Le double plébiscite d’Ed Sheeran au Stade de France

En trois albums vendus par millions,  Ed Sheeran a conquis la planète et accédé au podium des stars de la pop  internationale. Sans pour autant se départir de son côté « boy next door », à vingt-sept ans, il joue désormais à guichets fermés dans les plus grands stades. Les 6 et 7 juillet, il faisait escale au Stade de France. Avec le public comme partenaire.

Il y a six ans, Ed Sheeran livrait ses chansons à l’un de ses premiers auditoires parisiens (après un passage déjà marquant par la Boule Noire, autre salle de la capitale). Le public de la Cigale , en Juillet 2012, comme celui du Trianon, en Novembre, ressemblait à celui des One Direction, stars parmi les stars nées de l’autre côté de la Manche et devenues déferlantes partout dans le monde. Il est vrai que le jeune Ed Sheeran, du haut de ses vingt et ans, leur avait écrit l’un de leurs plus grands tubes avec « Little Things », titre sorti cette même fin 2012, qui à chaque concert fera couler des rivières de Rimmel. La ballade est superbe et le succès légitime. Il y a six ans donc, les jeunes anglaises avaient débarqué par centaines laissant quand même quelques places pour toutes ces autres qui voulaient découvrir sur scène l’interprète de « Kiss me » ou « Lego House ». Ensemble, elles ont fait grimper les décibels.  

Et voilà le Britannique qui s’attaquait cette fois à la version XXXL de la scène en jouant à saute stades à travers le monde. L’envie d’une étape au Stade de France avait été évoquée lors de sa venue à l’AccorHotels Arena de Bercy (Paris) l’an dernier et Live Nation a décidé de la relever. Au final, et même si les plus enthousiastes pensaient l’idée possible, ce n’est pas un soir mais deux qu’Ed Sheeran aura rempli, la billetterie s’envolant en quelques minutes. 120.000 places vendues. Ca laisse rêveur après six années de carrière et seulement trois albums. Mais il est vrai que le jeune homme a enchaîné les tubes, récolté des trophées et disques de platine aux quatre coins de la planète, été adoubé par toutes les stars de la musique, vu aux côté des plus grands, fait pote avec Taylor Swift ou Beyoncé tout en ayant l’air de rester cool et souriant, pas franchement obsédé par son image. 

Son dernier opus, « Divide », s’est vendu à plus de treize millions d’exemplaires (dont pas loin de 800.000 en France), décrochant ainsi le titre envié de plus gros vendeur l’an dernier. Et on ne parle pas de ses clips, toujours extrêmement soignés. « Shape of you »  a été vu plus de trois milliards de fois. Ni de sa popularité sur les réseaux sociaux. Sous « Teddysphotos » (abonné à une seule personne), Ed Sheehan réunit 24,2 millions de fans. De quoi faire pâlir les nouveaux « influenceurs ». Parler de « phénomène » dans une période qui abuse des superlatifs n’a donc rien d’exagéré.

Si jouer au Trianon puis revenir au Zénith avant de passer par Bercy a quelque chose d’une progression logique qui ne bouleverse pas la set list ou la mise en scène, il y a un pas nettement plus grand dans cette antre dantesque où il s’agit d’ être vu et entendu par chacun. Bien sûr, il y a les tours d’enceintes. Bien évidemment, un concert dans un stade ne saurait s’affranchir d’ écrans géants mais ces dispositifs ne peuvent être que des renforts, certainement pas l’ossature principale sur laquelle s’appuyer et s’éviter la dose de stress que l’ on imagine à hauteur de l’enjeu. 

Et bien lui a décidé de la jouer tel quel, à son image, simple et sans excès. Une scène à plusieurs niveaux,  un écran qui reprendrait l’imagerie de ses clips, des lights raccords avec les tons de son dernier album, un pied de micro et basta. Même tenue que celle qu’il porte depuis toujours (jean, teeshirt sur teeshirt à manches longues), la chevelure rousse plus ou moins ordonnée et le sourire rivé au dessus la guitare, seule l’envie, sa véritable adrénaline, faisant le reste. Et à 21h15, sous un tonnerre d’applaudissements et de cris, Ed Sheeran a fait son apparition par une porte de côté avant de rejoindre son piédestal. 

Le jeune homme emporte tout le monde dès les premiers accords, même ceux qui ne l’avaient encore jamais vraiment entendu, les parents notamment venus accompagner une progéniture aussi fan que trop jeune pour venir seule. Il saluera d’ailleurs ces « papas et ces amoureux qui accompagnent leurs filles ou leurs chéries » et il demandera à tout le monde de chanter « car vous êtes mon groupe ce soir ». 

Le vent joue parfois les sons contraires, les rangs voisins crient parfois trop pour permettre une audition parfaite de ce qui se passe sur scène mais rien ne saurait entraver l’enthousiasme devenu général. « Galway girl » fait même danser dans les travées autant que sur la pelouse. Sur les écrans géants, la tête d’Ed Sheehan est partout. Les dragons et les lions prennent également le pouvoir comme dans un super dessiné animé.

Les tubes s’enchainent, énergiques ou plus romantiques. « Thinking out loud », les magnifiques «Photograph» ou « Perfect » sont repris par soixante mille choristes et éclairées par presqu’autant de lumières de smartphones. Sur scène, Ed Sheeran n’a toujours que sa guitare, ses paroles accrocheuses et sa jovialité non feinte. On pourra toujours se dire qu’il est de ceux que la proximité renforce, que ses chansons supposent davantage d’ intimité, le pas est franchi avec un succès bluffant.

En fin de set, « Sing », fait évidemment chanter tout le stade. En rappel, « Shape of you » fait lui aussi le job avec un Ed Sheehan qui s’est assuré d’un succès encore plus grand en revenant avec le maillot de l’Equipe de France. « You need me, I don’ t need you » fermera le bal. Les derniers accords à peine envolés, certaines se rueront vers les portes d’accès du stade… pour attendre jusqu’au lendemain en organisant un tour de garde entre copines, histoire d’être au premier rang de la fosse. Il parait que le nombre de couvertures de survie abandonnées lorsque s’ouvrent les portes est un signe puissant de notoriété. En ces deux soirs, des centaines d’accessoires du genre laissaient refléter le soleil dans leur matériau doré.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Harry gagne avec Styles !

