LE MONDIAL DU TATOUAGE POSE SON ENCRE DE 9 AU 11 MARS A LA VILLETTE

Plus de quatre-cent-vingt tatoueurs venus du monde entier, des concerts avec des artistes qui ont réservé leur sortie pour l’occasion, le Mondial du Tatouage, du 9 au 11 mars prochain à la grande halle de la Villette (Paris) promet une fois de plus des surprises et des moments uniques.

Les grincheux (ou les peureux) auront beau dire que la véritable originalité aujourd’ hui est de ne pas être tatoué, il n’en reste pas moins que les adeptes sont de plus en plus passionnés et les tatoueurs de plus en plus reconnus en tant qu’artistes, représentants cet art que l’on nomme « 10ème ». On dit d’ailleurs « mon » tatoueur comme on dirait « mon » médecin ou « mon » coiffeur. Il est ancré dans le carnet d’adresses, fait partie des repères et des personnes non interchangeables. Car un tatouage reste (a priori) gravé et à jamais marqué, il représente des moments de vie, des symboles, des rencontres, des joies ou des douleurs, un parcours. Alors sauf pour les « flash » qui réduisent un peu la part de créativité et surtout d’originalité puisqu’ ils se déclinent en série sur les bras ou les mollets, les tattoos sont des oeuvres à part entière, la traduction d’ une envie par un artiste en particulier, dont on aime la façon de faire, la finesse, le côté rock voire même l’humour. Logique alors que ces prestations représentent un coût, le tatoueur passant pas mal de temps avant le grand rendez-vous pour créer le dessin qui corresponde parfaitement aux attentes.

A la Villette, ce grand rendez-vous mondial devrait connaître le même succès que lors des éditions précédentes. Les 9, 10 et 11 Mars, ce sont plus de 35.000 visiteurs qui sont attendus, la plupart se pressant bien avant l’ouverture des portes pour être certains de repartir avec un tatouage de signatures légendaires réunis exceptionnellement pour l’occasion. Filipe Leu, Bill Salmon, Luke Atkinson, Kari Barba et pour la première fois lors de cette édition, Mark Mahoney.

Mass Hysteria.

Betraying the Martyrs.

Expérience insolite pour les novices, carrefour ultra attendu pour tous les autres, qui en profitent aussi pour découvrir les expositions, les séminaires, les dizaines d’autres surprises et bien sûr les concerts. Au programme de cette édition, Mass Hysteria, qui donnera vendredi 9 Mars l’ une des deux seules dates de l’année, en préambule à la sortie de son prochain album, annoncé pour la fin 2018. Le groupe phare du metal français a célébré ses vingt ans de carrière et n’ est pas prêt de s’arrêter. Avec « Matière Noire », ses musiciens ont même montré qu’ils n’en avaient peut être jamais eu autant sous le pied.

Autre groupe attendu le 9 Mars , Betraying the Martyrs. Les parisiens, qui suivent sans complexe leurs ainés de Gojira et trustent les scènes internationales, profiteront de l’occasion pour présenter leur nouvel album, « The résilient ». Avec le charismatique (et over tatoué) Aaron Matts au chant, le groupe offre un cocktail explosif parfaitement dosé.

Graveyard.

Black Moth.

The Red goes Black.

Samedi 10, les suédois de Graveyard présenteront leurs morceaux faits d’un étonnant mélange rock-blues-jazz et folk, librement inspiré de Black Sabbath, des Stones ou bien encore de Led Zeppelin. Ce sera leur unique date en France.

Autre groupe à l’affiche ce soir là, Black Moth, né de la scène underground de Leeds, influencé par la culture trash. présents depuis plusieurs années dans tous les festivals d’ Europe, ils présenteront leur nouvel album « Anatomical Venus ».

Pour le dernier soir, la scène sera laissé à The red Goes Black, groupe de rock nourri au son des Doors, des Stones ou bien encore de Muddy Watters. Le groupe sortira bientôt son nouvel album, concocté sous la houlette de Ryan Gilligan et Michael Brauer (une dizaine de Grammy Awards pour son travail avec Coldplay et John Mayer).

– Mondial du Tatouage, 9/10/11 Mars, Grande Halle de La Villette, Paris. www.mondialdutatouage.com –

PORTRAIT: Fred Duquesne, la passion à son pour son !

Ce 16 février, il franchira encore une case le rapprochant de la cinquantaine mais il n’a sans doute jamais été aussi fringant et débordant de projets. Après avoir bouclé la production de « Frankenstein », le nouvel album de No One is Innocent attendu le 30 Mars, il va devoir trouver du temps (et des idées) pour le neuvième opus de Mass Hysteria, très surveillé après l’incroyable succès de «Matière Noire». L’ enregistrement se passera une fois de plus dans son studio des hauteurs de Paris et devrait permettre une livraison à la fin de l’année. Omniprésent à chaque étape de création, Fred Duquesne devra aussi laisser des plages vacantes pour ceux qui souhaitent les conseils experts et le sens de la production affuté de cet ingénieur du son de formation qui n’a pas son pareil pour donner aux morceaux leur pleine dimension. Rencontre.

Il y a des personnalités complexes, étonnantes, qui mettent du temps à se découvrir et pourraient ne laisser qu’une impression superficielle, plus fugace encore que les volutes de leurs cigarettes. Fred Duquesne pourrait être de ceux là. A force de mixer les codes, d’avoir la dreadlock peroxydée et résistante, de twister le perfecto avec des tee shirts pour adeptes du skate, de jouer les blasés un peu revenus de tout, le sourire en coin et l’oeil qui frise, il laisse parfois son auditoire décontenancé… ce qui n’est pas pour déplaire à ce grand adorateur du faux semblant et du second degré. Il pourrait même réussir à passer pour dilettante alors qu’il n’y a pas plus bosseur, toujours un regard sur ses plannings à venir, n’ayant jamais assez de temps entre deux concerts pour enregistrer et produire les artistes qui tapent à la porte de son studio.

Car en une décennie, le guitariste qui a fait les beaux jours de Watcha, Empyr, Bukowski et donne  désormais toute la puissance de ses riffs à Mass Hysteria est devenu un producteur recherché. Aux commandes des albums de nombreux groupes de metal, de The Arrs à Frantic Machine, de Tagada Jones à Vegastar en passant, excusez du peu, par No One is Innocent et en faisant même un détour par Brigitte (ok, Brigitte ce n’est pas du metal mais ça a réussi au delà de tout), il lui revient une partie de leur succès. Si Ultra Vomit cartonne depuis un an avec « Panzer Surprise », ce n’est pas un hasard. Les titres du groupe de heavy metal parodique nantais étaient déjà en place mais Fred Duquesne a su leur donner une autre dimension, avec des guitares plus lourdes, des sons plus percutants offrant à leur troisième album studio une énergie nouvelle.

La casquette à double visière guitariste et ingénieur du son n’était pourtant pas un pari gagné d’avance dans un pays qui n’est pas toujours bienveillant avec le côté « pluridisciplinaire ». Mais Fred Duquesne ne s’est pas posé ce genre de question, il a juste su saisir les opportunités et aller où le vent de ses envies le portait. « J’ai suivi un parcours assez banal, un bac B suivi d’une école d’ingénieur du son en deux ans (où j’ai d’ailleurs rencontré celui qui deviendrait le chanteur de Watcha), tout en passant des heures à jouer de la guitare tout seul ou avec des potes mais sans suivre de cours car mes parents trouvaient que j’y consacrais bien trop de temps par rapport aux études, » se souvient il avec amusement. « Alors à quinze ans, j’ai dû apprendre la gratte sans sortir de leur garage dont on avait couvert les murs de boites d’oeufs, le plus ancien système D en matière de son. Avec le recul, je trouve que ce fut assez salutaire car ça éloigne des réflexes trop classiques et puis ça oblige à travailler davantage ce qui, au fond, est la clé de tout. »

« Quand Watcha a voulu sortir son premier album s’est naturellement posé le problème de l’enregistrement. Pour pleins de raisons, que je m’y colle a fini par s’imposer. J’ai réalisé des démos et elles ont plu. Patricia Bonnetaud, malheureusement décédée en février 2012, qui avait fondé le label Yelen Musiques (filiale de Sony) nous a signé (comme elle a signé ensuite Mass Hysteria et beaucoup d’autres). Elle était passionnée et incroyablement dévouée pour « ses » artistes , elle leur mettait discrètement à disposition durant le week-end, les studios de Sony Music. Assez incroyable ! Mais mes premières armes dans le monde du son, c’est avec le Rock Press Club de Philippe Manoeuvre, une émission diffusée sur Canal Jimmy, que je les ai faites.

