MAIN SQUARE FESTIVAL 2017: Record d’affluence pour la 13ème édition !

Avec 125.000 spectateurs accueillis en trois jours, le Main Square d’Arras a pulvérisé son record d’entrées. L’affiche portée par Radiohead jouait pourtant les audaces en mettant en lumière pas mal d’ artistes moins connus que les années précédentes. Ce mix gagnant dressé par Live Nation avait vu s’envoler la billetterie et plus aucun ticket n’était disponible depuis longtemps. De là à envisager que le Main Square quitte le site historique de la Citadelle pour pouvoir gonfler encore les rangs de son public, il y a un pas que personne ne semble prêt à franchir, l’enceinte offrant trois points essentiels : l’accessibilité, la sécurité et la proximité. Retour sur cette…. édition couronnée de succès.

Un océan de têtes, un espace vital qui n’atteint pas les cinq centimètres, quelques trouées dans la foule qui ne sont qu’illusoires car lorsque les premiers accords retentiront, jailliront de ces percées tous ceux qui patientaient depuis plus de deux heures en restant assis au milieu de cette forêt de jambes… Radiohead n’avait pas joué en France depuis cinq ans (et même depuis 2008 à Arras) et avait choisi le Main Square pour seul festival de l’Hexagone. C’est dire s’ils étaient attendus. Des centaines de déçus des refoulés de la billetterie britannique, des suédois, des espagnols, des allemands, des quatre coins de l’Europe les fans du groupe britannique n’avaient pas hésité à effectuer le déplacement. Les langages sont pluriels mais lorsqu’il s’agit de patienter en reprenant quelques refrains du groupe trentenaire, l’unisson est total… à peine entrecoupé par les commentaires acerbes en destination de ces naifs qui entendent traverser les 40.000 spectateurs verres de bière en main « pour rejoindre leurs copains de l’autre coté de la place ». Des audaces rarement couronnées de succès et qui prendront fin dès que « Daydreaming » ouvrira ce concert exceptionnel.

« Thom Yorke », « Desert Island Disk », « Ful Stop »… la set list dessinée par les frères Greenwood, Ed O’Brien et Phil Selway joue l’émotion et le public est en extase. Marie, la quadra belge qui avait pourtant vu le groupe la veille au Rock Werchter est submergée par l’émotion. « Ils donnent tout. Ils sont impressionnants. Je rêvais d’ entendre « My iron Lung », c’est un morceau qui a plus de vingt ans et que j’adore. Ils l’ont fait. Je ne pouvais rêver mieux. » Elle en oublie sa pancarte à destination des artistes et laisse échapper des larmes sincères.

Une dizaine d’autres morceaux phares plus loin et c’est toute la Citadelle qui salue « No Surprises », extrait de « No Computer », sans doute l’un des albums les plus célèbres de Radiohead, « No Computer » qui sera également interprété alors qu’il est généralement peu repris sur scène. Minuit sonnera l’heure des ultimes rappels, quatre titres et « Paranoid Android » pour fermer le bal. Les plus accros regretteront que « Creep » ou « Karma Police », les deux morceaux clés du parcours des britanniques aient été zappés alors qu’ils avaient été donnés au festival de Glastonbury quelques jours plus tôt. Choisir, c’est renoncer. Une discographie lourde de moments forts n’y aura pas échappé. Cette date française de Radiohead, en clôture du Main Square d’Arras restera pourtant dans les annales.

The NoFace // Green Room.

Frank Carter & The Rattlesnakes // Main Stage.

L’enthousiasme n’aura pas été le seul fait de cette énorme surprise en tête d’affiche du dernier jour. Depuis vendredi, le festival concocté par Live Nation avait su jouer la mixité entre artistes  pop, rock, folk et électro, les têtes des charts et les formations moins connues mais qui ne manqueraient pas d’ emporter le public. Bonne pioche ! Malgré une météo capricieuse vendredi, les rangs se sont rapidement resserrés au pied de la Main stage comme de la Green Room. Rendez-vous majeur des manifestations estivales, le festival arrangeois a depuis longtemps gagné ses lettres de noblesse. La programmation a toujours visé haut et les souvenirs de ces soirées incroyables sur la Grand Place d’abord, entre les remparts de la Citadelle ensuite n’en finissent pas de résonner.

The Inspector Cluzo a fait l’unanimité et attiré la grande foule malgré un horaire de passage relativement précoce. Le tandem gascon qui dans son autre vie élève des oies selon le mode bio et propose ses foies gras sur les étals des marchés du Sud Ouest distille un rock tout aussi viscéral et passionné. La musicalité est haut de gamme et la bonne humeur sur scène certifiée sans OGM comme leurs partitions désormais aussi nettement reconnaissables que les valeurs qu’ils s’efforcent de transmettre.

Mat Bastard ayant migré pour une carrière solo, exit Skip the Use. Mais les quatre musiciens restant n’ont pas pour autant renoncé et c’est en s’appuyant sur un concept anonyme, sorte de masque barré d’une crois blanche, qu’ils ont décidé de revenir. Faisant table rase de la notoriété passée, poursuivant avec cette expérience déjà solide mais jouant la carte de la virginité coté références, The No Face s’est attaché la présence (et la voix) de la magnifique Oma Joli, chanteuse d’origine camerounaise. L’album est attendu avant la fin de l’année, à l’automne selon toutes vraisemblances. En attendant, sur scène, ces cinq là cartonnent avec un rock puissant aux couleurs différentes et le Main Square leur a réservé une ovation largement justifiée.

