Mass Hysteria, condensé d’énergie libre

Trois ans après «L’armée des ombres», Mass Hysteria, fer de lance du metal hexagonal, vingt deux ans d’existence (déjà!) reprend la route avec «Matière Noire», son huitième album. Un uppercut vindicatif impressionnant. 

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Lorsque l’horreur a frappé Paris ce 13 Novembre, Mass Hysteria lançait sa tournée à Tulle, aux «Lendemains qui chantent». Appellation prémonitoire car malgré le drame, ces cinq là n’ont pas courbé et ont effectivement chanté à Toulouse le lendemain. La tête haute, le moral atteint, ils y sont allés! Plus qu’un symbole, une profession de foi. Celle qui anime le groupe depuis plus de vingt ans. Aucune indécence insouciante. Mais le plein respect de leurs fondamentaux. Une manière d’agir au nom de cette Liberté qui leur est chère et parce que, comme le clamera Mouss au cours d’une soirée où l’émotion restera calée dans les graves, « au silence et à la peur, préférons le bruit et la vie. Faites du bruit pour toutes les victimes de ces salopards !!!!» Une résistance active sous la seule bannière de leurs partitions. Sans emphase. Loin de tout opportunisme macabre. Vraie. Evidente.

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A leur image au fond car en bientôt près d’un quart de siècle, Mass Hysteria n’a jamais rien renié de ses idéaux et le regard sur le monde ne s’est pas flouté. « Matière Noire », le 8ème album, sorti à la fin octobre est d’une puissance exceptionnelle. Sans doute le plus fort de l’année dans sa catégorie. Les textes se succèdent en uppercuts vindicatifs, le son est gros comme on aime, les guitares bien lourdes mais les mélodies ne sont pas absentes. La présence à la production, pour la quatrième fois, de Fred Duquesne (ex Watcha, guitariste et producteur de Bukowski, producteur aussi de No One is Innocent, entre autres) transpire dans cette musicalité accrue, beaucoup plus poussée et qui faisait sans doute défaut dans les quatre premiers opus. Sa griffe s’affirme comme une référence aussi reconnaissable que le son de ses guitares. Ca envoie, c’est parfaitement calé. Impossible de choisir le titre le plus fort. Vae Soli? Chiens de la Casse? Vector Equilibrium? Plus que du metal? L’espérance ou le refus? Une certitude : ces titres là sont taillés pour la scène.

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Pas facile pourtant de succéder à cette « Armée des ombres » qui avait tout conquis sur son passage et laissé le public sans voix à la fin 2013. Une tournée longue et sold out, un Olympia tatoué dans les mémoires, le Hellfest ou bien encore les Eurockéennes. Et toujours ces légions de fidèles, ces « Furieux » comme les a baptisés le groupe, accrochés depuis le début et qui n’ont jamais déserté même quand les temps étaient plus faibles et la qualité parfois inégale.

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Pas facile non plus d’écrire quand la vie personnelle abîme et que les bruits dehors ne sont pas à la réjouissance. Mouss y est pourtant parvenu comme jamais. Puisant dans ce maelström d’émotions et de rage, des mots taillés avec la précision de l’orfèvre et livrant au final cet album sans faiblesse. «L’Enfer des Dieux» est d’une justesse glaçante qui résonne encore plus fort depuis les attentats récents. Mais la tendresse a aussi sa place. «Mère d’Iroise» est une lame de fond qui bouleverserait une pierre,  «Notre complot» célèbre leur vingt ans d’amitié et de chemin aux courants parfois contraires quand «Plus que du metal» s’affirme comme l’hymne qui manquait pour mettre le feu aux fosses. L’ «Highway to Hell» de Mass Hysteria? On peut y croire quand on voit la réaction unanime du public.

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Cette première partie de tournée (tournée qui s’annonce longue et passera par le Trianon en mars et le Hellfest en juin), souvent sold out, a mis tout le monde d’accord: Mass Hysteria joue comme jamais! Vince à la basse, Raph à la batterie, Yann, toujours aussi imposant et en accord majeur avec Fred, producteur et donc désormais deuxième guitariste depuis le départ de Nicolas, Mouss, qui ne relâche jamais la pression entre deux morceaux, le groupe est impressionnant. Cinq mecs à la force tranquille qui jouent, se donnent à fond, se font confiance et savent que cette osmose rajoute à la puissance. Le plaisir est manifeste et partagé. Les lights (de Nico Riot) renforcent l’ambiance machine de guerre.

Que ce soit devant cinq cents personnes ou mille trois cents, en près de deux heures et une vingtaine de titres, Mass Hysteria repousse chaque soir ses limites. Mieux! Le groupe le démontre haut et (très) fort: « Il leur en reste encore » !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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Till Lindemann.

Il y a des jours où tout sonne fade. Et puis il y ceux des rendez-vous avec sa propre histoire. Le sentiment de rentrer dans les posters de son imaginaire. Ce 24 avril 2013 à Lyon, rendez-vous était confirmé avec Till Lindemann. LE Till Lindedamm, le si charismatique chanteur de Rammstein. Goethe va t’occuper de Werther. Je révise mon allemand en méthode « urgence assimil ».

