Avec son « Frankenstein Tour », No One Is Innocent sillonne la voie de tous les succès

Ils viennent d’entamer une tournée qui se poursuivra jusqu’à l’année prochaine portée par  « Frankenstein », leur nouvel album sorti fin mars, une réussite totale. Vingt cinq ans bientôt et ils n’ont peut-être jamais été aussi puissants. No One Is Innocent ou la rage triomphante. 

Il est un peu plus de 8h ce jeudi, Paris a eu le temps de s’ éveiller mais dans les regards de la «Tribu» arrivée en ordre dispersé Gare de Lyon, on sent que le sommeil aurait pu se prolonger encore. Les instruments font van à part et ont pris la route une heure plus tôt depuis une salle de répétition de la banlieue parisienne. Au programme de cette quatrième session du « Frankenstein Tour » entamé le 20 Mars à Argenteuil, Saint-Nazaire en Loire Atlantique, Saint-Agathon près de Guingamp et Ancenis, sur les bords de Loire, à une trentaine de kilomètres de Nantes avant un retour dimanche en début d’après-midi. Un périple qui comme toujours additionnera kilomètres, heures confinées dans les véhicules et nuits courtes mais le groupe est rodé à ces plaisirs invisibles des tournées. Plaisirs que partagent  les indispensables de l’ombre, Arnault Burgues,  nouveau tour manager, également à la console des retours, Estienne, le backliner, Nicolas Galloux, Monsieur Lumières, et « Maz » (Jean-Marc Maz Pinaud) au son. 

Un gentil tacle à celui qui arrive avec quelques minutes de retard et c’est le départ. Dans une tournée, la feuille de route est hyper précise et les horaires ne peuvent être bousculés. L’arrivée au VIP est prévue à 14h, les balances démarreront dans la foulée et le show est prévu entre 22h et 23h30. 

Saint-Nazaire est encore à plus de trois heures. Il y a les bavards, ceux qui lisent ou pianotent sur leur smartphone. Et puis ceux qui en profitent pour s’ offrir un petit supplément de sommeil. Au risque de casser le mythe, le musicien est un être normal, qu’on se le dise!

Une trentaine de dates ont été inscrites dans ce premier volet. Elles sillonnent la France, obliquent courant mai et juin par des festivals en Suisse, Belgique et en Espagne puis s’interrompent le 29 juin à Evreux avant de reprendre après une courte pause estivale dans des salles encore plus grosses. Il le faut car le « Frankenstein Tour » cartonne. Si Kemar et sa bande ont pu douter pendant leur résidence grenobloise, chercher la setlist parfaite et s’interroger sur la façon dont le public, bien que fidèle depuis plus de vingt ans, accueillerait ce septième album studio et cette nouvelle série de concerts, il aura suffi de la première date pour être rassurés. Logique au regard d’un album qui est peut-être l’ un des plus forts de leur carrière.  

Et pourtant, le défi était de taille après « Propaganda », sorti trois ans plus tôt. Des textes puissants qui avaient des allures de cris, une vindicte puisée dans l’ADN de No One mais qui faisait écho aux terribles événements, Charlie Hebdo, le Bataclan… On se souvient du concert à la Cigale, en présence de membres de l’équipe de Charlie Hebdo, dix mois après l’attentat qui avait décimé la rédaction, le message de résistance lu par Shanka au nom du groupe mais aussi cette présence dedans comme dehors de forces de sécurité de tous ordres. No One n’a pas plié, n’a pas remis ses concerts, est resté bruyant et a plus que jamais chanté le point levé. « Charlie », « Silencio », « Kids are on the run », entre autres, sont désormais des partitions obligées, figures de proue magnifiques de puissance et de justesse.

Et puis le temps a passé. Après dix-huit mois de tournée, le groupe a eu envie de se retrouver très vite. Juste eux et leurs instruments. Comme une urgence à faire de la musique et voir ce qu’il en sortirait. « Popy et Shanka sont des guitaristes redoutables avec des idées fortes. Ils ont balancé des trucs impressionnants et la musique a influencé les thèmes. « Frankenstein », « Ali », « A la gloire du marché » sont venus assez vite. Les autres morceaux ont suivi », raconte Kemar. 

« Je partage toujours l’écriture avec mon co-auteur habituel, Manu de Arriba, un ami de lycée. Je savais les thèmes que j’avais envie d’aborder. Politiquement en France, les élections avaient porté Macron au pouvoir et il ne nous donnait encore pas de prise… Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui! Mais la toute puissance de la finance, les revenants de Syrie, les shérifs du monde… l’actualité ne manquait pas de sujets forts. Puis nous avons eu envie de cette reprise de Black Sabath, «Paranoid», que Shanka interprète magistralement et sur laquelle je me contente de faire la voix basse derrière. Je le pousse d’ailleurs à chanter de plus en plus car il le fait superbement. Il y a des mecs comme ça qui savent tout faire, » observe Kemar en riant.

Là où « Propaganda » avait des allures de cri, les onze titres de « Frankenstein » sont beaucoup plus dans la réflexion, davantage distanciés. No One Is Innocent montre sa vigilance et ses engagements citoyens mais sa colère se transforme en interrogations fondamentales. « Nous sommes à l’opposé de ces artistes qui revendiquent de ne faire que de la musique et de parler exclusivement de cela. Je pense qu’un artiste doit, bien au contraire, garder l’oeil ouvert et se tenir informé car il a la chance de pouvoir traduire ses colères en chansons et de faire passer des messages, un point de vue que nous partageons bien évidemment tous les cinq. Dans cet album, je crois pouvoir dire que c’est l’ ADN de No One Is Innocent qui ressort, il y a une cohérence dans les sujets comme dans la musique. » 

Produit une fois de plus par Fred Duquesne, dont on reconnaît la griffe et le savoir faire, ce nouvel album est incontestablement l’un des meilleurs de ce début d’année. Un coup de pied dans les rigidités des rageux qui clament à longueur de mépris que le metal et le rock français ne seront jamais à la hauteur. « Fred est un producteur de grand talent, un ingénieur du son qui sait où il veut emmener un album. Nous étions à enregistrer dans son studio, nous avions déjà mis trois titres en boite mais lui doutait toujours… On le voyait qui cherchait. Et puis au quatrième titre, il a trouvé et on a aujourd’hui ces morceaux, avec cette puissance qui est effectivement très identifiable. »

14h00. Saint-Nazaire, tout le monde descend. Timing parfait. Les deux vans se garent le long de la salle. La mer est à quelques dizaines de mètres mais l’heure n’est vraiment pas au tourisme. Déchargement précis, mise en place, il n’y a pas de gestes inutiles. Un café dans les loges et les balances pourront débuter. Le VIP¨a été créé dans l’ancienne base sous-marine et offre un environnement assez inhabituel. Demain, ce sera « La Grande Ourse » dans la banlieue de Guingamp, une salle moderne alors qu’à Ancenis, le groupe jouera dans la salle des sports municipale, près de deux milles places (et un nouveau show sold out). 

Les contraintes techniques, le confort de jeu ne sont pas toujours les mêmes mais rien ne saurait entamer l’énergie de cette joyeuse bande. Kemar, leader (même s’il réfute le titre), figure emblématique et historique de No One, a la pêche contagieuse. La silhouette aussi affûtée que sa mémoire, il enchaîne les morceaux en parcourant la scène sans temps mort, bondissant, descendant dans la fosse pour chanter plus près encore du public qui espère chaque soir ce moment. A ses côtés, Shanka, surdoué de la six cordes, joue avec une énergie et une facilité déconcertantes. Sous le bonnet à pompon, Popy, le dernier arrivé, offre son talent de guitariste et de compositeur depuis deux albums. Le tandem est parfait, les guitares ont trouvé leur pleine puissance avec ces deux là. Bertrand Dessoliers tient la basse de No One depuis onze ans et partage son sens de la rythmique avec Gaël Chosson, qui n’a rien d’un bleu avec plus de 2.500 concerts au compteur. Une dream team, un line up solide et totalement complice.