Dilemme toujours compliqué, pour ne pas dire insoluble, des festivals à scènes multiples, il fallait amputer The No Face d’une bonne demi heure si on voulait voir Frank Carter and the Rattlesnakes sur la Main Stage. Après un détour par le punk, l’over tatoué Franck Carter a retrouvé le chemin de son ADN avec des sons radicalement hardcore voilà deux ans avec sa nouvelle formation et un premier opus qui avait surpris. Le second frappe encore plus fort. Riche d’une production plus puissante, « Modern Ruin » offre aux britanniques les plus belles scènes. Bondissant et arpentant celle d’ Arras avec une énergie no limit, Franck Carter n’a pas mis longtemps à convaincre ceux qui ne le connaissaient pas encore.

Don Broco // Green Room.

Biffy Clyro // Main Stage.

Après Don Broco, brochette de quatre anglais plutôt pas moches (on a dit « pas le physique » ok ! Mais au vu des cris enthousiastes de la gente féminine à chaque approche de Rob Damiani, le chanteur, on ne va pas pousser l’hypocrisie plus loin : la voix ne faisait pas tout !!) qui taille sa route depuis près de dix ans et avait marqué le public parisien en ouvrant pour Bring Me The Horizon lors de leur dernier passage au Zénith, pop rock, énergie et bonne humeur garantis, Biffy Clyro était très attendu.

Ne tenant pas en place, sémillant dans son pantalon rose assez large sous torse nu, Simon Neil a la frénésie de ceux qui veulent tout donner, de la première à la dernière note. Avec les jumeaux James et Ben Johnston, le trio écossais s’inscrit depuis plusieurs mois au sommet des affiches ou s’offre des premières parties assez spectaculaires, comme celle du récent concert des Guns N’ Roses au Stade de France. Leur passage à l’Olympia en janvier avait également donné envie de les revoir très vite, un succès porté par « Ellipse », dernier album en date du groupe. Buffy Clyro était déjà passé par Arras en 2013. Quatre ans plus tard, on sent le groupe riche d’une puissance encore plus affirmée, la scène étant bien leur terrain de jeu préféré. Le set d’une heure a semblé bien trop court à leurs fans venus par milliers reprendre en choeur les tubes de ces trois là dont le succès sera bientôt planétaire.

Machine Gun Kelly // Green Room.

Soulwax // Green Room.

Difficile de boucler cette première journée de festival sans parler de Machine Gun Kelly (lassé par les inévitables comparaisons avec Eminem, MGK essaie de ne plus les entendre et se consacre à sa musique. Le premier rappeur blanc à avoir décroché trois victoires successives au fameux show de l’Apollo Theater a puisé dans ses deux albums ses morceaux les plus emblématiques et livré une interprétation pleine d’énergie, au flow impressionnant), Soulwax (les belges ont épaté avec une mise en scène particulièrement originale et soignée, un rock électro brillant) et bien évidemment System of a Down. La tête d’affiche du jour a ravi ceux qui les suivent depuis plus de vingt ans, un peu étonné ceux qui ne les avaient encore jamais vu sur scène. Comme au Downland, à Brétigny sur Orge début juin, les californiens ont enchainé les titres sans échange avec le public, sans davantage de communication sur scène. Sans perdre une minute, les titres s’enchainent comme si le temps était compté. Pas de quoi entacher cependant un concert toujours aussi brillamment servi par la voix grave de Serj Tankian, le leader qui n’a rien perdu de sa fameuse tessiture.

Après avoir programmé Iron Maiden à l’occasion des dix ans du Main Square et en figure de de proue d’un jeudi rajouté aux trois jours habituels du festival, après Mass Hysteria qui a embarqué plus de 30.000 spectateurs l’an dernier, Live Nation a visiblement raison de jouer la carte du metal. ce nouvel atout dans l’affiche séduit au delà de toute attente. Pour leur dernière date dans l’Hexagone, System of a Down a eu droit à un accueil plus que triomphal.

Talisco // Main Stage.

Xavier Rudd // Green Room.

La pluie annoncée le samedi a eu le bon goût de ne se manifester que par épisodes nocturnes. De quoi permettre à Talisco et son rock matiné d’électro, tendance magnifiques décors et grands sentiments, de s’offrir en beauté à ceux qui ne le connaissaient qu’à travers ses deux albums.

Dans un genre radicalement différent mais tout aussi spectaculaire, Xavier Rudd a lui aussi embarqué le public vers son Australie natale, ses instruments inédits comme le didgeridoo et ses partitions aborigènes revissées avec des mélopées uniques. Homme orchestre, artiste et citoyen engagé, militant pour de nombreuses causes écologiques, le musicien a aussi été élu « végétarien australien le plus sexy ». Après sa prestation au Main Square, on peut comprendre sinon la légitimité de ce titre, au moins les raisons qui ont pu l’expliquer !

Cage The Elephant // Main Stage.

Cage the Elephant a constitué l’une des belles découvertes de la journée. Les américains, établis depuis dix ans à Londres, dont le dernier album en date a été produit par Dan Auerbach des Black Keys (salué d’un Grammy du meilleur album rock en février dernier, excusez du peu!), sont de vraies bêtes de scène. Musicalement, c’est un mélange unique qui renvoie aux origines de la brit pop la plus pure avec une modernité incroyable. N’ignorant rien de ses ressemblances avec Mike Jagger, Matt Schultz, le chanteur, porte la chemise centrée et le pantalon pattes d’eph’ avec naturel et chante avec la même ferveur bondissante que son illustre ainé. Mais Cage the Elephant ne se réduit surtout pas à un copier coller de ce qui a été. C’est au contraire totalement original malgré ces références assumées.

