Rencontre avec les amours désenchantées de Pierre Lapointe

La veste a les sequins bleu ciel du parfait showman, ultime accessoire paillettes dans un spectacle dont la sobriété reflète les lumières de ses tourments intérieurs. Pierre Lapointe compose sur les feuilles de ses amours mortes. Désespérément gay et beau à la fois.

Ce 11 Octobre à Nantes, la salle Paul Fort est bondée et les travées pleines de fans de la première heure. Un public acquis d’avance, qui connaît les refrains par coeur mais ne tapera pas dans ses mains et ne chantera pas avec Pierre Lapointe, respectant ainsi ses consignes. Un public qui ne lui en voudra pas non plus de reprendre aux mots près ses intermèdes comico-tragiques. « Si vous venez pour la seconde fois et bien désolé mais on ne peut pas toujours tout changer » lance t’il en riant… ce qui coupe court au débat. Alors oui, même ses « Si vous avez perdu quelqu’un récemment, quelqu’un de votre famille, ou même votre chien… j’espère que vous n’êtes pas venu seul ! » sont encore de sortie, histoire de rappeler que la soirée ne sera pas un joyeux karaoké. Au même humour noir, les mêmes rires en retour, bref intermède joyeux entre trois chansons porteuses de désillusions, de mélancolie, d’amour et surtout de désamour. Les mots sont crus souvent, les sentiments multiples et l’homosexualité décomplexée.

Pour ce spectacle mêlant ses deux derniers albums, Pierre Lapointe n’a pas voulu de mise en scène excessive mais plutôt misé sur un double accompagnement insolite, piano-marimba. Le décor composé de néons lumineux joue également la sobriété avec élégance et modernité. Pierre Lapointe se glisse de temps à autre derrière le piano, le reste du temps et pendant près d’une heure trente, il se tient debout face au public comme s’il lui déroulait une histoire, l’histoire de sa propre vie.

La voix est puissante et se fie des notes. Impossible de tricher quand il s’agit de chanter avec un habillage aussi épuré. Mais l’aisance de Pierre Lapointe n’est plus à démontrer. « Paris Tristesse », « Mon prince charmant », « le Halo des amoureux », les chansons défilent sans temps mort dans leur cruelle vérité et reprennent les plus beaux titres du chanteur avec une large part laissée à « La Science du coeur », son avant dernier album. Aucune concession, un regard lucide sur l’existence dans un monde où le fond disparaît au profit du paraître, de l’image modifiée pour mieux être likée. Il affiche ses amours masculines mais le sentiment est éternel et chacun s’y retrouve.

Pierre Lapointe se définit comme un chanteur populaire, ce qu’il est incontestablement au Québec, sa terre d’origine. En France, depuis une dizaine d’années, il avance tranquillement mais sûrement, passant de chanteur « reconnu » à plus largement « connu ». Pas encore populaire. Mais sur le bon chemin.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– NB : Un dernier mot à toi le spectateur du premier rang pourtant largement dans l’âge de raison mais qui as cru devoir couvrir de propos méprisants la photographe, venue pour travailler, assise discrètement par terre l’espace de deux chansons et ce, de façon autorisée par la production: ton volume sonore faisait plus de bruit que le déclenchement de son appareil et chercher l’approbation de tes voisins ne faisait en vérité que les gêner.  Par contre, ta fille assise à tes côtés et donc elle aussi au premier rang, pouvait se dispenser de passer la soirée sur Facebook car l’écran lumineux de son téléphone a été bien visible toute la soirée.  Dans la pleine luminosité de son impolitesse. Comme ton rire si exubérant et inapproprié entendu jusqu’au fond des travées. Le respect et la tolérance… deux mots magnifiques de la langue française. – 

La liesse s’est lovée pour Ben Mazué

Autant le dire d’emblée, Ben Mazué est un génie. Il réussit en trois albums puisés dans une encre brillante et acérée, qui n’hésite pas à se tremper de grave sans jamais se départir d’un humour subtil, à ringardiser les spectacles guitare-voix (et même guitare-claviers-voix). Il a cassé les codes, trouvé une idée tellement plus originale et porteuse, tellement plus forte que son scénario (car c’est bien cela dont il s’agit), ses caissons de résonance émotionnelles nous emportent dans des abîmes dont nul ne ressortira intact. 