Les balances vont durer une heure. Trois ou quatre titres suffiront. Il s’agit d’effectuer les réglages nécessaires, pas de doubler le concert. A 17h alors, les fab five et la team technique ont quartier libre. Enfin, a priori… et pas tous! Kemar, toujours lui, a rendez-vous pour des interviews avec des radios et des médias locaux. Malgré la répétition inévitable de certaines questions, il se soumet à la pratique avec une disponibilité et une bonne humeur intangibles. Il ne rejoindra pas le restant des troupes en fin d’exercice et n’aura pas le temps d’une échappée le long de la mer. Il devra se contenter d’une pause canapé mais n’y voit rien de contraignant. « Parfois on a le temps de se poser à l’hôtel, ce qui nous permet de récupérer des fatigues de la veille. Parfois, l’hôtel est trop loin alors on se pose dans un coin et on dort. Lorsque la ville est belle, on essaie toujours de sortir pour visiter un peu, tout est question de possibilités, de circonstances, de nos envies aussi. Si c’est impossible, on fait autre chose et ce n’est pas grave.»

En attendant l’ouverture des portes, l’équipe s’est un peu dispersée. Lectures, ping pong voire même échauffement de batterie sur… le dossier d’un fauteuil, sans même être distrait par les allées et venues autour, la loge est une ruche animée où fusent les rires. La perspective d’un concert provoque toujours une petite montée d’adrénaline mais est aussi et surtout un moment de plaisir et de partage. 

A 21h, le groupe qui ouvre la soirée entame son set. Trois quarts d’ heure  plus tard, la scène sera laissée aux techniciens qui disposeront alors de vingt minutes pour enlever les instruments et laisser place à la tête d’affiche. Dans les loges, les vestes militaires ont remplacé la « tenue de ville ». Pas de décompte mais un regard de plus en plus régulier sur l’ horloge. A 22h pétantes, « Djihad Propaganda » donnera le coup d’envoi d’un show bluffant d’énergie. 

En mixant de façon aussi réussie ses anciens titres les plus incontournables et cinq morceaux de « Frankenstein », visiblement heureux de cette construction qui ne laisse aucun répit et emporte le public dans une même clameur du début jusqu’à la fin, No One Is innocent donne l’impression de n’avoir jamais été aussi performant.  Une machine de scène que plus rien ne saurait arrêter. L’an prochain, le groupe soufflera son quart de siècle. Un âge comme un autre pour son fondateur qui avoue « ne pas aimer les anniversaires, les auto congratulations. L’ important est de durer encore, de pouvoir partager ce qui nous tient aux tripes, de prendre du plaisir à jouer et évidemment, que ce plaisir soit réciproque. Le public est le seul qui importe, pas le gâteau avec les bougies. »

Et du plaisir, il y en a eu jusque tard dans la soirée. Car une fois fini le concert, douché et changé, Kemar, encore et toujours aussi disponible, Popy, notamment sont allés longuement près du merch pour discuter avec le public, se prêtant au jeu incontournable des photos et des dédicaces.

Il sera près de deux heures lorsque les vans se rapprocheront enfin de l’hôtel. Le trajet est trop court pour déclencher la liste musicale que Kemar a en réserve pour ces ultimes moments de route. Ce n’est que partie remise. Le lendemain, sur les chemins de traverse bretons, il prendra un malin plaisir à reprendre des tubes sortis tout droit de Star 80. 

Etre soi-même, sans tricher, garder la passion et la rage intactes. C’est sans doute ça la raison du succès de ce groupe au sommet de son art. La voix est libre et fort de ce credo, No One is Innocent n’est pas prêt d’arrêter son chemin.

Magali MICHEL.

Reportage et crédit photos // Sophie BRANDET.

– Un remerciement très particulier et sincère à toute la tribu No One is innocent, musiciens et techniciens pour leur immense disponibilité. – 

PORTRAIT: Fred Duquesne, la passion à son pour son !

Ce 16 février, il franchira encore une case le rapprochant de la cinquantaine mais il n’a sans doute jamais été aussi fringant et débordant de projets. Après avoir bouclé la production de « Frankenstein », le nouvel album de No One is Innocent attendu le 30 Mars, il va devoir trouver du temps (et des idées) pour le neuvième opus de Mass Hysteria, très surveillé après l’incroyable succès de «Matière Noire». L’ enregistrement se passera une fois de plus dans son studio des hauteurs de Paris et devrait permettre une livraison à la fin de l’année. Omniprésent à chaque étape de création, Fred Duquesne devra aussi laisser des plages vacantes pour ceux qui souhaitent les conseils experts et le sens de la production affuté de cet ingénieur du son de formation qui n’a pas son pareil pour donner aux morceaux leur pleine dimension. Rencontre.

Il y a des personnalités complexes, étonnantes, qui mettent du temps à se découvrir et pourraient ne laisser qu’une impression superficielle, plus fugace encore que les volutes de leurs cigarettes. Fred Duquesne pourrait être de ceux là. A force de mixer les codes, d’avoir la dreadlock peroxydée et résistante, de twister le perfecto avec des tee shirts pour adeptes du skate, de jouer les blasés un peu revenus de tout, le sourire en coin et l’oeil qui frise, il laisse parfois son auditoire décontenancé… ce qui n’est pas pour déplaire à ce grand adorateur du faux semblant et du second degré. Il pourrait même réussir à passer pour dilettante alors qu’il n’y a pas plus bosseur, toujours un regard sur ses plannings à venir, n’ayant jamais assez de temps entre deux concerts pour enregistrer et produire les artistes qui tapent à la porte de son studio.

Car en une décennie, le guitariste qui a fait les beaux jours de Watcha, Empyr, Bukowski et donne  désormais toute la puissance de ses riffs à Mass Hysteria est devenu un producteur recherché. Aux commandes des albums de nombreux groupes de metal, de The Arrs à Frantic Machine, de Tagada Jones à Vegastar en passant, excusez du peu, par No One is Innocent et en faisant même un détour par Brigitte (ok, Brigitte ce n’est pas du metal mais ça a réussi au delà de tout), il lui revient une partie de leur succès. Si Ultra Vomit cartonne depuis un an avec « Panzer Surprise », ce n’est pas un hasard. Les titres du groupe de heavy metal parodique nantais étaient déjà en place mais Fred Duquesne a su leur donner une autre dimension, avec des guitares plus lourdes, des sons plus percutants offrant à leur troisième album studio une énergie nouvelle.

La casquette à double visière guitariste et ingénieur du son n’était pourtant pas un pari gagné d’avance dans un pays qui n’est pas toujours bienveillant avec le côté « pluridisciplinaire ». Mais Fred Duquesne ne s’est pas posé ce genre de question, il a juste su saisir les opportunités et aller où le vent de ses envies le portait. « J’ai suivi un parcours assez banal, un bac B suivi d’une école d’ingénieur du son en deux ans (où j’ai d’ailleurs rencontré celui qui deviendrait le chanteur de Watcha), tout en passant des heures à jouer de la guitare tout seul ou avec des potes mais sans suivre de cours car mes parents trouvaient que j’y consacrais bien trop de temps par rapport aux études, » se souvient il avec amusement. « Alors à quinze ans, j’ai dû apprendre la gratte sans sortir de leur garage dont on avait couvert les murs de boites d’oeufs, le plus ancien système D en matière de son. Avec le recul, je trouve que ce fut assez salutaire car ça éloigne des réflexes trop classiques et puis ça oblige à travailler davantage ce qui, au fond, est la clé de tout. »

« Quand Watcha a voulu sortir son premier album s’est naturellement posé le problème de l’enregistrement. Pour pleins de raisons, que je m’y colle a fini par s’imposer. J’ai réalisé des démos et elles ont plu. Patricia Bonnetaud, malheureusement décédée en février 2012, qui avait fondé le label Yelen Musiques (filiale de Sony) nous a signé (comme elle a signé ensuite Mass Hysteria et beaucoup d’autres). Elle était passionnée et incroyablement dévouée pour « ses » artistes , elle leur mettait discrètement à disposition durant le week-end, les studios de Sony Music. Assez incroyable ! Mais mes premières armes dans le monde du son, c’est avec le Rock Press Club de Philippe Manoeuvre, une émission diffusée sur Canal Jimmy, que je les ai faites.