Une production soignée, une mise en scène originale et une setlist parfaitement calibrée : le « LIVE ON TOUR » d’Harry Styles passait par Bercy. Le jeune britannique se présente désormais en solo et affiche l’aisance des vieux routiers de la scène avec une maturité impressionnante. 

Harry Styles était en concert ce 13 Mars sur la scène de l’AccorHotels Arena (Paris) . On pourrait le lire comme une simple date, escale parmi toutes les escales qui se posent chaque année à Bercy. Mais ce serait faire fi du contexte, de l’histoire même de ce jeune artiste d’à peine vingt-quatre ans mais déjà auréolé de sept années d’une carrière qui n’a jamais flirté qu’avec les sommets quel que soit le continent traversé.

Un concert d’Harry Styles, c’est un rendez-vous. Celui qu’il fixe à toutes celles (et elles sont des dizaines de millions à travers la planète) qui le suivent depuis qu’il a été l’un des cinq «One Direction», le boysband le plus célèbre de ces dernières années, monté par Simon Cowell, producteur et membre inspiré du juré du X Factor anglais. Une idée pour le moins juteuse avec un premier contrat de plus de deux millions de livres sterling pour le groupe, investissement largement rentabilisé par cinq années interrompues de succès, de concerts dans des stades tous plus grands les uns que les autres, des tournées vendues en quelques minutes, des millions de disques, livres sans oublier une ribambelle plus ou moins réussie de produits dérivés. Alors en 2016, quand a retenti l’annonce d’une « pause » des « 1D », officiellement pour permettre à chacun de développer sa carrière solo, ce furent évidemment des torrents de larmes.

Pendant que certains de ses anciens acolytes se mettaient en hibernation, s’inscrivaient dans les rubriques people ou naissances des tabloïds, Harry Styles n’a jamais vraiment arrêté. Bien sûr, on lui a prêté des dizaines de conquêtes, bien sûr, ses costumes improbables, sa collection de tatouages et la longueur de ses cheveux ont continué de focaliser les attentions mais il est passé outre ces publications et a continué à tailler sa route. D’abord en sortant en mars 2017, soit deux mois avant la date de sortie officielle de son premier album, un titre… qui s’est classé premier des ventes en l’espace de dix-neuf minutes! « Sign of the Times » battait ainsi le précédent record, détenu par Adèle. Le clip, réalisé par Woodkid, est sorti le 8 Mai, quatre jours avant le disque au titre éponyme. Il a été vu à ce jour près de 315 millions de fois.

Cela aurait pu donner le vertige. Mais Harry Styles, bien que le benjamin du « Fab Five », avait la tête suffisamment bien faites et les épaules assez larges pour ne pas se perdre de vue. En parallèle de la musique, tenté depuis longtemps par la carrière d’acteur, il a travaillé et réussi à rendre parfaitement crédible son personnage de jeune soldat anglais dans « Dunkerque », le film de Christopher Nolan, sorti à l’été 2017. De quoi susciter l’envie chez pleins d’ autres metteurs en scène. Mais c’est à la scène qu’il avait promis de donner ensuite sa priorité en se laissant embarquer dans un tourbillon de tournées à travers tous les continents.

Les dix titres présents sur « Harry Styles » (parfois pour un titre d’album, le plus simple est le mieux!) ont pu désorienter les plus jeunes de ses fans, habituées à des refrains plus guimauves et des musiques formatées « coeur avec les doigts » ou  bande FM. Mais le succès de l’album a été fulgurant et chacun s’est accordé sur la maturité des textes, une pop plus adulte, des morceaux où il s’assumait en tant que guitariste et de jolies inspirations seventies.

Live Nation a eu raison de le signer pour organiser sa tournée. Même si les tubes des « 1D » restaient dans les mémoires, les nouvelles chansons d’Harry Styles étaient déjà connues par coeur et le moment venu, ce serait le rush pour décrocher une place de concert. L’ Olympia (Paris), le 25 octobre dernier, s’est vendu en une poignée de minutes. L’artiste, qui disait vouloir tester sa notoriété solo dans des salles de moyenne importance, a eu sa réponse. Il en a été de même partout.

Cette nouvelle date française, six mois plus tard, a connu un succès lui aussi spectaculaire. Sitôt l’ouverture de la billetterie, assurance était donnée que les fans seraient là, prêtes pour le grand soir. Et elles l’ont bien vécu comme un rendez-vous. Entre copines ou avec leur mère, des ados mais aussi des jeunes femmes plus âgées, qui avaient grandi en même temps qu’Harry Styles. Seize milles spectateurs (il y avait bien quelques hommes donc on est obligé de mettre au masculin), des jeunes filles plus émues les unes que les autres, certaines frôlant parfois la crise de nerfs (on en a vu) avec ce point commun parfois inconfortable pour les oreilles, une capacité au cri strident à (très) courts intervalles réguliers.

A 21h, le rideau s’est levé sur un écran en demi sphère suspendu au dessus de la scène et Harry Styles était là, costume scintillant gris sur chemise en soie noire généreusement ouverte. Et Bercy est devenu sourd par les hurlements saluant cette arrivée. « Only Angel » entonne ses premiers accords, terriblement efficaces. A voir le jeune britannique solide derrière son micro, arpentant la scène avec une démarche syncopée qui rappellerait celle de Mick Jagger, on se dit que les années One Direction ont offert une expérience unique, un sens du métier, une envie de faire le show qui resteront. Harry Styles poursuit avec « Woman » puis « Ever since New York ».

