ÉVÈNEMENT: Pearl Jam en date unique en France au Lollapalooza Paris

Le Lollapalooza parisien vient de dévoiler les deux premiers artistes inscrits sur l’affiche de cette quatrième édition. Live Nation frappe fort en conviant Pearl Jam, en date unique en France et Billie Eilish.

Quatorze ans que le groupe aux 85 millions d’albums vendus dans le monde ne s’était pas produit à Paris, sept ans que les américains n’avaient plus foulé le sol français après ce Main Square (Arras) resté dans les mémoires. C’est donc peu dire que Pearl Jam est attendu avec enthousiasme par tous ses fans le dimanche 19 Juillet prochain, sur les pelouses de l’ Hippodrome de Longchamp.

Issu de la vague grunge des années 90’s, Pearl Jam a rapidement fait la différence en se mouvant album après album, concert après concert et en distillant une musique qui se voulait « engagée », une forme de « rock classique » mais patiné par le savoir faire de la bande d’ Eddie Vedder.

Pearl Jam transcende ses compositions, puissantes par leurs notes et leurs mots et les livre comme des offrandes à un public inconditionnel. Jamais, le groupe n’a offert deux fois de suite le même concert. Les set list évoluent comme les intermèdes entre deux titres. Tout est question de partage et d’échanges. Qu’en sera t’ il en juillet prochain ? il faudra attendre le second jour du Lolla pour le découvrir mais la date est déjà inscrite sur tous les agendas.

Pearl Jam.

Billie Eilish.

La veille, c’est Billie Eilish, la très jeune (elle est née fin 2001) et nouvelle sensation de la scène américaine qui devrait créer l’évènement. Sorti au printemps, son album s’est classé en tête du Billboard 200 et enregistré le troisième plus grand nombre de diffusions en continu pour l’opus d’une artiste féminine. Il s’est également classé en tête des ventes au Royaume Uni, en Australie et au Canada. La France lui faisait les yeux doux depuis un moment et les fans guettaient son passage, voilà le mystère levé.

Les pass deux jours (139 euros contre 149 lors des précédentes éditions) et les billets un jour (79 euros) sont en vente depuis ce 4 décembre. La billetterie devrait s’affoler alors même que l’affiche promet encore de belles surprises.

– Tous renseignements sur le site www.lollaparis.com. – 

Chromatics sort son nouvel album et s’invite au Pitchfork parisien

Pour la 9ème année consécutive, le Pitchfork Music Festival installe à Paris, sous la grande halle de la Villette, sa déclinaison française. Du 31 Octobre au 2 Novembre, plus de cinquante artistes se partageront les scènes. Avec de grands retours et de belles surprises à la clé.

Neuf ans déjà que cette manifestation qui fait les belles heures de la fin juillet à Chicago a posé sa version française dans la capitale. Groupes indés, hip-hop, rock, dance ou electro, la grande Halle de la Villette a rapidement fait le plein et trouvé sa pleine justification. L’an dernier, Blodd Orange, Mac de Marco, Chvrches , Stephen Malkmus avec The Jicks ou bien encore DJ Koze avaient laissé des souvenirs impérissables. Pour cette nouvelle édition, ils seront plus de cinquante à se presser sur les quatre scènes, avec de belles surprises en perspective.

The 1975.

Toujours très attendu, ovationné lors des derniers Brit Awards, The 1975 et Matty Heally, son charismatique leader, continuent de s’imposer comme l’ un des grands noms de la scène britanniques. Entre rock alternatif et electro indé, The 1975 a multiplié les inspirations et sait d’entrée de jeu entrainer son public. 

Chromatics.

Tout aussi espéré, Chromatics débarquera avec une bonne partie de son nouvel album, « Closer to Grey », le premier opus depuis 2012 et une période ô combien compliquée (en 2016, après une expérience de mort imminente, Johnny Jewel avait détruit toutes les copies physiques de ce qui devait être leur nouvel album). C’est donc peu dire si la curiosité est totale pour les fans auxquels les EP, sortis au fil de ces sept ans, n’avaient pu suffire et avaient suivi les aventures du collectif entre espoirs et déceptions. Après  cette période mouvementée, Chromatics semble prendre un nouveau départ. Le mystère sera levé dans quelques jours…

Charli XCX.

Avec ses tubes entêtants, on ne présente plus Charli XCX, nouvelle reine de la planète pop. Ses apparitions en France sont toujours autant attendues. Elle aussi vient de sortir un nouvel album, sobrement intitulé « Charli », pour lequel elle s’est attachée la participation de Lizzo, Sky Ferreira et même (cocorico) de Christine and the Queens.

Belle & Sebastian.

Et puis, comment ne pas citer la présence de Belle & Sebastian? Après plus de vingt ans de cvarrière, les écossais n’ont rien perdu de leur fougue. Les joyeux drilles autour de Stuart Murdoch livrent cette même pop joyeuse, qui n’exclut ni la mélancolie ni la fragilité, mais sonne toujours juste et vraie.

Quatre noms dans une longue liste d’interprètes qui devrait laisser leurs empreintes dans cette nouvelle édition. Le compte à rebours est lancé !

Programmation complète :

Jeudi 31 octobre : Skepta, mura Masa, Hamza, Zola, Ateyaba, slowthai, Celeste, Charlotte Dos Santos, Duendita, Ezra Collective, Flohio, Kojaque, Kojeu Radical, Master Peace, Retro X, Sean, The Comet is coming, Yussef Dayes.