J’y ai croisé la route de pas mal de gens que j’admirais. J’ai aussi appris des tas de choses, aussi bien sur la nature humaine que d’un point de vue purement technique. Les gens ne sont pas toujours ceux que l’on croit… Mais l’expérience avait été assez forte pour me convaincre que mon avenir passerait par là avec dans l’idéal, un studio pour l’essentiel et un groupe en parallèle, pour sortir de ma zone de confort et continuer à tutoyer mon autre passion.»

L’histoire a prouvé que cette double ambition avait fait carton plein. Aux manettes des albums de Mass Hysteria depuis plus de dix ans (alors qu’il n’a accepté de rejoindre le groupe en tant que deuxième guitariste qu’à l’été 2015, après le départ de Nicolas Sarrouy), il mixe, réalise, produit et offre ses pistes et ses conseils grâce à une maîtrise sans fausse note de son emploi du temps.

En période de tournée, c’est réveil ultra matinal et longues journées au studio du lundi au jeudi. Puis du vendredi au dimanche, la route des concerts avec Mass. « C’est un peu hardcore parfois car ça ne laisse pas beaucoup de place pour le sommeil et surtout, ça éloigne beaucoup des amis, de la famille. Il faut donc rester vigilant et ne pas perdre de vue l’ensemble de ses priorités. Mais franchement, tous les métiers ont leurs contraintes et ce serait assez malvenu de se plaindre lorsqu’on a la chance de vivre de sa passion.

En revanche, je n’ai plus aucune disponibilité pour apprendre à lire le solfège, ce qui pourrait parfois être utile avec certains instruments. Mais je compense autrement car un studio d’enregistrement ce sont aussi de la technologie, des ordinateurs, des milliers de possibilités pour rendre une voix plus juste et réunir des notes. De la tricherie utile! » lance t’ il comme une boutade.

« En tant que guitariste, on pourrait penser que je porte un soin particulier aux cordes… Je crois pouvoir dire que je veille avec la même attention sur chacun (tout en étant très cool car un enregistrement qui baigne dans le stress, c’est contreproductif et loin de moi) mais j’ai une passion toute particulière pour la batterie. Je ne sais pas si c’est parce que j’en ai joué étant gamin, parce que beaucoup de musiciens que j’adore sont des batteurs, en tout cas c’est resté un instrument que j’affectionne. La multiplicité des micros, les pistes, la batterie est une équation à pleins d’inconnues qu’il faut savoir appréhender car elle est majeure, raison pour laquelle c’est généralement par elle que je commence les sessions.»

Quand certains peinent à creuser leurs sillons, Fred Duquesne bénéficie d’un bouche à oreille qui remplit longtemps à l’avance son carnet de commandes. Les musiciens apprécient aussi d’avoir à faire à l’un des leurs et pas à un simple « preneur de son ». Dans le studio de Fred Duquesne, tout respire la convivialité. Les banquettes posées pas loin des consoles qui créent une ambiance « comme à la maison », le coin détente qui autorise les fous rires entre potes. Pas de vitre pour séparer du chanteur. Fred Duquesne aime que tout se passe à proximité, sans interface, les voix comme les guitares.

En moyenne, un enregistrement représente six à sept semaines de studio. Au delà, sauf exceptions, c’est signe de problèmes ou de changement radical de route. « C’est tout de même assez rare. Les groupes arrivent la plupart du temps en connaissant leurs morceaux, une préparation a eu lieu en amont qui permet de rentrer dans ces délais. C’est mieux pour tout le monde, pour eux aussi qui restent alors dans les coûts de réalisation prévus, ce qui n’est pas un détail. »

A la fin de l’année, Matière Noire aura laissé place à son successeur, neuvième du nom. (Deux seules sorties ont été inscrites à l’agenda de Mass Hysteria, le Mondial du Tatouage le 9 Mars à la Villette (Paris) et le Download à Brétigny sur Orge, le 17 juin.) Pas de quoi mettre la pression sur les épaules de son producteur malgré l’ énorme attente de leurs milliers de fans. « Ce n’est pas comme si je produisais Mass pour la première fois. Je sais parfaitement ce que le groupe attend, où Yann veut aller. Etre désormais membre du groupe ne change rien lorsque j’enregistre. Ma vision est celle du producteur et certainement pas celle du guitariste même si je peux mieux anticiper ce que deviendront certains morceaux en live. C’est de la schizophrénie très contrôlée! Une autre forme d’adrénaline, différente de celle de la scène. »

Heureux des albums qu’il a produits et des rencontres qui ont jalonnés son parcours, Fred Duquesne n’a pas l’obsession de la nouveauté. Les Foo Fighters, Deftones restent parmi ses groupes fétiches même s’il reconnait avoir succombé aux sons de Bring Me The Horizon ou de While She Sleeps. « Je ne sais pas si c’est l’ âge ou si le manque de temps me fait parfois vivre comme un ours reclus dans sa tanière mais j’ai du mal à suivre tous ces jeunes groupes qui débarquent et qui parfois se la jouent alors qu’ils n’ont sorti qu’un album et ont encore tout à prouver. Il faut savoir rester modeste dans ces métiers car tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Globalement, je peux dire que je suis assez fier de ce que j’ai produit mais il y a encore de nombreux sentiers à expérimenter. J’aimerais beaucoup produire Gojira par exemple. C’est incontestablement le premier groupe de metal français, ultra plébiscité un peu partout dans le monde. Je sais cependant que les frères Duplantier ont leur propre studio à New York et que cela ne se fera donc jamais. Ce n’est pas grave… Tant que je pourrai matériellement et physiquement continuer mon rêve, je serai heureux. Alors pourvu que ça dure ! »

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

 – Un remerciement spécial à Fred Duquesne pour sa disponibilité et aux musiciens de No One Is Innocent pour avoir accepté cette intrusion pendant l’enregistrement de leur nouvel album – 

FRANÇOIS MAIGRET, PORTRAIT D’UN GUITARISTE SURDOUÉ

Il est sans doute l’un des meilleurs guitaristes de sa génération. Mais il a très vite montré que la composition, le dessin, la réalisation, l’enseignement, le chant étaient aussi dans ses cordes. Alors que s’achève le « Propaganda Tour » avec No One is Innocent, François Maigret (alias Shanka) s’apprête à traverser les Etats Unis avec Greg Jacks, son complice de The Dukes, pour le « Vans Warped Tour » et défendre la sortie Outre Atlantique de « Smoke Against the Beat », le dernier opus en date de ce duo rock génialissime. Le(s) talent(s), l’humilité et la passion pour passeport.

Ne lui dites pas que sont assez rares ceux qui touchent à autant de domaines avec pareil talent! Il vous répondra que les gens n’essaient pas alors qu’il suffit d’oser pour constater qu’il n’y a vraiment rien d’impossible. Et le pire, c’est qu’il en semble convaincu. Pas une once de gloriole, encore moins une trace de « melon » ou d’un quelconque signe d’ego démultiplié chez ce trentenaire surdoué. François Maigret (Shanka) a l’humour en garde fou et ne se laissera jamais prendre dans les méandres de certains délires d’artiste. Avec un parcours comme le sien, certains s’y seraient pourtant égarés.

