LA NUIT DE L’ERDRE 2018: Avec Triggerfinger, les flamands osent

Enorme dose de rock et d’élégance sur la scène de « la Nuit de l’Erdre ». Les belges de Triggerfinger jouent comme personne. Rencontre avec un trio unique.

D’ordinaire, il n’est jamais fait mention des à-côtés d’un rendez-vous, de ce qui précède une interview ou entoure une séance photos. Mais là, ce serait passer sous silence la grande classe de ce groupe pas comme les autres, sur scène comme en dehors. Par le hasard d’une mauvaise rencontre avec le jet d’eau non maîtrisé d’un vigile (qui pensait qu’arroser la foule en cette journée caniculaire serait cadeau mais qui a d’abord visé ailleurs et mal), c’est en mode tête sortie de douche et carnet de notes détrempé qu’a eu lieu l’interview calée depuis plusieurs jours avec les trois membres de Triggerfinger. Avec un groupe plus roots, la situation aurait pu être cocasse mais face à ceux là, qui placent l’élégance à même niveau que leur jeu de scène, on se dit que la vie s’amuse parfois à vérifier votre dose d’humour. 

Une petite vingtaine de minutes après avoir emporté tout le public de La Nuit de l’Erdre, les belges débarquent bouteille de champagne et coupes à la main. Souriants et toujours aussi élégants. Seul Mario Goosens, le bassiste, a troqué son costume contre un tee shirt salvateur après avoir joué une bonne heure sous 37 degrés. Monsieur Paul, le batteur, persiste à garder son veston bien fermé sur sa chemise et sa cravate mais on voit qu’il a tout donné derrière ses drums. « J’attends un peu, ça va redescendre doucement et progressivement », explique t’il dans un large sourire. Quant à Ruben Block, chanteur et guitariste, impressionnant dans sa chemise blanche aussi stylée que ses boots rouges à paillettes (« Il faut bien s’amuser! Je les ai trouvées chez un créateur bruxellois. Je vous donnerai l’adresse si vous voulez, il y a des modèles pour femmes incroyables. »), on se demande comment il fait après ce set d’une énergie exceptionnelle. Ignorant la mise improbable de leur vis à vis, passant surtout au delà de la fatigue post scène, le trio est au petit soin, disponible, drôle, passionné. A ces Belges là, on aurait volontiers accordé la Coupe du Monde… quand eux vous proposent une coupe de champagne.

Vingt ans déjà que le Triggerfinger s’est formé dans les confins d’ Anvers. En 2004 sort le premier opus éponyme mais c’est en 2012, avec la reprise d’ « I follow Rivers » de Lykke Li, que la déferlante se met véritablement en marche: sur scène, le trio n’a pas son pareil pour livrer des concerts d’anthologie. Le succès est fulgurant en Belgique puis traverse les frontières. Les Pays Bas, l’ Allemagne, la France ne comptent plus leurs fans.

Il y a huit ans, le trio s’était rapproché de Greg Gordon, le producteur d’ Oasis et Slayer notamment, et avait enregistré son troisième album sous sa direction, à Los Angeles. Bingo! « All this dancin’ around » a été certifié double disque de platine et les concerts à guichets fermés se sont enchainés sur les plus grandes scènes d’Europe comme dans la plupart des festivals.  C’est aussi après cet album que Triggerfinger a été sacré (en 2011) « meilleur groupe de l’année », aux Industry Music Awards, Mario Goosens décrochant le prix du « meilleur musicien », catégorie dans laquelle Ruben Block était également nominé. 

