Geoffrey Ploquin, un danseur en mouvements

En cinq ans et trois comédies musicales à succès, Geoffrey Ploquin est devenu un danseur très recherché. Un succès qui semble surprendre cet ancien élève du Conservatoire National de Paris, qui croit aux vertus du travail et ne se laissera jamais prendre par des sirènes de la renommée qui riment bien trop souvent avec éphémérité.

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Dans les couloirs du Zénith de Nantes, il rejoint les coulisses d’un pas souple mais sans précipitation. A une heure de la représentation, juste avant de passer entre les mains de la maquilleuse, il se plie avec sourire aux souhaits de la photographe, enfile l’un de ses costumes puis prend la pose au milieu du décor. Souriant, disponible et professionnel, la marque de fabrique de Geoffrey Ploquin (« Plok »), danseur de la troupe des «  Dix Commandements », actuellement en tournée à travers la France, qui à force de talent a imposé sa personnalité et réussit à ne plus être anonyme. Un constat qui l’amuse et qu’il met, avec une modestie non feinte, sur le compte de… sa coiffure ! « C’est l’effet dreads! On n’est pas si nombreux à avoir ces cheveux là, ça doit se remarquer davantage. » Le cheveu est long mais le raccourci un peu court!

Ses premiers pas, Geoffrey Ploquin les a effectués dans sa Charente natale, plus précisément à Mansle où est organisé chaque été (depuis près de trente ans) un grand festival de danse avec la possibilité pour les stagiaires de se confronter aux enseignements de professeurs de renom. Le virus est pris. Prêt à tous les sacrifices pour espérer un jour vivre de sa passion, Geoffrey Ploquin quitte à quatorze ans famille et amis et intègre le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, considéré comme l’un des plus grands établissements d’enseignement artistique au monde.
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J’étais encore jeune, ce n’était pas évident et nous devions nous plier à des règles strictes faites de rigueur et de discipline. Sans être aussi drastique, sans cet esprit un peu militaire que l’on prête à l’Opéra de Paris, c’était quand même très sévère avec son lot d’injustices car il fallait que le corps reste parfait, corresponde aux normes  alors que nous étions à un âge où la vie décide un peu toute seule. Toutes les heures de travail à la barre ou au sol ne pourront rien contre la croissance. Pour les filles, cela peut même être d’une cruauté inouïe. J’en conserve néanmoins de fabuleux souvenirs et la conscience d’avoir une base solide constituée de tous les indispensables. » Geoffrey Ploquin, bosseur et déjà talentueux, en sortira avec un Premier Prix, mention Très Bien. Plutôt une bonne accroche pour le CV!

Aventurier, se sentant « danseur citoyen du monde », le jeune diplômé rejoint alors la Compagnie Métros, à Barcelone. Trois années fortes avec des créations contemporaines qui se sont malheureusement terminées lorsque la compagnie a du se dissoudre, faute de trésorerie.

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Geoffrey Ploquin rentre en France. Il effectue un passage express par Toulouse avant de s’installer à Paris en 2011. C’est là que Rheda, le chorégraphe des « Enfants du Rock », de « Champs Elysées » mais aussi des concerts de Florent Pagny, Vanessa Paradis, entre autres, le contacte pour figurer dans un clip de Zazie (« Avant l’Amour »). Il ne lui en faut pas davantage pour se faire repérer. Dans la foulée, il passe le casting de « 1789, les Amants de la Bastille » produit par Dove Attia et Albert Cohen. Le monde de la comédie musicale lui ouvre ses premières portes.

« C’est une aventure humaine et professionnelle très particulière car le casting fait naître une troupe avec des personnalités qui ne se connaissaient par pour la plupart, sont censées porter un même objectif avec le même enthousiasme et humainement, il faut que ça marche compte tenu du temps à passer ensemble. Il y a les mois de répétition avant la première puis la longue tournée qui suit généralement les représentations parisiennes. C’est très long quand le succès est au rendez-vous. Pour le corps aussi, il faut rester vigilant. Je ne fais pas partie des intégristes de la nourriture qui compte les calories et traque les graisses. Quand on danse autant, l’organisme élimine de toutes façons. Il suffit de ne pas être dans l’excès. Le plus important me parait être le travail musculaire. Profiter d’un moment même devant la télé pour s’étirer, s’assouplir, penser à toujours s’échauffer soigneusement, rester à l’écoute. Il ne peut y avoir de carrière longue sans veiller à tout ça. »

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Après «1789, les Amants de la Bastille », Geoffrey Ploquin a été rappelé par Giuliano Peparini, le metteur en scène, pour intégrer la troupe de « La Légende du Roi Arthur ». La création  au Palais des Congrès (Paris) puis les semaines d’une tournée, autant de rythmes avec lesquels il faut composer. « A Paris, il y a davantage de représentations dans la semaine, six parfois. En tournée, c’est généralement le week-end que les séances sont concentrées. Il ne faut donc pas se laisser manger par ces emplois du temps atypiques. Le statut d’intermittence exige quarante trois cachets et ce statut est fragile. Il faut donc « exister » entre deux week-end, rester à l’écoute des castings, répondre aux sollicitations y compris les plus brèves », souligne le danseur.

« Je me suis souvent retrouvé sur des plateaux télé. C’est dense, bien rétribué et cela offre une mise en lumière parfois. Mais il y a tellement de professionnels à Paris que la concurrence est sévère et la sollicitation davantage liée au relationnel qu’au CV ou aux auditions. Il faut en avoir conscience et vivre les choses avec le maximum de recul et de sérénité. »

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De ses origines provinciales, Geoffrey Ploquin a gardé un calme qui ne cédera pas devant la frénésie parisienne. Les pieds sur terre, il reste concentré sur un quotidien qui passe désormais par l’ Histoire avec un grand H puisqu’il s’agit de celle des Dix Commandements. Près de deux mois de répétition à la Cité du Cinéma en Seine Saint-Denis et puis ces quatre représentations à l’Accord Arena de Paris (ex Bercy) en Novembre dernier devant plus de 25.000 spectateurs. La tournée française est en route, grand barnum impressionnant retraçant l’Egypte de Sethi, au XVème siècle avant JC. Coté musique, ces chansons de Pascal Obispo devenus culte depuis la version d’origine en 2000, « Mon Frère », « L’ Envie d’Aimer » et tous les autres titres que reprend haut la main la nouvelle distribution.

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A Nantes, la salle était comble et les deux représentations ont été ovationnées. Les dates d’ Epernay, Douai, Limoges et Montpellier prévues en ce mois de février sont pourtant reportées à une date ultérieure. « C’est compliqué car la période n’est pas idéale pour se mettre en route », observait Geoffrey Ploquin alors que l’annonce de ces reports n’étaient pas encore faite. « Financièrement, après les fêtes de fin d’année et les impôts qui arrivent, acheter une place de spectacle est un plaisir que tout le monde ne peut pas s’offrir. Bizarrement, il y a aussi des spectateurs qui découvrent notre passage tardivement. Je veux penser que le succès sera pourtant au rendez-vous. »

Le danseur réfléchit aussi à son avenir. La passion est intacte mais il a envie de franchir les frontières. « Je veux aller voir ce qui se fait en Europe. La Grande Bretagne, l’Europe du Nord sont parait-il riches de chorégraphes, de troupes impressionnantes. Je prépare un périple en aménageant ma voiture façon camping car. J’irai où me porteront les découvertes et les rencontres avec l’espoir d’apprendre et de danser. Encore mieux. Encore plus. Il faut savoir se réinventer sinon la passion aussi jouerait l’intermittence. » Que ses fans (dont certaines le suivent de ville en ville) se rassurent: la passion est encore vive et le temps n’est pas encore venu de se décrocher de l’affiche.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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Charlie Boisseau : un premier album qui va créer la surprise

Il a les apparences contre lui : un accent ensoleillé porté par une voix douce, un physique de beau gosse et un sourire spontané. De quoi en faire un prince éternel dans des imaginaires trop sensibles au formatage et le cantonner dans des mélopées dégoulinantes de mièvrerie faussement romantique. Charlie Boisseau (ex The Voice, ex « La Légende du Roi Arthur ») est pourtant loin de ce portrait réducteur et il ne s’y laissera pas enfermé. Souriant, incontestablement, dissipé tendance blagueur, voire même adepte de la vanne dont il est le premier à rire en plissant son regard azur (tant qu’à faire, autant avoir le kit intégral), il est avant tout un artiste complet, auteur-compositeur-interprète, qui sait exactement… ce qu’il ne veut pas. En janvier, sortira le single issu de son tout premier album. Attention : la surprise est de taille. Ca va faire du bruit.