A 14 ans, après quelques années de piano bien trop classique pour déclencher sa passion, François Maigret découvre grâce à son frère de dix ans son aîné, Depêche Mode, ACDC, Dire Straits. Il se met à la guitare et se rêve une vie à la Angus Young. Quitte à rêver, autant rêver grand ! « Le blues aussi me parlait, il est toujours une source d’influence d’ailleurs mais Scorpions avait été mon premier concert à Amnéville et puis je m’étais pris une grosse claque avec ACDC à Nancy. En matière de rock, ça laisse forcément des traces. » Il continue de saigner sur ses six cordes et à 19 ans, remporte le concours national des guitaristes Ibanez. Il se laisse emporter par l’idée qu’il avait peut être sa place dans ce milieu à l’apparence pourtant très verrouillé, quitte sa Lorraine natale et ses études supérieures pour Paris et pige pour la rédaction de « Guitar Part ».

« Avec le recul, je m’aperçois combien cette période a été incroyablement dense et drôle. On bossait comme des malades (j’avais en parallèle « Lycosia », un groupe de rock), et je devais tous les mois me filmer en train d’expliquer un morceau. Autant faire les DVD était assez peu fun et faisait exploser les horaires, autant préparer la pédagogie, se demander comment elle allait être reçue par des milliers de personnes étaient passionnants. On se marrait vraiment beaucoup à le faire et à titre personnel, j’en ai retiré une exigence qui me suit aujourd’hui. Et puis malheureusement, les problèmes de droits ont été modifiés au point de devenir financièrement prohibitifs pour le magazine. La méthode vidéo « Les Leçons de Bob Wacker », (une méthode de guitare en deux volumes publiée avec Jean-Jacques Rebillard, l’un des fondateurs de Guitar Part), DVD d’or en 2005, bouclera la boucle en ce qui me concerne. Ce qui est assez incroyable après toutes ces années, c’est que les gens m’en reparlent encore régulièrement aujourd’hui. Je suis resté leur Professeur Relou! Mais je n’avais pas envie d’être enfermé dans cette image d’enseignant. J’ai animé quelques Master class dans les années qui ont suivi puis le manque de temps a entraîné un décrochage assez naturel. Je ne conserve que des souvenirs géniaux et de beaux délires de cette période. »

Après une tournée et un album avec Lycosia, François Maigret rencontre en effet les membres de No One is Innocent qui sont en recherche d’un nouveau guitariste. La pression est énorme pour celui qui devient le plus jeune de la bande mais comme toujours, le défi est relevé haut la main. « Je les avais vus aux Eurockéennes en 1997 et j’avais adoré. Je vous laisse imaginer ce que j’ai pu ressentir quand on y est revenu et que cette fois, j’étais sur scène avec eux. Participer à l’enregistrement du troisième album, « Révolution . com »  est resté lui aussi un moment assez fort. Autant en live, je me déchaine, je saute, je bondis et suis dans une énergie qui pourrait me faire oublier la fosse toute proche (surtout si on joue sans fil!) , autant le studio est un temps construit, carré. Ce n’est pas besogneux pour autant mais c’est clairement beaucoup moins pousseur d’adrénaline, il faut être honnête. » Trois albums et le succès impressionnant de « Propaganda », le dernier en date, et de sa tournée à guichets fermés plus tard, François Maigret n’a rien perdu de sa niaque. Il n’a même peut être jamais été aussi passionné, enthousiaste et prolixe. L’effet The Dukes sans doute aussi.

En 2004, le musicien a rencontré Greg Jacks, batteur impressionnant (Un temps celui de No One is Innocent et de Superbus, entre autres), avec lequel le courant s’établit immédiatement. « Très vite nait l’idée d’un projet qui serait possiblement le plus fou mais le plus fort de notre vie. On ne s’est pas embarrassé de questions, on a foncé et sorti « Victory », un LP de treize titres composé en six mois et enregistré en moins de deux semaines, porteur d’une identité rock très forte. Les gens ne s’attendaient pas à cet espèce d’OVNI peut être. Les retours ont été ultra positifs et forcément, ça nous a convaincu de poursuivre. A deux, quand on a la chance de fonctionner aussi bien, tant sur le plan artistique que sur le plan humain, tout s’enchaine avec facilité. Nous avons des goûts et des styles de vie très différents mais nous sommes complémentaires. Il n’y a pas de palabres inutiles, les échanges sont positifs et nous tirons dans le même sens. Résultat, malgré des centaines d’écoutes, nous restons tous les deux super heureux de notre second album, « Smoke Against the Beat « . « Just in Case », « Daisy’s Eyes » ou bien encore « Black Hole Love » notamment nous éclatent toujours sur scène. »

Après avoir assuré quelques jolies premières parties (de Shaka Ponk notamment) et sillonné dans pas mal de festivals, le duo s’est mis en repli le temps de composer un nouvel album. Plusieurs titres étaient bouclés lorsque les évènements se sont enchaînés. « On a eu l’occasion d’effectuer à l’automne dernier une petite tournée dans des clubs à travers les Etats-Unis, où vit Greg, qui est marié à une américaine. Le bouche à oreille a super fonctionné et les contacts se sont multipliés. Nous avons aussi rencontré Val Garay, le multi récompensé producteur et ingénieur du son (sept Grammy, des disques pour Kim Carnes, Dolly Parton, Neil Diamond, Linda Ronstadt, James Taylor, entre autres). Ce fut un moment assez improbable, la rencontre de deux petits franchies qui débarquent comme ça sans prévenir chez ce grand monsieur de la musique Outre Atlantique, le courant qui passe immédiatement et Val Garay qui décide d’embarquer dans l’aventure et de produire plusieurs titres. On a donc enregistré des morceaux. C’était ultra léché, superbement produit… Mais ce n’était pas la direction que nous souhaitions prendre. Trop pop, pas assez rock, ce qui est assez logique au final car Val n’écoute pas ce son là, ne l’a jamais produit. Ce n’est pas son territoire. Et moi, je suis trop punk, j’ai un rapport trop animal avec la musique pour aller vers la pop. Alors l’amitié et notre respect pour cette grande personnalité demeurent, c’est incontournable. Mais l’album prendra la direction rock qui nous vibrer. »

Le hasard étant parfois providentiel, François Maigret et Greg Jacks, qui avaient entrainé depuis le début de leur sillage américain, une équipe passionnée (dont un super ingé son) s’attache alors les services d’un manager qui n’a rien du bizuth de l’année puisqu’il a bossé pour les Gun N’ Roses et Alice in Chains. Autant dire que le rock, il sait à peu près comment ça sonne et quelles peuvent être ses exigences!

C’est fort de toutes ces présences que The Dukes va entamer le célèbre « Vans Warped Tour » (l’un des plus célèbres festivals itinérants entre Etats Unis et Canada, organisé de juin à août chaque année) , qu’une seule formation hexagonale avait intégré précédemment. De quoi intensifier la dynamique sur place avant que sorte à la fin juin « Smoke Against The Beat », accompagnée d’une grosse campagne de promotion presse et radio. Suivront d’autres dates à l’automne à travers l’Europe avec Smoki, en fer de lance.

Smoki? On pourrait presque dire le troisième personnage du duo, une figure que François Maigret, qui n’est plus à un talent prêt, a imaginé et dessiné. « Je n’avais pas envie de confier l’artwork de l’album à un autre, je voulais que ça reste très personnel. Smoki est apparu avec les premiers dessins du clip de « Grey People » et puis tout a découlé avec naturel. On l’a trouvé sympa ce personnage, le public aussi qui nous a assimilé à lui alors on l’a décliné de pleins de façons différentes…  Aujourd’hui, il est clair qu’ il ne peut plus perdre sa place. Comme quoi, oser est la base de tout puisque je ne suis clairement pas dessinateur. Je ne suis pas davantage réalisateur mais faire un clip avec un iphone méritait d’être tenté. Si le résultat est bon, tant mieux. Si cela ne marche pas, on aura tenté et appris. C’est l’envie qui fait la différence. Rien d’autre!»