Les quatre musiciens, dont deux jeunes femmes, l’une aux claviers , l’autre à la batterie, ne font pas semblant. « Two Ghosts » et « Carolina » sont plus puissants en live. Mais le mieux, c’est encore (pour le public) quand Harry Styles glisse quelques mots français entre deux titres. « Bonjour Paris… J’apprends le français mais je suis un peu lent ». Le jeune homme n’a rien perdu de son humour et de ses facéties adolescentes, il prendra quelques instants plus tard un énorme plaisir à faire répéter à la foule « 85 pamplemousses ». On ne sait pas d’où sort cette improbable juxtaposition mais elle a beaucoup fait rire, lui en premier.

Après le morceau initialement écrit pour Ariana Grande, « Just a little bit of your heart », le britannique remercie le public avec ce cadeau inattendu, un titre (quasi) inédit, « Medicine ». C’est rythmé et porté par un texte percutant. Vient alors le moment de rejoindre la seconde scène, située juste derrière les consoles. A travers un chemin dessiné au milieu de la salle, Harry Styles court, attrapant au vol un drapeau français tendu par une fan. Résonnent alors « Sweet creature » et « If I could fly », une parenthèse sweet, Harry Styles s’accompagnant de sa seule guitare, qui fait naître des larmes dans des travées devenues soudain plus attentives.

Au retour sur la scène principale, seize milles fans reprennent avec lui « What makes you beautiful », titre devenu culte des One Direction, légèrement revisité et puis bien sûr, impossible qu’il ne soit pas de la setlist, « Sign of the Times ». « From the dining table » en mode déchainé laissera ensuite la place à « Kiwi »… « la » chanson que le public connaît plus que par coeur.

Le temps est alors venu de se quitter. Quand la salle se rallume, sur chaque rangée, des jeunes filles sont en pleurs, soutenues par des copines qui ne sont pas forcément plus vaillantes. Se lever serait déjà quitter la salle, s’éloigner encore davantage de lui qui est dans les coulisses inaccessibles… mais proches.

Si Harry Styles a largement gagné ses galons « solo » et assuré une heure trente d’ un show d’une grande maturité, il lui faudra encore quelques années avant que son public ne soit pas dans le souvenir, dans ce passé qui l’a tant fait vibrer. Assister à un concert d’Harry Styles c’est aussi reprendre un petit morceau des « One Direction », revivre des années intenses et heureuses avec les morceaux du groupe comme « bande son » de cette tranche de vie là. Dire le contraire serait un leurre. En attendant, même si certains se complaisent toujours dans des critiques haineuses que le temps et l’intelligence n’ont pas réussi à calmer, personne ne pourra contester que le jeune britannique a une vraie voix, avec un grain facilement reconnaissable, un sens du show et une envie qui ne sont pas près de lui faire quitter son statut de star internationale.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

En concert à Paris, The Script a le sens de la mise en scène

Après un premier passage près de cinq ans jour pour jour sur la célèbre scène du Boulevard des Capucines, The Script étaient de retour à Paris ce 27 Février. Dans un Olympia débordant d’enthousiasme, les irlandais ont offert un concert sans temps mort, inventif, généreux et plein de surprises.

Ils le savent depuis longtemps : les rangs de leurs fans français n’ont jamais cessé de grossir et leur fidélité ne s’est jamais démentie. Alors forcément, lorsque les trois membres fondateurs de The Script et les deux musiciens qui les accompagnent ont jailli, ce fut un tonnerre d’applaudissements et de cris, de quoi faire oublier aux plus irréductibles les longues heures d’ attentes dans le froid avant l’ouverture des portes. Mais les premiers rangs, ça se mérite !

Dans un look « blond is no longer the new black » révélé la veille lors de la dernière date londonienne, Danny O’ Donoghue donne le ton d’entrée : la soirée serait festive, énergique et en total échange avec cette salle pleine à craquer, les billets du « Freedom Child Tour » s’étant envolés en quelques jours. A ses côtés, Mark Sheehan et Glen Power, larges sourires et doigts en forme de coeur, semblent gagnés par l’émotion de cet accueil impressionnant. Les premiers accords du tubesque « Superheroes » résonnent… C’est parti pour près de deux heures d’un show qui ne connaitra aucun temps mort. « Rock the world » à peine achevé, « Paint the Town Green », extrait de « No Sound Without Silence », le très bel opus précédent, éclate déjà. Les sonorités de musique traditionnelle irlandaise sont porteuses. Dans les travées comme sur scène, ça danse et bondit, l’Olympia la joue fête de la Saint-Patrick et déborde de joie.

Difficile de faire plus cool que ces irlandais là qui, en dix ans et cinq albums, ne cessent de bâtir ce « Hall of Fame » qu’ils ont si bien chanté. Dix ans pour surmonter les épreuves personnelles, les doutes et connaître enfin l’ivresse tranquille de ces moments explosifs, ces concerts à guichets fermés dans des salles, et des festivals, de plus en plus importants.

Ce n’était pourtant pas gagné quand on est comme Danny O’ Donoghue et Mark Sheehan, à partager une enfance dans les quartiers modestes de Dublin. Passionnés de musique, après un détour par les Etats-Unis, les deux complices, devenus entre temps producteurs, décident alors de rentrer au bercail pour écrire leurs propres partitions. Glen Power renforce le binôme et après quelques expériences plus ou moins réussies, The Script voit le jour. « Le nom était tout trouvé, » raconte le chanteur. « Nous partageons cette envie commune que nos chansons racontent une histoire. Avec un début et une fin. Les thèmes sont bêtement inspirés par la vie. Mais au fond, existe t’il meilleur creuset? »

Le premier album éponyme  est sorti en août 2008. « We Cry », l’un des singles, truste les place de tous les charts à travers le monde et surprend le plus optimiste des bookmakers. « The Man who can’t be moved » totalise plus d’un million de ventes aux Etats Unis et près de 70 millions de vues sur YouTube. Deux Awards achèvent de saluer cette réussite. Le scénario aurait pu combler tous leurs rêves si au même moment Danny O’ Donoghue et Mark Sheehan n’avaient pas perdu simultanément l’un de leurs parents. Ils réussiront pourtant à finir dans les temps l’album suivant. Mais chacune de leur interprétation de la magnifique « If you could see me now » fait toujours souffler un vent d’émotion bien réel.

