FRANCOFOLIES 2018: CARTON PLEIN

La 34ème édition des Francofolies restera parmi celles qui ont marqué l’ histoire de ce festival pas comme les autres. La découverte, le partage et l’enthousiasme ont été les dénominateurs communs de ces cinq journées lumineuses. Découvertes d’artistes disséminés dans une quinzaine de lieux rochelais, rencontres et partage en grande proximité, enthousiasme des 150.000 festivaliers (dont plus de 87.000 entrées payantes). Le sacre des Bleus en finale de la Coupe du Monde, diffusée sur écran géant dans l’enceinte de Saint-Jean d’Acre dimanche après midi, et le soleil qui a irradié ces cinq journées auront patiné encore la liesse générale mais le succès était éclatant, même sans ces deux là. Déambulations en toute subjectivité assumée.

Il y a trente-trois ans, sous la houlette du père fondateur Jean-Louis Foulquier, les Francofolies de la Rochelle (on ne disait pas encore les « Francos »), se concentraient sur l’immense parking Saint-Jean d’Acre, transformé l’espace de quelques jours en théâtre à ciel ouvert, à quelques encablures du Vieux Port et des remparts. Certains riverains ronchonnaient et exprimaient leur scepticisme, des usagers pestaient après ce millier de places annexées. Mais le concert des doutes a vite laissé place au respect, à une écoute attentive puis même à l’enthousiasme face à cette parenthèse de mise en lumière pour la Charente Maritime, aux affiches développées chaque année, ce flux des plus grands de la scène francophone, Diane Dufresne, Véronique Samson, les Rita Mitsouko ou Jacques Higelin emportant dans leurs valises une ribambelle de petits nouveaux. D’une année sur l’autre, on s’est également mis à guetter les artistes au centre d’une « Fête à… » car on savait que le moment serait riches d’invités surprises.

Exposition // Albin de la Simone, la Coursive.

C’est en songeant à ces années du début que l’ on mesure le chemin parcouru. Eclatées aux quatre coins de la ville (sur le parking toujours bien sûr, devenu « Scène Jean-Louis Foulquier », mais aussi au théâtre de la Coursive, sur le port, dans l’église , à la Sirène où la grande salle de 1.400 places accueillent des soirées ultra courues, ), les Francos ne sont plus uniquement ces cinq soirées de concerts mais se déclinent aussi en expositions (celle des dessins « carnets de routes », entre voyages et tournées, d’Albin de la Simone à l’ abri de la Coursive offrait un superbe voyage sur les traces de cet artiste au talent décidément pluriel), ateliers, rencontres à la Maison des Francos, en Francos Juniors, « Chantiers des Francos », (vingt ans cette année, une référence désormais en matière de formation et d’accompagnement des artistes émergents), « Francos Educ » pour valoriser la chanson française auprès des scolaires, « Francos Stories » au cinéma. 

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

A vingt et deux ans, Loic Nottet affiche déjà un parcours chargé, riche d’escales diverses. Mais toutes auréolées de succès. Finaliste de The Voice Belgique en 2014, défendant les couleurs de son pays lors de l’Eurovision l’année suivante, vainqueur de Danse avec les Stars en 2016 et sacré « artiste de l’année » aux D6bels Music Awards en janvier 2017, le jeune homme a parcouru ensuite des milliers de kilomètres pour son « Selfocracry Tour », dont les billets se sont arrachés. 

Le public, qui s’ était précipité pour faire plus ample connaissance avec l’interprète de « Million eyes », immense tube extrait du premier album, a eu la confirmation que cet artiste là était frappé par la grâce. Dans une mise en scène originale, des chorégraphies très théâtrales, accompagné par un couple de danseurs tout aussi parfaits, le concert n’a rien de traditionnel et tient bien plus du show où chaque pas est millimétré pour coller au plus près de l’interprétation des chansons. Charismatique, souriant, doté d’un sens de l’humour affuté, Loïc Nottet est prêt à conquérir le monde. En ce premier soir des Francos, les spectateurs lui ont réservé une ovation, convaincus d’avoir assisté à la naissance d’une future très, très grande star.

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

Temps fort de ce début de 34ème édition, la « fête à Véronique Sanson », a d’abord été une fête de famille, Christopher Stills, son fils mais également Stephen Stills, le père de ce dernier, venant tout spécialement des Etats-Unis. Séparés depuis des années, les ex-amants ne s’étaient pas revus depuis trois ans mais il ne leur a fallu que quelques minutes de balances pour retrouver des automatismes et jouer en harmonie. (Faut-il rappeler que Monsieur Ex est aussi le Stills de Crosby, Stills,  Nash and Young, l’un des plus fameux groupe de folk-rock américain des années soixante-dix, dont le succès fut international ?). Les parents et le fils n’avaient joué que deux fois ensemble par le passé, autant dire que la réunion avait quelque chose d’aussi exceptionnel que touchant. 

