Marc Lavoine ovationné par le Zénith de Nantes

Six ans depuis « Je descends du singe ». Six ans que Marc Lavoine n’était pas revenu sur scène et n’avait plus posé ses pas dans l’univers de la musique, leur préférant les rôles pour le cinéma ou l’écriture. Le livre consacré à son père («L’homme qui ment», sorti en 2015) a été vendu à plus de 400.000 exemplaires ; un autre est en préparation. Mais cette fois, nouvel album en poche, le voilà de retour. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il est toujours aussi fringant, sûr de sa voix.

On ne va pas se mentir : le garçon est plutôt agréable à regarder avec ses yeux verts un peu mélancoliques, son allure d’éternel adolescent drapé dans des costumes sombres sur sneakers blanches. Alors même si on ne va pas le réduire à son physique, ce charme indéniable sur cette voix un peu rauque que l’on ne présente plus expliquent (au moins en partie) la très grande majorité féminine de l’assemblée. Trois milles spectateurs, fidèles de la première heure, heureux de le retrouver enfin et qui attendent avec curiosité cette nouvelle tournée, les chansons qui auront été retenues. 

Sorti avant l’été, écrit dans la foulée du roman autobiographique dédié à son père, « Je reviens à toi», le douzième opus de Marc Lavoine est assez grave. S’il continue à chanter l’amour avec la même élégance, il évoque aussi sans détour la solitude (comme avec ce poignant « Seul définitivement », porteurs des stigmates de la perte de la mère de son fils aîné, de sa propre mère également). L’album évoque aussi les séparations, la fin d’un amour, comme une résonance à sa propre histoire. A cinquante-cinq ans, Marc Lavoine a conservé sa sincérité, son envie de dire, de partager ses vagues de mélancolie qui l’habitent.

Après une première partie laissée à Vanille (la fille de Julien Clerc a égrainé ses titres en guitare-voix avec une jolie énergie, une fraîcheur assurée qui ont donné envie d’aller faire davantage connaissance avec son univers), Marc Lavoine a fait son entrée avec le très adapté « Comment allez vous? » et déclenché un tonnerre d’applaudissements, enthousiasme nourri qui ne cessera plus avant la fin du show.

Mêlant harmonieusement les morceaux récents, comme cette sombre ballade dans les rues de Paris largement inspirée par sa rupture récente  (« Je reviens à toi ») aux incontournables (« C’est ça la France », « C’est la vie », « Paris », « Toi mon amour » (entre autres) repris par la foule, le concert monte en puissance et c’est d’une même voix forte que le public remplace Cristina Marocco sur « J’ai tout oublié ». 

Marc Lavoine, que l’on a connu assez statique, pour ne pas dire figé (peut-être par une forme de trac) ose davantage. Il interprète ses titres avec une force nouvelle. On pourra toujours plaisanter sur la chute (par deux fois) de son micro, le moment reste anecdotique au regard de la soirée. Fabrice Aboulker, complice de toujours, auteur des partitions du « Parking des Anges », des « Yeux revolver » a signé l’intégralité des musiques de ce nouveau disque et Marc Lavoine prend un plaisir manifeste à faire visiter cet univers musical bien connu, tout juste réinventé. 

Le chagrin a beau être l’ une des clés de voûte de ses nouveaux titres, la soirée ne plonge pas pour autant dans une détresse abyssale. Il y a même de vrais moments de rires. De très jolis moments également de poésie. On sent que la passion n’est pas feinte, que le goût des mots justes, des mots qui emportent avec ou sans rime sont pour lui autant de richesses et de chemins de traverses nécessaires, des sauve qui peut la vie. Une intemporalité des sujets comme des textes qui n’est pas très éloignée de ce qu’ il a eu envie de livrer sur scène, le tout mis en lumière par une scénographie innovante, combinant modernité et poésie. Un très joli moment de scène.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Rencontre avec les amours désenchantées de Pierre Lapointe

La veste a les sequins bleu ciel du parfait showman, ultime accessoire paillettes dans un spectacle dont la sobriété reflète les lumières de ses tourments intérieurs. Pierre Lapointe compose sur les feuilles de ses amours mortes. Désespérément gay et beau à la fois.

Ce 11 Octobre à Nantes, la salle Paul Fort est bondée et les travées pleines de fans de la première heure. Un public acquis d’avance, qui connaît les refrains par coeur mais ne tapera pas dans ses mains et ne chantera pas avec Pierre Lapointe, respectant ainsi ses consignes. Un public qui ne lui en voudra pas non plus de reprendre aux mots près ses intermèdes comico-tragiques. « Si vous venez pour la seconde fois et bien désolé mais on ne peut pas toujours tout changer » lance t’il en riant… ce qui coupe court au débat. Alors oui, même ses « Si vous avez perdu quelqu’un récemment, quelqu’un de votre famille, ou même votre chien… j’espère que vous n’êtes pas venu seul ! » sont encore de sortie, histoire de rappeler que la soirée ne sera pas un joyeux karaoké. Au même humour noir, les mêmes rires en retour, bref intermède joyeux entre trois chansons porteuses de désillusions, de mélancolie, d’amour et surtout de désamour. Les mots sont crus souvent, les sentiments multiples et l’homosexualité décomplexée.

Pour ce spectacle mêlant ses deux derniers albums, Pierre Lapointe n’a pas voulu de mise en scène excessive mais plutôt misé sur un double accompagnement insolite, piano-marimba. Le décor composé de néons lumineux joue également la sobriété avec élégance et modernité. Pierre Lapointe se glisse de temps à autre derrière le piano, le reste du temps et pendant près d’une heure trente, il se tient debout face au public comme s’il lui déroulait une histoire, l’histoire de sa propre vie.

La voix est puissante et se fie des notes. Impossible de tricher quand il s’agit de chanter avec un habillage aussi épuré. Mais l’aisance de Pierre Lapointe n’est plus à démontrer. « Paris Tristesse », « Mon prince charmant », « le Halo des amoureux », les chansons défilent sans temps mort dans leur cruelle vérité et reprennent les plus beaux titres du chanteur avec une large part laissée à « La Science du coeur », son avant dernier album. Aucune concession, un regard lucide sur l’existence dans un monde où le fond disparaît au profit du paraître, de l’image modifiée pour mieux être likée. Il affiche ses amours masculines mais le sentiment est éternel et chacun s’y retrouve.

Pierre Lapointe se définit comme un chanteur populaire, ce qu’il est incontestablement au Québec, sa terre d’origine. En France, depuis une dizaine d’années, il avance tranquillement mais sûrement, passant de chanteur « reconnu » à plus largement « connu ». Pas encore populaire. Mais sur le bon chemin.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– NB : Un dernier mot à toi le spectateur du premier rang pourtant largement dans l’âge de raison mais qui as cru devoir couvrir de propos méprisants la photographe, venue pour travailler, assise discrètement par terre l’espace de deux chansons et ce, de façon autorisée par la production: ton volume sonore faisait plus de bruit que le déclenchement de son appareil et chercher l’approbation de tes voisins ne faisait en vérité que les gêner.  Par contre, ta fille assise à tes côtés et donc elle aussi au premier rang, pouvait se dispenser de passer la soirée sur Facebook car l’écran lumineux de son téléphone a été bien visible toute la soirée.  Dans la pleine luminosité de son impolitesse. Comme ton rire si exubérant et inapproprié entendu jusqu’au fond des travées. Le respect et la tolérance… deux mots magnifiques de la langue française. – 

Festival FACE & SI: l’adoré

Après les festivités du 20ème anniversaire, pas facile de garder le rythme et d’offrir une affiche toute aussi variée et grand public. Mais impossible n’est pas Face et Si. Les vendéens ont réussi une fois de plus ce grand rendez-vous de fin d’été avec des moments de partages totalement exceptionnels.

D’ abord, il y avait le soleil. Autant reprendre les bonnes habitudes et bénéficier de cette météo qui a été plutôt heureuse au fil de ces week-end de début septembre. Enfin presque… On se souviendra longtemps du déluge qui avait accompagné la vingtième édition, l’an dernier. Des trombes d’eau avaient contrarié les déplacements des artistes mais ils étaient tous arrivés à temps et le public, stoïque autant que passionné, n’ avait pas déserté les rangs de l’espace Beaupuy. Même en finissant détrempé, un concert de Patrick Bruel avec tous les titres qui ont jalonné sa carrière, ne se rate pas.

Nul besoin de parapluie ces 7, 8 et 9 septembre derniers. Mais plutôt de crème solaire! De quoi donner (et c’est un peu dommage) une impression de moindre affluence, notamment en ouverture de soirées, les festivaliers préférant traquer les coins d’ombre salvateurs, quitte à rester à l’oblique de la scène.

