Le double plébiscite d’Ed Sheeran au Stade de France

En trois albums vendus par millions,  Ed Sheeran a conquis la planète et accédé au podium des stars de la pop  internationale. Sans pour autant se départir de son côté « boy next door », à vingt-sept ans, il joue désormais à guichets fermés dans les plus grands stades. Les 6 et 7 juillet, il faisait escale au Stade de France. Avec le public comme partenaire.

Il y a six ans, Ed Sheeran livrait ses chansons à l’un de ses premiers auditoires parisiens (après un passage déjà marquant par la Boule Noire, autre salle de la capitale). Le public de la Cigale , en Juillet 2012, comme celui du Trianon, en Novembre, ressemblait à celui des One Direction, stars parmi les stars nées de l’autre côté de la Manche et devenues déferlantes partout dans le monde. Il est vrai que le jeune Ed Sheeran, du haut de ses vingt et ans, leur avait écrit l’un de leurs plus grands tubes avec « Little Things », titre sorti cette même fin 2012, qui à chaque concert fera couler des rivières de Rimmel. La ballade est superbe et le succès légitime. Il y a six ans donc, les jeunes anglaises avaient débarqué par centaines laissant quand même quelques places pour toutes ces autres qui voulaient découvrir sur scène l’interprète de « Kiss me » ou « Lego House ». Ensemble, elles ont fait grimper les décibels.  

Et voilà le Britannique qui s’attaquait cette fois à la version XXXL de la scène en jouant à saute stades à travers le monde. L’envie d’une étape au Stade de France avait été évoquée lors de sa venue à l’AccorHotels Arena de Bercy (Paris) l’an dernier et Live Nation a décidé de la relever. Au final, et même si les plus enthousiastes pensaient l’idée possible, ce n’est pas un soir mais deux qu’Ed Sheeran aura rempli, la billetterie s’envolant en quelques minutes. 120.000 places vendues. Ca laisse rêveur après six années de carrière et seulement trois albums. Mais il est vrai que le jeune homme a enchaîné les tubes, récolté des trophées et disques de platine aux quatre coins de la planète, été adoubé par toutes les stars de la musique, vu aux côté des plus grands, fait pote avec Taylor Swift ou Beyoncé tout en ayant l’air de rester cool et souriant, pas franchement obsédé par son image. 

Son dernier opus, « Divide », s’est vendu à plus de treize millions d’exemplaires (dont pas loin de 800.000 en France), décrochant ainsi le titre envié de plus gros vendeur l’an dernier. Et on ne parle pas de ses clips, toujours extrêmement soignés. « Shape of you »  a été vu plus de trois milliards de fois. Ni de sa popularité sur les réseaux sociaux. Sous « Teddysphotos » (abonné à une seule personne), Ed Sheehan réunit 24,2 millions de fans. De quoi faire pâlir les nouveaux « influenceurs ». Parler de « phénomène » dans une période qui abuse des superlatifs n’a donc rien d’exagéré.

Si jouer au Trianon puis revenir au Zénith avant de passer par Bercy a quelque chose d’une progression logique qui ne bouleverse pas la set list ou la mise en scène, il y a un pas nettement plus grand dans cette antre dantesque où il s’agit d’ être vu et entendu par chacun. Bien sûr, il y a les tours d’enceintes. Bien évidemment, un concert dans un stade ne saurait s’affranchir d’ écrans géants mais ces dispositifs ne peuvent être que des renforts, certainement pas l’ossature principale sur laquelle s’appuyer et s’éviter la dose de stress que l’ on imagine à hauteur de l’enjeu. 

Et bien lui a décidé de la jouer tel quel, à son image, simple et sans excès. Une scène à plusieurs niveaux,  un écran qui reprendrait l’imagerie de ses clips, des lights raccords avec les tons de son dernier album, un pied de micro et basta. Même tenue que celle qu’il porte depuis toujours (jean, teeshirt sur teeshirt à manches longues), la chevelure rousse plus ou moins ordonnée et le sourire rivé au dessus la guitare, seule l’envie, sa véritable adrénaline, faisant le reste. Et à 21h15, sous un tonnerre d’applaudissements et de cris, Ed Sheeran a fait son apparition par une porte de côté avant de rejoindre son piédestal. 

Le jeune homme emporte tout le monde dès les premiers accords, même ceux qui ne l’avaient encore jamais vraiment entendu, les parents notamment venus accompagner une progéniture aussi fan que trop jeune pour venir seule. Il saluera d’ailleurs ces « papas et ces amoureux qui accompagnent leurs filles ou leurs chéries » et il demandera à tout le monde de chanter « car vous êtes mon groupe ce soir ». 