Avec « Science & Faith », The Script poursuit sur le chemin du succès. « For the first Time » est un succès planétaire et s’inscrit directement dans le Top 4 au Royaume Uni et aux Etats Unis. La tournée qui a suivi aurait pu doubler ses dates tant la demande est forte. Mais ce n’est rien par rapport à ce qui se produit ensuite, lorsque Will I Am (que Danny O’ Donoughe a rencontré en partageant avec lui les fauteuils rouges de The Voice UK) collabore à « Hall of Fame », resté à ce jour le plus gros succès du groupe, celui qui les a propulsés encore plus haut, offrant des dizaines de disques d’or partout dans le monde. 331 millions de vues sur Youtube. Devenue l’une de leurs chansons « repères », elle est de tous les concerts.

En 2013, lors de leur premier passage à l’Olympia, The Script étaient transcendés par ces fans étrangers qui clamaient leur passion. Le groupe en ressentait une émotion qui semblait les porter au point peut-être de les entraver car ils agissaient selon ce que la salle attendait. Toujours aussi généreux et reconnaissants, forts d’une expérience plus longue, les irlandais n’hésitent pas aujourd’hui à vivre le moment au gré de leurs envies. Ils osent davantage, quitte à descendre dans les premiers rangs de la fosse en début de concert… ou à venir chanter depuis le balcon en lieu et place de quelques spectateurs qui, pour l’occasion, ont laissé place à des pieds de micro et un piano portable. Ce 27 février, « If you ever come back » et « Never seen anything quite like you » resteront ainsi dans le coin émotion de toutes les mémoires.

Autre surprise, la venue d’Amir en guest inattendu sur le titre « Rain ». Les fans l’ espéraient et il se murmurait que la chose était possible. Bien vu, l’ancien candidat de The Voice n’a pas failli et a mis sa voix à l’unisson de l’enthousiasme des irlandais, offrant un très joli et joyeux moment.

La setlist, parfaitement ajustée, mixant savamment morceaux du dernier album et succès plus anciens, a enchainé avec « No Good in Goodbye » et « Breakeven » avant de finir en apothéose sur « Hall of Fame » repris par la salle debout. Une vingtaine de chansons et le groupe filait à… l’irlandaise. Cap sur l’Allemagne. Guys, vous avez raison, there’s « No Good in Goodbye ».

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Un 4ème jour et une 4ème tête d’affiche pour le Download Festival France !

Les premiers noms avaient fuité bien avant l’annonce officielle : Foo Fighters, Guns’N’Roses seraient de la fête. Puis avait été intronisé Ozzy Osbourne. De quoi attendre la suite avec impatience… en jetant éventuellement un regard sur l’affiche de la petite soeur madrilène. On pariait alors sur Marylin Manson, en pleine tournée mondiale. Bien vu! Mais ce qui n’avait pas été anticipé en revanche, c’est ce line up incroyable et cette surprise inattendue : le Download France ne se déroulerait plus sur trois jours mais sur quatre avec débord le lundi pour fermer le ban en apothéose avec les Guns ‘N’ Roses justement.

On peut lire et relire l’affiche, l’effet ne disparait toujours pas : le cocktail des talents qui se succéderont sur la base de Brétigny-sur-Orge pour cette troisième édition du Download français, du 15 au 19 Juin prochains, est la meilleure recette proposée depuis longtemps.

Underoath, les suisses d’ Eluveitie, Converge et leur punk hardcore que les scènes du monde entier s’arrache, Powerwolf, Ghost que l’on n’ espérait pas de retour sitôt dans les festivals et l’inoxydable et presque septuagénaire (il les fêtera en décembre) Ozzy Osbourne, « The Prince of Darkness » pour boucler la journée du vendredi… On a connu pire ouverture!

Ozzy Osbourne.

Autant être présent dès l’ouverture des portes le lendemain car sont déjà annoncés, While She Sleeps, qui aura fait un petit détour par Paris (à la Maroquinerie) en janvier, les Nantais d’Ultra Vomit qui jouent sold out à chaque date depuis la sortie de « Panzer Surprise », leur dernier album en date, et sont encore plus délirants avec leur metal parodique sur une grande scène, les excellents suédois de Meshuggah, Turbonegro, les norvégiens et leurs partitions entre punk, heavy metal et rock, The Offspring encore (on se souvient avec enthousiasme de la façon dont la bande de Noodles et Dexter Holland avait emporté le Main Square d’Arras en 2016) et enfin, Marylin Manson.

Marilyn Manson.

L’américain ne laisse personne indifférent, avec lui c’est passion ou détestation, pas de place pour les sentiments tièdes. Son dixième album studio, sorti le mois dernier et qu’il a co-produit avec Tyler Bates, est considéré comme l’un de ses meilleurs disques. La tournée américaine a été interrompue cet automne, un élément de décor (un pistolet) étant tombé sur l’artiste. Elle doit reprendre ces jours-ci, Maryline Manson ayant annoncé qu’il était impatient de revenir sur scène pour défendre « Heaven upside Down ». Quand on connaît son tempérament, on n’a pas de mal à imaginer ce que ce retour va pouvoir dégager en énergie.

Frank Carter.

The Hives.

Foo Fighters.

Dimanche, les Main Stages verront évoluer Wolf Alice, Frank Carter et the Rattlesnakes, qui a déjà trusté pas mal de scènes françaises l’an dernier et connu un succès impressionnant. Slaves, Dead Cross (où l’on retrouve le chanteur de Faith No More et l’ancien batteur de Slayer), les suédois de The Hives, toujours aussi élégants et maîtres dans l’art du « garage punk », avec leurs refrains comme autant d’hommages aux années soixante. Lors de la première édition française du Lollapalooza, sur l’Hippodrome de Longchamp, ils avaient fait chanter l’immense foule pressée devant eux devenue soudain immense chorale et piste de danse.