Theo Lawrence & The Hearts.

Une problématique qui n’existait pas dans la Longère, qui du coup, a connu un record de fréquentation. Bonne pioche pour Theo Lawrence and The Hearts vendredi soir. Largement inspiré par le blues, la soul et le rock sudiste, le groupe, originaire de la région parisienne, a livré de larges extraits de son premier album, le très réussi « Homemade lemonade ». Theo Lawrence a la voix affirmée. Musicalement, ça met tout le monde d’accord. Il y a fort à parier que cette bande là n’a pas fini de faire parler d’elle.

En pleine tournée anniversaire, IAM a été de tous les festivals pour souffler les vingt ans de l’album « L’ école du micro d’argent ». Pour que la fête soit complète et remercier leur public toujours aussi fidèle, les rappeurs de la cité phocéenne ont sorti le grand jeu : des lights impressionnantes et des décors XXL (si grands d’ailleurs qu’ils ne pouvaient entrer intégralement sur la scène de Mouilleron le Captif et dépassaient de chaque côté du rideau), deux semi remorques de matériels, un vrai barnum qui a forcément emporté toute l’assistance.

IAM.

On peut saluer au passage la volonté d’ Akhenaton et sa bande de ne pas avoir concocté des shows au rabais pour les festivals plus petits que les mastodontes du genre. Respect du public, qu’ils se produisent devant 35.000 personnes ou 3.500, c’est le même spectacle d’un bout à l’autre. Et on peut dire qu’ils ont mis l’ambiance. Impeccables, généreux et porteurs d’une bonne humeur contagieuse, les cinq artistes ont mouillé le tee shirt, fait danser petits et grands qui sont repartis en chantant encore.

Dans cette euphorie de fin de soirée, certains ont manqué le début du concert d’ Hyphen Hyphen. Chantant pour patienter, ils n’avaient pas compris que les niçois (salués par la Victoire de la Révélation scène de l’année) ne prendraient pas la suite des marseillais mais se produiraient dans la Longère. (Au fil de ces trois jours, il y a eu pas mal de distraits qui sont passés à côté du parcours de la programmation. On peut en sourire mais peut-être faudra t’ il envisager des panneaux plus grands ou des annonces l’an prochain.)

Marianne James.

En ce deuxième jour de Face et Si, la scissure générationnelle dominait : ce serait Julien Clerc pour les uns, Arcadian pour les autres mais retrouvailles devant Tryo.

Un peu plus tôt, les plus jeunes avaient aussi un programme dédié avec Marianne James (accompagnée de Sébastien Buffe et Philippe Begin) venue présenter les premières séances de« Tatie Jambon, le concert », son nouveau spectacle. La chevelure devenue peroxydée, la truculente interprète du drôlissime « Miss Carpenter », connue ensuite pour ses commentaires uniques dans « La Nouvelle Star » ou pour « L’Eurovision », a retrouvé Valérie Bour et concocté un show qui laisse dubitatif. « Tatie Jambon » est sans doute drôle par moments mais force le trait la plupart du temps, prend les parents à témoins de blagues que les enfants ne peuvent comprendre et voit même naître des moments assez improbables comme en ce samedi après midi. « Allez, je ne vous ai pas entendus, on tape plus fort dans les mains ! » scande Marianne James. « Par ici aussi, allez on se bouge! Toi, toi, toi aussi et vous dans les fauteuils !» continue t’elle en direction de jeunes handicapés lourds bien incapables de lui obéir. Ce couac mis ça part, l’ensemble reste poussif et mériterait à la fois plus de subtilité et une meilleure approche des plus jeunes, sauf à vouloir ramasser en priorité les viva des parents.

Arcadian.

Pas de bémol possible sur la prestation d’ Arcadian en revanche. Le trio, qui a connu l’entrée dans la notoriété avec The Voice, a enchaîné plus d’une centaine de concerts et vu les rangs de ses fans grossir de jour en jour. Succès mérité et qui n’est pas du à la seule « beaugossitude » de ces trois là. Musiciens accomplis, joyeux et généreux, ayant le sens du show et de la fête, ils ne laissent aucun répit et mettent l’ ambiance jusqu’à la dernière note. La tournée qui vient de s’ achever a été un véritable triomphe. C’est peu dire que leur nouvel opus est attendu avec impatience.

Il fête ses « Cinquante ans » de carrière avec une immense tournée empruntant les festivals et les plus grandes scènes et il était sacrément attendu par le public de Face et Si. Fringuant, Julien Clerc, ans, soixante dix ans, a l’élégance aussi éternelle que ses chansons. Le décor est à son image, la mise en scène soignée.

Julien Clerc.

Accompagné de huit musiciens dont un quatuor à cordes exclusivement féminin, l’interprète de « Melissa » alterne les différentes périodes de son répertoire. A écouter « La fille aux bas nylon », « la Californie », « Utile » ou « Fais moi une place », ce sont des pans de vie qui défilent et des souvenirs qui se rallument pour chacun. Un vrai moment de poésie au coeur de la soirée mouilleronnaise.

Pour laisser éclater son sens du show et du rythme pétaradant, Joseph Couturier s’ était glissé cette année parmi la joyeuse troupe de Tryo. Discrètement installé sur scène avec sa console, l’artificier vendéen a offert plus d’une heure de spectacle grandiose, offrant aux partitions de Tryo une palette aussi inattendue qu’exceptionnelle. Il est certes né dans le sérail avec un père parmi les plus grands artificiers actuels mais il a su tailler sa route en offrant sa propre vision du métier. En musique, il sait jouer sur la durée, laisser vivre ou suggérer les silences, le ciel devenant sa planche à dessin pour une création éphémère et unique dont le public massé devant la scène n’aurait pas voulu perdre la moindre lumière.

Tryo.

C’est donc les yeux un peu fatigués que les festivaliers ont réinvesti le site en ce troisième et dernier jour. Est-ce la faute à la météo qui aurait conduit certains vers les plages en début de journée, il n’y avait étonnement pas beaucoup de monde pour applaudir Amadou et Mariam. Le concert du duo malien était pourtant très réussi, avec de nouveaux titres mais également ceux qui ont assis leur notoriété comme « Dimanche à Bamako », « La Fête au village ».

A l’inverse, les organisateurs n’avaient pas dû prévoir qu’ Hoshi et son célèbre tube « Ta Marinière » trusterait autant de monde. Prévue dans l’après-midi sous la longère, la jeune femme aurait largement pu se produire sur la grande scène car ce sont plusieurs centaines de spectateurs qui n’ont pu accéder au concert faute de places. Un petit raté difficile à anticiper car le succès de cette toute jeune artiste ne cesse de grossir. La répartition des shows n’était probablement plus modifiable mais le mécontentement reste néanmoins légitime de la part de tous ceux qui avaient fait le déplacement pour l’applaudir.

Plein succès et rangs serrés en revanche pour Claudio Capéo et se musiciens. L’ alsacien bouclait en ce dimanche une tournée monumentale entamée à la fin 2016 (avec escales sold out dans tous les zéniths de France), portée par un album au titre éponyme qui a tout raflé et été vendu à plus de 800.000 exemplaires. Il y a deux ans, lorsqu’il participait à The Voice et s’offrait une identité originale avec son accordéon, personne n’aurait pu imaginer ce chemin aussi spectaculaire, pas plus que l’on aurait deviné le troublion énergique derrière l’interprète encore très sage d’ « Un homme debout ».

Claudio Capéo.

Face à un public venu spécialement pour lui, qui connaît le moindre de ses refrains par coeur, Claudio Capéo chante, bondit, parcourt la scène et installe la complicité. La fête est belle et la joie non feinte. L’émotion n’est pas absente et l’on voit même des larmes sur le visage de certains musiciens quand Claudio Capéo rappelle qu’il s’agit bien de l’ultime moment sur la route avant plusieurs mois.

Face et Si an 2018 ne pouvait rêver plus beau final, sous le soleil, en chansons et dans le partage total. Le festival de Mouilleron-le-Captif s’affirme une fois encore comme l’une des manifestations les plus souriantes et chaleureuses avec des bénévoles, de la technique à la confection des crêpes, de l’accueil à la restauration, aux petits soins du public. Exemplaire.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Le long chant du Lollapalooza Paris !

On aurait pu penser que Depeche Mode le premier soir, serait le rendez-vous phare de cette seconde édition du Lollapalooza Paris (les 21 et 22 juillet 2018). C’était compter sans la présence de Noel Gallagher, plus rare, qui a déclenché des enthousiasmes ininterrompus. Un accueil que les festivaliers ont aussi accordé à The Killers, Gorillaz, Trevor, Kasabian, ou bien encore Nekfeu. L’affiche était belle et le plus difficile était de choisir. Retour sur un festival qui a le sens du spectacle.

