ILS OEUVRENT DANS L’OMBRE: François Montupet, monsieur cent mille com’

Alors que résonnent encore les échos des dix jours de fête imaginés pour les dix ans du Ferrailleur, rencontre avec celui dont la renommée va bien au delà de ces quais de Loire, François Montupet, son chargé de communication. Ce grand manitou de la com digitale, expert en réseaux sociaux, toujours une tendance d’avance, a su tisser sa toile et offre depuis six ans d’autres atours à l’adresse la plus courue du Hangar à Bananes. Certains lui font désormais les yeux de Chimène pour qu’il fasse grimper la visibilité de leur marque… Il n’y répondra que si l’envie est là. Car le garçon est du genre passionné. Le mot est faible.

Rendez-vous était pris depuis longtemps. Mais François Montupet, qui trouve des évidences dans le partage et fait de la discrétion une vertu essentielle, préférait laisser passer les 10 ans du Ferrailleur pour permettre de voir le travail accompli par les équipes bossant à ses côtés durant les festivités. «Entre les retransmissions des concerts sur l’écran géant accroché à l’extérieur, les réalisations de vidéos pour Facebook ou Twitter, les Facebook live chaque jour, depuis les concerts sauvages jusqu’aux after, donc de 17h00 à 4h du matin environ, les concerts shootés par un ou deux photographes en plus des photos, des tweets et posts que je faisais moi même entre coulisses et terrasses, il y a eu un gros travail de communication et nous avons enregistré des nombres impressionnants de connexions. Ce qui prouve l’intérêt de ces partages  quand les gens sont en attente et ont envie de nous suivre, même à distance. Mathieu Alh, le réalisateur, et ses quatre cadreurs ont fait un boulot de dingue. Les photographes aussi. Le temps ayant rajouté l’atout majeur, cet anniversaire a été en tous points une réussite absolue pour toute l’ équipe et pour moi aussi bien sûr. »

François Montupet avec Mathieu Alh, réalisateur.

Cet anniversaire, François Montupet l’a anticipé comme tous ici depuis plus d’un an. Parce qu’il est comme ça et qu’il ne laisse rien au hasard. Bosseur impressionnant, il est aussi et surtout un grand passionné. Et la passion, ça ne se vit que pleinement! « Il y a une huitaine d’années, j’avais rencontré Thomas (Nedelec), le gérant du Ferrailleur, alors ingénieur du son d’ Ultra Vomit. C’était dans une salle de la région parisienne où je jouais ce soir là avec mon groupe, The Four Horsemen. Quelques mois plus tard, Thomas nous a demandé de venir faire un concert au Ferrailleur. J’ai découvert la salle, le matériel impressionnant, l’équipe super soudée et la qualité de l’accueil. Ca a été un super moment. Lorsque je me suis installé à Nantes quelques mois plus tard, je me suis naturellement rapproché de Thomas, de Max, le programmateur, et je leur ai proposé de penser l’image du lieu autrement. J’étais convaincu qu’il existait d’immenses possibilités avec les réseaux sociaux, je sentais qu’une autre stratégie de communication différente, plus large, porterait ses fruits et ferait parler de la salle bien plus loin. »

Des photographes sont fidélisés, des plaquettes éditées, des comptes sur tous les réseaux sociaux sont ouverts et n’ont jamais cessé depuis d’être constamment alimentés. « Il faut savoir réagir vite, choisir les bonnes photos, rédiger des posts qui atteindront leurs buts, retranscrire avec précision, mettre en avant la diversité culturelle, les différents types de concerts mais aussi tous ceux qui les fréquentent. C’est un boulot extrêmement chronophage car on est toujours en alerte. Quand je ne poste pas, je regarde ce qui se fait ailleurs. La scène importante doit être au centre de tout, il ne faut rien laisser passer. Après ces années, je pense que nous pouvons être contents. L’image du Ferrailleur diffuse largement et les retours sont très bons. Il existe une vraie interaction avec les followers qui sont d’ailleurs de plus en plus nombreux. Quant à l’image elle-même, elle est ultra positive. Pas mal comme bilan pour une salle 100% autofinancée depuis sa création! »

Histoire de rajouter encore à la programmation de la salle, François Montupet (qui doit bien avoir trente idées par minute, une ébullition permanente sous une apparence très calme) a eu l’idée d’organiser un évènement pour combler les jours sans concert, le lundi ou le mardi notamment. Ainsi sont nés les « Apéros Numériques », sorte de conférences-débats à l’entrée gratuite avec un ou plusieurs intervenants réputés autour d’une thématique forcément ancrée dans la communication digitale et ses nombreuses problématiques. Pour ouvrir le bal, il s’est attaché la présence de Mathieu Sommet, le youtubeur suivi par près de deux millions d’abonnés, présentateur de « Salut les Geeks ». « Mathieu avait rencontré Andréas et Nicolas, il connaissait le Ferrailleur et venait de s’installer à Nantes… L’occasion était trop belle! J’avais déjà réalisé quelques interviews, je l’ai sollicité et il a accepté de lancer nos Apéros Numériques. Avec le public, qui était composé de fans mais aussi de curieux ayant envie de comprendre comment un youtubeur pouvait arriver à une telle notoriété, il y a eu de superbes échanges. De quoi penser très vite au thème du second Apéro, le rythme étant approximativement d’un rendez-vous par trimestre. »

« Comment communiquer sur un festival ? » en présence des staffs du Hellfest et de Hip Opsession, « Les femmes dans le numérique », « l’e-sport », sont quelques uns des rendez-vous passés. Le 13 juin prochain, à l’occasion du cinquième numéro, les débats porteront sur « l’influence des réseaux sociaux sur les journalistes », autrement dit, les premiers seraient ils en train de tuer les seconds ? On y parlera également des fameuses fake news, plus que jamais dans l’actualité.