Pour ce cinquième opus studio, le groupe s’est associé le talent de Mitchell Froom. Le musicien, ingénieur du son et producteur américain que l’on ne présente plus (Mc Cartney, Pearl Jam, Suzanne Vega, The Corrs, entre autres) a eu envie de repousser les limites, de laisser toutes les envies s’exprimer. « Colossus » recense donc des titres où jouent deux basses mais aucune guitare. Des claviers, du sac ont également fait leur apparition. « Jusqu’à présent, on composait en se demandant si les morceaux seraient jouables à l’identique sur scène. Cette fois, on a écrit dans une totale spontanéité, sans arrière pensée, ce qui nous a forcément entraîné vers d’autres chemins », commente Ruben Block. « Travailler avec une personnalité aussi riche que Mitchell From était un aiguillon car on le considère un peu comme une idole alors on n’avait pas envie de le décevoir. Du coup, comme nous avons enfin fini d’aménager notre propre studio, nous avons pu travailler encore davantage et on est heureux de cet album et des dix titres qu’il contient. »

Manifestement, leur interprétation (qui bénéficiait de la présence d’un second guitariste sur scène) n’a pas posé de problèmes si l’on en juge par la manière dont les morceaux sonnaient ce 3 juillet. Réunissant l’énergie d’un Chuck Berry, le punch de Lemmy Kilmister, Triggerfinger met tout le monde d’accord. Ca envoie et c’est parfaitement maîtrisé, aussi bien dans les chansons les plus longues (certains titres approchent les huit minutes) que dans les plus courtes. 

En 2015, sous la Valley, le trio avait laissé un souvenir ineffaçable au public du Hellfest. Avec cet album puissant, empruntant des voies plus extrêmes et pointues, on se dit qu’il serait temps de les voir revenir du côté de Clisson. Ben Barbaud, il y a des Belges qui méritent leur revanche. Di’ici là, on aura eu le temps d’un aller retour à Bruxelles pour découvrir cette caverne incroyable où trônent plein d’autres petites paires de bottines rouges à paillettes.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Festival « La Nuit de l’Erdre »: Faire aussi fort pour les 21 ans sera le défi!

La vingtième édition de La Nuit de l’Erdre (à Nort-sur-Erdre, en Loire-Atlantique) fera date. D’abord parce que pour célébrer ses vingt ans, le festival s’est doté d’une journée supplémentaire. Ensuite parce que la fréquentation quotidienne a battu des records. Enfin, parce que la météo, exceptionnellement ensoleillée et chaude, a entraîné vers les stands un public aussi enthousiaste qu’assoiffé. Cela peut sembler anecdotique mais dans le budget global, c’est aussi un élément porteur. 

L’ équipe du festival avait toujours assuré que pour célébrer sa seconde décennie, elle frapperait fort. Prendre le pari d’une journée supplémentaire le vendredi semblait audacieux mais les échos des années précédentes rendaient optimistes, les grosses manifestations du genre s’étalant toutes sur trois jours. « Monter les structures, disposer de ces deux scènes de format différent mais idéal, n’offrait pas de surcoût impossible avec ce rajout du vendredi. C’était si frustrant cette énergie déployée pour seulement deux jours. Par ailleurs, des festivaliers qui venaient de loin et s’installaient au camping, regrettaient qu’ici, les festivités ne durent que le temps d’un week-end. Alors on s’est dit que c’ était l’année parfaite pour se lancer, » commente    co-programmateur de La Nuit. « Je ne veux pas répondre pour l’équipe dirigeante mais je pense que cette durée sera effectivement reconduite à l’avenir. Il y a une vraie cohérence à tout ça. »

Pas encore habitués à ce nouveau rythme ou n’ayant tout simplement pas encore bouclé journée de travail ou installation de la Queshua, les festivaliers manquaient un peu à l’appel lorsqu’Asaf Avidan, en formation solo, a ouvert l’édition sur la grande scène à 18 heures. Vision un peu triste que ce public franchement clairsemé devant cet artiste exceptionnel dont les concerts sont assez rares dans la région. Mais l’israélien, dont la voix rauque et haute a conquis le monde, a fait contre petite foule bon choeur, enchaîné les titres avec un bel enthousiasme et eu des échanges chaleureux avec le public. 

Catherine Ringer.

