Angèle, la nouvelle ambassadrice de l’histoire musicale belge

Un an après avoir ouvert pour Ibeyi, Angèle repassait par Stéréolux (Nantes), tête d’affiche d’une date qui affichait complet depuis des mois. Une heure trente de show à l’image de la jeune femme : musical, fort et plein d’énergie. Vrai.

Dire qu’Angèle, vingt-trois printemps depuis décembre, un album, « Brol » sorti en octobre dernier et très vite certifié double disque de platine, nommée aux Victoires de la Musique dans la catégorie « Album révélation » et « Création audiovisuelle » a déjà tout d’une grande est insuffisant. Rares sont les jeunes artistes qui se produisent avec cette pêche communicative, ce sens de la scène, une voix et une musicalité aussi parfaites. Il est vrai qu’à une époque où le nombre de followers est censé signer le talent et qu’être youtubeur populaire donnerait un blanc seing dans la moindre maison de disques, Angèle (qui affiche néanmoins plus d’un million cent mille followers sur un compte Instagram énorme d’inventivité, d’humour et de musiques) détonnerait presque avec son parcours sans faute et solidement bâti.

Lorsqu’Angèle van Laeken débarque en 2017 sur les réseaux sociaux avec son premier single « La loi de Murphy », la jeune belge (fille de la comédienne Laurence Bibot et du musicien Marka, soeur de Roméo Elvis, l’un des grands du rap actuel) affiche déjà un joli parcours. Après une double formation jazz et musique classique, la jeune fille a intégré le groupe de son père tout en donnant des concerts dans les cafés de Bruxelles. Sa reprise du célèbre titre de Dick Annegarn, hommage à la capitale belge, ne laisse personne indifférent. Son franc parler, sa façon d’être cash et son humour sans filtre entre deux post de vidéos où elle se met en scène sur Instagram complètent un bouche à oreille qui va très vite. Angèle assure alors les premières parties de son concitoyen Damso (qu’elle accompagne également sur son album « Lithopédion ») puis celles d’ Ibeyi. L’engouement ne s’est plus arrêté depuis.

« La loi de Murphy » sort fin 2017… et ce sont des millions de vues sur Youtube. Même succès pour « Je veux tes yeux » l’année suivante. Lorsqu’ elle se produit au Printemps de Bourges cette même année, juste avant Eddy de Pretto et Charlotte Gainsbourg, le Palais d’ Auron est debout et salue comme rarement la première partie d’une soirée. Aussi à l’aise derrière son clavier qu’en bord de scène pour regarder le public dans les yeux, Angèle a déjà cette présence qui signe l’évidence. La petite jeune femme, drapée dans son kimono vert à fleurs, est couverte de superlatifs.

Ce 30 janvier, boostée par des dizaines de concerts, la sortie triomphale de « Brol » (expression belge qui traduit le bazar), la double nomination aux Victoires de la Musique, Angèle repassait donc par Nantes (dans la salle maxi du Stéréolux), là même où elle ouvrait pour Ibeyi quelques mois plus tôt.

Le public est acquis d’avance. La date est sold out depuis des mois mais des dizaines de fans tentent quand même de croiser d’éventuelles reventes aux alentours de la salle sous le regard d’adolescentes qui se réchauffent en sautillant après avoir attendu longuement dans le froid pour truster les premiers rangs de la fosse. Les cris qui surgissent lorsque les premières notes résonnent sont faciles à imaginer… Silhouette gracile dans son tee-shirt rouge assorti à ses bottines, élégant baggy violet, Angèle leur sourit et enchaîne ses titres parmi lesquels se glissent de magnifiques reprises (comme cette chanson de Pauline Croze). 

Rodée à la scène, à l’aise dans les échanges avec le public et n’hésitant pas à jouer la carte de l’humour, Angèle s’autorisera pourtant à demander de façon subtile et douce, un peu plus d’ écoute car la soirée aurait rapidement pu virer en chorale hurlante. Angèle est en effet à ce stade de sa popularité où les salles se remplissent à la vitesse de l’éclair, où tout est enthousiasme pour les spectateurs, ce qui malheureusement gâche l’écoute et ne permet pas de laisser toutes leur places aux titres souvent forts de la jeune femme. Car Angèle n’est pas la nouvelle blonde souriante et jolie de service. Elle est aussi et avant tout une musicienne dont les chansons ont un sens et dont les thèmes ne sont pas forcément « légers », soutenues par des partitions ultra léchées. Alors entre deux « Angèle, tu es belle » ou « Angèle, je t’aime », elle a dû reprendre les notes en mains lorsque la foule a carrément sauté la mesure et devancé musique et paroles. 

Si ce passage est sans doute inévitable quand arrive le succès, pas certain que ce soit la meilleure chose à offrir à son idole et évidemment, encore moins au reste du public, celui qui est venu pour entendre une voix et non assister à un karaoké géant. Espérons qu’Angèle passera rapidement ce moment, Patrick Bruel en son temps, qui avait connu des ambiances similaires, raconte aujourd’hui encore combien il trouvait le moment complexe, ému mais aussi dépassé car au fil des concerts, il suffisait que sonnent les premiers accords pour qu’il n’ait plus besoin de chanter, la foule le faisant à sa place.