Quand on demande à François Maigret ce qui définit pour lui un bon guitariste, il répond «celui qui a un niveau de jeu suffisant pour faire ce qu’il a envie de faire, celui qui peut passer outre la technique, une fois qu’elle est bien en place, pour exprimer ce qu’il ressent et permet la bonne adéquation entre le niveau de jeu et le projet. La main gauche a le toucher et la main droite, qui attaque les cordes, est aussi celle de la personnalité, celle qui fait la différence.»

Sa différence, il y a bien longtemps que ses admirateurs l’ont notée, n’en déplaise à son humilité naturelle. François Maigret (qui joue aussi avec France de Griessen, l’artiste folk-rock dont le prochain album, enregistré aux Etats Unis, sortira l’an prochain) s’envole dans les prochains jours pour installer The Dukes sur les rails de sa destinée internationale. Avec l’audace et l’envie de ceux qui ne semblent même pas avoir la pleine mesure de leurs talents. Libre. Bluffant.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Festival «On n’a plus vingt ans» : NO ONE IS INNOCENT, LIBRE ET ENGAGÉ

No One Is Innocent au programme du festival « On n’a plus vingt ans » concocté par Tagada Jones (avec également Mass Hysteria – voir report -, Les Trois Fromages et les Ramoneurs de Menhir) : la soirée ne pouvait s’inscrire qu’au fronton d’un engagement majeur. Bien rock et clairement politique. Il y a des combats qui resteront toujours les leurs.

Depuis plus de vingt ans, No One Is Innocent fait du bruit mais ne parle pas pour ne rien dire. Les riffs uppercutent et les paroles résonnent. Fort. Le temps n’a rien changé à l’affaire et Kemar n’a rien perdu de sa voix ni de ses envies de conviction. Les extrémismes, les jusque boutistes des religions, les haines trop clairement mises en bannière, les No One ne laisseront jamais rien passé. Inoxydables, une motivation que les effrois de l’actualité ne font que pérenniser encore, le quintette parisien ne fait jamais semblant.

Musicalement, la puissance est toute aussi manifeste. Gaël Chosson, Popy (Bertrand Laussinotte), Shanka (François Maigret) et Bertrand Dessoliers sont des musiciens de première classe, rodés à la scène. Alors forcément, quand ils arrivent sur scène, ça claque direct.

Le public des Herbiers espérait que la part belle serait laissée aux titres phares de «Propaganda», le sixième opus du groupe sorti en juin 2015… il n’a pas été déçu. La soirée avait beau être placée sous le signe de la fête des 20 ans des Tagada Jones, il est des périodes dont les risques ne doivent pas être occultés. « La jeunesse emmerde le Front National! » Le message ne tarde pas. Difficile de faire plus clair.

Avec les présidentielles toutes proches, se positionner est un devoir citoyen pour le frontman qui décoche ses mots avec cette énergie dont il ne semble jamais se séparer sur scène. Inusable. Bondissant. Arpentant l’espace. Les mots jaillissent sur les accords joués avec rage. « Djihad Propaganda », « Silencio », « La Peau », « Vingt ans » et le toujours aussi impressionnant « Charlie » (entre autres) seront de la fête. Une fête d’anniversaire mais avec le poing tendu qui remplacerait la bougie. L’humanisme, la tolérance, la fraternité, la liberté en base indispensable au gâteau.

A l’automne, No One Is Innocent enregistrera son nouvel album. Les textes sont prêts. Les premiers coups de batterie sont déjà dans la boîte. Avec Fred Duquesne à la production, comme pour « Propaganda », ce qui laisse augurer du meilleur en matière de gros son. On n’a sans doute pas tous les jours vingt ans… Mais One is Innocent n’en finit pas de prouver qu’il n’est pas d’âge pour rester insoumis. Libres. Et musicalement déchaînés.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

LE FERRAILLEUR SOUFFLE SES DIX ANS: LA PETITE SALLE NANTAISE QUI A TOUT D’UNE GRANDE

Il fallait quand même une sacrée dose d’audace en valeur ajoutée à sa passion pour que Thomas Nedelec, musicien, ingénieur du son, à peine auréolé de ses vingt-six ans, décide de quitter Pornichet pour le Hangar à bananes de Nantes. L’ancrage maritime n’était qu’un dénominateur commun convoqué par le hasard. L’envie de créer sur ces quais de Loire en totale reconstruction une nouvelle adresse pour les concerts était son moteur et l’emportait largement sur tous les chants des sirènes défaitistes qui ne croyaient pas en la métamorphose des anciens entrepôts. Trop risqué. Trop excentré. Trop près de la Loire donc présentant un danger supplémentaire. Mais Thomas Nedelec devait avoir en lui quelque chose de Mark Twain : puisque la chose était impossible… et bien il l’a faite. Le Ferrailleur soufflera en mai ses dix ans. Une réussite spectaculaire.

Si le Hangar à Bananes, 8.000m2 de stockage des fruits importés des Antilles, autrefois propriété  du Grand Port Maritime Nantes-Saint-Nazaire, est devenu depuis 2007 l’un des endroits les plus festifs de la ville, c’est notamment grâce au Ferrailleur, l’une de ses figures de proue. Il est vrai que son créateur (alors accompagné de deux associés) n’a jamais perdu de vue son envie initiale : proposer un lieu pour les musiques alternatives et amplifiées d’une superficie (trois-cents places) qui n’existait nulle part ailleurs. Une cinquantaine de concerts après l’ouverture en mai… mille-cinq cents concerts dix ans plus tard, plus de deux-cents cinquante mille spectateurs et trois-mille huit cents artistes accueillis. Un tableau de classe.

François Montupet, Chargé de communication du Ferrailleur.

« Nous organisons entre quinze et vingt concerts chaque mois », souligne François Montupet, le chargé de communication (et autre figure très emblématique du lieu). « A l’origine, c’est vrai que nous étions sur une programmation aux deux tiers pour les fans de hardcore. Le Ferrailleur s’est d’ailleurs très vite rapproché du Hellfest qui se développait lui aussi en parallèle et cela a renforcé encore notre image et notre crédibilité « metal ». Mais aujourd’hui, la programmation mitonnée par Maxime Pasquer, tout en gardant sa cohérence, ouvre vers d’autres univers. Les tourneurs nous sollicitent beaucoup. Il faut savoir choisir, prendre le pari de remplir la salle avec des groupes qui ne sont pas forcément très connus mais auxquels on croit. Nous sommes en auto-financement total, il n’existe aucune subvention de nulle part. Cela contraint à viser juste mais cela permet aussi une vraie liberté. 80% des concerts sont produits par des associations ou sociétés extérieures. Le reste, c’est le Ferrailleur qui revendique et a envie de partager! »

Autant d’initiatives aurait suffi au bonheur de beaucoup. Pas au Ferrailleur où la pleine activité est un credo. Aux concerts se sont donc ajoutés les « after », ces soirées DJ gratuites (où l’on vient danser jusqu’à 4 heures du matin), les « apéros numériques » (sur lesquels veille soigneusement François Montupet), les liens tissés avec Hip OPsession, les concerts sauvages devant l’entrée (dont certains sont vraiment restés dans les mémoires). Visiblement, l’adresse est fameuse.

