Festival «On n’a plus vingt ans» : NO ONE IS INNOCENT, LIBRE ET ENGAGÉ

No One Is Innocent au programme du festival « On n’a plus vingt ans » concocté par Tagada Jones (avec également Mass Hysteria – voir report -, Les Trois Fromages et les Ramoneurs de Menhir) : la soirée ne pouvait s’inscrire qu’au fronton d’un engagement majeur. Bien rock et clairement politique. Il y a des combats qui resteront toujours les leurs.

Depuis plus de vingt ans, No One Is Innocent fait du bruit mais ne parle pas pour ne rien dire. Les riffs uppercutent et les paroles résonnent. Fort. Le temps n’a rien changé à l’affaire et Kemar n’a rien perdu de sa voix ni de ses envies de conviction. Les extrémismes, les jusque boutistes des religions, les haines trop clairement mises en bannière, les No One ne laisseront jamais rien passé. Inoxydables, une motivation que les effrois de l’actualité ne font que pérenniser encore, le quintette parisien ne fait jamais semblant.

Musicalement, la puissance est toute aussi manifeste. Gaël Chosson, Popy (Bertrand Laussinotte), Shanka (François Maigret) et Bertrand Dessoliers sont des musiciens de première classe, rodés à la scène. Alors forcément, quand ils arrivent sur scène, ça claque direct.

Le public des Herbiers espérait que la part belle serait laissée aux titres phares de «Propaganda», le sixième opus du groupe sorti en juin 2015… il n’a pas été déçu. La soirée avait beau être placée sous le signe de la fête des 20 ans des Tagada Jones, il est des périodes dont les risques ne doivent pas être occultés. « La jeunesse emmerde le Front National! » Le message ne tarde pas. Difficile de faire plus clair.

Avec les présidentielles toutes proches, se positionner est un devoir citoyen pour le frontman qui décoche ses mots avec cette énergie dont il ne semble jamais se séparer sur scène. Inusable. Bondissant. Arpentant l’espace. Les mots jaillissent sur les accords joués avec rage. « Djihad Propaganda », « Silencio », « La Peau », « Vingt ans » et le toujours aussi impressionnant « Charlie » (entre autres) seront de la fête. Une fête d’anniversaire mais avec le poing tendu qui remplacerait la bougie. L’humanisme, la tolérance, la fraternité, la liberté en base indispensable au gâteau.

A l’automne, No One Is Innocent enregistrera son nouvel album. Les textes sont prêts. Les premiers coups de batterie sont déjà dans la boîte. Avec Fred Duquesne à la production, comme pour « Propaganda », ce qui laisse augurer du meilleur en matière de gros son. On n’a sans doute pas tous les jours vingt ans… Mais One is Innocent n’en finit pas de prouver qu’il n’est pas d’âge pour rester insoumis. Libres. Et musicalement déchaînés.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

No One Is Innocent n’est pas prêt de se taire

Un mois et demi après la sortie de « Propaganda » et encore dans le souvenir des deux concerts en ouverture d’ACDC, No One is Innocent est en tournée dans toute la France. L’occasion de constater que le groupe n’a rien perdu de ses colères. Franchir le mur du « gros son » lui va sacrément bien. 

Pas de chance pour les No One is Innocent, la pluie a décidé de jouer les invités de mauvaise surprise en ce dernier jour du festival de Poupet (Vendée). Mais il faut bien plus qu’une météo grincheuse pour cabosser l’énergie de Kemar et de ses acolytes. Le chanteur l’avait d’ailleurs annoncé tôt dans l’après-midi : « Rien ne pourra nous retenir! On a une envie de jouer qui confine à l’urgence. On a donc composé la setlist en fonction de cette énergie folle, « Drones » lâchera tout dès le début. Et puis il y aura « Silencio », le premier titre extrait du nouvel album et puis « Barricades ». Sans temps morts. Il faut que la rage explose, diffuse et revienne en écho. »

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Vingt ans que Kemar Gulbenkian ouvre sa voix pour No One Is Innocent. Le parcours a été long, jalonné de quelques bûches voire même de jolies gamelles car jouer les « grandes gueules contestataires » n’est sans doute pas le meilleur chemin vers la popularité ou le succès commercial. Le corpus a été critique et l’ambiance interne s’en est aussi ressentie, expliquant les renouvellements successifs parmi les musiciens, les chemins de traverse empruntés par les partitions et le message brouillé qui en découlait. Mais même enterrés par certains, même estampillés opportunistes par quelques rageux ou gentiment affublés d’ « aquabonistes » par ceux qui s’y étaient déjà brûlés les airs, No One Is Innocent a toujours ressurgi et ressuscité des cendres où quelques uns les auraient bien laissés.