Là où n’existait voilà un an qu’une succession de chansons sans réelle mise en scène, la tournée actuelle permet à Angèle de mettre en lumière son second degré, son sens de la dérision. Elle lui ressemble, entre éclats de loutre et jogging à paillettes pour prendre la lumière sans se prendre la tête. Entre émotions et énergie, dansant ou posée derrière son piano, Angèle est une jeune femme de son temps, sans compromis, s’autorisant toutes ses envies, refusant le faux semblant et confessant en riant succomber aux phénomènes parfois bêtas de la société actuelle. A l’aise dans ses baskets comme sur ses talons, elle a ce quelque chose de la fleur qui vient d’éclore et n’est pas près de faner, ce truc en plus qui ne vient pas par l’apprentissage même le plus long. La grâce. 

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

ANGÈLE EMPORTE LE PUBLIC DU PRINTEMPS DE BOURGES !

Véritable phénomène, adoubé par les médias comme par le monde pourtant pas toujours confraternel de la musique, Angèle foulait sa première scène berrichonne ce 26 avril. Et le moins que l’on puisse dire est que la jeune belge a convaincu avec une facilité déconcertante.

Chaque édition du Printemps de Bourges voit fleurir des artistes dont la croissance fulgurante ne s’explique sans doute que par le meilleur des terreaux, l’authenticité d’un talent que rien ne saurait plus arrêter. Ce fut le cas avec Vianney, dont le premier passage au Printemps en 2015, en ouverture de Yael Naïm, est resté dans les mémoires. Comme celui d’Eddy de Pretto en 2017, qui figurait alors dans la sélection des Inouïs. L’édition 2018 sera marquée par la grâce d’Angèle. La facilité avec laquelle ce petit bout de femme haut comme trois pommes, à la silhouette déliée mais si gracile, a embarqué le public du Palais d’ Auron, un soir où l’affiche misait aussi sur Eddy de Pretto (en plein bond dans l’espace de la reconnaissance et de la notoriété) et Charlotte Gainsbourg a laissé sans voix (sans mauvais jeu de mots).

Elle ne s’est pas démontée. Avec ses trois musiciens, petit haut immaculé sur large pantalon couleur gazon, drapé dans un kimono fleuri rapidement abandonné, la jeune artiste belge de vingt et ans, a bondi, parcouru la scène, montré ses talents de pianiste autant que le jeu de sa voix. Le timbre est fluet mais s’impose naturellement, la gestuelle dynamique mais sans excès racoleurs. Angèle est une enfant de la balle et connaît les sens à s’interdire pour réussir une présence sur scène. La faute probable à un père musicien, Marka, sorte d’Elvis Presley belge, très connu et reconnu de l’autre coté de la frontière, un père que la jeune fille qui a suivi un cursus musical complet, a accompagné au piano deux années durant. 

Impossible de ne pas citer non plus sa mère, Laurence Bibot, star du stand up, aussi drôle que séduisante, et Roméo Elvis, le grand frère qui grimpe quatre à quatre les marches de la renommée du rap. Angèle, née Van Laeken, a la chance en héritage, musicalité, sens du phrasé et beauté dans les gênes mais elle a aussi très vite appris que rien ne remplacerait jamais le travail. 

Alors loin de tout miser sur l’aspect « jolie blondinette », elle a misé sur d’autres codes pour ne pas finir en déroute comme trop de ses congénères dans un milieu où le succès ne dure parfois que le temps d’une chanson. Travaillant ses partitions, scrutant chaque son de ses paroles, misant sur l’authenticité de son sens de l’autodérision, elle a bouté le duckface de son Instagram (où la suivent près de 240.000 followers) et préféré offrir des vidéos parfois gentiment barrées, toujours drôles, jouant sur les maux et les degrés, ne cherchant pas la séduction 2.0 à coups de filtres ou de poses dans des situations plus ou moins fictives. Et le public a suivi, lui qui était venu par curisioté après l’avoir découverte dans « La loi de Murphy », chanson en franglais où se succèdent les temps et contretemps d’une journée bien pourrie. Le clip (sorti il y a six mois) a déjà été vu près de huit millions de fois. « Je veux tes yeux », dernier succès en date, devrait connaître les mêmes sommets puisqu’il a déjà engrangé trois millions trois cent mille vues. 

Aussi à l’aise dans son répertoire naissant que dans les reprises qui l’accompagnent sur la route des scènes, Angèle livre une version émouvante du « Bruxelles » de Dick Annegarn, ce qui ne cesse de surprendre les sceptiques qui la pensaient encore trop jeune pour pareille histoire.

Cette pause tendresse bouclée, la jeune femme quitte son clavier pour faire bouger la foule et les premiers rangs, qui l’attendaient bien avant son entrée sur scène, ont l’enthousiasme communicant. 

Il y a les « it girls » qui ne font rien et se contentent de poser toutes marques dehors pour demander à être suivies. Et puis il y a les jeunes femmes qu’il ne faut surtout pas perdre de vue car elles ont le talent en bandoulière. Angèle aime bien mettre son doigt dans son nez. Si, si, elle fait ça et même que ça l’amuse. Et même que c’est drôle cette façon d’agir en enfant pas toujours bien élevé. Angèle n’en est qu’à son (premier) Printemps. La récolte du premier album à venir s’annonce abondante. C’est beau à voir un fruit encore naissant mais déjà tellement mûri par le talent.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.