En lycra intégral bleu-blanc-rouge, ces deux potes américains débarqués la veille de Chicago pour un contrat de trois mois dans la capitale, bravent les températures caniculaires et tiennent à rendre hommage au pays champion du monde de football. « C’est cool pour vous guys ! Vous avez de la chance car maintenant vous avez aussi le festival le plus cool de la planète. On a fréquenté Coachella… ici, c’est the same, on peut tout se permettre. On fait la fête et il y a de la bonne musique à quinze minutes du centre de Paris, c’est ça qui est crazy non ? »

La centaine de festivalières arborant des couronnes de fleurs composées sur place ne pourront que confirmer. Ici, tout est permis, de l’extravagance « Peace and love » à la tenue mixant les bottines à paillettes avec le micro short en jean, des hauts de maillots de bain sur jeans (que beaucoup sont allés customiser sur le stand Levis, comme l’an dernier). On sort ce que l’armoire recense de plus coloré, on emporte les coussins gonflables au vent pour en faire des banquettes confortables. Et on se réjouit à l’idée de manger vegan, réunionnais ou grande classe et encore plus original grâce aux stands du Lollachef (Jean Imbert et ses fameux « Bols de Jean », Denny Imbroisi qui n’a pas son pareil pour revisiter les classiques italiens, Yoni Saada qui réussit à donner à la street food des airs de noblesse, Christophe Adam, Monsieur « Eclairs de génie » (monstrueusement beaux et bons),Yann Couvreur dont le seul nom évoque son célébrissime Millefeuille à la vanille de Madagascar, Anthony Clémot, pape de la cuisine de volaille et Antoine Westermann, qui lui aussi célèbre la volaille de grande qualité.

Les enfants ne sont pas non plus en reste puisque les plus jeunes ont droit à leur coin, dans une zone calme, avec de nombreux animateurs, des ateliers musique, maquillage ou musique, y compris pour les tous petits. Au Lolla, la fête est partout, joyeuse et colorée. Il flotte un parfum camps de vacances alors que la Tour Eiffel (la vraie) n’est qu’à quelques encablures.

Zara Larsson.

Déclinaison frenchie du célèbre festival itinérant créé en 1991 à Chicago, le Lollapalooza Paris avait réuni l’an dernier plus de 110.000 visiteurs, attirés par les plus grands noms de la planète pop-rock , The WEEKND, Imagine Dragons, Lana Del Rey, les Red Hot Chili Peppers ou bien encore Dj Snake. Cette année, l’affiche a misé sur Depeche Mode (dont le retour triomphal en a fait l’un des grands vainqueurs de la tournée des festivals 2018), Nekfeu, Gorillaz, Dua Lipa, The Killers et Noel Gallagher notamment.

La chaleur est orageuse et étouffante mais les festivaliers ont répondu présents dès l’ouverture des portes de l’ Hippodrome de Longchamp. Beaucoup d’étrangers, des britanniques notamment, qui n’ont pas hésité à franchir la Manche pour s’offrir ce festival au nom mythique mais aussi des espagnols, américains, suédois ou japonais. Sous les partitions de Lil Pump comme de Kaleo, les fosses sautent et dansent déjà, hurlant plus fort encore quand résonnent les tubes attendus.

Bastille.

Bastille a lui aussi drainé ses milliers de fans. Le groupe londonien créé en 2010 par Dan Smith (qui a choisi ce nom en hommage à notre fête nationale, connue au Royaume Uni comme le Bastille Day mais aussi parce que cela correspondait à sa date de naissance. Tout simplement!) truste tous les charts avec ses albums Le premier, « Bad Blood », sorti en 2013 a conquis l’Europe en quelques semaines. Succès renouvelé avec « Wild Word », sorti en septembre 2016. les concerts sont tous sold out et à l’évidence, la gente féminine trouve un charme manifeste à Dan Smith en dépit d’un look capillaire « boule à zéro » plus difficile (ce n’ est qu’un avis, on se détend!).

Kasabian a également ravi les foules. La formation britannique multi récompensée, menée depuis vingt ans par Tom Meghan et le guitariste Sergion Pizzorno, a de la bouteille et le démontre avec une aisance déconcertante. Le rock soigné aux influences melting pot envoie du lourd, à l’image du dernier opus, « For crying out loud », sorti l’an dernier.

Kasabian.

Mais celui que les plus jeunes attendaient était visiblement Travis Scott. Le rappeur est un artiste reconnu et personne ne remet en question ses qualités musicales mais il est clair que le fait d’être le chéri de Kelly Jenner, demi soeur de Kim Kardashian, influences parmi les influenceuses, reine de la téléréalité, a aussi boosté sa notoriété. Présent dans les magazines people autant que dans la presse musicale, le rappeur (également mannequin, acteur et réalisateur) de vingt six ans, à qui l’on doit pas mal de succès dont le très bon « Antidote » en 2015 ou « Portland » avec Drake, en 2017, a offert à Paris un show survolté (que la jeune femme a d’ailleurs immortalisé depuis la scène pour alimenter ses réseaux sociaux tout en restant parfaitement cachée. On a le sens de la communication ou on ne l’a pas…)

Visiblement heureux de partager ses morceaux avec le public français, Travis Scott n’a pas ménagé son énergie, le rappeur de Houston débarquant en courant et arpentant non stop ensuite l’immense scène. Les lights sont superbes et la pyrotechnie à hauteur de ce show spectaculaire: à chaque éclat de basse, des flammes immenses s’échappent.

Travis Scott avait demandé au public de « donner tout ce qu’il a car ce show est pour les vrais enragés. Si vous n’ êtes pas prêts, tant pis, la porte est là! » Le message avait le mérite de la clarté et le sens de l’efficacité : les festivaliers lui ont tout donné, sans répit. « Pick up the Phone », « Love Galore », le duo interprété avec Sza, en rajouteront encore une couche mais le titre que tous attendaient était le dantesque « Gossebumps ». Travis Scott l’avait gardé pour boucler ses quatre-vingt minutes de set. Même les plus hermétiques à ce genre de musique sont repartis bluffés par ce savoir faire et cette mise en scène impressionnantes. Au pied de la réplique de la Tour Eiffel (35 mètres de haut et des illuminations magnifiques en soirée) une heure plus tard, des trentenaires trinquaient. Ils étaient venus fêter leur changement de dizaine au Lolla pour voir l’américain en action, autant dire que la fête était réussie.

Black Rebel Motorcycle Club.

Et puis bien sûr il y a eu Depeche Mode, ceux qui ont essaimé sur la bande sonore de la vie des plus de 40 ans. Dave Gahan a pris des rides mais conservé sa silhouette de jeune homme, la mise est élégante, pantalon à pinces, petit gilet de costume noir et rouge à même la peau. Dans la foule, des centaines de tee-shirt à son effigie et celle de ses acolytes de toujours. Depuis leur apparition en 1979, les britanniques n’ont jamais déçu et toujours donné des concerts d’une élégance mémorable. La mise en scène est soignée, la set list riche de tous les morceaux cultisme mais ne fait pas pour autant l’impasse sur le meilleur de leur dernier album. « Going backwards », « Cover me », « Precious » ou « Never let me down again », aucun ne manque à l’appel. Dave Gahan danse, virevolte tel un Derwish tourneur rock. Le sourire est aussi éclatant que le design du show. Bien sûr, « Enjoy the silence » et « Just can’t get enough » bouclent la soirée. Dans les rangs, personne n’ignore les paroles. Ca chante et danse avec une joie contagieuse.

Les tee-shirt indiquant clairement la direction que prendront les festivaliers, la première place allait manifestement se jouer entre Noel Gallagher (beaucoup avaient osé le débardeur « Oasis »), The Killers et Nekfeu. Gorillaz semblait également bien placé, ce qui n’est pas illogique au regard du running order, la bande de Damon Albarn ayant le privilège de boucler le festival.

Jess Glynne.

En attendant, c’est Tom Walker qui a ouvert la journée. L’écossais de vingt six ans, rendu célèbre par son tube « Leave a Light on », réunit un public déjà euphorique et prêt à l’accompagner. Mention spéciale ensuite pour Jess Glynne. La jeune femme est entourée de choristes impressionnants de talent et de musiciens qui ont le sens du jeu. La britannique, qui est une habituée du sommet des classements outre Manche, est en progression constante depuis son arrivée villas quatre ans. Sans doute l’un des noms à retenir pour les années à venir.

BB Brunes.