Là où certains se contenteraient de tendre le micro, François Montupet peaufine ses rendez-vous durant des jours, choisit ses intervenants avec minutie, les rencontre, prépare avec eux, joint par téléphone d’autres spécialistes, planche sur des questions annexes pour que le jour J, il ne soit pris au dépourvu par aucune remarque. « C’est passionnant à mettre en place, tellement enrichissant sur le plan humain et professionnel. C’est stimulant de toutes parts. Pour le Ferrailleur, c’est aussi une autre image. Ces débats sont gratuits, ils se déroulent dans la salle avec les invités sur scène et le public assis autour de tables hautes. Ca permet à des gens qui n’étaient jamais venus à des concerts ou ne connaissaient pas le bar de les découvrir et d’avoir le goût de revenir. C’est une autre résonance que je trouve sincèrement ultra positive. »

Même regard pour le Nantes Metal Fest sur lequel ce touche à tout veille depuis six ans. « C’est Bad, portier historique du ferrailleur et bassiste du groupe So What qui avait émis l’envie de voir créer un festival de metal durant un gros week-end au Ferrailleur. Alors on a réuni une équipe de bénévoles passionnés, je me suis transformé en régisseur général et on a foncé. Sans budget, avec une ligne de conduite fixée et jamais modifiée : cinq groupes pour 12 euros, le pass trois jours pour 30 euros. Les groupes ont joué le jeu, le public a répondu présent et aujourd’hui, on a un budget de 7.000 euros. Ce n’est peut être pas énorme mais nous, nous le prenons comme une sacrée récompense qui nous offre des possibilités accrues. »

Puisque ses journées ne doivent décidément pas jouer la montre et se limiter à 24h, impossible de ne pas préciser que François Montupet a aussi signé avec Filling Distribution, distributeur de pédales d’effets voilà deux ans et depuis plusieurs mois avec Flibustier, une marque de bijoux haut de gamme lancée en 2011 et franchement rock. Cohérence toujours. Passionnant, inutile d’en douter.

« C’est toujours le même constat : si on crée quelque chose de formidable mais que personne ne le sait, il y a un problème. Alors il faut échanger, communiquer, trouver la meilleure synergie, les bons ressorts et diffuser le plus largement possible avec les moyens actuels. Internet est une zone de liberté et d’avenir quand on sait l’utiliser pleinement. C’est tellement vaste et passionnant. Aujourd’hui, toutes mes activités se complètent dans une certaine harmonie. J’ai la chance de m’éclater en travaillant avec des équipes qui sont ouvertes et me font confiance. Je ne vais quand même pas bouder mon plaisir ! » Les yeux verts sourient, à peine cachés par la casquette de base ball. Trois pas dans la rue et déjà on l’interpelle. A force d’assurer la promotion des autres, il a fini par sortir de l’ombre. Monsieur social média n’avait pas prévu ça. Il le vit avec décontraction et tente de convaincre que c’est parce qu’on le voit au Ferrailleur. Un peu court quand même. Limite fake news pour le coup !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Les Trois Mousquetaires à Nantes… et sur DVD !

« Les Trois Mousquetaires » croisaient le fer sur la scène du Zénith de Nantes ce week-end. Quatre représentations pleines à craquer pour un spectacle qui a réussi à sortir son épée du jeu grâce à un casting séduisant, une mise en scène assez audacieuse qui glisse une vraie modernité dans le roman d’Alexandre Dumas.

D’abord, il y a le quatuor masculin. Plus qu’une juste répartition des rôles titres, ces quatre là sont complémentaires au point de devenir indissociables. Bruno Berbérès, grand manitou des casting, celui qui se cache derrière la plupart des grands succès actuels, a visé juste. Olivier Dion (d’Artagnan), David Ban (Porthos), Damien Sargue (Aramis) et Brahim Zaibat (Athos) sont des mousquetaires qui n’auraient pas déplu au romancier. Voix précises, jeu enlevé, joli maniement du fleuret, acrobaties spectaculaires, ils n’ont peur de rien. On concédera juste un certain anachronisme, à moins que ce soit une audace vestimentaire à laquelle n’avait pas pensé Alexandre Dumas : ses mousquetaires, tous beaux gosses et bien faits de leur personne, chevauchent et combattent la chemise largement ouverte sur les pectoraux… pour le plus grand bonheur du public féminin.

Le reste de la distribution est au diapason : Victoria (qui avait marqué le public du « Roi Soleil » par son timbre unique) s’impose en Anne d’Autriche, Megan offre sa douceur à Constance, Christophe Héraut est un cardinal rigide à souhait, quant à Golan Yosef (inoubliable dans le rôle titre du «Dracula» de Kamel Ouali), il est l’autre atout charme masculin, danseur doué mais également chanteur, il sait faire entendre son Duc de Buckingham. Enfin, Emji, passée par la Nouvelle Star, est une Milady de Winter tous feux tous flammes.

Les québécois Dominic Champagne et René-Char Cyr (deux monstres sacrés de la mise en scène Outre Atlantique, auréolés de très nombreuses récompenses) souhaitaient donner de la modernité au roman. S’ils ont bien conservé les scènes essentielles, ils leur ont donné une couleur actuelle. Ainsi les danseurs ne sont pas dans des tenues d’époque mais évoluent en Converse, slim beige, bustier et petit gilet. Quant aux gardes du Cardinal, loin de tous les films restés en mémoire, ils ont des gilets pare-balles et une tenue rouge qui a plus à voir avec un commando du GIGN (ce qui est assez impressionnant et laisse quand même une partie du public mal à l’aise dans le contexte sécuritaire actuel).