Le vent joue parfois les sons contraires, les rangs voisins crient parfois trop pour permettre une audition parfaite de ce qui se passe sur scène mais rien ne saurait entraver l’enthousiasme devenu général. « Galway girl » fait même danser dans les travées autant que sur la pelouse. Sur les écrans géants, la tête d’Ed Sheehan est partout. Les dragons et les lions prennent également le pouvoir comme dans un super dessiné animé.

Les tubes s’enchainent, énergiques ou plus romantiques. « Thinking out loud », les magnifiques «Photograph» ou « Perfect » sont repris par soixante mille choristes et éclairées par presqu’autant de lumières de smartphones. Sur scène, Ed Sheeran n’a toujours que sa guitare, ses paroles accrocheuses et sa jovialité non feinte. On pourra toujours se dire qu’il est de ceux que la proximité renforce, que ses chansons supposent davantage d’ intimité, le pas est franchi avec un succès bluffant.

En fin de set, « Sing », fait évidemment chanter tout le stade. En rappel, « Shape of you » fait lui aussi le job avec un Ed Sheehan qui s’est assuré d’un succès encore plus grand en revenant avec le maillot de l’Equipe de France. « You need me, I don’ t need you » fermera le bal. Les derniers accords à peine envolés, certaines se rueront vers les portes d’accès du stade… pour attendre jusqu’au lendemain en organisant un tour de garde entre copines, histoire d’être au premier rang de la fosse. Il parait que le nombre de couvertures de survie abandonnées lorsque s’ouvrent les portes est un signe puissant de notoriété. En ces deux soirs, des centaines d’accessoires du genre laissaient refléter le soleil dans leur matériau doré.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Harry gagne avec Styles !

Une production soignée, une mise en scène originale et une setlist parfaitement calibrée : le « LIVE ON TOUR » d’Harry Styles passait par Bercy. Le jeune britannique se présente désormais en solo et affiche l’aisance des vieux routiers de la scène avec une maturité impressionnante. 

Harry Styles était en concert ce 13 Mars sur la scène de l’AccorHotels Arena (Paris) . On pourrait le lire comme une simple date, escale parmi toutes les escales qui se posent chaque année à Bercy. Mais ce serait faire fi du contexte, de l’histoire même de ce jeune artiste d’à peine vingt-quatre ans mais déjà auréolé de sept années d’une carrière qui n’a jamais flirté qu’avec les sommets quel que soit le continent traversé.

Un concert d’Harry Styles, c’est un rendez-vous. Celui qu’il fixe à toutes celles (et elles sont des dizaines de millions à travers la planète) qui le suivent depuis qu’il a été l’un des cinq «One Direction», le boysband le plus célèbre de ces dernières années, monté par Simon Cowell, producteur et membre inspiré du juré du X Factor anglais. Une idée pour le moins juteuse avec un premier contrat de plus de deux millions de livres sterling pour le groupe, investissement largement rentabilisé par cinq années interrompues de succès, de concerts dans des stades tous plus grands les uns que les autres, des tournées vendues en quelques minutes, des millions de disques, livres sans oublier une ribambelle plus ou moins réussie de produits dérivés. Alors en 2016, quand a retenti l’annonce d’une « pause » des « 1D », officiellement pour permettre à chacun de développer sa carrière solo, ce furent évidemment des torrents de larmes.

Pendant que certains de ses anciens acolytes se mettaient en hibernation, s’inscrivaient dans les rubriques people ou naissances des tabloïds, Harry Styles n’a jamais vraiment arrêté. Bien sûr, on lui a prêté des dizaines de conquêtes, bien sûr, ses costumes improbables, sa collection de tatouages et la longueur de ses cheveux ont continué de focaliser les attentions mais il est passé outre ces publications et a continué à tailler sa route. D’abord en sortant en mars 2017, soit deux mois avant la date de sortie officielle de son premier album, un titre… qui s’est classé premier des ventes en l’espace de dix-neuf minutes! « Sign of the Times » battait ainsi le précédent record, détenu par Adèle. Le clip, réalisé par Woodkid, est sorti le 8 Mai, quatre jours avant le disque au titre éponyme. Il a été vu à ce jour près de 315 millions de fois.

Cela aurait pu donner le vertige. Mais Harry Styles, bien que le benjamin du « Fab Five », avait la tête suffisamment bien faites et les épaules assez larges pour ne pas se perdre de vue. En parallèle de la musique, tenté depuis longtemps par la carrière d’acteur, il a travaillé et réussi à rendre parfaitement crédible son personnage de jeune soldat anglais dans « Dunkerque », le film de Christopher Nolan, sorti à l’été 2017. De quoi susciter l’envie chez pleins d’ autres metteurs en scène. Mais c’est à la scène qu’il avait promis de donner ensuite sa priorité en se laissant embarquer dans un tourbillon de tournées à travers tous les continents.