Pour applaudir Catherine Ringer, la voix des Rita Mitsouko (pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore!), le public était nettement plus étoffé. Il y a six ans, Catherine Ringer était déjà passée par Nort-sur-Erdre. Elle est en tournée cette fois avec « Chroniques et Fantaisies », un dernier album dont les morceaux laissent place à toute la fougue de leur interprète. 

Prenant la guitare ou la trompette, de plus en plus dansante au fil du spectacle, complice avec ses musiciens, la pétillante sexagénaire a choisi le voile de la fête et du rire plutôt que la complaisance et le désespoir. Onze ans après la disparition de Fred Chichin, son mari, le père de ses enfants mais aussi celui l’autre pilier des Rita Mitsouko, l’auteur-compositrice-interprète dégage toujours la  même énergie un peu folle. Elle a sans doute tangué mais n’a jamais voulu chavirer. En tout cas, pas devant le public. Avec son interprétation d’abord très théâtrale puis de plus en plus légère et musicale, elle entraîne chacun dans son univers indescriptible. Et on se laisse emporter en douceur, avec un plaisir aux confins de l’émotion et de la joie.

Changement de scène et ambiance radicalement différente avec Ultra Vomit. Qu’on ne s’y trompe pas : ces quatre là peuvent paraître bien barrés, ils n’en sont pas moins de redoutables musiciens, qui jouent la carte du gag et des plus gros délires en s’appuyant sur des partitions et un jeu des plus maîtrisés. « Panzer Surprise » est sans conteste l’un des albums du genre, le heavy metal parodique, le mieux produit et le plus réussi de ces derniers mois. Et les nantais n’ont pas leur pareil pour mettre l’ambiance. 

En ce premier jour de festival, les riverains venus en curieux et ceux qui n’étaient pas habitués aux décibels puissants, ont parfois trouvé que c’était « fort » (en même temps, on parle de metal pas d’une « petite musique de nuit » au clavecin), ont appris à faire les cornes avec les mains (pas toujours facile!) mais tous ont trouvé ce concert d’un enthousiasme et d’un délire contagieux.

The Hives.

Continuant dans le « déjanté » de talent, la Nuit de l’ Erdre avait convié ce même soir les suédois de The Hives. Très élégants dans leurs costumes blanc et noir, faisant le show avec une maestria sans fissures, les frères Almqvist et leurs acolytes ne passent jamais inaperçus. Eux aussi étaient déjà passés par Nort-sur-Erdre et avaient marqué par leur grande proximité avec le public. The Hives est en tournée alors les retrouver pour cette édition anniversaire était une évidence.

The Hives.

Maitrisant parfaitement notre langue, le frontman multiplie les échanges à coups de « Mesdames et Messieurs » pour inviter le public à se lâcher. Et forcément, ça marche! Les suédois savent depuis bientôt vingt cinq ans comment s’assurer la participation des spectateurs. Montés sur ressort, jouant à la perfection leur « garage punk », les cinq musiciens ont fait danser avec bonne humeur.

Pour clore cette « première troisième journée » de festival, Gaume, son univers electro mâtiné de jazz et de pop, ses mélanges d’influence qui laissent transparaître ses nombreux séjours en Australie, ses talents de guitaristes rock et sa formation au conservatoire pour piano, a prouvé que la France recelait de talents nouveaux dans le domaine. 

Preuve supplémentaire de la richesse de ce gibier hexagonal avec Justice, autrement dit Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, qui lui ont succédé. Comme Gaume, le tandem repousse les frontières pour mieux entremêler les genres. Disco, pop, et même quelques détours par le metal, Justice a déjà de nombreux tubes au compteur et gagné ses galons de « têtes d’affiche ». Le show est hallucinant et inventif, appuyé par des lumières ultra peaufinées. A 2h30 quand a sonné la fin du set, le public de couche tard aurait bien prolongé encore.