Ce qui est enthousiasmant dans une première fois, c’est le plaisir de la découverte, l’envie de voir si cet artiste dont on connaît les trois albums quasiment par coeur mais que l’on n’a pas encore eu l’occasion de voir sur scène sera à la hauteur de son écriture précise, raffinée, son regard à la fois percutant et drôle, caustique, tendre et même un peu angoissé. Les échos sont d’un enthousiasme tels que les salles se remplissent toutes en quelques jours et leur taille ne cesse de grossir, ce qui est quand même gage d’un réel succès. Mais peut-être ce sont les fans qui se reproduisent entre eux ou qui squattent de ville en ville, date après date? En amour, tout est possible. Alors le suspens reste entier.

En 2011, avec son premier album éponyme, Ben Mazué avait marqué les esprits. Son phrasé, son slam et sa musicalité donnaient plein pouvoir à des chansons comme « Evidemment », « Papa », ou bien encore « Lâcher prise ». Le public s’était alors massivement intéressé à ce jeune homme au regard marine sous la chevelure rousse désordonnée, à l’allure aussi timide que ses textes étaient plein d’une « vraie » vie tranquillement mise en lumière.

Aucun artifice, pas de blabla inutile mais des histoires déroulées qui captent l’attention pour ne plus jamais la lâcher. On le sait proche de Grand Corps Malade, avec qui on l’a vu partager des plateaux et des duos. On n’est pas surpris de découvrir qu’il se cache derrière les paroles de « La même robe qu’hier » interprètée par Pomme. Pas étonné de l’imaginer derrière « Sweet darling » ou « A l’équilibre » des Fréro Delavega, riches d’une douce poésie.

Avec ce troisième album sorti l’an dernier, « La femme idéale » un bel hommage est rendu aux femmes en général, à la sienne sans doute en filigrane. « Maitresse hors pair, âme soeur, bosseuse en or, mère, femme, soeur, tu peux pas, tu peux pas, tu peux pas… » Un titre qui scintille tel un néon en porte drapeau de l’ opus mais qui n’est que l’ un des thèmes abordés. Difficile de ne pas  citer « La liesse est lovée » qui parle si bien du bonheur, « Dix ans de nous », « Quand je vois cette image » ou bien encore « La mer est calme ». Les douze titres, superbement mixés, éclairent sur les pensées d’un presque quadra (on a bien dit « presque ») qui garde son optimisme mais n’échappe ni à l’angoisse de la lucidité, ni à certaines désillusions un peu drapées d’amertume. Une forme de mise à nu qu’il n’ habille jamais d’impudeur.

Dans « 33 ans » sorti en 2014, Ben Mazué déclinait tous les moments de la vie, au fil du temps qui passe. « 14 ans », « 25 ans », et même « 73 ans ». Des morceaux d’une étonnante justesse et d’une vérité aussi drôle que touchante ou cruelle. Des chansons qui avaient largement trouvé leur auditoire.

Avec tout ce matériau, ces perles de vie, certains auraient composé un spectacle « classique », déroulé par séquences d’âge ou par vagues d’émotion. Ben Mazué a eu envie d’autre chose. Après avoir assisté à un spectacle de Jacques Gamblin, totalement bluffé par le talent polymorphe de l’acteur qui n’hésitait pas à danser sur scène, il a eu envie d’un spectacle d’une vraie densité. Il a pensé son propre concert avec une précision d’orfèvre et imaginé plonger le public dans des scénarios emboîtés tels des poupées russes. C’est brillantissime, totalement nouveau. Poésie, chanson, slam, sketch s’entremêlent et le rire chasse les larmes. C’est doux et amer, généreux, musicalement inventif grâce à la patte de Robin Notte, pianiste et directeur musical dont la présence à ses côtés est part intégrante du succès.

En raconter davantage serait spolier le charme unique de la découverte, lever un pan de trop sur ce moment unique. A Nantes, ce 8 mars, Ben Mazué faisait salle comble à la Cité des Congrès, l’une des plus grosses salles devant lesquelles il avait eu l’occasion de jouer. En Novembre prochain, son Olympia (Paris) affiche déjà complet. Mais avant cela, il passe par plein d’autres villes et quelques festivals comme Le Printemps de Bourges (le 28 avril) et les Francofolies de la Rochelle (le 13 Juillet). A mi-parcours, Ben Mazué n’a plus à douter. Il ira loin…

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

The Temperance Movement, à écouter sans modération !

