The Temperance Movement, à écouter sans modération !

En sept ans et trois albums, les britanniques de The Temperance Movement ont accroché avec leur rock si personnel la fidélité de milliers de fans en Europe mais également aux Etats-Unis où ils ont eu la chance d’ouvrir pour les Rolling Stones. Une mise en lumière accrue qui n’a pas réussi à donner la grosse tête à un groupe qui a traversé des tempêtes et su garder le cap en conservant l’honnêteté pour figure de proue. Rencontre.

Quand le tourbus s’est garé près de la Loire, à quelques mètres du Ferrailleur où ils joueraient le soir même, les cinq musiciens n’ont jeté qu’ un regard ensommeillé sur les quais nantais. Le concert de la veille au Rocher de Palmer, à Cenon, dans la banlieue bordelaise, était encore dans les mémoires. Une jolie date au milieu de ce nouveau mais court périple français entamé à Paris, au Trabendo le 31 mars. « On tourne beaucoup, certaines années on a même donné jusqu’à deux cents concerts alors forcément, la bus est un peu notre seconde maison. Et il n’est pas toujours facile de bien visualiser les salles, les villes, où nous nous arrêtons. Parfois, on trouve le temps de s’éloigner un tout petit peu pour voir les abords et visiter. Parfois pas! Mais ce n’est pas dramatique, c’est notre job et on aime ça, » commente Paul Sayer, l’un des deux guitaristes, membre historique et fondateur de The Temperance Movement.

Dix ans déjà que l’idée de former un groupe s’est imposée, envie partagée par Phil Campbell, le chanteur et Luke Potashnick, autre guitariste. Mais il a fallu attendre 2011 pour que les choses se concrétisent, le temps de trouver un batteur et un bassiste, « une formation très classique au final ». Dès le premier EP en 2012, The Tempérance Movement interpelle. Dans un monde qui aime poser les étiquettes et ranger dans des cases, difficile de positionner clairement ces britanniques mêlant aussi efficacement des sons des années soixante et soixante dix mais qui aimaient aussi manifestement Nirvana, les Stones ou Soundgarden. Des enfants du siècle qui n’auraient pas eu le complexe de leurs ainés et leur rendraient même de magnifiques hommages en quelque sorte.

« On se nourrit de rencontres, de ce que chacun écoute. Nous avons des influences multiples mais des envies communes… ce qui est quand même plus simple», poursuit en riant Nick Fyffe, le bassiste. Un melting pot musical qui séduit d’emblée : en novembre 2013, The Temperance Movement décroche le prix du « Meilleur nouveau groupe de l’année » de Classic Rock Magazine.

Le karma continuant alors à être particulièrement bon, le hasard met une de leurs lointaines connaissances sur la route d’une conversation dans laquelle il est dit que les Stones cherchaient des premières parties pour leur tournée européenne. N’écoutant que son culot et son envie, la jeune femme a alors donné leur nom! Comme ça, tout bêtement. Mick Jagger a écouté et aimé. Ainsi va parfois la vie d’un groupe encore moyennement connu qui se retrouve soudain propulsé pour une poignée de dates devant des auditoires XXL, sur la même affiche que l’un des groupes phares de la musique mondiale depuis plus de cinquante ans.

« C’est cool, non ? » s’amuse Paul Sayer. « Ce n’était vraiment pas un truc de label ou de management, un truc pensé et calculé par je ne sais quel financier. C’était juste un truc tout simple, le bon moment d’une personne qui n’aurait jamais du être là quand une conversation a eu lieu et qui a l’audace tranquille de ceux qui ne risquent rien au fond. Et ça a été énorme, »

« Aucun facteur de stress dans cette histoire mais une incroyable envie, une excitation totale à l’ idée de jouer ces soirs là dans ce contexte de fou » surenchérit Nick Fyffe. « Comment ne pas kiffer ce truc là? Je crois que tous les musiciens à notre place auraient pensé de la sorte. Et l’histoire s’est renouvelée quand les Stones nous ont embarqué pour cinq dates de leur tournée américaine l’an dernier. On a aussi ouvert pour les Insus en France sur quelques dates et ça a été là encore un plaisir énorme. »

Mais la vie d’un groupe n’est pas toujours linéaire et en 2016, alors que sort « White Bear », le deuxième album, Luke Poshnik décide de quitter le navire pour vivre de nouveaux horizons. En Novembre de cette même année, le batteur laisse également sa place et est remplacé par Simon Lea. Des tourments organisationnels et forcément humains quand c’est l’un des piliers historiques qui part et qu’en quelques mois, près de la moitié de la formation aura été changée. De nouvelles habitudes doivent se créer, une autre complicité doit rapidement exister.