Skepta.

Ateyaba.

Zola.

Vendredi 1er Novembre : Chromatics, Belle & Sebastian, Prima Scream, John Talabot, Weyes Blood, Barrie, Briston Maroney, Chai, Desire, Helado Negro, Jackie Mendoza, Loving, Nelson Beer, Nilüfer Yanuya, Orville Peck, Sheer Mag, Sons of Raphael, Squid.

Primal Scream.

John Talabot.

Barrie.

Samedi 2 Novembre : The 1975, Charli XCX, 2manydjs, Agar Agar, Aurora, SebastiAn, Aeris Roves, BEA1991, Caroline Polachek, Ela Minus, Jamila Woods, Jessica Pratt, Khadyak, Kedr Livanskiy, Korantemas, Mk.gee, oklou, tobi lou.

Agar Agar.

Aurora.

SebastiAn.

– Pour tout renseignement : pitchforkmusicfestival.fr – 

FNAC LIVE, le révélateur de tous les talents

La neuvième édition du Fnac Live laissera résonner ses scènes du 3 au 5 juillet prochains. Trois jours de concerts entièrement gratuits dans le cadre unique du parvis de l’Hôtel de Ville de Paris avec des invités qui devraient attirer la foule des grands soirs : une trentaine d’artistes dont Eddy de Pretto, Clara Luciani, Stephan Eicher ou bien encore Radio Elvis.

Quiconque ne s’est jamais retrouvé prisonnier en voiture dans les rues adjacentes à la mairie de Paris un soir de Fnac Live ne peut imaginer la densité des foules drainées par cet évènement désormais incontournable. Neuf ans déjà que ces trois jours de musique entièrement gratuits créent une animation comparable au concert du 14 juillet aux abords de la Tour Eiffel. Plus de 100.000 spectateurs s’y pressent à chaque édition.

Aya Nakamura.

Eddy de Pretto.

Clara Luciani.

Flavien Berger.

En 2012, Pony Pony Run Run, Charlie Winston, Tryo et Dominique A (entre autres) se succédaient sur scène. Au fil des ans, Christophe, Bernard Lavilliers, -M- , Mika, Christine and the Queens, Julien Clerc, Julien Doré ou bien encore Benjamin Biolay s’y sont aussi produits. L’année dernière encore, personne n’a oublié la prestation de Sting, la magie de Gaël Faye ni celle d’ Angus et Julia Stone. A l’origine, celui qui était encore le « Fnac Indétendances » avait pour ambition d’offrir une pause musicale avec des artistes propres à réunir tous ceux qui sont parisiens en ce début d’été, des artistes confirmés ma is également des découvertes qui devraient gravir rapidement les rangs de la notoriété.

Stephan Eicher.

Roni Alter.

Anna Calvi.

Cette année, les organisateurs ont poursuivi cette carte de la diversité en réunissant Bertrand Belin, Eddy de Pretto, la très en vogue Aya Nakamura et l’élégante Clara Luciani, des noms que l’on ne présente plus aux cotés de Bon Entendeur, Anna Calvi, Johan Papaconstantino ou Hervé, nouveaux noms avec lequel le public fera plus ample connaissance. Temps forts très attendus : le live acoustique du très charismatique Stephan Eicher et le toujours très spectaculaire show d’ Etienne de Crecy. Le FNAC live n’a décidément rien perdu de ses envies initiales et continue à jouer son rôle d’agitateur de talents.

M.M.

Le programme soir par soir :

Mercredi 3 Juillet : Etienne de Crecy, Aya Nakamura, Suzane, Bon Entendeur, Leonie Pernet, Radio Elvis, Delgres sur la scène du Parvis // Stephan Eicher sur la scène du Salon. 

Jeudi 4 juillet : Eddy de Pretto, Silly Boy Blue, Flavien Berger, Nelson Beer, Clara Luciani, Pepite  et un artiste dont le nom sera connu le 25 juin sur la scène du Parvis // Bertrand Belin, Blick Bassy et Roni Alter sur la scène du Salon.

Vendredi 5 juillet : Agoria Live, Hervé, Columbine, Zed Yun Pavarotti, Glauque et deux artistes dont les noms seront révélés le 25 juin sur la scène du Parvis // Anna Calvi, Johan Papaconstantino et Canine sur la scène du Salon.

– La scène du parvis est en accès libre dans la limite des places disponibles (début des concerts à 17h), la scène du Salon (3, rue Lobau) est en accès gratuit sur invitations, à retirer dans les billetteries Fnac de la région Ile de France à compter du 2 juillet à midi et à raison de deux places par personne (début des concerts à 19h40 le 3 juillet, à 18 heures les jours suivants) –

PORTRAIT: Kemar (No One Is Innocent), l’engagement musicien

Il est celui qui est à l’origine de No One is Innocent, l’un des piliers de la scène rock française, il écume les scènes depuis un quart de siècle et pourtant, on ne sait pas grand chose de Kemar, son chanteur (on pourrait dire son « leader » mais il la joue bien trop collectif pour aimer ça). No One Is Innocent sera de retour à Paris le 21 Novembre pour un grand rendez-vous à la Cigale, l’occasion de consacrer un portrait à celui qui est (désolée  Kemar !), le premier d’entre eux.