Les dix titres présents sur « Harry Styles » (parfois pour un titre d’album, le plus simple est le mieux!) ont pu désorienter les plus jeunes de ses fans, habituées à des refrains plus guimauves et des musiques formatées « coeur avec les doigts » ou  bande FM. Mais le succès de l’album a été fulgurant et chacun s’est accordé sur la maturité des textes, une pop plus adulte, des morceaux où il s’assumait en tant que guitariste et de jolies inspirations seventies.

Live Nation a eu raison de le signer pour organiser sa tournée. Même si les tubes des « 1D » restaient dans les mémoires, les nouvelles chansons d’Harry Styles étaient déjà connues par coeur et le moment venu, ce serait le rush pour décrocher une place de concert. L’ Olympia (Paris), le 25 octobre dernier, s’est vendu en une poignée de minutes. L’artiste, qui disait vouloir tester sa notoriété solo dans des salles de moyenne importance, a eu sa réponse. Il en a été de même partout.

Cette nouvelle date française, six mois plus tard, a connu un succès lui aussi spectaculaire. Sitôt l’ouverture de la billetterie, assurance était donnée que les fans seraient là, prêtes pour le grand soir. Et elles l’ont bien vécu comme un rendez-vous. Entre copines ou avec leur mère, des ados mais aussi des jeunes femmes plus âgées, qui avaient grandi en même temps qu’Harry Styles. Seize milles spectateurs (il y avait bien quelques hommes donc on est obligé de mettre au masculin), des jeunes filles plus émues les unes que les autres, certaines frôlant parfois la crise de nerfs (on en a vu) avec ce point commun parfois inconfortable pour les oreilles, une capacité au cri strident à (très) courts intervalles réguliers.

A 21h, le rideau s’est levé sur un écran en demi sphère suspendu au dessus de la scène et Harry Styles était là, costume scintillant gris sur chemise en soie noire généreusement ouverte. Et Bercy est devenu sourd par les hurlements saluant cette arrivée. « Only Angel » entonne ses premiers accords, terriblement efficaces. A voir le jeune britannique solide derrière son micro, arpentant la scène avec une démarche syncopée qui rappellerait celle de Mick Jagger, on se dit que les années One Direction ont offert une expérience unique, un sens du métier, une envie de faire le show qui resteront. Harry Styles poursuit avec « Woman » puis « Ever since New York ».

Les quatre musiciens, dont deux jeunes femmes, l’une aux claviers , l’autre à la batterie, ne font pas semblant. « Two Ghosts » et « Carolina » sont plus puissants en live. Mais le mieux, c’est encore (pour le public) quand Harry Styles glisse quelques mots français entre deux titres. « Bonjour Paris… J’apprends le français mais je suis un peu lent ». Le jeune homme n’a rien perdu de son humour et de ses facéties adolescentes, il prendra quelques instants plus tard un énorme plaisir à faire répéter à la foule « 85 pamplemousses ». On ne sait pas d’où sort cette improbable juxtaposition mais elle a beaucoup fait rire, lui en premier.

Après le morceau initialement écrit pour Ariana Grande, « Just a little bit of your heart », le britannique remercie le public avec ce cadeau inattendu, un titre (quasi) inédit, « Medicine ». C’est rythmé et porté par un texte percutant. Vient alors le moment de rejoindre la seconde scène, située juste derrière les consoles. A travers un chemin dessiné au milieu de la salle, Harry Styles court, attrapant au vol un drapeau français tendu par une fan. Résonnent alors « Sweet creature » et « If I could fly », une parenthèse sweet, Harry Styles s’accompagnant de sa seule guitare, qui fait naître des larmes dans des travées devenues soudain plus attentives.

Au retour sur la scène principale, seize milles fans reprennent avec lui « What makes you beautiful », titre devenu culte des One Direction, légèrement revisité et puis bien sûr, impossible qu’il ne soit pas de la setlist, « Sign of the Times ». « From the dining table » en mode déchainé laissera ensuite la place à « Kiwi »… « la » chanson que le public connaît plus que par coeur.

Le temps est alors venu de se quitter. Quand la salle se rallume, sur chaque rangée, des jeunes filles sont en pleurs, soutenues par des copines qui ne sont pas forcément plus vaillantes. Se lever serait déjà quitter la salle, s’éloigner encore davantage de lui qui est dans les coulisses inaccessibles… mais proches.