Autres invités de cette fête, Patrick Bruel, Vianney, Tryo, Jeanne Cherhal, Alain Souchon. Un casting quatre étoiles pour une set list qui a mixé chansons connues et titres « que vous connaissez moins », a expliqué l’artiste de soixante-neuf ans, superbe dans une veste à queue de pie noire. « Vous ne pouvez pas imaginer comme je suis heureuse d’être là. » « Je me suis tellement manquée », la bouleversante lettre à sa mère « Je l’appelle encore » mais aussi « La drôle de vie », « Vancouver », « Alia Souza » ou bien encore « Bahia », la chanteuse irradie de plaisir.

Succéder à ce beau monde aurait pu paraitre bien compliqué à Calogéro. Mais le grenoblois en a sous le pied. Véritable performer sur scène, en pleine tournée triomphale, il a enchainé tubes et extraits de son dernier opus sans jamais rien lâcher. Le public rochelais ne l’ avait pas revu depuis 2005. Il est resté jusqu’au bout de sa nuit pour l’accompagner et partager à l’unisson un univers souvent empreint d’une vraie mélancolie. En fin de matinée déjà, de nombreux fans s’étaient massés en haut du parking rendu invisible par des canisses. Mais le son ne pouvait être masqué et des cris nourris avaient déjà salué chaque prestation de celui qui est actuellement sans conteste l’un des chanteurs français les plus populaires.

Roméo Elvis, la Sirène.

Ultime détour de la journée, la Sirène, à l’autre bout de la ville, avait programmé une « Nuit collective » consacrée au hip-hop francophone avec notamment, Sopico, Dead Obies, Bagarre, Loud et Romeo Elvis. Le belge, grand frère d’Angèle (jeune et jolie prodige toute en blondeur qui n’ a pas encore sorti son premier opus mais est déjà devenue la coqueluche du public), n’a que vingt cinq ans mais déjà tout d’un vieux routier de la scène. Débarqué en 2013 avec deux EP qui ont fait pas mal de bruits, il a vu sa carrière s’envoler après les deux albums sortis en 2016 et 2017, « Morale » et « Morale 2 ». Avec des parties instrumentales plus électros, une place plus large accordée au chant lui-même, le rappeur s’est hissé tranquillement parmi les plus recherchés et se taille une route au succès impressionnant. La Sirène n’a pas dérogé dans ce parcours auréolé. Il était près de minuit quand Romeo Elvis a fait son entrée mais les mille quatre cents festivaliers ne l’auraient manqué pour rien au monde. La chaleur de la salle était déjà étouffante. Après cinq minutes de jump en tous sens, l’enthousiasme avait accompagné le thermomètre dans cette nouvelle montée.

Sopico, la Sirène.

Après une deuxième journée placée sous le signe du rap et de la nouvelle génération, avec notamment Gaël Faure (de plus en plus à l’aise sur scène et heureux de jouer, cela se remarque de concert en concert) et Thérapie Taxi, qui est de tous les festivals. Entendue un soir de demi-finale à la Nuit de l’Erdre (où le groupe était porté par l’euphorie du public), revue à La Rochelle, connue pour un ou deux titres largement plébiscités, la formation française devra convaincre encore car sur scène, la prestation assez vite monotone. 

NTM était ultra attendu après les deux soirs qui avaient mis Bercy en folie à la mi mars. Le duo aime la Rochelle qui le leur rend bien : alors qu’ils étaient tricards de toutes les programmations, Jean-Louis Foulquier avait fait fi des tempêtes et décidé contre vents et marées de les inviter.  C’était il y a vingt-deux ans. Reformé récemment et pour quelques dates dont la plupart des  grands festivals, NTM est au meilleur de sa forme. Joey Starr et Kool Schen ont la connivence communicative. Ils se complètent sans en rajouter et se comprennent au premier regard. Leur flow est toujours aussi efficace. Ces deux là montrent à qui en douteraient qui sont les patrons du rap.

Blow, la Coursive.