« Le parti pris a toujours été d’offrir une qualité d’accueil au public. Des barmen aux techniciens, tout le monde ici est souriant. L’ ambiance s’installe sitôt franchie la porte avec un décor qui n’est évidemment pas celui d’un simple bar. Coté salle, la scène est d’une hauteur idéale et permet de voir parfaitement. Quant aux artistes, ils sont choyés, bénéficient si nécessaire de consoles (et techniciens) lumières et sons de qualité. Ils savent que tout sera fait pour que leur concert se déroule parfaitement. Du coup, le bouche à oreille aussi a été un relais car pour de nombreux groupes et pas des moindres, se produire au Ferrailleur est réellement une date obligée et attendue. »

En dix ans, des déconvenues, l’équipe en a forcément connues. Des artistes aux exigences un peu surréalistes, une annulation de dernière minute suite à une panne de tourbus (mésaventure vécue par les américains de The Bronx) mais rien de suffisamment important pour gâcher l’enthousiasme et l’envie de continuer longtemps encore. « Quand je vois des jeunes groupes qui participent à des tremplins affirmer que, quoi qu’il advienne, en jouant au Ferrailleur, ils ont tout gagné alors que la finale est quelques étapes plus tard, je me dis que nous avons atteint notre but. Ce genre de propos rend extrêmement heureux. La grande fête organisée en mai à l’occasion des 10 ans sera placée sous le signe de cette envie ininterrompue de partages et de ce bonheur là. »

Mass Hysteria.

No One Is Innocent.

Du 19 au 28 Mai effectivement, le Ferrailleur a décidé de frapper fort. Parce qu’on n’a pas tous les jours 10 ans, entre groupes des premières années, mastodontes de la scène metal française, formations « amies » qui sont en plein envol, concerts, soirées et surprises… mieux vaudra engranger du sommeil pour ne manquer aucune de ces dates. Mieux vaudra aussi ne pas tarder à acheter son précieux sésame car une date est déjà sold out : il fallait s’y attendre, le retour de Mass Hysteria le 24 mai (avec les nantais de My Answer en première partie) a fait chauffer la billetterie. Il aura suffi de quelques jours pour que ce soit complet.

Autre affiche très attendue, la présence de No One is Innocent le 25 mai (avec un groupe rock surprise en ouverture) devrait là aussi ne plus être rapidement accessible à la vente.

Totorro.

God Is An Astronaut.

Le 19 Mai, pour le lancement des festivités, les nazairiens de Bumbklaat se reformeront et succéderont à un groupe de metal surprise. Place aux rennais de Totorro le 20, avec ce même soir, Papier Tigre, Bantam Lyons, Lysistrata et Corbeaux.

Grosse soirée (« l’une des plus grosses de l’année »), en perspective encore le dimanche 21 Mai avec le warm-up ride Hellfest, des pass trois jours à gagner et des concerts bien choisis.

Le lundi 22, place à l’instrumental post rock limite psychédélique des irlandais de God is an Astronaut. Les escales françaises des frères Kinsella et de leurs acolytes sont toujours rares et recherchées.

Periphery.

Le 23, la scène sera laissée à Periphery, The Contortionist et Destrage et le vendredi 26, ce sera soirée Hip Hop avec La Rumeur et Pedro le Kraken. Samedi 27 verra le retour de formations qui ont laissé de beaux souvenirs : Abysse, Taxas Chainsaw Dust Lovers, Dance Floor Disaster, Big Sure, Watertank, 20 seconds Failing Man avant une clôture « Opening goûtez électronique » le 28 Mai, avec la présence en force des meilleurs DJ locaux qui lanceront la saison des « Goûtez électro. »

« Ma première « Dérouille Party » avec Ultra Vomit pour les six ans avait été une fête mémorable, » se souvient François Montupet. «  Cette fois ça sera encore plus énorme. Pour célébrer notre première décennie, toute l’équipe a voulu un évènement qui soit bien représentatif de tout ce qui constitue l’ADN du Ferrailleur, qui permette de faire revenir des amis, sur scène comme devant. Les réservations permettent déjà de voir que la fête sera belle. Sans parler des surprises qui seront nombreuses… »  Le Ferrailleur a dix ans. Et déjà tout des très grands.

Magali MICHEL.

Crédit photo Ferrailleur extérieur // La Faute à Rélie. Crédit photo Kvelertak // Insane Motion. 

Crédits photos autres // Sophie BRANDET. 

– Billetterie et programme détaillé des « 10 ans du Ferrailleur » sur www.leferrailleur.fr –

FETE DU BRUIT DE LANDERNEAU: Le festival breton qui joue dans la cour des très grands

Le benjamin des festivals bretons n’aura jamais si bien justifié son nom que cette année, si l’on en juge par l’affiche de l’édition 2016 où la fête sera déclinée en mode majeur avec en prime, excusez du peu, une journée de fête supplémentaire : Iggy Pop, Indochine pour l’un de ses très rares concerts de l’été… Une programmation exigeante dans un cadre insolite, une vingtaine d’artistes en trois jours : les clés probables du succès de ce rendez-vous attendu chaque deuxième week-end d’août en terres finistériennes.

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Vendredi 12, c’est à Bantam Lyons que reviendra l’honneur d’ouvrir les hostilités. Les régionaux de l’étape distillent une pop mélancolique mais bien électrique à laquelle il est difficile de résister. Patrice, déjà présent en 2011 et 2013, revient cette année encore pour un nouveau live tiré de «The Rising of the sun», son dernier album. Généreux, solaire, l’artiste est devenu le chouchou des festivaliers totalement séduits par sa « sweggae music ». Place ensuite à Garbage. Pour célébrer les vingt ans du groupe, les musiciens ont entamé une grande tournée à travers l’ Europe et les Etats Unis, la « Vingt years Queen Tour ». Il y aura bien évidemment les incontournables comme « Only happy when it rains » ou « Stupid girl » mais Garbage devrait également révéler quelques extraits du sixième album à venir. Un joli cadeau.

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Indochine.

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Mass Hysteria.

Mais il ne faut pas se mentir, c’est bien vers la bande de Nicola Sirkis que tous les yeux se tourneront ce soir là. Indochine, qui doit sortir un album l’an prochain, ne prévoyait pas de concerts cette année. Et puis les dramatiques évènements de l’hiver les ont convaincu de revenir plus tôt sur scène. Pour une mini tournée de sept concerts dont cinq en France. Cette escale à Landerneau sera donc la seule dans l’Ouest, une vraie reconnaissance pour le festival qui justifie pleinement l’ajout d’une journée supplémentaire. Icône depuis plus de trente cinq ans, premier artiste français à remplir Bercy en 2003, une bonne vingtaine de disques de platine… leurs détracteurs auront beau dire, ces gars là restent inoxydables et leur public ne cesse de grossir.

Enfin, à 0h55, Mass Hysteria, pour qui 2016 est décidément l’année de tous les festivals et de tous les succès, fermera le ban avec ses partitions intransigeantes, ses textes punchy et ce sens du partage qui n’appartient qu’à ces cinq là, fers de lance du métal en France depuis plus de vingt ans. Brestois, Mouss, le chanteur, aura encore plus à coeur de reprendre des refrains qui ont mis tout le monde d’accord depuis la sortie de « Matière Noire », dernier opus en date, à l’automne dernier. Son « Faites du bruit ! » en préambule de « L’enfer des Dieux » sera ici parfaitement raccord.

Samedi 13, les festivaliers qui n’ont pas la chance de l’avoir déjà vu sur scène pourront découvrir Rotor Jambreks. A la fois chanteur, multi-instrumentiste, auteur d’un spectacle pédagogique sur l’histoire du rock passé par Landerneau en 2010, l’artiste présentera sa toute nouvelle création.

Les joyeux drilles de Salut, c’est cool prendront ensuite le relais. Totalement barrés mais ultra professionnels, joyeusement inclassables, ces quatre là servent un techno survoltée dont internet s’est très vite emparée avant le que le buzz ne propulse leurs talents sur scène. C’est vraiment à ne pas manquer.

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Casseurs Flowters.

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The Cranberries.

Casseurs Flowters s’emparera ensuite des Jardins de l’esplanade. Duo constitué des rappeurs Orelsan et Gringe, les Casseurs Flowters ne cessent de casser les codes de la planète hip hop avec leur rap décomplexé et on ne compte plus désormais le nombre de leurs fans prêts à parcourir les routes pour venir les applaudir. La recette est efficace, le show ultra énergique… ça va décoiffer!