Si Harry Styles a largement gagné ses galons « solo » et assuré une heure trente d’ un show d’une grande maturité, il lui faudra encore quelques années avant que son public ne soit pas dans le souvenir, dans ce passé qui l’a tant fait vibrer. Assister à un concert d’Harry Styles c’est aussi reprendre un petit morceau des « One Direction », revivre des années intenses et heureuses avec les morceaux du groupe comme « bande son » de cette tranche de vie là. Dire le contraire serait un leurre. En attendant, même si certains se complaisent toujours dans des critiques haineuses que le temps et l’intelligence n’ont pas réussi à calmer, personne ne pourra contester que le jeune britannique a une vraie voix, avec un grain facilement reconnaissable, un sens du show et une envie qui ne sont pas près de lui faire quitter son statut de star internationale.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

LE MONDIAL DU TATOUAGE POSE SON ENCRE DE 9 AU 11 MARS A LA VILLETTE

Plus de quatre-cent-vingt tatoueurs venus du monde entier, des concerts avec des artistes qui ont réservé leur sortie pour l’occasion, le Mondial du Tatouage, du 9 au 11 mars prochain à la grande halle de la Villette (Paris) promet une fois de plus des surprises et des moments uniques.

Les grincheux (ou les peureux) auront beau dire que la véritable originalité aujourd’ hui est de ne pas être tatoué, il n’en reste pas moins que les adeptes sont de plus en plus passionnés et les tatoueurs de plus en plus reconnus en tant qu’artistes, représentants cet art que l’on nomme « 10ème ». On dit d’ailleurs « mon » tatoueur comme on dirait « mon » médecin ou « mon » coiffeur. Il est ancré dans le carnet d’adresses, fait partie des repères et des personnes non interchangeables. Car un tatouage reste (a priori) gravé et à jamais marqué, il représente des moments de vie, des symboles, des rencontres, des joies ou des douleurs, un parcours. Alors sauf pour les « flash » qui réduisent un peu la part de créativité et surtout d’originalité puisqu’ ils se déclinent en série sur les bras ou les mollets, les tattoos sont des oeuvres à part entière, la traduction d’ une envie par un artiste en particulier, dont on aime la façon de faire, la finesse, le côté rock voire même l’humour. Logique alors que ces prestations représentent un coût, le tatoueur passant pas mal de temps avant le grand rendez-vous pour créer le dessin qui corresponde parfaitement aux attentes.

A la Villette, ce grand rendez-vous mondial devrait connaître le même succès que lors des éditions précédentes. Les 9, 10 et 11 Mars, ce sont plus de 35.000 visiteurs qui sont attendus, la plupart se pressant bien avant l’ouverture des portes pour être certains de repartir avec un tatouage de signatures légendaires réunis exceptionnellement pour l’occasion. Filipe Leu, Bill Salmon, Luke Atkinson, Kari Barba et pour la première fois lors de cette édition, Mark Mahoney.

Mass Hysteria.

Betraying the Martyrs.

Expérience insolite pour les novices, carrefour ultra attendu pour tous les autres, qui en profitent aussi pour découvrir les expositions, les séminaires, les dizaines d’autres surprises et bien sûr les concerts. Au programme de cette édition, Mass Hysteria, qui donnera vendredi 9 Mars l’ une des deux seules dates de l’année, en préambule à la sortie de son prochain album, annoncé pour la fin 2018. Le groupe phare du metal français a célébré ses vingt ans de carrière et n’ est pas prêt de s’arrêter. Avec « Matière Noire », ses musiciens ont même montré qu’ils n’en avaient peut être jamais eu autant sous le pied.

Autre groupe attendu le 9 Mars , Betraying the Martyrs. Les parisiens, qui suivent sans complexe leurs ainés de Gojira et trustent les scènes internationales, profiteront de l’occasion pour présenter leur nouvel album, « The résilient ». Avec le charismatique (et over tatoué) Aaron Matts au chant, le groupe offre un cocktail explosif parfaitement dosé.

Graveyard.

Black Moth.

The Red goes Black.

Samedi 10, les suédois de Graveyard présenteront leurs morceaux faits d’un étonnant mélange rock-blues-jazz et folk, librement inspiré de Black Sabbath, des Stones ou bien encore de Led Zeppelin. Ce sera leur unique date en France.

Autre groupe à l’affiche ce soir là, Black Moth, né de la scène underground de Leeds, influencé par la culture trash. présents depuis plusieurs années dans tous les festivals d’ Europe, ils présenteront leur nouvel album « Anatomical Venus ».