Ultra attendus par leurs milliers de fans déçus de n’avoir pu décrocher le précieux sésame pour leur récent concert à l’AccorHotels-Arena, les Foo Fighters auront l’honneur de finir la journée. Depuis vingt-cinq ans (déjà), Dave Grohl, l’ex batteur de Nirvana, n’a jamais rompu avec le succès. « Concrète and Gold », le neuvième album studio du groupe, est sorti en septembre. Dans une salle, les concerts du groupe sont toujours plus « confinés », ce n’est pas une facilité du genre de l’écrire car certains évoluent à l’identique quelle que soit la dimension de la scène. On sait que ce n’est pas le cas avec les Foo Fighters qui se livrent généralement à de véritables shows, portés par une set list hyper calibrée, lors de leur passage dans les festivals.

Guns ‘N’ Roses.

La grand’ messe du 3ème Download aurait pu s’arrêter là, l’affiche aurait été au delà de toutes attentes. Mais cette année, coup de poker imprévu, Live Nation, grand ordonnateur du Download offre à son festival une rallonge de taille, une quatrième journée bouclée par les Guns ‘N’ Roses ! Axl Rose, Slash et consorts repasseront par la France après leur Stade de France triomphal de cet été. Près de trente-cinq ans après leur formation, les américains n’ont jamais failli, allant jusqu’ à se classer parmi les meilleurs groupes de tous les temps.

Guns ‘N’ Roses est le seul nom à avoir été révélé pour ce jour « bonus ». Les surprises sont toujours les bienvenues mais l’essentiel semble quand même là et on n’en voudra pas aux groupes précédents de « porter » vers cet évènement qui bouclera le festival. Vous avez dit impatience ?

Magali MICHEL.

Crédit photos The Hives // Frank Carter & The Rattlesnakes // Sophie BRANDET. 

– Mise en vente des Pass 1,3 et 4 jours lundi 13 Novembre à 10h. www.downloadfestival.fr – 

MAIN SQUARE FESTIVAL 2017: Record d’affluence pour la 13ème édition !

Avec 125.000 spectateurs accueillis en trois jours, le Main Square d’Arras a pulvérisé son record d’entrées. L’affiche portée par Radiohead jouait pourtant les audaces en mettant en lumière pas mal d’ artistes moins connus que les années précédentes. Ce mix gagnant dressé par Live Nation avait vu s’envoler la billetterie et plus aucun ticket n’était disponible depuis longtemps. De là à envisager que le Main Square quitte le site historique de la Citadelle pour pouvoir gonfler encore les rangs de son public, il y a un pas que personne ne semble prêt à franchir, l’enceinte offrant trois points essentiels : l’accessibilité, la sécurité et la proximité. Retour sur cette…. édition couronnée de succès.

Un océan de têtes, un espace vital qui n’atteint pas les cinq centimètres, quelques trouées dans la foule qui ne sont qu’illusoires car lorsque les premiers accords retentiront, jailliront de ces percées tous ceux qui patientaient depuis plus de deux heures en restant assis au milieu de cette forêt de jambes… Radiohead n’avait pas joué en France depuis cinq ans (et même depuis 2008 à Arras) et avait choisi le Main Square pour seul festival de l’Hexagone. C’est dire s’ils étaient attendus. Des centaines de déçus des refoulés de la billetterie britannique, des suédois, des espagnols, des allemands, des quatre coins de l’Europe les fans du groupe britannique n’avaient pas hésité à effectuer le déplacement. Les langages sont pluriels mais lorsqu’il s’agit de patienter en reprenant quelques refrains du groupe trentenaire, l’unisson est total… à peine entrecoupé par les commentaires acerbes en destination de ces naifs qui entendent traverser les 40.000 spectateurs verres de bière en main « pour rejoindre leurs copains de l’autre coté de la place ». Des audaces rarement couronnées de succès et qui prendront fin dès que « Daydreaming » ouvrira ce concert exceptionnel.

« Thom Yorke », « Desert Island Disk », « Ful Stop »… la set list dessinée par les frères Greenwood, Ed O’Brien et Phil Selway joue l’émotion et le public est en extase. Marie, la quadra belge qui avait pourtant vu le groupe la veille au Rock Werchter est submergée par l’émotion. « Ils donnent tout. Ils sont impressionnants. Je rêvais d’ entendre « My iron Lung », c’est un morceau qui a plus de vingt ans et que j’adore. Ils l’ont fait. Je ne pouvais rêver mieux. » Elle en oublie sa pancarte à destination des artistes et laisse échapper des larmes sincères.

Une dizaine d’autres morceaux phares plus loin et c’est toute la Citadelle qui salue « No Surprises », extrait de « No Computer », sans doute l’un des albums les plus célèbres de Radiohead, « No Computer » qui sera également interprété alors qu’il est généralement peu repris sur scène. Minuit sonnera l’heure des ultimes rappels, quatre titres et « Paranoid Android » pour fermer le bal. Les plus accros regretteront que « Creep » ou « Karma Police », les deux morceaux clés du parcours des britanniques aient été zappés alors qu’ils avaient été donnés au festival de Glastonbury quelques jours plus tôt. Choisir, c’est renoncer. Une discographie lourde de moments forts n’y aura pas échappé. Cette date française de Radiohead, en clôture du Main Square d’Arras restera pourtant dans les annales.

The NoFace // Green Room.

Frank Carter & The Rattlesnakes // Main Stage.