J’y ai croisé la route de pas mal de gens que j’admirais. J’ai aussi appris des tas de choses, aussi bien sur la nature humaine que d’un point de vue purement technique. Les gens ne sont pas toujours ceux que l’on croit… Mais l’expérience avait été assez forte pour me convaincre que mon avenir passerait par là avec dans l’idéal, un studio pour l’essentiel et un groupe en parallèle, pour sortir de ma zone de confort et continuer à tutoyer mon autre passion.»

L’histoire a prouvé que cette double ambition avait fait carton plein. Aux manettes des albums de Mass Hysteria depuis plus de dix ans (alors qu’il n’a accepté de rejoindre le groupe en tant que deuxième guitariste qu’à l’été 2015, après le départ de Nicolas Sarrouy), il mixe, réalise, produit et offre ses pistes et ses conseils grâce à une maîtrise sans fausse note de son emploi du temps.

En période de tournée, c’est réveil ultra matinal et longues journées au studio du lundi au jeudi. Puis du vendredi au dimanche, la route des concerts avec Mass. « C’est un peu hardcore parfois car ça ne laisse pas beaucoup de place pour le sommeil et surtout, ça éloigne beaucoup des amis, de la famille. Il faut donc rester vigilant et ne pas perdre de vue l’ensemble de ses priorités. Mais franchement, tous les métiers ont leurs contraintes et ce serait assez malvenu de se plaindre lorsqu’on a la chance de vivre de sa passion.

En revanche, je n’ai plus aucune disponibilité pour apprendre à lire le solfège, ce qui pourrait parfois être utile avec certains instruments. Mais je compense autrement car un studio d’enregistrement ce sont aussi de la technologie, des ordinateurs, des milliers de possibilités pour rendre une voix plus juste et réunir des notes. De la tricherie utile! » lance t’ il comme une boutade.

« En tant que guitariste, on pourrait penser que je porte un soin particulier aux cordes… Je crois pouvoir dire que je veille avec la même attention sur chacun (tout en étant très cool car un enregistrement qui baigne dans le stress, c’est contreproductif et loin de moi) mais j’ai une passion toute particulière pour la batterie. Je ne sais pas si c’est parce que j’en ai joué étant gamin, parce que beaucoup de musiciens que j’adore sont des batteurs, en tout cas c’est resté un instrument que j’affectionne. La multiplicité des micros, les pistes, la batterie est une équation à pleins d’inconnues qu’il faut savoir appréhender car elle est majeure, raison pour laquelle c’est généralement par elle que je commence les sessions.»

Quand certains peinent à creuser leurs sillons, Fred Duquesne bénéficie d’un bouche à oreille qui remplit longtemps à l’avance son carnet de commandes. Les musiciens apprécient aussi d’avoir à faire à l’un des leurs et pas à un simple « preneur de son ». Dans le studio de Fred Duquesne, tout respire la convivialité. Les banquettes posées pas loin des consoles qui créent une ambiance « comme à la maison », le coin détente qui autorise les fous rires entre potes. Pas de vitre pour séparer du chanteur. Fred Duquesne aime que tout se passe à proximité, sans interface, les voix comme les guitares.

En moyenne, un enregistrement représente six à sept semaines de studio. Au delà, sauf exceptions, c’est signe de problèmes ou de changement radical de route. « C’est tout de même assez rare. Les groupes arrivent la plupart du temps en connaissant leurs morceaux, une préparation a eu lieu en amont qui permet de rentrer dans ces délais. C’est mieux pour tout le monde, pour eux aussi qui restent alors dans les coûts de réalisation prévus, ce qui n’est pas un détail. »

A la fin de l’année, Matière Noire aura laissé place à son successeur, neuvième du nom. (Deux seules sorties ont été inscrites à l’agenda de Mass Hysteria, le Mondial du Tatouage le 9 Mars à la Villette (Paris) et le Download à Brétigny sur Orge, le 17 juin.) Pas de quoi mettre la pression sur les épaules de son producteur malgré l’ énorme attente de leurs milliers de fans. « Ce n’est pas comme si je produisais Mass pour la première fois. Je sais parfaitement ce que le groupe attend, où Yann veut aller. Etre désormais membre du groupe ne change rien lorsque j’enregistre. Ma vision est celle du producteur et certainement pas celle du guitariste même si je peux mieux anticiper ce que deviendront certains morceaux en live. C’est de la schizophrénie très contrôlée! Une autre forme d’adrénaline, différente de celle de la scène. »

Heureux des albums qu’il a produits et des rencontres qui ont jalonnés son parcours, Fred Duquesne n’a pas l’obsession de la nouveauté. Les Foo Fighters, Deftones restent parmi ses groupes fétiches même s’il reconnait avoir succombé aux sons de Bring Me The Horizon ou de While She Sleeps. « Je ne sais pas si c’est l’ âge ou si le manque de temps me fait parfois vivre comme un ours reclus dans sa tanière mais j’ai du mal à suivre tous ces jeunes groupes qui débarquent et qui parfois se la jouent alors qu’ils n’ont sorti qu’un album et ont encore tout à prouver. Il faut savoir rester modeste dans ces métiers car tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Globalement, je peux dire que je suis assez fier de ce que j’ai produit mais il y a encore de nombreux sentiers à expérimenter. J’aimerais beaucoup produire Gojira par exemple. C’est incontestablement le premier groupe de metal français, ultra plébiscité un peu partout dans le monde. Je sais cependant que les frères Duplantier ont leur propre studio à New York et que cela ne se fera donc jamais. Ce n’est pas grave… Tant que je pourrai matériellement et physiquement continuer mon rêve, je serai heureux. Alors pourvu que ça dure ! »

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

 – Un remerciement spécial à Fred Duquesne pour sa disponibilité et aux musiciens de No One Is Innocent pour avoir accepté cette intrusion pendant l’enregistrement de leur nouvel album – 

MASS HYSTERIA REUSSIT SA SORTIE

Mass Hysteria faisait son retour sur scène ce week-end à l’occasion du festival « On n’a plus vingt ans » organisé aux Herbiers (Vendée). Pour la première de cet ultime tour de piste (une vingtaine de dates) avant de se consacrer au prochain album, le quatuor parisien avait misé sur une set list inédite. Un pari osé qui a rallumé de sacrés souvenirs pour les fans de la première heure.  

Comment boucler en beauté les ultimes salves de la tournée « Matière Noire »? Comment poursuivre avec les morceaux incontournables mais ne pas jouer le simple copier-coller des concerts de l’an dernier? La question a du se poser longuement parmi le groupe quand on voit la tonalité de la set list proposée ce 15 avril aux Herbiers (Vendée) à l’ occasion du Festival « On n’a plus vingt ans » organisé par Tagada Jones et la belle surprise offerte au public.