Pour le dernier soir, la scène sera laissé à The red Goes Black, groupe de rock nourri au son des Doors, des Stones ou bien encore de Muddy Watters. Le groupe sortira bientôt son nouvel album, concocté sous la houlette de Ryan Gilligan et Michael Brauer (une dizaine de Grammy Awards pour son travail avec Coldplay et John Mayer).

– Mondial du Tatouage, 9/10/11 Mars, Grande Halle de La Villette, Paris. www.mondialdutatouage.com –

LOUIS ARLETTE: La dérive des sentiments

Ne pas se fier à son nom un peu rétro! Louis Arlette est sans doute l’un des artistes les plus modernes, les plus innovants de la scène française. Derrière le cheveux coupés au ras du bol, le jeune homme ne cesse d’inventer, créer, livrer des sonorités, une musique qui n’a encore jamais été imaginée. Tout plutôt que copier recoller et donner à des partitions des airs de déjà entendus. Les paroles sont à bon auteur et foncent dans le tas de l’âme. Louis Arlette a sorti en octobre un premier EP, « A notre gloire ». L’album suivra en février. « Sourire carnivore » est attendu avec impatience.

Il n’y a rien de banal ni de convenu chez ce trentenaire : une attraction pour le noir (des cheveux aux tatouages, des tenues vestimentaires aux paroles percutant souvent les tréfonds de la gravité) qui pourrait autoriser le cliché mais rien de gothique du côté de Louis Arlette. Rien de classique non plus même si son parcours de musicien aussi complet que doué aurait pu lui faire fouler d’autres arpèges. « J’ai eu très jeune une espèce de fascination pour les instruments, je ne sais pas vraiment pourquoi d’ailleurs mais je me souviens que tous m’attiraient. J’ai appris le violon au conservatoire puis adolescent, j’ai commencé à travailler en orchestre. Mais la révélation s’est faite quand j’ai vu Didier Lockwood sur scène. Ce grand musicien de jazz était totalement libre grâce à son violon électrique alors je me suis dit qu’un jour, j’aurais le même. C’est incroyable ce que ça apporte d’aisance nouvelle, d’amplitude, de jeu différent avec des échos que je ne soupçonnais pas, des réverbérations impossibles à obtenir sur un violon classique. En fait, j’avais enfin un instrument qui sonnait comme une guitare électrique et ma fascination s’est encore accrue », lance Louis Arlette en riant à l’évocation de ces souvenirs.

Histoire de creuser encore le sillon, le musicien poursuit son apprentissage côté studios d’enregistrement. Les consoles, les synthétiseurs, il veut tout connaître, avec l’espoir clairement  affiché de pouvoir les utiliser un jour. Il se confronte aussi au chant, travaille sa voix constamment et n’a pas peur de pratiquer le grand écart, se revendiquant chanteur français puisque ne voyant pas de meilleur bagage pour transporter ses idées mais affichant son amour pour des groupes aussi variés qu’Indochine… Depeche Mode, The Cure ou Radiohead. S’ajoutent à çà une étude universitaire de la musicologie et un diplôme d’ingénieur du son. De quoi disposer du meilleur kit quand il s’est agi d’ouvrir son propre studio pour devenir réalisateur et producteur, sans pour autant perdre de vue ses moments musicien et chanteur. Toujours cette envie de tout maîtriser, de  tout contrôler, savoir de quoi et comment on parle. « La musique, ce ne sont pas que des notes et de l’émotion, c’est aussi de la technique, des instruments, du feeling… un art aussi complet que complexe! Réussir à tisser le lien avec les musiciens, créer de l’intimité est facilité par cette présence à chaque étape (…) Je suis persuadé qu’être musicien est un socle nécessaire quand tu réalises l’album d’un autre. Tu comprends mieux leurs envies, les échanges sont plus passionnés mais aussi plus efficaces. Il y a une sorte d’enrichissement mutuel dans ces rencontres. Ma vie est faite entièrement de tout cela, c’est son ADN et son équilibre. Je ne referme jamais la porte pour laisser place à un autre plus éloigné de la musique. Ma vie professionnelle est ma vie toute entière.»

