Esperluette Tour: Julien Doré séduit avec force et élégance

Après trois années riches du succès de « Løve », certifié quadruple platine et salué par une Victoire de la musique (Artiste de l’année) en 2015, Julien Doré a repris la route avec « & », son nouvel opus sorti en octobre dernier. On savait l’artiste grand adepte de la scène. Brillant, oscillant entre énergie, humour et tendresse, il affiche sans complexe ses talents de showman. Deux heures de spectacle où plaisir et bonheur se vivent dans un incroyable partage.

Un accord de clavier et le Zénith de Nantes qui plonge dans la pénombre. Il n’en fallait pas davantage pour que la salle pleine à craquer laisse retentir son enthousiasme. Mais ce n’était qu’un faux départ (volontaire), de quoi chauffer encore une assistance déjà conquise. Quelques faux semblants encore et puis les six musiciens (deux claviers, deux guitaristes, un bassiste et un batteur) s’installent sur l’immense scène immaculée qui diversifie les hauteurs et permet de ne laisser personne dans l’ombre. Julien Doré leur succède, faisant son entrée par l’immense & posé au centre derrière eux. « Bonsoir Nantes! Vous êtes venus malgré la pluie, le crachin… L’Amour sera notre paradis. Merci d’être là, » lance t’il ému en regardant la foule à ses pieds. Résonnent alors les premières notes de « Porto Vecchio ». La fête est lancée. Elle ne s’arrêtera plus pendant deux heures.

Il y a quelque chose du félin chez Julien Doré. Il parcourt la scène, saute, ralentit le pas, scrute les regards. La crinière blonde caresse le blazer bleu nuit. Il bondit survolté puis s’arrête derrière son micro. Toujours souriant. Heureux à l’évidence. Un sentiment légitime au regard de l’accueil déjà réservé à son album. Le clip du « Lac » a déchaîné les passions, la présence de Pamela Anderson suscité des réactions contraires… Ca tombe bien, il suffit de l’avoir déjà rencontré pour savoir que la haine provoquée par l’ex actrice d’ « Alerte à Malibu », Julien Doré l’avait forcément anticipée, voire même recherchée. Une manière comme une autre de mettre en évidence la bêtise des regards, le poids des a priori sur un physique alors que l’américaine est désormais reconnue dans son combat pour la cause animale et l’écologie. Une chose est sûre, le buzz a été long et efficace. Tout comme sa reprise de « La javanaise » en japonais, lui assis sur une balançoire, au début de l’année. Les âmes bien tristes y ont vu un sacrilège là où il n’y avait que fantaisie, hommage et humour. Dès ses premiers passages dans « La Nouvelle Star », le ukulélé et la barrette sur cheveux courts annonçaient pourtant déjà la suite du parcours.

« Le Lac » justement commence à peine que le public reprend à l’unisson, chorale éphémère d’une soirée placée sous le signe de la communion. Rien d’artificiel, ni d’incitations forcées. Juste l’envie de partager. Pour « Beyrouth », ce partage sera démultiplié, Julien Doré quittant la scène pour se fondre dans la fosse et avancer jusque dans les gradins. Un tour de salle joyeux, micro en mains, avec derrière lui des dizaines de spectateurs reliés dans une improbable chenille. Humour fin de banquet qui reste ici mâtiné d’élégance. La salle est debout, le succès total.

Mais c’est avec « Coco câline » puis la tubesque « Chou wasabi » que le concert passera à la vitesse supérieure. Julien Doré a gagné en densité, en intensité. Alors que la tournée n’en est qu’à sa septième escale, lui le bosseur a la confiance offerte par une préparation parfaite. Il sait que tout est calé. Il en tire une liberté et une énergie impressionnantes. On pourra toujours ironiser, lui refuser la catégorie des « très grands », les esprits chagrins ne pourront lui ôter ses qualités de musiciens, son sens du spectacle, sa capacité à emporter des salles de dizaines de milliers de personnes dans une palette émotionnelle très large. Le tout avec une classe bluffante.

La seconde partie du spectacle sera plus affective, presqu’ intimiste. Assis devant son piano droit, les musiciens resserrés en demi cercle autour de lui, il reprend la superbe « Magnolia », puis «Winnipeg». Le public est invité à l’accompagner. Inutile de renouveler la demande, les voix sont déjà là. Peuvent alors défiler d’autres titres présents sur « & » (& qui pour mémoire s’appelle aussi Esperluette. & comme « et » parce que Julien Doré l’a souvent expliqué, on n’est rien sans les autres, alors « et » fait le lien avec ces autres mais aussi avec la nature et le monde).