Ce n’est pas une indélicatesse par rapport aux autres participants que d’affirmer la présence impressionnante des fans de Mass Hysteria parmi les deux mille six-cents spectateurs réunis à l’espace Herbauges. Quatre mois depuis le dernier concert alors ils avaient fait fi des kilomètres (certains avaient parcouru plus de six-cents kilomètres) et étaient prêts à donner de la voix et à tout entendre surtout, convaincus qu’il y aurait forcément « Chiens de la Casse », « Vae Soli », « Plus que du metal » et « Positif à Bloc ». Ces quatre titres là, personne ne voulait les voir décrocher! Ca tombe bien, Mass Hysteria non plus n’a pas eu envie de les écarter. Dans les temps forts de l’album, en fait, seul « L’ Enfer des Dieux » n’est pas de sortie. « On ne veut pas être trop politique ce soir, » expliquait Mouss avant le début du concert. « Tagada Jones, qui est à l’origine de la soirée, qui nous a invités en même temps que « Les Trois Fromages », « No One is innocent » et « les Ramoneurs de Menhir », fête ses vingt ans et son nouvel album. L’esprit de la fête doit donc l’emporter.»

Et la fête a été belle. D’accord, il y a eu quelques trous de mémoire mais peut-on en vouloir à Mouss alors que le groupe ressortait des cartons des chansons qui n’avaient plus été interprétées depuis des années. « Ca fait même pas trente minutes que je suis sur scène et je n’ai déjà plus de souffle… Vous ne le voyez peut être pas mais je vous assure que c’est vrai ! Mais l’important est ailleurs, l’essentiel est que pour cette première date de l’année, on joue avec des potes dans une salle archi pleine… Je compte juste un peu sur votre indulgence. On a opéré quelques changements et eu envie de reprendre ce qui suit… »

Après cinq titres attendus et inscrits en lettres d’or sur la set list de « Matière Noire » (dans lesquels Jamie Ryan (ex Guérilla Poubelle), le nouveau bassiste, a assuré sans faillir), la surprise s’est en effet produite dès les premiers accords de « Plus aucune mer », un titre qui figurait sur l’album « Failles », sorti en 2009 et très peu interprété depuis. S’ensuit « Plus aucune mer ». Avec une intro qui balaie tout et des paroles lames de fond, impossible de résister. Le public se prend l’uppercut avec bonheur.

« Même si j’explose » précède « Attracteurs étranges », l’une des chansons majeures de l’album «Contradictions» sorti en 1999. Magnifique cadeau.

Après une descente parmi le public histoire de vérifier si le nouveau promu en a sous la corde, le temps d’un P4 bien envoyé, retour aux inoxydables  dont « Contraddictions », « Plus que du metal », « Tout est poison » pour finir avec la toute aussi traditionnelle montée sur scène des « furieuses » (et des enfants) pour « Respect » et « Furia », rejoints par une partie des membres de « No One is Innocent » et des « Ramoneurs de Menhir ».

Ils réclamaient un peu d’indulgence. Demande inutile. Il faut plus d’une pause de quelques mois  et des partitions anciennes tout juste reprises pour faire perdre aux vieux briscards de Mass Hysteria leur qualité de jeu, leur générosité et leur façon d’interagir avec un public fidèle depuis plus de vingt ans, heureux de retrouver des titres que personne ne pensait plus entendre en concert. Certains auraient achevé ce dernier inventaire avant repli en roue libre. Mass Hysteria a préféré s’offrir le frisson d’une petite mise en danger, casser la routine et créer la surprise pour un public qui n’en demandait pas tant. Respect!

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

LE FERRAILLEUR SOUFFLE SES DIX ANS: LA PETITE SALLE NANTAISE QUI A TOUT D’UNE GRANDE

Il fallait quand même une sacrée dose d’audace en valeur ajoutée à sa passion pour que Thomas Nedelec, musicien, ingénieur du son, à peine auréolé de ses vingt-six ans, décide de quitter Pornichet pour le Hangar à bananes de Nantes. L’ancrage maritime n’était qu’un dénominateur commun convoqué par le hasard. L’envie de créer sur ces quais de Loire en totale reconstruction une nouvelle adresse pour les concerts était son moteur et l’emportait largement sur tous les chants des sirènes défaitistes qui ne croyaient pas en la métamorphose des anciens entrepôts. Trop risqué. Trop excentré. Trop près de la Loire donc présentant un danger supplémentaire. Mais Thomas Nedelec devait avoir en lui quelque chose de Mark Twain : puisque la chose était impossible… et bien il l’a faite. Le Ferrailleur soufflera en mai ses dix ans. Une réussite spectaculaire.

Si le Hangar à Bananes, 8.000m2 de stockage des fruits importés des Antilles, autrefois propriété  du Grand Port Maritime Nantes-Saint-Nazaire, est devenu depuis 2007 l’un des endroits les plus festifs de la ville, c’est notamment grâce au Ferrailleur, l’une de ses figures de proue. Il est vrai que son créateur (alors accompagné de deux associés) n’a jamais perdu de vue son envie initiale : proposer un lieu pour les musiques alternatives et amplifiées d’une superficie (trois-cents places) qui n’existait nulle part ailleurs. Une cinquantaine de concerts après l’ouverture en mai… mille-cinq cents concerts dix ans plus tard, plus de deux-cents cinquante mille spectateurs et trois-mille huit cents artistes accueillis. Un tableau de classe.

François Montupet, Chargé de communication du Ferrailleur.

« Nous organisons entre quinze et vingt concerts chaque mois », souligne François Montupet, le chargé de communication (et autre figure très emblématique du lieu). « A l’origine, c’est vrai que nous étions sur une programmation aux deux tiers pour les fans de hardcore. Le Ferrailleur s’est d’ailleurs très vite rapproché du Hellfest qui se développait lui aussi en parallèle et cela a renforcé encore notre image et notre crédibilité « metal ». Mais aujourd’hui, la programmation mitonnée par Maxime Pasquer, tout en gardant sa cohérence, ouvre vers d’autres univers. Les tourneurs nous sollicitent beaucoup. Il faut savoir choisir, prendre le pari de remplir la salle avec des groupes qui ne sont pas forcément très connus mais auxquels on croit. Nous sommes en auto-financement total, il n’existe aucune subvention de nulle part. Cela contraint à viser juste mais cela permet aussi une vraie liberté. 80% des concerts sont produits par des associations ou sociétés extérieures. Le reste, c’est le Ferrailleur qui revendique et a envie de partager! »

Autant d’initiatives aurait suffi au bonheur de beaucoup. Pas au Ferrailleur où la pleine activité est un credo. Aux concerts se sont donc ajoutés les « after », ces soirées DJ gratuites (où l’on vient danser jusqu’à 4 heures du matin), les « apéros numériques » (sur lesquels veille soigneusement François Montupet), les liens tissés avec Hip OPsession, les concerts sauvages devant l’entrée (dont certains sont vraiment restés dans les mémoires). Visiblement, l’adresse est fameuse.

« Le parti pris a toujours été d’offrir une qualité d’accueil au public. Des barmen aux techniciens, tout le monde ici est souriant. L’ ambiance s’installe sitôt franchie la porte avec un décor qui n’est évidemment pas celui d’un simple bar. Coté salle, la scène est d’une hauteur idéale et permet de voir parfaitement. Quant aux artistes, ils sont choyés, bénéficient si nécessaire de consoles (et techniciens) lumières et sons de qualité. Ils savent que tout sera fait pour que leur concert se déroule parfaitement. Du coup, le bouche à oreille aussi a été un relais car pour de nombreux groupes et pas des moindres, se produire au Ferrailleur est réellement une date obligée et attendue. »

En dix ans, des déconvenues, l’équipe en a forcément connues. Des artistes aux exigences un peu surréalistes, une annulation de dernière minute suite à une panne de tourbus (mésaventure vécue par les américains de The Bronx) mais rien de suffisamment important pour gâcher l’enthousiasme et l’envie de continuer longtemps encore. « Quand je vois des jeunes groupes qui participent à des tremplins affirmer que, quoi qu’il advienne, en jouant au Ferrailleur, ils ont tout gagné alors que la finale est quelques étapes plus tard, je me dis que nous avons atteint notre but. Ce genre de propos rend extrêmement heureux. La grande fête organisée en mai à l’occasion des 10 ans sera placée sous le signe de cette envie ininterrompue de partages et de ce bonheur là. »

Mass Hysteria.