Repéré par les musiciens du groupe Air alors qu’il n’était encore qu’apprenti ingénieur du son, Louis Arlette les a ensuite accompagnés durant plusieurs années. Sur l’album « Love 2 », il a assisté Nicolas Godin et Jean-Benoit Dunckel avant de mixer et enregistré « Le voyage dans la lune » ainsi que « Contrepoint », le premier album solo de Nicolas Godin. Il y a pires pour débuter dans le métier. L’homme fasciné par les consoles avait de quoi renforcer sa passion. « Les machines ne sont pas des appareils pleins de froideurs, ce sont au contraire des prolongateurs d’envies, une façon d’exprimer ses idées, des alliées précieuses pour mixer les univers, glisser de l’électro dans l’acoustique par exemple. Comme un supplément amélioré de nous! »

Après toutes ces expériences, le temps était venu pour Louis Arlette de sauter le pas, franchir les doutes qui l’empêchaient de livrer ses propres chansons. Malgré une forme d’inhibition accrue par la conviction qu’aider les autres à s’exprimer n’a vraiment rien à voir avec s’exprimer soi même. Malgré cette différence jugée abyssale… et pourtant la fluidité a été au rendez-vous. Des textes majestueux ont vu le jour, le fruit peut être d’un parcours littéraire dense, avec des références comme Balzac, Flaubert, Aragon ou Proust dont il assure du génie. Mieux vaut ne pas tenter la joute verbale passionnée, elle est perdue d’avance, Louis Arlette assume qu’il pourrait parfaitement ne rien lire d’autre jusqu’à la fin de sa vie. Les madeleines sont cuites! Et l’artiste lui rend finalement un magnifique hommage en suscitant des réflexions sur la société et ses dérives, l’amour, la mort, sur tout ce que l’on a de vrai, de grave, au plus profond de soi. C’est si fort que l’on se prendrait à rêver d’un recueil permettant de lire et relire ces mots dans la profondeur de leur nudité, agrémentés de quelques dessins que ce touche à touche au talent décidément polymorphe aurait imaginés.

« Mon premier EP en 2016 s’est fait en deux semaines, ce qui fut assez sportif. Il parlait de la mort, de la colère notamment. Celui là m’a pris un an et est plus engagé qu’il s’agisse de la politique ou de l’éthique, la société devient si égoïste en ce temps de selfies. J’ai envie que les chansons ne soient pas que des choses murmurées mais qu’elles donnent aussi l’occasion de réfléchir (…) Ajouter la musique n’a pas toujours été simple, il y a des moments où l’on s’acharne trop sans doute, où à force de recherches ou de doutes on peut tuer un morceau. or, je suis convaincu que c’est le morceau qui décide. On a une vague idée puis à un moment l’étincelle se produit. »

Après une année derrière son clavier, Louis Arlette a eu envie de rompre la solitude et de retrouver des musiciens pour « A notre gloire ». « Je voulais réussir à porter du contraste, des compromis. Je ne voulais pas manquer ce morceau engagé venu après les attentats du Bataclan. L’ énergie devait s’imposer et elle est venue assez vite. En revanche avec « Le Naufrage », j’ai connu de vrais moments perturbants. J’aimais ce morceau mais le rythme était si lent qu’il en était déprimant. Et puis un jour, j’ai décidé d’accélérer le tempo et le titre a pris la bonne direction, la partition enjouée accentuant paradoxalement le thème qui est quand même assez triste. La musique est l’écrin du texte alors mieux vaut ne pas se rater. »

Le 9 Février, les dés seront lancés et « Sourire Carnivore » sera révélé. Cinq jours plus tard, le 14 (la fête des amoureux, ça pourrait donc être de bonne augure côté sentiments), Louis Arlette et ses musiciens s’installeront à la Boule Noire à Paris pour le premier concert de cette nouvelle aventure. « Jouer en live dans un studio permet de douter, de chercher des tonalités. La scène exige une précision et d’autres arrangements. Nous serons quatre,  je pense que c’est la forme idéale, celle qui me correspond le mieux aujourd’hui en tout cas. Je suis impatient de ces rendez-vous, je ressens une certaine fébrilité aussi car je n’ai pas envie de décevoir, c’est comme un examen que l’on souhaiterait réussir. » L’ ’intranquillité de Louis Arlette n’est pas prête à s’estomper mais cet homme-orchestre de grand talent, qui aimerait entendre dire qu’il « fait de la chanson française tripante et affranchie des carcans poussiéreux », devrait résonner longtemps après cette double croche sur le calendrier.

Magali MICHEL.

– https://www.facebook.com/louisarlettemusic/

LOLLAPALOOZA PARIS: L’ultra récompensé The WEEKND plébiscité par 60.000 fans !

The Weeknd, en bouquet final de la première journée du Lollapalooza Paris: un show énorme attendu par des milliers de fans et un succès à la hauteur du phénomène.