« Romy » (inspirée par la petite fille de son guitariste), en italien, allie la force à la douceur dans un étonnant mélange. Seul au piano, le chanteur interprète alors « Sublime & silence », son nouveau single. Très beau moment conclut avec les riffs puissants d’ Armand Meliès, le guitariste (mais aussi auteur-compositeur-interprète) ayant lui aussi été embarqué dans l’aventure. « De mes sombres archives », dans une version débridée et pleine de rage, avec des musiciens déchaînés, bouclera ce second chapitre qui a vu danser le piano. Mais la soirée ne pouvait pas se conclure sans le traditionnel rappel.

Julien Doré remerciera une fois encore avec une émotion toujours aussi visible. « Mon apache », toute en sensualité, puis « Caresse » et ces minutes laissées à ce très bel amour avant de refermer ces deux heures en apothéose sur « Paris Seychelles ».

Deux heures qui ressemblent à un moment de vie avec son amoureux, ses chagrins, ses joies, ses doutes. La vie aussi dans un monde blessés par ses incertitudes. Une scénographie moderne, efficace, particulièrement originale et élégante. Des amis fidèles qui ont aussi le mérite d’être de très bons musiciens. Julien Doré n’a plus de doute à avoir: son « Esperluette Tour », une centaine de dates et des passages par les plus grands festivals cet été, est déjà l’un des plus beaux rendez-vous de l’année.

Magali MICHEL

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Julien Doré panse avec superbe.

Le 11 juillet dernier, Julien Doré offrait une prestation exceptionnelle aux Francofolies de La Rochelle en se réappropriant « La Notte, la Notte », album mythique du non moins mythique Etienne Daho. Un moment de pure grâce avec un artiste et ses musiciens habituels de tournée au sommet de leur art. Une légère frustration cependant car c’est Julien Doré… en habits Doré que nous cherchions toujours à voir sur scène et que nous n’avions pas davantage pu rencontrer. Même si ça a failli de peu (un léger mou dans l’organisation du festival castelroussin), c’est désormais chose faite. All you need is LØVE.

A quelques heures de l’avant dernier concert de sa tournée, chapitre 1, Julien Doré et « ses gars » attendent patiemment dans les canapés des backstages du Festival DARC, à Châteauroux. Le timing du soundcheck accuse du retard… Pas suffisant pour se mettre à l’unisson d’une météo maussade. La joyeuse bande a sillonné tant de routes et partagé tant de scènes depuis six ans (beaucoup des musiciens étaient déjà là pour la tournée qui a suivi le premier album) qu’il en faudrait davantage pour se laisser perturber. D’ailleurs, une fois en place, elle remettra les pendules à l’heure. La partition du soir devrait ignorer contre-temps et fausses notes.

Le temps de quitter ces réglages, une ultime cigarette, et Julien Doré est déjà disponible pour cette heure de marathon « promo », lot habituel des dates de tournée. La chevelure ondulée ramenée en chignon, la chemise bleue élégante et des lunettes de soleil qui dissimulent à peine un regard attentif, il joue le jeu avec patience. Une forme de résignation aussi sans doute. Car depuis la sortie de « LØVE », son troisième album, en octobre dernier, la sollicitation médiatique n’a jamais vraiment cessé. Mieux vaut alors éviter de penser qu’on ne peut plus verser dans l’inédit ou l’original, lui qui a déjà du répondre à trois milliards d’interviews. « Parfois, ça dépend des journalistes, mais on trouve moyen de ne pas se répéter. » Merci Julien, ça aide ! Mais il le formule en douceur. Ça aide davantage.

Il est vrai que « LØVE » avait tout pour susciter l’engouement. Un premier single, « Paris Seychelles », qui tournait en boucle dans les radios et surfait sur le sommet des ventes, une curiosité légitime après les 200.000 exemplaires d’ « Ersatz », le premier album sitôt la victoire de La Nouvelle Star (une sacrée performance quand on voit ce que deviennent la plupart des gagnants de télé-crochets, une sacrée performance tout court au regard du marché du disque), les ventes plus décevantes ensuite de « Bichon », en 2011 (près de 70.000 disques quand même). Enfin, une curiosité accrue par le bouche à oreille qui évoquait la beauté des textes signés par Julien Doré, en pleine ressac amoureux. Une sorte de revival de Serge Gainsbourg époque « Fuir le bonheur de peur qu’il ne sa sauve ». Sauf que pour Julien Doré, c’est le bonheur qui avait fui.