No One Is Innocent.

Du 19 au 28 Mai effectivement, le Ferrailleur a décidé de frapper fort. Parce qu’on n’a pas tous les jours 10 ans, entre groupes des premières années, mastodontes de la scène metal française, formations « amies » qui sont en plein envol, concerts, soirées et surprises… mieux vaudra engranger du sommeil pour ne manquer aucune de ces dates. Mieux vaudra aussi ne pas tarder à acheter son précieux sésame car une date est déjà sold out : il fallait s’y attendre, le retour de Mass Hysteria le 24 mai (avec les nantais de My Answer en première partie) a fait chauffer la billetterie. Il aura suffi de quelques jours pour que ce soit complet.

Autre affiche très attendue, la présence de No One is Innocent le 25 mai (avec un groupe rock surprise en ouverture) devrait là aussi ne plus être rapidement accessible à la vente.

Totorro.

God Is An Astronaut.

Le 19 Mai, pour le lancement des festivités, les nazairiens de Bumbklaat se reformeront et succéderont à un groupe de metal surprise. Place aux rennais de Totorro le 20, avec ce même soir, Papier Tigre, Bantam Lyons, Lysistrata et Corbeaux.

Grosse soirée (« l’une des plus grosses de l’année »), en perspective encore le dimanche 21 Mai avec le warm-up ride Hellfest, des pass trois jours à gagner et des concerts bien choisis.

Le lundi 22, place à l’instrumental post rock limite psychédélique des irlandais de God is an Astronaut. Les escales françaises des frères Kinsella et de leurs acolytes sont toujours rares et recherchées.

Periphery.

Le 23, la scène sera laissée à Periphery, The Contortionist et Destrage et le vendredi 26, ce sera soirée Hip Hop avec La Rumeur et Pedro le Kraken. Samedi 27 verra le retour de formations qui ont laissé de beaux souvenirs : Abysse, Taxas Chainsaw Dust Lovers, Dance Floor Disaster, Big Sure, Watertank, 20 seconds Failing Man avant une clôture « Opening goûtez électronique » le 28 Mai, avec la présence en force des meilleurs DJ locaux qui lanceront la saison des « Goûtez électro. »

« Ma première « Dérouille Party » avec Ultra Vomit pour les six ans avait été une fête mémorable, » se souvient François Montupet. «  Cette fois ça sera encore plus énorme. Pour célébrer notre première décennie, toute l’équipe a voulu un évènement qui soit bien représentatif de tout ce qui constitue l’ADN du Ferrailleur, qui permette de faire revenir des amis, sur scène comme devant. Les réservations permettent déjà de voir que la fête sera belle. Sans parler des surprises qui seront nombreuses… »  Le Ferrailleur a dix ans. Et déjà tout des très grands.

Magali MICHEL.

Crédit photo Ferrailleur extérieur // La Faute à Rélie. Crédit photo Kvelertak // Insane Motion. 

Crédits photos autres // Sophie BRANDET. 

– Billetterie et programme détaillé des « 10 ans du Ferrailleur » sur www.leferrailleur.fr –

Mixage gagnant pour le Main Square Festival 2016!

« Plus que jamais, tous au concert! », telle était la devise du Main Square 2016. Dans une Citadelle parée de nouveaux aménagements (deux hectares supplémentaires grâce à des terrasses aménagées au dessus des célèbres remparts), avec une affiche qui mixait tous les genres musicaux, Live Nation, grand ordonnateur du désormais incontournable rendez-vous arrageois, a une fois encore fait carton plein. La sécurité était renforcée, contexte oblige, mais discrète. Le plaisir des festivaliers, lui, était manifeste. Petit retour subjectif (mais assumé!) sur cette très belle édition.

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Les années se suivent et ne se ressemblent pas. Après les chaleurs caniculaires de l’an dernier, le Main Square s’est ouvert sous des torrents de pluies intermittentes mais sans appel. Des conditions météos qui n’ ont cependant pas réussi à jouer les trouble fêtes ni fait renoncer les festivaliers, prêts à braver les flaques et sauter dans la boue avec un enthousiasme no limit. Après un début d’après-midi marqué par la jolie prestation de Jake Bugg (le londonien révélé par le Festival de Glastonbury, vient de sortir un troisième album prouvant  une fois de plus un  talent de songwriter qui le classe légitimement parmi les plus doués de sa génération), Ellie Goulding a donné au Festival d’Arras un ton supplémentaire.

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Jake Bugg // Main Stage.

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Ellie Goulding // Main Stage.

La superbe anglaise, élégante dans une tenue noire très rock chic, est désormais une star internationale de la pop et le prouve avec une aisance scénique qui tient de la force tranquille. La blondisse arpente la Main Stage à l’aise dans ses docks. A priori logique quand on a vendu pas moins de six millions d’albums et quelques vingt et un millions de singles à travers le monde en moins de six ans. Pour autant, Ellie Goulding a réellement gagné en densité et celle qui fut invitée à chanter au mariage de William et Kate d’ Angleterre, dont la bande de potes n’est que dernières célébrités des charts, assure avec des concerts de plus en plus spectaculaires : projections, jeux de lights, choristes, rien ne manque et contribue à l’élégance du moment. Seul bémol, le dialogue est réduit au minimum, quelques « thank you » prononcés à la hâte et souvent sans même regarder le public, d’autant plus étonnant de la part d’une artiste souriante, qui avait devant elle un parterre de fans de la première heure. Pour ce qui est de la set list en revanche, les festivaliers n’ont pas été déçus. La belle blonde a fait la part belle aux titres de « Delirium », son dernier album en date. C’est d’ailleurs avec « Don’t panic » qu’elle a fait son entrée. «Outside» et « Burn », les titres griffés par Calvin Harris figurent eux aussi en bonne place  et puis bien sûr, immanquables, « Anything could happen », « I need your love » que la foule a repris d’une même voix et la très attendue « Love me like you do » en guise de clôture. A ce moment là devant la Main Stage, le public se moquait bien des conditions météo et les capes de pluie n’empêchaient personne de danser.

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Yelawolf // Green Room.

Yelawolf a enchaîné avec un set à hauteur du personnage : une gestuelle d’une poésie sans équivoque, des propos tout aussi incandescents mais le rappeur over tatoué ne peut se résumer à ses excès. Si son parcours a été déterminant (naître en Alabama d’une mère encore adolescente, devenir aventurier, musicien vagabond et même parfois SDF ne peuvent que laisser des traces), Yelawolf doit à son seul talent de s’être fait reconnaître par Eminem qui l’a très vite signé chez Saady Records, son propre label. La jeunesse qui se morfond, la pauvreté bien cachée à l’abri des regards argentés, le « Loup blanc » d’Alabama et son rap unique sur fond de guitares acoustiques n’ont eu aucune mal à transporter un public déjà largement convaincu.

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Jeanne Added // Green Room.

Toujours sur la Green Room mais en totale rupture de ton, Jeanne Added et son rock sombre, lyrique mais largement servi par l’électro ont prouvé que le hasard n’avait pas grand chose à jouer dans le succès actuel de ce petit bout de femme à la courte crinière peroxydée. Formée très jeune au violoncelle et au chant classique, entre Reims et Londres, désormais armée d’une basse totalement maîtrisée, la jeune femme sillonne avec superbe les chemins d’un rock teinté de pop, porteur d’une énergie impressionnante qui semble célébrer son affranchissement. Les morceaux sont puissants, la maturité bluffante. Depuis deux ans, Jeanne Added n’ en finit plus d’enchaîner les scènes. C’est assurément l’une des plus belles révélations de ces dernières années.