En sept ans et trois albums, les britanniques de The Temperance Movement ont accroché avec leur rock si personnel la fidélité de milliers de fans en Europe mais également aux Etats-Unis où ils ont eu la chance d’ouvrir pour les Rolling Stones. Une mise en lumière accrue qui n’a pas réussi à donner la grosse tête à un groupe qui a traversé des tempêtes et su garder le cap en conservant l’honnêteté pour figure de proue. Rencontre.

Quand le tourbus s’est garé près de la Loire, à quelques mètres du Ferrailleur où ils joueraient le soir même, les cinq musiciens n’ont jeté qu’ un regard ensommeillé sur les quais nantais. Le concert de la veille au Rocher de Palmer, à Cenon, dans la banlieue bordelaise, était encore dans les mémoires. Une jolie date au milieu de ce nouveau mais court périple français entamé à Paris, au Trabendo le 31 mars. « On tourne beaucoup, certaines années on a même donné jusqu’à deux cents concerts alors forcément, la bus est un peu notre seconde maison. Et il n’est pas toujours facile de bien visualiser les salles, les villes, où nous nous arrêtons. Parfois, on trouve le temps de s’éloigner un tout petit peu pour voir les abords et visiter. Parfois pas! Mais ce n’est pas dramatique, c’est notre job et on aime ça, » commente Paul Sayer, l’un des deux guitaristes, membre historique et fondateur de The Temperance Movement.

Dix ans déjà que l’idée de former un groupe s’est imposée, envie partagée par Phil Campbell, le chanteur et Luke Potashnick, autre guitariste. Mais il a fallu attendre 2011 pour que les choses se concrétisent, le temps de trouver un batteur et un bassiste, « une formation très classique au final ». Dès le premier EP en 2012, The Tempérance Movement interpelle. Dans un monde qui aime poser les étiquettes et ranger dans des cases, difficile de positionner clairement ces britanniques mêlant aussi efficacement des sons des années soixante et soixante dix mais qui aimaient aussi manifestement Nirvana, les Stones ou Soundgarden. Des enfants du siècle qui n’auraient pas eu le complexe de leurs ainés et leur rendraient même de magnifiques hommages en quelque sorte.

« On se nourrit de rencontres, de ce que chacun écoute. Nous avons des influences multiples mais des envies communes… ce qui est quand même plus simple», poursuit en riant Nick Fyffe, le bassiste. Un melting pot musical qui séduit d’emblée : en novembre 2013, The Temperance Movement décroche le prix du « Meilleur nouveau groupe de l’année » de Classic Rock Magazine.

Le karma continuant alors à être particulièrement bon, le hasard met une de leurs lointaines connaissances sur la route d’une conversation dans laquelle il est dit que les Stones cherchaient des premières parties pour leur tournée européenne. N’écoutant que son culot et son envie, la jeune femme a alors donné leur nom! Comme ça, tout bêtement. Mick Jagger a écouté et aimé. Ainsi va parfois la vie d’un groupe encore moyennement connu qui se retrouve soudain propulsé pour une poignée de dates devant des auditoires XXL, sur la même affiche que l’un des groupes phares de la musique mondiale depuis plus de cinquante ans.

« C’est cool, non ? » s’amuse Paul Sayer. « Ce n’était vraiment pas un truc de label ou de management, un truc pensé et calculé par je ne sais quel financier. C’était juste un truc tout simple, le bon moment d’une personne qui n’aurait jamais du être là quand une conversation a eu lieu et qui a l’audace tranquille de ceux qui ne risquent rien au fond. Et ça a été énorme, »

« Aucun facteur de stress dans cette histoire mais une incroyable envie, une excitation totale à l’ idée de jouer ces soirs là dans ce contexte de fou » surenchérit Nick Fyffe. « Comment ne pas kiffer ce truc là? Je crois que tous les musiciens à notre place auraient pensé de la sorte. Et l’histoire s’est renouvelée quand les Stones nous ont embarqué pour cinq dates de leur tournée américaine l’an dernier. On a aussi ouvert pour les Insus en France sur quelques dates et ça a été là encore un plaisir énorme. »