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Il n’a pas trente ans, s’est fait connaître il y a à peine plus de trois ans mais donne l’impression d’avoir déjà vécu plusieurs vies. Sa longue silhouette blonde laisserait supposer son lot de candeur alors que ce jeune homme à l’allure d’éternel adolescent taille sa route avec détermination, la certitude de ses envies, ses coups de coeur pour marche-pieds, l’énergie et la passion pour moteur.

Ceux qui se souviennent de sa première prestation devant les juges de la saison 3 de « The Voice » en 2014 sont finalement les moins surpris par ce parcours sans temps morts.  S’accompagnant à la guitare, il lui avait suffi de quelques secondes pour donner à Garou l’envie de se retourner grâce à une interprétation très personnelle de la célébrissime « Que je t’aime » de Johnny Hallyday. Des envolées haut perchées, une présence évidente malgré un jeu d’instrument encore timide, Charlie Boisseau avait crevé l’écran. Il ne le savait pas encore mais ses rêves d’artiste venaient de trouver leur appui. Les quarts de finale sonneront le glas de sa présence dans l’émission mais le jeune alésien, encore infirmier de son état, n’était pas prêt de retrouver les couloirs de l’hôpital.

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C’est Dove Attia himself qui a signé la piqure du rappel. Un artiste venait de lui faire faux bond alors que le casting de sa nouvelle comédie musicale, « La Légende du Roi Arthur » avait été révélé et la promotion largement entamée. Il s’est aussitôt souvenu de ce jeune homme aperçu dans The Voice, à la personnalité et au physique idéal pour reprendre le rôle de Lancelot du Lac. « A priori, je ne m’étais pas projeté dans ce genre de projet », observe Charlie Boisseau. « Mais quand Dove Attia en personne décroche son téléphone pour t’appeler, franchement… tu n’as pas beaucoup d’hésitations! Tu n’es personne, tu as tout à prouver, tu rêves de faire ce métier et le producteur du Roi Soleil, de Mozart, de 1789 dit qu’il te veut… J’aurais été qui pour refuser ? » Et il a bien fait quand on regarde l’intensité de ce passage sous cote de maille. Après des mois de succès au Palais des Congrès de Paris, une tournée triomphale à travers la France aux côtés de Florent Mothe, Camille Lou, Fabien Incardona et Zaho (entre autres), le jeune homme a conquis des milliers de fans!

« La dernière représentation a eu lieu à Lille en Juin mais c’est encore très présent. Cette période a été d’une intensité incroyable. Le maniement de l’épée, les combats, le jeu d’acteur, le chant… Il y avait tellement à maitriser. Les rencontres avec le public pendant les voyages de promotion ou pour les traditionnelles séances de dédicaces d’après représentations ont été très heureuses. Je me sens chanceux et reconnaissant pour ces gens qui date après date se sont mis à me soutenir. Le public des comédies musicales est réputé très fidèle et chaleureux, j’espère que mon disque leur plaira. Il me ressemble vraiment en tout cas. »

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Discret depuis le début de l’interview, Jeff Barnel approuve en souriant. Il est celui sans lequel cet album n’aurait pas pu voir le jour, l’autre composante d’un duo désormais indissociable. Celui qui a totalement été bluffé par ce jeune artiste osant imposer ses couleurs sur le tube mythique d’Hallyday. Le hasard de connaissances communes a permis de les réunir. Les dés étaient jetés. Et là, on ne peut s’empêcher de souligner la chance de Charlie Boisseau. Après Dove Attia, Jeff Barnel qui lui proposait de le produire… Jeff Barnel, le compositeur de nombreux tubes pour Marie Laforêt, Claude François, Herbert Léonard, Demis Roussos, de « Salut à toi l’artiste »interprété par Nicole Rieu au concours de l’ Eurovision en 1975 et de quelques uns des plus grands succès de Dalida. Durant plus de dix ans aux côtés de sa grande amie, il signe notamment « Salma ya Salama », « Mourir sur scène », « Pour en arriver là »… De quoi imposer le respect !

« Je me consacrais à d’autres activités et puis j’ai vu Charlie dans the Voice. Lorsqu’on s’est rencontré, j’ai vu la belle personne qu’il était en plus d’ être un artiste plein de talents. J’ai eu envie de reprendre du service pour l’accompagner. Et je dois reconnaitre que ça me rend très heureux. »

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Il suffit de les regarder fonctionner pour voir que la complicité n’est pas feinte et l’admiration réciproque. Ces deux là sont partis pour aller loin, Jeff Barnel apportant son sens de la composition, sa musicalité mais également son humour et ses anecdotes passionnantes dans la corbeille de ce binôme vraiment beau à observer tandis que Charlie Boisseau peut livrer en confiance ses textes, ses propres partitions et cette voix unique qui le rend immédiatement identifiable.

Ne restait plus qu’à trouver le label qui accepterait de signer ce premier album! Tache bien délicate dans un monde du disques en déliquescence, où acceptation signifie souvent auteurs et musiques imposés.. quand on n’est pas tout simplement rejeté. Mais Jeff Barnel n’est pas homme à renoncer. Il a pris son bâton de pèlerin et c’est finalement Scorpio Music, le label français indépendant fondé par Henri Belolo en 1976, qui a offert son contrat.

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Plus connu pour des artistes de dance et de black music tels que Martin Garrix, DJ Assad, Avicii, Hermes House Band (la reprise d’ « I will survive » qui a été un énorme tube), Village People, Scorpio a eu un véritable coup de coeur pour le projet de Charlie Boisseau et envie de miser sur cette nouvelle carte « chanson française ». « Je me sens extrêmement chanceux, » souligne l’artiste.

« Je n’ai aucune pression, aucune contrainte musicale. Je peux vraiment faire le disque qui me ressemble dans lequel figureront des textes, musiques, co-signées avec Jeff mais également des paroles d’auteurs qu’il connait depuis longtemps. Plusieurs titres sont déjà enregistrés. Les choses vont aller très vite désormais : tournage du clip du premier single dont la sortie est prévue courant janvier, séances studio pour les titres manquants… Je suis impatient de pouvoir tenir cet album mais au delà de cela, de le présenter et de recueillir les réactions du public. Le réalisateur est Thierry de Cara, à qui l’on doit le premier album des Fréro Delavega… Un grand professionnel dont les conseils sont précieux. L’équipe est vraiment belle et je suis chanceux, je vous dis !»

Impossible de déflorer le premier extrait. Mais une chose est sûre : ce mix gagnant d’un texte efficace signé Anne Sila (remarquée dans la saison 4 de The Voice), d’une musique entrainante qui reste en mémoire et d’une réalisation superbe envoie au delà de toute attente. La voix de Charlie Boisseau peut jouer sur toute la gamme. 2017 s’annonce grand et beau. Le rythme de cet incroyable parcours n’est pas prêt de ralentir.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET. Crédit photo plan large // Magali MICHEL.

– Un immense merci à Jeff Barnel, Charlie Boisseau, Thierry de Cara, pour leur accueil, leur disponibilité. Ce très joli moment restera en mémoire. –


« J’EN AI DES TAS », PREMIER TITRE TAILLE POUR LE SUCCES 

Le décompte avait été lancé voilà dix jours à grand renfort d’extraits de la chanson, d’images du tout premier clip accompagnant la destinée de ce titre chargé d’ouvrir la voix à l’album à venir. Le suspens a pris fin ce matin, « J’en ai des tas » est désormais en ligne (et téléchargeable sur toutes les bonnes plateformes, celles de téléchargement légal… car on ne répétera jamais assez l’importance du respect accordé aux artistes et des conséquence du piratage sur le métier).

Charlie Boisseau peut être rassuré : les commentaires sont enthousiastes et les compteurs s’envolent. On pouvait s’y attendre quand on avait eu le privilège d’une écoute en très large avant première. La chanson (écrite par Anne Sila), superbement réalisée par Thierry de Cara qui y a glissé toute sa griffe, permet à Charlie Boisseau de montrer toutes les couleurs de sa voix au grain si particulier, de jouer avec les envolées et les changements de ton. Impossible de résister ! Une seule écoute et le refrain s’impose déjà dans les mémoires.

Le clip, à la fois simple et original, inattendu, dégage une pureté qui n’exclue pas la sensualité. Parti pris audacieux mais qui semble là encore gagnant. L’album est annoncé dans les toutes prochaines semaines. Charlie Boisseau trace sa voix avec talent et un enthousiasme touchant que l’on a plaisir à partager.

M.M.

– Pour télécharger « J’en ai des tas »: https://charlieboisseau.lnk.to/V-ZokYD

 

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Florent Mothe, enfin le deuxième album!

Quelques jours avant de raccrocher la couronne d’Arthur, Florent Mothe avait sorti un premier extrait de son nouvel album. Un opus revendiqué comme plus personnel, plus rock et plus électro. Le temps de créer la surprise et déjà il filait briller sur le dance-floor de « Danse avec les Stars ». Entre un contemporain et une rumba, il vient tout juste de fêter la sortie du très attendu « Danser sous la pluie ». Retour sur un parcours cadencé.