« Breakfast in America » comme « Logical Song » ou « Goodbye stranger » ont marqué la mémoire de millions de fans à travers le monde qui ne se sont toujours pas remis de la fin de Supertramp, groupe fétiche des années 70-80. Alors forcément, en ouvrant le samedi sur ces airs là, la Nuit de l’ Erdre s’assurait du succès. Si dans le monde des groupes de covers, il y a de tout, du bon comme du reste, il faut reconnaître que les nantais de « Tramp Experience » font le job avec talent. Les voix sont là, les accords aussi. De quoi se laisser prendre et accompagner à tue tête ces refrains qui n’ont pas pris une ride.

Thérapie Taxi.

Porté par l’enthousiasme tonitruant d’une foule en liesse après la victoire des Bleus en demi-finale du Mondial, Thérapie TAXI a de toutes évidences bénéficié de ce climat surexcité et joyeux. Flirtant du côté de l’électro et du rock, leur pop la joue décomplexée mais le jeu de scène est à l’inverse très convenu, avec des exubérances inutiles et une chanteuse qui minaude trop pour rendre ses mots bien audibles. Ils sont de tous les festivals et leur public ne cesse de grossir mais Thérapie TAXI aurait certainement à gagner en adoptant une autre posture.

Jahneration.

Superbe découverte en revanche que le duo Jahneration ! Les deux parisiens avaient bâti leur réputation à coups de vidéos largement partagées sur internet alors qu’ils poursuivaient leurs études. Dix ans, un EP et un premier album plus tard, ils écument désormais les scènes avec une générosité et une énergie totalement bluffantes. Dans leurs titres conjuguant le reggae et le hip hop, le flow est impeccable, la voix de Théo et le phrasé un peu plus accentué d’ Ogach se complètent parfaitement. Malgré des températures caniculaires en ce milieu de journée, la grande foule était massée devant eux et sautait à tout va. Dynamiques et souriants, très créatifs, ces deux là devraient vite devenir des porte étendards du nouveau reggae français aux rythmiques contagieuses..

Avec son rock empreintant aussi bien les chemins de la sensualité douce que des déluges puissants, la britannique (Nathalie) Findlay a eu la malchance de jouer avant Orelsan, celui que tout le monde attendait. Le set était riche de sons nouveaux et entraînait vers des chemins inhabituels mais affirmer qu’elle a bénéficié de toute l’attention escomptée serait mentir. Au fur et à mesure, des cohortes de spectateurs ont décroché et migré pour être au plus près du rappeur le plus récompensé de l’année. La dure loi des festivals où la liste de concerts oblige parfois à choisir…

Orelsan.

Et donc « il » est arrivé. Devant une fosse ultra pleine (la journée était sold out depuis longtemps, sa présence y était certainement pour quelque chose), Orelsan, son coupe-vent et ses paroles upercut, son débit impressionnant qui rendrait jaloux un magnéto ont débarqué sous un tonnerre de cris euphoriques. 

Orelsan.

« La fête est finie », le troisième opus du normand, bat tous les records. « San » est sur toutes les lèvres et connu plus que par coeur. Les autres titres, les plus anciens comme les derniers, également. Le public a beau être conquis d’ avance, il n’en est pas moins bouche bée devant cet artiste qui semble n’avoir peur de rien, qui taille sa route en faisant fi des haters et de tous ceux qui voudraient laisser les vieilles casseroles faire du bruit pour l’ éternité. 

Avec son indissociable Skread, à qui il doit la patine de ses titres, Orelsan passe de l’ entrain joueur à des moments riches d’émotion. « Notes pour trop tard » laisse la Nuit de l’ Erdre bouleversée mais l’artiste n’entend pas partir sur une note triste, « La Terre est ronde » mais aussi « Basique » notamment, laisseront le public repartir dans le souvenir de ce qui sera l’un des grands moments de l’édition.

Chinese Man.

Après avoir beaucoup tourné cet hiver (à lire aussi « Chinese Man, libres voyageurs »), le dernier album de Chinese Man, « Shikantaza », le porte désormais vers les festivals. L’horaire est forcément tardif pour ne rien laisser échapper des images et des projections ininterrompues accompagnant le concert. 