Dans un tout autre genre, à l’autre bout du site sur l’Alternative Stage, BB Brunes a fait une arrivée aussi attendue que remarquée. Treize ans après leur première scène, dix ans après leur premier album, « Blonde comme toi », ceux qui avaient entassé pas mal de remarques acerbes, pour ne pas dire méprisantes, sur leur projet musical et que l’on annonçait comme bientôt disparus, ont déjoué les pronostics. Victoire de la Musique catégorie « Révélation scène «  en 2009, les français ont pris leur temps, un album en 2012 et puis il faudra patienter jusqu’en 2017 pour que sorte « Puzzle », Adrien Gallo, le chanteur, profitant de cette pause pour sortir un opus en solo.

2018 semble marquer le grand retour des français, « Puzzle » nominé parmi les meilleurs albums rocks des dernières Victoires de la Musique, une grande tournée d’une cinquantaine de dates en Europe se succédant avant la sortie du prochain album studio l’an prochain. Ayant traversé le site à vive allure pour rejoindre ceux (et celles) qui avaient préféré patienter un long moment pour être directement sous leurs regards, les fans sont restés fidèles au delà des pronostics les plus optimistes. Nombreux étaient ceux qui s’étonnaient de voir que Live Nation, grand ordonnateur du Lollapalooza, aient misé sur ces quatre là. Il a suffi d’un titre pour en comprendre la raison.

Collectionneur de disques de platine, le rappeur French Montana a succédé aux français plus tard dans l’après-midi. Celui qui avait signé en 2011 avec Puff Daddy et Rick Ross (ce qui pouvait quand même ressembler à un bon début) a vu son morceau « Pop That » (où l’on retrouve aussi Drake et Lil Wayne) faire son entrée directement dans le top 100 américain. Jolie performance pour un natif de Casablanca, ayant immigré avec sa famille aux Etats Unis à l’ âge de treize ans, rescapé d’une balle dans la tête dix ans plus tard. Comme Travis Scott, French Montana a connu l’accélérateur médiatique en partageant un an la vie de l’une des soeurs Kardashian. Sur la scène du Lolla, celui que l’on surnomme désormais « le roi des mixtapes », qui multiplie les featuring (Snoop Dogg, Lana Del Rey, The Weekend, notamment) a fait sauter son public pendant près d’une heure.

Noel Gallagher’s High Flying Birds.

Impatients, des dizaines de milliers de fans attendaient au pied de la MainStage l’arrivée de Noel Gallagher et de son groupe, les « High Flying Birds ». Définitivement le plus souriant des deux frères, Liam ayant pris la posture systématique de la moue boudeuse surmontant le coupe-vent hermétiquement fermé, l’ancien guitariste d’ Oasis a montré que simplicité et talent étaient souvent le combo ideal, même en festival, même sur des scènes immenses. Avec le drapeau de Manchester City pour tout décor et des lumières assez classiques, celui à qui l’on a longtemps prêté une voix moins intéressante que celle de son frère, a fait taire les médisants. Noel chante plus que bien et n’hésite pas à des envolées bien puissantes comme il a pris malice à le démontrer d’entrée de set avec « Fort knox ».

Affirmer que le public guettait les titres nouveaux avec la même frénésie que les succès qui ont marqué le parcours d’ Oasis serait illusoire. Malgré des applaudissements à tout rompre pour saluer les extraits des derniers opus, du très réussi « Who built the Moon » notamment, sorti l’an dernier, on a poussé le curseur des décibels quand ont soudain résonné les premiers accords de « Whatever » et « Little by little ». Nombreux y sont même allés de leur petite larme lorsque Noel Gallagher, souriant et visiblement heureux de ce moment de totale communion, a troqué sa guitare électrique pour une acoustique, égrainé les notes de « Wonderwall ». Et fait chanter tout Longchamp! « All you need is Love » des Beatles a bouclé ce moment incroyable. Et chacun s’est évidemment mis à rêver d’une trêve fraternelle. L’ambiance serait à l’apaisement, à des envies réciproques alors tous les espoirs sont permis… Oasis sera peut-être programmé à la prochaine édition du Lollapalooza, qui sait ?

Rag’N’Bone Man.

C’est un moment assez surréaliste auquel ont assisté les festivaliers un peu plus tard. Après le concert très pop électro de Years and Years et la prestation toujours impressionnante de Rag’N’Bone Man, Nekfeu avait rendez-vous avec ses fans à 19h30. Pour l’accompagner, le rappeur avait convié sa bande de l’ Entourage, dont l’excellent Doums. Dans une prestation assez classique, le jeune homme a plutôt déçu. Il a surtout démontré que le succès l’ incitait désormais à des comportements inadaptés. Comme ce dimanche soir, alors qu’il aurait du quitter la scène à 20h30 et permettre à la scène voisine de laisser jouer The Killers. Mais Nekfeu est Nekfeu…

Le rappeur entonne « Saturne » puis enchaine avec « J’aurais pas dû », en featuring avec ses potes de S-Crew bien que le timing ne le permette plus, personne n’ ignorant qu’en festival, les shows sont calés à la minute près, seule condition permettant les changements de plateaux et le bon enchainement des scènes. Nekfeu n’est pas un bleu et le sait parfaitement. « On va sans doute se faire défoncer là si on ne sort pas mais on s’en fout, on fait quand même la dernière! » Démarre alors « Mauvaise graine ».

C’était compter sans l’envie de jouer de The Killers. Abasourdis par tant de mépris, les américains décident d’entrer et d’entamer leur set alors que Nekfeu, hué par une partie du public, s’agite toujours sur la scène voisine. S’en suit une guerre du son, le rappeur poussant le mauvais goût jusqu’à augmenter le volume. Aussi stupide et discourtois qu’inutile : dans ce bras de fer surréaliste, The Killers portent bien leur nom et remportent la bataille. Il y a un code de bonne conduite que certain mériterait de réviser ou même peut être carrément d’apprendre car au final, c’est le ridicule qui triomphe. Comme le dit sa chanson, il « aurait pas du ». Par contre, il aurait du rester applaudir les britanniques… Brandon Flowers et ses partenaires ont une set list qui vise juste. De « Somebody told Me » à « Human », « Mr Brightside », «  The Man » ou bien encore « When we where young », les influences revendiquées de Depeche Mode, Oasis ou bien encore The Smiths, transpirent avec éclat. On ne vend pas près de vingt millions d’albums dans le monde par hasard.

Après l’électro-folk de Parov Stelar, Gorillaz a donc eu l’honneur de refermer cette seconde édition du Lolla parisien. Damon Albarn (ex chanteur de Blur, pour mémoire) et sa bande, ultra sollicités en cette période estivale, ont été à la hauteur de leur réputation. Devenu culte à la vitesse de l’éclair, Gorillaz (co-fondé par le dessinateur Jamie Hewlett) s’est toujours amusé à bousculer les codes, mixant sans état d’âme le rap, le rock et le hip-hop. « Humanz », le cinquième album est dans la droite lignée de ce parti pris, les partitions se déclinant avec éclat dans les vidéos imaginées par Hewlett. Au fil des opus, la psychologie même des personnages subit des évolutions. Noodle, Russel ou bien encore 2D, enfants chéris de leur créateur, changent de vêtements, d’attitudes, de façon de penser donc d’agir. De plus en plus présents et d’un réalisme rare, il est possible qu’un jour, lorsque la technique le permettra, ce sont eux que l’on verra sur scène, en version musicale et parfaite de la réalité augmentée. A priori, cela prendra encore quelques temps, qu’on se rassure.

En attendant, Damon Albarn est bien présent sur scène et toujours aussi énergique. Après vingt albums (deux en solos, cinq avec d’autres partenaires, huit avec Blur et cinq avec Gorillaz), il semble même, à tout juste cinquante ans, au faîte de sa forme. Concentré festif, boule d’ions positives, « Humanz » dégage en live une ambiance unique, douce et tonique, sensuelle, un peu angoissante par moment comme si la fin du monde se rapprochait mais qu’ il fallait le vivre avec un fatalisme joyeux.

Les images prennent toute leur majesté dans les écrans géants. Visuellement, le spectacle à lui seul mériterait le détour. Avec la musique du new yorkais et de ses potes, c’est encore plus fort. «Humility», « Clint Eastwood » ou bien encore « Feel good Inc » prouvent s’il en était encore besoin que Gorillas est un groupe à voir sur scène en priorité. « We got the Power », avec Jehnny Beth, leader des Savages, en invitée surprise, Little Simz et… Noel Gallagher himself a conclu en apothéose un festival qui d’année en année se bonifie plus encore. La cuvée 2018 servie sous un soleil radieux restera un grand cru. De quoi nourrir des impatiences… Il y aura qui sur l’étiquette de la 3ème cuvée du Lollapalooza ?