En parallèle, Phil Campbell le chanteur, est rattrapé par ses liaisons dangereuses avec l’alcool et la drogue. Il ne se voit pas monter sur scène sans ses béquilles artificielles, persuadé de ne pouvoir être bon sans ses dangereuses compagnes.

Il faudra du temps pour revenir à la surface d’une eau plus claire mais le résultat est bluffant. Sorti en février, « A deeper Cut », le nouvel opus, est ce que le groupe a livré de plus abouti et profond. D’une transparence et d’une honnêteté totales. « Nous avons lutté, nous avons souffert mais nous avons vécu. Et comme le dit l’adage, « ce qui ne tue pas rend plus fort », observe avec philosophie Paul Sayer.

En fait, je ne sais pas si nous sommes plus forts mais ces tumultes partagés ont grossi notre vécu. Nous avons souffert et partagé ensemble. C’est ensemble que nous y sommes arrivés et c’est encore ensemble, survivants de tout cela, que nous avons désormais l’immense plaisir de défendre ce disque sur scène. Il est une fois de plus la réunion de toutes nos influences, il est cathartique, plein de force, moderne et bien sûr la réunion de pas mal d’émotions.

J’espère que le public le reçoit comme un album extrêmement honnête et vrai car nous ne prétendrons jamais être ce que nous ne sommes pas. On pourrait embellir l’histoire à coups de pseudos vérités sur les réseaux sociaux. On sait comment ça marche. Mais on préfère aller chercher le public en faisant ce que nous aimons le plus, jouer sur scène et voir dans le regard des gens l’effet de nos morceaux. En Grande Bretagne, nous avons l’habitude des salles de plus de deux milles personnes. C’est bien sûr plus restreint en France mais ce n’est pas grave. Cela permet d’autres échanges, une autre manière d’aborder l’histoire de The Temperance Movement. Et on ne va pas bouder notre plaisir car le public français est fidèle. Et surtout, de plus en plus nombreux. »

Preuve en était donnée ce lundi soir à Nantes où le Ferrailleur faisait salle aussi comble qu’enthousiaste. Sur scène, Phil Campbell a donné le ton d’emblée avec cette énergie et ce timbre si reconnaissables. Le chanteur aime ces moments et ça se voit. Généreux, souriant, leader d’un groupe dont la complicité est manifeste, il ne lâchera rien jusqu’au bout d’une set list de plus d’une quinzaine de morceaux qui a su mêler succès et titres moins connus, où l’on retrouve évidemment « Caught in the Middle », « White Bear », « Three Bullets », « A deeper Cut » mais aussi, entre autres, «Be Lucky» ou « Love and Devotion ». Le public en redemande et n’entend pas les laisser partir. Les britanniques reviendront alors pour deux chansons. Sur les bords de Loire ce soir là, certains spectateurs avaient déjà noté que The Temperance Movement serait de retour en France à Musilac en Juillet…

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

THE TEMPERANCE MOVEMENT AU FERRAILLEUR (NANTES) LE 2 AVRIL

Emmenés par le très charismatique chanteur Phil Campbell, les britanniques de « The Temperance Movement » et leurs mélodies mêlant country et pur rock avec une pincée de folk très anglais, seront en concert à Nantes (au Ferrailleur) ce 2 avril. Une date exceptionnelle à ne surtout pas manquer car leurs passages en France restent rares. Avant cette escale nantaise, il n’y a d’ailleurs que deux détours dans l’Haxagone, par le Rocher de Palmer (Cenon) le 1er avril et le Trabendo (Paris), la veille.

Sept ans que The Temperance Movement (autour de Phil Campbell, il y a aussi les guitaristes Luke Potashnick et Paul Sayer, et le batteur Damon) distille ses partitions si reconnaissables et les rangs de leurs fans ne cessent de grossir. C’est devenu un lieu commun de le signaler quand il s’agit de groupes de cette trempe mais il est évident que la scène est leur domaine et qu’ils ne sont jamais meilleurs que dans ces moments de proximité avec le public. A voir absolument.

Crédit photo // Rob Blackham.