Chinese Man.

On compare souvent Chinese Man à Gorillaz. Un peu trop rapidement peut être car si les britanniques ont mis derrière leur rock une imagerie proche des Mangas, les français ont développé un univers personnel mais aux messages universels. Les rappeurs sont  impeccables, les DJ’s scratchent sur des rythmes improbables, le tout est ultra soigné. Classé « musiques urbaines », « Shikantaza » s’offre un détour vers des sentiers orientaux, invite à la prise de conscience du monde qui nous entoure tout en incitant au lâcher prise intermittent. Une quinzaine d’années après sa formation, Chinese Man n’a sans doute jamais été aussi efficace.

Alt-J.

Alt-J continue d’attirer les curieux, ceux qui n’ont encore jamais eu la chance de les voir en concert. (Dans la pénombre de leur scène, Orelsan a ainsi profité des quelques minutes  avant le départ de son tourbus pour écouter les britanniques). Qualifiée de « pop alternative »avec des accents folks, la musique d’ Alt J se veut comme une expérience sensorielle où les voix auraient des vertus quasi hypnotiques, renforcées par un jeu de lumières totalement magnétiques. Visuellement aussi, c’est magnifique.

Nova Twins.

Nova Twins a eu le redoutable honneur de boucler la soirée de samedi. Après tous les mastodontes qui précédaient le duo anglais, il faut bien reconnaitre que la mission était ardue. Sans parler de l’horaire de leur prestation : de 1h30 à 2h30. Mais les deux jeunes femmes ne se sont pas laissées abattre et ont envoyé sans se ménager des riffs accrocheurs entre rock, punk et hip hop. Un duo à retenir assurément. 

Les joyeux drilles de Steve ‘N’ Seagulls jouent avec les classiques du rock et du metal. Led Zep, AC/DC ou Metallica, rien ne leur fait peur… bien au contraire ! A l’ aise dans leurs salopettes en jean et tenues du dernier chic fermier, les cinq finlandais sillonnent les routes d’ Europe depuis trois ans et la sortie de leur premier album. Trois ans donc et trois années plus tard, le loufoque bluegrass scandinave est toujours autant plébiscité. Bien vu pour lancer, juste après Solar Project et ses mélopées soul-funk, l’ultime journée de festival.

Bernard Lavilliers.

Bernard Lavilliers est depuis cinquante ans l’une des personnalités emblématiques de la chanson française et le temps ne semble pas avoir prise sur lui. Ok, le musicien a peut-être cet après midi là un peu forcé sur le teint et le blush mais à 72 ans,  après vingt et un albums dont la majeure partie ont été d’énormes cartons, alors qu’il tient la scène avec une forme impressionnante, peut-on lui faire grief de vouloir présenter beau devant son public ? Le pantalon est toujours de cuir, le sourire charmeur et la voix aussi assurée que la guitare portée en bandoulière. 

Bernard Lavilliers.

Avec « Cinq minutes au paradis », ce grand voyageur, définitivement libre et insoumis, invite à un nouveau parcours, plus engagé, plus contrasté mais toujours porté par l’espoir et la foi en l’homme. Les percussions claquent, les cuivres prennent toutes leurs places sans rien voler aux cordes. Quand le temps abîme, Bernard Lavilliers semble être imperméable aux changements. Le grain de voix a toujours cette profondeur et ces couleurs qui signent celui qui a bourlingué. Le public qui connaissait forcément les morceaux cultes par coeur est reparti assez ébahi par la performance de cet artiste là, pas même gêné quand le vent a décidé de jouer les sonorisations contraires. Il en faut sans doute beaucoup plus pour déstabiliser le grand Lavilliers.

TriggerFinger.