Musicalement aussi, ce n’est pas du tout ambiance « bal à la cour ». Pop, techno et même quelques notes rappelant le célèbre « Pop Corn » de Hot Butter, le dépoussiérage a également opéré sur la partition, de quoi faire naître des applaudissements en rythme dans les travées.

Au final, ce sont deux heures trente bourrées d’inventivité, d’humour (comme cette improbable chevauchée à dos de… cheval d’arçon), de bonne humeur, de véritable proximité aussi avec le public, renforcée par une scène dont l’avancée est composée de larges marches. Les gens en ressortent joyeux et bluffés. La tournée s’achèvera début juillet à Nice mais le DVD a été tourné à l’occasion de cette escale nantaise. Avant sa sortie, une diffusion du spectacle est déjà prévue le 13 juin sur W9. Les Trois Mousquetaires ont visé le succès. Mission accomplie haut la main.

M.M.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

« Panzer Surprise » : Ultra Vomit collectionne les standards !

Ça a des allures de pyjama party à la pépère, col chemise, rayures et boutonnage, voire même robe de chambre pour certain, malgré la chaleur étouffante qui règne dans le Ferrailleur. Pour les 10 ans de la salle nantaise, les quatre énergumènes d’ Ultra Vomit avaient promis « un show spécial très spécial », ils l’ont fait! Après un récent passage par Stéréolux et un Alhambra sold out, la date pouvait avoir des allures de show case, ils ont pourtant joué le jeu à fond. Un anniversaire quelques jours après la sortie de leur nouvel album, la fête ne pouvait qu’être belle. A la hauteur de ce « Panzer Surprise » magnifiquement produit.

Pour ceux qui ne les connaissent pas encore, gaffe à ne pas tomber dans le piège : Fetus, Manard, Flockos et Matthieu Bausson sont d’incontestables rois de la vanne, prêts à migrer vers un look capillaire de premier communiant (on y croit !) pour une parodie encore plus délirante mais ce sont avant tout des musiciens top niveau. Et c’est cette incroyable alliance de riffs bien envoyés et de paroles quinzième degré qui crée l’ alchimie et met tout le monde d’accord. Neuf ans après «Objectif Thunes» qui avait véritablement entériné leur personnalité, Ultra Vomit frappe plus fort encore avec un nouvel opus où les parodies, ADN du groupe, sont encore plus abouties.

« Ce n’était pourtant pas gagné », raconte Manard, le batteur. « On était tellement heureux des retours d’ « Objectif Thunes », la tournée avait été si belle qu’ on ne voyait pas trop comment enchaîner sans risquer le « moins bien ». Les gens nous attendaient au tournant alors on a préféré se donner du temps. Les mois ont filé, je suis parti quatre ans à Montpellier, Nicolas jouait avec Andreas, et puis Rage Tour, notre tourneur, nous a dit avoir encore des demandes de dates. On en a fait une dizaine, Matthieu est arrivé à la place de notre ancien bassiste, parti rejoindre Black Bomb A et tous ces évènements nous ont redonné un coup de fouet. On a repris notre  cahier à idées, de nouvelles vannes ont fusé, des envies de les jouer « à la façon de… » ont suivi et « Panzer surprise » s’est mis sur les rails. Avec le recul, je pense que ce temps de maturation était nécessaire.»

Le producteur du précédent album pris par d’autres projets, c’est vers Fred Duquesne que les nantais se sont tournés pour enregistrer « Un pote nous a dit, « Fred, c’est le meilleur ! » Du coup, on a foncé. On savait son niveau de jeu avec des groupes comme Watcha ou Mass Hysteria, c’est un putain de guitariste. On savait aussi ce qui sortait de son studio, la puissance qu’il pouvait donner à un morceau… et on n’a pas été déçu. Fred a sa formule, cette expérience qui lui permet de savoir exactement où il va. Du coup, on a eu le son recherché. Son savoir faire était une sécurité. On a bien eu quelques débats mais c’est toujours le mieux qui l’a emporté. Et puis c’est un mec généreux. Il a vu que nos chansons pouvaient ne faire qu’une grosse minute, le degré d’exigence était identique à un titre cinq fois plus long. Alors il nous a rajouté des journées supplémentaires dans son studio et on a eu cet album qui nous rend vachement heureux. »

Il aura suffi de quelques jours pour que certains titres se fassent déjà connaitre. Comme « Calojira » (génialissime « Face à la Mer » de Calogero revisité par Gojira), « Kammthaar » (où Fetus, imitateur décidément très doué, ferait pâlir d’envie le timbre de Till Lindemann, le leader de Rammstein) ou «Evier Metal», sorte d’Iron Maiden vantant des instants purement domestiques. « Je suis le petit père metal du groupe », poursuit Manard. « Je voulais reprendre Gojira depuis le début. Même chose pour nos amis allemands mais Lindemann a un organe… euh, comment dire.. un bel organe alors il ne fallait pas se louper. Fétus imitant avec une facilité déconcertante tous ceux qu’il croise, on s’est dit qu’il pouvait le tenter. C’est tellement réussi qu’on regretterait presque de ne pas y avoir pensé plus tôt. Le clip est tourné. Sortie officielle le 31 Mai. »

«  Pour « Evier Metal », l’histoire est à épisodes. Je jouais dans un groupe de heavy avec Andreas (l’autre complice de Nicolas). Sur un pupitre, il y avait des paroles du genre « In the middle of the night ». On a déliré autour en y ajoutant des suites. On a posé ça sur notre fameux cahier. Et puis un jour, alors que nous cherchions des paroles en français, on est retombé dessus, on a traduit, balancé des idées et en une nuit, la chanson était là. La parodie aussi. Ce titre nous a bien fait marrer.»