Un nom de famille (Gulbenkian)  qui signe les origines arméniennes mais c’est un parisien pure souche, amoureux de son arrondissement, de ce coin de la capitale où il a grandi et où il vit toujours aujourd’hui. Comme la plupart de ses potes, sa bande d’hier et celle d’ aujourd’hui avec lesquels il lui arrive de prolonger les soirées. Mais en pleine tournée avec No One is Innocent et avec la Cigale en ligne de mire, Kemar, bosseur invétéré, privilégie actuellement la forme. 

Du point de vue de l’état-civil, il est (de peu) l’ainé de la bande mais à les voir évoluer ensemble, à la ville comme à la scène, bien malin qui saurait faire la différence. Une pêche d’enfer, une silhouette affutée à la Iggy Pop, le temps n’a pas plus de prise sur son physique que sur sa capacité à réagir face à l’actualité. Et pourtant, mine de rien, cela fait quand même près d’un quart de siècle que No One Is Innocent, porté par Kemar, truste le devant de la scène rock française et s’affirme avec ses textes puissants servis par des partitions de plus en plus musclées.

« C’est sûr qu’en 1993, quand on a sorti notre CD quatre titres, je n’aurais pas imaginé ce chemin. Ce sont les Trans musicales de Rennes qui nous ont permis de trouver un label pour éditer notre premier album. Je ne faisais pas le malin quand je suis allé faire écouter nos morceaux même si j’avais vraiment le sentiment profond que « La Peau » notamment, avec ses paroles fortes, universelles, portées par cette musique tribale rappelant les tribus indiennes, était une vraie bonne chanson. Et puis on a été disque d’or avec plus de cent mille exemplaires vendus. Même si le marché du disque n’était pas encore dans son état actuel, 100.000 exemplaires c’était une sacrée performance, ce genre de trucs qui fait quand même sacrément plaisir! » confie Kemar dans un immense sourire. 

Arrivé de Paris en début d’après-midi, balances faites, No One joue à Nantes dans le cadre de la tournée « Du bruit dans l’ hexagone », quelques dates communes avec les potes de Tagada Jones). Kemar a les yeux rieurs. La date est sold out, la grande salle de Stéréolux est magnifique et partager l’affiche avec Niko Jones et sa bande (sans oublier ce soir là encore les définitivement punks Sales Majestés) pour ce périple qui va se poursuivre jusqu’en Normandie via Brest devant des foules compactes, il ne boude pas son plaisir. Vingt cinq ans après les débuts, il n’est pas blasé. Loin de là!

Il est vrai que le groupe a connu une histoire à rebonds. « Utopia », le deuxième album, enregistré à Woodstock, avait été suivi d’une très longue tournée, de très longs moments passés sur les routes qui avaient sans doute contribué à la séparation en 1998. Musicien dans l’âme, Kemar a saisi l’opportunité de cette mise en pause pour enregistrer en 2002 un album solo, le très beau « Prénom Betty ». « Je n’avais plus la moelle pour la vie de groupe telle que nous la vivions. On était rincé par quatre années de folie, par trop de concerts et les tensions dans le groupe devenaient trop fortes. Alors comme j’adore voyager, je suis parti aux Philippines et c’est sans doute ce qui a inspiré mon album. J’y ai retrouvé une part de calme à défaut de sérénité et une espèce de paix reposante après ces années portées par la contestation. » 

Ainsi sont nés onze titres sur le fil de la confidence où le chanteur laisse pleinement s’exprimer cette voix reconnaissable entre mille, et où il ose parler à la première personne. Il y a des ruptures, de la passion, des croyances envolées, des envies. Les mots sont justes et savamment posés, le cynisme rejoint des envolées plus poétiques. On ne peut s’empêcher de penser à Gainsbourg. Avec ses titres qui pour certains sont indémodables, on ne peut aussi que regretter la non réédition de « Prénom Betty » 

« Je ne sais pas s’il faut y voir du regret. C’est le passé, c’est ainsi. Seul le présent et ce que l’on veut faire de l’avenir a de l’importance, non ? » interroge Kemar. « Et puis qui dit que ce premier album solo ne sera pas suivi d’un second ? » poursuit il avec le regard amusé de celui qui lance son interlocuteur sur une piste sans en distribuer l’éclairage.

Quelques mois après la sortie de son album, Kemar rencontre alors K-mille. Avec celui ci, compositeur venu de la scène electro (il est le compositeur de « UHT », groupe électronique underground), il retrouve la pêche pour de nouvelles écritures. Cela aurait pu donner un autre disque en son nom propre mais l’évidence a roulé… Ce serait la renaissance de No One is Innocent. Les anciens membres n’ont pas embarqué dans l’aventure mais Emmanuel de Arriba, pote de lycée devenu auteur, a donné les premiers couplets d’une co-écriture qui n’a jamais failli depuis. « On se connaît par coeur. On a la même vision du monde, les mêmes énervements, les mêmes aspirations alors écrire ensemble se fait dans la confiance et dans la facilité. « Révolution . com » est sorti en 2004. No One était relancé. 