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C’était il y a neuf mois, à Brest. Un café, une cigarette électronique pour prendre la suite immédiate de la vraie blonde dont les volutes flottent encore à l’extérieur… Assis dans cette loge qui n’est pas la sienne mais offre l’avantage d’être la première ouverte dans ces dédales de coulisses, Florent Mothe affichait à peine les stigmates des fatigues laissées par le premier spectacle de la journée. Si le regard trahissait pourtant l’impact de ce show particulièrement physique, la disponibilité et le sourire restaient intactes.

Tête d’affiche de la comédie musicale « La Légende du Roi Arthur », le chanteur tenait la scène près de deux heures trente. Un rôle athlétique qui avait nécessité des semaines d’entraînement digne d’un sportif de haut niveau avec au final, au delà de cette silhouette affûtée, un maniement de l’épée impressionnant et une voix qui jamais ne faillit. « C’est vrai que c’est assez physique, je suis en scène presque tout le temps et il y a beaucoup de chansons. Mais bizarrement, après trois jours à ce rythme, le show dans lequel je me sens le plus en forme est souvent le dernier. La voix est un muscle qui aime être chauffé dit on, je le constate à chaque escale de la tournée», soulignait il à l’occasion de cette étape bretonne de la tournée.

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Après avoir largement contribué à la réussite de « Mozart, l’opéra rock » en 2009, l’un des plus grands succès en matière de comédies musicales, Florent Mothe n’envisageait pas de signer pour un nouveau spectacle du genre. Mais il est difficile de résister à Dove Attia et son enthousiasme contagieux. « C’est un tel honneur d’avoir été choisi que je ne peux qu’en être reconnaissant.  Mais  désormais, après cinq-cents représentations tous spectacles confondus, je pense que c’est suffisant car le public va en avoir assez de me voir, non ? » La question formulée en ce jour de dernière, en juin à Lille, est sincère. Chez lui, le doute n’est pas une posture.

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C’était déjà pour se jauger qu’avec une certaine audace, après avoir tourné plusieurs années avec son premier groupe, Florent Mothe avait mis le cap sur Toronto avec un bref crochet par New York. Il a commencé la musique à sept ans par le saxophone, il maîtrise désormais le piano, la basse et la guitare… Suffisant pour partir! Sans attache. Sans contrat. Sa vingtaine d’années et son envie inaltérable de vivre de la musique, de composer et de chanter pour tout bagage… Ce road trip dans les bars nord-américains forgera sa capacité à aller chercher l’auditoire. La voix est parfaitement en place comme le montrent les vidéos qu’il poste sur internet. Bruno Berbérès, qui assure le casting de « Mozart », les repère. Dove Attia et Albert Cohen lui demandent de venir passer les auditions. On connaît la suite : « L’assasymphonie », « Victime de ma victoire » ou « Vivre à en crever », en duo avec Mikelangelo Loconte sont encore dans les mémoires. Comme sa reprise d’ « On ira », en duo avec Judith, l’une des plus jolies reprises de  l’album « Génération Goldman ». L’album se glissera rapidement en tête des ventes. Des lauriers qui font plaisir. Comme le NRJ Music Award de la révélation francophone de l’année en 2010. « Ces récompenses touchent forcément mais passés les instants de joie, elles n’ouvrent pas davantage la voie. Et tout, ou presque, reste à faire… »  dsc_7770

C’est par goût du défi et avec un talent certain pour les surprises, que Florent Mothe s’est alors retrouvé au casting de « Danse avec les stars », septième saison. Autant avouer qu’on n’y croyait qu’à moitié. Certains y voyaient même une présence motivée par un objectif mal dissimulé de s’ offrir une belle promo avant la sortie de l’album, deux petits tours de piste et puis s’en va… C’était mal connaître ce bosseur invétéré qui ne fait jamais les choses à moitié. Avec Candice Pascal, il a appris le déhanché, le regard, la justesse dans l’attitude et de semaine en semaine, il a bluffé les juges avec notamment ce contemporain magnifique sur la musique de « Lili » d’ Aaron. De quoi faire taire les plus dubitatifs et finalement, presque un paradoxe, lui permettre assez peu d’amplitude pour promouvoir son disque, les journées étant déjà surchargées entre les primes à assurer et ce premier concert à l’Européen. Le temps viendra.

« Avec « Danser sous la pluie » j’ai envie que les chansons touchent, interpellent, que les thèmes abordés résonnent autant pour la personne qui écoute que pour moi. C’est un truc étrange la composition d’une chanson. Certaines viennent facilement. D’autres ont plus de mal à être lâchées. Il faut se poser les bonnes questions mais ne pas trop se laisser envahir non plus… Je n’avais pas envie de décevoir, c’est sans doute pour ça qu’il a fallu tout ce temps depuis la sortie de « Rock in Chair ».

Malgré une belle équipe autour de lui, des textes signés Dove Attia, Michel Jourdan (auteur d’énormes tubes pour Marie Laforêt, Bobby Solo ou encore Mike Brant), Lionel Florence ou Vincent Baguian, malgré des compositions efficaces, malgré la présence sur l’album de l’extraordinaire reprise de « Bohemian Rhapsody » immortalisée par Freddy Mercury, le succès n’avait pas été celui escompté. Une déception légitime qui n’empêche pas Florent Mothe de rester fier de ce premier opus mais a renforcé sa détermination pour le second.

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Il y a sans doute plus d’audace dans ce nouvel album. « J’ai composé des chansons plus introspectives, plus personnelles, en abordant des sujets actuels dont l’amour n’est pas exclu sans pour autant être le sujet majeur. » Illustration par l’exemple avec ce premier extrait révélé en mai. « Quoi de neuf? » interroge le titre co-écrit avec Dove Attia et Silvio Lisbonne (auteur de nombreux succès pour Jenifer ou Tal, le duo étant aussi à l’origine de « la Légende du Roi Arthur ») sur une entrainante partition électro-pop. « Je veux juste planer avant de faner, que mes démons se réveillent et se mettent à danser. En musique, tout paraît plus beau, j’veux que tout le monde se réveille et se mette à danser. » Un message clair, un titre qui a donné envie de chanter et de danser tout l’été.

« J’ai eu la chance de livrer un disque qui me ressemble. Sans pression mais plutôt avec une belle excitation…  celle de sortir l’album dont j’avais vraiment envie! » Pour l’accompagner dans cette aventure, il a aussi pu bénéficier de la présence de belles pointures : en plus de Dove Attia et Silvio Lisbonne, il y a Renaud Rebillaud,(ingénieur du son, producteur, qui a travaillé avec Kendji,  Sexion d’Assaut, entre autres) et L.I.M., le rappeur dont les disques ont été maintes fois disques d’or. Musicalement beaucoup plus abouti que le disque précédent, « Danser sous la pluie » impose facilement son énergie communicative tout en ne volant rien aux paroles. Impossible de ne pas se laisser prendre par l’émotion de « J’attends encore », « Le Monde », ou « Te ressembler ». Ou de résister à « Sur mon nuage » et « Danser sous la pluie ».

Pour un artiste qui semble souvent en attente de l’approbation, d’un regard de soutien, Florent Mothe ose livrer ses interrogations, son regard sur la vie, le temps qui passe. Il enlève le masque, les rythmes actuels étant la dernière pudeur posée sur de très beaux moments empreints de gravité. « Qu’est ce qu’un homme ? » Un peu de tout cela sans doute.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– Un immense remerciement à Florent Mothe pour le temps passé, ces impromptus entre Brest, Nantes et Lille, ce shooting exclusif organisé en juin dernier à Paris. – 

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 DANSER SOUS LA PLUIE: UNE PREMIERE A GUICHETS FERMES 

Il aurait pu se contenter d’une release party joyeuse mais traditionnelle pour célébrer la sortie de son nouvel album deux jours plus tard. En éternel perfectionniste, Florent Mothe a préféré les plaisirs d’un vrai concert, mariant l’intégrale de « Danser sous la pluie » aux titres plus anciens qui ont sillonné sa vie, comme la bande originale d’une vie d’artiste déjà bien remplie.

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Alors que l’ Européen compte trois-cent cinquante places assises d’où la visibilité est parfaite, certaines fans n’avaient pas hésité à squatter les environs plus de quatre avant l’ouverture des portes. Inutile de dire leur impatience une fois sur place pour ce premier concert à guichets fermés où devaient être joués en avant première les titres du second album de Florent Mothe.

A vingt heures précises, il a déboulé sur scène parmi un tonnerre d’applaudissements, la basse en bandoulière, accompagné de deux complices, Brice Mirrione, aux claviers et Mao Blanc, à la guitare, (deux belles pointures actuellement sur la scène du Palace avec la troupe du « Rouge et le Noir »). Lumineux et visiblement heureux de retrouver le public avec ses propres créations. «Quoi de neuf», le premier single qui a fait danser tout l’été, a ouvert le bal, repris par la salle entière. « Se serrer la main », « Sur mon nuage » enchainent sans temps mort.