Ne cherchez pas ! La mega star de cette première édition française du Lollapalooza, c’était lui : The Weeknd (né Abel Makkonen Tesfaye), canadien de vingt-sept ans, devenu star planétaire par la grâce de quatre albums bourrés de tubes, dont un avec les Daft Punk. Alors c’est peu dire si ce vendredi soir les pelouses avaient été prises d’assaut (et depuis longtemps) par des milliers de jeunes gens (des femmes en majeure partie, difficile de ne pas l’observer) qui le guettaient avec les yeux d’une Chimère impatiente. Lorsqu’il est apparu, dans une entrée spectaculaire comme les américains savent en réserver, entre celles qui hurlaient son nom, celles qui étaient soudain submergées par l’émotion et pleuraient dans les bras de leurs copines, celles qui cherchaient à immortaliser l’instant sur leur téléphone, Live Nation, grand ordonnateur du festival, a dû se réjouir d’avoir accroché pareil phénomène à son programme.

Il est 22h12 lorsque The Weeknd débarque sur scène, tous feux et lights dehors, au son de «Starboy». Les dés sont jetés. Le jeune homme a sorti la tenue des grands soirs, blouson floqué du titre de son morceau. Les fumigènes roses ne la jouent pas à l’économie… La partie promet d’être grandiose. « Party Monster », « Reminder » enchainent sans temps morts, ou plutôt juste le temps de prononcer à l’envie des phrases avec « Paris ». « Paris, ça va ? » , « Paris tu sais que je t’aime? » et de glisser de réguliers « Mother F…. » aux allures de ponctuation.

Le chanteur mêle jusqu’au bout des dix-neuf titres, les refrains anciens (« The Hills », « Wicked Games ») et les chansons récentes (« Earned it »). Il parcourt la scène, bondit et bluffe les plus sceptiques par ses compositions mixant efficacement soul, R’n B et pop. Le feu d’artifice n’est pas qu’une échappée impressionnante du bras articulé présent sur scène. Il sera aussi le fruit de ce jeune homme phénomène qui compose depuis ses vingt ans, décroche des premières places partout dans le monde, peut déjà poser sur sa cheminée deux Grammy Awards, huit Billboard Music Awards, deux American Music Awards, neuf Juno Awards et une sélection pour un Academy Award. Il y a décoration moins impressionnante.

« Often », « Tell your Friends », « In the Night » seront bien évidemment de la partie. Et c’est  « The Hills » qui offrira les derniers accords de ce show assez incroyable, plus impressionnant encore que celui donné cinq mois plus tôt sur la scène de l’AccorHotels Arena de Bercy.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

IMAGINE DRAGONS IRRADIE LE LOLLAPALOOZA PARIS

Six mois après la sortie de leur troisième opus, Imagine Dragons figurait parmi les têtes d’affiche de la première édition française du célèbre Lollapalooza. Une présence hautement attendue, saluée par une heure et demi d’ovation non stop. Impressionnant.

Il n’en revient toujours pas Dan Reynolds. De longues minutes déjà depuis la fin du concert et le leader d’ Imagine Dragons a toujours la tête entre les mains, observant l’immense foule qui vient de leur réserver une ovation ininterrompue de plus d’une heure trente. Il regarde, savoure, semble engranger chaque image comme autant d’instantanés de bonheur. Alors une grande partie du public applaudit encore et reste massée devant lui malgré l’arrivée imminente de The Weeknd sur la scène voisine. Les concerts au Bataclan ou lors de festivals comme le Main Square d’Arras avaient largement convaincu de l’attachement du public français mais cette prestation là ferait date. A part.

Comme toujours avec les américains, la set list destinée au Lollapalooza avait été soigneusement dressée et permettait de belles envolées énergiques entrecoupées de plages plus propices à l’ émotion. Porté par cette énergie impressionnante, cette générosité qui est vraiment sa marque de fabrique, Dan Reynolds et ses acolytes (Wayne Sermon, Ben McKee et Daniel Platzman) n’ont laissé aucun  temps mort. La célébrissime « Thunder » a ouvert la soirée, suivie par « It’s Time », « Gold » et « Whatever it Takes » avant une très poignante interprétation de « Demons » dédiée à Chester Bennington, le leader de Linkin Park tragiquement disparu quelques jours plus tôt. Les spectateurs lui délivreront d’ailleurs un très poignant salut post mortem à travers un très long applaudissement, un moment particulièrement émouvant de chaque côté de la scène.

Cinq ans depuis « Radioactive », et la bande de Las Vegas poursuit sa route avec ce rock aussi mélodieux que puissant qui a réussi à la propulser parmi les très grands de la scène internationale. Pas un jour sans qu’une radio ne diffuse l’un de leurs hits et des fans dont les rangs ne cessent de grossir… de quoi expliquer sans doute la puissance chorale offerte par le public du Lollapalooza en ce premier soir.