En ce troisième jour de festival, la Coursive imposait le détour. Blow, nouvel arrivant sur la scène électro, puise très clairement son inspiration de l’autre coté de l’Atlantique. Musicalement, c’est extrêmement bien ficelé et hyper construit. Blow, formation d’origine poitevine, permet aussi de revoir Jean-Etienne Maillard, guitariste et compositeur doué, aperçu dans d’autres groupes (Klone, The Sheperds). Coté prestation en revanche, on a parfois un peu de mal à suivre Quentin Guglielmi, le chanteur, dans ses propos interludes un tantinet éthérés. « On est des petits légumes, des courges, des tomates, des concombres, enfin… vous, vous êtes ces légumes, ces choses qui dansent, » prononcés d’un ton qui n’aurait pas déplu à un maître yogi. Ce jour là en tous cas, il semblait habité jusque dans sa façon de bouger, rendant son ailleurs pas toujours accessible. Dommage car à l’écoute, Blow c’est réellement intéressant. Le single, « The Devils remembers me » connait un succès mérité et il y a fort à parier que le trio (renforcé sur scène par un batteur) n’a pas fini de faire parler de lui.

Ben Mazué, la Coursive.

C’ est une salle pleine à craquer qui guettait celui qui a pris la suite. Ben Mazué est à quelques dates du terme de sa tournée, « La Princesse et le Dictateur ». Il est passé par le Chantiers des Francos et à La Rochelle cette année, il a un programme chargé (en plus de son concert, il est l’un des artistes choisis pour les « Rencontres » et célèbre avec Pomme et Laurent Lamarca les vingt ans des Chantiers justement à la chapelle de l’ hôpital Saint-Louis). Depuis ses débuts en 2011, qui avaient déjà mis en lumières ses talents d’ écriture et son rap si personnel, le public n’en finit plus de lui faire les yeux doux. « La femme idéale », son troisième album, est un pur concentré d’émotions vraies, celles du rire, celles des larmes (sur Headline, notre report du 4 avril 2018).

Brillantissime, Ben Mazué a conçu un spectacle hors normes, indescriptible si on ne veut pas en spoiler le déroulé. Avec Robin Notte, son directeur musical, présent sur scène à ses cotés, ils ont bouleversé les codes du genre et donné aux « guitare-voix » (avec piano sur de nombreux titres) des lettres d’originalité incomparables. La tournée s’arrêtera à  l’ Olympia le 14 Novembre après un détour par la Belgique, Lille, Bordeaux ou bien encore Genève. Ensuite, Ben Mazué fera silence… Le temps de composer son quatrième opus ? La question reste posée car le trentenaire se dit prêt à se laisser porter par tous les vents de la création. 

Ben Mazué, la Coursive.

Après s’être laissé prendre au charme du répertoire de Pierre Lapointe, à ses textes plein de désillusion, de désamour, de magnétique beauté un peu désespérée, retour vers la scène Jean-Louis Foulquier où Bigflo et Oli étaient attendus de façon sonore. Passés eux aussi par les Chantiers, les deux frères sont des habitués des Francos. Disque de platine avec « La vraie vie », récompense suffisamment rare aujourd’hui pour être mentionnée, Big Flo et Oli (autrement dit Florian et Olivier), ont croisé la route du succès dès leur premier opus, « La Cour des Grands », voilà trois ans. Disque d’or à peine quatre mois après sa sortie, il sera lui aussi certifié Disque de platine. 

Prônant la tolérance, la fraternité et revendiquant une vraie ouverture d’esprit, le combo toulousain a su séduire par des propos d’apaisement, refusant des polémiques sur l’ Islam notamment afin de ne pas se laisser prendre au piège de débats bien trop vastes pour se limiter à quelques paroles. Sagesse à laquelle leurs fans ont manifestement adhéré.

En pleine tournée (dont toutes les dates se jouent à guichets fermés), Big Flo et Oli trouvent aussi le temps pour composer des génériques, faire partie des jurés de The Voice Belgique (pour la saison 6 l’an dernier). Autant d’activités qui ne font qu’accroitre la notoriété, largement justifiée pour ces deux là qui ont aussi décroché la Victoire de la Musique catégorie « Chanson de l’année » avec « Dommage », leur album étant nominé dans la catégorie « Musiques urbaines ». Une vraie déferlante.

Shaka Ponk avait l’honneur de fermer le ban ce 13 juillet. Le quintet, porté par le virevoltant Frah et la magnétique Sam, a fait le show, porté par une scénographie dont l’originalité n’est plus à démontrer. Il y a quatre ans, leur premier passage par La Rochelle avait été euphorique. Ce retour est largement aussi attendu, « The Evol’ », le sixième album studio des Shaka Ponk, sorti en novembre dernier (saluée par la Victoire de l’ Album Rock de l’année) marquant quelques détours nouveaux, vers la pop et même vers davantage de poésie peut-être. « Evol » est aussi l’anagramme de « Love »’, ceci explique partiellement cela.