Place ensuite à Damian Marley. Oui, il s’agit bien du fils de Bob ! Mais il ne doit pas sa réputation à la seule célébrité de son père. Damian Marley est un musicien reconnu également producteur recherché. Forcément, c’est du reggae et depuis 2005 et le fameux album « Welcome to Jamrock », on sait que ce reggae là a des couleurs bluffantes.

The Cranberries seront eux aussi de la fête. Connus mondialement grâce à « Zombie », tube qui les a définitivement posés au firmament de la pop, les irlandais ont longtemps chantés les heures sombres d’un quotidien ancré dans la guerre de religion. Après une brève séparation dans les années 2000, le groupe est revenu plus fort et surtout avec des refrains plus lumineux. Les trente huit millions d’albums vendus imposent le respect. Onze ans après « Wake up and smell the coffee », le groupe a repris la route des studios pour livrer « Rose », leur dernier album en date. Sur scène, c’est juste un pur moment de grâce.

Deluxe.

Rose-Mary And The Ride.

Mais la journée ne s’arrêtera pas là : Deluxe, ses costumes improbables, son univers déjanté et ses chorégraphies uniques, Birdy Nam Nam, qui a depuis de nombreuses années maintenant si convaincre avec un hip hop assez classieux et Pfel and greem (échappés du collectif nantais C2C), deux Dj qui raflent tous les prix (sacrés quatre fois champions du monde Dico Mix Club entre 2003 et 2006, quatre trophées aux Victoires de la musique 2013) et dont la talent dans le domaine de la musique hip hop et pass electro n’ est plus à prouver, enchaineront sans répit.

Grosse affiche encore dimanche avec pas moins de huit noms pour réjouir les festivaliers.

Rose-Mary and the Ride ce sont Pauline et Vinz, respectivement chanteuse et guitariste de « Rose Mary and the Ride », vingt ans tous les deux, ont été rejoints par des potes musiciens et livrent un nouveau projet, mêlant funk, soul, pop, rock. C’est superbement ficelé et on a du mal à imaginer que derrière ces compositions se cachent un duo aussi jeune.

Synthèse électrique de ses passions lettrées pour l’alter punk, la new wave ou le shoegaze, Von Pariahs (qui refermera le festival avec un set à 2 heures du matin) transcende les genres en les incarnant sur scène sans distance ni clin d’oeil. Un premier degré et une façon de faire qui signent un engagement rare dans un répertoire abrasif et soigné.

Le guitariste Martin Luter BB King, le DJ Eurobelix et le chanteur David Boring continuent sur leur rythme effréné (même s’ils ont changé beaucoup de choses dans leur façon de produire). Grosse implacable, mix joyeusement rugueux, délires techno-disco-fusion, Naïve New Beaters ne s’apprécie jamais aussi bien que sur scène.

No One Is Innocent.

Die Antwoord.

Faut-il encore présenter No One is Innocent? Le groupe français emmené par Kemar n’a jamais failli depuis son premier single, « La Peau », en 1994 et vient de sortir un sixième album unanimement salué. « Propaganda » multiplie les textes acérés et les riffs qui dépotent. La réputation scénique du groupe est largement méritée. Avec des musiciens de grande pointure (dont Shanka à l’une des guitares), c’est l’un des concerts de l’édition à ne surtout pas manquer.

Changement radical d’ambiance avec Dub Inc., sans doute le plus emblématique groupe de reggae français. Dix ans que la joyeuse bande posent sur des textes sincères des rythmes aux mélodies inimitables. Le groupe, porté par Bouchkour et Komlan, chante aussi bien en français qu’en anglais ou en kabyle, une bel hommage au métissage.

Formé en 1994, déformé puis reformé surtout en 2009, Skunk Anansie, plus de cinq millions de disques vendus au compteur, a été l’un des groupes rock les plus populaires en Grande Bretagne mais aussi en Europe, dans les années 90. Skunk Anansie revient fort avec un sixième album studio sorti au début de l’année, mixé par Jeremy Wheatley (Mikka, The Vaccines, Moby…). La tournée est un succès. On comprend pourquoi.

La journée multipliant les univers, place sera également faite pour Die Antwoord. Chacune des apparitions du groupe offre des visuels uniques mais il ne faut pas se laisser duper par les apparences parodiques de ces vidéos, Die Antwoord étant bien plus qu’une simple formation au hip hop incomparable avec ce mélange d’argot sud africain et ces références gangstas. Si tous les festivals leur font les yeux doux, ce n’est pas le fait du hasard.

Iggy Pop.

Enfin, en passage unique en Bretagne, Iggy Pop fera escale à Landerneau. Quarante ans que «L’Iguane» est une icône incontournable, une légende vivante. Son dernier album, « Post Pop Depression », qui a vu la collaboration de Josh Homme, le leader de Queens of the Stone Age, Matt Helders, le batteur d’Artic Monkeys, entre autres, prouve qu’Iggy Pop en a encore sous le pied et que les plus jeunes n’ont pas encore eu sa peau.

Lorsque le festival a fait résonner ses premières notes, le 15 août 2009 (avec Tryo, Anaïs, Lavilliers notamment), ils étaient 11.000 à avoir répondu présents. L’année suivante, portée par ce bilan positif, la manifestation s’est étalée sur une journée supplémentaire en accueillant Status Quo, Placebo, entre autres. Vingt cinq mille festivaliers partageaient avec enthousiasme. Combien seront-ils pour cette huitième édition forte de ce jour de plus, qui élargit encore la palette des concerts? On peut parier sur plus de trente mille. A Landerneau, il semble que tous les rêves soient possibles. Big up pour ces organisateurs qui ne sont pas les plus médiatisés mais entreprennent avec succès et une modestie assez rare.

M.M.

– http://festival-fetedubruit.com –

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No One Is Innocent n’est pas prêt de se taire

Un mois et demi après la sortie de « Propaganda » et encore dans le souvenir des deux concerts en ouverture d’ACDC, No One is Innocent est en tournée dans toute la France. L’occasion de constater que le groupe n’a rien perdu de ses colères. Franchir le mur du « gros son » lui va sacrément bien. 

Pas de chance pour les No One is Innocent, la pluie a décidé de jouer les invités de mauvaise surprise en ce dernier jour du festival de Poupet (Vendée). Mais il faut bien plus qu’une météo grincheuse pour cabosser l’énergie de Kemar et de ses acolytes. Le chanteur l’avait d’ailleurs annoncé tôt dans l’après-midi : « Rien ne pourra nous retenir! On a une envie de jouer qui confine à l’urgence. On a donc composé la setlist en fonction de cette énergie folle, « Drones » lâchera tout dès le début. Et puis il y aura « Silencio », le premier titre extrait du nouvel album et puis « Barricades ». Sans temps morts. Il faut que la rage explose, diffuse et revienne en écho. »

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Vingt ans que Kemar Gulbenkian ouvre sa voix pour No One Is Innocent. Le parcours a été long, jalonné de quelques bûches voire même de jolies gamelles car jouer les « grandes gueules contestataires » n’est sans doute pas le meilleur chemin vers la popularité ou le succès commercial. Le corpus a été critique et l’ambiance interne s’en est aussi ressentie, expliquant les renouvellements successifs parmi les musiciens, les chemins de traverse empruntés par les partitions et le message brouillé qui en découlait. Mais même enterrés par certains, même estampillés opportunistes par quelques rageux ou gentiment affublés d’ « aquabonistes » par ceux qui s’y étaient déjà brûlés les airs, No One Is Innocent a toujours ressurgi et ressuscité des cendres où quelques uns les auraient bien laissés.

Quinze ans après « La peau », qui restera tatouée dans les mémoires de toute une génération, quatre ans après « Drugstore » et sa tournée fracassante, les musiciens prouvent qu’ils ont toujours la conscience aux aguets et les riffs affûtés : « Propaganda », sorti début juin, réunit onze titres sans concession. Ca rue dans les brancards des idées plates, ça extirpe des absences de conscience, ça pointe la tentation du pire. Beaucoup de colère, une désillusion croissante de la politique, une tolérance revendiquée mais aussi quelques superbes envolées d’émotion, le tout enveloppé dans une énergie boostée par des solos incroyables, des riffs particulièrement accrocheurs et beaucoup mieux mis en valeur.

