Rencontre avec les amours désenchantées de Pierre Lapointe

La veste a les sequins bleu ciel du parfait showman, ultime accessoire paillettes dans un spectacle dont la sobriété reflète les lumières de ses tourments intérieurs. Pierre Lapointe compose sur les feuilles de ses amours mortes. Désespérément gay et beau à la fois.

Ce 11 Octobre à Nantes, la salle Paul Fort est bondée et les travées pleines de fans de la première heure. Un public acquis d’avance, qui connaît les refrains par coeur mais ne tapera pas dans ses mains et ne chantera pas avec Pierre Lapointe, respectant ainsi ses consignes. Un public qui ne lui en voudra pas non plus de reprendre aux mots près ses intermèdes comico-tragiques. « Si vous venez pour la seconde fois et bien désolé mais on ne peut pas toujours tout changer » lance t’il en riant… ce qui coupe court au débat. Alors oui, même ses « Si vous avez perdu quelqu’un récemment, quelqu’un de votre famille, ou même votre chien… j’espère que vous n’êtes pas venu seul ! » sont encore de sortie, histoire de rappeler que la soirée ne sera pas un joyeux karaoké. Au même humour noir, les mêmes rires en retour, bref intermède joyeux entre trois chansons porteuses de désillusions, de mélancolie, d’amour et surtout de désamour. Les mots sont crus souvent, les sentiments multiples et l’homosexualité décomplexée.

Pour ce spectacle mêlant ses deux derniers albums, Pierre Lapointe n’a pas voulu de mise en scène excessive mais plutôt misé sur un double accompagnement insolite, piano-marimba. Le décor composé de néons lumineux joue également la sobriété avec élégance et modernité. Pierre Lapointe se glisse de temps à autre derrière le piano, le reste du temps et pendant près d’une heure trente, il se tient debout face au public comme s’il lui déroulait une histoire, l’histoire de sa propre vie.

La voix est puissante et se fie des notes. Impossible de tricher quand il s’agit de chanter avec un habillage aussi épuré. Mais l’aisance de Pierre Lapointe n’est plus à démontrer. « Paris Tristesse », « Mon prince charmant », « le Halo des amoureux », les chansons défilent sans temps mort dans leur cruelle vérité et reprennent les plus beaux titres du chanteur avec une large part laissée à « La Science du coeur », son avant dernier album. Aucune concession, un regard lucide sur l’existence dans un monde où le fond disparaît au profit du paraître, de l’image modifiée pour mieux être likée. Il affiche ses amours masculines mais le sentiment est éternel et chacun s’y retrouve.

Pierre Lapointe se définit comme un chanteur populaire, ce qu’il est incontestablement au Québec, sa terre d’origine. En France, depuis une dizaine d’années, il avance tranquillement mais sûrement, passant de chanteur « reconnu » à plus largement « connu ». Pas encore populaire. Mais sur le bon chemin.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– NB : Un dernier mot à toi le spectateur du premier rang pourtant largement dans l’âge de raison mais qui as cru devoir couvrir de propos méprisants la photographe, venue pour travailler, assise discrètement par terre l’espace de deux chansons et ce, de façon autorisée par la production: ton volume sonore faisait plus de bruit que le déclenchement de son appareil et chercher l’approbation de tes voisins ne faisait en vérité que les gêner.  Par contre, ta fille assise à tes côtés et donc elle aussi au premier rang, pouvait se dispenser de passer la soirée sur Facebook car l’écran lumineux de son téléphone a été bien visible toute la soirée.  Dans la pleine luminosité de son impolitesse. Comme ton rire si exubérant et inapproprié entendu jusqu’au fond des travées. Le respect et la tolérance… deux mots magnifiques de la langue française. –