Costumes, décors, mise en scène, imageries, façon unique d’ accrocher le public et de se jeter constamment dans l’arène, le groupe a l’imagination no limit. Les concerts sont des boules d’énergie à multiples facettes avec quelques passages très attendus comme ces battles face à Goz, le singe emblématique, ou bien encore, plus récent, face à l’avatar de David Bowie. Ayant pris le parti de ne pas reprendre énormément de leurs succès précédents, Shaka Ponk mise beaucoup sur les derniers titres, sur davantage d’électro également. On sent que l’ambition scénique a elle aussi encore gravi un échelon. 

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

Il y a moins de dix ans, en novembre 2009, les Shaka, qui ne bénéficiaient pas encore de la présence de Sam, vraie valeur ajoutée, incroyable personnalité, jouaient dans des clubs de taille ultra modeste, comme l’Olympic à Nantes. C’étaient les débuts, l’ordinateur lançant les images était parfois capricieux, l’écran en forme de peau de tambour avait une taille bien plus modeste. Mais le public ne s’était pas trompé en pariant sur le succès de cette bande totalement novatrice. Vendant des albums par milliers, remplissant des salles énormes, tête d’affiche des plus gros festivals, Shaka Ponk est désormais une référence à part entière… dont le groupe se sert pour mettre en avant sa fibre écologique. A chaque conférence de presse, Frah et Sam exposent les raisons de leur engagement aux côtés de la Fondation pour la Nature et l’ Homme  (ex-Fondation Nicolas Hulot), les cinquante gestes à faire pour améliorer son empreinte (à retrouver sur le site de la Fondation). Nul opportunisme dans cette direction là, les Shaka sont des militants de la première heure, de vrais figures de proue d’une cause pour laquelle ils se battent comme s’il s’agissait d’une  question de survie, sans pour autant pratiquer ostracisme ou culpabilisation bornée. Avec ce côté « toujours plus haut, toujours plus fort », on peut se demander jusqu’où iront ces cinq électrons libres là ?

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

En ce jour de Fête Nationale, les plus jeunes avaient rendez-vous avec Aldebert et ses « Enfantillages ». Il fallait voir l’intérieur de la Coursive avant l’ouverture des portes, une longue file d’attente dans le patio intérieur, une colonie de vacances même pas dissipée, joyeuse et juste impatiente, entourée par des parents qui n’avaient pas l’air de bouder leur plaisir. Aldebert ne s’adresse par aux enfants à coups de niaiseries mais avec intelligence et poésie. 

A la Coursive encore, Arthur H a une fois encore signé sa présence à coup d’énergie créatrice. Son récent double album, « Amour Chien fou », un peu funk, beaucoup « ballades »,  s’accordait parfaitement avec cet espace de quasi intimité (à quelques mètres des tours de la Rochelle, dont l’une portait un immense portrait de son père, bel hommage à Jacques Higelin disparu quelques mois plus tôt). Offrant un récit de son périple à travers le monde, de Bali à Tokyo, du Mexique à Montréal,  Arthur H ose aussi l’aventure introspective, les temps de la vie. Il flotte comme toujours un parfum de nostalgie, une mélancolie tenace mais on sent que le musicien est en capacité de « poser les valises », de se laisser aller à vivre avec plus de légèreté. Un constat plutôt émouvant à observer chez ce fidèle des Francos.

En début de soirée sur la grande scène, Eddy de Pretto, dont l’ascension est aussi rapide que la vitesse de l’éclair, Prix des Inouis l’an dernier au Printemps de Bourges, en énorme tournée ultra bondée quelques mois plus tard, est celui que tout le monde s’arrache et veut voir. L’ auteur de « Kid » semble regarder tout cela avec amusement et recul, lui qui se rêvait artiste dès l’adolescence depuis sa cité, son « Beau lieu ». Le rappeur ne se contente pas de textes d’une précision et d’une profondeur redoutables, il bouscule le genre en longs passages chantés qui n’auraient pas déplu à Nougaro, l’idole familiale. Eddy de Pretto est l’un des très beaux succès de la nouvelle scène rap française.

Jain, (Artiste de l’année 2017 aux Victoires de la Musique) est également l’une des révélations de ces dernières années. Après « Zanaka », sorti en novembre 2015, double disque de platine, riche de nombreux tubes, la  protégée de Maxime Nucci doit sortir ce mois d’août un nouvel opus dont on ne connait pour le moment que le premier extrait, déjà succès, « Alright ». L’artiste globe trotteuse a toujours beaucoup voyagé. Elle a engrangé durant ses tournées à travers le monde des sons, des couleurs qu’elle a eu envie de reproduire. 