Il fait un soleil de plomb mais devant les portes de la Halle Tony Garnier des centaines de fans du groupe allemand patientent depuis les premières heures de l’aube. Aux mêmes causes, les mêmes remèdes, pour ne pas rater le bord de scène, seule la patience peut finir par triompher des précieux mètres. Une foule noire, typiquement métalleuse, dans ses piercings à tous les étages, ses chaussures à plateforme et ses débauches de cuir comme dans sa gentillesse. Celui qui accuse le métal de tous les maux devrait davantage fréquenter ces ambiances où l’agressivité n’existe pas, où la passion unit mais jamais ne bagarre.

Assises au premier rang, tentant vainement d’amadouer un vigile très… muet, deux jeunes femmes venues de Suisse. Elles racontent le trajet en stop, les galères pour trouver la salle loin du centre de Lyon, ce 38ème concert qu’elles allaient voir. Et Till auquel elles avaient apporté une immense composition, mi fleur, mi crepon. Elles avaient économisé pour s’offrir un meet and greet, ces minutes (souvent courtes) vendues (souvent chères) en plus du ticket de la place de concert. Elles ne disent pas le prix mais affirment que « de toutes façons, ça valait le coût ».

Par discrétion, pour éviter les quolibets impatients, le vigile (toujours aussi peu loquace) indique l’entrée arrière, près des tourbus et des dizaines de semi-remorques. Nouveaux vigiles. Fouille. Recommandations. Rien d’anormal quand on sait les feux d’artifices et les flammes qui rythment un concert des illustres allemands. De toutes façons, pour Till Lindemann, même décliner vingt fois de suite son identité à autant de gros bras différents, rien ne paraîtrait excessif ce jour là.

Et puis le colosse parait. 1,92m de légende musclée. L’œil pétillant et déjà cerné de noir. Un sourire sur tout le visage. Herr Till Lindemann, chanteur de Rammstein, ex-leader de la natation est-allemande, musicien, acteur, poète (« In stillen Nächten » est un ouvrage superbe qui a rencontré un gros succès Outre-Rhin mais que l’on ne trouve malheureusement en France que dans sa version d’origine. Les non germanistes peuvent passer leur chemin. Dommage car c’est une poésie toute en délicatesse, aux confins du conte philosophique), Herr Lindemann est là et parle. Si, si… il parle! On ne comprend pas ce qu’il dit tant le cerveau subit encore le bug émotionnel mais on a bien entendu cette fameuse voix, celle qui reprend “Du hast, Ich will” et tous ces tubes internationaux qui ont fait de Rammstein le meilleur ambassadeur de la musique du pays d’Angela. Arrive Flake (de son vrai nom Christian Flake Lorenz) avec lequel il reprendra dans quelques minutes l’émouvant “Mein herz brennt”. Ca se charrie. Le temps passe mais le moment n’est pas au stress. Tout est déjà calé. Il n’y a plus que la scène à vivre. Et son plaisir. Diplômé de pyrotechnie, Till Lindemann manipule les feux d’artifice et imagine les séquences explosives du show . Des années de chaudron bouillant et de phallus giclant des flammes toute en puissance lui ont permis de peaufiner ces moments à l’étincelle près. La vigilance demeure mais l’enthousiasme ne diminue pas.

On refait l’histoire. La sienne, la leur plutôt. Quand Christoph Schneider et Richard Zven Kruspe sont venus le chercher et que les premiers titres ont été composés et répétés dans un modeste appartement berlinois. Till raconte comment Christoph a du bagarrer pour qu’il chante. Il était ivre mort et il a découvert toute la dimension de sa voix. Danke schön le Schnaps. Sans cette beuverie d’un soir, le destin de Till Lindemann aurait eu une autre couleur. Et le marché du disque allemand, un sacré manque à gagner! Rammstein était en marche. Rien ne l’a arrêté depuis.

Pas de photo. « Le concert est plus intéressant et nous représente tellement mieux! » Un régisseur vient annoncer l’heure des meet and great. Grignoter du temps aux jeunes suissesses serait moche. On se claque un dernier küsse. C’est qu’on est potes maintenant avec Till. « Enjoy ! » qu’il ajoute. Ben non Till, là çà le fait moins. Reste toi-même!

Au final, il avait raison, on a été « en joie ». Comme toujours, le concert a été parfait (même si la Halle Tony Garnier n’est pas la meilleure salle pour magnifier les artifices). Après une première partie laissée à Joe Letz, le batteur de Combicrist, DJ en dehors du groupe, qui a proposé un set composé uniquement de remix de Rammstein, c’est le génial “Ich tu dir weh” qui a signé l’entrée en scène des quiquas allemands. 15.000 personnes en communion avec leur drôle de messe. Le paradis en enfer. Une succession de titres sans temps morts. Un jeu de scène physique découpé au scalpel. “Pussy” pour boucler la soirée en apothéose. Et Till Lindemann a disparu. Mein herz brennt. Et oui!

Magali MICHEL.

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