Quinze ans après « La peau », qui restera tatouée dans les mémoires de toute une génération, quatre ans après « Drugstore » et sa tournée fracassante, les musiciens prouvent qu’ils ont toujours la conscience aux aguets et les riffs affûtés : « Propaganda », sorti début juin, réunit onze titres sans concession. Ca rue dans les brancards des idées plates, ça extirpe des absences de conscience, ça pointe la tentation du pire. Beaucoup de colère, une désillusion croissante de la politique, une tolérance revendiquée mais aussi quelques superbes envolées d’émotion, le tout enveloppé dans une énergie boostée par des solos incroyables, des riffs particulièrement accrocheurs et beaucoup mieux mis en valeur.

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Les guitares sont plus lourdes, la basse accrocheuse, le ton général est bien plus puissant. Impossible de ne pas y voir l’influence de Fred Duquesne, aux manettes pour l’enregistrement et la réalisation. Ce guitariste aussi doué que prolyxe, qui a usé ses cordes sur Watcha, Empyr et endosse désormais les couleurs de Bukowski et de Mass Hysteria, est l’un des meilleurs producteurs actuels de « gros son », qu’il dose avec une précision d’orfèvre. L’oreille est affûtée, la recherche constante et le dosage parfait.

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« Avec ce sixième album, on est ainsi revenu à nos envies initiales,  » observe Kemar. « Il y a vingt ans, nous combattions la passivité, les discours formatés et l’univers du prêt à consommer qu’il soit politique ou musical, l’embobinement des esprits et ses dangers. Nos combats demeurent et ils ont une nécessité encore plus manifeste quand on regarde les évènements actuels ou récents. Ajouter de la puissance instrumentale sur les mots avait donc aussi du sens. »

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Avec une formation recomposée (autour de Kemar, seule figure historique du No One d’origine, figurent Shanka (guitare), arrivé peu après Kemar, Bertrand Dessoliers (basse) et Gaël Chosson (batterie), présents depuis plus de quatre ans et Bertrand Laussinotte, guitare, dernier venu, à qui l’on doit également pas mal de titres), le groupe a pas mal douté avant de réussir à sortir « Propaganda »… « Nous étions dans le local, les gars jouaient des trucs mais je ne sentais rien! Or, moi, il faut que la musique m’inspire, » poursuit le chanteur. « Il faut que ça envoie, que les mecs me donnent envie de me lever et de sauter. La scène ou le local, c’est pareil, ça doit donner de la même façon. Or là, il ne se passait rien, on était tranquilles sur les chaises et… Rien ! Du coup, aucune inspiration non plus du côté des textes. J’avais beau avoir quelques idées en tête, rien ne sortait… Alors on a fait une pause de quelques mois, je leur ai demandé de chercher et de revenir avec des trucs qui accrochent. Il nous fallait du lourd parce que les gens allaient nous attendre au virage. Et il fallait du lourd pour que les mots viennent plus facilement. Or, les mots, quand vous chantez en français, c’est ce dont on parle le plus. La musique est importante mais elle est moins disséquée. Alors que toutes vos paroles sont filtrées et commentées. »

Du « lourd », il y en a donc eu. Shanka a composé le superbe « Un Nouveau Scottsboro ». Pour les autres morceaux de l’album, la pause a été inspirée puisque dès la première réunion, le jeu de construction n’a plus jamais failli.