Sur scène, elle a d’abord choisi la combishort au petit col claudine immaculé qui donnait un air de sagesse pas vraiment en adéquation avec l’énergie déployée mais un décalage qui l’amusait. Aujourd’hui, Jaïn mise sur la salopette bleue (Agnès B) pour montrer la machine de guerre dans laquelle elle se transforme face au public. Le set est parfaitement calibré, le public était conquis d’avance mais la victoire n’en est pas moins jolie.

Un feu d’artifice (plutôt décevant, tant coté pyrotechnie que bande son) plus tard, dans une tenue blanche rompant avec ses coupe vents habituels, Orelsan n’a pas eu besoin de se changer et d’endosser le maillot jaune porté peu après pour prouver qu’il serait bien le vainqueur de l’étape du jour. Le site est plein à craquer. On se masse au plus près de la scène pour voir celui qui rafle tout depuis la sortie de « La fête est finie ». Ca saute, ça danse, « Basique », « Paradis », « Christophe », parler de communion n’ est même pas encore assez fort. Des titres plus anciens, tel « Le chant des Sirènes » sont aussi de la partie. Avec ses quatre musiciens, dont son pote Skread, à qui pas mal de ses chansons doivent sur succès, Orelsan a le flow infaillible. On pourra toujours le critiquer, ressortir de vieilles polémiques désormais dépassées, ce musicien là est assez bluffant.

Hoshi, sa voix éraillée, sa guitare et ses vingt ans, ses enthousiasmes et ses doutes, campaient à la Coursive en cette ultime journée des Francos. Une jolie découverte qui permet de voir au delà de son succès actuel…. Succession on ne peut plus cohérente, Nolwenn Leroy lui a succédé. Radicalement différent de ses précédents albums, « Gemme » est une sorte de révérence à la terre, à la vie. On n’est plus dans le folklore breton, ni dans la variété des débuts. Portée sans doute par sa maternité récente, la chanteuse se tourne vers davantage de gravité et sa voix, toujours aussi juste et unique, y trouve matière aux plus belles envolées. Libre.

Afin de permettre aux festivaliers de vivre à fond la présence exceptionnelle de la France en finale du Mondial de Foot, les organisateurs avaient eu la bonne idée d’ouvrir les portes de Saint-Jean d’ Acre en milieu d’après-midi à tous ceux qui avaient leurs billets pour le soir. Inutile de revenir sur l’ambiance dans les grandins. Dans cette fan zone inédite et improvisée, la liesse s’est levée (pour paraphraser Ben Mazué), les cris et les applaudissements, ont résonné comme dans tous les recoins de la ville où des écrans de télévision retransmettaient le match des bleus. Mais en beaucoup plus fort. Une édition exceptionnelle, c’est le mot!

Serge Gainsbourg aurait eu quatre-vingt dix ans cette année. Le temps s’est figé avec sa disparition en 1991 mais l’ homme du « Poinçonneur des Lilas » était bien né en avril 1928.  Celle qui fut sa femme et sa principale inspiratrice, son interprète fétiche, a décidé de reprendre la scène après des années compliquées par la maladie. Jane Birkin interprète Gainsbourg depuis trente ans. Avec la complicité de Philippe Lerichomme, son directeur musical, elle a choisi les titres auxquels elle avait envie de donner une nouvelle parure. Un jour, elle a rappelé combien le compositeur s’inspirait de la musique classique, qu’il adorait au delà de tout, ayant souvent rêvé que ses propres textes soient portés par un écrin symphonique. Les Francofolies de La Rochelle avaient exaucé cette envie en 2016. Celles de La Rochelle ont poursuivi cette année. Le résultat est d’une beauté époustouflante, entre paroles célébrissimes, partitions du grand Gainsbourg, envolées entre Messian et souffles jazz. 

Boucler l’édition des Francos par cet hommage éclatant, porté par la douce Jane Birkin, était aussi refermer le livre avec émotions, juste avant le passage de Brigitte, élégant duo qui en 2015 déjà, puis en 2016, a toujours imprégné de sa douceur le public rochelais. MC Solaar a été le dernier de cette longue série d’artistes à fouler la grande scène. Plus de vingt cinq ans après sa dernière venue, des années après son dernier album, ses rares prestations étant réservées au spectacle des « Restos », l’interprète de « Bouge de là », ancien porte étendard du hip hop hexagonal, n’a rien perdu de sa fougue. « Géopoétique », son huitième album studio, est sorti en novembre dernier avec près de vingt titres uppercut, dont MC Solaar a signé la quasi totalité des paroles. La tournée est lancée et met le feu d’entrée de jeu. « Caroline » est porté par une foule qui connait toutes les paroles et provoque des hurlements  enthousiastes. Le chanteur se moque des affres de l’âge et se montre d’une énergie solaire. L’ultime page des Francos 2018 s’est refermée aux accords de ce porteur de joie. Une magnifique édition superbement reliée.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

FRANCOFOLIES 2018: Programmation sans fausse note!