Si l’humour est la base même de ces maîtres du metal parodique, il existe malgré tout des limites que les musiciens ne franchiront pas. Trop de bouteille pour tomber de le piège de la facilité provoquant le mauvais coup  de buzz. « On avait un morceau qui devait s’appeler « Je suis PD ». Ce n’était évidemment pas un jugement, juste l’histoire d’un type qui faisait son coming out, un morceau à la « Canards ». Mais on n’a pas voulu que ce titre focalise toutes les attentions et que les gens, les critiques notamment, y voient un truc sulfureux même s’il ne l’était pas. Alors on a préféré renoncer. Notre seule auto-censure véritable comme vous pouvez le constater en écoutant l’album. »

Impossible de citer tous les morceaux (il y en a 22) mais dans une set list toute personnelle, il serait impossible de ne pas ajouter à ceux précités « Takoyaki » couleur Baby Metal, « Un Chien Géant » en mode Tagada Jones, « Jésus » (qui devrait rester dans les mémoires du Hellfest où le groupe se produira sur la Main Stage le 17 juin prochain) ou bien encore « Super Sexe ».

Il y a dix-huit ans, lorsqu’ Ultra Vomit s’est lancé sous une identité qui signait déjà le parti pris, pas sûr que le groupe ait franchement été pris au sérieux, voué même pour certains puristes aux blagues les plus courtes. Avec ce nouvel album, les cordes de la dissonance ne se font plus entendre. Chacun s’accorde au contraire sur la technique impressionnante des nantais (les moments où ils laissent la part belle à la musique durant leurs concerts sont de beaux exercices de virtuosité) et leur réussite dans un genre peu fréquenté. La place laissée libre durant ces neuf années n’a pas été reprise. Preuve qu’il faut autre chose qu’une six cordes et des blagues carambar pour s’imposer dans le metal parodique. Le 10 octobre prochain, Ultra Vomit sera au Trianon. On ne sait pas si Calogero ou les frères Duplantier seront là. Mais les nantais, qui ne laissent rien au hasard, promettent que la fête sera belle. Avec ou sans pyjama.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– « Panzer Surprise » // Verycords : https://itunes.apple.com/fr/album/panzer-surprise et sur toutes les plateformes légales de téléchargements. –

DAVID BAN ALPAGUE SON PREMIER ALBUM

Ce week-end, son Porthos faisait escale trois jours à Nantes. Quatre représentations des « Trois Mousquetaires » dont deux concerts bourrés de technologie et de caméras pour cause d’enregistrement du DVD. La nuit avait été quasi blanche mais David Ban ne se dépare ni de son sourire, ni de sa disponibilité. Heureux de ce rôle à succès. Impatient à l’idée de voir enfin se rapprocher la sortie de son premier album. 

Evidemment, tout le monde attendait Olivier Dion, sa pointe d’accent québecquois, son corps sculpté à la faveur des portés bien élevés de « Danse avec les Stars », ou Damien Sargue, le brun ténébreux, superbe dans Roméo et Juliette comme dans les Forever Gentlemen, ou bien encore Brahim Zaibat et sa souplesse féline, ce sens de la danse qui ne rechigne devant aucune pirouette même la plus extrême… et c’est finalement lui qui sort son épée du lot. Un pour tous mais au final, cela pourrait bien être tous pour David Ban. Car le chanteur-comédien-musicien excelle dans « Les Trois Mousquetaires ». Un dixième spectacle musical qui permet enfin de le mettre en haut de l’affiche avec un rôle à la pleine démesure de ses multiples talents. Le 29 Juin, sortira son premier album. On serait presque tenté de dire… enfin !

« C’est vrai, plus de deux ans depuis la fin de ma campagne participative… Mais je fais tout moi-même et un disque, c’est une montagne de choses à réaliser. Je compose textes et musiques. Une fois  le studio trouvé et l’enregistrement bouclé, il faut penser à la couleur générale de l’album, à la pochette, au livret, à la distribution, la promotion etc… Artiste volontairement indépendant, j’ai une totale liberté artistique et je suis maître de mes choix, de mes textes, de mes musiques, mes arrangement mais également de mes visuels. On verra si les labels, les maisons de disques ou encore des tourneurs s’intéresseront, mais quoiqu’il en soit rien ne m’arrêtera. », souligne l’artiste. « Ce disque, « L’ Alpagueur », quand il sortira, je l’aurai pensé et créé de A à Z, avec tout de même le soutien musical et artistique d’une bande de potes fidèles et particulièrement doués comme Julien Lamassonne (guitare et voix), Emma Piettre (contrebasse et voix), Karoline Rose, avec laquelle je partage un duo (guitare et voix) ou bien encore mon vieux complice Nicolas Fageot (basse). Il sera multicolore, poétique, drôle, émouvant aussi parfois, sentimental mais surtout positif. Et je l’assumerai du 1er au 14ème titre.»

Des années que David Ban nourrit ce projet d’album. Des années que le public, avec lequel il a une relation très forte, de vrais échanges sans faux semblant, attend lui aussi. Devant l’hôtel où la troupe était logée, elles (car ce sont en majorité des femmes) attendant avec patience depuis au moins deux heures dans l’espoir d’une rencontre, le temps d’un selfie, d’une dédicace. David Ban n’est pas du genre à snober. Il a beau être un peu en retard sur le planning, il parle, écoute, sourit et enchaîne les clichés. Même scénario quelques secondes plus tard devant les grilles du Zénith. Une dizaine de fans campe depuis deux heures car le bus qui emporte danseurs et interprètes doit passer par là. Il descend et va à leur rencontre, pose avec le bout de chou qu’on lui met dans les bras.