ILS OEUVRENT DANS L’ OMBRE: GRÂCE À MAXIME PASQUER, LE FERRAILLEUR S’AFFICHE HAUT

C’est sans doute l’un des postes les plus convoités de la maison, l’une des clés essentielles de la réussite du Ferrailleur : la programmation. Un poste que Maxime Pasquer occupe depuis neuf ans et qu’il vit avec une passion toujours aussi manifeste. Si le défrichage est solitaire, la décision finale sera souvent collective. Inutile donc de chercher à corrompre celui qui inscrira les noms sur l’affiche. Au Ferrailleur, l’esprit d’équipe n’est pas une formule.

Il y a des évidences qui méritent d’être rappelées : sans une politique très ciblée, des choix artistiques qui ont résonné et des évènements qui ont marqué cette première décennie, le Ferrailleur ne pourrait pas s’enorgueillir de cette incroyable réputation qui porte bien au delà des bords de Loire. Parce que le cadre peut être magnifique, la salle exceptionnellement bien équipée d’un point de vue technique et l’équipe, des barmen jusqu’à la direction, la plus professionnelle et souriante possible, si la programmation n’attirait pas les foules, il y a longtemps que la maison aurait repris ses allures de hangar. Heureusement pour le Ferrailleur (et ses fidèles), l’équipe dirigeante n’était pas composée de pintadeaux de l’année, tous (et d’ailleurs ils se connaissaient presque tous avant le démarrage de l’aventure) avaient une expérience en matière de concerts. Des envies communes, une vision partagée et un regard très net sur ce qui devait se faire pour ne pas boire le bouillon des eaux toutes proches.

Aux manettes de la programmation depuis 2008, après le départ d’un des associés originels et après une année en tant que chargé de production à la compagnie de théâtre « La Tribouille », Maxime Pasquer connaît Thomas Nedelec, le gérant fondateur, depuis le début des années 2000.

A l’époque, c’est « Articulture » qui les avait réuni, un projet dont l’une des finalités était d’organiser des concerts dans des cafés, des MJC, avec les conditions de jeu les meilleures possibles. Une vingtaine d’évènements voyait ainsi le jour chaque année.

« Sur le papier, ça peut sembler très modeste mais cela nous prenait beaucoup de temps puisque nous recherchions toujours l’organisation la meilleure possible. Humainement, c’était vraiment une aventure prenante, un peu folle mais incroyablement exaltante, » se souvient Maxime Pasquer.

Disgust.

Robin Foster.

« En 2006, Thomas a eu envie de pousser le projet plus loin en créant un lieu qui n’existait pas encore sur Nantes. Un café concerts d’environ trois-cents places, jauge sans concurrence dans la ville, offrant aux artistes un plateau technique propre à satisfaire toutes les exigences. Ainsi est né le Ferrailleur. Six, sept concerts par mois au début, une vingtaine désormais avec énormément d’événements périphériques… Et des envies constantes de surprendre le public avec une programmation que l’on espère la plus juste possible. »

Loudblast.

Persefone.

The Four Horsemen.

Là où certains décident seuls, mixant plus ou moins adroitement copinage, montant des dates proposées, certitudes de remplir et envies de faire partager des découvertes, la programmation du Ferrailleur la joue collectif. Toujours ce parti pris de n’oublier personne, cet esprit d’équipe qui fait partie de son ADN. « Bien sûr, chacun a des envies, des coups de coeur mais programmer n’est pas non plus un jeu de hasard. Il y a toute une série de paramètres à considérer. Les associations locales proposent des artistes, les tourneurs sont évidemment eux aussi très en demandes et puis il y a les soirées que nous prenons le risque de produire. Tout cela en considérant notre capacité d’accueil. Et parce que le Ferrailleur est aussi un bar, une programmation réussie est aussi celle qui attire du monde en assurant une dynamique pour l’équipe des serveurs, tous hyper pros, souriants et totalement investis. »