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

FRANCOFOLIES 2018: CARTON PLEIN

La 34ème édition des Francofolies restera parmi celles qui ont marqué l’ histoire de ce festival pas comme les autres. La découverte, le partage et l’enthousiasme ont été les dénominateurs communs de ces cinq journées lumineuses. Découvertes d’artistes disséminés dans une quinzaine de lieux rochelais, rencontres et partage en grande proximité, enthousiasme des 150.000 festivaliers (dont plus de 87.000 entrées payantes). Le sacre des Bleus en finale de la Coupe du Monde, diffusée sur écran géant dans l’enceinte de Saint-Jean d’Acre dimanche après midi, et le soleil qui a irradié ces cinq journées auront patiné encore la liesse générale mais le succès était éclatant, même sans ces deux là. Déambulations en toute subjectivité assumée.

Il y a trente-trois ans, sous la houlette du père fondateur Jean-Louis Foulquier, les Francofolies de la Rochelle (on ne disait pas encore les « Francos »), se concentraient sur l’immense parking Saint-Jean d’Acre, transformé l’espace de quelques jours en théâtre à ciel ouvert, à quelques encablures du Vieux Port et des remparts. Certains riverains ronchonnaient et exprimaient leur scepticisme, des usagers pestaient après ce millier de places annexées. Mais le concert des doutes a vite laissé place au respect, à une écoute attentive puis même à l’enthousiasme face à cette parenthèse de mise en lumière pour la Charente Maritime, aux affiches développées chaque année, ce flux des plus grands de la scène francophone, Diane Dufresne, Véronique Samson, les Rita Mitsouko ou Jacques Higelin emportant dans leurs valises une ribambelle de petits nouveaux. D’une année sur l’autre, on s’est également mis à guetter les artistes au centre d’une « Fête à… » car on savait que le moment serait riches d’invités surprises.

Exposition // Albin de la Simone, la Coursive.

C’est en songeant à ces années du début que l’ on mesure le chemin parcouru. Eclatées aux quatre coins de la ville (sur le parking toujours bien sûr, devenu « Scène Jean-Louis Foulquier », mais aussi au théâtre de la Coursive, sur le port, dans l’église , à la Sirène où la grande salle de 1.400 places accueillent des soirées ultra courues, ), les Francos ne sont plus uniquement ces cinq soirées de concerts mais se déclinent aussi en expositions (celle des dessins « carnets de routes », entre voyages et tournées, d’Albin de la Simone à l’ abri de la Coursive offrait un superbe voyage sur les traces de cet artiste au talent décidément pluriel), ateliers, rencontres à la Maison des Francos, en Francos Juniors, « Chantiers des Francos », (vingt ans cette année, une référence désormais en matière de formation et d’accompagnement des artistes émergents), « Francos Educ » pour valoriser la chanson française auprès des scolaires, « Francos Stories » au cinéma. 

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

A vingt et deux ans, Loic Nottet affiche déjà un parcours chargé, riche d’escales diverses. Mais toutes auréolées de succès. Finaliste de The Voice Belgique en 2014, défendant les couleurs de son pays lors de l’Eurovision l’année suivante, vainqueur de Danse avec les Stars en 2016 et sacré « artiste de l’année » aux D6bels Music Awards en janvier 2017, le jeune homme a parcouru ensuite des milliers de kilomètres pour son « Selfocracry Tour », dont les billets se sont arrachés. 

Le public, qui s’ était précipité pour faire plus ample connaissance avec l’interprète de « Million eyes », immense tube extrait du premier album, a eu la confirmation que cet artiste là était frappé par la grâce. Dans une mise en scène originale, des chorégraphies très théâtrales, accompagné par un couple de danseurs tout aussi parfaits, le concert n’a rien de traditionnel et tient bien plus du show où chaque pas est millimétré pour coller au plus près de l’interprétation des chansons. Charismatique, souriant, doté d’un sens de l’humour affuté, Loïc Nottet est prêt à conquérir le monde. En ce premier soir des Francos, les spectateurs lui ont réservé une ovation, convaincus d’avoir assisté à la naissance d’une future très, très grande star.

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

Temps fort de ce début de 34ème édition, la « fête à Véronique Sanson », a d’abord été une fête de famille, Christopher Stills, son fils mais également Stephen Stills, le père de ce dernier, venant tout spécialement des Etats-Unis. Séparés depuis des années, les ex-amants ne s’étaient pas revus depuis trois ans mais il ne leur a fallu que quelques minutes de balances pour retrouver des automatismes et jouer en harmonie. (Faut-il rappeler que Monsieur Ex est aussi le Stills de Crosby, Stills,  Nash and Young, l’un des plus fameux groupe de folk-rock américain des années soixante-dix, dont le succès fut international ?). Les parents et le fils n’avaient joué que deux fois ensemble par le passé, autant dire que la réunion avait quelque chose d’aussi exceptionnel que touchant. 

Autres invités de cette fête, Patrick Bruel, Vianney, Tryo, Jeanne Cherhal, Alain Souchon. Un casting quatre étoiles pour une set list qui a mixé chansons connues et titres « que vous connaissez moins », a expliqué l’artiste de soixante-neuf ans, superbe dans une veste à queue de pie noire. « Vous ne pouvez pas imaginer comme je suis heureuse d’être là. » « Je me suis tellement manquée », la bouleversante lettre à sa mère « Je l’appelle encore » mais aussi « La drôle de vie », « Vancouver », « Alia Souza » ou bien encore « Bahia », la chanteuse irradie de plaisir.

Succéder à ce beau monde aurait pu paraitre bien compliqué à Calogéro. Mais le grenoblois en a sous le pied. Véritable performer sur scène, en pleine tournée triomphale, il a enchainé tubes et extraits de son dernier opus sans jamais rien lâcher. Le public rochelais ne l’ avait pas revu depuis 2005. Il est resté jusqu’au bout de sa nuit pour l’accompagner et partager à l’unisson un univers souvent empreint d’une vraie mélancolie. En fin de matinée déjà, de nombreux fans s’étaient massés en haut du parking rendu invisible par des canisses. Mais le son ne pouvait être masqué et des cris nourris avaient déjà salué chaque prestation de celui qui est actuellement sans conteste l’un des chanteurs français les plus populaires.

Roméo Elvis, la Sirène.

Ultime détour de la journée, la Sirène, à l’autre bout de la ville, avait programmé une « Nuit collective » consacrée au hip-hop francophone avec notamment, Sopico, Dead Obies, Bagarre, Loud et Romeo Elvis. Le belge, grand frère d’Angèle (jeune et jolie prodige toute en blondeur qui n’ a pas encore sorti son premier opus mais est déjà devenue la coqueluche du public), n’a que vingt cinq ans mais déjà tout d’un vieux routier de la scène. Débarqué en 2013 avec deux EP qui ont fait pas mal de bruits, il a vu sa carrière s’envoler après les deux albums sortis en 2016 et 2017, « Morale » et « Morale 2 ». Avec des parties instrumentales plus électros, une place plus large accordée au chant lui-même, le rappeur s’est hissé tranquillement parmi les plus recherchés et se taille une route au succès impressionnant. La Sirène n’a pas dérogé dans ce parcours auréolé. Il était près de minuit quand Romeo Elvis a fait son entrée mais les mille quatre cents festivaliers ne l’auraient manqué pour rien au monde. La chaleur de la salle était déjà étouffante. Après cinq minutes de jump en tous sens, l’enthousiasme avait accompagné le thermomètre dans cette nouvelle montée.

Sopico, la Sirène.

Après une deuxième journée placée sous le signe du rap et de la nouvelle génération, avec notamment Gaël Faure (de plus en plus à l’aise sur scène et heureux de jouer, cela se remarque de concert en concert) et Thérapie Taxi, qui est de tous les festivals. Entendue un soir de demi-finale à la Nuit de l’Erdre (où le groupe était porté par l’euphorie du public), revue à La Rochelle, connue pour un ou deux titres largement plébiscités, la formation française devra convaincre encore car sur scène, la prestation assez vite monotone. 

NTM était ultra attendu après les deux soirs qui avaient mis Bercy en folie à la mi mars. Le duo aime la Rochelle qui le leur rend bien : alors qu’ils étaient tricards de toutes les programmations, Jean-Louis Foulquier avait fait fi des tempêtes et décidé contre vents et marées de les inviter.  C’était il y a vingt-deux ans. Reformé récemment et pour quelques dates dont la plupart des  grands festivals, NTM est au meilleur de sa forme. Joey Starr et Kool Schen ont la connivence communicative. Ils se complètent sans en rajouter et se comprennent au premier regard. Leur flow est toujours aussi efficace. Ces deux là montrent à qui en douteraient qui sont les patrons du rap.

Blow, la Coursive.