Au regard de la densité de la foule qui les attendait, Rag N’ Bone Man et Jain avaient beau ne pas fermer le ban, c’étaient bien eux les artistes les plus attendus de la journée. Depuis plus d’un an, la toulousaine n’en finit pas de croiser le succès. Un premier album qui a tout raflé, des récompenses de la part du public comme de la profession, des concerts sold out, la jeune femme est cet été l’une des artistes les plus programmés, à l’instar des Insus ou de Louise Attaque l’an dernier. Autant dire que lorsqu’elle débarque sur scène avec sa désormais fameuse combishort noire à col Claudine immaculée, c’est un tonnerre d’applaudissements qui l’a accueilli. Un public familial, beaucoup de jeunes filles également, qui attendaient patiemment et soudain se déchainent et se mettent à danser aux sonorités électro hip-hop colorées d’Afrique de leur idole. La communion est totale et lorsque Jain termine son set dans sa fameuse bulle géante, portée par des festivaliers qui espéraient que le Main Square n’échapperait pas à cette sortie, c’est une foule euphorique qui accompagne la traversée.

Quant à Rag ‘N’ Bone Man, il fallait avoir sacrément anticipé pour réussir à le voir car le public avait depuis longtemps envahi les abords de la Green Room. Une demi heure avant le concert, plus possible de se rapprocher. C’est depuis le milieu de la Citadelle, entre stand de crêpes ou de wraps, que certains ont du se contenter d’entendre la voix si habitée et roborative de celui qui est l’un des phénomènes de la musique actuelle.

Rag ‘N’ Bone Man // Green Room.

Jain // Main Stage.

Un peu plus tard Die Antwoord a également fait le « chaud ». Excessif en tout, refusant la présence du moindre photographe devant la scène, repoussant les limites des décibels ce qui empêchait toute conversation à peu près normale à des centaines de mètres à la ronde, montrant volontiers leurs sous vêtements, les sud africains sont toujours aussi spectaculaires, choquants pour les uns, modernes pour les autres.

Plus consensuel et désormais mondialement reconnu, Major Lazer (la formation montée par Diplo, le fameux producteur et compositeur adoubé par les plus grands, de Madonna à Beyoncé en passant par Snoop) est une machine à tubes, la plus efficace des invitations à danser. le quatrième album du groupe a enchainé les tubes. Ce deuxième jour a pu s’achever dans une joyeuse euphorie.

The Lemon Twigs // Green Room.

La Femme // Main Stage.

Radiohead ne serait pas sur scène avant la fin de journée mais nombreux étaient ceux qui se sont octroyés une place inamovible dès l’ouverture des portes de ce dernier jour. Mieux… la plupart ont même couru pour ne pas se faire voler cet espace convoité depuis des mois. Cette détermination aura finalement été fructueuse puisqu’elle aura permis à ces stakhanovistes de l’attente de belles « rencontres » parmi lesquelles Seasick Steve. Avec sa barbe blanche, ses stigmates laissées par une vie pas toujours douce, le bluesman américain bientôt octogénaire était impressionnant de virtuosité. Sur des instruments plus cabossés que lui, des guitares uniques en leur genre, Seasick Steve (né Steven Wold) est une sorte de légende vivante. Ami de Janis Joplin, chanteur dans les stations du métro parisien, ayant vécu mille vies, il exporte son blues et sa bonne humeur aux quatre coins du monde sans jamais se lasser. Son sourire en dit long. Son regard exprime bien plus encore. Un très très grand Monsieur.

Savages // Main Stage.

Et puis on retiendra aussi Savages, le groupe britannique post punk qui depuis six ans taille sa route avec minutie. Impressionnantes dès leur premier concert en 2012, les quatre jeunes femmes  à la prestance parfois gouailleuse, toutes de noir vêtues, affichent une féminité qui n’empêchent ni  les couplets puissants ni les riffs bien musclés. Elles ont littéralement bluffé un auditoire qui ne s’attendaient pas à une prestation aussi forte, rock et élégante.

La prochaine édition du Mainsquare se déroulera les 5, 6 et 7 juillet 2018. La programmation réussira t-elle à exploser les compteurs, ce record de 42.000 visiteurs chaque jour ? La configuration du site lui-même offre un début de réponse : les fortifications de la Citadelle ne peuvent être repoussées. Le site a déjà gagné en espace par de subtils aménagements du coté de la Green Room, les hauteurs ont largement été revues dans leurs « mises en scènes » pour permettre de jolies échappées, quelques bouffées de presque tranquillité entre expo, massage, restauration et espaces de repos  mais il sera difficile d’agencer différemment pour gagner encore sur un lieu porteur de contraintes… mais au final porteur de ces points essentiels que sont l’accessibilité et la sécurité. Une sécurité encore accrue cette année du fait du contexte et qui aura elle aussi permis à la manifestation de ne pas connaître de fausses notes. Arras est désormais une étape incontournable, pour les artistes comme pour les festivaliers. L’un des plus beaux fleurons de la planète Live Nation.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

MAIN SQUARE FESTIVAL: Biffy Clyro n’en finit pas de séduire !

Quatre ans après un premier passage en terres arrageoises, Biffy Clyro était de retour au Main Square Festival 2017 et cette fois, en co-headliner. Une progression logique pour les trois britanniques à la popularité croissante.

Un mélange détonnant d’assurance, d’humour et de nonchalance, à l’image peut-être de la tenue du séduisant Simon Neil (torse nu over tatoué-pantalon framboise à pattes d’éléphant tout droit sorti des seventies), une chose est sûre, le combo fonctionne : en pénétrant sur la Main Stage, ce sont des milliers de spectateurs enthousiastes qui acclament le trio de Biffy Clyro.

Véritable bête de scène, gonflé à l’énergie no-limit et survolté par les premières parties offertes par Guns N’Roses durant leur tournée européenne, Simon Neil donne le ton. « Nous sommes Biffy the f… Clyro et nous venons d’Ecosse. » Concis mais suffisant pour faire grimper d’un cran supplémentaire les regards énamourés qui se portent vers lui. C’est parti pour une heure de show faisant la part belle aux élans vocaux, aux riffs puissants du leader mais aussi à la batterie de Ben Johnston et à la basse de James, son jumeau.