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Iggy Pop // Main Stage.

Avant de laisser Disclosure, le duo pop composé des frères Lawrence (un premier album en 2013 certifié disque de platine et une aventure qui empreinte le même chemin pour le deuxième opus sorti à la fin de l’année dernière) boucler la journée, c’est vers l’iconique Iggy Pop que tous les festivaliers se sont tournés. Légende parmi les légendes, faisant presque figure de dinosaure, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour un «Iguane», le presque septuagénaire a livré un show démentiel après un démarrage éclatant sur les accords de « No Fun », l’un des premiers succès des Stooges, son ancien groupe. S’enchainent alors ses plus gros tubes, de « Passenger » à « Lust for Life ». Son célèbre torse nu se contorsionne, multiplie les pauses les plus improbables, plus rien ne saurait arrêter Iggy Pop. Pas même les barrières qu’il approche au plus près pour être en prise encore plus directe avec des fans qui n’en espéraient pas tant. Une heure trente d’un set énorme avec quelques extraits de son dernier album pour finir en douceur et en beauté. Le parrain de Detroit en a encore sous le pied!

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Mass Hysteria // Main Stage.

Deuxième groupe programmé le samedi sur la Main Stage, Mass Hysteria a été sans conteste l’un des temps forts de ce Main Square (voir live report). Sous un soleil retrouvé, le groupe a imposé avec une force tranquille impressionnante son metal aux messages hautement porteurs. La Cour de la Citadelle n’est pas celle du Download mais le public a repris d’une même voix « Vae Soli » ou «Chiens de la Casse», tenté (avec succès) un wall of death spectaculaire et fait résonner plus fort encore la rage de « L’Enfer des Dieux ». Plus de vingt ans que la formation parisienne est fer de lance du metal en France. « Matière Noire », leur dernier opus en date, sorti à l’automne dernier, est celui de tous les superlatifs. La tournée est aussi longue que triomphale. Mouss, il va falloir assurer pour écrire après ces succès là!

Juste avant sur la Green Room, Bear’s Den avait surpris les festivaliers avec son style très personnel, ses mélodies doucement entêtantes, ses émotions à peine dissimulées. Le trio londonien, qui a choisi de remplacer la basse par un banjo, a su inventé un autre son, acoustique et boisé, de quoi mettre en relief des textes qui ne sont pas sans rappelés ceux d’Ernest Hemingway. Les musiciens ne sont pas des familiers des festivals, notamment en dehors du Royaume Uni, ils ne boudaient donc pas leur plaisir. De quoi donner envie de les revoir très vite en configuration plus intime, dans une salle plus petite donc mais avec une set list plus longue.

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Macklemore & Ryan Lewis // Main Stage.

Ils n’ont visiblement rien perdu de leur énergie. Quand The Offspring, l’un des leaders de la scène punk-rock des années quatre-vingt-dix, aux côtés des Nirvana, Red Hot Chili Peppers, a pris d’assaut la Citadelle, les festivaliers ont tout de suite compris que le moment serait fort. Le toujours mi-black mi-peroxydé « Noodles », guitariste du groupe, subit peut être le poids des ans, il n’en reste pas moins cet interprète virtuose que personne ne saurait contester. Quant à Dexter Holland, il est toujours aussi charismatique. Le set enchaîne les succès. « You’re gonna go far kid », « Comme out and play », « Why don’t you get a job »… ils n’en manquaient aucun. De quoi faire verser des petites larmes d’émotion joyeuse aux trentenaires qui assuraient l’essentiel des premiers rangs au pied de la scène. Les californiens ont joué sans temps mort. La journée était décidément très belle.

Pour la douceur (et la jeunesse), c’est vers la Green Room qu’il fallait se tourner. Marina Kaye (révélée par « La France a un incroyable talent ») a pris le recul nécessaire après sa soudaine médiatisation et c’est avec une belle sagesse doublée d’une vraie maturité qu’elle défend son premier album. Incroyablement à l’aise sur scène, entourée de musiciens de talent, la jeune femme a une voix unique et sait imposer son univers à des fans qui se comptent désormais par milliers.

Enfin, attendus parce que toujours aussi spectaculaires et complices quand ils partagent la scène, Macklemore et Ryan Lewis ont électrisé la Main Stage avant que Birdy Nam Nam ne vienne conclure la journée. Les deux compères américains étaient très attendus et certains avaient même fait le chemin de très loin pour les entendre à l’occasion de cette unique escale française. Le rappeur de Seattle et le DJ également producteur ne les ont pas déçus. Jaillissant sur scène les bras levés, Ryan Lewis a fait entendre ses premières notes juste au moment où Macklemore le rejoignait tel un zébulon farceur, souriant et déversant ses mots avec un rythme qui n’appartient qu’ à lui. Dévalant l’avancée qui a été greffée à la scène, le rappeur ne cache pas sa joie et avec un sens du « savoir plaire » bien showman, il affirme même que « la France est son pays préféré », propos qui évidemment déclenchent l’enthousiasme que l’on devine. Alors que les tubes se succèdent, on comprend mieux comment ces deux là ont pu glaner quatre Grammy Awards, vendre des millions d’albums et se produire depuis dans les plus grands festivals internationaux.

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Band of Horses // Main Stage.

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Editors // Main Stage.

La nuit fut courte à l’évidence pour plusieurs centaines de festivaliers qui, aux aurores, « campaient » devant les barrières de la Citadelle pour décrocher le premier rang du fameux concert du soir, la venue des Insus. Des quintaux fringants, des trentenaires rieurs, des ados aussi fans que leurs aînés et connaissant leur Téléphone par coeur, ceux là cachaient leur impatience mais laissaient percer leur fébrilité quant à la quête du fameux Graal. Beaucoup se réjouissaient aussi dé découvrir un festival qu’ils n’avaient pas encore eu l’occasion de fréquenter et observaient, à juste titre, que pour le prix d’un pass 1 jour (49 euros), ils assisteraient au concert de leurs artistes pour moins cher que le coût d’une place de leur concert. Avec, festival oblige, l’opportunité d’entendre onze autres artistes. Ou… cinq, pour tous ceux qui ne se risqueraient pas à abandonner les abords immédiats de la Main Stage.

Emmené par Ben Bridwell, son leader historique, Band of Horses, le groupe de Seattle sillonne actuellement les scènes pour promouvoir son sixième album, le très réussi « Why are you ok ? ». Repéré par Sub Pop, le label de Nirvana, les américains ont connu un succès hors du commun avec « The Funeral » en 2006 et décroché plusieurs nominations aux Grammy Awards avec son troisième opus. Par une succession de hasards heureux permettant aux musiciens de prendre davantage leur temps, plusieurs de leurs titres ont été repris dans les bandes annonces de grosses séries au succès international et permis d’illustrer des reportages sur des sports extrêmes. Une chance qui fait sourire Ben Bridwell, père de quatre enfants, qui dit vivre avec une guitare dans une main et un babyphone dans l’autre. A Arras, pas d’angoisses familiales mais un vrai beau moment aux couleurs de l’Amérique éternelle.

Héritiers flamboyants du rock sombre d’ Echo and the Bunnymen et Joy Division, les membres d’Editors doivent beaucoup à Franz Ferdinand, qui les avait choisi comme première partie de l’une de ses tournées. Le temps a passé et le groupe a poursuivi son chemin, sortant à l’automne 2015 un cinquième album toujours aussi exigeant. Leur musique se moque des modes, ignore les bien pensants qui voudraient imposer d’autres accords. Ca sonne un peu années quatre-vingts. C’est aussi généreux que minimaliste, souvent grandioses mais aussi décalés. Une chose est certaine : devant un public qui ne cachaient plus pancartes ou tee shirt du groupe qui les suivraient, le succès a été massif et le plaisir largement partagé.