« J’essaie dans la mesure du possible de prendre un maximum de temps avec les fans. Car je n’oublie pas qu’on a la chance d’être des artistes soutenus par un public qui vient et achète des places en nombre. Un sourire, une photo, une dédicace ça fait toujours plaisir. Lorsque je jouais Danton dans « 1789, les Amants de la Bastille », je sortais devant le Palais des Sports de Paris et je donnais des concerts sauvages avec les premiers titres de l’album à venir. Une manière différente de rencontrer les gens et de voir les morceaux qui accrochent, d’écouter les retours… Avec « Les Trois Mousquetaires », je ne peux pas. Le rôle est beaucoup plus dense, extrêmement physique et je n’aurais pas pu enchaîner les deux.»

Avec « Les Trois Mousquetaires », David Ban endosse effectivement un rôle de poids puisqu’il est l’un des quatre personnages principaux mais il a surtout enfin la possibilité de montrer toute l’ étendue de son talent. Véritable performer, sachant aussi bien chanter (et avec quel timbre ! une voix chaude et grave, parfaitement reconnaissable qui peut tout se permettre) que jouer la comédie ou encore jouer de la guitare en live dans le show, il a réussi à convaincre les metteurs en scène québecquois de le laisser poser sa patine sur son personnage. Porthos y a gagné en humour, en intensité de jeu. Pour le reste, il est peut être d’une courte avance l’ainé des Mousquetaires, il n’en est pas moins affuté, agile, la musculature séduisante qu’il aurait tort de laisser cachée sous la tunique. (On se demande d’ailleurs combien de temps encore il échappera au casting de « Danse avec les Stars ». Ses acolytes s’y sont tous illustrés. Il a le profil idéal. Il a aussi l’envie. TF1 si tous nous entends….)

« Après « 1789 », il y avait eu l’aventure « Flashdance » qui avait permis au public de me voir autrement. Avec Porthos, c’est encore un cran au dessus. J’avais peur avant de m’engager que ces quatre mecs fassent un peu boys band… Mais on est loin de tout ça et je suis hyper heureux des commentaires que m’envoient tous ceux qui me découvrent. Pour autant, c’est ma dixième comédie musicale après des spectacles aussi importants pour moi que « Sol en Cirque », « Grease », « Hair », « Avenue Q » et bien sûr mon Danton de « 1789 ». Difficile de trouver plus fort désormais que ce rôle de Porthos et cette aventure entamée voilà deux ans. On verra de quoi sera fait l’avenir mais j’avoue ne pas avoir l’envie d’enchainer une 11ème comédie musicale pour me concentrer d’avantage sur ma musique et mon travail de comédien. »

Au terme de la tournée (le 1er juillet à Nice), David Ban remisera donc son épée et aura quartier libre pour assurer la promotion de « L’Alpagueur » tout juste né. Plus qu’une release party, le concert du 29 juin au Zèbre de Belleville (Paris) dont il est producteur sera une vraie fête. Avec les copains, forcément (Nicolas Fageot, Julien Lamassonne, Emma Piettre, notamment ) mais aussi plein de surprises. Artiste prolixe, jamais à court d’imagination, David Ban s’enthousiasme en pensant aux opportunités offertes par ce lieu à l’ambiance un peu circacienne. Presque toutes les places ont déjà été vendues alors que presque six semaines séparent encore de ce rendez-vous. De quoi le rassurer et lui donner envie de voir naître une tournée. En solo. Rien que pour lui et forcément avec une autre souplesse que ces grosses productions auxquelles il est rodé. « J’ai envie de voir les gens quand je joue, de croiser des regards. J’aime ces petites salles qui existent un peu partout en France et qui permettent une autre écoute. C’est encore à construire mais c’est une envie très forte qui j’espère verra vite le jour. »

C’est effectivement dans des salles plus intimistes que les textes de « L’ Alpagueur » prendront toute leur dimension. Car les fidèles qui connaissent son personnage de clown au coeur tendre savent aussi qu’il est riche de plein d’autres facettes. « Différemment différent » est un pur bijou de sensibilité. « S’aimer », « Je n’oublierai jamais », « Hors saison », « Viens ma belle » que David Ban offre en écoute dans la confidentialité d’une loge du Zénith à quelques minutes d’entrée en scène résonnent longtemps après. La musique accroche, les paroles frappent, la production est ultra bien léchée… On s’enflamme sur le titre qui serait le premier extrait car il y a du tube en puissance et on se dit chanceux d’avoir le privilège de cette avant première. « J’ai attendu longtemps donc je ne suis plus à quelques semaines près mais avoir le disque en mains sera l’ aboutissement d’un long parcours. Je n’aurai alors plus qu’une envie: le partager et voir l’accueil que lui réserve le public. »

Début de réponse le 29 juin. Ce soir là, « L’ Alpagueur » sera livré sur les fonts musicaux, en intégralité, surprises et inédits en prime. Et David Ban sera sans doute assez ému. Comédien peut être (une activité qui l’occupe déjà beaucoup mais qu’il se verrait bien poursuivre sur une scène de théâtre et au cinéma, lui l’habitué des productions pour la télé) mais certainement pas tricheur, ce soir là, il sera en équilibre sur le fil des émotions, sans filet mais avec ses musiques, ses mots et ses potes pour balanciers. On parie que la salle sera trop petite ?

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Crédit photo Live Alpagueur // André D. 