« Si vous êtes ici, c’est que d’une manière ou d’une autre, on compte l’un pour l’autre… Alors, avant tout, merci,» lance Florent Mothe dans un immense sourire. Des paroles qui font mouche et provoquent une bruyante approbation. La très entraînante « J’attends encore », magnifique titre aux paroles façon upercut, laisse tout le monde KO avant une très belle séquence pleine d’émotion, la dédicace spéciale à son père, présent ce soir là, de « Te ressembler ». Un hommage qui ne peut laisser insensible.

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Parfaitement pensée, la set list joue les contrastes. Au milieu de ce concert survitaminé mais presque intimiste, une date qui restera dans les mémoires, Florent Mothe troque alors la basse pour la guitare acoustique. Seul en scène, il repeint ses années nord américaines (la reprise de «Lilac Wine» de Jeff Buckley est un pur moment de grâce), ses débuts, ses premières compositions (qui permettent de constater que tout était déjà en place), son premier album (« je devais être triste, ce n’est pas très gai tout çà »), une boutade, presqu’une excuse. Triste, peut-être, pas très gai, sans doute mais suffisamment fort pour être resté dans les mémoires. « Les blessures qui ne se voient pas » ou bien encore « Je ne sais pas parler d’amour » décochent des salves passionnéees. Quelques extraits encore, dont « L’assasymphonie », de « Mozart l’Opéra Rock », « Quelque chose de magique », incontournable succès de la toute récente « Légende du Roi Arthur » et les musiciens reviennent pour finir la présentation des autres titres de ce disque taillé pour la scène, à l’image de « Les oiseaux nous observent » ou bien sûr « Danser sous la pluie », qui en seront les tubes probables.

Fidèle à ses habitudes, Florent Mothe boucle la soirée avec « Bohemian Rhapsody » de Queen. La tradition est belle et la reprise impressionnante. Le 23 mars prochain, la Cigale et son millier de places succéderont à l’ Européen. Trois fois plus de monde donc. Trois fois plus d’énergie… cela parait impossible vu la soirée de folie qui a été livrée ce soir là. Trois fois plus d’émotion… Il faudra jouer sacrément fort car ce 30 Novembre avait les charmes incomparables des premières fois, les plaisirs de la découverte.« Danser sous la pluie » est un album réussi qui devrait le qualifier pour très longtemps encore…

Magali MICHEL

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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Julien Lamassonne double ses talents

La liste est longue de ses envies, de ses champs (chants!) du possible. Auteur, compositeur, arrangeur, interprète, et pour ajouter encore d’autres cordes à sa guitare, son instrument de prédilection, le voilà qui ne cache plus désormais ses envies de cinéma. Pas prioritairement pour s’exposer sur grand écran (on pourrait pourtant penser qu’avec un physique et un regard pareils, il n’aurait pas de mal à prendre la lumière) mais plutôt pour passer derrière la caméra. Ecrire, sa grande passion. Réaliser, un chemin pour son futur. Mais il ne perdrait pas de vue pour autant la musique, fil conducteur de sa vie. Car tant qu’à composer avec le rêve, il se verrait bien pouvoir enfin sortir cet album espéré depuis longtemps. Un album qu’il défendrait avec passion, lui qui a si souvent mis sa voix et ses notes au service des autres.                                 unnamed

« Mes grands-pères jouaient du piano, de l’accordéon, du violon, mon père et mon oncle faisaient de la guitare et je me souviens de ma mère chantant « Memory », le plus célèbre air de Cats, d’une façon incroyable… Avec une famille pareille, la voie était toute tracée, il était clair que je serai musicien. A cinq ans, j’écoutais aussi bien Mozart, Carmen que Maxime Leforestier, à treize ans, j’écrivais mes premières chansons. J’ai appris le piano par évidence, la guitare… presque par nécessité car c’était quand même plus facile à transporter, » sourit Julien Lamassonne.

Led Zep, Lenny Kravitz sortaient des riffs qu’il reproduisait avec un bonheur indicible alors après une année de fac option cinéma, il décide de mettre la musique en accord majeur. Débute un grand marathon des bars parisiens, la meilleure des écoles pour accrocher un public pas toujours attentif, l’apprentissage de l’humilité, une formation incomparable. «Pour moi, ça a été un vrai déclic. J’ai découvert des émotions, appris à composer avec toutes sortes de spectateurs, connu des échanges incroyables. J’ai aussi constaté que le plaisir ne me quittait pas, ce qui me confortait dans mes choix.»

En 2003, des copains l’informent qu’un producteur est à la recherche d’un artiste pour interpréter le générique d’un dessin animé. Ni une ni deux, Julien Lamassonne obtient de passer les auditions. De grands talents sont en concurrence… Mais c’est lui qui décroche l’enregistrement de « Code Lyoko ». La série de science-fiction a fait les belles heures de France 3 et de Canal J. Le générique est resté dans les mémoires de tous les fans du dessin animé.

En 2006, par un entrelacs de raisons diverses, lui, le parisien, se retrouve à représenter… la région Charente-Maritime afin de sélectionner le chanteur représentant la France à l’Eurovision. Il passe sans encombre toutes les étapes et figure dans le dernier carré lors d’une grande émission diffusée en direct sur France 3. « Ca peut surprendre, ça peut ne pas être compris… mais je ne voulais pas gagner ! Je sentais que ce truc là n’était pas pour moi et je me disais « pourvu que les gens ne votent pas pour moi!! » J’ai fini troisième et sincèrement ravi pour celle qui avait obtenu les faveurs du public. L’Eurovision, en tout cas à l’époque, franchement ce n’était pas très rock’n roll! »

On retrouve alors Julien Lamassonne à l’affiche de « Sol en Cirque », l’adaptation pour la scène du conte musical écrit trois ans plus tôt par Zazie, Vincent Baguian et Jean-Marie Léau, au profit de « Sol en Si » (Solidarité Enfants Sida), album qui avait connu un gros succès grâce à une belle brochette d’artistes (Cabrel, Maurane, Souchon, Le Forestier, Jonasz, Zazie elle même… ). Passionné par ce projet qui intègre de nouveaux interprètes, il avait passé le casting avec succès et décroché le rôle du zèbre, aux côtés d’ Ariane Pieri, de David Ban (pilier de nombreux spectacles, futur Portos des « Trois Mousquetaires », au Palais des Sports de Paris en septembre prochain). Le spectacle est magnifique, malheureusement la tournée s’arrêtera brutalement après la mise en liquidation de la société de production. « Le producteur a coulé le truc et c’est franchement dommage. L’aventure était belle, généreuse et aurait pu se poursuivre bien plus longtemps sans ces agissements regrettables. »

Jamais à court d’envies, Julien Lamassonne se recentre alors sur sa carrière de musicien. Il prête ses talents à de nombreux enregistrements, accompagne Sébastien Roch, le groupe MontparnassE (dont il arrange, dirige et réalise certains titres avec Emma Piettre au violoncelle), MontparnassE encore qu’il accompagnera quelques années plus tard pour la bande originale du « Coeur des Hommes 3 », de Marc Esposito. Il collabore aussi avec Calogero lors de l’enregistrement de la BO de « Mon Pote ».

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En 2007, avec la violoncelliste Emma Piettre, il monte le duo « Arthélie ». Un an plus tard, ils s’inscrivent au casting de « Stations Music », concours ouvert aux artistes jouant dans le métro, organisé par W9. « Il faut sans doute un peu de culot pour se poser dans un couloir et se mettre à jouer mais le métro est un passage qu’ont empreinté de nombreux musiciens. On apprend vite à repérer les bonnes stations, les horaires porteurs, 7h-9h et 17h-20h. Sur le grand nombre de candidats en lice, nous avons fini quatrièmes à l’issue d’une émission diffusée en direct sur la chaîne. Le drame de ma vie ces résultats pied de podium, » lance t’ il comme une boutade… Mais derrière le rire, on entend bien les notes désabusées.

