36èmes Francofolies de la Rochelle : l’année de tous les mixages

Du vendredi 10 au mardi 14 juillet, la 36ème édition du très attendu festival rochelais promet cinq jours et cinq nuits de grosses fêtes. Toutes les têtes d’affiche seront là et le tapis rouge sera également déployé pour les jeunes talents. Incontournable.

C’est sans doute l’une des programmations les plus attendues chaque année: qui se retrouvera à La Rochelle durant ces cinq jours entièrement dédiés à la chanson française ? La dernière édition avait porté haut les couleurs des « Francos » imaginées voilà trente-cinq ans par Jean-Louis Foulquier et s’était refermée en apothéose sur le concert de Patrick Bruel. Le parking Saint-Jean d’Acre, plein à craquer, résonne encore de cette folle soirée que le public aurait voulu ne jamais voir s’achever.

Après une édition aussi triomphale, sans la moindre fausse note même côté météo (qui reste toujours le seul élément incontrôlable de ces manifestations pour grande partie à ciel ouvert), la barre était haute mais l’équipe de Gérard Pont est toujours prête aux défis. Dans un savant mélange artistes confirmés et musiciens de la nouvelle génération, les cinq jours de festival s’annoncent d’ores et déjà enthousiasmants. 

Parfaite illustration de ce mix générationnel en ouverture des Francos, Jean-Louis Aubert reviendra pour la deuxième année consécutive mais quittera le théâtre pour se produire sur la grande scène. Avant l’ex leader de Téléphone et des Insus, le public retrouvera Izia (Higelin), Claudio Capeo, qui n’a pas son pareil pour porter les foules et Saez.

Changement radical d’ambiance le lendemain avec une affiche sur laquelle devraient se ruer les plus jeunes : Video Club ouvrira la soirée puis laissera la scène à Matt Pokora et Dadju.

Dimanche, c’est Chilla qui sera rochelaise avant Vald, Ninho et Nekfeu pour une grande soirée rap. Le sens des punchline sans faux semblant de Vald avant le phrasé et la musicalité de Nekfeu… Il y a des fins de week-end plus insipides.

Pas davantage de fadeur dans la programmation du lendemain plutôt du genre « qui ose tout ». Dans une succession totalement inattendue, défileront sur la grande scène Lolo Zouai, le toujours spectaculaire Philippe Katerine, dont le nouvel album sorti à l’automne offre des duos étonnants avec  (entre autres) Angèle ou Gérard Depardieu, Roméo Elvis, le rappeur belge toujours ultra plébiscité par le public des Francos, The Avener, le DJ niçois qui remplit désormais des salles immenses sur son seul nom et.. le duo PNL avec son rap qui ne laisse personne indifférent (que l’on aime ou que l’on se plaise à le détester).

Enfin, feux d’artifices et pas seulement ceux de la Fête nationale le 14 juillet : la jeune Suzanne ouvrira la soirée puis laissera la place à Alain Souchon, en tournée avec un nouvel album magnifique, Catherine Ringer qui a repris la route à l’automne pour reprendre les Rita Mitsouko et joue chaque soir à guichets fermés. Et c’est Mika, dans son show haut en couleurs, d’une énergie folle qui aura l’honneur de boucler l’édition.

Mais les Francos ne se résument pas à ce qui se passe sur la grande scène Jean-Louis Foulquier. A la Coursive, le grand théâtre, on sait déjà que Marc Lavoine (le 12), Vincent Delerm (le 13) auront les honneurs alors qu’ à l’église Notre Dame, Laurent Voulzy se produira le lundi 13. De là à imaginer qu’il restera le lendemain pour un passage surprise durant le concert de son éternel complice Alain Souchon… On se prend à le rêver…

Chaque année, 150.000 festivaliers sont réunis par les Franfolies. Un succès qui se rejouera assurément cette année. Mais les Francos, c’est aussi un engagement à l’année auprès des jeunes artistes avec « Le Chantier des Francos » et des actions en continu auprès des scolaires et des enseignants avec « Francos Educ ». 