En ce troisième jour de festival, la Coursive imposait le détour. Blow, nouvel arrivant sur la scène électro, puise très clairement son inspiration de l’autre coté de l’Atlantique. Musicalement, c’est extrêmement bien ficelé et hyper construit. Blow, formation d’origine poitevine, permet aussi de revoir Jean-Etienne Maillard, guitariste et compositeur doué, aperçu dans d’autres groupes (Klone, The Sheperds). Coté prestation en revanche, on a parfois un peu de mal à suivre Quentin Guglielmi, le chanteur, dans ses propos interludes un tantinet éthérés. « On est des petits légumes, des courges, des tomates, des concombres, enfin… vous, vous êtes ces légumes, ces choses qui dansent, » prononcés d’un ton qui n’aurait pas déplu à un maître yogi. Ce jour là en tous cas, il semblait habité jusque dans sa façon de bouger, rendant son ailleurs pas toujours accessible. Dommage car à l’écoute, Blow c’est réellement intéressant. Le single, « The Devils remembers me » connait un succès mérité et il y a fort à parier que le trio (renforcé sur scène par un batteur) n’a pas fini de faire parler de lui.

Ben Mazué, la Coursive.

C’ est une salle pleine à craquer qui guettait celui qui a pris la suite. Ben Mazué est à quelques dates du terme de sa tournée, « La Princesse et le Dictateur ». Il est passé par le Chantiers des Francos et à La Rochelle cette année, il a un programme chargé (en plus de son concert, il est l’un des artistes choisis pour les « Rencontres » et célèbre avec Pomme et Laurent Lamarca les vingt ans des Chantiers justement à la chapelle de l’ hôpital Saint-Louis). Depuis ses débuts en 2011, qui avaient déjà mis en lumières ses talents d’ écriture et son rap si personnel, le public n’en finit plus de lui faire les yeux doux. « La femme idéale », son troisième album, est un pur concentré d’émotions vraies, celles du rire, celles des larmes (sur Headline, notre report du 4 avril 2018).

Brillantissime, Ben Mazué a conçu un spectacle hors normes, indescriptible si on ne veut pas en spoiler le déroulé. Avec Robin Notte, son directeur musical, présent sur scène à ses cotés, ils ont bouleversé les codes du genre et donné aux « guitare-voix » (avec piano sur de nombreux titres) des lettres d’originalité incomparables. La tournée s’arrêtera à  l’ Olympia le 14 Novembre après un détour par la Belgique, Lille, Bordeaux ou bien encore Genève. Ensuite, Ben Mazué fera silence… Le temps de composer son quatrième opus ? La question reste posée car le trentenaire se dit prêt à se laisser porter par tous les vents de la création. 

Ben Mazué, la Coursive.

Après s’être laissé prendre au charme du répertoire de Pierre Lapointe, à ses textes plein de désillusion, de désamour, de magnétique beauté un peu désespérée, retour vers la scène Jean-Louis Foulquier où Bigflo et Oli étaient attendus de façon sonore. Passés eux aussi par les Chantiers, les deux frères sont des habitués des Francos. Disque de platine avec « La vraie vie », récompense suffisamment rare aujourd’hui pour être mentionnée, Big Flo et Oli (autrement dit Florian et Olivier), ont croisé la route du succès dès leur premier opus, « La Cour des Grands », voilà trois ans. Disque d’or à peine quatre mois après sa sortie, il sera lui aussi certifié Disque de platine. 

Prônant la tolérance, la fraternité et revendiquant une vraie ouverture d’esprit, le combo toulousain a su séduire par des propos d’apaisement, refusant des polémiques sur l’ Islam notamment afin de ne pas se laisser prendre au piège de débats bien trop vastes pour se limiter à quelques paroles. Sagesse à laquelle leurs fans ont manifestement adhéré.

En pleine tournée (dont toutes les dates se jouent à guichets fermés), Big Flo et Oli trouvent aussi le temps pour composer des génériques, faire partie des jurés de The Voice Belgique (pour la saison 6 l’an dernier). Autant d’activités qui ne font qu’accroitre la notoriété, largement justifiée pour ces deux là qui ont aussi décroché la Victoire de la Musique catégorie « Chanson de l’année » avec « Dommage », leur album étant nominé dans la catégorie « Musiques urbaines ». Une vraie déferlante.

Shaka Ponk avait l’honneur de fermer le ban ce 13 juillet. Le quintet, porté par le virevoltant Frah et la magnétique Sam, a fait le show, porté par une scénographie dont l’originalité n’est plus à démontrer. Il y a quatre ans, leur premier passage par La Rochelle avait été euphorique. Ce retour est largement aussi attendu, « The Evol’ », le sixième album studio des Shaka Ponk, sorti en novembre dernier (saluée par la Victoire de l’ Album Rock de l’année) marquant quelques détours nouveaux, vers la pop et même vers davantage de poésie peut-être. « Evol » est aussi l’anagramme de « Love »’, ceci explique partiellement cela.

Costumes, décors, mise en scène, imageries, façon unique d’ accrocher le public et de se jeter constamment dans l’arène, le groupe a l’imagination no limit. Les concerts sont des boules d’énergie à multiples facettes avec quelques passages très attendus comme ces battles face à Goz, le singe emblématique, ou bien encore, plus récent, face à l’avatar de David Bowie. Ayant pris le parti de ne pas reprendre énormément de leurs succès précédents, Shaka Ponk mise beaucoup sur les derniers titres, sur davantage d’électro également. On sent que l’ambition scénique a elle aussi encore gravi un échelon. 

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

Il y a moins de dix ans, en novembre 2009, les Shaka, qui ne bénéficiaient pas encore de la présence de Sam, vraie valeur ajoutée, incroyable personnalité, jouaient dans des clubs de taille ultra modeste, comme l’Olympic à Nantes. C’étaient les débuts, l’ordinateur lançant les images était parfois capricieux, l’écran en forme de peau de tambour avait une taille bien plus modeste. Mais le public ne s’était pas trompé en pariant sur le succès de cette bande totalement novatrice. Vendant des albums par milliers, remplissant des salles énormes, tête d’affiche des plus gros festivals, Shaka Ponk est désormais une référence à part entière… dont le groupe se sert pour mettre en avant sa fibre écologique. A chaque conférence de presse, Frah et Sam exposent les raisons de leur engagement aux côtés de la Fondation pour la Nature et l’ Homme  (ex-Fondation Nicolas Hulot), les cinquante gestes à faire pour améliorer son empreinte (à retrouver sur le site de la Fondation). Nul opportunisme dans cette direction là, les Shaka sont des militants de la première heure, de vrais figures de proue d’une cause pour laquelle ils se battent comme s’il s’agissait d’une  question de survie, sans pour autant pratiquer ostracisme ou culpabilisation bornée. Avec ce côté « toujours plus haut, toujours plus fort », on peut se demander jusqu’où iront ces cinq électrons libres là ?

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

En ce jour de Fête Nationale, les plus jeunes avaient rendez-vous avec Aldebert et ses « Enfantillages ». Il fallait voir l’intérieur de la Coursive avant l’ouverture des portes, une longue file d’attente dans le patio intérieur, une colonie de vacances même pas dissipée, joyeuse et juste impatiente, entourée par des parents qui n’avaient pas l’air de bouder leur plaisir. Aldebert ne s’adresse par aux enfants à coups de niaiseries mais avec intelligence et poésie. 

A la Coursive encore, Arthur H a une fois encore signé sa présence à coup d’énergie créatrice. Son récent double album, « Amour Chien fou », un peu funk, beaucoup « ballades »,  s’accordait parfaitement avec cet espace de quasi intimité (à quelques mètres des tours de la Rochelle, dont l’une portait un immense portrait de son père, bel hommage à Jacques Higelin disparu quelques mois plus tôt). Offrant un récit de son périple à travers le monde, de Bali à Tokyo, du Mexique à Montréal,  Arthur H ose aussi l’aventure introspective, les temps de la vie. Il flotte comme toujours un parfum de nostalgie, une mélancolie tenace mais on sent que le musicien est en capacité de « poser les valises », de se laisser aller à vivre avec plus de légèreté. Un constat plutôt émouvant à observer chez ce fidèle des Francos.

En début de soirée sur la grande scène, Eddy de Pretto, dont l’ascension est aussi rapide que la vitesse de l’éclair, Prix des Inouis l’an dernier au Printemps de Bourges, en énorme tournée ultra bondée quelques mois plus tard, est celui que tout le monde s’arrache et veut voir. L’ auteur de « Kid » semble regarder tout cela avec amusement et recul, lui qui se rêvait artiste dès l’adolescence depuis sa cité, son « Beau lieu ». Le rappeur ne se contente pas de textes d’une précision et d’une profondeur redoutables, il bouscule le genre en longs passages chantés qui n’auraient pas déplu à Nougaro, l’idole familiale. Eddy de Pretto est l’un des très beaux succès de la nouvelle scène rap française.