Du 11 au 15 Juillet, La Rochelle vivra au rythme de la 33ème  édition des Francofolies. Orelsan, Suprême NTM ou Véronique Sanson, Shaka Ponk, Julien Clerc ou Ben Mazué, la liste des invités est longue et la fête promet d’être belle. 

Trente-trois ans désormais que l’on se demande quelle sera l’affiche des Francos, l’un des plus fameux festivals de l’été en France. Une sacrée réussite qui ferait presqu’oublier que le pari était loin d’être gagné quand Jean-Louis Foulquier, alors emblématique promoteur de la chanson française sur les ondes de France Inter, décidait de lancer à la Rochelle une manifestation dans le prolongement de ses émissions. Avec priorité donnée aux artistes d’expression francophone et des scènes offertes à la jeune génération. Francis Lalanne, Jacques Higelin, les Rita Mitsouko, Diane Dufresne, entre autres, avaient accepté la première invitation. Des centaines d’autres se sont ensuite pressés pour faire vibrer la place Saint-Jean d’Acre et ses milliers de spectateurs.

Le parcours n’a cependant pas été linéaire avec d’inévitables problèmes techniques ou financiers, des années « sans » quand la météo décidait de se mettre à l’orage, des inquiétudes sur la pérennité de l’évènement, la disparition en 2013 de Jean-Louis Foulquier, des artistes qui se la jouaient divas, une fréquentation en dents de scie (130.000 spectateurs en 2014, 20.000 de moins l’année suivante et puis plus de 155.000 en 2017)… Mais force est de constater qu’aujourd’hui le navire « Francos » est largement sorti des mers agitées et flotte avec assurance avec plus de quatre-vingt concerts en cinq jours répartis sur six scènes. Les « Chantiers des Francos » sont devenus une référence en matière de formation et d’accompagnement des artistes émergents, « Francos Educ » valorise la chanson française en milieu scolaire.

Les « Francos » elles mêmes se sont exportées et brillent à Montréal depuis bientôt trente ans, à Spa en Belgique, depuis vingt-quatre. Et il y a même eu quelques détours par le Brésil et le Chili, l’ Allemagne, la Suisse, la Nouvelle Calédonie et la Réunion.

Loïc Nottet.

Véronique Sanson.

Calogero.

Suprême NTM.

Pour cette nouvelle édition, du mercredi 11 au dimanche 15 juillet, la Rochelle accueillera notamment Orelsan, Jain, Shaka Ponk et a même réussi à accrocher Suprême NTM, le tandem Joey Starr-Kool Shen s’étant reformé  récemment pour quelques dates. Choisir serait renoncer et attendre pour prendre son billet serait risquer de passer à côté d’un temps fort alors mieux vaut ne pas se laisser prendre par les délais.

Mercredi 11 juillet : Calogero, Raphael, Loïc Nottet et la « Fete à Véronique Sanson » qui permettra de retrouver Alain Souchon, Vianney, Tryo, Jeanne Cherhal… En 1994, Véronique Sanson signait «  Comme ils l’imaginent », l’album live enregistré aux Francos lors d’une grande fête de duos masculins. Vingt quatre ans plus tard, elle souhaite une fois encore ce moment de partage assez unique avec, évènement dans l’ évènement, la présence de son fils, Christopher Stills et du père de ce dernier, Stephen Stills, venu tout spécialement de Los Angeles. Ce sera seulement la deuxième fois que le trio chante ensemble en France.

Jeudi 12 Juillet : Suprême NTM, Damso, Thérapie Taxi et plein de surprises

BigFlo et Oli.

Shaka Ponk.

Orelsan.

Jain.

Mc Solaar.

Vendredi 13 juillet : Shaka Ponk est de retour et va encore une fois remplir, Big Flo et Oli dont c’est vraiment l’année, Lorenzo, Berywam

Samedi 14 Juillet : Orelsan, le multilauréat des dernières Victoire de la Musique que tout le monde s’arrache et qui joue partout à guichets fermés, Jain, Jeanne Added, et l’impressionnant Eddy de Pretto, dont l’ascension est aussi fulgurante que justifiée.

Dimanche 15 Juillet : Mc Solaar, « Birkin Gainsbourg » le symphonique, qui promet un moment de pure émotion et de grande beauté, Brigitte, Juliette Armanet.

Pomme.

Angèle.

Ben Mazué.