« En 2010, j’avais participé à « X Factor ». Après la vague de sélections-éliminations au niveau national, j’étais arrivé dans les soixante dix derniers. Ma reprise de « Muse » avait séduit… Mais l’aventure s’est pourtant arrêtée là. Même chose avec « La Nouvelle Star ». Ma reprise de « Ziggy Stardust » a recueilli des commentaires enthousiastes mais ça n’est pas passé. Joies et mystères de ce métier… »

Repéré par Bruno Berbérès, le fameux « Monsieur Casting », l’homme de l’ombre à qui l’on doit une grosse part du succès de l’émission « The Voice » et des meilleures comédies musicales, Julien Lamassonne endosse alors le costume de l’Epouvantail dans « Dothy & le magicien d’Oz », la produite par Dove Attia  et Albert Cohen (dans laquelle figurent aussi d’actuels complices de « La Légende du Roi Arthur », David Alexis et Yamin Dib). Il répond ensuite à l’appel de Kamel Ouali pour «Dracula, l’amour plus fort que la mort », où il est la doublure de Julien Loko et Aymeric Ribot,

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« Etre doublure est assez particulier. Tu dois maitriser un rôle, voire deux, en ne sachant jamais quand tu devras les interpréter. Ni peut être même… si tu le feras un jour! Certains metteurs en scène le prévoient, d’autres jouent du peut-être, cela reste assez flou mais il faut entretenir la mémoire pour être prêt si le moment se présente. Je connais des chanteurs qui le vivent avec une certaine frustration. Je le considère plutôt comme une expérience supplémentaire, ce qui ne m’a pas empêché de demander à Dove Attia, qui m’a choisi comme doublure de Florent Mothe, rôle principal de « La Légende du Roi Arthur », si je ne pouvais pas être davantage utilisé. Il l’a compris, j’ai la chance d’avoir un solo et de jouer plusieurs personnages. J’en suis très heureux. J’ai remplacé Florent trois fois, notamment lorsque le spectacle a été nominé aux NRJ Music Awards. Je l’avais appris trois semaines à l’avance, ce qui restait confortable. Mais on ne peut pas demander à toute la troupe de troupe de revenir pour un filage intégral uniquement parce que la doublure va officier. Alors, il subsiste quand même une forme de stress, qui heureusement, n’exclut pas le plaisir. »

Le 25 Juin, la tournée s’achèvera. Exit l’Homme du Peuple, Urien. Remisés les costumes de la Table Ronde. Julien Lamassonne ignore encore le chemin qu’il prendra. Une certitude, les envies ne manquent pas. Celles conduisant au cinéma peut-être. Depuis plusieurs semaines, il exerce ses talents de réalisateur pour la web-série « C’est pas la bonne… », les aventures loufoques et très drôles imaginées (et jouées) par David Alexis et Yamin Dib, tournées entre deux représentations, sans vrais moyens mais qui commencent à bien cartonner et que l’on espère donc voir perdurer.

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« J’ai toujours été hanté par le cinéma. A vingt et un ans, j’écrivais mon premier court métrage et depuis trois ans, je m’y repenche plus sérieusement. Les techniques, les métiers, la façon d’écrire un scénario, le jeu du comédien, pour lequel j’avais déjà beaucoup appris avec Philippe Lelièvre, notre coach sur Dracula. J’ai suivi des stages de cascadeurs, par curiosité, parce que je me rêvais en super héros aussi. Au final, c’ est assez troublant, çà confronte à ses peurs… donc à soi-même. J’ai participé à des concours de courts-métrages aux thèmes imposés également, comme le fameux concours Nikon et ses « Je suis… » « Je suis un duel au sommet », « Je suis un choix », « Je suis un geste ». J’ai fini 36ème sur 1056, au classement du public. Ca donne envie de continuer! »

Julien Lamassonne a aussi tourné encore le pilote de « La vie rêvée », une très jolie série avec deux actrices, sur la vie réelle ou telle qu’imaginée par le grand public, de deux comédiennes. « J’explore, je découvre, je cherche. C’est passionnant. J’ai très envie de poursuivre la connaissance afin de pouvoir un jour faire le grand saut et tourner le film que j’ai en tête. »

En attendant, parce que sa voie trace le plus constant des chemins, Julien Lamassonne trouvera peut-être aussi la maison de disques qui lui permettra de signer pour l’album qu’il porte depuis pas mal de temps. Avec Emma Piettre, sa superbe compagne au violoncelle et aux choeurs, on se prend à imaginer ce que seraient ces titres. La reprise de « Délicate » de Damien Rice qui vient de leur permettre de figurer dans les dix finalistes du concours national « Il était une voix », organisé par la chaire de restaurants « Au Bureau », est un exemple éclatant. Avec leurs propres notes et ses histoires, lui le fin gourmet du mot juste qui a l’écriture en passion, avec sa seule voix ou leurs deux timbres mêlés, oui, on imagine et on se dit que le temps est venu qu’éclate enfin cet artiste encore trop méconnu. Aux Etats-Unis, où l’on n’emprisonne pas dans des cases réductrices, il crèverait l’affiche. En France, il détonne. Trop belle voix, trop belle gueule, trop musicien… Trop bien finalement ! Mais Julien Lamassonne veut rester confiant et il a raison. Il a la quarantaine (dans quelques jours) rugissante et il ne lâchera rien. Vienne le temps, sonne son heure !

Magali MICHEL.

Crédits photos tournage C’est Pas La Bonne & La Légende Du Roi Arthur // Sophie BRANDET.

Crédits photos autres // Cédric Desbonnet & Slimane Lalami.

 

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La voix du succès de David Alexis

Dans un métier composé de rencontres, il en existe forcément qui sortent du lot. Celles qui vous séduisent d’emblée. Celles qui au contraire n’auraient jamais dû exister. Et puis il y a celles qui vous laissent bluffé parce que le moment est rare, l’artiste plein de facettes, qu’il ne triche pas et qu’il est bien tel qu’on l’imaginait. Et même mieux! David Alexis est incontestablement de ceux là. Comédien, chanteur, metteur en scène, marionnettiste, ventriloque, celui qui porte actuellement le costume de Merlin dans « La légende du Roi Arthur », la comédie musicale produite par Dove Attia, sait tout faire. Il sera à la rentrée l’un des rôles principaux d’ « Oliver Twist, le musical ». Attention, talent(s) !

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Avec son incroyable regard azur dont la puissance semble totalement lui échapper, sa voix posée et cette façon d’enchaîner les anecdotes en convoquant aussi brillamment Roman Polanski que Giuliano Peparini ou Alain Sachs, David Alexis est un enchanteur bien plus efficace encore que le Merlin auquel il prête vie depuis septembre dernier dans « La légende du Roi Arthur ». Aux côtés de Florent Mothe, Zaho, Camille Lou, Yamin Dib, Charlie Boisseau et Fabien Incardona, pour les rôles principaux, il a installé son personnage immédiatement. La voix est magnifique, le jeu ultra précis et l’on ne pouvait que déplorer qu’il n’ait pas encore davantage à interpréter. Un compliment qu’il entend avec une modestie non feinte : « C’est un très joli rôle, un personnage important de l’histoire mais à chacun sa place. L’essentiel n’est pas tant le nombre de chansons que la façon de les interpréter, la rigueur de jeu. Il faut beaucoup travailler en amont de la création cela permet ensuite quelques petites variations discrètes quand le jeu des partenaires le suggère. Giuliano Peparini, le metteur en scène, est toujours à l’écoute des suggestions éventuelles alors ce genre de libertés furtives ne l’offusque pas.»

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Plus de quinze ans que le cherbourgeois parcourt les planches. Lui, le fils de forain, qui se rêvait une vie de saltimbanque et admirait Buster Keaton, n’a rien laissé au hasard. Il a multiplié les formations afin de maîtriser toutes les formes de jeux. « Mais ce sont les rencontres qui ont nourri et influé sur ma vie. Je n’aurais pas eu ce chemin là si je n’avais pas croisé des gens formidables. J’ai pris des cours de théâtre et de chant à l’Académie de Caen et au Studio Pygmalion, j’ai suivi des cours à l’Ecole des Arts du Cirque Chinois. J’y ai appris l’acrobatie et l’équilibre car ce sont des maîtres en la matière. J’ai poursuivi à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette de Charleville-Mézières, j’ ai appris les claquettes, le chant, le mime, j’ai fréquenté plein d’ateliers pour apprendre encore, j’ai travaillé avec Philippe Gentil et le Cirque Plume… Mais c’est Annette Treuil qui aura été déterminante. Alors directrice de la Scène Nationale de Cherbourg, elle m’a offert chaque jour la possibilité de travailler seul sur scène en échange de distribution d’affiches. Cette façon de croire en moi était un cadeau et vous ne pouvez que progresser quand existe cette confiance là. Mon Monsieur Emile est né là.»

