses rangs davantage.

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Coasts // Green Room.

Mauvaise pioche pour les artistes se produisant sur la Green Room. Vraiment pas de chance pour JAMES BAY notamment qui aurait tellement mérité un succès plus massif (Live Review) et COASTS, jeune formation originaire de Bristol dont le rock indie n’a pas connu l’engouement escompté. Le leader, qui affichait un ego assez insupportable et le bassiste, roi du jeu de mèche, y trouveront peut-être un enseignement. Toute expérience doit porter ses fruits…

Jour de chance en revanche pour TWIN ATLANTIC. Les quatre écossais ont sorti trois albums et parcouru le monde avec leur rock puissant. Leurs fans français les attendaient depuis longtemps, ils n’ont pas été déçus. Un show enlevé, brillant, hyper énergique et musicalement au top. Chance aussi pour Mat Bastard, le leader de SKIP THE USE. « J’ai envie que tous les américains et tous les anglais qui nous écoutent derrière la scène se disent « C’est qui ces malades? Vous êtes prêts? » Et le lillois de réussir à faire assoir les 35.000 personnes déjà massées face à la scène, à les faire danser, jouer, chanter. Chaque concert de Skip The Use est un vrai moment d’euphorie. Celui de ce Main Square restera indéniablement dans les souvenirs.

Et puis vint l’heure de MUSE. Un petit quart d’heure de retard (assez pour prolonger l’expérience de l’extrême promiscuité, des pieds qui se piétinent, des bières qui vous rincent sans autorisation, des allés avec volonté de retour de tous ceux que la vessie trahissait, de la mauvaise foi un brin batailleuse de ces autres qui tentent de se faufiler malgré l’impossibilité totale du projet) et Matthew Bellamy débarque sur scène, la silhouette fine, le visage fermé. Le guitariste laisse éclater ses riffs les plus fameux. La setlist est  idéalement dosée, une forte présence de singles à succès et les plus belles plages de « Drones », leur dernier opus, plus rock que les précédents, largement salués par la critique.

Qu’on aime ou pas, difficile de ne pas se laisser avoir par la mise en place, les airs reconnaissables sitôt les premiers accords, l’énorme machinerie sur scène, depuis les projections jusqu’à l’impressionnant lancé de confettis. Le lâcher de ballons, incontournable chez Muse, est également de la fête. « Madness », « Starlight », « Dead inside », « Plug In Baby », il ne manque personne! La voix de Bellamy est juste, la puissance sans défaut, ses complices jouent à la perfection. Peu d’échanges avec le public mais un « On aime la France » qui glissera un peu de baume sur les frustrations. Le final est bluffant. MUSE a retrouvé sa meilleure inspiration.

La tristesse du départ malgré un « Happy » très show.

Les troisièmes et derniers jours de festival sont souvent les plus difficiles. Les organismes accusent le manque de sommeil, les jambes, qui ont piétiné et patienté durant des heures, se font plus lourdes et le moral connaît lui aussi une baisse de régime : un dernier tour de concerts et il faudra se quitter, décompter jusqu’à la prochaine édition.

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Tiken Jah Fakoly // Main Stage.

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IAM // Main Stage.

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Lilly Wood & The Prick // Main Stage.

 Une averse assez rapide pour ne pas gêner, des températures plus supportables, la météo a joué participatif jusqu’au bout! Assez raccord avec la programmation du jour : l’ivoirien TIKEN JAH FAKOLY, en grand sage humaniste, militant des droits de l’homme, appelant à soutenir le Burundi qui se construit, apostrophant les états corrompus d’une Afrique qu’il rêve plus proche de ses habitants, plus à même d’offrir à chacun santé, sécurité, éducation, égalité… Son reggae, que l’on dit digne héritier de Bob Marley, fait plutôt penser aux partitions d’Ali Farka Touré. Beaucoup de musiciens sur scène, des choristes-danseuses largement mises en valeur, le spectacle était total.

De la chaleur toujours et jusque dans l’accent également, avec IAM. Plus de vingt cinq ans que les Marseillais portent l’étendard du rap français. Les chansons récentes sont moins des usines à tubes que « le Mia » (qui a enthousiasmé le public ce dimanche encore) mais le succès est toujours là. Inter-générationnelle, la bande d’Akhenaton, a résisté au temps et se présente toujours dans sa formation d’origine. Le rap n’est pas notre musique favorite mais les marseillais maîtrisent incontestablement le genre et savent tenir la scène sans temps morts. Respect.