En sept albums studio  et plus encore depuis les deux derniers opus, « Opposites », en 2013 et le tout récent « Ellipsis », les écossais se sont inscrits en accords majeurs dans les charts internationaux et leurs tournées ne cessent de jouer les prolongations. Refusant les classements réducteurs, se reconnaissant rock dès ses origines en 1995,  flirtant depuis dix ans avec le metal, ce qui a valu cet élargissement de l’auditoire, un disque d’or en Grande Bretagne voilà dix ans avec «Puzzle»,  et un disque de platine trois ans plus tard pour « Only Revolutions », Biffy Clyro n’est jamais meilleur que devant les très grandes assemblées.

Habitués des stades, du Parc des Princes (Paris) comme de Wembley (Londres), les écossais se dopent à cette adrénaline particulière et c’est là qu’ils enregistrent des albums live explosifs. Qu’ils soient tête d’affiche, ouvrent pour les Foo Fighters ou les Gun’s N’Roses (le stade de France en Juillet restera longtemps dans les mémoires). A Arras, les treize titres, depuis « Wolves of Winter » jusqu’à «Stingin’Belle» en passant par l’incontournable « Biblical » se sont enchaînés sans temps morts. Une fois de plus les écossais ont séduit. Evidents.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Le Main Square Festival a eu raison de parier sur Band Of Horses

Quelques jours après la sortie de leur nouvel album, Band Of Horses passait par les scènes du Main Square. Un retour en France très attendu et l’occasion de rencontrer Ben Bridwell, touchant de sincérité enthousiaste.

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Assis à côté de ses musiciens dans une cour de la Citadelle, Ben Bridwell, leader de Band of Horses, traque les rayons de soleil en ce dimanche de début juillet pas franchement estival côté températures. Les lunettes aviateur sous l’inséparable casquette, le col de son blouson de jean relevé, il plaisante sur le vent qui fait voler quelques feuilles avant de lancer : « En fait, je me fiche un peu de la météo… C’est juste pour la plaisanterie. Car être ici, en France, dans ce lieu fantastique, figurer parmi la programmation de ce festival prestigieux… je suis si heureux, si fier. Il pourrait pleuvoir que ça n’aurait pas d’importance. Enfin, si le soleil peut rester, ce ne serait pas mal non plus. Nous sommes vraiment honorés, si chanceux… » Le regard balaie l’espace. Des techniciens croisent des attachées de presse qui discutent avec des représentants de labels tandis que des managers discutent avec des gars de la sécu et que des parties de tennis de table endiablées font jaillir des cris enthousiastes d’un groupe de rappeurs que l’on aurait pensé peu sportifs… Va et vient habituels des arrières cours de festival. Rien de vraiment inédit mais Ben Bridwell observe avec amusement. « J’aime ces ambiances, ces moments avant que la vague se déchaine. Au fil des heures, la tension monte, le concert se rapproche et puis il faut quitter cet espèce de cocon pour affronter le public. Le temps passe alors si vite qu’en repassant par ici pour gagner les loges, on se dit : « Déjà fini! » Le décompression fait monter la nostalgie. Quand les choses se passent bien, c’est toujours comme ça… Cette fois au moins, je pourrai me dire que je reviens en France en février pour une date à Paris. Je suis vraiment honoré, je vous dis… »

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Il est vrai que le chemin parcouru en douze ans par son groupe a été incroyable et non dénué de chances. Formé en 2004 par Ben Bridwell, Matt Brooke, Chris Early et Tim Miening, le groupe se fait très vite remarquer par le label Sub Pop Records, accessoirement label de Nirvana, The Postal Service et The Shins. Un premier single « The Funeral » et ce sont des dizaines de droits pour inclure ce titre aux génériques des séries télé au succès international : d’ « Esprits Criminels » aux « Frères Scott », de « Kyle XY » à « How I met your Mother », jusqu’à Guillaume Canet qui l’inscrit dans la BO de ses « Petits Mouchoirs » en 2010. « Je pourrais vous dire que c’est pénible car on nous parle toujours de ce titre vieux de dix ans, je pourrais insister et grogner « mais non les gars, on vient de sortir un album, c’est ça qui compte! » Ouais… je pourrais… Mais la vérité c’est que cette musique extraite de nos albums et glissée dans des séries ou des émissions sur les sports extrêmes est une sacrée chance. Elle nous permet de prendre notre temps car elle nous procure suffisamment d’argent pour cela. Il faudrait être fou et ingrat pour ne pas le reconnaître, » s’enthousiasme le musicien. « Je ne sais pas ce qui nous vaut ce parcours. Après « The Funeral », « The general specific» a été prise dans « Gossip », « No one’s gonna love you » dans « Chuck » … C’est vraiment cool! Je crois que nous devions être programmés pour tout cela. Avoir la chance de prendre notre temps et sortir des albums sans pression. »

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Des albums, il y en a eu cinq depuis « Everything all the Time » dont un superbe opus acoustique en 2014 et puis le tout nouveau, sorti en juin chez Caroline International. « Je ne sais pas si je peux l’avouer mais j’ai ressenti une forme de soulagement quand le disque a été fini. J’avais l’impression de le porter depuis si longtemps… et tellement d’impatience à voir ce qui lui suivrait,» commente Ben Bridwell. « Pour « Why are you Ok » comme pour les albums précédents, j’ai composé toutes les chansons. Il faut dire que je ne sais pas très bien travailler à plusieurs. Alors je cherche, je tâtonne. Je ne suis bon en aucun instrument alors je crée entre piano (dont je joue mal mais je trouve que c’est l’instrument parfait pour trouver une mélodie) et guitares. Parfois, une ligne est fluide et inspire des mots… Parfois je rame davantage. Au final, je l’espère en tout cas, mes chansons reflètent l’état d’esprit dans lequel je me trouve au moment où j’écris ainsi que les sujets qui m’interpellent et dont j’ai envie que les gens qui entendront se mettent à parler… Il est arrivé longtemps d’avoir une forme de complexe d’écriture. Quand on lit de grands auteurs, on se sent si petit… J’avais peur de ce que les gens pouvaient dire, des effets sur ma famille… Maintenant, à quelques petites années de la quarantaine, je me suis dit que je pouvais lâcher la bride et faire simple. Ecrire comme j’avais envie sur ce que j’avais envie. Cette authenticité presque nouvelle me permet de me retrouver pleinement dans ce disque. je suis vraiment heureux de ça. »