Avec lui, David Alexis reçoit alors de très belles propositions, notamment pour la télévision, mais il a peur de rester enfermé dans ce personnage avec sa marionnette alors il change de cap et accepte de rejoindre une compagnie de croisières. Il présente chaque soir un numéro de ventriloquie qui fait un tabac devant ce public de vacanciers pas toujours faciles à séduire. « Je suis aussi passé par le Club Méditerranée. Au delà des clichés, c’est un lieu unique pour apprendre à travailler vite, car on a au mieux trois jours pour monter des sketchs ou des petites pièces avec les touristes. Quand on joue ses propres partitions, c’est également un pari chaque soir car le public à qui l’on offre du divertissement n’a pas du tout les mêmes réactions que celui qui a choisi un spectacle et s’est payé sa place. »

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De retour sur la terre ferme, David Alexis est à l’affiche de plusieurs cabarets dont le célèbre Don Camillo. Il y rencontre un membre de l’entourage de Pascal Sevran et le voilà embarqué dans «Trenet coeur-volant » pour interpréter le rôle du Fou chantant. Il participe aussi à l’écriture de chansons pour la fête des 85 ans de Charles Trenet. « J’y ai rencontré Annie Cordy, que j’adorais depuis toujours, qui est devenue ma marraine dans la profession. Un lien très fort s’est mis en place et ne s’est jamais distendu. En 2012, nous avons même enregistré en duo une chanson intitulée « C’est pour ton bien », un très joli souvenir. Elle assiste à chacun des spectacles dans lequel je joue et me fait part de ses observations. Elle devrait venir voir « La Légende du Roi Arthur » à Nice et ce sera pour moi une représentation particulière. Annie Cordy est une grande dame du spectacle. C’est elle qui a amené « Hello Dolly » en France par exemple. On la cantonne souvent à « La bonne du Curé » mais sa carrière est tellement plus riche que ça. »

Ce sont les hasards des rencontres toujours qui amènent la chargée de casting de Stage Entertainment (« Le Roi Lion », « Cats ») à le vouloir dans le rôle d’Emcee, le Maître de cérémonie de «Cabaret», mis en scène par Sam Mendès. Le spectacle restera deux ans à l’affiche des Folies Bergères, en 2008 et 2009, et fera carton plein. On parlera beaucoup de la reprise du rôle par Emmanuel Moire quelques années plus tard à Marigny mais David Alexis campait un Emcee exceptionnellement bouleversant.

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Changement de registre radical ensuite, en plus de participations dans des téléfilms, on le retrouve notamment à l’affiche de « Dothy, le magicien d’Oz » puis dans « La vie parisienne » mise en scène par Alain Sachs. « Il m’a appelé et m’a demandé si je pouvais réserver toute une période… sans me dire de quoi il s’agissait! Un peu audacieux d’accepter sans savoir. Mais au final, c’est quand même Alain Sachs et bien sûr j’ai adoré rejoindre cette aventure au Théâtre Antoine puis pour la longue tournée qui a suivi. » David Alexis se lance alors dans une imitation aussi parfaite qu’irrésistible de son illustre aîné. Bluffant.

L’équipe de Stage revient le débusquer et lui proposer l’adaptation faite par Bruno Gaccio d’ »Avenue Q » à Bobino. « Faire vivre Trekkie Monster et Nicky a été fabuleux. Les sujets abordés sont modernes, cette originalité qui consiste à faire vivre les marionnettes par des comédiens qui les manipulent en étant vus tout en étant totalement invisibles dans l’histoire de la pièce, c’était inédit. Lorsque Robert Lopez, Jeff Marx et Jeff Whitty avaient créé la pièce à Broadway en 2003, cela avait beaucoup marqué et « Avenue Q » avait décroché les Tony Awards de la meilleure comédie musicale, du meilleur livret de comédie musicale et de la meilleure musique puis a été nommé aux Grammy Awards. Se retrouver dans l’adaptation française, qui en 2013 est elle-même nommée aux Globes de Cristal, restera une expérience unique. »

Après avoir signé la mise en scène de « Je t’aime, tu es parfait, change », qui sera donné au Festival d’Avignon, David Alexis est rappelé par Alain Sachs pour les représentations parisiennes et la tournée de « Tout Offenbach ou presque ». Puis Roman Polanski le choisit pour endosser le rôle du Professeur Abronsius dans « Le Bal des Vampires » à Mogador. « C’est une personnalité incroyable, Roman Polanski ! Il veille à tout et continue de faire répéter les scènes jusqu’à ce qu’il obtienne exactement ce qu’il avait imaginé. Il veut le ton juste. Il s’enthousiasme aussi vite qu’il peut s’impatienter, » se souvient le comédien. « Ainsi, de simples détails peuvent l’agacer. Il montrait souvent les chocolats qui étaient posés sur la table d’où il dirigeait les répétitions et il disait : « Qui a mis ça là? Je n’aime pas les chocolats. Venez vous servir! Ils le savent pourtant que je n’aime pas ça. » La voix de David Alexis est devenue celle du metteur en scène franco- polonais. Les expressions du visage sont des vrais copier-coller. Ce n’est plus David Alexis qui est installé dans un coin du salon de cet hôtel parisien mais bien le réalisateur du « Pianiste ». « Je ne suis pas certain de la qualité de mes petites imitations. C’est plutôt un jeu, une manière de raconter avec des illustrations, » observe t’ il amusé.

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Giuliano Peparini se préparait à monter « La Légende du Roi Arthur » lorsqu’il a vu David Alexis dans « Le Bal des Vampires ». Il venait de trouver son Merlin et n’a plus tari d’éloges sur ce personnage clé de la célèbre légende. « Ca fait plaisir, évidemment. C’est aussi une chance dont il faut bien avoir conscience que d’être envisagé pour un rôle. Dans ce milieu où rien n’est jamais acquis, où les beaux rôles ne sont pas si nombreux, enchainer les projets forts est un plaisir qu’il est essentiel de savoir apprécier. Dans un autre domaine, accepter de passer du temps après les représentations pour aller à la rencontre du public est aussi chose normale. Qui peut croire que sans public nous existerions encore? Et puis ce sont toujours des moments bienveillants, le public des comédies musicales n’hésite pas à squatter des heures les abords des salles et aime faire des photos. Celui du théâtre est davantage dans la dédicace ou l’échange et tous méritent de se voir accordé un peu de temps. »

Généreux à l’extrême, attentif et une fois de plus sans tricher, David Alexis va donc poursuivre la tournée de « La légende du Roi Arthur » sous la longue et lourde robe (sept kilos, traine comprise) de Merlin. Il en profitera pour imaginer le scénario de nouveaux épisodes de « C’est pas la bonne.. » la toute nouvelle série pour le web, produite par Prod Et In, tournée par Julien Lamassonne (qui joue lui même plusieurs rôles dans le Roi Arthur), où il partage la vedette avec Yamin Dib, qui a rejoint la troupe pour reprendre le rôle de Ké. «On se connaît depuis « Dothy, le Magicien d’Oz» et on était super heureux de se retrouver. L’idée de cette série nous est venue un peu par hasard, pour donner vie à notre goût pour la blague, le délire un peu absurde. Le premier épisode a beaucoup plu alors compte tenu de nos emplois du temps assez chargés, on profite des voyages de la tournée pour écrire les mini scénarios. Il faut que ce soit rapide, précis et drôle. Et puis on tourne entre deux shows avec des invités surprises. Djamila et Ludvila ne sont repérables qu’en fonction de leurs longues chevelures brune et blonde. On ne voit jamais leurs visages. Mais on les entend et on les reconnaît. L’histoire peut alors commencer… Je ne sais pas où cette aventure un peu folle nous portera mais si les gens prennent autant de plaisir à regarder que nous à jouer, ce sera un pari réussi. »

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De quoi effectivement charger encore un emploi du temps qui laisse peu d’ouvertures car David Alexis a déjà entamé les lectures d’ « Oliver Twist, le musical », où il sera Fagin, l’un des rôles principaux, à partir de septembre. « Ladislas Chollat est parti pour signer une mise en scène efficace, avec de vrais partis pris originaux. Ce sera à la salle Gaveau, à Paris. Ca commence à déjà faire pas mal de bruit… Cet Oliver me plait beaucoup. Encore une fois, j’ai de la chance.»

De la chance ? Et si pour une fois David Alexis faisait disparaître sa modestie pour entendre que ni la chance ni le hasard n’ont à faire dans ce parcours ? Les plus grands professionnels se l’arrachent car sa personnalité et son talent ne peuvent que les séduire. A moins que ce soit Merlin qui l’ait définitivement porté sur le chemin de son Grâal. Tim Burton, ne cherche plus ! Le meilleur pour ton prochain film est là!

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Photos prises durant la Captation du DVD le 8 Janvier 2016 et au Brest Arena le 19 Mars 2016.

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Yamin Dib, le comédien qui ne fait pas semblant

On lui doit d’ajouter de la wifi dans « La Légende du Roi Arthur », de glisser Lady Gaga au milieu de « Mozart, L’Opéra Rock », entre autres. Mais Yamin Dib ne se résume pas à ce roi des anachronismes, ce trublion au sens comique inégalable et à la répartie affûtée. C’est aussi un immense comédien qui sait mettre dans ses rôles tragiques toute la tendresse et la sensibilité que ses boutades ne réussiront pas à masquer.

