ILS OEUVRENT DANS L’ OMBRE: GRÂCE À MAXIME PASQUER, LE FERRAILLEUR S’AFFICHE HAUT

C’est sans doute l’un des postes les plus convoités de la maison, l’une des clés essentielles de la réussite du Ferrailleur : la programmation. Un poste que Maxime Pasquer occupe depuis neuf ans et qu’il vit avec une passion toujours aussi manifeste. Si le défrichage est solitaire, la décision finale sera souvent collective. Inutile donc de chercher à corrompre celui qui inscrira les noms sur l’affiche. Au Ferrailleur, l’esprit d’équipe n’est pas une formule.

Il y a des évidences qui méritent d’être rappelées : sans une politique très ciblée, des choix artistiques qui ont résonné et des évènements qui ont marqué cette première décennie, le Ferrailleur ne pourrait pas s’enorgueillir de cette incroyable réputation qui porte bien au delà des bords de Loire. Parce que le cadre peut être magnifique, la salle exceptionnellement bien équipée d’un point de vue technique et l’équipe, des barmen jusqu’à la direction, la plus professionnelle et souriante possible, si la programmation n’attirait pas les foules, il y a longtemps que la maison aurait repris ses allures de hangar. Heureusement pour le Ferrailleur (et ses fidèles), l’équipe dirigeante n’était pas composée de pintadeaux de l’année, tous (et d’ailleurs ils se connaissaient presque tous avant le démarrage de l’aventure) avaient une expérience en matière de concerts. Des envies communes, une vision partagée et un regard très net sur ce qui devait se faire pour ne pas boire le bouillon des eaux toutes proches.

Aux manettes de la programmation depuis 2008, après le départ d’un des associés originels et après une année en tant que chargé de production à la compagnie de théâtre « La Tribouille », Maxime Pasquer connaît Thomas Nedelec, le gérant fondateur, depuis le début des années 2000.

A l’époque, c’est « Articulture » qui les avait réuni, un projet dont l’une des finalités était d’organiser des concerts dans des cafés, des MJC, avec les conditions de jeu les meilleures possibles. Une vingtaine d’évènements voyait ainsi le jour chaque année.

« Sur le papier, ça peut sembler très modeste mais cela nous prenait beaucoup de temps puisque nous recherchions toujours l’organisation la meilleure possible. Humainement, c’était vraiment une aventure prenante, un peu folle mais incroyablement exaltante, » se souvient Maxime Pasquer.

Disgust.

Robin Foster.

« En 2006, Thomas a eu envie de pousser le projet plus loin en créant un lieu qui n’existait pas encore sur Nantes. Un café concerts d’environ trois-cents places, jauge sans concurrence dans la ville, offrant aux artistes un plateau technique propre à satisfaire toutes les exigences. Ainsi est né le Ferrailleur. Six, sept concerts par mois au début, une vingtaine désormais avec énormément d’événements périphériques… Et des envies constantes de surprendre le public avec une programmation que l’on espère la plus juste possible. »

Loudblast.

Persefone.

The Four Horsemen.

Là où certains décident seuls, mixant plus ou moins adroitement copinage, montant des dates proposées, certitudes de remplir et envies de faire partager des découvertes, la programmation du Ferrailleur la joue collectif. Toujours ce parti pris de n’oublier personne, cet esprit d’équipe qui fait partie de son ADN. « Bien sûr, chacun a des envies, des coups de coeur mais programmer n’est pas non plus un jeu de hasard. Il y a toute une série de paramètres à considérer. Les associations locales proposent des artistes, les tourneurs sont évidemment eux aussi très en demandes et puis il y a les soirées que nous prenons le risque de produire. Tout cela en considérant notre capacité d’accueil. Et parce que le Ferrailleur est aussi un bar, une programmation réussie est aussi celle qui attire du monde en assurant une dynamique pour l’équipe des serveurs, tous hyper pros, souriants et totalement investis. »