« Il n’y a pas de recette. Quand on sort un album, je ne me suis jamais enfermé dans des certitudes. J’ai beau avoir la conviction que certains titres sont indiscutables, je me demande encore ce que la maison de disques va en penser. Le nerf de la guerre, aussi idiot ou évident que cela puisse paraître, c’est d’écrire de bonnes chansons. La musique doit suivre. Les meilleurs accords, les lignes de basse, la simplicité parfois, peuvent être extrêmement difficiles à trouver et on peut chercher des heures jusqu’à l’obsession. Le message n’en sera que plus fort s’il passe sur des partitions soignées jusque dans la moindre note. »

Après avoir pas mal changé la composition de son équipe, No One is Innocent ne bouge plus et n’a sans doute jamais été aussi fort. Shanka (François Maigret), le plus ancien du groupe après Kemar, est un guitariste surdoué à qui rien ne semble impossible. Bertrand (Dessoliers) assure à la basse et Gaël (Chosson) à la batterie. Quant à Popy (Bertrand Laussinotte), arrivé au moment de la création de « Propaganda », il a une imagination et une aisance indiscutables. Accessoirement aussi, ce line up là s’entend comme larrons en foire et ça se voit sur scène comme ça se ressent dans les albums. 

« On avait assuré les premières parties de Motörhead et des Gun’s lors de leurs cinq Zénith en 2012. « Drugstore » était sorti un an avant. Mais c’est avec « Propaganda » en 2015 que le groupe a pris un nouvel essor. On a retrouvé toute notre ADN lorsque Popy est arrivé à la deuxième guitare. «Silencio», « Djihad Propaganda », « Kids are on the run » et « Charlie » sont devenus incontournables. La tournée qui a suivi a été énorme et puis il y a eu le Stade de France en mai 2016 avant AC/DC puis un nouveau Stade en juin de l’année suivante avec Les Insus. Ouvrir pour des musiciens comme AC/DC que l’on admire et écoute depuis longtemps est un truc assez énorme mais on a eu assez peu de contacts. On dispose de peu de temps et de peu de souplesse technique pour faire les balances, on joue, on se dit qu’il faut kiffer au maximum, on le vit avec une certaine inconscience… et c’est déjà fin! Avec Les Insus, cela a été plus chaleureux. Nous avions croisé Jean-Louis Aubert dans un festival, il m’a dit beaucoup aimer No One et regretter de ne pas nous avoir vus plus souvent. Et puis la proposition du Stade est arrivée. Cela fait d’autant plus plaisir quand c’est un choix personnel et non un arrangement entre labels. Alors on a encore plus kiffé! Et tous ces souvenirs partagés ont épaissi les liens entre nous.»

Après l’impressionnant « Propaganda », qui était unanimement une réussite totale, un écho terrible aux évènements, ceux de Charlie Hebdo en tête, on pensait que No One Is innocent avait atteint son sommet. Renouveler le succès avait des allures de pari quasi impossible. Erreur de route… Ces types là, Kemar en tête, ne sont pas du genre à se laisser scléroser par les résultats. Seules l’envie et l’urgence à écrire, le besoin presque viscéral de composer et de poser des mots, sont les moteurs. « Assez tôt après la fin de la tournée, on a eu envie de se retrouver et d’écrire. Shanka et Popy ont balancé des trucs impressionnants et la musique a entraîné les thèmes, « Frankenstein », « Ali », « A la gloire du marché » sont venus assez vite. Politiquement, les élections françaises avaient porté Macron au pouvoir mais il était encore trop récemment élu pour nous donner matière à écrire alors que la toute puissance de la finance, les revenants de Syrie constituaient des sujets que nous ne pouvions laisser de côté. » 

Et cela a donné ce « Frankenstein » sorti en mars dernier, davantage dans la réflexion, moins à vif, moins en « réaction » immédiate que Propaganda mais comme tout album de No One qui se respecte avec cette force, cette évidence et son engagement citoyen particulièrement fort. « Fred (Duquesne) a enregistré et produit avec le talent qu’on lui connaît. Je ne dis pas ça parce que c’est un pote mais il a un professionnalisme, une exigence et un savoir faire qui nous poussent vers le haut. Avant de poser ma voix, je travaille encore plus. Je sais qu’une fois en studio, s’il décide de reprendre ne serait ce qu’un morceau de phrase qui ne lui plaît pas, s’il doute, il ne lâchera rien… Alors autant être prêt ! »

Avec ce septième opus effectivement, No One Is Innocent impose encore une fois sa marque. Les guitares sont puissantes, inventives, les partitions imposent et sur scène, le « Frankenstein Tour » montre toute son énergie. Sur la scène comme dans la salle, personne ne reste en place. Dopés à ce dynamisme, sautant, virevoltant, frappant avec la rage du boxeur devant livrer son meilleur combat, Kemar et sa bande mouillent la chemise. Et ce n’est même pas une posture. Pour autant, Kemar ne veut pas non plus être résumé à ses sauts désormais largement immortalisés. « Ce serait quand même réducteur! On donne tout, on est à l’instinct mais il y a des moments où on regarde le public droit dans les yeux pour mieux faire passer le message et le convaincre. Parfois d’ailleurs, quand je viens discuter avec les gens après le concert, certains commentaires prouvent qu’il y en a dont les idées sont diamétralement opposées aux nôtres. Ca se voit à leurs remarques. Peut-être qu’ on aura ouvert une réflexion, un débat.. Qui sait ? » 