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Dove Attia le réclamait depuis longtemps, il le rêvait dans le rôle de Ké, le demi-frère du Roi Arthur. Mais Yamin Dib était pris par une pièce très forte, mise en scène par Nour-Eddine Maâmar, « Le voleur d’autobus », joué durant le dernier Festival Off d’Avignon. L’histoire d’un homme dont la femme est mourante à l’hôpital et qui s’empare du bus censé lui permettre de la rejoindre à temps car le chauffeur est un bon à rien désinvolte. Il arrivera trop tard et bien sûr, il sera jugé. Cette tragi-comédie sociale qui pointe du doigt les mauvaises répartitions des richesses, les vies déjà tracées, l’absurdité du système social a aussi un humour corrosif. « C’est une pièce incroyablement riche, bouleversante souvent mais surtout tellement vraie. Pour un acteur, c’est superbe à jouer et j’ai la chance d’avoir pour partenaire, Linda Chaïb, qui est une actrice magnifique. Concilier les deux projets aurait été compliqué même si la tentation était grande… »

Si grande que Yamin Dib a fini par entendre les sirènes de la Table Ronde et a accepté de reprendre pour toutes les dates de tournée le rôle de Ké, laissé vacant par Olivier Mathieu, appelé sur un autre projet. Mais en éternel perfectionniste, le comédien ne s’est pas contenté de reprendre l’habit. Il a quasiment entièrement réécrit le rôle. « J’ai longuement regardé les vidéos du spectacle, je suis allé à plusieurs représentations et j’ai trouvé que Ké manquait de densité, qu’il fallait lui donner une autre colonne vertébrale. Je ne le voyais pas dans ce frangin gaffeur aux allures de bouffon du roi. Désormais, Ké veut devenir lui aussi chevalier de la Table Ronde et il se verrait sans problème à la place de Lancelot en inconscient qu’il est. » Cette nouvelle version a bien sûr été soumise à Dove Attia et Giuliano Peparini, le metteur en scène, qui l’ont immédiatement adoubée. Ne restait plus qu’à répéter. « On a fait deux, trois séances de travail puis j’ai eu quatre heures de répétition. Pas davantage! impossible en effet de faire venir la troupe pour caler les moments, vérifier le bon fonctionnement des réparties. La première a donc été le vrai test. Et ça a semblé fonctionner! »  DSC_4815 DSC_5110

Les fidèles des comédies musicales espéraient depuis longtemps ce retour et ont en effet réservé à Yamin Dib un accueil impressionnant. De quoi lui enlever ses derniers doutes et l’encourager à ajuster ses répliques en fonction des villes de la tournée, un exercice qu’il affectionne particulièrement. A Brest, on a ainsi entendu Ké reprendre « Tri Martelod » et manier la langue bretonne avec une belle dextérité, ce qui n’a pas manqué de faire rire le public… et ses partenaires pourtant très concentrés. « J’ai pensé un moment à faire du one man show. Et puis je me suis rendu compte que cette solitude n’était pas pour moi. J’ai besoin des autres pour jouer, les vannes ne sont jamais meilleures que lorsqu’elles bénéficient d’un retour. Avec David Alexis, qui joue Merlin, on s’est rencontré dans « Dothy, le magicien d’Oz » voilà près de dix ans et on est resté très potes. On a une forme d’humour assez similaire. Savoir que nous aurions ces échanges sur scène dopait l’écriture. Jouer à plusieurs, c’est quand même retrouver l’essence même de ce métier. »

On le sait peu mais Yamin Dib n’a pas débarqué un matin au milieu des comédies musicales à succès armé de son seul amour de la rigolade. Après avoir suivi les cours du Conservatoire d’Annecy, il a filé en Italie apprendre la Comedia dell’arte comme ténor puis il a rejoint le Cours Florent. Histoire de se donner toutes les cartes, le jeune comédien apprend aussi les techniques de choristes, la façon de placer sa voix en studio ainsi que les ficelles du doublage. « Plus on a d’expériences, de connaissances, plus on est rassuré. Je n’étais pas certain que ce parcours ouvrirait les bonnes portes, surtout quand on n’est pas le grand blond aux yeux bleus à mettre en beau sur l’affiche mais j’étais convaincu qu’un jour ou l’autre, ça me permettrait au minimum de vivre de ce métier. Et ce fut le cas! »
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 Yamin Dib et David Alexis (Merlin).

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En 1988, il débute en Sganarelle dans « Dom Juan » puis il prend part à « L’ arrestation », d’ Anouilh avant de figurer dans de nombreuses séries télé à succès, « Commissaire Moulin », « PJ » ou « La Crim ». En 1992, Patrice Leconte le dirige dans « Tango ». C’est en 2000 qu’il fait ses premiers pas dans le monde de la comédie musicale avec « Les Mille et une vies d’Ali Baba » où il tient le rôle du Perroquet. Repéré par le producteur Jean-Claude Camus, on le retrouve alors en ami du couple formé par Alexandra Lamy et Jean Dujardin dans « Un gars, une fille ». Suivent d’autres séries comme « Caméra Café 2 » avec Yvan le Belloc’h et Bruno Solo, « Scènes de Ménage » ou  « Le vrai journal » de Karl Zéro. De nombreux doublages aussi, pour Le Roi Lion 3, Kiri le Clown ou Starracers… la formation n’avait donc pas été inutile!

« En 2007, j’ai intégré la série « 5/5 » d’ Eric Métayer et cela a constitué un moment important. D’Abord parce qu’Eric Métayer a quand même le talent en héritage et parce qu’il m’ a redemandé sept ans plus tard pour « Le Train Fantôme », une pièce impossible à résumer, dans laquelle le public devenait lui même acteur, et qui a connu un joli succès à la Gaité Montparnasse. Preuve que les rencontres sont essentielles dans ce métier. J’ai vécu la même chose quelques années plus tard. J’étais dans « Dothy, le magicien d’Oz » au Grand Rex, produit par Dove Attia, en 2009. Il m’a rappelé ensuite pour tous ses spectacles et je suis devenu Rosenberg dans « Mozart, l’Opéra Rock », Ramard dans « 1789, les Amants de la Bastille » et donc Ké, pour la tournée de « La Légende Du Roi Arthur ». Il n’y a rien de réducteur dans ces personnages comiques qui ponctuent l’intrigue. Je les considère plutôt comme permettant une belle mise en lumière et comme le public est fidèle, je me sens assez chanceux. »

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La tournée s’achèvera en juin à Lille. Alors Yamin Dib pourra s’atteler à ce projet qu’il porte depuis des années, la réalisation de son premier film, « Le P’tit Bougnoule », une production Prod Et In, un film produit par Douglas Lemenu. L’ histoire simple et sans pathos de l’arrivée dans un village de l’Ain, d’un gamin de sept ans, né dans une famille aux origines maghrébines. Les parents qui ne font pas les choses à moitié veulent pour lui une intégration totale, l’inscrivent au catéchisme, ne parlent pas de leurs propres origines. Et puis il est renversé par une voiture et plonge dans le  coma. Il faut alors retrouver les témoins de cet accident mais personne ne veut parler… Difficile de ne pas y voir une part autobiographique lui qui est né à Marseille et a lui aussi déménagé dans l’Ain, ses parents souhaitant pour lui et ses frères et soeurs, une vie française parfaite, intégrée et si possible avec de jolis résultats. « Evidemment qu’il y a de moi dans cette histoire… bien que je l’ai beaucoup adaptée. Je veux montrer que la vie pouvait être assez douce quand on était immigré dans ces années là, loin du bruit des cités. Jusqu’à ce que la rumeur enfle, que la province prouve qu’elle n’échappe pas davantage au racisme ordinaire. Il y aura donc plein de sentiments contraires et des rebondissements.» Yamin Dib a mis de côté son humour irrésistible. Le regard se charge de tendresse et de douceur. Il sourit, songeur… Ce film, vraiment, il y tient. Le format n’est pas encore fixé, court ou moyen métrage, un format TV aussi pourquoi pas car cette vision de l’immigration tranche des scénarios habituels. Le tournage devrait avoir lieu cet été, dans la région Rhône-Alpes. Puis à l’automne, il repartira en tournée avec « Le voleur d’Autobus » et s’envolera trois semaines dans les pays de l’Est avec la troupe de « Mozart, le symphonique ». Il n’était pas de la première tournée en Russie et en France. Il sera de cette quinzaine de dates, sorte de Maître de cérémonie façon Emcee dans « Cabaret ».