– Au «  Zèbre » de Belleville, Paris, le 29 Juin 2017. Réservations: www.billetweb.fr/david-ban-lalpagueur –  

– http://www.davidban.com – 

ILS OEUVRENT DANS L’ OMBRE: GRÂCE À MAXIME PASQUER, LE FERRAILLEUR S’AFFICHE HAUT

C’est sans doute l’un des postes les plus convoités de la maison, l’une des clés essentielles de la réussite du Ferrailleur : la programmation. Un poste que Maxime Pasquer occupe depuis neuf ans et qu’il vit avec une passion toujours aussi manifeste. Si le défrichage est solitaire, la décision finale sera souvent collective. Inutile donc de chercher à corrompre celui qui inscrira les noms sur l’affiche. Au Ferrailleur, l’esprit d’équipe n’est pas une formule.

Il y a des évidences qui méritent d’être rappelées : sans une politique très ciblée, des choix artistiques qui ont résonné et des évènements qui ont marqué cette première décennie, le Ferrailleur ne pourrait pas s’enorgueillir de cette incroyable réputation qui porte bien au delà des bords de Loire. Parce que le cadre peut être magnifique, la salle exceptionnellement bien équipée d’un point de vue technique et l’équipe, des barmen jusqu’à la direction, la plus professionnelle et souriante possible, si la programmation n’attirait pas les foules, il y a longtemps que la maison aurait repris ses allures de hangar. Heureusement pour le Ferrailleur (et ses fidèles), l’équipe dirigeante n’était pas composée de pintadeaux de l’année, tous (et d’ailleurs ils se connaissaient presque tous avant le démarrage de l’aventure) avaient une expérience en matière de concerts. Des envies communes, une vision partagée et un regard très net sur ce qui devait se faire pour ne pas boire le bouillon des eaux toutes proches.

Aux manettes de la programmation depuis 2008, après le départ d’un des associés originels et après une année en tant que chargé de production à la compagnie de théâtre « La Tribouille », Maxime Pasquer connaît Thomas Nedelec, le gérant fondateur, depuis le début des années 2000.

A l’époque, c’est « Articulture » qui les avait réuni, un projet dont l’une des finalités était d’organiser des concerts dans des cafés, des MJC, avec les conditions de jeu les meilleures possibles. Une vingtaine d’évènements voyait ainsi le jour chaque année.

« Sur le papier, ça peut sembler très modeste mais cela nous prenait beaucoup de temps puisque nous recherchions toujours l’organisation la meilleure possible. Humainement, c’était vraiment une aventure prenante, un peu folle mais incroyablement exaltante, » se souvient Maxime Pasquer.

Disgust.

Robin Foster.

« En 2006, Thomas a eu envie de pousser le projet plus loin en créant un lieu qui n’existait pas encore sur Nantes. Un café concerts d’environ trois-cents places, jauge sans concurrence dans la ville, offrant aux artistes un plateau technique propre à satisfaire toutes les exigences. Ainsi est né le Ferrailleur. Six, sept concerts par mois au début, une vingtaine désormais avec énormément d’événements périphériques… Et des envies constantes de surprendre le public avec une programmation que l’on espère la plus juste possible. »

Loudblast.

Persefone.

The Four Horsemen.

Là où certains décident seuls, mixant plus ou moins adroitement copinage, montant des dates proposées, certitudes de remplir et envies de faire partager des découvertes, la programmation du Ferrailleur la joue collectif. Toujours ce parti pris de n’oublier personne, cet esprit d’équipe qui fait partie de son ADN. « Bien sûr, chacun a des envies, des coups de coeur mais programmer n’est pas non plus un jeu de hasard. Il y a toute une série de paramètres à considérer. Les associations locales proposent des artistes, les tourneurs sont évidemment eux aussi très en demandes et puis il y a les soirées que nous prenons le risque de produire. Tout cela en considérant notre capacité d’accueil. Et parce que le Ferrailleur est aussi un bar, une programmation réussie est aussi celle qui attire du monde en assurant une dynamique pour l’équipe des serveurs, tous hyper pros, souriants et totalement investis. »

De ses (presque) dix ans de présence ici, Maxime Pasquer a trop de souvenirs pour n’en extraire que quelques uns. Mais il repense avec évidence à la façon dont No One Is Innocent a retourné la salle (d’ailleurs, chaque passage des parisiens a très vite été sold out); Little Big encore qui est passé ici en juillet 2015 et n’était pas encore connu. L’équipe avait parié sur cet improbable groupe russe désormais sollicité partout « et devenu bien trop cher pour qu’on les programme à nouveau ». «Maniax, un groupe de Grenoble, était un pari et au final, ce fut un concert fabuleux. Des échecs, nous en avons aussi connus, heureusement, pas trop nombreux… Pour Weepers Circus par exemple nous avons enregistré sept entrées payantes. Avec les soirées dédiées au metal en revanche, on connaît de vrais succès et c’est d’ailleurs ce qui a justifié que le genre soit bien à l’honneur des festivités des 10 ans. A l’origine, le Ferrailleur était clairement identifié comme une scène metal. Avec le temps, on a ouvert à d’autres publics et désormais, le rock côtoie le hip hop, l’électro. Une fois par an, on a aussi une soirée blues. Seule la chanson française est véritablement absente. Un jour peut-être…. C’est bien de se dire qu’il y a encore plein de friches à explorer,» se réjouit le programmateur.

Parce que les festivités des 10 ans se devaient d’être le reflet de cet incroyable parcours, Maxime Pasquer et toute l’équipe ont donc longuement planché pour réunir ceux qui sont un peu de la famille et devaient figurer sur la photo. Mass Hysteria (le 24) et No One is Innocent (le 25) se sont imposés comme têtes d’affiche évidentes.

