Pomme livre ses failles dans un sans faute

Deux ans après avoir assuré la première partie d’Asaf Avidan, Pomme était de retour au Stéréolux de Nantes ce 16 janvier. Une deuxième date dans une nouvelle tournée qui porte haut les émotions d’un second opus dont elle a signé tous les textes. 

Il y a quelque chose de l’ordre du nectar chez Pomme (Claire Pommet pour l’état civil), un concentré du meilleur jus que les ans ne cessent de rendre encore meilleurs. Après avoir assuré les premières parties de Vianney, Louane ou Benjamin Biolay, ouvert pour Asaf Avidan durant sa tournée française en 2017, la jeune femme s’inscrit désormais en haut de l’affiche et fait salle comble sur son seul nom. A 23 ans, avec ses mots, son naturel et sa sincérité pour credo. 

Rien n’est tabou, tout se décrit et se raconte. La vérité peut être plurielle et drapée dans un tulle de romantisme mais rien ne ment. La mort fait partie de la vie, la nostalgie imprègne l’écriture d’un blues baudelairien et l’amour ignore les diktats. Pomme n’a jamais caché ses liens avec la chanteuse québéquoise Safia Nolin. Elle ne l’a pas non plus affiché et n’a pas fait de son homosexualité une carte de visite. Sans jouer les porte drapeaux, elle porte pourtant beau la bannière des amours lesbiennes, permettant ainsi à des milliers de jeunes femmes de se reconnaitre (et peut-être de ne plus se cacher). 

Deux ans après avoir sorti « A peu près », son premier album, la jeune femme a livré « les Failles », en novembre dernier. Un opus qu’elle assume à cent pour cent (ce qui n’ était pas forcément le cas précédemment avec un disque dont certains titres avaient fini par ne tellement plus lui parler qu’elle avait même du mal à les interpréter sur scène), dont elle a signé les paroles et qui a bénéficié de la présence d’Albin de la Simone pour la co-réalisation, le reste de l’entourage étant majoritairement (et volontairement) féminin. Onze morceaux donc et autant de titres reflets exacts de ses envies, enregistrés en cinq jours en mars dernier. Les nouveaux alliés se sont révélés judicieux, « Les Failles » a gagné en mélodies, en douce puissance portée par une ampleur inattendue.

« Grandir, c’est décevoir un peu », assurait Pomme dans un morceau « ancien ». Son parcours affirme pourtant le contraire. Après les bars, dans lesquels son absence de timidité lui permettait de regarder les gens dans les yeux et de ne pas se laisser démonter par les bavards, lie Chantier des Francos, elle a vingt ans lorsque Polydor lui offre son premier contrat. La suite du chemin n’a jamais connu de cailloux. « Du coup, j’ai eu le temps d’accumuler des émotions en accéléré et mes vingt ans étaient en décalage par rapport à ceux de mes amis d’enfance. La vie rattrape et comblera peut être… » 

Il y a deux ans, Pomme nous confiait pouvoir « entretenir le cafard avec une forme de complaisance car l’écriture en est facilitée ». Avec ce second album, elle prend de distance pour mieux évoquer la société qui nous entoure. Pomme l’a régulièrement expliqué, pour elle, la musique, en tous cas celle qu’elle crée, n’a pas forcément vocation à faire danser ni « ambiancer ». Elle est toute entière mue par la volonté de faire ressentir des émotions. 

Si son premier album acheté était celui de Lorie, il est manifeste aujourd’hui que Pomme, devenue une jeune femme témoin de son siècle, est plutôt la digne héritière de Barbara. Malgré le sourire, la boucle douce sous le béret, un humour second degré et une auto-dérision assez irrésistibles, la lyonnaise exporte ses tourments et ses fragilités dans des titres, « Chapelle » ou « Anxiété » notamment, qui n’auraient pas déplu à la « longue dame brune ».

Le message passe d’ailleurs parfaitement et le public nantais de ce deuxième soir de tournée a écouté attentivement, se laissant porter par ces vagues de mélancolie mais partageant avec des cris enthousiastes les propos de la jeune femme entre deux titres. La voix est toujours aussi douce mais la présence scénique a gagné en puissance et ce n’est pas seulement par la présence de deux musiciennes à ses côtés désormais. Ce serait trop facile de dire que Pomme a gagné en maturité car elle avait déjà tout d’une grande voilà deux ans. Cela relève plutôt de l’évidence. Rien d’artificiel. Juste la douce et puissante saveur du nectar.

Magali MICHEL

Crédit photos // Sophie BRANDET