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D’ici là, Yamin Dib aura aussi eu le temps de profiter des escales de «La Légende du Roi Arthur » pour tourner de nouveaux épisodes de « C’est pas la bonne… », la web-série écrite avec David Alexis, les deux compères jouant Djamila et Ludvila sous la caméra de Julien Lamassonne. « Elles ne brillent pas par leur intelligence ces deux là mais leur absurdité semble plaire. Le teaser a beaucoup fait parler, le premier numéro avec Florent Mothe en invité, également. Nous avons déjà plusieurs autres épisodes en boite. Chaque fois avec un thème et des invités différents. On écrit pendant les trajets, on tourne entre deux représentations. Ca va vite mais ça ressemble bien finalement au rythme que l’on souhaite impulser dans cette série. Je ne sais pas où tout ça nous mènera. Mais dans la vie existe t’il quelque chose qui soit inscrit d’avance..? »

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET. 

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Derrière la caméra, Julien Lamassonne.

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Impressionnant tournage pour la Légende du Roi Arthur

Après quatre mois de succès  au Palais des Congrès (Paris), « La légende du Roi Arthur » immortalise ses vingt tableaux, ses jeux de scène bluffants et ses partitions devenues tubes dans un DVD (et un film) en 3D dernier cri. Les trois jours de captation ont été menés à la baguette par une équipe coréenne et américaine surexpérimentée. Pour chausser les lunettes, il faudra juste un peu de patience…

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11h30 ce 8 janvier. Au Palais des Congrès, c’est déjà l’effervescence. Mais pour une fois, c’est au pied de la scène que le spectacle se déroule. Trois grues télescopiques et pas moins de quinze caméras ont remplacé les premiers rangs de fauteuils et se répartissent l’espace, prêtes à dégainer leur technologie dernier cri pour mettre en boite « La légende du Roi Arthur ». Aux manettes de ces trois jours de captation, Myron Jung, le réalisateur coréen à qui avaient déjà été confiés les tournages de « Mozart l’opéra Rock » et « 1789, les amants de la Bastille » et l’américain Mark H. Weingartner, le stéréographe 3D qui a fait ses gammes sur « Mission impossible », « Avatar », « Inception » ou bien encore « Pirate des Caraïbes ». Bref, pas franchement des bizuths!

Le foyer des artistes aussi a opéré une vraie mue et pris des allures de tour de contrôle, avec des écrans de télévision en mur circulaire et des ordinateurs que ne perdent pas du regard des visages hyper concentrés.

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Trois jours pour boucler ce qui n’est pas une simple captation puisqu’il faut compter avec les contenus audiovisuels hors normes du spectacle, c’est très court. Il ne faut donc pas se louper, avec cette difficulté supplémentaire que constitue la multiplicité des formats : outre les traditionnels TV, DVD, Blu-Ray et cinéma, l’équipe de production franco-coréenne a souhaité produire des versions du film en 10K2D (une résolution cinq fois supérieure au Full HD) et 4K3D,VR 360° (la réalité virtuelle en 360° expérimentée avec des équipements de type Oculus). Ce nec plus ultra de la technologie ne parle pas forcément au plus grand nombre mais il devrait offrir une version totalement unique et inédite du spectacle. Pour l’heure, jour 2 de tournage, il reste encore une captation à blanc (salle vide) à tourner et une dernière en soirée, avec un dispositif allégé, beaucoup plus discret surtout, afin de ne pas gêner le public.

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« Tournage dans dix minutes! Ok tout le monde ? Les danseurs d’ « Un nouveau départ », vous vous souvenez qu’on le refait sans Zaho qui parle ? Ok ? Alors merde, merde.. Toï Toï!! » Depuis la régie scène, l’assistante de Giuliano Peparini, le metteur en scène, glisse ses dernières recommandations. La troupe écoute dans un coin de scène, attentive.. et sans doute encore un peu endormie compte tenu de l’horaire assez inhabituel. Tamara Fernando (Leïa) ne peut d’ailleurs refouler un bâillement avant de reprendre des étirements studieux.

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Derrière les caméras, les techniciens discutent et reviennent sur le tournage de la veille. Quelques uns ont découvert les étendues de la 3D et en ont encore le vertige. « C’est totalement dingue… Habituellement, tu joues avec la caméra de façon à avoir de la profondeur de champs et là, impossible de resserrer car ça créée immédiatement des perspectives… Je suis bluffé. J’ai l’air d’un vieux nase mais franchement c’est dingue. Ce n’est plus le même métier en fait !! » Un cadreur traduit pour un homologue coréen qui approuve en riant, visiblement déjà convaincu.

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Dans les travées, David Alexis (Merlin) remonte avec ses deux complices… Un pied qui marche sur le manteau et la progression qui stoppe net. Sourires puis retour instantané à la concentration : là où le cinéma multiplie les prises, la concision du tournage ici n’autorise que modérément les ratés! Et c’est avec son jeu impeccable que l’acteur redescendra vers la scène, totalement dans son personnage.

Les caméras se déplacent, les grues viennent se poser au plus près des chanteurs, le ballet au pied de la scène comme aux abords des coulisses est incessant mais personne ne se laisse distraire. Alors que la salle offre un océan rouge de fauteuils vides, Florent Mothe (Arthur), Camille Lou (Guenièvre), Zaho (la fée Morgane), Fabien Incardona (Méléagant), Charlie Boisseau (Lancelot) et les autres jouent comme s’ils devaient emporter dans leur aventure les trois milles spectateurs habituels. Il flotte même comme une envie de convaincre encore plus forte, engendrée peut être par l’idée que cette représentation là serait définitive et gravée à jamais. Les voix sont calées, le jeu convaincant. Seul moment étrange, le temps de rupture entre deux scènes. Habituellement, il est comblé par les applaudissements. Là, il n’y a qu’un silence studieux.

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« Entracte, vingt minutes de pause! Ne vous éparpillez pas. On reprend aussitôt. Et dès que ça reprend, restez bien concentrés sur le son. Merci! » Fabien Incardona se pose un moment dans les fauteuils pour regarder les grues tentaculaires et discuter avec des techniciens. A l’autre bout de la salle, David Alexis discute lui aussi.

L’équipe coréenne part à la recherche d’un thé « ou d’un french coffee ». Une de leur représentante discute avec Dove Attia dans les hauteurs du Palais des Congrès. Cet Arthur, des années qu’il en rêvait. Dans ses rêves les plus fous, il se serait même bien vu donner une suite à ce premier volet pour boucler l’histoire, une sorte d’ « Arthur 2 » qui aurait donné vie à l’enfant de Morgane et d’Arthur et fait disparaître les héros,  comme dans les récits de la Table Ronde. C’est dire si cette signature des plus grandes comédies musicales des dernières années (on lui doit quand même Les 10 Commandements, le Roi Soleil, Mozart, l’Opéra Rock, 1789, les Amants de la Bastille, entre autres..) veille avec tendresse et gravité sur la vie de celui ci.

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Il a pris une part plus qu’active dans le scénario, les textes et les partitions mais il ne rechigne pas pour autant à porter des modifications si le jeu souhaité par son metteur en scène l’impose. Metteur en scène qui surgit d’ailleurs pour conseiller les cameramen. « Attention sur cette scène de la Table Ronde… Il ne voit pas car il a une capuche alors on fait gaffe… je ne voudrais pas qu’il se prenne une camera dans la gueule! » C’est clair!

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« Retour tout le monde… Petit rappel, la fin qui sera filmée sera la même que celle d’hier, ok ? Allez, on y va jusqu’au bout, avec les saluts comme si le public était là. C’est bon pour tout le monde? » Sur le devant de la scène, Florent Mothe interroge pour une ultime précision sur une différence apportée par rapport aux dernières représentations. Giuliano Peparini (armé de son désormais célèbre stylo laser) montre un déplacement. Le chanteur, méticuleux, repart. Concentré et toujours aussi spectaculaire dans sa panoplie royale.

Les combats sont réglés au millimètre, les chorégraphies originales sont magnifiques, tour à tour énergiques ou émouvantes, indispensables en tout cas à l’équilibre de l’ensemble. Malgré la présence renforcée d’opérateurs sur scène, personne ne fissure son personnage. Tous sont impeccables. Et à la fin, quand le regard d’Arthur se brouille de vraies larmes, un frisson parcourt la petite assemblée présente.

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Quelques notes supplémentaires pour accompagner les saluts et dernières paroles, le rideau qui se ferme… et c’est toute l’équipe technique qui applaudit. Les coréens sont ravis et impressionnés par ce qu’ils viennent de voir. Comment dit on « Bravo » en coréen? Comment dit on « Décembre » aussi peut être? Car il va falloir patienter un peu. Pour voir le film au cinéma (le temps de quelques représentations exceptionnelles) ou chez soi, il faudra patienter jusqu’à la fin de l’année. En attendant, restent les dernières dates parisiennes et la tournée dans les principales villes françaises. Clap de fin le 25 juin à Lille où la troupe avait déjà fait salle comble en décembre.

Malgré les évènements et une actualité qui ne prêtaient pas à la détente, cet Arthur là a su se battre vaillamment et restera dans la légende. Il y a bien « quelque chose de magique » chez ses interprètes.

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

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