De ses (presque) dix ans de présence ici, Maxime Pasquer a trop de souvenirs pour n’en extraire que quelques uns. Mais il repense avec évidence à la façon dont No One Is Innocent a retourné la salle (d’ailleurs, chaque passage des parisiens a très vite été sold out); Little Big encore qui est passé ici en juillet 2015 et n’était pas encore connu. L’équipe avait parié sur cet improbable groupe russe désormais sollicité partout « et devenu bien trop cher pour qu’on les programme à nouveau ». «Maniax, un groupe de Grenoble, était un pari et au final, ce fut un concert fabuleux. Des échecs, nous en avons aussi connus, heureusement, pas trop nombreux… Pour Weepers Circus par exemple nous avons enregistré sept entrées payantes. Avec les soirées dédiées au metal en revanche, on connaît de vrais succès et c’est d’ailleurs ce qui a justifié que le genre soit bien à l’honneur des festivités des 10 ans. A l’origine, le Ferrailleur était clairement identifié comme une scène metal. Avec le temps, on a ouvert à d’autres publics et désormais, le rock côtoie le hip hop, l’électro. Une fois par an, on a aussi une soirée blues. Seule la chanson française est véritablement absente. Un jour peut-être…. C’est bien de se dire qu’il y a encore plein de friches à explorer,» se réjouit le programmateur.

Parce que les festivités des 10 ans se devaient d’être le reflet de cet incroyable parcours, Maxime Pasquer et toute l’équipe ont donc longuement planché pour réunir ceux qui sont un peu de la famille et devaient figurer sur la photo. Mass Hysteria (le 24) et No One is Innocent (le 25) se sont imposés comme têtes d’affiche évidentes.

Et puis il y aura de belles soirées parmi lesquelles Ultra Vomit qui vient de sortir un album superbement produit par Fred Duquesne et qui a prévu un show spécial (le 19) en ouverture des réjouissances, les rennais de Totorro (le 20) à qui le Ferrailleur est fidèle, les incroyables frères irlandais de God is an Astronaut (le 22), la Rumeur et Pedro le Kraken pour une soirée rap et hip hop (le 26) sans oublier, la soirée Hellfest Warm up Ride (le 21) avec des pass Hellfest à gagner. « On a toujours eu des liens très forts avec Ben Barbaud et toute la team du Fest de Clisson, » indique Maxime Pasquer. « On a grandi à la fois en parallèle et ensemble finalement. La présence de Max Cavalera au Ferrailleur est dans toutes les mémoires mais ce n’est pas la seule. Avec le metal, régulièrement en lien direct avec le Hellfest, nous vivons toujours des concerts dans lesquels le public vient en nombre et ressort réjoui. Que demander de mieux ? »

Andréas & Nicolas.

Totorro.

Les afters ayant depuis plusieurs mois pris une place importante dans les plaquettes, les nuits blanches n’ont pas été oubliées et feront partie de la fête d’anniversaire. Gambass, Môme, Zöl, Turbopolis Crew, l’ Opening Goûtez électronique, Mectoob et l’unique en son genre Christian Hellfest, entre autres, prendront le relais jusque tard dans la nuit.

« On a aussi concocté plein d’autres surprises… que le public pourra découvrir sur place! Si le temps nous est favorable, on devrait vivre dix journées inoubliables dont l’organisation était un challenge mais c’était tellement exceptionnel à mettre en place que l’euphorie a été le seul moteur. On a hâte d’y être et de partager maintenant. »

La saison ne s’arrêtant pas une fois les bougies soufflées, Maxime Pasquer a déjà planché sur les concerts qui égraineront l’été (qu’il s’agisse des concerts sauvages ou des concerts au Ferrailleur lui même). « L’été, il y a toujours une vingtaine de dates. Le public est demandeur et il reste encore plein de monde donc on s’inscrit sur les trajets des tournées. » La rentrée aussi a déjà commencé à prendre forme avec notamment Nostromo qui sera là le 13 octobre et de belles affiches pour le dernier trimestre mais qui seront révélées ultérieurement. « Je pense que nous avons ancré notre identité et que le Ferrailleur est désormais une salle qui compte, aussi bien pour les spectateurs que pour les artistes qui, et on ne peut que s’en réjouir, contribuent eux aussi à la renommée en ne cachant pas leur envie de revenir vite. On pourrait sans doute envisager une légère augmentation de la capacité d’accueil mais on ne peut pas repousser les murs donc ça serait compliqué. L’idée est plutôt de maintenir une qualité d’accueil et d’ajouter des dates supplémentaires. L’envie existe de part et d’autres alors on ne va pas se gêner. A dix ans, le Ferrailleur a l’avenir devant lui, non ? »

Magali MICHEL.

Crédit photos portraits Maxime Pasquer & Robin Foster // Sophie BRANDET.


Crédit photo Disgust // Blstrt Studio. Crédit photos Loudblast, Persefone, The Four Horsemen // La Faute à Rélie. Crédit photo Andréas & Nicolas // Benjamin Guillement. Crédit photo Totorro // Yohan G.