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Years & Years // Green Room.

Enfin, avant les vedettes de la journée, impossible de manquer Years and Years. Né en 2010 dans les confins londoniens, le trio anglo-australien livre une électropop magnifiquement produite. Deux de leurs titres se sont retrouvés en tête des charts anglais et le public fait les yeux doux à leur chanteur, Olly Alexander, qui s’accorde de temps à autre des parenthèses cinéma. Sur scène, c’est brillant et joyeux, avec une mise en scène très carrée. Les lumières jouent avec la géométrie et occupent tout l’espace tandis que le leader parcourt l’espace avec une aisance déconcertante. Du grand professionnalisme. Après une carrière que l’on peut encore considérer comme courte, respect!

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Les Insus // Main Stage.

C’est à 22 heures sonnantes, que les Insus ont fait leur entrée dans la Citadelle. Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac, Richard Kolinka et Alexander Angelov qui remplace Corinne Marienneau à la basse donnent tout d’emblée. « Crache ton venin » puis « Hygiaphone » ouvrent le bal, repris par plus de 30.000 spectateurs qui chantent à tue tête.

Rassuré par le score de l’équipe de France (qui mène alors 4 à 0 contre l’Islande en demi finale de l’Euro), Louis Bertignac est tout sourire et la connivence avec ses acolytes ne fait pas semblant. On sent dans les regards, les mots échangés, les commentaires élogieux autant que les boutades, combien l’amitié entre Aubert et Bertignac est indestructible. Combien aucun autre que Kolinka ne pourrait s’assoir derrière ces futs. « Il y a toujours 4-0 ? Prévenez nous s’il y a danger ! » demande le chanteur avant de reprendre tout le répertoire de Téléphone, « La bombe humaine », « Argent, trop cher », « New York avec toi »… autant de titres repris depuis trente ans à la moindre occasion mais que le groupe, qui s’était séparé après moins de dix ans d’existence, n’avait plus eu l’occasion de rejouer. « Ca (c’est vraiment toi) » conclura les deux heures d’un set hyper précis, enthousiaste et porteur d’un plaisir évident.

Les années passent mais le trio a conservé son allure juvénile en dépit de quelques cheveux blancs (et de la présence sur scène d’une cigarette électronique assez peu rock’n’roll). Evidemment, le nouveau bassiste n’est pas franchement mis en avant mais il n’était pas non plus figure historique du groupe et cela ne l’empêche pas de jouer avec un plaisir affiché. Les chansons sont toutes anciennes mais le public ne réclamait rien d’autre. Certains pourront toujours y voir une réunion l’espace de quelques dates financièrement juteuses. Ce dimanche soir à Arras, loin de toutes ces considérations, le public est reparti simplement heureux d’avoir eu le bonheur de revivre des pans de sa jeunesse et pu reprendre en choeur, sans plus penser à rien d’autres, des airs qui ne l’ avaient jamais quittés. « Plus que jamais, tous aux concerts! » Mission réussie. La musique passera encore par Arras l’année prochaine.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– NB : travailler durant les festivals est de plus en plus compliqué entre les interviews qui s’annulent ou se décalent sans raison, les artistes qui refusent de rencontrer les medias, ceux qui n’accréditent aucun photographe puis finalement davantage puis finalement quelques autres, les managements qui exigent de valider les photos avant publications, les contrats à signer pour garantir des droits de diffusion improbables… Dans ces parcours à obstacles, le Main Square fait partie de ces manifestations où règne encore une ambiance hautement conviviale et joyeuse et c’est en grande partie à l’ équipe chargée des relations avec la presse que cela se doit. Myriam Astruc ne se contente pas d’être un pilier au professionnalisme indiscutable, elle veille sans compter pour faciliter la tâche de chacun. Aucune demande de dernière minute ne la rebute. Aucun problème qu’elle ne s’efforce de résoudre. Alors un grand merci à elle, à la douce Virginie Baptista qui cette année encore travaillait à ses côtés et à Jovana Damjanovic qui a rejoint l’équipe avec succès. –

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FETE DU BRUIT DE LANDERNEAU: Le festival breton qui joue dans la cour des très grands

Le benjamin des festivals bretons n’aura jamais si bien justifié son nom que cette année, si l’on en juge par l’affiche de l’édition 2016 où la fête sera déclinée en mode majeur avec en prime, excusez du peu, une journée de fête supplémentaire : Iggy Pop, Indochine pour l’un de ses très rares concerts de l’été… Une programmation exigeante dans un cadre insolite, une vingtaine d’artistes en trois jours : les clés probables du succès de ce rendez-vous attendu chaque deuxième week-end d’août en terres finistériennes.

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Vendredi 12, c’est à Bantam Lyons que reviendra l’honneur d’ouvrir les hostilités. Les régionaux de l’étape distillent une pop mélancolique mais bien électrique à laquelle il est difficile de résister. Patrice, déjà présent en 2011 et 2013, revient cette année encore pour un nouveau live tiré de «The Rising of the sun», son dernier album. Généreux, solaire, l’artiste est devenu le chouchou des festivaliers totalement séduits par sa « sweggae music ». Place ensuite à Garbage. Pour célébrer les vingt ans du groupe, les musiciens ont entamé une grande tournée à travers l’ Europe et les Etats Unis, la « Vingt years Queen Tour ». Il y aura bien évidemment les incontournables comme « Only happy when it rains » ou « Stupid girl » mais Garbage devrait également révéler quelques extraits du sixième album à venir. Un joli cadeau.

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Indochine.

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Mass Hysteria.

Mais il ne faut pas se mentir, c’est bien vers la bande de Nicola Sirkis que tous les yeux se tourneront ce soir là. Indochine, qui doit sortir un album l’an prochain, ne prévoyait pas de concerts cette année. Et puis les dramatiques évènements de l’hiver les ont convaincu de revenir plus tôt sur scène. Pour une mini tournée de sept concerts dont cinq en France. Cette escale à Landerneau sera donc la seule dans l’Ouest, une vraie reconnaissance pour le festival qui justifie pleinement l’ajout d’une journée supplémentaire. Icône depuis plus de trente cinq ans, premier artiste français à remplir Bercy en 2003, une bonne vingtaine de disques de platine… leurs détracteurs auront beau dire, ces gars là restent inoxydables et leur public ne cesse de grossir.

Enfin, à 0h55, Mass Hysteria, pour qui 2016 est décidément l’année de tous les festivals et de tous les succès, fermera le ban avec ses partitions intransigeantes, ses textes punchy et ce sens du partage qui n’appartient qu’à ces cinq là, fers de lance du métal en France depuis plus de vingt ans. Brestois, Mouss, le chanteur, aura encore plus à coeur de reprendre des refrains qui ont mis tout le monde d’accord depuis la sortie de « Matière Noire », dernier opus en date, à l’automne dernier. Son « Faites du bruit ! » en préambule de « L’enfer des Dieux » sera ici parfaitement raccord.

Samedi 13, les festivaliers qui n’ont pas la chance de l’avoir déjà vu sur scène pourront découvrir Rotor Jambreks. A la fois chanteur, multi-instrumentiste, auteur d’un spectacle pédagogique sur l’histoire du rock passé par Landerneau en 2010, l’artiste présentera sa toute nouvelle création.

Les joyeux drilles de Salut, c’est cool prendront ensuite le relais. Totalement barrés mais ultra professionnels, joyeusement inclassables, ces quatre là servent un techno survoltée dont internet s’est très vite emparée avant le que le buzz ne propulse leurs talents sur scène. C’est vraiment à ne pas manquer.

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Casseurs Flowters.

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The Cranberries.