« Il avait tant été fait allusion à cette rupture que j’avais vécue et qui avait nourri les textes de cet album que beaucoup se sont dit que ça devait donner quelque chose de très noir, de quasi dépressif. Pas du tout! C’est la fin d’un amour mais l’ensemble reste solaire. C’était essentiel! D’ailleurs, sur scène, au fil des concerts, l’interprétation a évolué et la couleur des chansons aussi. Les gens participent beaucoup. Ça bouge même, vous verrez… »

Pressée par le temps dans ce rendez-vous décroché de justesse et qui défile bien trop vite, nous ne dirons rien. Mais comment des textes aussi bouleversants que ceux d’ « Hotel Thérèse », « Heaven » ou bien encore « Corbeau Blanc » pourraient-ils entraîner le public ailleurs que dans leurs abîmes mélancoliques? Un mystère que seul le concert saurait lever. Une certitude, « LØVE » a su imposer sa griffe car à ce jour, plus de 150.000 copies se sont déjà écoulées, l’album étant même considéré comme l’un des plus importants de l’année passée. De quoi donner le vertige pour le prochain ? « Loin de là! Mais pour une bonne raison : je n’y pense même pas !! Le disque n’a pas un an, la tournée va s’interrompre le temps d’une courte pause puis reprendra le 1er Octobre, au moins jusqu’en avril. Et des festivals sont déjà prévus ensuite. Alors, je ne suis pas du tout dans cette optique. Au contraire! Avec mes gars, dont la plupart sont là depuis mes débuts, on préfère profiter pleinement de cette vie de tournée (…) Je ne pense pas non plus au cinéma car je ne veux plus faire deux choses simultanément. Sitôt la dernière chanson, je n’ai plus envie de rejoindre les plateaux et inversement. Parce qu’au final, on ne profite de rien. C’est un fonctionnement qui ne me correspond pas donc que je n’aime pas. Je veux pouvoir rester à fond et donner le maximum dans ce que j’entreprends. Et en savourer tout le bonheur possible car ce sont des moments uniques! »

Il faudra donc patienter pour revoir Julien Doré devant une caméra. Même si l’expérience semblait prometteuse et la palette large après « Ensemble, nous allons vivre une grande histoire d’amour » de Pascal Thomas en 2010 et le plus joyeux « Pop Rédemption » de Martin Le Gall en 2013. Patienter aussi pour voir Julien Doré réalisateur. Car si le projet de court métrage est toujours dans les cartons, le temps n’est pas encore venu pour cette longue disponibilité. Au regard des clips qu’il a tournés pour « Paris Seychelles » ou « Laisse avril » mais également pour « Coule » d’Alex Beaupain, on a pourtant hâte de découvrir la mise en image de cette histoire, a priori celle d’un jeune homme s’interrogeant sur ses origines après avoir découvert qu’il ressemblait étonnamment à Francis Cabrel.

La seule activité consentie en parallèle de la tournée est donc la mise en forme du premier CD et DVD live. « La captation a déjà eu lieu. Nous avons enregistré au Bikini à Toulouse car nous y avons joué plusieurs fois et ça a toujours été des moments fabuleux. Nous en sommes à la phase de montage. La sortie est prévue pour la fin novembre. »

En attendant, pour ce qui est du live, c’est sur la scène du Festival DARC ce 12 août que LØVE s’inscrit en lettres rouge sur l’immense rideau pailleté du décor. Retentissent alors les premiers accords de « Viborg », les musiciens, dans une présentation originale, resserrée (jouant avec les hauteurs et encadrant la batterie), précédant Julien Doré, accueilli par plus de 4.000 spectateurs enthousiastes.

« Hôtel Thérèse », « Habemus Papaye », « London nous aime », « Chou Wazabi »…. les titres s’enchaînent avec énergie et un plaisir affiché. Le public participe, danse, rit, en redemande même après chaque chanson, ambiance stade de foot. On repense alors à ce que Julien Doré disait de ses concerts. Il avait raison. Loin du confinement tranquille, de la mise en scène statique à laquelle on les croyait destinés, ces lignes de chagrin éclatent plus fortes encore dans cette musicalité accrue. Les tubesques « Kiss me forever », « Paris Seychelles » ou bien encore « On attendra l’hiver » réussissent même à faire chanter joyeusement. Oui… joyeusement ! Deux guitares, deux claviers, une basse et une batterie, tenus par des musiciens incroyables de virtuosité, sur scène aussi ça envoie autour d’un Julien Doré tour à tour rieur ou charmeur, sensuel, félin même si l’on osait la trop facile comparaison.

Et bizarrement, l’émotion, doucement intercalée, n’en perd pas non plus de sa densité. « Quand arrive cette chanson, je sais que l’on approche de la fin. La première partie de la tournée, la première vraie page se tourne sur ce LØVE qui m’a tant donné… Je ne m’attendais pas à vivre tous ces mots, ces mélodies.. L’oreille entend ce qu’elle souhaite entendre… Merci! Et merci aussi aux intermittents sans qui ce serait difficile de dire ces mots! »

Éclate alors une version totalement sublimée de « Corbeau blanc », suivie de « Mon Apache », en ultime rappel. Une flèche en plein cœur et Châteauroux à la dérive.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

– La tournée reprendra le 1er Octobre 2014 à Rouen – escale prévue les 15 et 16 Novembre à l’Olympia (complet) avec une date supplémentaire prévue le 17 – toutes les informations sur le site officiel de Julien Doré. –

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