Généreux à l’extrême, profondément humaniste, Kemar n’a jamais oublié les messages de tolérance portés par son père, qui lui a raconté le drame arménien mais n’a jamais été dans un esprit de revanche. Une ouverture d’esprit que le musicien a toujours appliquée. Même si ses colères contre les extrémistes de tous bords, le racisme, le fait du prince (notamment financier) n’ont pas cédé avec l’âge, Kemar ne se voit cependant pas aussi agile ou bondissant avec dix ans de plus. « Dans l’idéal, No One aurait une fin de carrière à la Zidane. En plein succès! »  commente ce passionné de foot. Que les fans des « Kids » se rassurent, le coup de sifflet final n’est pourtant pas pour demain. Il y aura encore au moins un ou deux albums et avec les tournées qui vont de pair, cela repousse encore loin l’échéance. « J’ai pas mal d’envies. Mes rêves de rock énervé ont été exaucés avec No One. Mon Graal serait désormais de chanter du blues electro, du « Johnny Cash electro », si on peut tenter le lien. Cela pourrait se faire avec K-mille, avec lequel j’avais relancé No One, Tom Fire, un musicien et producteur influencé à la fois par l’electro, le reggae et le hip hop… Ce ne sont encore que des pistes mais c’est vrai que j’adorerais (…) On verra si cela se concrétise. Je viens déjà de vivre une belle expérience avec Merzhin. Le groupe, qui est lui aussi très engagé politiquement, m’a invité quand il enregistrait son nouvel album pour partager un titre, « Nomades ». Il parle de ces populations immenses qui ont vécu et vivent encore sur les routes, par choix ou par obligation. Les gars de Merzhin sont de chouettes mecs, plein de bienveillance. J’ai été super accueilli et je trouve que le titre accroche bien. En tout cas, depuis sa sortie cet été, on nous en parle avec plein de positivité. »

« Je ne suis pas obsédé et n’ai aucun souci de reconnaissance absolue, » poursuit Kemar, « mais j’ai encore plein de choses à raconter. Et puis surtout d’abord, plein de choses à vivre avec No One. J’adore ce groupe, j’adore jouer et partager tout avec ces gars là. Quand on se regroupe autour de la batterie, qui est vraiment l’élément central de tout, c’est hyper fort. J’aime mater mes potes sur scène car à chaque concert, c’est pareil, on monte et on joue comme si c’était la dernière fois. » 

Par chance, ce ne sera pas le cas. Dans plus de cinq heures (No One Is Innocent joue à 23h, dernier de la soirée), Kemar sera sur scène. Ses acolytes se sont égrainés entre hôtel pour se reposer et visite touristique du voisinage. Lui ne sortira pas de la salle. A peine une sieste express dans les loges puis il prendra des nouvelles de chacun, y compris des copains des autres groupes. Profondément humain, attentif aux autres, soucieux que chacun se sente parfaitement bien (les écueils des tournées du tout début ont servi d’expérience), Kemar, l’artiste prolixe, est une personnalité rare. Touchant jusque dans ses colères. Un « honnête homme », la fougue et la modernité en plus.

Magali MICHEL.

Reportage Photos // Sophie BRANDET.

– Un énorme merci à Kemar pour sa disponibilité et à No One is Innocent, équipe technique comprise, pour sa confiance. – 

Charlotte Valandrey change de scène :  l’actrice a trouvé sa voix !

Elle va avoir cinquante ans mais n’a sans doute jamais été aussi lumineuse et pleine de projets. A l’heure où certains investissent dans un Stressless, Charlotte Valandrey ajoute une mention à sa carte de visite en s’offrant un détour par la scène musicale. Des morceaux pop, des paroles cousues main et une voix reconnaissable, l’aventure ne connaît pour l’heure aucune fausse note.

Plus la peine de la présenter: depuis plus de trente ans, Charlotte Valandrey marche à nos côtés, investit les séries qui ont fait le succès de la TV (« Cordier, juge et flic », « Demain nous appartient »), endosse de jolis rôles au théâtre et publie des livres-témoignages (entre autres) qui visent juste et rallient des milliers de lecteurs.

Sa détermination et son courage ne sont plus à démontrer, son combat contre la maladie en a largement attesté. Tout comme sa capacité à rester positive et à gérer efficacement énergies et les émotions, y compris les plus négatives. Elle aurait pu continuer sa route entre tournages et écriture… Mais Charlotte Valandrey a eu envie de se confronter à d’autres sensations en concrétisant son goût pour la chanson, cette envie de faire de la scène qu’elle réprimait depuis l’adolescence.

« J’ai toujours eu envie de chanter! Cela peut paraître opportuniste de dire cela alors que mon premier opus sort le 30 Novembre et que j’ai deux concerts d’ici là mais c’est ainsi. On me disait ado que j’avais un joli brin de voix. Serge Gainsbourg a souhaité me rencontrer et m’écrire des textes… Pourtant je me suis dit : «Je ne le connais pas lui, ce n’est pas pour moi, non merci! » Avouez que j’ai le sens de la bonne décision, non ? » observe t’elle en riant. « C’est l’histoire de ma vie ce genre de choses. Avec le recul, cela fait sourire. J’ai par contre vécu un truc assez original quand même : j’ai fait de la figuration ado dans un clip de David Bowie, ce que beaucoup ne savent même pas. Je passais mon temps dans les concerts de Daho, de Dépêche Mode et de… Bowie et puis j’ai été choisie pour apparaître dans « As the World falls down » que nous avons tourné à Londres. Il m’a dit que j’avais un joli brin de voix. Un vrai beau souvenir!»