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L’américain caresse sa barbe, soudain songeur. Puis dans un grand éclat de rire, il lance : « Mais je m’aperçois que j’ai quand même oublié un instrument essentiel dans la liste de ceux avec lesquels je compose : j’écris aussi au babyphone! » Face aux regards visiblement quelque peu interrogatifs, il rit plus fort encore et poursuit: « Oui, le temps a passé depuis nos précédents albums. J’ai eu d’autres enfants. J’ai quatre filles (je sais.. quatre filles !!!) et la plus jeune est toute petite donc je ne peux pas la laisser sans surveillance. Alors comme je fais tout chez moi, comme j’enregistre dans mon garage transformé en studio et que je compose dans mon salon et bien, j’ai une main sur le piano et l’autre qui approche l’appareil pour vérifier que tout va bien. Peut être que ça influe sur l’écriture… qui sait ? Je dont je suis certain c’est que j’ai besoin de l’harmonie entre ces mondes différents pour être heureux. Les tournées avec le groupe, où l’on nous protège et où on est constamment à notre écoute… et le retour at home où je dois, à mon tour, être à l’écoute de ma famille, veiller sur ma femme et mes filles.»

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Si Ben Bridwell a réussi à s’affranchir de certaines pressions, il restait cependant les attentes du public (et inévitablement de son label), l’ annonce d’un nouvel album de Band of Horses déchaînant toujours curiosités et passions. Il a essayé une fois de plus de s’en extraire. « Evidemment, on n’a envie de trahir personne à commencer par nous-mêmes mais quand je compose, je suis réellement loin et je préfère garder le cap uniquement vers le but à atteindre. Si je devais écouter les attentes, ce serait prendre le risque de se fier à de mauvaises sirènes et faire naufrage du coup… »

Et le cap était visiblement le bon à l’écoute de ce nouveau disque de Band of Horses, splendide d’un bout à l’autre. La voix si particulière du chanteur est plus assurée. les compositions sont léchées et on ressent une parfaite cohésion du groupe, un esprit qui ne figurait pas aussi pleinement sur le précédent album. Le patchwork émotionnel est au rendez-vous, les rythmiques jouent entre sobriété et folles envolées, les guitares sont toujours aussi magnifiquement présentes. La patte de Jason Lytle peut être, à qui a été confié la production. Une chose est certaine, avec « Why are you Ok», Band Of Horses renoue avec une pop subtile tout à fait unique. Le public du Main Square leur a réservé un accueil à la hauteur, reprenant en choeur les titres qui ont fait leur renommée. L’instant a donc passé très vite… pour les spectateurs comme pour les musiciens. Mais comme le faisait observer Ben Bridwell quelques heures plus tôt : « en février, nous reviendrons à Paris, à l’Elysée Montmartre. En musique comme en tout domaine, savoir que l’on revient vite permet de ne pas rester dans la nostalgie de ce qui se termine. »

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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Macklemore & Ryan Lewis ambiance le Main Square Festival !

On ne va pas se mentir : le garçon qui n’est pas moche, a le sourire généreux et fabrique des tubes planétaires à la pelle, part déjà avec quelques arguments d’avance. Si on ajoute que son détour en France sera unique alors on frôle la frénésie. C’est donc avec un enthousiasme que rien n’aurait su entamer que plus de 35.000 fans se sont pressés au plus près de la scène où allaient évoluer Macklemore (et Ryan Lewis) en ce deuxième jour de Main Square d’Arras, journée à guichets fermés en grande partie grâce à la présence de ces deux là.
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On sait le tandem complice et gentiment moqueur, faiseur d’ambiance comme personne. Le show fut à la hauteur d’espérance. Fidèle à ses habitudes, Ryan Lewis, la silhouette toute en finesse surmontée de son incontournable snapback, fait son entrée les bras levés. Quelques instants à peine et déjà, le DJ balance ses premiers beats, rapidement rejoint par son acolyte au flow impressionnant. Macklemore, monté sur ressorts, visiblement heureux d’être à l’affiche de cet important festival français, ne boude pas son plaisir. Le sourire est large et les yeux pétillants scrutent cette immense marée humaine réunie pour eux dans cette magnifique Citadelle d’ Arras.

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Le garçon sait faire. Le rappeur de Seattle a beau être encore jeune, grâce à son rap balayé de folk irlandais et la présence du DJ, il a signé l’un des plus gros cartons en matière d’albums de ces dernières années. L’album du duo a remporté quatre Grammy Awards, s’est vendu à des millions d’exemplaires et propulsé ses auteurs des clubs aux salles et festivals les plus renommés de part le monde. C’est donc peu dire que Macklemore a le sens du show. Il a déjà suffisamment arpenté de scènes pour connaître les meilleurs ficelles, celles propres à s’attirer les sourires et les regards énamourés. « Je crois que la France est le pays où je préfère jouer! » lance t’il avec une apparente candeur. Les hourras résonnent en déferlante joyeuse. Mais ne se laissant pas interrompre dans son récit, il poursuit avec une anecdote qui a la couleur du vrai mais est probablement sortie tout droit du scénario de la soirée : « Je me suis fait contrôler à l’aéroport. En fait, la police m’a confondu avec un  cousin je pense. Il est vrai que j’ai quelques boulets irlandais dans ma famille, » conclut-il en riant avant de lancer les premières notes de « Brad Pitt’s Cousin », l’un de ses titres les plus célèbres. La foule joue les choeurs. Le concert est bel et bien lancé et le rythme ne cédera plus rien avant l’accord final.