L’enthousiasme n’aura pas été le seul fait de cette énorme surprise en tête d’affiche du dernier jour. Depuis vendredi, le festival concocté par Live Nation avait su jouer la mixité entre artistes  pop, rock, folk et électro, les têtes des charts et les formations moins connues mais qui ne manqueraient pas d’ emporter le public. Bonne pioche ! Malgré une météo capricieuse vendredi, les rangs se sont rapidement resserrés au pied de la Main stage comme de la Green Room. Rendez-vous majeur des manifestations estivales, le festival arrangeois a depuis longtemps gagné ses lettres de noblesse. La programmation a toujours visé haut et les souvenirs de ces soirées incroyables sur la Grand Place d’abord, entre les remparts de la Citadelle ensuite n’en finissent pas de résonner.

The Inspector Cluzo a fait l’unanimité et attiré la grande foule malgré un horaire de passage relativement précoce. Le tandem gascon qui dans son autre vie élève des oies selon le mode bio et propose ses foies gras sur les étals des marchés du Sud Ouest distille un rock tout aussi viscéral et passionné. La musicalité est haut de gamme et la bonne humeur sur scène certifiée sans OGM comme leurs partitions désormais aussi nettement reconnaissables que les valeurs qu’ils s’efforcent de transmettre.

Mat Bastard ayant migré pour une carrière solo, exit Skip the Use. Mais les quatre musiciens restant n’ont pas pour autant renoncé et c’est en s’appuyant sur un concept anonyme, sorte de masque barré d’une crois blanche, qu’ils ont décidé de revenir. Faisant table rase de la notoriété passée, poursuivant avec cette expérience déjà solide mais jouant la carte de la virginité coté références, The No Face s’est attaché la présence (et la voix) de la magnifique Oma Joli, chanteuse d’origine camerounaise. L’album est attendu avant la fin de l’année, à l’automne selon toutes vraisemblances. En attendant, sur scène, ces cinq là cartonnent avec un rock puissant aux couleurs différentes et le Main Square leur a réservé une ovation largement justifiée.

Dilemme toujours compliqué, pour ne pas dire insoluble, des festivals à scènes multiples, il fallait amputer The No Face d’une bonne demi heure si on voulait voir Frank Carter and the Rattlesnakes sur la Main Stage. Après un détour par le punk, l’over tatoué Franck Carter a retrouvé le chemin de son ADN avec des sons radicalement hardcore voilà deux ans avec sa nouvelle formation et un premier opus qui avait surpris. Le second frappe encore plus fort. Riche d’une production plus puissante, « Modern Ruin » offre aux britanniques les plus belles scènes. Bondissant et arpentant celle d’ Arras avec une énergie no limit, Franck Carter n’a pas mis longtemps à convaincre ceux qui ne le connaissaient pas encore.

Don Broco // Green Room.

Biffy Clyro // Main Stage.

Après Don Broco, brochette de quatre anglais plutôt pas moches (on a dit « pas le physique » ok ! Mais au vu des cris enthousiastes de la gente féminine à chaque approche de Rob Damiani, le chanteur, on ne va pas pousser l’hypocrisie plus loin : la voix ne faisait pas tout !!) qui taille sa route depuis près de dix ans et avait marqué le public parisien en ouvrant pour Bring Me The Horizon lors de leur dernier passage au Zénith, pop rock, énergie et bonne humeur garantis, Biffy Clyro était très attendu.

Ne tenant pas en place, sémillant dans son pantalon rose assez large sous torse nu, Simon Neil a la frénésie de ceux qui veulent tout donner, de la première à la dernière note. Avec les jumeaux James et Ben Johnston, le trio écossais s’inscrit depuis plusieurs mois au sommet des affiches ou s’offre des premières parties assez spectaculaires, comme celle du récent concert des Guns N’ Roses au Stade de France. Leur passage à l’Olympia en janvier avait également donné envie de les revoir très vite, un succès porté par « Ellipse », dernier album en date du groupe. Buffy Clyro était déjà passé par Arras en 2013. Quatre ans plus tard, on sent le groupe riche d’une puissance encore plus affirmée, la scène étant bien leur terrain de jeu préféré. Le set d’une heure a semblé bien trop court à leurs fans venus par milliers reprendre en choeur les tubes de ces trois là dont le succès sera bientôt planétaire.

Machine Gun Kelly // Green Room.

Soulwax // Green Room.

Difficile de boucler cette première journée de festival sans parler de Machine Gun Kelly (lassé par les inévitables comparaisons avec Eminem, MGK essaie de ne plus les entendre et se consacre à sa musique. Le premier rappeur blanc à avoir décroché trois victoires successives au fameux show de l’Apollo Theater a puisé dans ses deux albums ses morceaux les plus emblématiques et livré une interprétation pleine d’énergie, au flow impressionnant), Soulwax (les belges ont épaté avec une mise en scène particulièrement originale et soignée, un rock électro brillant) et bien évidemment System of a Down. La tête d’affiche du jour a ravi ceux qui les suivent depuis plus de vingt ans, un peu étonné ceux qui ne les avaient encore jamais vu sur scène. Comme au Downland, à Brétigny sur Orge début juin, les californiens ont enchainé les titres sans échange avec le public, sans davantage de communication sur scène. Sans perdre une minute, les titres s’enchainent comme si le temps était compté. Pas de quoi entacher cependant un concert toujours aussi brillamment servi par la voix grave de Serj Tankian, le leader qui n’a rien perdu de sa fameuse tessiture.

Après avoir programmé Iron Maiden à l’occasion des dix ans du Main Square et en figure de de proue d’un jeudi rajouté aux trois jours habituels du festival, après Mass Hysteria qui a embarqué plus de 30.000 spectateurs l’an dernier, Live Nation a visiblement raison de jouer la carte du metal. ce nouvel atout dans l’affiche séduit au delà de toute attente. Pour leur dernière date dans l’Hexagone, System of a Down a eu droit à un accueil plus que triomphal.

Talisco // Main Stage.

Xavier Rudd // Green Room.

La pluie annoncée le samedi a eu le bon goût de ne se manifester que par épisodes nocturnes. De quoi permettre à Talisco et son rock matiné d’électro, tendance magnifiques décors et grands sentiments, de s’offrir en beauté à ceux qui ne le connaissaient qu’à travers ses deux albums.