Largement occupée entre les tournage et les heures douloureuses à lutter contre les méfaits de la maladie, la transplantation cardiaque qu’elle a dû subir, l’actrice n’avait cependant pas vraiment eu le temps de pousser la note en dehors de sa salle de bains. Il a fallu le hasard d’une rencontre avec un couple de musiciens-paroliers devenus des amis intimes pour que l’affaire se décante et que le projet prenne forme. 

« On s’est vu pendant presqu’un an plusieurs fois par semaines, parfois même tous les jours et on a parlé, travaillé, pensé cet album. Forcément, plus le temps passait, plus ils connaissaient ce qu’il y avait de plus intime en moi, mes failles, mes forces, mes envies, mes enthousiasmes, et ils m’ont taillé un album cousu main. 

Sans exagération, je pense que c’est plus « vrai » que ce que si je l’avais fait moi même.  C’est « naturel », sans pudeurs ou gênes excessives. Je prends ces mots comme les miens et je les chante en les ressentant avec euphorie et force. C’est un plaisir de dingue cette aventure. D’autant que je suis également entourée par trois musiciens qui me portent… » 

Des mots précis, des histoires majuscules, des joies et des peurs, des tourments et de la nostalgie, une pop brillante et sans concession, la voix de Charlotte Valandrey se pose avec aisance dans les titres les plus énergiques comme dans ceux où le phrasé mâtiné de propos forts laisseraient songer à Grand Corps Malade. L’ artiste ne cherche pourtant pas la comparaison mais attend juste de voir si le public la suivra dans ce nouveau chapitre. D’autres titres sont beaucoup plus pop et dans le registre d’un Daho ou d’un Julien Doré, « deux artistes que j’admire, que j’écoute sans arrêt et avec lesquels j’adorerais partager un duo ou une scène, tant qu’à rêver haut ! » lance t’elle en riant.

« Je suis si heureuse, c’est un tel plaisir d’être sur scène, de vivre ces histoires avec les musiciens, c’est très différent du théâtre où l’on endosse la panoplie et le rôle écrit par l’auteur. Là, c’est vraiment moi et moi dans ce que j’ai envie de dire et montrer. Il n’y a pas de faux semblant, ni de costume de protection. Les premiers retours sont positifs. Les deux dates parisiennes permettront de se faire une idée de la réaction du public. Ce serait tellement le bonheur si une tournée pouvait se mettre en place, je veux tellement croire en ce projet…»

Etre connue et même reconnue dans son domaine, avoir un nom ne suffisant pas à capter l’attention (et le partenariat) des labels, Charlotte Valandrey a auto financé son opus de cinq titres. Mais l’album en comportera quatorze, qui seront tous joués sur scène le 15 Octobre (au Réservoir) et le 29 Novembre (au Zèbre de Belleville, toujours à Paris). Une date qui ne doit rien au hasard puisque ce soir là, Charlotte Valandrey soufflera ses cinquante ans. 

Le premier extrait de son opus s’ intitule « J’adore ». De bonne augure pour saluer l’entrée dans cette nouvelle voie.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Nathalie Cazo. 

– En concerts à Paris, le 15 Octobre au Réservoir et le 29 Novembre 2018, au Zèbre de Belleville. Tickets en vente sur billetweb.fr. – 

LA ROUTE DU RHUM A 40 ANS: à consommer sans modération !

40 ans d’existence, deux fois le bel âge et sans doute celui de la grande maturité pour la Route du Rhum. Une course devenue mythique, un Grâal que les meilleurs skippers veulent tous conquérir : la preuve, le 4 Novembre, ils seront 124 à franchir la ligne de départ au large de Saint-Malo, un record de participation. Les meilleurs pourraient mettre 6 jours. Les moins bien lotis auront besoin de beaucoup plus. Mais tous auront, ajouté de la musique au bruit des vagues lors de ce bras de fer avec la mer. 

En ce début d’automne, sur la scène du fameux studio 104 de la Maison de la Radio à Paris, ils sont encore détendus, disponibles et même prêts à dégainer leur meilleur humour à l’image de Loïck Peyron, éternel troublion, dont la facétie et le côté potache ne sont pas plus à démontrer que le talent. Le skipper baulois multi-récompensé, vainqueur surprise de la précédente édition du Rhum (en 7 jours, 15h et 8mn) après avoir remplacé au pied levé Armel Le Cléac’h, blessé en s’entrainant sur son Banque Populaire, a la punchline acérée : « Je vais être le premier vainqueur d’une course, actuel détenteur du titre et du record, à prendre le départ de l’édition suivante en étant sûr de la perdre !» Sur son fidèle multicoque jaune poussin, aux couleurs d’ « Action et Enfance », il ne fera pourtant pas de la figuration, ce serait mal le connaître.

Loïck Peyron.

Lors de la présentation officielle de la course et des 124 concurrents inscrits pour rallier au plus vite la Guadeloupe, l’heure est encore (un peu) à la décontraction. Certains cherchent bien quelques partenaires pour compléter un budget serré, d’autres attendent que le bateau soit prêt à affronter l’entrainement intensif qui va prendre toute la place avant le départ mais l’excitation de prendre le large dans le cadre de cette transatlantique mythique, remportée par d’illustres « confrères » avant eux (Florence Arthaud, Marc Pajot, Philippe Poupon, Laurent Bourgnon, Michel Desjoyeaux…) fait briller tous les regards.