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Les lights sont magnifiques et parties intégrantes du spectacle. Des danseuses rejoignent les deux hommes sur scène ainsi que des cuivres. « C’est énorme, génialissime! » hurle une jeune fille venue spécialement de Marseille. « Vive le Main Square! » Une joie partagée qui n’empêche pas Macklemore de se montrer plus graves et même de provoquer une forte émotion quand il évoque les victimes des attentats de Paris, Bruxelles et Orlando. Le message d’amour et de tolérance est juste, sans artifice pour le coup et sans pathos, de quoi enchaîner avec le très émouvant « Same Love ». Puis le rire et la joyeuse pagaille apparente reprennent le dessus. En interprétant« Thrift Shop », le rappeur n’hésite pas à se parer d’une fourrure au chic inclassable. PETA s’abstenir! « Can’t hold us » et « Dance off » sont elles aussi de la partie. « Downtown » clôturera cette heure et demi de plaisir majuscule. D’un côté de la scène comme de l’autre.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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Main Square Festival 2016: de l’inédit côté scène et côté site

Les Insus, Louise Attaque, The Offsprings, Bear’s Den, Macklemore et Ryan Lewis mais aussi Disclosure, Ellie Goulding, Nekfeu et Yelawolf… Malgré une offre moins fournie en grosses tournées internationales, l’édition 2016 du Main Square d’Arras s’annonce pourtant diversifiée, inventive et haut de gamme. De la pop, du rock et une grosse programmation électro, des noms légendaires et des groupes qui ne sont pas près de dire leurs derniers mots, difficile de résister à la tentation.            

L’édition 2015 du Main Square restera longtemps dans les mémoires. Plus belle et plus forte encore que la précédente, celle des dix ans. The Script, Pharell Williams, Lenny Kravitz, James Bay, Mumford and Sons… il faut dire qu’ils étaient tous là l’an dernier, tous ceux que le public plébiscite et qui truste les premières places des hits.

Et puis aussi, accessoirement, il y avait Muse. Un moment totalement improbable, durablement inscrit dans la mémoire des festivaliers. Matthew Bellamy servant ses solos (sans sourire, mais c’est peut-être un style) devant 40.000 spectateurs massés dans la cour et oscillant au gré des demandes de passages inconscientes. Pas question de perdre sa place. N’envisagez même pas la pause Kronenbourg ou pipi… Circulez, il y a Muse à voir alors on ne bouge pas! Vu comme ça, le moment parait étonnant. En vérité, à part pour les agoraphobes purs et dures, ce concert fut d’anthologie, le moment joyeusement intense et épique, d’une ambiance exceptionnelle et musicalement, parmi les meilleurs servis par le trio britannique.

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Iggy Pop.

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Macklemore & Ryan Lewis.

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Louise Attaque.

Editors-Photo-by-Rahi-Rezvani

Editors.

Après ça évidemment, la barre est haute. Armel Campagna, directeur du Main Square (et président de Live Nation France Festivals) a pourtant réussi à ce que la comparaison puisse être soutenue. Pas de Red Hot Chili Peppers comme un temps murmuré, puisqu’ils ne tournent pas cet été mais l’inoxydable Iggy Pop, véritable légende du rock, The Offspring et son punk californien toujours aussi percutant après trois décennies, Macklemore et le DJ Ryan Lewis, qui mettent les salles en feu avec leur rap festif mâtiné de folk irlandais, le spectaculaire Yelawolf, Nekfeu, le jeune prodige français du rap dont l’album « Feu » a été le plus gros succès de l’année dernière dans sa catégorie.

Louise Attaque, qui revient après dix ans de silence et dont la récente sortie d’ « Anomalie», leur dernier opus, a été unanimement salué, sera aussi de la fête. Les deux frères de Disclosure, Editors, le trio londonien de Bear’s Den encore qui parcourt le monde et sera donc en escale exceptionnelle dans le Nord avec ses refrains littéraires et son style acoustique.

l.e.j

L.E.J.

NINTCHDBPICT000197224735Ellie Goulding.

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Mass Hysteria.

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Les Insus.

La gente féminine ne sera pas en reste avec les toutes jeunes Marina Kaye, les demoiselles de L.E.J., Jeanne Added, qui depuis plus d’un an est celle que les programmateurs se disputent et bien sûr, la magnifique Ellie Goulding. Six millions d’albums vendues, une présence ininterrompue dans les charts internationaux depuis six ans, trois albums et une dizaine de singles qui ont tous été des cartons,  une quarantaine de disques de platine… La meilleure amie de Taylor Swift et Katy Perry bouge sur scène comme personne. Le public d’Arras devrait lui faire une ovation!

Une percée rock metal également avec les français de Mass Hysteria, qui eux aussi, vingt ans après leurs débuts, jouent tournée gagnante. Sans oublier ceux qui vont faire venir de très loin, les Insus (ex Téléphone) dont le seul nom remplit les salles en l’espace de quelques minutes. Ils ont minutieusement choisi leur tournée d’été et ils seront au Main Square.

L’an dernier, le record de fréquentation a été battu avec 120.000 visiteurs en trois jours. Une jauge maximum pour un confort et une sécurité maintenus. Le festival s’est joué à guichets fermés mais l’offre de billets ne pourra pas grossir, les murs de la Citadelle, classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, ne pouvant être repoussés. Soucieux néanmoins du confort du public et convaincu que des améliorations restent toujours possibles, l’équipe organisatrice a décidé de prendre de la hauteur… en aménageant le haut des remparts. L’endroit sera engazonné et ces oasis inattendus offriront dix pour cents de surface supplémentaire au site, de quoi améliorer sensiblement l’accueil du public.