Les belges de Triggerfinger soufflent eux aussi leurs vingt ans. En deux décennies, les anversois ont largement démontré qu’il y avait presque deux couleurs à leurs titres : la version studio et la version live. Sur scène, le trio (renforcé pour cette tournée par un second guitariste) livre des concerts d’anthologie, puissants, survoltés et à la musicalité brillante. Couverts de prix, Ruben Block (chanteur guitariste), Mario Goossens (batteur) et Paul van Bruystegem (bassiste) ne s’économisent jamais mais réussissent à mêler puissance et grande élégance (voir article « Avec Triggerfinger, les flamands osent » ). Ils ont changé de maison de disques, se sont associés les talents d’un nouveau producteur et ingénieur du son américain et ça génère une énergie encore plus forte. C’est vraiment un groupe que l’on rêve de revoir très vite.

Vianney.

Il a débarqué voila trois ans et demi, porté par son désormais célébrissime tube « Pas Là ». Vianney n’a jamais cessé de tailler sa route depuis, avec sa seule guitare pour complice. « Dumbo », « Moi aimer toi », « Veronica », « Labello », les succès se sont additionnés, les récompenses aussi (Victoire de la Musique catégorie « artiste interprète de l’année » en 2016, Victoire de la Musique catégorie « Chanson originale de l’année » en 2017 pour « Je m’en vais », entre autres). Il s’est aussi aventuré sur la voie des duos. On retiendra le très joli « Les filles d’aujourd’hui » avec Joyce Jonathan et les très estival « La même » avec Maître Gims, dont il a co-écrit paroles et musiques avec l’homme aux lunettes glacier. Et il a pas mal oeuvré pour les autres, de Pomme à Julien Clerc en passant par Céline Dion ou Kenji Girac. Autant d’expériences qui lui ont donné la force de l’audace, l’envie de bousculer la timidité de ses débuts.

C’est désormais un Vianney très assuré, arpentant la scène en chemise immaculée et jean impeccable, déployant l’énergie du marathonien, sautant, souriant et volontiers blagueur, qui fait le show. Les jeunes filles qui l’attendaient depuis des heures, accrochées à la barrière face à lui, n’en ont pas perdu une miette, se mettant à l’unisson de leur idole… et puis se laissant gagner par l’émotion lorsque le set s’est achevé.

Après plus de 250 concerts à son compteur, Vianney va prendre à partir de ce mois d’août le temps d’une pause. Il s’est essayé au cinéma (laissant filtrer des images de tournages avec Fanny Ardant) mais on ignore encore la date de sortie de son troisième album. Mais évidemment, il n’a pas fini de faire parler de lui.

Petit Biscuit.

L’entourage de Bernard Lavilliers avait demandé aux photographes de ne pas faire de gros plan. Ceux de Petit Biscuit également. Pour ne pas mettre en évidence un « impact temps » opposé, on peut le présumer… Après avoir eu quelques soucis techniques décalant son entrée en scène, le jeune prodige de la scène électro a enfin pu être ovationné par ses fans (de son âge pour la plupart) venus en masse. 

A 18 ans, le rouennais n’a sorti qu’un EP et un album, « Presence », mais son mix house-techno a visé si juste qu’il a décidé de créer son propre label, histoire de décider l’indépendance tous horizons. Derrière les platines ou prenant la guitare, Petit Biscuit est à l’aise. Un peu plus de sourires, davantage d’échanges avec le public, un peu de recul même sans doute seraient pourtant les bienvenus. Prendre de la hauteur est bien. Savoir ne pas partir trop loin est salutaire souvent.

Il y a huit ans, Shaka Ponk avait effectué un premier tour par la Nuit de l’ Erdre et laissé un souvenir impérissable. Les retrouver en clôture de cette vingtième édition a permis de voir combien ces six là sont devenus des figures de proue de l’ electro-rock français : imagerie géante, costumes de scène, lumières explosives, tribulations entre scène et fosse, tout est monté en puissance. 