Et puis il y aura de belles soirées parmi lesquelles Ultra Vomit qui vient de sortir un album superbement produit par Fred Duquesne et qui a prévu un show spécial (le 19) en ouverture des réjouissances, les rennais de Totorro (le 20) à qui le Ferrailleur est fidèle, les incroyables frères irlandais de God is an Astronaut (le 22), la Rumeur et Pedro le Kraken pour une soirée rap et hip hop (le 26) sans oublier, la soirée Hellfest Warm up Ride (le 21) avec des pass Hellfest à gagner. « On a toujours eu des liens très forts avec Ben Barbaud et toute la team du Fest de Clisson, » indique Maxime Pasquer. « On a grandi à la fois en parallèle et ensemble finalement. La présence de Max Cavalera au Ferrailleur est dans toutes les mémoires mais ce n’est pas la seule. Avec le metal, régulièrement en lien direct avec le Hellfest, nous vivons toujours des concerts dans lesquels le public vient en nombre et ressort réjoui. Que demander de mieux ? »

Andréas & Nicolas.

Totorro.

Les afters ayant depuis plusieurs mois pris une place importante dans les plaquettes, les nuits blanches n’ont pas été oubliées et feront partie de la fête d’anniversaire. Gambass, Môme, Zöl, Turbopolis Crew, l’ Opening Goûtez électronique, Mectoob et l’unique en son genre Christian Hellfest, entre autres, prendront le relais jusque tard dans la nuit.

« On a aussi concocté plein d’autres surprises… que le public pourra découvrir sur place! Si le temps nous est favorable, on devrait vivre dix journées inoubliables dont l’organisation était un challenge mais c’était tellement exceptionnel à mettre en place que l’euphorie a été le seul moteur. On a hâte d’y être et de partager maintenant. »

La saison ne s’arrêtant pas une fois les bougies soufflées, Maxime Pasquer a déjà planché sur les concerts qui égraineront l’été (qu’il s’agisse des concerts sauvages ou des concerts au Ferrailleur lui même). « L’été, il y a toujours une vingtaine de dates. Le public est demandeur et il reste encore plein de monde donc on s’inscrit sur les trajets des tournées. » La rentrée aussi a déjà commencé à prendre forme avec notamment Nostromo qui sera là le 13 octobre et de belles affiches pour le dernier trimestre mais qui seront révélées ultérieurement. « Je pense que nous avons ancré notre identité et que le Ferrailleur est désormais une salle qui compte, aussi bien pour les spectateurs que pour les artistes qui, et on ne peut que s’en réjouir, contribuent eux aussi à la renommée en ne cachant pas leur envie de revenir vite. On pourrait sans doute envisager une légère augmentation de la capacité d’accueil mais on ne peut pas repousser les murs donc ça serait compliqué. L’idée est plutôt de maintenir une qualité d’accueil et d’ajouter des dates supplémentaires. L’envie existe de part et d’autres alors on ne va pas se gêner. A dix ans, le Ferrailleur a l’avenir devant lui, non ? »

Magali MICHEL.

Crédit photos portraits Maxime Pasquer & Robin Foster // Sophie BRANDET.


Crédit photo Disgust // Blstrt Studio. Crédit photos Loudblast, Persefone, The Four Horsemen // La Faute à Rélie. Crédit photo Andréas & Nicolas // Benjamin Guillement. Crédit photo Totorro // Yohan G. 

CHRISTOPHE MAÉ A RATTRAPÉ SON RÊVE

Quand on a un dernier album en date certifié triple disque de platine, et, accessoirement dix années de succès incontesté derrière soi, le public vous attend forcément au tournant de la nouvelle tournée, espérant des surprises, une mise en scène façon « toujours plus haut, toujours plus fort ». Un pari que Christophe Maé relève avec euphorie. Haut en couleurs, musical et chargé d’émotions, son «Attrape-Rêves Tour» est un voyage bluffant d’énergie et de générosité.

Christophe Maé en concert, c’est toujours un moment unique. Car le personnage lui-même n’a pas son pareil. On peut le parodier, (tenter de) l’imiter en focalisant sur des succès qui ne seraient riches que de quelques accords… le musicien n’a plus besoin de répondre à ces sirènes de la mauvaise foi, il sait que le public ne lui est pas fidèle par hasard. Bosseur acharné (la projection d’un extrait d’interview de Jacques Brel en milieu de concert rappelle judicieusement la place du travail « car le talent n’existe pas »), musicien, danseur, comédien, il joue avec plaisir toutes les cartes que la scène peut lui offrir. Et il le fait sans bluffer, avec une générosité qui n’est l’apanage que de quelques uns.

Après l’avoir vu à Saint-Brieuc à l’automne dernier, dans le cadre des quelques dates de «pré tour», on avait bien compris que cet « Attrape-Rêves » enverrait du spectaculaire. On ne s’était pas trompé. Après une projection sur l’immense écran fond de scène d’un film façon western dans lequel Maé camperait Clint Eastwood avec ses musiciens qui débarquent les uns après les autres dans les rôles traditionnels du genre (un toubib, un barman, des bons mais aussi des brutes et des truands), la montagne peut s’ouvrir : les Rocheuses, la Monument Valley, une veillée feu de bois, le saloon et mêmes les frimes de la Californie, le public va sortir son passeport pour deux heures d’un voyage dont il n’aura jamais envie de débarquer. La scénographie est imaginative, le décor crée l’illusion à coups de projections et de lumières superbement conçues. Le show fait dans le sensationnel, le concepteur n’a pas failli ! (Christophe Maé a souligné la part créative importante jouée par Joseph di Marco, son complice musicien et danseur, dans cette tournée). Les musiciens et les choristes (beaucoup étaient déjà dans la précédente tournée) sont d’énormes pointures et l’amitié qui les unit n’a rien d’un faux semblant.