Casseurs Flowters s’emparera ensuite des Jardins de l’esplanade. Duo constitué des rappeurs Orelsan et Gringe, les Casseurs Flowters ne cessent de casser les codes de la planète hip hop avec leur rap décomplexé et on ne compte plus désormais le nombre de leurs fans prêts à parcourir les routes pour venir les applaudir. La recette est efficace, le show ultra énergique… ça va décoiffer!

Place ensuite à Damian Marley. Oui, il s’agit bien du fils de Bob ! Mais il ne doit pas sa réputation à la seule célébrité de son père. Damian Marley est un musicien reconnu également producteur recherché. Forcément, c’est du reggae et depuis 2005 et le fameux album « Welcome to Jamrock », on sait que ce reggae là a des couleurs bluffantes.

The Cranberries seront eux aussi de la fête. Connus mondialement grâce à « Zombie », tube qui les a définitivement posés au firmament de la pop, les irlandais ont longtemps chantés les heures sombres d’un quotidien ancré dans la guerre de religion. Après une brève séparation dans les années 2000, le groupe est revenu plus fort et surtout avec des refrains plus lumineux. Les trente huit millions d’albums vendus imposent le respect. Onze ans après « Wake up and smell the coffee », le groupe a repris la route des studios pour livrer « Rose », leur dernier album en date. Sur scène, c’est juste un pur moment de grâce.

Deluxe.

Rose-Mary And The Ride.

Mais la journée ne s’arrêtera pas là : Deluxe, ses costumes improbables, son univers déjanté et ses chorégraphies uniques, Birdy Nam Nam, qui a depuis de nombreuses années maintenant si convaincre avec un hip hop assez classieux et Pfel and greem (échappés du collectif nantais C2C), deux Dj qui raflent tous les prix (sacrés quatre fois champions du monde Dico Mix Club entre 2003 et 2006, quatre trophées aux Victoires de la musique 2013) et dont la talent dans le domaine de la musique hip hop et pass electro n’ est plus à prouver, enchaineront sans répit.

Grosse affiche encore dimanche avec pas moins de huit noms pour réjouir les festivaliers.

Rose-Mary and the Ride ce sont Pauline et Vinz, respectivement chanteuse et guitariste de « Rose Mary and the Ride », vingt ans tous les deux, ont été rejoints par des potes musiciens et livrent un nouveau projet, mêlant funk, soul, pop, rock. C’est superbement ficelé et on a du mal à imaginer que derrière ces compositions se cachent un duo aussi jeune.

Synthèse électrique de ses passions lettrées pour l’alter punk, la new wave ou le shoegaze, Von Pariahs (qui refermera le festival avec un set à 2 heures du matin) transcende les genres en les incarnant sur scène sans distance ni clin d’oeil. Un premier degré et une façon de faire qui signent un engagement rare dans un répertoire abrasif et soigné.

Le guitariste Martin Luter BB King, le DJ Eurobelix et le chanteur David Boring continuent sur leur rythme effréné (même s’ils ont changé beaucoup de choses dans leur façon de produire). Grosse implacable, mix joyeusement rugueux, délires techno-disco-fusion, Naïve New Beaters ne s’apprécie jamais aussi bien que sur scène.

No One Is Innocent.

Die Antwoord.

Faut-il encore présenter No One is Innocent? Le groupe français emmené par Kemar n’a jamais failli depuis son premier single, « La Peau », en 1994 et vient de sortir un sixième album unanimement salué. « Propaganda » multiplie les textes acérés et les riffs qui dépotent. La réputation scénique du groupe est largement méritée. Avec des musiciens de grande pointure (dont Shanka à l’une des guitares), c’est l’un des concerts de l’édition à ne surtout pas manquer.

Changement radical d’ambiance avec Dub Inc., sans doute le plus emblématique groupe de reggae français. Dix ans que la joyeuse bande posent sur des textes sincères des rythmes aux mélodies inimitables. Le groupe, porté par Bouchkour et Komlan, chante aussi bien en français qu’en anglais ou en kabyle, une bel hommage au métissage.

Formé en 1994, déformé puis reformé surtout en 2009, Skunk Anansie, plus de cinq millions de disques vendus au compteur, a été l’un des groupes rock les plus populaires en Grande Bretagne mais aussi en Europe, dans les années 90. Skunk Anansie revient fort avec un sixième album studio sorti au début de l’année, mixé par Jeremy Wheatley (Mikka, The Vaccines, Moby…). La tournée est un succès. On comprend pourquoi.

La journée multipliant les univers, place sera également faite pour Die Antwoord. Chacune des apparitions du groupe offre des visuels uniques mais il ne faut pas se laisser duper par les apparences parodiques de ces vidéos, Die Antwoord étant bien plus qu’une simple formation au hip hop incomparable avec ce mélange d’argot sud africain et ces références gangstas. Si tous les festivals leur font les yeux doux, ce n’est pas le fait du hasard.

Iggy Pop.

Enfin, en passage unique en Bretagne, Iggy Pop fera escale à Landerneau. Quarante ans que «L’Iguane» est une icône incontournable, une légende vivante. Son dernier album, « Post Pop Depression », qui a vu la collaboration de Josh Homme, le leader de Queens of the Stone Age, Matt Helders, le batteur d’Artic Monkeys, entre autres, prouve qu’Iggy Pop en a encore sous le pied et que les plus jeunes n’ont pas encore eu sa peau.

Lorsque le festival a fait résonner ses premières notes, le 15 août 2009 (avec Tryo, Anaïs, Lavilliers notamment), ils étaient 11.000 à avoir répondu présents. L’année suivante, portée par ce bilan positif, la manifestation s’est étalée sur une journée supplémentaire en accueillant Status Quo, Placebo, entre autres. Vingt cinq mille festivaliers partageaient avec enthousiasme. Combien seront-ils pour cette huitième édition forte de ce jour de plus, qui élargit encore la palette des concerts? On peut parier sur plus de trente mille. A Landerneau, il semble que tous les rêves soient possibles. Big up pour ces organisateurs qui ne sont pas les plus médiatisés mais entreprennent avec succès et une modestie assez rare.

M.M.

– http://festival-fetedubruit.com –

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Mass Hysteria a conquis sa première Citadelle

Mass Hysteria a prouvé en deuxième journée de festival que le metal pouvait s’extraire des chapelles et s’imposer dans la Citadelle. En une heure de set et une dizaine de titres, le groupe français a bluffé tout le monde. Sans artifices, avec sa seule envie de partager et de convaincre. 

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Après le choc émotionnel de leur concert au Download le 11 juin dernier puis la façon dont ils avaient entraîné les 50.000 spectateurs du Hellfest dans un wall of death d’anthologie une semaine plus tard, on se demandait un peu ce que ces cinq là allaient faire au Main Square d’Arras. Comment faire aussi beau, aussi fort devant un public qui, dans son immense majorité, n’est pas fan de metal? Comment  trouver sa place et s’imposer dans un festival où la dernière programmation du genre remonte à 2014 (avec l’ajout d’une journée supplémentaire menée par Iron Maiden, à l’occasion des dix ans de la manifestation) ? C’était compter sans la déferlante Mass Hysteria, fer de lance du metal en France depuis plus de vingt ans, sans ce son qui met tout le monde d’accord, ces titres extraits d’un huitième album qui n’en finit pas de jongler avec les superlatifs. Les plaines arrageoises résonnent encore des échos de cet incroyable furia.