Les chiffres donnent un peu le vertige. Mathieu Sarrot, en charge de l’organisation, s’attend « à une autoroute du Rhum en six jours ». La présence des Ultims, ces mastodontes taillés pour la course, qui volent autant qu’ils glissent sur la vague forts de leurs 32 mètres de long et 23 de large devrait en effet pulvériser les records. Reste à savoir lequel des cinq sportifs à leur barre saura entrer dans l’histoire, qui de Thomas Coville (Sodebo), François Gabart (Macif), Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), Francis Joyon (Idec Sport) et Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) aura le vent en poupe. Le dernier aura à coeur de prendre sa revanche sur la destinée, Joyon ne lâchera rien et on ne parle même pas de Thomas Coville au palmarès long comme le bras, ni de François Gabart qui transforme en or tout ce qu’il touche. Une « régate » en mode Formule 1 qui s’annonce captivante mais qui ne doit pas faire oublier les 118 autres inscrits, les Multi 50 et les Rhum Multi, côté multicoques, et les Imoca, les Class 40 et les Rhum Mono pour les monocoques.

Armel Le Cleac’h.

EN 2014, ils étaient 91 (dont quatre femmes) à s’aligner au large de Saint-Malo. C’était déjà un record en terme de participation. Avec 124 skippers, la Route du Rhum 2018 frappe encore plus fort et devient la deuxième compétition en terme de concurrents après la Transat Anglaise et ses 126 embarcations lors de son édition 1976. Il y a quarante ans, on prenait les choses avec la même envie et le même sérieux mais le rythme était plus lent… beaucoup plus lent. Mike Birch, le canadien vainqueur du premier Rhum, avait rallié les Antilles en 23 jours et 6 heures. Plus de trois fois le temps nécessaire à Loïck Peyron. « Il n’y avait pas cette puissance offerte par les bateaux actuels, ces équipements à la pointe de la technologie. Tout était plus lourd, plus physique. Du coup, les machines comme les bonshommes arrivaient parfois épuisés, » observe un membre de l’organisation. « Aujourd’hui, s’ils finissent « rincés », c’est parce qu’en cette semaine express, ils veillent quasiment non stop. Alors pour tenir, pour accompagner les barres de nuit notamment, nombreux sont ceux qui font appel à la playlist de leur MP3. Sur Macif, on sait qu’il y a deux petits hauts parleurs. François Gabart a plusieurs fois raconté qu’il avait écouté Ben Mazué lors de sa précédente course. Mais il aime aussi le jazz et le rock. 

François Gabart.

Thomas Coville irait plutôt vers Lou Reed mais il reconnaît pourtant que c’est « la musique de chambre qui a changé sa vie ». Il est également fan de jazz, pour sa grande liberté d’expression. «Après, c’est un luxe de pouvoir écouter de la musique pleinement car cela passe par une disponibilité que je n’ai pas toujours. Même si j’aimerais! »

Thomas Coville.

Du côté des plus jeunes, on racontait aussi que la musique peut avoir une vertu apaisante en ramenant vers des émotions familiales ou plus personnelles, en faisant sonner des partitions qui regonflent le moral et remettent dans le bon tempo. Mais les bateaux comme les voitures se conduisant aussi à l’ écoute, aucun skipper n’aura de musiques directement dans les oreilles. « On reste à l’affut, même la nuit. On est emprunté du bruit habituel et normal de nos voiliers alors on sait quand un son n’est pas légitime. Couvrir le bruit du bateau serait prendre un risque qui pourrait s’affirmer préjudiciable et qu’il est donc préférable d’éviter ».

Confucius affirmait que la « musique donnait une sorte de plaisir dont la nature humaine ne pouvait se dispenser ». Pas certain que sur les Ultims, on ne fasse pas l’impasse sur ce plaisir là. Réponse à Pointe à Pitre aux environs du 8 Novembre. Personne ne peut prévoir l’histoire de ce scénario plein de suspens dans lequel la météo jouera elle aussi son rôle. A armes parfois inégales mais à motivation identique, ces124 sportifs sont prêts à en découdre. Et nous ferons partager la bande son de leur aventure avec à la clé des témoignages, des anecdotes et les refrains qui sauront se glisser dans leurs journées. Le compte à rebours est lancé. le village de la Route du Rhum ouvre le 24 Octobre. Top départ le 4 novembre à 14heures.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Le double plébiscite d’Ed Sheeran au Stade de France

En trois albums vendus par millions,  Ed Sheeran a conquis la planète et accédé au podium des stars de la pop  internationale. Sans pour autant se départir de son côté « boy next door », à vingt-sept ans, il joue désormais à guichets fermés dans les plus grands stades. Les 6 et 7 juillet, il faisait escale au Stade de France. Avec le public comme partenaire.

Il y a six ans, Ed Sheeran livrait ses chansons à l’un de ses premiers auditoires parisiens (après un passage déjà marquant par la Boule Noire, autre salle de la capitale). Le public de la Cigale , en Juillet 2012, comme celui du Trianon, en Novembre, ressemblait à celui des One Direction, stars parmi les stars nées de l’autre côté de la Manche et devenues déferlantes partout dans le monde. Il est vrai que le jeune Ed Sheeran, du haut de ses vingt et ans, leur avait écrit l’un de leurs plus grands tubes avec « Little Things », titre sorti cette même fin 2012, qui à chaque concert fera couler des rivières de Rimmel. La ballade est superbe et le succès légitime. Il y a six ans donc, les jeunes anglaises avaient débarqué par centaines laissant quand même quelques places pour toutes ces autres qui voulaient découvrir sur scène l’interprète de « Kiss me » ou « Lego House ». Ensemble, elles ont fait grimper les décibels.  