De ses (presque) dix ans de présence ici, Maxime Pasquer a trop de souvenirs pour n’en extraire que quelques uns. Mais il repense avec évidence à la façon dont No One Is Innocent a retourné la salle (d’ailleurs, chaque passage des parisiens a très vite été sold out); Little Big encore qui est passé ici en juillet 2015 et n’était pas encore connu. L’équipe avait parié sur cet improbable groupe russe désormais sollicité partout « et devenu bien trop cher pour qu’on les programme à nouveau ». «Maniax, un groupe de Grenoble, était un pari et au final, ce fut un concert fabuleux. Des échecs, nous en avons aussi connus, heureusement, pas trop nombreux… Pour Weepers Circus par exemple nous avons enregistré sept entrées payantes. Avec les soirées dédiées au metal en revanche, on connaît de vrais succès et c’est d’ailleurs ce qui a justifié que le genre soit bien à l’honneur des festivités des 10 ans. A l’origine, le Ferrailleur était clairement identifié comme une scène metal. Avec le temps, on a ouvert à d’autres publics et désormais, le rock côtoie le hip hop, l’électro. Une fois par an, on a aussi une soirée blues. Seule la chanson française est véritablement absente. Un jour peut-être…. C’est bien de se dire qu’il y a encore plein de friches à explorer,» se réjouit le programmateur.

Parce que les festivités des 10 ans se devaient d’être le reflet de cet incroyable parcours, Maxime Pasquer et toute l’équipe ont donc longuement planché pour réunir ceux qui sont un peu de la famille et devaient figurer sur la photo. Mass Hysteria (le 24) et No One is Innocent (le 25) se sont imposés comme têtes d’affiche évidentes.

Et puis il y aura de belles soirées parmi lesquelles Ultra Vomit qui vient de sortir un album superbement produit par Fred Duquesne et qui a prévu un show spécial (le 19) en ouverture des réjouissances, les rennais de Totorro (le 20) à qui le Ferrailleur est fidèle, les incroyables frères irlandais de God is an Astronaut (le 22), la Rumeur et Pedro le Kraken pour une soirée rap et hip hop (le 26) sans oublier, la soirée Hellfest Warm up Ride (le 21) avec des pass Hellfest à gagner. « On a toujours eu des liens très forts avec Ben Barbaud et toute la team du Fest de Clisson, » indique Maxime Pasquer. « On a grandi à la fois en parallèle et ensemble finalement. La présence de Max Cavalera au Ferrailleur est dans toutes les mémoires mais ce n’est pas la seule. Avec le metal, régulièrement en lien direct avec le Hellfest, nous vivons toujours des concerts dans lesquels le public vient en nombre et ressort réjoui. Que demander de mieux ? »

Andréas & Nicolas.

Totorro.

Les afters ayant depuis plusieurs mois pris une place importante dans les plaquettes, les nuits blanches n’ont pas été oubliées et feront partie de la fête d’anniversaire. Gambass, Môme, Zöl, Turbopolis Crew, l’ Opening Goûtez électronique, Mectoob et l’unique en son genre Christian Hellfest, entre autres, prendront le relais jusque tard dans la nuit.

« On a aussi concocté plein d’autres surprises… que le public pourra découvrir sur place! Si le temps nous est favorable, on devrait vivre dix journées inoubliables dont l’organisation était un challenge mais c’était tellement exceptionnel à mettre en place que l’euphorie a été le seul moteur. On a hâte d’y être et de partager maintenant. »

La saison ne s’arrêtant pas une fois les bougies soufflées, Maxime Pasquer a déjà planché sur les concerts qui égraineront l’été (qu’il s’agisse des concerts sauvages ou des concerts au Ferrailleur lui même). « L’été, il y a toujours une vingtaine de dates. Le public est demandeur et il reste encore plein de monde donc on s’inscrit sur les trajets des tournées. » La rentrée aussi a déjà commencé à prendre forme avec notamment Nostromo qui sera là le 13 octobre et de belles affiches pour le dernier trimestre mais qui seront révélées ultérieurement. « Je pense que nous avons ancré notre identité et que le Ferrailleur est désormais une salle qui compte, aussi bien pour les spectateurs que pour les artistes qui, et on ne peut que s’en réjouir, contribuent eux aussi à la renommée en ne cachant pas leur envie de revenir vite. On pourrait sans doute envisager une légère augmentation de la capacité d’accueil mais on ne peut pas repousser les murs donc ça serait compliqué. L’idée est plutôt de maintenir une qualité d’accueil et d’ajouter des dates supplémentaires. L’envie existe de part et d’autres alors on ne va pas se gêner. A dix ans, le Ferrailleur a l’avenir devant lui, non ? »

Magali MICHEL.

Crédit photos portraits Maxime Pasquer & Robin Foster // Sophie BRANDET.


Crédit photo Disgust // Blstrt Studio. Crédit photos Loudblast, Persefone, The Four Horsemen // La Faute à Rélie. Crédit photo Andréas & Nicolas // Benjamin Guillement. Crédit photo Totorro // Yohan G.