Se produiront également sur la scène du théâtre de la Coursive ou au Théâtre Verdière : Pierre Lapointe, Clara Luciani, Nolwenn Leroy, Julien Clerc, Pomme, Aldebert, Nicolas Peyrac, Bill Deraime, le breton Gilles Servat, Fred Blondin, Angèle, Gaël Faure, Arthur H, Ben Mazué…

Si le regard sur les chiffres n’est pas une donnée artistique, il n’en reste pas moins le meilleur des baromètres. Gageons que l’édition 2018, si la météo sort également ses meilleurs atours, devrait frôler avec les sommets du compteur.

– billeterie et renseignements sur http://www.francofolies.fr

MAIN SQUARE FESTIVAL 2017: Record d’affluence pour la 13ème édition !

Avec 125.000 spectateurs accueillis en trois jours, le Main Square d’Arras a pulvérisé son record d’entrées. L’affiche portée par Radiohead jouait pourtant les audaces en mettant en lumière pas mal d’ artistes moins connus que les années précédentes. Ce mix gagnant dressé par Live Nation avait vu s’envoler la billetterie et plus aucun ticket n’était disponible depuis longtemps. De là à envisager que le Main Square quitte le site historique de la Citadelle pour pouvoir gonfler encore les rangs de son public, il y a un pas que personne ne semble prêt à franchir, l’enceinte offrant trois points essentiels : l’accessibilité, la sécurité et la proximité. Retour sur cette…. édition couronnée de succès.

Un océan de têtes, un espace vital qui n’atteint pas les cinq centimètres, quelques trouées dans la foule qui ne sont qu’illusoires car lorsque les premiers accords retentiront, jailliront de ces percées tous ceux qui patientaient depuis plus de deux heures en restant assis au milieu de cette forêt de jambes… Radiohead n’avait pas joué en France depuis cinq ans (et même depuis 2008 à Arras) et avait choisi le Main Square pour seul festival de l’Hexagone. C’est dire s’ils étaient attendus. Des centaines de déçus des refoulés de la billetterie britannique, des suédois, des espagnols, des allemands, des quatre coins de l’Europe les fans du groupe britannique n’avaient pas hésité à effectuer le déplacement. Les langages sont pluriels mais lorsqu’il s’agit de patienter en reprenant quelques refrains du groupe trentenaire, l’unisson est total… à peine entrecoupé par les commentaires acerbes en destination de ces naifs qui entendent traverser les 40.000 spectateurs verres de bière en main « pour rejoindre leurs copains de l’autre coté de la place ». Des audaces rarement couronnées de succès et qui prendront fin dès que « Daydreaming » ouvrira ce concert exceptionnel.

« Thom Yorke », « Desert Island Disk », « Ful Stop »… la set list dessinée par les frères Greenwood, Ed O’Brien et Phil Selway joue l’émotion et le public est en extase. Marie, la quadra belge qui avait pourtant vu le groupe la veille au Rock Werchter est submergée par l’émotion. « Ils donnent tout. Ils sont impressionnants. Je rêvais d’ entendre « My iron Lung », c’est un morceau qui a plus de vingt ans et que j’adore. Ils l’ont fait. Je ne pouvais rêver mieux. » Elle en oublie sa pancarte à destination des artistes et laisse échapper des larmes sincères.

Une dizaine d’autres morceaux phares plus loin et c’est toute la Citadelle qui salue « No Surprises », extrait de « No Computer », sans doute l’un des albums les plus célèbres de Radiohead, « No Computer » qui sera également interprété alors qu’il est généralement peu repris sur scène. Minuit sonnera l’heure des ultimes rappels, quatre titres et « Paranoid Android » pour fermer le bal. Les plus accros regretteront que « Creep » ou « Karma Police », les deux morceaux clés du parcours des britanniques aient été zappés alors qu’ils avaient été donnés au festival de Glastonbury quelques jours plus tôt. Choisir, c’est renoncer. Une discographie lourde de moments forts n’y aura pas échappé. Cette date française de Radiohead, en clôture du Main Square d’Arras restera pourtant dans les annales.

The NoFace // Green Room.

Frank Carter & The Rattlesnakes // Main Stage.

L’enthousiasme n’aura pas été le seul fait de cette énorme surprise en tête d’affiche du dernier jour. Depuis vendredi, le festival concocté par Live Nation avait su jouer la mixité entre artistes  pop, rock, folk et électro, les têtes des charts et les formations moins connues mais qui ne manqueraient pas d’ emporter le public. Bonne pioche ! Malgré une météo capricieuse vendredi, les rangs se sont rapidement resserrés au pied de la Main stage comme de la Green Room. Rendez-vous majeur des manifestations estivales, le festival arrangeois a depuis longtemps gagné ses lettres de noblesse. La programmation a toujours visé haut et les souvenirs de ces soirées incroyables sur la Grand Place d’abord, entre les remparts de la Citadelle ensuite n’en finissent pas de résonner.