Dans un genre radicalement différent mais tout aussi spectaculaire, Xavier Rudd a lui aussi embarqué le public vers son Australie natale, ses instruments inédits comme le didgeridoo et ses partitions aborigènes revissées avec des mélopées uniques. Homme orchestre, artiste et citoyen engagé, militant pour de nombreuses causes écologiques, le musicien a aussi été élu « végétarien australien le plus sexy ». Après sa prestation au Main Square, on peut comprendre sinon la légitimité de ce titre, au moins les raisons qui ont pu l’expliquer !

Cage The Elephant // Main Stage.

Cage the Elephant a constitué l’une des belles découvertes de la journée. Les américains, établis depuis dix ans à Londres, dont le dernier album en date a été produit par Dan Auerbach des Black Keys (salué d’un Grammy du meilleur album rock en février dernier, excusez du peu!), sont de vraies bêtes de scène. Musicalement, c’est un mélange unique qui renvoie aux origines de la brit pop la plus pure avec une modernité incroyable. N’ignorant rien de ses ressemblances avec Mike Jagger, Matt Schultz, le chanteur, porte la chemise centrée et le pantalon pattes d’eph’ avec naturel et chante avec la même ferveur bondissante que son illustre ainé. Mais Cage the Elephant ne se réduit surtout pas à un copier coller de ce qui a été. C’est au contraire totalement original malgré ces références assumées.

Au regard de la densité de la foule qui les attendait, Rag N’ Bone Man et Jain avaient beau ne pas fermer le ban, c’étaient bien eux les artistes les plus attendus de la journée. Depuis plus d’un an, la toulousaine n’en finit pas de croiser le succès. Un premier album qui a tout raflé, des récompenses de la part du public comme de la profession, des concerts sold out, la jeune femme est cet été l’une des artistes les plus programmés, à l’instar des Insus ou de Louise Attaque l’an dernier. Autant dire que lorsqu’elle débarque sur scène avec sa désormais fameuse combishort noire à col Claudine immaculée, c’est un tonnerre d’applaudissements qui l’a accueilli. Un public familial, beaucoup de jeunes filles également, qui attendaient patiemment et soudain se déchainent et se mettent à danser aux sonorités électro hip-hop colorées d’Afrique de leur idole. La communion est totale et lorsque Jain termine son set dans sa fameuse bulle géante, portée par des festivaliers qui espéraient que le Main Square n’échapperait pas à cette sortie, c’est une foule euphorique qui accompagne la traversée.

Quant à Rag ‘N’ Bone Man, il fallait avoir sacrément anticipé pour réussir à le voir car le public avait depuis longtemps envahi les abords de la Green Room. Une demi heure avant le concert, plus possible de se rapprocher. C’est depuis le milieu de la Citadelle, entre stand de crêpes ou de wraps, que certains ont du se contenter d’entendre la voix si habitée et roborative de celui qui est l’un des phénomènes de la musique actuelle.

Rag ‘N’ Bone Man // Green Room.

Jain // Main Stage.

Un peu plus tard Die Antwoord a également fait le « chaud ». Excessif en tout, refusant la présence du moindre photographe devant la scène, repoussant les limites des décibels ce qui empêchait toute conversation à peu près normale à des centaines de mètres à la ronde, montrant volontiers leurs sous vêtements, les sud africains sont toujours aussi spectaculaires, choquants pour les uns, modernes pour les autres.

Plus consensuel et désormais mondialement reconnu, Major Lazer (la formation montée par Diplo, le fameux producteur et compositeur adoubé par les plus grands, de Madonna à Beyoncé en passant par Snoop) est une machine à tubes, la plus efficace des invitations à danser. le quatrième album du groupe a enchainé les tubes. Ce deuxième jour a pu s’achever dans une joyeuse euphorie.

The Lemon Twigs // Green Room.

La Femme // Main Stage.

Radiohead ne serait pas sur scène avant la fin de journée mais nombreux étaient ceux qui se sont octroyés une place inamovible dès l’ouverture des portes de ce dernier jour. Mieux… la plupart ont même couru pour ne pas se faire voler cet espace convoité depuis des mois. Cette détermination aura finalement été fructueuse puisqu’elle aura permis à ces stakhanovistes de l’attente de belles « rencontres » parmi lesquelles Seasick Steve. Avec sa barbe blanche, ses stigmates laissées par une vie pas toujours douce, le bluesman américain bientôt octogénaire était impressionnant de virtuosité. Sur des instruments plus cabossés que lui, des guitares uniques en leur genre, Seasick Steve (né Steven Wold) est une sorte de légende vivante. Ami de Janis Joplin, chanteur dans les stations du métro parisien, ayant vécu mille vies, il exporte son blues et sa bonne humeur aux quatre coins du monde sans jamais se lasser. Son sourire en dit long. Son regard exprime bien plus encore. Un très très grand Monsieur.

Savages // Main Stage.

Et puis on retiendra aussi Savages, le groupe britannique post punk qui depuis six ans taille sa route avec minutie. Impressionnantes dès leur premier concert en 2012, les quatre jeunes femmes  à la prestance parfois gouailleuse, toutes de noir vêtues, affichent une féminité qui n’empêchent ni  les couplets puissants ni les riffs bien musclés. Elles ont littéralement bluffé un auditoire qui ne s’attendaient pas à une prestation aussi forte, rock et élégante.