En 2011, ils étaient nominés aux Victoires de la Musique parmi les Révélations du Public.. qu’ils décrochaient haut la main. Quatre ans plus tard, Nili Hadida et Benjamin Cotto (ben oui, ils ont aussi un vrai nom et prénom!), autrement dit LILLY WOOD AND THE PRICK, duo parmi les plus brillants de la pop française, s’imposait facilement sur la Main Stage. Plein d’humour, prenant un plaisir manifeste à jouer devant un parterre aussi impressionnant, les complices ont mixé titres de leur deuxième album (là encore, couronné de succès) et les tubes qui les avaient lancés. Un dosage judicieux à l’évidence.

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Sam Smith // Green Room.

Pause soul ensuite sur la Green Room avec SAM SMITH, vingt-trois ans, mais ayant l’air de chanter depuis toujours, un album qui a raflé tous les trophées et cinq singles vendus par millions. Une popularité et un succès planétaire qui expliquent l’immense succès offert par le public du Main Square: des milliers de fans attendaient depuis le début d’après-midi pour l’entendre interpréter « Money on my Mind », « I’m not the only one » et bien sûr, « Stay with me ».

La mise en scène est originale et élégante, les trois choristes tiennent une vraie place. Quant à la voix de Sam Smith, récemment opérée aux Etats Unis, elle a retrouvé puissance et nuances. C’est à nouveau un vrai beau moment, une parenthèse tendresse en ces dernières heures de festival. Visiblement touché, le jeune homme a du mal à cacher son émotion. Et c’est les larmes aux yeux qu’il repartira, remerciant à nouveau, regrettant de devoir abandonner la scène alors que le public le réclame encore.

Belle affiche décidément sur la Green Room qui avait vu quelques heures plus tôt l’australien JOSEF SALVAT séduire sans peine avec sa voix cde crooner et ses refrains nostalgiques. Largement médiatisé depuis sa reprise de « Diamonds » de Rihanna, l’australien est un artiste bien plus large que ce cover. « In your Prime », son premier album lui a permis de connaitre une reconnaissance internationale, pleinement justifiée.

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Mumford & Sons // Main Stage.

Changement de registre avec les MUMFORD AND SONS, joyeuse bande britannique qui a de très nombreux fans en France mais qui se produit trop rarement chez nous. C’est dire si leur venue était attendue! Avec ses accents rétro, le groupe né dans l’est de Londres, a très vite connu le succès parmi la scène néo folk. Le premier album, il y a tout juste cinq ans, a été salué dès sa sortie mais c’est le deuxième opus, « Babel », qui permettra le vrai succès. Sur scène, la complicité des compères, tous beaux garçons, ce qui ne gâche rien,  est totale. Chacun tient son rôle avec efficacité. Le banjo, la contrebasse et la mandoline, souvent absents des partitions rocks, s’imposent ici avec superbe. Le chanteur maîtrise parfaitement le français et les traits d’humour sont autant de moments complices avec des spectateurs totalement acquis à leur cause. Pour beaucoup (et nous en étions!), ce concert était la grosse attente de la journée. Un seul regret : les soixante-dix minutes se sont écoulés bien trop vite.DSC_6548 DSC_6526

Pharrell Williams // Main Stage.

Enfin, difficile de ne pas parler de l’homme au chapeau, Monsieur succès mondial de 2013, celui dont le titre a été repris par des millions de fans dans le monde, mis en images des millions de fois avec des scénarios plus ou moins réussis : PHARRELL WILLIAMS. Si beaucoup l’ont découvert à cette occasion, l’américain affiche pourtant plus de vingt ans de carrière. Avec son groupe, The Neptunes, devenu duo de producteurs, il faisait même partie des professionnels les plus recherchés par les stars internationales à qui il a offert leurs plus gros hits.

Ses deux derniers albums solo ont visiblement bénéficié de toute cette expérience et de ses précieuses recettes car ils se sont placés très vite dans les meilleures ventes. Exigeant, ultra professionnel, Pharrell Williams a incontestablement le sens de la création. Sur scène, avec ses danseuses et choristes qui assurent un vrai show à l’américaine, tout est cadré et ne laisse aucune place à l’improvisation. Les lumières comme les projections ont elles aussi laissé la part belle à l’innovation. Pharrell Williams démarre son set avec « Freedom », son tout nouveau titre puis enchaîne avec plusieurs morceaux extraits de l’album « Girl ». Quelques anciens tubes enchaînés puis les incontournables « Rockstar » et « Lapdance » pour lesquels des fans sont invités à le rejoindre sur scène. L’hystérie est à son comble avec « She wants to move », morceau où seules les filles peuvent prolonger le mom

L’artiste est visiblement d’humeur souriante. Un peu diva mais cent pour cent musicien, il enchaîne les morceaux avec grâce. « Lose yourself to Dance » encore, « Get lucky » de Daft Punk bien sûr et « Happy » pour dernière danse. Bonne idée que de nous faire bouger. Le vent tentait de reprendre des forces et il faisait frais soudain dans la Citadelle. A moins que ces frissons soient ceux de l’émotion du départ…

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.