Plus fougueux que jamais malgré des « accidents de travail » douloureux (une jambe mise à mal après un slam dans le Nord, épaule et ligaments touchés en raison d’une chute, toujours pendant un slam, lors du dernier Zénith de Paris), protégé (il le croit, en tout cas) par des genouillères, Frah n’a jamais été aussi bondissant. La sculpturale Sam s’impose encore davantage et son énergie impressionne autant que celle de ses petits camarades derrière, CC à la guitare, Steve aux claviers, Mandris, à la basse et Ion à la batterie. Goz, le singe emblématique, est lui aussi de la fête. Décliné en images XXL ou bataillant avec Ion. Pas jaloux, la bestiole a concédé de la place pour d’autres batailles virtuelles avec Bowie, Lemmy Kilmister ou Prince.

En tournée avec leur dernier opus, « The Evol », sorti l’an dernier, les Shaka sont de toutes les scènes, de tous les festivals. « I‘m picky » et « Palabra mi amor » sont autant plébiscités que « Party » ou « Twisted Mind ». Leur reprise de Nirvana, « Smells like teen spirit », déclenche elle aussi des hurlements et leur proximité avec le public n’a pas son équivalent. 

Quelques minutes après la fin de leur concert, le Festival avait annoncé une « surprise ». Message mal passé manifestement car les festivaliers se pressaient presque tous vers la sortie quand le président de la Nuit de l’Erdre est apparu sur scène accompagné de bénévoles… et d’un gâteau géant surplombé de bougies. Le discours a été chaleureux et rapide mais il aurait été plus opportun, si vraiment il fallait ce moment officiel, de le glisser plus tôt dans la journée. Les participants auraient chanté avec plaisir pour souhaiter bon anniversaire à la Nuit et n’auraient pas imaginé que « surprise » rimerait avec « invité surprise », comme beaucoup de ceux qui avaient patienté malgré l’heure tardive. 

C’est sans doute le rare (petit) bémol à apporter à ces vingts ans, avec quelques problèmes de cashless, la dématérialisation ayant parfois fait disparaitre le « porte monnaie » en changeant de journée. Les stands de restauration ont également été pris d’assaut et le dimanche soir, il était parfois compliqué de trouver de quoi satisfaire ses envies. Mais c’est la rançon du succès. La faute à la chaleur aussi (le thermomètre est grimpé chaque jour aux environs de 35 degrés), faire une pause nourriture ou boisson permettant aux organismes de se refaire. 45.000 festivaliers ont répondu présents. La jauge maximale était fixée à 54.000. Un nouveau défi à relever pour l’an prochain !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

« La Nuit de l’Erdre  », une vingtième affiche pleine d’étoiles

Vingt ans, le bel âge. Celui que l’on n’a pas toujours comme le dit si bien la chanson. C’est donc pour illustrer ce moment et le graver haut dans les annales que les organisateurs ont multiplié les têtes d’ affiches et concocté une programmation 2018 impressionnante. Justice, The Hives, Orelsan, Shaka Ponk, Vianney ou encore Lavilliers et Alt-J. La Nuit de l’ Erdre s’annonce lumineuse.

 

Et dire qu’au départ le projet semblait un peu fou, porté par des passionnés du Comité des Fêtes que certains prenaient pour de doux illuminés : organiser à Nord-sur-Erdre, commune de 8.500 habitants nichée à une trentaine de kilomètres de Nantes, un festival de musique sans thématique particulière, ayant au contraire la capacité d’attirer les publics les plus larges.

Pas facile de convaincre les artistes quand il s’agit d’inaugurer les plâtres. Marcel et son orchestre, Aldebert, Siméo ou bien encore « Debout sur le zinc » sont pourtant venus et ce premier rendez-vous était déjà prometteur. Il prouvait surtout que « La Nuit de l’ Erdre » avait une place et une crédibilité. Désormais, les « petites mains » du début ont été renforcées et c’est une trentaine de bénévoles qui planche pour dessiner la future édition, rejoints par huit cents autres durant les trois jours de la manifestation et plus de cent cinquante techniciens. 