Qui aurait parié voilà trente-six ans que le petit festival rochelais deviendrait aussi essentiel, une étape majeure dans le parcours estival avec des résonances bien au delà du littoral charentais ?

M.M

Mika au Zénith de Nantes: l’enfant terrible a le sens du show

Il l’a dit et répété : « Ce soir, c’est vendredi, dans quelques jours c’est Noël. Alors on a tout notre temps et on va faire la fête. » Et la fête, il l’a créée avec un sens du show et une énergie impressionnants. En plus d’une heure trente de concert sur la scène du Zénith de Nantes, Mika a livré une performance joyeuse, dansante et haute en couleurs.

Il était probablement temps qu’il revienne à sa véritable passion, à ce qui fait de lui cet artiste un peu à part, trublion à la folie créatrice, à la voix hors norme et à l’énergie toujours positive et pleine de bonne humeur. A force de le croiser le samedi soir en juré de The Voice, l’émission à succès de TF1, certains en auraient presque fini par oublier combien Mika était aussi et avant tout un compositeur, chanteur de grande classe, cet artiste franco-libanais dont les succès ont résonné un peu partout dans le monde. 

En reprenant la route avec son « Révélation Tour », bâti autour de « My name is Michael Holbrook », opus sorti en octobre dernier, le trentenaire remet les pendules à l’heure et prouve que «  Relax (take it easy) » ou bien « Grace Kelly » voilà plus de dix ans, n’étaient pas le fruit du hasard. Pas plus que son succès international.

Dopé à l’envie, impatient à l’idée de ce retour sur scène, Mika a conçu un show sans temps mort. L’histoire qu’il raconte est la version revisitée de sa propre vie, remplie d’humour, de second degré mais aussi de tendresse. De chaque coté de scène, entre une avancée aux couleurs gay friendly, ceux qui sont sensés représenter ses parents : un gorille femelle avec son collier de perles et un mâle version pile que l’on pourrait penser échappé de l’atelier de Rodin! Le ton est donné. Les premiers accords d’ « Ice Cream » et « Dear Jealousy », extraits de son nouvel opus, lancent le tourbillon de folie dans lequel il entrainera le public sans jamais le lâcher.

« Relax » fait chanter et danser dans le moindre recoin du Zenith. Le temps dehors est maussade, la période est compliquée pour des dizaines de raisons mais Mika a la bonne humeur si contagieuse qu’il réussit l’exploit de tout mettre à distance l’espace de cette soirée.  

Lorsqu’il descend dans les travées, parcourant la fosse comme les gradins pour chanter « Big Girl (you are beautiful) », la complicité avec le public se manifeste encore plus fort. Ultra souriant, généreux, sa longue silhouette qui frôle les deux mètres déambule en musique, immortalisée par des centaines de smartphones. Les yeux des plus jeunes pétillent comme s’ils avaient croisé le Père Noël.

« Underwater » livre ses envolées lyriques. La voix est unique. La partition, mélodie puissante et toute en émotion, frappe fort. Le moment est magnifique. Tout comme « Happy ending » pour lequel le chanteur réussira l’exploit, dans l’immense zénith nantais où le silence s’est installé, de reprendre les derniers couplets a capella. On ne peut qu’admirer et saluer. Impressionnants et magiques aussi ces passages réguliers devant le clavier d’un piano blanc cerné de lumières et s’envolant dans les airs…

« Love Today » et « We are golden » donneront l’occasion de repousser vers le haut le curseur de la joie. Mika l’élégant a troqué son costume saumon et sa chemise blanche à jabot pour un costume bleu ciel pour finir sur l’incontournable « Grace Kelly », la chanson qui lui a fait rencontrer le succès. « Tiny Love » et « Stay High » boucleront cette soirée. Une  parenthèse enchantée où la joie avait pris toute sa place parmi les notes.

Magali MICHEL.

Crédit photos  // Sophie BRANDET.