Mais la vie d’un groupe n’est pas toujours linéaire et en 2016, alors que sort « White Bear », le deuxième album, Luke Poshnik décide de quitter le navire pour vivre de nouveaux horizons. En Novembre de cette même année, le batteur laisse également sa place et est remplacé par Simon Lea. Des tourments organisationnels et forcément humains quand c’est l’un des piliers historiques qui part et qu’en quelques mois, près de la moitié de la formation aura été changée. De nouvelles habitudes doivent se créer, une autre complicité doit rapidement exister.

En parallèle, Phil Campbell le chanteur, est rattrapé par ses liaisons dangereuses avec l’alcool et la drogue. Il ne se voit pas monter sur scène sans ses béquilles artificielles, persuadé de ne pouvoir être bon sans ses dangereuses compagnes.

Il faudra du temps pour revenir à la surface d’une eau plus claire mais le résultat est bluffant. Sorti en février, « A deeper Cut », le nouvel opus, est ce que le groupe a livré de plus abouti et profond. D’une transparence et d’une honnêteté totales. « Nous avons lutté, nous avons souffert mais nous avons vécu. Et comme le dit l’adage, « ce qui ne tue pas rend plus fort », observe avec philosophie Paul Sayer.

En fait, je ne sais pas si nous sommes plus forts mais ces tumultes partagés ont grossi notre vécu. Nous avons souffert et partagé ensemble. C’est ensemble que nous y sommes arrivés et c’est encore ensemble, survivants de tout cela, que nous avons désormais l’immense plaisir de défendre ce disque sur scène. Il est une fois de plus la réunion de toutes nos influences, il est cathartique, plein de force, moderne et bien sûr la réunion de pas mal d’émotions.

J’espère que le public le reçoit comme un album extrêmement honnête et vrai car nous ne prétendrons jamais être ce que nous ne sommes pas. On pourrait embellir l’histoire à coups de pseudos vérités sur les réseaux sociaux. On sait comment ça marche. Mais on préfère aller chercher le public en faisant ce que nous aimons le plus, jouer sur scène et voir dans le regard des gens l’effet de nos morceaux. En Grande Bretagne, nous avons l’habitude des salles de plus de deux milles personnes. C’est bien sûr plus restreint en France mais ce n’est pas grave. Cela permet d’autres échanges, une autre manière d’aborder l’histoire de The Temperance Movement. Et on ne va pas bouder notre plaisir car le public français est fidèle. Et surtout, de plus en plus nombreux. »

Preuve en était donnée ce lundi soir à Nantes où le Ferrailleur faisait salle aussi comble qu’enthousiaste. Sur scène, Phil Campbell a donné le ton d’emblée avec cette énergie et ce timbre si reconnaissables. Le chanteur aime ces moments et ça se voit. Généreux, souriant, leader d’un groupe dont la complicité est manifeste, il ne lâchera rien jusqu’au bout d’une set list de plus d’une quinzaine de morceaux qui a su mêler succès et titres moins connus, où l’on retrouve évidemment « Caught in the Middle », « White Bear », « Three Bullets », « A deeper Cut » mais aussi, entre autres, «Be Lucky» ou « Love and Devotion ». Le public en redemande et n’entend pas les laisser partir. Les britanniques reviendront alors pour deux chansons. Sur les bords de Loire ce soir là, certains spectateurs avaient déjà noté que The Temperance Movement serait de retour en France à Musilac en Juillet…

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

Pleymo remet le son pour ses 20 ans!

Reformé pour célébrer son vingtième anniversaire, Pleymo a repris la route pour quelques dates. Un périple français qui passait par Stéréolux à Nantes le 17 Mars. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le sextet n’a rien perdu de son énergie.