Jean-Louis Aubert, Yannick Noah, Zazie, , Thomas Dutroc, Hubert Félix Thiefaine, Macklemore et Ryan Lewis, Mika, , The Hives, Fauve, Sting, Charlie Winston, The Cranberries ou bien encore IAM, Rival Sons et Chemical Brothers, la liste est longue de ceux qui ont éclairé le festival entré depuis longtemps dans sa pleine croissance avec plus de 35.000 spectateurs chaque soir et une réputation qui a largement dépassé les frontières locales.

Il était donc impossible de ne pas rajouter à la fête en réunissant encore plus d’artistes pour souffler en beauté ces vingt ans, de ceux que les festivals s’arrachent et qui sont attendus par des milliers de spectateurs. Mais les organisateurs ont aussi eu envie d’inviter à nouveau des personnalités qui avaient marqué lors de leur passage, le hasard du calendrier les mettant cette année encore dans l’actualité des tournées. C’est ainsi que le public retrouvera Catherine Ringer (venue en 2012), The Hives (édition 2014), Chinese Man (passé en 2015) ou bien encore  Shaka Ponk (présent en 2010).

L’affiche 2018 frappe incontestablement fort avec trois jours qui devraient mettre tout le monde d’accord.

Asaf Avidan.

The Hives.

Justice.

Vendredi 29 Juin, Gaume ouvrira avant de laisser place à Lyre le Temps, Møme, les nantais d’Ultra Vomit dont l’heavy metal parodique rafle tout depuis la sortie de « Panzer Surprise » l’an dernier. Coeur de Pirate ayant annoncé ces jours ci qu’elle ne pourrait finalement pas être présente, c’est Catherine Ringer qui la remplacera. Asaf Avidan, The Hives et Justice, excusez du peu, seront aussi de la partie.

Nova Twins.

Chinese Man.

Alt-J.

Orelsan.

Samedi 30 Juin, la soirée débutera avec Tramp Experience, Nova Twins, Findlay, une jeune artiste britannique qui ne devrait pas laisser indifférente, Therapie Taxi, Jahneration, un duo de chanteurs parisiens qui essaime depuis une dizaine d’années son reggae mâtiné de hip hop, Chinese Man (en pleine tournée triomphale), les trois anglais d’Alt J dont le rock si reconnaissable est désormais mondialement connu, et Orelsan, le multi récompensé des Victoires de la Musique, l’artiste dont l’album a sans conteste été le plus commenté et salué ces derniers mois.

Triggerfinger.

Bernard Lavilliers.

Shaka Ponk.

Dimanche 1er Juillet il faudra être là dès les premiers accords de la journée car les finlandais de Steve’N’Seagulls et leur country qui reprend en version bluegrass des morceaux fameux du répertoire metal ou rock, ça vaut le détour. Place ensuite aux élégants belge de Triggerfinger puis ce seront Petit Biscuit, Bernard Lavilliers, Vianney, et Shaka Ponk. Cette ultime journée est décidément multicolore, sans temps morts et frappe tous horizons. 

Avec une telle programmation, les billets s’envolent vite. Il est donc prudent de réserver sans attendre sur le site officiel du festival (99,49 euros le pass trois jours), www.lanuitdelerdre.fr 

A noter enfin une nouveauté cette année, l’arrivée du paiement dématérialisé. Si l’an dernier encore, les festivaliers pouvaient utiliser les tickets ou des jetons, ils devront désormais régler leurs transactions grâcee à leur « Monkey », une puce placée sur leur bracelet ou glissée dans une carte de paiement spécifique à La Nuit de l’ordre. Avantages évidents : il est possible de recharger avant de venir, ce qui évite les files d’attente aux caisses et le temps d’attente sera raccourci aux bars ou stands de restauration. (Seule la boutique officielle pourra encore accepter la carte bancaire).

Du 29 juin au 1er Juillet, Nort sur Erdre pourra se vanter d’être réellement « the place to be ».