Jain, (Artiste de l’année 2017 aux Victoires de la Musique) est également l’une des révélations de ces dernières années. Après « Zanaka », sorti en novembre 2015, double disque de platine, riche de nombreux tubes, la  protégée de Maxime Nucci doit sortir ce mois d’août un nouvel opus dont on ne connait pour le moment que le premier extrait, déjà succès, « Alright ». L’artiste globe trotteuse a toujours beaucoup voyagé. Elle a engrangé durant ses tournées à travers le monde des sons, des couleurs qu’elle a eu envie de reproduire. 

Sur scène, elle a d’abord choisi la combishort au petit col claudine immaculé qui donnait un air de sagesse pas vraiment en adéquation avec l’énergie déployée mais un décalage qui l’amusait. Aujourd’hui, Jaïn mise sur la salopette bleue (Agnès B) pour montrer la machine de guerre dans laquelle elle se transforme face au public. Le set est parfaitement calibré, le public était conquis d’avance mais la victoire n’en est pas moins jolie.

Un feu d’artifice (plutôt décevant, tant coté pyrotechnie que bande son) plus tard, dans une tenue blanche rompant avec ses coupe vents habituels, Orelsan n’a pas eu besoin de se changer et d’endosser le maillot jaune porté peu après pour prouver qu’il serait bien le vainqueur de l’étape du jour. Le site est plein à craquer. On se masse au plus près de la scène pour voir celui qui rafle tout depuis la sortie de « La fête est finie ». Ca saute, ça danse, « Basique », « Paradis », « Christophe », parler de communion n’ est même pas encore assez fort. Des titres plus anciens, tel « Le chant des Sirènes » sont aussi de la partie. Avec ses quatre musiciens, dont son pote Skread, à qui pas mal de ses chansons doivent sur succès, Orelsan a le flow infaillible. On pourra toujours le critiquer, ressortir de vieilles polémiques désormais dépassées, ce musicien là est assez bluffant.

Hoshi, sa voix éraillée, sa guitare et ses vingt ans, ses enthousiasmes et ses doutes, campaient à la Coursive en cette ultime journée des Francos. Une jolie découverte qui permet de voir au delà de son succès actuel…. Succession on ne peut plus cohérente, Nolwenn Leroy lui a succédé. Radicalement différent de ses précédents albums, « Gemme » est une sorte de révérence à la terre, à la vie. On n’est plus dans le folklore breton, ni dans la variété des débuts. Portée sans doute par sa maternité récente, la chanteuse se tourne vers davantage de gravité et sa voix, toujours aussi juste et unique, y trouve matière aux plus belles envolées. Libre.

Afin de permettre aux festivaliers de vivre à fond la présence exceptionnelle de la France en finale du Mondial de Foot, les organisateurs avaient eu la bonne idée d’ouvrir les portes de Saint-Jean d’ Acre en milieu d’après-midi à tous ceux qui avaient leurs billets pour le soir. Inutile de revenir sur l’ambiance dans les grandins. Dans cette fan zone inédite et improvisée, la liesse s’est levée (pour paraphraser Ben Mazué), les cris et les applaudissements, ont résonné comme dans tous les recoins de la ville où des écrans de télévision retransmettaient le match des bleus. Mais en beaucoup plus fort. Une édition exceptionnelle, c’est le mot!

Serge Gainsbourg aurait eu quatre-vingt dix ans cette année. Le temps s’est figé avec sa disparition en 1991 mais l’ homme du « Poinçonneur des Lilas » était bien né en avril 1928.  Celle qui fut sa femme et sa principale inspiratrice, son interprète fétiche, a décidé de reprendre la scène après des années compliquées par la maladie. Jane Birkin interprète Gainsbourg depuis trente ans. Avec la complicité de Philippe Lerichomme, son directeur musical, elle a choisi les titres auxquels elle avait envie de donner une nouvelle parure. Un jour, elle a rappelé combien le compositeur s’inspirait de la musique classique, qu’il adorait au delà de tout, ayant souvent rêvé que ses propres textes soient portés par un écrin symphonique. Les Francofolies de La Rochelle avaient exaucé cette envie en 2016. Celles de La Rochelle ont poursuivi cette année. Le résultat est d’une beauté époustouflante, entre paroles célébrissimes, partitions du grand Gainsbourg, envolées entre Messian et souffles jazz. 

Boucler l’édition des Francos par cet hommage éclatant, porté par la douce Jane Birkin, était aussi refermer le livre avec émotions, juste avant le passage de Brigitte, élégant duo qui en 2015 déjà, puis en 2016, a toujours imprégné de sa douceur le public rochelais. MC Solaar a été le dernier de cette longue série d’artistes à fouler la grande scène. Plus de vingt cinq ans après sa dernière venue, des années après son dernier album, ses rares prestations étant réservées au spectacle des « Restos », l’interprète de « Bouge de là », ancien porte étendard du hip hop hexagonal, n’a rien perdu de sa fougue. « Géopoétique », son huitième album studio, est sorti en novembre dernier avec près de vingt titres uppercut, dont MC Solaar a signé la quasi totalité des paroles. La tournée est lancée et met le feu d’entrée de jeu. « Caroline » est porté par une foule qui connait toutes les paroles et provoque des hurlements  enthousiastes. Le chanteur se moque des affres de l’âge et se montre d’une énergie solaire. L’ultime page des Francos 2018 s’est refermée aux accords de ce porteur de joie. Une magnifique édition superbement reliée.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Le double plébiscite d’Ed Sheeran au Stade de France

En trois albums vendus par millions,  Ed Sheeran a conquis la planète et accédé au podium des stars de la pop  internationale. Sans pour autant se départir de son côté « boy next door », à vingt-sept ans, il joue désormais à guichets fermés dans les plus grands stades. Les 6 et 7 juillet, il faisait escale au Stade de France. Avec le public comme partenaire.

Il y a six ans, Ed Sheeran livrait ses chansons à l’un de ses premiers auditoires parisiens (après un passage déjà marquant par la Boule Noire, autre salle de la capitale). Le public de la Cigale , en Juillet 2012, comme celui du Trianon, en Novembre, ressemblait à celui des One Direction, stars parmi les stars nées de l’autre côté de la Manche et devenues déferlantes partout dans le monde. Il est vrai que le jeune Ed Sheeran, du haut de ses vingt et ans, leur avait écrit l’un de leurs plus grands tubes avec « Little Things », titre sorti cette même fin 2012, qui à chaque concert fera couler des rivières de Rimmel. La ballade est superbe et le succès légitime. Il y a six ans donc, les jeunes anglaises avaient débarqué par centaines laissant quand même quelques places pour toutes ces autres qui voulaient découvrir sur scène l’interprète de « Kiss me » ou « Lego House ». Ensemble, elles ont fait grimper les décibels.  

Et voilà le Britannique qui s’attaquait cette fois à la version XXXL de la scène en jouant à saute stades à travers le monde. L’envie d’une étape au Stade de France avait été évoquée lors de sa venue à l’AccorHotels Arena de Bercy (Paris) l’an dernier et Live Nation a décidé de la relever. Au final, et même si les plus enthousiastes pensaient l’idée possible, ce n’est pas un soir mais deux qu’Ed Sheeran aura rempli, la billetterie s’envolant en quelques minutes. 120.000 places vendues. Ca laisse rêveur après six années de carrière et seulement trois albums. Mais il est vrai que le jeune homme a enchaîné les tubes, récolté des trophées et disques de platine aux quatre coins de la planète, été adoubé par toutes les stars de la musique, vu aux côté des plus grands, fait pote avec Taylor Swift ou Beyoncé tout en ayant l’air de rester cool et souriant, pas franchement obsédé par son image. 

Son dernier opus, « Divide », s’est vendu à plus de treize millions d’exemplaires (dont pas loin de 800.000 en France), décrochant ainsi le titre envié de plus gros vendeur l’an dernier. Et on ne parle pas de ses clips, toujours extrêmement soignés. « Shape of you »  a été vu plus de trois milliards de fois. Ni de sa popularité sur les réseaux sociaux. Sous « Teddysphotos » (abonné à une seule personne), Ed Sheehan réunit 24,2 millions de fans. De quoi faire pâlir les nouveaux « influenceurs ». Parler de « phénomène » dans une période qui abuse des superlatifs n’a donc rien d’exagéré.