En 2007, après dix ans de succès (et même une nomination aux Victoires de la Musique 2004), ils avaient subitement déclaré la fin de l’aventure Pleymo, laissant sur la touche tous ceux qui avaient adoré leur metal novateur dans lequel un DJ avait osé pointé le bout de ses samples. C’est donc peu dire si l’annonce de leur retour sur scène, histoire de saluer en musique leurs vingt ans (idée quelque peu originale car le parcours compte quand même dix ans de silence), a fait grand bruit. « Ils font partie de la grande période Watcha, Empyr, Mass Hysteria, même si Mass est un peu à part car le groupe n’a jamais arrêté et n’a peut être jamais été aussi encensé. Dans tous les cas, impossible de ne pas être là! » observait ce trentenaire venu de Bretagne jusqu’à la Nantes pour partager l’une des dates de cette tournée française inscrite en ce mois de mars 2018. « Le combo est à l’identique. Ca devrait envoyer! »

Il n’a pas fallu longtemps pour le vérifier. Succédant à Vegastar, autre référence du nu metal français (pilier de la team Nowhere avec Aqme ou bien encore Enhancer) Mark Maggiori (chant) et Franck Bailleul (DJ) vont rapidement prouver que leur tandem n’a rien perdu de sa complicité. Et ce n’est pas uniquement parce qu’ils arborent le même bermuda ! A leurs côtés, Benoit Julliard (basse), Davy Portela et Erik de Villoutreys (guitare), sans oublier bien évidemment Fred Ceraudo (batterie).

Dès les premiers accords, le public de Stéréolux est à fond, heureux de vivre cet évènement qui semblait encore tellement improbable voilà quelques semaines. « United Nowhere » sonne le La, huit cents spectateurs jouent les choeurs avec un enthousiasme impressionnant. C’est parti pour près d’une heure et demi de concert où énergie et partage seront les maitres mots.

Mark Maggiori (qui est aussi un peintre doué et est à l’origine de la pochette du dernier album comme des nouveaux tee shirts du groupe) espérait ce retour largement gagnant mais il n’imaginait peut-être pas l’intensité avec laquelle le public reprendrait des morceaux dont certains ont quand même près de vingt ans. Il chante, il regarde, il saute et arpente la scène, échangeant souvent avec Franck Bailleul lorsque celui-ci quitte les platines pour le micro et entonne son flow parfait. Leur joie n’est pas feinte et largement communicative. On peut dire que ces deux là ont la pêche et ils entendent bien le faire savoir.

« Ce soir c’est le grand soir », « Rock », « Adrénaline », « Tout le monde se lève », « 1977 », «Chérubin», « Nawak »… les titres filent sans temps morts dans une set list savamment choisie et  que l’on imagine conçue avec difficulté car il a forcément fallu choisir et donc… renoncer. Le groupe a misé sur un mélange judicieux de toutes ses références, avec un accent plus largement porté sur les deuxième et troisième albums, deux opus que le public avait en son temps largement plébiscité. Ils sonnaient donc comme une évidence. « Muck », « Le nouveau monde », « Je regrette », « New Wave » mais aussi « Tank club », « Polyester Môme » et un medley rythmeront eux aussi la soirée. Mark Maggiori semble encore meilleur et encore plus survolté au fur et à mesure que se déroule la soirée. Une chose est certaine, les paroles autant que les partitions n’ont pas vieilli, le mordant est toujours là et la patine Pleymo intacte.

Trois petits tours de piste après le rappel, le temps d’offrir « Blöhm » et « Divine Excuse » pour finir magistralement avec l’inoxydable « Zephyr » et le groupe s’en est allé. Restera le souvenir de ce rendez-vous surprise à la conception parfaite. Si l’idée, en tous cas officiellement, d’une tournée plus longue après cette courte parenthèse hexagonale (il reste encore Lille le 29 Mars et Strasbourg le lendemain), et ce double passage parisien sold out (dont l’Olympia le 31 Mars) n’a pas encore trouvé sa concrétisation, les retardataires pourront toujours se rattraper au Hellfest où le groupe est attendu en Juin prochain. Une petite détour par la Grand’ Mecque du metal avant d’autres dates surprises? A l’impossible, Pleymo n’est pas tenu!

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

THE TEMPERANCE MOVEMENT AU FERRAILLEUR (NANTES) LE 2 AVRIL

Emmenés par le très charismatique chanteur Phil Campbell, les britanniques de « The Temperance Movement » et leurs mélodies mêlant country et pur rock avec une pincée de folk très anglais, seront en concert à Nantes (au Ferrailleur) ce 2 avril. Une date exceptionnelle à ne surtout pas manquer car leurs passages en France restent rares. Avant cette escale nantaise, il n’y a d’ailleurs que deux détours dans l’Haxagone, par le Rocher de Palmer (Cenon) le 1er avril et le Trabendo (Paris), la veille.