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Les guitares sont plus lourdes, la basse accrocheuse, le ton général est bien plus puissant. Impossible de ne pas y voir l’influence de Fred Duquesne, aux manettes pour l’enregistrement et la réalisation. Ce guitariste aussi doué que prolyxe, qui a usé ses cordes sur Watcha, Empyr et endosse désormais les couleurs de Bukowski et de Mass Hysteria, est l’un des meilleurs producteurs actuels de « gros son », qu’il dose avec une précision d’orfèvre. L’oreille est affûtée, la recherche constante et le dosage parfait.

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« Avec ce sixième album, on est ainsi revenu à nos envies initiales,  » observe Kemar. « Il y a vingt ans, nous combattions la passivité, les discours formatés et l’univers du prêt à consommer qu’il soit politique ou musical, l’embobinement des esprits et ses dangers. Nos combats demeurent et ils ont une nécessité encore plus manifeste quand on regarde les évènements actuels ou récents. Ajouter de la puissance instrumentale sur les mots avait donc aussi du sens. »

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Avec une formation recomposée (autour de Kemar, seule figure historique du No One d’origine, figurent Shanka (guitare), arrivé peu après Kemar, Bertrand Dessoliers (basse) et Gaël Chosson (batterie), présents depuis plus de quatre ans et Bertrand Laussinotte, guitare, dernier venu, à qui l’on doit également pas mal de titres), le groupe a pas mal douté avant de réussir à sortir « Propaganda »… « Nous étions dans le local, les gars jouaient des trucs mais je ne sentais rien! Or, moi, il faut que la musique m’inspire, » poursuit le chanteur. « Il faut que ça envoie, que les mecs me donnent envie de me lever et de sauter. La scène ou le local, c’est pareil, ça doit donner de la même façon. Or là, il ne se passait rien, on était tranquilles sur les chaises et… Rien ! Du coup, aucune inspiration non plus du côté des textes. J’avais beau avoir quelques idées en tête, rien ne sortait… Alors on a fait une pause de quelques mois, je leur ai demandé de chercher et de revenir avec des trucs qui accrochent. Il nous fallait du lourd parce que les gens allaient nous attendre au virage. Et il fallait du lourd pour que les mots viennent plus facilement. Or, les mots, quand vous chantez en français, c’est ce dont on parle le plus. La musique est importante mais elle est moins disséquée. Alors que toutes vos paroles sont filtrées et commentées. »

Du « lourd », il y en a donc eu. Shanka a composé le superbe « Un Nouveau Scottsboro ». Pour les autres morceaux de l’album, la pause a été inspirée puisque dès la première réunion, le jeu de construction n’a plus jamais failli.

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« Le riff de « Silencio » est arrivé très vite, tout comme la base d’appui de « Charlie » et de « Djihad propaganda ». Pour Charlie, nous avons réussi le double écueil de l’empressement excessif et du trop gros pathos. J’avais enregistré avec mon téléphone les bruits de la foule réunie place de la République. Ces « Qui sommes-nous? Charlie! » ouvrent le morceau, les paroles ont fusé quand j’ai entendu la musique. J’ai ressenti l’urgence et voilà ce que ça donne. Je l’ai envoyé à l’équipe de Charlie, elle a été abasourdie et profondément secouée. On avait dû trouver le combo textes-musique qu’il fallait pour cet hommage qui se veut aussi un cri d’alerte, » commente encore Kemar. « Ce qui est terrible, c’est que tous les indicateurs du mal étaient déjà là voilà vingt ans, que la société n’en finit plus de se perdre dans de mauvais repères mais que personne ne semble vouloir en parler. Il est loin le temps de la chanson contestataire ultra présente, de l’engagement des artistes. Aujourd’hui, rares sont mes collègues chanteurs qui profitent de leurs micros pour porter des messages. Les refrains consensuels et la révolte molle sont sans doute commercialement préférables. Dommage les gars, parce qu’il y aurait des trucs à faire ensemble, des scènes à partager pour faire bouger les esprits. On est des artistes mais aussi des citoyens…  A croire que beaucoup l’ont occulté. Trop facile!!  Chacun a bien sûr le droit de raconter ce qu’il veut mais il y a quand même des groupes qui pourraient se mouiller davantage! »

Une chose est sure, Verycords, la nouvelle maison de disques des No One is Innocent, n’a pas bâillonné les crayons, Kemar et son complice co-auteur (Emmanuel de Arriba) ont pu s’exprimer avec toute la rage souhaitée, sans le moindre bémol. Et c’est cette rage qu’ils ont soif désormais d’exporter et de partager sur scène.

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Bonne pioche ou cadeau du destin, à moins que ce soit un heureux Karma qui leur permette de n’assurer que des premières parties d’exception, eux qui avaient déjà ouvert pour Motörhead en 2011 et Guns N’ Roses en 2012, ont eu le privilège de jouer lors des deux concerts d’ACDC au Stade de France en Juin dernier.  « Quand on a passé sa jeunesse à se prendre pour Angus et jouer avec une raquette devant sa glace, je vous laisse imaginer le pied que ça peut représenter! On n’avait sans doute pas le son nécessaire, on a joué une demi-heure mais quelle claque ! J’ai dit aux mecs de tout donner, que ce challenge était celui de notre vie, que le public venait de partout dans le monde, que le moment était venu de faire exploser ces morceaux que nous avions répétés des centaines de fois. On allait les lâcher et les lâcher devant 80.000 personnes, au Stade de France, avant ACDC. Il y en a qui aurait eu peur… Je crois que ce sont les concerts qui m’ont le moins angoissé. Prendre du plaisir, tout donner, il n’y a eu que ça. Aujourd’hui, la tournée se poursuit. Le Stade de France était une étape exceptionnelle dans un périple tout aussi excitant. »

Enthousiasme non feint si l’on en juge par ce concert d’une heure donné ce 24 juillet dans le cadre du Festival de Poupet, entre le set d’Alb et celui des Shaka Ponk, tête d’affiche de la soirée. Il n’aura pas fallu plus de deux minutes aux No One pour déclencher un pogo qui ne prendra fin qu’à la dernière note du dernier morceau et emporter un public qui n’était pas forcément celui de leurs concerts habituels. « Drones » avait réussi son effet!

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Kemar exulte, saute et joue avec les musiciens. Nikko (Eiffel), en régional de l’étape (il remplace Bertrand Laussinotte pour deux soirs), a sa cohorte de fans. Gaël Chosson n’a pas failli au bonnet dont il ne se sépare jamais mais l’énergie et la puissance ont été telles qu’il y renoncera pourtant un fin de parcours. Bertrand Dessoliers est à l’unisson et Shanka, qui n’avait pu vivre les épisodes ACDC pour cause de tournée américaine avec The Dukes, son autre groupe,  prouve qu’il est bel et bien de retour, pilier incontestable et charismatique de cette aventure.

Un petit quart d’heure et déjà Kemar tombe chemise et  tee-shirt. Sur scène, ça envoie encore davantage. « La peau » et « Revolution.com » font chanter jusqu’au plus haut du théâtre de verdure. La pluie a le bon goût de la jouer plus intermittente, permettant quelques jolis slams. « Kids are on the run » semble taillée pour le succès. Le public en redemande. Les visages trahissent le plaisir partagé.

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Mission accomplie pour No One. Vingt ans décidément le bel âge. L’été prochain le groupe se rêve à l’affiche de gros festivals, « porter l’engagement et sa cohorte de riffs vénères sur les grosses scènes ça aurait de la gueule! » No One Is Innocent est de retour, pour ceux qui en douteraient encore… 

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

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