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« Le riff de « Silencio » est arrivé très vite, tout comme la base d’appui de « Charlie » et de « Djihad propaganda ». Pour Charlie, nous avons réussi le double écueil de l’empressement excessif et du trop gros pathos. J’avais enregistré avec mon téléphone les bruits de la foule réunie place de la République. Ces « Qui sommes-nous? Charlie! » ouvrent le morceau, les paroles ont fusé quand j’ai entendu la musique. J’ai ressenti l’urgence et voilà ce que ça donne. Je l’ai envoyé à l’équipe de Charlie, elle a été abasourdie et profondément secouée. On avait dû trouver le combo textes-musique qu’il fallait pour cet hommage qui se veut aussi un cri d’alerte, » commente encore Kemar. « Ce qui est terrible, c’est que tous les indicateurs du mal étaient déjà là voilà vingt ans, que la société n’en finit plus de se perdre dans de mauvais repères mais que personne ne semble vouloir en parler. Il est loin le temps de la chanson contestataire ultra présente, de l’engagement des artistes. Aujourd’hui, rares sont mes collègues chanteurs qui profitent de leurs micros pour porter des messages. Les refrains consensuels et la révolte molle sont sans doute commercialement préférables. Dommage les gars, parce qu’il y aurait des trucs à faire ensemble, des scènes à partager pour faire bouger les esprits. On est des artistes mais aussi des citoyens…  A croire que beaucoup l’ont occulté. Trop facile!!  Chacun a bien sûr le droit de raconter ce qu’il veut mais il y a quand même des groupes qui pourraient se mouiller davantage! »

Une chose est sure, Verycords, la nouvelle maison de disques des No One is Innocent, n’a pas bâillonné les crayons, Kemar et son complice co-auteur (Emmanuel de Arriba) ont pu s’exprimer avec toute la rage souhaitée, sans le moindre bémol. Et c’est cette rage qu’ils ont soif désormais d’exporter et de partager sur scène.

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Bonne pioche ou cadeau du destin, à moins que ce soit un heureux Karma qui leur permette de n’assurer que des premières parties d’exception, eux qui avaient déjà ouvert pour Motörhead en 2011 et Guns N’ Roses en 2012, ont eu le privilège de jouer lors des deux concerts d’ACDC au Stade de France en Juin dernier.  « Quand on a passé sa jeunesse à se prendre pour Angus et jouer avec une raquette devant sa glace, je vous laisse imaginer le pied que ça peut représenter! On n’avait sans doute pas le son nécessaire, on a joué une demi-heure mais quelle claque ! J’ai dit aux mecs de tout donner, que ce challenge était celui de notre vie, que le public venait de partout dans le monde, que le moment était venu de faire exploser ces morceaux que nous avions répétés des centaines de fois. On allait les lâcher et les lâcher devant 80.000 personnes, au Stade de France, avant ACDC. Il y en a qui aurait eu peur… Je crois que ce sont les concerts qui m’ont le moins angoissé. Prendre du plaisir, tout donner, il n’y a eu que ça. Aujourd’hui, la tournée se poursuit. Le Stade de France était une étape exceptionnelle dans un périple tout aussi excitant. »

Enthousiasme non feint si l’on en juge par ce concert d’une heure donné ce 24 juillet dans le cadre du Festival de Poupet, entre le set d’Alb et celui des Shaka Ponk, tête d’affiche de la soirée. Il n’aura pas fallu plus de deux minutes aux No One pour déclencher un pogo qui ne prendra fin qu’à la dernière note du dernier morceau et emporter un public qui n’était pas forcément celui de leurs concerts habituels. « Drones » avait réussi son effet!

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Kemar exulte, saute et joue avec les musiciens. Nikko (Eiffel), en régional de l’étape (il remplace Bertrand Laussinotte pour deux soirs), a sa cohorte de fans. Gaël Chosson n’a pas failli au bonnet dont il ne se sépare jamais mais l’énergie et la puissance ont été telles qu’il y renoncera pourtant un fin de parcours. Bertrand Dessoliers est à l’unisson et Shanka, qui n’avait pu vivre les épisodes ACDC pour cause de tournée américaine avec The Dukes, son autre groupe,  prouve qu’il est bel et bien de retour, pilier incontestable et charismatique de cette aventure.

Un petit quart d’heure et déjà Kemar tombe chemise et  tee-shirt. Sur scène, ça envoie encore davantage. « La peau » et « Revolution.com » font chanter jusqu’au plus haut du théâtre de verdure. La pluie a le bon goût de la jouer plus intermittente, permettant quelques jolis slams. « Kids are on the run » semble taillée pour le succès. Le public en redemande. Les visages trahissent le plaisir partagé.

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Mission accomplie pour No One. Vingt ans décidément le bel âge. L’été prochain le groupe se rêve à l’affiche de gros festivals, « porter l’engagement et sa cohorte de riffs vénères sur les grosses scènes ça aurait de la gueule! » No One Is Innocent est de retour, pour ceux qui en douteraient encore… 

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

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