Sept ans que The Temperance Movement (autour de Phil Campbell, il y a aussi les guitaristes Luke Potashnick et Paul Sayer, et le batteur Damon) distille ses partitions si reconnaissables et les rangs de leurs fans ne cessent de grossir. C’est devenu un lieu commun de le signaler quand il s’agit de groupes de cette trempe mais il est évident que la scène est leur domaine et qu’ils ne sont jamais meilleurs que dans ces moments de proximité avec le public. A voir absolument.

Crédit photo // Rob Blackham.

PLEYMO EN TOURNEE FRANCAISE 

Le 29 Mars 2017, l’annonce avait déchaîné les enthousiasmes : Pleymo, groupe français de néo metal devenu mythique, allait se reformer et (mieux !) se produire en France, en Belgique et en Russie l’espace de quelques dates afin de célébrer les vingt ans du groupe. Succès immédiat et rush sur la billetterie, le concert du Trianon est sold out en quelques heures, un second passage parisien à l’ Olympia est organisé dans la foulée.

Véritables bêtes de scène, les six parisiens allient paroles savamment rappées à une musique bien vénère qui rappellent les plus beaux accords de Deftones ou Korn, un mixage détonnant qui a assuré leur succès jusqu’à leur séparation, laissant leurs milliers de fans dans l’attente de leur retour.

A force de l’évoquer vainement, certains avaient fini par ne plus y croire mais cette fois, Pleymo est bien de retour et prêt à en découdre. Enthousiaste, doté d’une envie de jouer à nouveau ensemble et de servir au public leurs meilleurs morceaux.

Sept villes ont été programmées dans l’hexagone, sept escales qu’il vaudra mieux ne pas manquer. Après Nimes (le 9 Mars), Villeurbanne (le 10), Ramonville (le 15), Cenon (le 16), Pleymo se produira à Nantes (Stéréolux) le samedi 17 Mars avant de rejoindre Lille (le 29), Strasbourg (le 30) et un final en apothéose à l’Olympia de Paris le 31.

Histoire de rajouter à la fête, Vegastar aussi reprend du service. Le quatuor français, entre rock, power pop, new wave et heavy metal, assurera la première partie.

Crédit photos: BERZERKER.

ILS OEUVRENT DANS L’OMBRE: All Access, la vigilance à la réussite spectaculaire !

C’est une success story « à l’américaine » (ce qui n’est peut-être pas pour déplaire à cet amoureux des Etats Unis, sillonnés dans leur quasi intégralité), l’histoire d’un môme de Saint-Nazaire un peu bagarreur, beaucoup musicien, devenu le patron de l’une des sociétés de sécurité les plus renommés de France. Spécialité : les spectacles. Marque de fabrique : la fiabilité et qualité de l’accueil. Rencontre avec David Le Nagard, Monsieur All Access.

Du Hellfest au Zénith de Nantes, des salles du grand Ouest au Stade de la Beaujoire, dans les principaux festivals ou évènements de la région, ne cherchez pas… ils sont partout. « Ils », autrement dit les cent-cinquante agents de sécurité disséminés au fil des évènements par All Access, la maison mère. La référence en matière de spectacle. Celle que les producteurs réclament et sans laquelle certains professionnels n’imaginent même pas venir.

Ce résultat est le fruit de rencontres, de destinées qui se croisent mais aussi et surtout la volonté et l’envie de David Le Nagard, personnage haut en couleurs, à la personnalité aussi riche et complexe que sa centaine de tatouages encrés au fil des ans, une main de fer dans un gant de velours. Ne pas se fier aux apparences, elles sont parfois trompeuses. L’homme s’amuse sur les réseaux sociaux, joue avec son image mais quand le patron bosse, il n’y a plus de place pour l’inconnu, zéro possibilité de ratés, c’est le sérieux et l’expérience qui pilotent.