Il aura suffi d’un album, salué par de multiples disques d’or et de platine dans plus d’une vingtaine de pays pour faire naître la frénésie. Puis, il y a deux ans « Smoke + Mirrors » qui avait surpris, parfois même dérouté car plus audacieux musicalement mais le deuxième opus n’avait pas mis longtemps à convaincre.

« Evolve », sorti le 23 juin dernier, est parti pour connaitre le même destin. Chaque nouvel extrait se transforme en tube planétaire, « Believer », avait ouvert le parcours, « Thunder » a raflé les mêmes lauriers et « Whatever it takes » est devenu un incontournable de cette nouvelle tournée.

Une heure et demi et quatorze titres plus tard, Dan Reynolds n’a rien perdu de son énergie et arpente la scène jusque dans ses moindres côtés. La sourire est immense. Le quatuor semble transcendé et c’est un hurlement qui a du s’entendre bien au delà des barrières de Longchamp qui a salué les premières notes de « Radioactive », ultime morceau de la soirée. Les spectateurs s’époumonent, le chanteur se transforme en chef de cheur. Il irradie. Parfois, la contamination offre le bonheur d’un moment.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

ALT-J, L’UN DES TEMPS FORTS DU PREMIER LOLLAPALOOZA PARISIEN

Les britanniques d’ALT-J sont de retour avec l’envie de défendre pleinement « Relaxer », ce troisième album tout juste né (il est sorti le 2 juin) qui révèle de nouveaux chemins, un mélange de styles et des morceaux moins immédiatement accessibles. Jouer à Paris, lors de cette première édition du Lollapalooza Paris, ne se refusant pas, le trio n’a pas failli alors qu’à l’autre extrémité du site se succédaient Lana Del Rey et les Red Hot Chili Peppers.

Depuis l’ouverture des portes, le nombre de tee-shirt à l’effigie du groupe montrait clairement dans quelle partie de Longchamp se finiraient la soirée pour certains. Et peu importe s’ ils devaient (malheureusement) faire l’impasse sur les Red Hot. Telle est la loi des festivals où se bousculent les têtes d’affiche : ici encore plus qu’ailleurs, choisir est renoncer. Cinq ans que les britanniques d’ Alt-J s’imposent avec ce rock indépendant mixé d’électro, une direction insolite et audacieuse qui a embarqué tout le monde dès la sortie d’ « An Awesome Wave » en 2012, premier opus de ce groupe formé dès 2007, dans les salles de la faculté de Leeds.

En 2014, la formation devenait trio suite au départ de Gwil Sainsbury, le bassiste, mais le deuxième album, «  This is all yours » n’a rien laissé en route. Leur rock hybride porte les mêmes exigences.  « Hunger of the Pine » ou bien encore « Every Other Freckle » deviennent des incontournables de chaque concert.

Depuis deux ans, Alt-J avait déserté les scènes pour se consacrer à « Relaxer », un troisième album dont la sortie rimerait forcément avec tournées. Après un passage  à Rouen puis un autre à Lyon, les anglais repassaient donc enfin par Paris. Un évènement qui n’était pas passé inaperçu : plus d’une heure avant leur entrée en scène, les abords de l’Alternative Stage avaient été pris d’assaut, certains confiant même avoir pris leur ticket d’entrée au Lolla juste pour les voir eux.

C’est « Fitzpleasure », extrait du tout premier disque, qui a ouvert le bal. La magie opère d’emblée. La scénographie est en tous points remarquable, le son est excellent et les lights inventives, changeantes au fil des morceaux. La sortie toute récente du nouvel album a eu le bon goût de ne pas faire taire les titres plus anciens, ce qui a permis à la foule, de plus en plus dense, de reprendre en choeur ces morceaux connus sur le bout de la note comme « Matilda » ou « Taro ». Les chansons nouvelles s’imposent et impressionnent alors qu’elles évoluent clairement vers une autre direction, plus expérimentales. Les harmonies y sont toujours aussi sublimes (une marque de fabrique du groupe), les compositions ultra soignées. « Dissolve me », « The Gospel of John Hurt », « 3WW » ou bien encore « Nara », difficile de choisir. Avec Alt J, tout est à prendre, tout emporte jusqu’à ce dernier extrait, chose comme premier single, « Breezeblocks » qui clôt avec brio un très rare et beau moment.

En Janvier 2018, Alt-J sera de retour en France via l’AccorHotels Arena (le 11) et le Zénith de Nantes (le 14). Immanquables !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– Tous les renseignements sur www.altjband.com et dans les points de vente habituels. –