Et voilà le Britannique qui s’attaquait cette fois à la version XXXL de la scène en jouant à saute stades à travers le monde. L’envie d’une étape au Stade de France avait été évoquée lors de sa venue à l’AccorHotels Arena de Bercy (Paris) l’an dernier et Live Nation a décidé de la relever. Au final, et même si les plus enthousiastes pensaient l’idée possible, ce n’est pas un soir mais deux qu’Ed Sheeran aura rempli, la billetterie s’envolant en quelques minutes. 120.000 places vendues. Ca laisse rêveur après six années de carrière et seulement trois albums. Mais il est vrai que le jeune homme a enchaîné les tubes, récolté des trophées et disques de platine aux quatre coins de la planète, été adoubé par toutes les stars de la musique, vu aux côté des plus grands, fait pote avec Taylor Swift ou Beyoncé tout en ayant l’air de rester cool et souriant, pas franchement obsédé par son image. 

Son dernier opus, « Divide », s’est vendu à plus de treize millions d’exemplaires (dont pas loin de 800.000 en France), décrochant ainsi le titre envié de plus gros vendeur l’an dernier. Et on ne parle pas de ses clips, toujours extrêmement soignés. « Shape of you »  a été vu plus de trois milliards de fois. Ni de sa popularité sur les réseaux sociaux. Sous « Teddysphotos » (abonné à une seule personne), Ed Sheehan réunit 24,2 millions de fans. De quoi faire pâlir les nouveaux « influenceurs ». Parler de « phénomène » dans une période qui abuse des superlatifs n’a donc rien d’exagéré.

Si jouer au Trianon puis revenir au Zénith avant de passer par Bercy a quelque chose d’une progression logique qui ne bouleverse pas la set list ou la mise en scène, il y a un pas nettement plus grand dans cette antre dantesque où il s’agit d’ être vu et entendu par chacun. Bien sûr, il y a les tours d’enceintes. Bien évidemment, un concert dans un stade ne saurait s’affranchir d’ écrans géants mais ces dispositifs ne peuvent être que des renforts, certainement pas l’ossature principale sur laquelle s’appuyer et s’éviter la dose de stress que l’ on imagine à hauteur de l’enjeu. 

Et bien lui a décidé de la jouer tel quel, à son image, simple et sans excès. Une scène à plusieurs niveaux,  un écran qui reprendrait l’imagerie de ses clips, des lights raccords avec les tons de son dernier album, un pied de micro et basta. Même tenue que celle qu’il porte depuis toujours (jean, teeshirt sur teeshirt à manches longues), la chevelure rousse plus ou moins ordonnée et le sourire rivé au dessus la guitare, seule l’envie, sa véritable adrénaline, faisant le reste. Et à 21h15, sous un tonnerre d’applaudissements et de cris, Ed Sheeran a fait son apparition par une porte de côté avant de rejoindre son piédestal. 

Le jeune homme emporte tout le monde dès les premiers accords, même ceux qui ne l’avaient encore jamais vraiment entendu, les parents notamment venus accompagner une progéniture aussi fan que trop jeune pour venir seule. Il saluera d’ailleurs ces « papas et ces amoureux qui accompagnent leurs filles ou leurs chéries » et il demandera à tout le monde de chanter « car vous êtes mon groupe ce soir ». 

Le vent joue parfois les sons contraires, les rangs voisins crient parfois trop pour permettre une audition parfaite de ce qui se passe sur scène mais rien ne saurait entraver l’enthousiasme devenu général. « Galway girl » fait même danser dans les travées autant que sur la pelouse. Sur les écrans géants, la tête d’Ed Sheehan est partout. Les dragons et les lions prennent également le pouvoir comme dans un super dessiné animé.

Les tubes s’enchainent, énergiques ou plus romantiques. « Thinking out loud », les magnifiques «Photograph» ou « Perfect » sont repris par soixante mille choristes et éclairées par presqu’autant de lumières de smartphones. Sur scène, Ed Sheeran n’a toujours que sa guitare, ses paroles accrocheuses et sa jovialité non feinte. On pourra toujours se dire qu’il est de ceux que la proximité renforce, que ses chansons supposent davantage d’ intimité, le pas est franchi avec un succès bluffant.

En fin de set, « Sing », fait évidemment chanter tout le stade. En rappel, « Shape of you » fait lui aussi le job avec un Ed Sheehan qui s’est assuré d’un succès encore plus grand en revenant avec le maillot de l’Equipe de France. « You need me, I don’ t need you » fermera le bal. Les derniers accords à peine envolés, certaines se rueront vers les portes d’accès du stade… pour attendre jusqu’au lendemain en organisant un tour de garde entre copines, histoire d’être au premier rang de la fosse. Il parait que le nombre de couvertures de survie abandonnées lorsque s’ouvrent les portes est un signe puissant de notoriété. En ces deux soirs, des centaines d’accessoires du genre laissaient refléter le soleil dans leur matériau doré.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.