« Il n’ y a pas de certitude absolue, le risque zéro n’existe pas mais nous sommes dans un domaine d’activités où depuis deux ans, depuis les évènements dramatiques du Bataclan, la vigilance doit s’exercer de façon encore plus grande. Il faut conserver la courtoisie, c’est un minimum, ne jamais s’exprimer avec un ton qui pourrait laisser penser à de l’agressivité car les gens ont payé leur place pour passer une bonne soirée et cette soirée commence avec nous par la fouille des sacs et la palpation à l’entrée des barrières. Etre souriant avec une conscience majuscule… A chaque fois que je briefe les équipes, je ne cesse de le leur répéter », explique David Le Nagard. « Même si ce n’est pas toujours simple car nous avons aussi parfois à faire à des personnes plus ou moins ivres qui seraient un cauchemar pour leurs voisins, d’autres qui se considèrent au dessus des lois, d’autres encore qui tentent de cacher des bouteilles alors que c’est strictement interdit. L’ imagination humaine est sans limite!»

Le terrain, le patron le connaît bien, un atout autant qu’un gage de crédibilité auprès des agents comme des clients. « Je jouais de plein d’instruments, du piano et de la guitare notamment. Dans ce milieu, surtout en province, on se connaissait tous assez vite. Je suis devenu pote avec des gens qui avaient une boîte bien référencée hard-rock et par leur biais, j’ai rencontré les dirigeants de NATS, qui était à l’époque l’une des grosses sociétés régionales à faire de la sécurité. C’ était en 1993. NATS était assez connue car elle assurait sur pas mal d’événementiels, notamment depuis 1989 sur « Les Allumés », une manifestation nantaise intégrée des milliers de personnes. J’ai trouvé que le métier restait proche du milieu artistique, alors j’ai postulé. J’ai grimpé les échelons un par un jusqu’à me retrouver dirigeant. En 1998, nous avons oeuvré pour la Coupe du Monde puisque Nantes était l’une des villes accueil. Puis j’en ai tiré le constat que sous une même casquette d’ « agent de sécurité » se cachaient au final des activités différentes. La scission de NATS est intervenue quelque mois plus tard. »

« Comment ne pas admettre que la sécurité d’un spectacle n’a rien à voir avec celle d’un magasin, ni même d’un match de foot ? On ne peut pas être généraliste si on recherche l’efficacité. Oeuvrer sur un show exige d’autres connaissances et respecte d’autres paramètres. Il ne faut pas se laisser surprendre par un Wall of Death ou un Circle Pit en plein concert de metal. Ce n’est pas un cliché d’affirmer qu’il y a un autre rythme dans un concert de reggae où il arrive même que quelques cigarettes s’allument. Dans une salle c’est interdit, bien sûr. Mais c’est du reggae, on est habitué, cela ne va pas loin et n’est pas très méchant. Les agents doivent connaître toutes ces ambiances, ne pas être psychorigides par principe et oeuvrer en finesse. La loi et l’esprit de la loi…. »

« Un concert pour de très jeunes enfants aussi obéit à ses propres règles qui ne sont évidemment pas celles d’un spectacle de Dieudonné par exemple. (Pour l’anecdote d’ailleurs, lors de la dernière venue de l’humoriste, il ne se passait rien d’extraordinaire à l’extérieur mais les medias, BFM TV, notamment étaient là très tôt et avaient décidé de créer de l’information coûte que coûte. En début d’après-midi, alors que nous étions dans les bureaux avec Denis Turmel, le directeur du Zénith, nous les avons vu affirmer des faits, inventer un climat qui n’étaient absolument pas ce qui se passait devant la salle… où il n’y avait que des allés et venus habituels! Ne pas perdre son sang froid, même quand l’agacement vient par surprises… En créant All Access, c’est exactement ce que je visais. »

La clientèle n’a pas mis longtemps à suivre. Avec NATS, David le Nagard avait eu le temps de montrer son professionnalisme. Toujours très immergé dans le milieu musical, il a décidé de pratiquer les choses à l’envers: au lieu de solliciter les salles, il appellerait directement les tourneurs, les maisons de production, les entourages des artistes. Bien vu !