Autre réflexion accrue aussi, celle de la sécurité. Les dramatiques évènements du Bataclan résonnent encore et des échanges avec la Préfecture sont toujours en cours. Même si le Festival est très bon enfant et sans débordements, les consignes données aux agents chargés de la sécurité et de l’accueil seront donc logiquement plus strictes, un portique se dressant même peut-être à l’entrée du site.

Une affiche originale propre à séduire le plus large, un site encore plus attractif… la fête promet donc d’être belle en ce premier week-end de Juillet du côté d’Arras.

M.M.

– http://mainsquarefestival.fr

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Main Square Festival 2015: Sam Smith, l’émotion haut de gamme

Pour son deuxième concert depuis une intervention qui l’avait réduit à un silence de plusieurs semaines, Sam Smith, prodige de la soul mondial, a reçu les honneurs du Main Square Festival. Quand l’émotion voyage en première classe.                          DSC_5907

Il a laissé ses musiciens et ses trois choristes s’installer puis il a fait une entrée discrète. Même si parler de discrétion quand des milliers de personnes se disputent le moindre espace, allées voisines de la scène comprises, pour venir vous applaudir est peut-être audacieux. Il a tenté en tout cas. Une avancée timide, un regard humide et un sourire qui reflète l’émotion face à ce parterre qui n’attendait que lui… Sam Smith a beau avoir raflé quatre Grammy Awards en début d’année, être invité sur toutes les scènes du monde et sollicité pour partager des duos avec les plus grands depuis la sortie de « In the lonely hour », son premier album, il n’en reste pas moins un jeune homme de vingt trois ans que rien ne prédestinait à un parcours aussi fulgurant. Et le fait que la chanteuse Lilly Allen soit sa cousine ne lui est jamais apparu comme ouvrant davantage les voies de la renommée.

Il ne lui aura pourtant fallu que cinq ans, depuis son installation seul à Londres, avec pour tout bagage son envie inattaquable de se consacrer à la musique. Cinq ans et un beau jour, alors qu’il avait déjà étudié le chant et la composition, montré son talent dans de nombreuses chorales et formations amateurs, Sam Smith fait la connaissance de Disclosure, le groupe d’électro anglais. Fin 2012, il chante sur leur single « Latch », qui devient un tube. Il sort alors son premier titre, « Lay me down » puis participe au fameux « La, La, La » de Naughty Boy. La chanson est un succès mondial. Sam Smith, porté par ce succès, enregistre à l’été 2013 son premier EP, « Nirvana », où figure « Stay with me »… L’histoire est en marche.

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« In the lonely Hour », un an plus tard, entre directement dans les sommets des charts britanniques. Le monde entier fait désormais les yeux doux à cet artiste qui semble pourtant  douter encore de ce qui lui arrive. Malgré les millions d’albums vendus et les dizaines de récompenses décrochées partout dans le monde. Malgré ses tentatives de se persuader qu’il est une diva, comme il le répète en plaisantant : « Très jeune, je passais mes journées à écouter Whitney Houston, Céline Dion. J’ai toujours adoré également Stevie Wonder. Tous ces artistes dont la voix est  bluffante me faisaient rêver. En riant, je dis souvent que moi aussi, un jour, je serais peut-être pris pour une diva. Ca fait dix ans que je me vois uniquement en chanteur alors tout est possible puisque tout est déjà si incroyable! »

En attendant d’être une diva, Sam Smith reste très connecté à la réalité de la vie, la sienne notamment, dont il ne tient pas à perdre de vue l’origine, les joies, les peines. Un besoin d’ancrage et de vérité, un souci de transparence qui ont beaucoup joué dans sa décision de révéler son homosexualité. Pas envie de devoir mimer des amours improbables avec de superbes mannequins alors que ce sont les jeunes hommes qui le font fantasmer. Il ne s’agissait pas pour lui de se justifier. Et pourquoi aurait-il eu à la faire? Juste être raccord entre ses deux personnes, publique et privée.

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Mais comme ses textes sont très beaux et l’amour universel, aucun de ses titres ne parlant d’un homme ou d’une femme en particulier, chacun a finalement pu continuer à s’y retrouver. « On me dit parfois que je fais penser à Adele. Cela me touche énormément car c’est une très belle personne avec cette voix si extraordinaire. Elle ne joue pas et ne cherche pas à se faire passer pour ce qu’elle n’est pas. C’est peut-être aussi parce que nous ne trichons pas et ne cherchons pas à dissimuler nos failles que les gens nous comparent et nous aiment bien. »

Une authenticité qui a été payante jusqu’ici : « Money on my mind », premier single à succès de l’album, conte l’histoire d’un auteur qui se moquait de ses écrits et n’y voyait qu’une fin pour faire fortune. Cette absence totale d’amour pour la musique l’a choqué, il en a fait un titre… Bonne pioche! Quant à « Stay with me », Sam Smith a longuement raconté qu’il ne remercierait sans doute jamais assez celui qui l’avait quitté et inspiré ce titre gagnant.

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Opéré à la fin du  printemps d’un problème aux cordes vocales, le jeune homme avait connu une période empreinte de doutes, largement partagée sur les réseaux sociaux. Ses millions de followers l’avaient alors assuré de son soutien et sa fragilité non déguisée avait touché. On avait néanmoins craint que le chanteur ne puisse être présent au Main Square. Son retour et sa performance quelques jours plus tôt au Forest Live Festival avait levé les doutes. Son interprétation toute en nuances d’ « I’m not the Only One » en ouverture de concert à Arras a confirmé dès les premières notes que Sam Smith n’avait effectivement rien perdu de sa superbe. En anglais posé, très souriant, il a tenu à souligner, avec une émotion non feinte : « C’est le deuxième concert après mon opération et c’est la première fois que je joue dans un festival français. Cela a beaucoup de sens pour moi. Merci d’être là. »

Il n’en fallait pas davantage pour que le public exulte et que se soulèvent encore plus haut les pancartes porteuses de messages. Il les regarde, s’approche de leurs auteurs, envoie un baiser de la main. Touché. Ne boudant pas son plaisir et conscient de l’immense succès qu’il est en train de vivre ce soir là encore. Ses choristes le regardent avec une complicité respectueuse. Il a beau être très jeune, d’une humilité totale, c’est lui le Boss qui a pensé et mis en place ce show superbe et élégant jusque dans sa mise en scène et ses éclairages.