La prochaine édition du Mainsquare se déroulera les 5, 6 et 7 juillet 2018. La programmation réussira t-elle à exploser les compteurs, ce record de 42.000 visiteurs chaque jour ? La configuration du site lui-même offre un début de réponse : les fortifications de la Citadelle ne peuvent être repoussées. Le site a déjà gagné en espace par de subtils aménagements du coté de la Green Room, les hauteurs ont largement été revues dans leurs « mises en scènes » pour permettre de jolies échappées, quelques bouffées de presque tranquillité entre expo, massage, restauration et espaces de repos  mais il sera difficile d’agencer différemment pour gagner encore sur un lieu porteur de contraintes… mais au final porteur de ces points essentiels que sont l’accessibilité et la sécurité. Une sécurité encore accrue cette année du fait du contexte et qui aura elle aussi permis à la manifestation de ne pas connaître de fausses notes. Arras est désormais une étape incontournable, pour les artistes comme pour les festivaliers. L’un des plus beaux fleurons de la planète Live Nation.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

MAIN SQUARE FESTIVAL: Biffy Clyro n’en finit pas de séduire !

Quatre ans après un premier passage en terres arrageoises, Biffy Clyro était de retour au Main Square Festival 2017 et cette fois, en co-headliner. Une progression logique pour les trois britanniques à la popularité croissante.

Un mélange détonnant d’assurance, d’humour et de nonchalance, à l’image peut-être de la tenue du séduisant Simon Neil (torse nu over tatoué-pantalon framboise à pattes d’éléphant tout droit sorti des seventies), une chose est sûre, le combo fonctionne : en pénétrant sur la Main Stage, ce sont des milliers de spectateurs enthousiastes qui acclament le trio de Biffy Clyro.

Véritable bête de scène, gonflé à l’énergie no-limit et survolté par les premières parties offertes par Guns N’Roses durant leur tournée européenne, Simon Neil donne le ton. « Nous sommes Biffy the f… Clyro et nous venons d’Ecosse. » Concis mais suffisant pour faire grimper d’un cran supplémentaire les regards énamourés qui se portent vers lui. C’est parti pour une heure de show faisant la part belle aux élans vocaux, aux riffs puissants du leader mais aussi à la batterie de Ben Johnston et à la basse de James, son jumeau.

En sept albums studio  et plus encore depuis les deux derniers opus, « Opposites », en 2013 et le tout récent « Ellipsis », les écossais se sont inscrits en accords majeurs dans les charts internationaux et leurs tournées ne cessent de jouer les prolongations. Refusant les classements réducteurs, se reconnaissant rock dès ses origines en 1995,  flirtant depuis dix ans avec le metal, ce qui a valu cet élargissement de l’auditoire, un disque d’or en Grande Bretagne voilà dix ans avec «Puzzle»,  et un disque de platine trois ans plus tard pour « Only Revolutions », Biffy Clyro n’est jamais meilleur que devant les très grandes assemblées.

Habitués des stades, du Parc des Princes (Paris) comme de Wembley (Londres), les écossais se dopent à cette adrénaline particulière et c’est là qu’ils enregistrent des albums live explosifs. Qu’ils soient tête d’affiche, ouvrent pour les Foo Fighters ou les Gun’s N’Roses (le stade de France en Juillet restera longtemps dans les mémoires). A Arras, les treize titres, depuis « Wolves of Winter » jusqu’à «Stingin’Belle» en passant par l’incontournable « Biblical » se sont enchaînés sans temps morts. Une fois de plus les écossais ont séduit. Evidents.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Les fidèles de Ghost en totale communion à l’Olympia!

C’est dans l’Olympia (Paris) plein comme la place Saint Pierre du Vatican un jour de bénédiction que Ghost a servi sa messe ce 11 avril à Paris. Des Nameless Ghouls nouveaux et un Papa Emeritus très en forme. 

Depuis quelques semaines, malgré une tournée internationale sold out, Ghost avait quitté la rubrique musicale pour se glisser dans la chronique judiciaire. Des histoires de droits, de contrats, d’absence de répartition des gains entre Papa Emeritus et ses musiciens, les fameux Nameless Ghouls. Le problème de n’avoir pas de noms justement et de jouer sous masque pour demeurer dans un total anonymat, est que l’on est interchangeable à loisir. Il n’a donc pas fallu beaucoup de temps à Papa Emeritus pour trouver des successeurs aux déserteurs. Restait à savoir comment cet entourage nouveau allait se comporter sur scène, les connivences et jeux d’avant conflit allaient-ils pouvoir être maintenus?

La réponse est vite tombée : dans un décor agrandi, plus impressionnant encore avec sa marche supplémentaire et son sol en dalles à carreaux, reproduisant encore mieux l’univers liturgique et ses codes ancestraux, les suédois débarquent sur scène au rythme de « Square Hammer » puis enchaînent sans temps mort avec « From the Pinnacle to the Pit » et « Secular Haze ». Les Nameless Ghouls bougent avec une énergie que l’on ne connaissait pas chez leurs précédesseurs, plus enclins peut être à mimer le respect derrière un Papa Emeritus hiérarche incontesté. Un peu étonnant pour tous ceux (et ils étaient nombreux) qui les ont déjà pas mal vus sur scène mais rien de vraiment perturbant à l’évidence si on en juge par la frénésie et l’enthousiasme du public. (Pour mémoire, il faut rappeler que les billets de cette unique date française se sont arrachés en quelques heures).

Musicalement, c’est toujours aussi calé et ça envoie magistralement. « Cirice » ou « Per Aspera ad inferi » resteront longtemps dans les mémoires. Visiblement (si on peut dire compte tenu de l’impossibilité à voir leurs visages), les Ghoules prennent un vrai plaisir et ne se ménagent pas, se mettant régulièrement en avant.

Les anciens tubes font évidemment toujours recettes. Le public exulte devant ce best of porté par la magnifique voix de Papa Emeritus, qui avait troqué sa tenue papale pour un costume plus propice aux déplacements. Dans « Year zero » ou bien encore « He is », son timbre fait des merveilles.

En près d’une vingtaine de titres, une heure trente de concert grand spectacle (confettis compris) avec l’incontournable « Monstrance Clock » signifiant que la messe était définitivement dite, Ghost a prouvé qu’il était l’un des groupes les plus énormes du moment, en totale communion avec ses fidèles. Tous prient déjà pour qu’ils reviennent vite.

Texte et photos // Sophie BRANDET.