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« On s’était mis une vraie pression… Moi notamment! » commente Mouss quelques instants après la sortie de scène, fatigué mais heureux. « On attendait cette date depuis longtemps, on avait été frustré de ne jamais figurer sur l’affiche et puis le succès de « Matière Noire » a ouvert la porte. Du coup, pas question de ne pas être au maximum. Le début du concert a donc vraiment été un truc à part, assez difficile à expliquer. J’étais heureux, je chantais en parcourant la scène, je sautais… et puis trois chansons plus tard, après un premier saut dans le public, je me suis retrouvé le souffle court. Un peu comme en transe ! Je ne sais pas si ça s’est vu. En tout cas, moi je me souviendrai de ce moment assez fou. »

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Les festivaliers eux se souviendront surtout de ce concert qui a impulsé à cette fin d’après midi de  samedi une énergie supplémentaire. Il a suffit des premiers accords de « Chiens de la casse » pour que le public se masse plus serré encore devant la Main Stage, prêt à reprendre massivement des refrains, anciens ou plus récents, désormais connus par coeur. Trois ans après « L’armée des ombres », le précédent album qui avait pourtant frappé fort, vingt deux ans après sa formation, la team Mass Hysteria avait livré à l’automne dernier « Matière Noire », un huitième opus studio vindicatif, d’une puissance inégalée. Magistralement produit (pour la quatrième fois) par Fred Duquesne, devenu également le second guitariste après le départ de Nicolas Sarrouy, avec un gros son comme on aime, une musicalité bien plus poussée et qui manquait sans doute dans les albums précédents, les onze titres sont d’une telle force qu’il est difficile de choisir lesquels retenir pour la scène. A l’exception de « Mère d’Iroise », qui n’a été interprétée qu’au Trianon lors de l’enregistrement du DVD Live, le public sait qu’il retrouvera forcément « Vae soli », « Plus que du metal » et bien sûr, « L’ Enfer des Dieux » dont l’impact unique et la justesse glaçante prennent aux tripes dès les premières mesures.

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« L’émotion ressentie au Download lorsque nous avons débuté ce morceau restera gravée à jamais,» poursuit Mouss. « C’était la première édition française de ce festival, donc nous étions déjà très heureux, très fiers d’y figurer. C’était le milieu d’après-midi, ce qui n’est jamais le moment le plus chaud pour jouer. La soirée prévoyait d’énormes têtes d’affiche comme Korn par exemple. Donc on se disait que le pari n’était pas mince mais que si le monde était là, on devrait assurer car c’était l’une de nos premières très grosses dates de festival. Et puis finalement, on s’est aperçu que le public était au complet devant nous. Mieux! Que les gens nous attendaient. Alors quand nous avons rendu hommage à tous ces innocents tombés dans les attentats, quand les poings se sont levés et que la musique est partie… Rien qu’à y repenser, je suis encore dans cette incroyable émotion. C’était énorme. Vraiment énorme.  On pourrait se dire que c’était l’effet amplificateur d’une première grosse date de festival. Sans doute! Peut-être ! Mais au Hellfest, « L’Enfer des Dieux » a là encore marqué les esprits et au Main Square cet après midi, c’était très fort. On traverse vraiment un moment de vie incroyable avec cet album et cette tournée. »

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S’il est toujours difficile de comprendre les véritables raisons d’un succès comme d’un échec, il est assez évident ici que ces mots taillés avec la précision de l’orfèvre pour porter des émotions majeures, ces partitions sans concession qui n’aiment rien tant que le Do, ces guitares lourdes et ces rythmes puissants ont permis à Mass Hysteria de gravir l’échelon supérieur et de drainer des fans supplémentaires. Ce n’est pas un hasard si le groupe est l’un des plus programmés de l’été… Et s’il a déjà signé plusieurs dates importantes pour l’été prochain. (Seul l’étranger reste encore compliqué à conquérir, la faute à la langue sans doute. Mais on n’imagine pas une version anglaise de ces titres là. Rammstein avait tenté l’aventure et joué des infidélités à l’allemand: l’album a été le moins vendu de tous.)

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S’impose alors cette interrogation : que faire de ce succès ? Comment rebondir et envisager la suite sans avoir dans un recoin l’idée que faire mieux (ou même simplement aussi bien) ne sera peut-être pas si simple. « On va réfléchir et voir ce qu’on fait de tout ça, » note Fred Duquesne. « Il ne faut pas se laisser brider par les peurs, les comparaisons, tous ces machins là. Il y a une première évidence qui est que nous vieillissons. Exception faite de Yann, un peu plus jeune, Raph, Mouss et moi avons tous autour de 45 ans. Mais ce qui est rassurant, c’est que nous avons toujours la même envie. Le groupe existe depuis vingt-trois ans, je suis arrivé en cours d’aventure pour produire les albums puis faire partie intégrante de Mass en tant que guitariste et nous partageons toujours ce plaisir de jouer ensemble et de nous retrouver. Avant de venir, nous avions mis en place une session de répétition car cela faisait deux semaines que nous n’avions pas eu de concert. Je ne sais pas si c’était réellement nécessaire mais rien que pour le plaisir de se retrouver, ça se justifiait. Quant à savoir si le successeur de « Matière Noire » aura le même succès, on évitera de s’interroger. Aujourd’hui, on sait seulement que l’on va enchaîner assez vite. Et puis on verra bien. Etre un vieux groupe, compte tenu de ce qu’on vit en ce moment, ça nous va bien. Etre un groupe de vieux, ça ce serait moche ! »

Impossible de ne pas sourire à cette improbable évocation quand on voit l’allure de ces gars là. Raph frappe avec une énergie sans faille. Yann et Fred imposent un duo complémentaire, complice, bondissant et bien vénère, qui bluffe tous les accros de la six cordes. Mouss ne relâche jamais la pression et enchaîne les morceaux. Quant à Tom, qui a succédé au début de l’année à Vince comme bassiste, il envoie à l’unisson du reste de la bande. Zéro complexe.

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« Je me suis toujours dit, sans trop savoir pourquoi, que nous ferions dix albums », poursuit Yann. «Je ne sais pas  si l’aventure de Mass aura encore deux autres volets, qui seraient alors les deux derniers… Nous verrons bien! L’important n’est pas dans le nombre mais dans l’envie, comme disaient Fred et Mouss avant moi, dans cette amitié forte qui nous lie et va bien au delà du groupe. Je suis convaincu qu’une grosse part de notre succès, sur scène notamment, tient à cette complicité. Je crois que le public la ressent et prend plaisir à la partager. »

Tout comme le public a répondu présent à l’invitation du Trianon en mars dernier. Une date marquée au fer rouge. Une salle parisienne pleine à craquer, sold out bien avant le jour J, un album joué dans son intégralité, complété par des titres phares des albums précédents et à la clé, un DVD live tiré à 5.000 exemplaires déjà presque épuisés avec la pré-commande alors que la sortie est prévue mi-juillet. « En matière de live de concerts, c’est vraiment énorme, » enchaîne Fred Duquesne. « Le DVD d’or est à 7.500 exemplaires, une jauge qui permet de mesurer ce résultat inattendu. »

« Après l’ enregistrement de la date à l’ Olympia en 2013, on se demandait ce qu’on ferait du Trianon, » précise encore Mouss. « A l’origine, il ne devait pas y avoir de DVD parce que précisément, les ventes sont à priori toujours décevantes et l’enregistrement bien trop coûteux. Et puis une chaîne nous a proposé de faire un film et l’histoire s’est mise en place. Cette opportunité imprévue est donc largement heureuse. Quand je vous dis que ce que nous vivons avec cet album est exceptionnel! »

Live Nation, grand ordonnateur du Main Square, ne s’y est pas trompé en les invitant. Alors Mass de retour à Arras d’ici deux , trois ans ? Les Furieux du Nord n’espèrent que ça! En attendant, la machine de guerre Mass Hysteria va poursuivre ses conquêtes et hisser haut les couleurs du metal français, continuer à semer l’espérance avec rage. Ces cinq là ne sont pas prêts d’être à bout de souffle. Furia !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– Prises de vue scène: Main Square Festival. Prises de vue crash: Download Festival France. – 

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