En vingt ans, All Access n’a jamais failli. Aujourd’hui, ce sont les professionnels qui exigent sa présence et n’envisagent pas de travailler avec d’autres sociétés. Quand le Zénith a vu le jour en 2006, c’est aussi All Access qui a décroché le marché, en toute logique alors qu’il existe plusieurs zones de contrôles avant de rentrer dans la salle elle-même. Pour le Hellfest, plus gros festival metal en France avec près de 150.000 personnes accueillis sur trois jours, les choses ont pris davantage de temps. « Je fréquentais le Furyfest, le festival de musiques dites « extrêmes » depuis sa création. Après la migration de Rezé vers Le Mans, les organisateurs ont déposé le bilan, fin 2005 et le Hellfest est arrivé mais la sécurité restait sans doute au second plan au regard  du choix du prestataire.  Quelques longues discussions et moments d’accrochages plus tard avec Ben Barbaud, son fondateur, nous avons fini par tomber d’accord et depuis 2008, All Access veille sur l’immense site de Clisson. C’est au delà de l’amitié désormais avec lui, un lien familial incassable. »

Le Hellfest représente un gros mois de travail. Durant le festival, plus de cent-soixante dix agents, venus de toute la France, fans de metal ou du fest, se répartissent les postes.  Personnellement, je dors sur place, deux heures la nuit et une courte pause d’une heure dans la journée. Il y a des moments tendus, quelques petits incidents mais c’est inutile de les évoquer, on s’efforce de le rendre le plus discret possible. Il y a aussi les gros lourds, tous ceux qui, pour une raison ou une autre, par une attitude inadaptée, sont définitivement exclus du site, une quinzaine de personne environ chaque jour. Si cela reste aussi mineur au regard des foules en présence,  c’est aussi parce que nous sommes en nombre suffisant.. raison pour laquelle je refuse le marché d’un festival des environs de Nantes. Je ne veux pas cautionner une prise de risques par faute de personnel.»

Le carnet des clients  désormais très solide, le seul caillou dans la chaussure de David Le Nagard est la carte professionnelle d’agent de sécurité désormais exigée par les règlements, une carte valable cinq ans et qui doit être renouvelée trois mois avant sa fin de validité. Elle peut être obtenue par validation des expériences passées ou par une formation sanctionnée par un diplôme. « J’ai un budget pour la formation professionnelle donc évidemment, je suis partant pour régler les 2.000 euros d’enseignement à certains chaque année. Mais je reste sceptique sur la nécessité de cette carte et sur le contenu de la formation. J’avais jusqu’à présent des gars qui travaillaient super bien, qui savaient en imposer en douceur. Certains n’ont pas voulu ou pas pu suivre les cours, d’autres ont été découragés par les nombreux textes de la législation à retenir. Sans parler de la grande théorie dispensée qui n’ explique pas suffisamment les différents domaines d’intervention. Un type qui a décroché son diplôme mais ne comprend pas quand je lui parle « jardin » ou « cour », qui ne sait pas comment cela se passe dans une salle de concerts, ne peut pas travailler ici. Je ne vais pas rajouter du temps formation au budget formation! »

Autre effet plus pervers, les contrats des agents n’étant pas des contrats de 35 heures hebdomadaires mais des contrats limités aux heures nécessaires pour la bonne tenue d’un show, certains n’ont pas hésité à se faire « offrir » le sésame obligatoire… avant de fausser compagnie pour rejoindre une grande surface du coin et un contrat « plein ». « Bien sûr que je ne suis pas contre la réglementation mais le législateur qui pensait sans doute exclure les fortes têtes aux casiers chargés ont oublié que nous pouvions juger par bon sens et expérience la moralité de chacun sans toute cette artillerie. Et bien évidemment, nous le faisions! Les brebis galeuses n’ont jamais été admises. Au final, cela a donc sorti du réseau des gens plus simples mais parfaitement adaptés au métier, d’ excellents éléments et je peine très souvent à recruter alors que la demande est constante. C’est assez usant!»

Une amertume qui n’entame ni l’enthousiasme, ni la passion pour le métier. « Je n’ai pas d’exigences folles pour l’avenir. Je me contenterais largement de signer les deux prochaines décennies comme les deux dernières. All Access va continuer sur sa lancée et le degré d’exigence sera toujours aussi vif. »

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– NDLR : Merci aux équipes d’ All Access et du Zénith de Nantes pour leur disponibilité et leur accueil. –