Sur la Main Stage, Mumford and Sons a commencé son concert depuis dix minutes mais nombre de leurs fans sont encore devant la Green Room. Impossible pour eux de quitter ce moment soul, si intensément beau. Lorsqu’il faudra s’y résoudre pourtant, parce que le plateau s’est vidé, le public s’égraine avec un silence inhabituel. Comme pour laisser résonner encore la voix si bouleversante de Sam Smith. Incroyable moment.

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

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Main Square Festival 2015: James Bay, le calme plus fort que le chaos

Une première date française en début d’année aux Etoiles, petite salle parisienne intimiste. Un Trabendo, toujours à Paris, sold out bien avant ce nouveau concert de la mi-juin. Et revoilà James Bay de retour quelques jours plus tard, face au public de la Green Room. Le Main Square a entendu l’appel de fans du jeune londonien. Un premier festival français qui ne lui a malheureusement pas offert le succès auquel il pouvait prétendre.

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La concurrence était perdue d’avance. Et les fans de Muse bien trop mordus pour se laisser tenter par autre chose que la plus grande proximité avec leurs idoles. Deux heures avant l’ouverture de la Citadelle, ils attendaient déjà par centaines, malgré la chaleur et la dizaine d’heures séparant du concert. Alors une fois passés les contrôles, c’est peu dire qu’ils se sont rués au pied de la Main Stage. Rien ensuite n’aurait pu venir les en déloger (de quoi provoquer même parfois quelques propos irascibles et moments de tension si d’aucun avait le malheur de les déplacer de quelques centimètres. C’était « leurs » places, qu’on se le dise!) Même pas l’envie pourtant réelle parfois de découvrir autre chose sur la scène voisine. Tant mieux pour les artistes qui se sont succédés avant Matthew Bellamy! Tant mieux pour Skip The Use, le régional de l’étape, qui sait comme personne faire réagir les foules et a pu profiter de plus de 30.000 spectateurs survoltés, prêts à jouer à « 1,2,3… soleil » avec Mat Bastard. Beaucoup moins bien en revanche pour ceux qui se succédaient sur la Green Room alors que l’affiche était vraiment belle.

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C’est ce challenge compliqué qui n’a sans doute pas permis à James Bay l’auditoire escompté. Le jeune auteur-compositeur natif d’Hutchin, en Angleterre, a pourtant débarqué avec le sourire, le regard dissimulé derrière des RayBan vintage, son fameux Fedora couvrant une longue chevelure brune désormais célèbre. « Bonjour, my name is James Bay! » Suffisant pour déclencher l’enthousiasme des premiers rangs, debout devant la scène alors qu’un peu plus loin, assis dans l’herbe, le reste du public écoute avec une attention plus discrète.

En quelques mois, le jeune homme de vingt-quatre ans a connu l’ascension fulgurante et y a forcément puisé de l’aisance. Récemment encore, il tournait accompagné d’un seul musicien, dans les clubs des Etats-Unis et les églises britanniques. Et puis « Chaos and the Calm », son premier opus a explosé les records, porté par deux titres qui ont trusté les charts du monde entier, « Let it go », qui avait déjà ouvert la voie sur un premier EP et « Hold Back the River ». Des textes remplis d’émotion, portés par une voix magnifique auxquels s’ajoute, il ne faut pas se mentir, un physique qui ne pouvait laisser indifférent le jeune public féminin et voilà James Bay propulsé au rang de nouvelle star internationale.

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Pas de quoi impressionner l’intéressé, qui sait d’où il vient et n’entend pas se laisser emporter par les sirènes de ce succès si rapide. Et qui a surtout conscience de la relativité du phénomène! Pour preuve, ce samedi à Arras: la semaine précédente, Glastonbury, en Angleterre, l’un des plus gros festivals au monde, lui offrait sa plus grosse scène et des dizaines de milliers de spectateurs reprenaient aussi bien ses tubes que sa sublime cover d’ « If I ain’t got you » d’Alicia Keys. En ce deuxième jour de Main Square, ils étaient à peine trois mille… Et leur participation était beaucoup plus discrète alors que cette cover était tout simplement parfaite.   

DSC_4617James Bay ne s’est pourtant pas laissé démonter. Il a assuré avec panache et énergie, montrant au passage toute la virtuosité de son jeu de guitare et une puissance scénique de plus en plus éclatante. « If you ever want to be in love », « Craving », « Running » ont offert des moments suspendus. « Assez de chansons tristes maintenant » a pourtant commenté le jeune homme avant d’entonner un « Best Fake Smile » qui a réussi à sortir le public de sa timidité. Plus rock, James Bay n’a alors plus rien lâché. « Ca va ? It’s good to know! » interrogeait-il avant d’enchainer pour quelques morceaux encore et de conclure avec un « Hold back the river » repris par la Green Room entièrement debout cette fois.

Il s’en est donc failli de peu… Avec une setlist peut-être composée différemment, avec surtout une concurrence moins « déloyale », James Bay aurait eu à l’occasion de ce premier festival en France le souvenir escompté. Pour le public en revanche, ceux qui ont eu la bonne idée de venir l’écouter, sa prestation restera comme l’un des plus jolis moments de cette édition. Une parenthèse qui donne envie de le retrouver le 2 Novembre à l’Olympia… Cette fois, promis, il n’y aura pas Muse dans la salle voisine.

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

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