Si jouer au Trianon puis revenir au Zénith avant de passer par Bercy a quelque chose d’une progression logique qui ne bouleverse pas la set list ou la mise en scène, il y a un pas nettement plus grand dans cette antre dantesque où il s’agit d’ être vu et entendu par chacun. Bien sûr, il y a les tours d’enceintes. Bien évidemment, un concert dans un stade ne saurait s’affranchir d’ écrans géants mais ces dispositifs ne peuvent être que des renforts, certainement pas l’ossature principale sur laquelle s’appuyer et s’éviter la dose de stress que l’ on imagine à hauteur de l’enjeu. 

Et bien lui a décidé de la jouer tel quel, à son image, simple et sans excès. Une scène à plusieurs niveaux,  un écran qui reprendrait l’imagerie de ses clips, des lights raccords avec les tons de son dernier album, un pied de micro et basta. Même tenue que celle qu’il porte depuis toujours (jean, teeshirt sur teeshirt à manches longues), la chevelure rousse plus ou moins ordonnée et le sourire rivé au dessus la guitare, seule l’envie, sa véritable adrénaline, faisant le reste. Et à 21h15, sous un tonnerre d’applaudissements et de cris, Ed Sheeran a fait son apparition par une porte de côté avant de rejoindre son piédestal. 

Le jeune homme emporte tout le monde dès les premiers accords, même ceux qui ne l’avaient encore jamais vraiment entendu, les parents notamment venus accompagner une progéniture aussi fan que trop jeune pour venir seule. Il saluera d’ailleurs ces « papas et ces amoureux qui accompagnent leurs filles ou leurs chéries » et il demandera à tout le monde de chanter « car vous êtes mon groupe ce soir ». 

Le vent joue parfois les sons contraires, les rangs voisins crient parfois trop pour permettre une audition parfaite de ce qui se passe sur scène mais rien ne saurait entraver l’enthousiasme devenu général. « Galway girl » fait même danser dans les travées autant que sur la pelouse. Sur les écrans géants, la tête d’Ed Sheehan est partout. Les dragons et les lions prennent également le pouvoir comme dans un super dessiné animé.

Les tubes s’enchainent, énergiques ou plus romantiques. « Thinking out loud », les magnifiques «Photograph» ou « Perfect » sont repris par soixante mille choristes et éclairées par presqu’autant de lumières de smartphones. Sur scène, Ed Sheeran n’a toujours que sa guitare, ses paroles accrocheuses et sa jovialité non feinte. On pourra toujours se dire qu’il est de ceux que la proximité renforce, que ses chansons supposent davantage d’ intimité, le pas est franchi avec un succès bluffant.

En fin de set, « Sing », fait évidemment chanter tout le stade. En rappel, « Shape of you » fait lui aussi le job avec un Ed Sheehan qui s’est assuré d’un succès encore plus grand en revenant avec le maillot de l’Equipe de France. « You need me, I don’ t need you » fermera le bal. Les derniers accords à peine envolés, certaines se rueront vers les portes d’accès du stade… pour attendre jusqu’au lendemain en organisant un tour de garde entre copines, histoire d’être au premier rang de la fosse. Il parait que le nombre de couvertures de survie abandonnées lorsque s’ouvrent les portes est un signe puissant de notoriété. En ces deux soirs, des centaines d’accessoires du genre laissaient refléter le soleil dans leur matériau doré.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

LA NUIT DE L’ERDRE 2018: Avec Triggerfinger, les flamands osent

Enorme dose de rock et d’élégance sur la scène de « la Nuit de l’Erdre ». Les belges de Triggerfinger jouent comme personne. Rencontre avec un trio unique.

D’ordinaire, il n’est jamais fait mention des à-côtés d’un rendez-vous, de ce qui précède une interview ou entoure une séance photos. Mais là, ce serait passer sous silence la grande classe de ce groupe pas comme les autres, sur scène comme en dehors. Par le hasard d’une mauvaise rencontre avec le jet d’eau non maîtrisé d’un vigile (qui pensait qu’arroser la foule en cette journée caniculaire serait cadeau mais qui a d’abord visé ailleurs et mal), c’est en mode tête sortie de douche et carnet de notes détrempé qu’a eu lieu l’interview calée depuis plusieurs jours avec les trois membres de Triggerfinger. Avec un groupe plus roots, la situation aurait pu être cocasse mais face à ceux là, qui placent l’élégance à même niveau que leur jeu de scène, on se dit que la vie s’amuse parfois à vérifier votre dose d’humour. 

Une petite vingtaine de minutes après avoir emporté tout le public de La Nuit de l’Erdre, les belges débarquent bouteille de champagne et coupes à la main. Souriants et toujours aussi élégants. Seul Mario Goosens, le bassiste, a troqué son costume contre un tee shirt salvateur après avoir joué une bonne heure sous 37 degrés. Monsieur Paul, le batteur, persiste à garder son veston bien fermé sur sa chemise et sa cravate mais on voit qu’il a tout donné derrière ses drums. « J’attends un peu, ça va redescendre doucement et progressivement », explique t’il dans un large sourire. Quant à Ruben Block, chanteur et guitariste, impressionnant dans sa chemise blanche aussi stylée que ses boots rouges à paillettes (« Il faut bien s’amuser! Je les ai trouvées chez un créateur bruxellois. Je vous donnerai l’adresse si vous voulez, il y a des modèles pour femmes incroyables. »), on se demande comment il fait après ce set d’une énergie exceptionnelle. Ignorant la mise improbable de leur vis à vis, passant surtout au delà de la fatigue post scène, le trio est au petit soin, disponible, drôle, passionné. A ces Belges là, on aurait volontiers accordé la Coupe du Monde… quand eux vous proposent une coupe de champagne.

Vingt ans déjà que le Triggerfinger s’est formé dans les confins d’ Anvers. En 2004 sort le premier opus éponyme mais c’est en 2012, avec la reprise d’ « I follow Rivers » de Lykke Li, que la déferlante se met véritablement en marche: sur scène, le trio n’a pas son pareil pour livrer des concerts d’anthologie. Le succès est fulgurant en Belgique puis traverse les frontières. Les Pays Bas, l’ Allemagne, la France ne comptent plus leurs fans.

Il y a huit ans, le trio s’était rapproché de Greg Gordon, le producteur d’ Oasis et Slayer notamment, et avait enregistré son troisième album sous sa direction, à Los Angeles. Bingo! « All this dancin’ around » a été certifié double disque de platine et les concerts à guichets fermés se sont enchainés sur les plus grandes scènes d’Europe comme dans la plupart des festivals.  C’est aussi après cet album que Triggerfinger a été sacré (en 2011) « meilleur groupe de l’année », aux Industry Music Awards, Mario Goosens décrochant le prix du « meilleur musicien », catégorie dans laquelle Ruben Block était également nominé. 

Pour ce cinquième opus studio, le groupe s’est associé le talent de Mitchell Froom. Le musicien, ingénieur du son et producteur américain que l’on ne présente plus (Mc Cartney, Pearl Jam, Suzanne Vega, The Corrs, entre autres) a eu envie de repousser les limites, de laisser toutes les envies s’exprimer. « Colossus » recense donc des titres où jouent deux basses mais aucune guitare. Des claviers, du sac ont également fait leur apparition. « Jusqu’à présent, on composait en se demandant si les morceaux seraient jouables à l’identique sur scène. Cette fois, on a écrit dans une totale spontanéité, sans arrière pensée, ce qui nous a forcément entraîné vers d’autres chemins », commente Ruben Block. « Travailler avec une personnalité aussi riche que Mitchell From était un aiguillon car on le considère un peu comme une idole alors on n’avait pas envie de le décevoir. Du coup, comme nous avons enfin fini d’aménager notre propre studio, nous avons pu travailler encore davantage et on est heureux de cet album et des dix titres qu’il contient. »

Manifestement, leur interprétation (qui bénéficiait de la présence d’un second guitariste sur scène) n’a pas posé de problèmes si l’on en juge par la manière dont les morceaux sonnaient ce 3 juillet. Réunissant l’énergie d’un Chuck Berry, le punch de Lemmy Kilmister, Triggerfinger met tout le monde d’accord. Ca envoie et c’est parfaitement maîtrisé, aussi bien dans les chansons les plus longues (certains titres approchent les huit minutes) que dans les plus courtes. 

En 2015, sous la Valley, le trio avait laissé un souvenir ineffaçable au public du Hellfest. Avec cet album puissant, empruntant des voies plus extrêmes et pointues, on se dit qu’il serait temps de les voir revenir du côté de Clisson. Ben Barbaud, il y a des Belges qui méritent leur revanche. Di’ici là, on aura eu le temps d’un aller retour à Bruxelles pour découvrir cette caverne incroyable où trônent plein d’autres petites paires de bottines rouges à paillettes.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.