Emu, rappelant qu’il s’était écoulé à peu près dix ans depuis sa première tournée, remerciant parce qu’ « enfant, il rêvait de jouer de l’harmonica et de se déguiser en cowboy et en indien et qu’il menait désormais la vie qui le faisait rêver », il peut alors décocher les premières notes de ce superbe «Attrape-Rêves» écrit avec Boris Bergman. Quelques secondes à peine et le Zénith de Nantes plein à craquer chante avec lui, sans avoir eu besoin d’y être invité. Six mille cinq cents personnes qui connaissent par coeur les titres les plus anciens comme ceux de ce dernier album, concentré de tubes. Et qui n’hésitent pas à se lever pour tanguer au milieu des parterres de chaises ou des gradins et finir cette chorégraphie inédite dans un immense fou-rire.

Reconnaissant envers cette fidélité jamais trahie, Christophe Maé n’hésite pas à descendre de scène pour serrer des mains, réagir avec humour aux demandes qui lui sont formulées, allant même jusqu’à s’offrir une pleine traversée du Zénith, micro-casque et guitare en bandoulière. Les fans se ruent, il sourit, regarde. Visiblement heureux de ce moment qu’il a souhaité glisser au coeur de la soirée.

A ces moments joyeux succèdent des séquences laissant la part belle à l’émotion. « Il est où le bonheur ? » vise juste. « Ballerine » façon déclaration nocturne en bord de mer, « La Poupée », l’un des titres forts de l’album précédent, imposent naturellement une écoute attentive. Et puis il y a bien sûr la bouleversante « Lampedusa », cette ode à tous les naufragés qui rêvaient d’exil et de monde meilleur, une main tendue qui mériterait une diffusion massive en ces temps troublés de scrutin. Attentif aux autres (il est l’un des piliers des Enfoirés), sans chercher l’éclairage ni la médiatisation systématique de ses engagements, Christophe Maé sait qu’à quarante ans, il peut aussi véhiculer des mots sur le terrain de ses convictions. Et il le fait avec une vérité renforcée par une dimension artistique saisissante.

En Juin, « L’Attrape-Rêves Tour » s’offrira une escale de deux semaines au Palais des Sports de Paris. L’occasion peut-être de se rattraper pour tous ceux qui n’ont pu avoir leur ticket pour Nantes. A moins qu’ils préfèrent patienter jusqu’au 20 Septembre… car la liste des déçus était trop longue: phénomène assez rare mais bien représentatif du succès engendré, la tournée repassera ici dès ce début d’automne. La billetterie est déjà en surchauffe. A défaut de rêve, attraper deux heures de bonheur ne se manque pas deux fois.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

ALAN CORBEL ET ROBIN FOSTER ENCHANTENT LE FERRAILLEUR

Très beau plateau que celui mis en place au Ferrailleur (Nantes) ce 1er avril. Deux musiciens inspirés par un même coin de Bretagne, deux lumineux orfèvres de la six cordes. Alan Corbel a envoûté le public à coups de refrains mélancoliques. Robin Foster a mélangé à ses toutes nouvelles partitions les titres plus anciens que le public espérait. Un dosage subtil et raffiné.

Ouvrant la soirée, Alan Corbel prouve d’emblée qu’il en a fini avec les zest de timidité qui freinaient son plaisir sur scène. Concentré mais souriant, il est bien plus ouvert qu’en des temps pas si reculés où il regardait peu le public, tout à ses textes et sa guitare. Ce temps là est bel et bien révolu. Le fruit de l’expérience sans doute, le passage l’an dernier par les immenses plaines des Vieilles Charrues peut-être aussi.

Cinq ans après « Dead Men Chronicles », son premier album (réalisé par Bertrand Belin, produit par Capture, le label fondé par Manu Katché), folk et lyrique, Alan Corbel vient de sortir « Like a Ghost again » (avec Albin de la Simone aux claviers et Jean-Baptiste Brunhes aux commandes, il y a pire références), un nouvel opus franchement plus rock, une énergie nouvelle qui rompt avec le passé et donne encore plus de punch à ses textes. Cette énergie s’impose sitôt les premiers accords. Complicité avec les musiciens, riffs qui envoient sur des partitions qui savent se déchainer, il n’en faut pas davantage pour que le public soit emporté. Une heure et une set list magnifiquement pensée plus tard, le breton quittera la scène alors que les spectateurs auraient bien prolongé encore.

Depuis vingt ans, cet illustre sujet de sa Majesté a choisi de se replier en Bretagne, dans ce Finistère qu’il vit comme une source d’inspiration « no limit »… Ce qui ne l’empêche pas de s’associer à pleins d’autres projets Outre-Manche, un éventail artistique qui lui permet de ne pas rétrécir l’horizon.

Multi-instrimentiste, Robin Foster goûte trop peu les charmes de l’écriture pour ne pas leur préférer ceux des partitions. Un choix judicieux si l’on en juge par les salves enthousiastes qui saluent chacun de ses morceaux livrés sur scène. « Empoyrean », son quatrième album studio, fraîchement sorti, a déjà conquis les fans de la première heure. S’écoutant comme on regarderait un album photos, le musicien dépeint avec force maestria dans les jeux de réverb’ et les synthés bien dosés, ces couleurs musicales qui sont les siennes. Souriant, jouant même avec les spectateurs la complicité des vieux amants qui se recroisent avec plaisir, il régale lui aussi avec un menu mixant airs reconnaissables entre tous et saveurs nouvelles. Une bien belle soirée décidément.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.