The Inspector Cluzo a fait l’unanimité et attiré la grande foule malgré un horaire de passage relativement précoce. Le tandem gascon qui dans son autre vie élève des oies selon le mode bio et propose ses foies gras sur les étals des marchés du Sud Ouest distille un rock tout aussi viscéral et passionné. La musicalité est haut de gamme et la bonne humeur sur scène certifiée sans OGM comme leurs partitions désormais aussi nettement reconnaissables que les valeurs qu’ils s’efforcent de transmettre.

Mat Bastard ayant migré pour une carrière solo, exit Skip the Use. Mais les quatre musiciens restant n’ont pas pour autant renoncé et c’est en s’appuyant sur un concept anonyme, sorte de masque barré d’une crois blanche, qu’ils ont décidé de revenir. Faisant table rase de la notoriété passée, poursuivant avec cette expérience déjà solide mais jouant la carte de la virginité coté références, The No Face s’est attaché la présence (et la voix) de la magnifique Oma Joli, chanteuse d’origine camerounaise. L’album est attendu avant la fin de l’année, à l’automne selon toutes vraisemblances. En attendant, sur scène, ces cinq là cartonnent avec un rock puissant aux couleurs différentes et le Main Square leur a réservé une ovation largement justifiée.

Dilemme toujours compliqué, pour ne pas dire insoluble, des festivals à scènes multiples, il fallait amputer The No Face d’une bonne demi heure si on voulait voir Frank Carter and the Rattlesnakes sur la Main Stage. Après un détour par le punk, l’over tatoué Franck Carter a retrouvé le chemin de son ADN avec des sons radicalement hardcore voilà deux ans avec sa nouvelle formation et un premier opus qui avait surpris. Le second frappe encore plus fort. Riche d’une production plus puissante, « Modern Ruin » offre aux britanniques les plus belles scènes. Bondissant et arpentant celle d’ Arras avec une énergie no limit, Franck Carter n’a pas mis longtemps à convaincre ceux qui ne le connaissaient pas encore.

Don Broco // Green Room.

Biffy Clyro // Main Stage.

Après Don Broco, brochette de quatre anglais plutôt pas moches (on a dit « pas le physique » ok ! Mais au vu des cris enthousiastes de la gente féminine à chaque approche de Rob Damiani, le chanteur, on ne va pas pousser l’hypocrisie plus loin : la voix ne faisait pas tout !!) qui taille sa route depuis près de dix ans et avait marqué le public parisien en ouvrant pour Bring Me The Horizon lors de leur dernier passage au Zénith, pop rock, énergie et bonne humeur garantis, Biffy Clyro était très attendu.

Ne tenant pas en place, sémillant dans son pantalon rose assez large sous torse nu, Simon Neil a la frénésie de ceux qui veulent tout donner, de la première à la dernière note. Avec les jumeaux James et Ben Johnston, le trio écossais s’inscrit depuis plusieurs mois au sommet des affiches ou s’offre des premières parties assez spectaculaires, comme celle du récent concert des Guns N’ Roses au Stade de France. Leur passage à l’Olympia en janvier avait également donné envie de les revoir très vite, un succès porté par « Ellipse », dernier album en date du groupe. Buffy Clyro était déjà passé par Arras en 2013. Quatre ans plus tard, on sent le groupe riche d’une puissance encore plus affirmée, la scène étant bien leur terrain de jeu préféré. Le set d’une heure a semblé bien trop court à leurs fans venus par milliers reprendre en choeur les tubes de ces trois là dont le succès sera bientôt planétaire.

Machine Gun Kelly // Green Room.

Soulwax // Green Room.

Difficile de boucler cette première journée de festival sans parler de Machine Gun Kelly (lassé par les inévitables comparaisons avec Eminem, MGK essaie de ne plus les entendre et se consacre à sa musique. Le premier rappeur blanc à avoir décroché trois victoires successives au fameux show de l’Apollo Theater a puisé dans ses deux albums ses morceaux les plus emblématiques et livré une interprétation pleine d’énergie, au flow impressionnant), Soulwax (les belges ont épaté avec une mise en scène particulièrement originale et soignée, un rock électro brillant) et bien évidemment System of a Down. La tête d’affiche du jour a ravi ceux qui les suivent depuis plus de vingt ans, un peu étonné ceux qui ne les avaient encore jamais vu sur scène. Comme au Downland, à Brétigny sur Orge début juin, les californiens ont enchainé les titres sans échange avec le public, sans davantage de communication sur scène. Sans perdre une minute, les titres s’enchainent comme si le temps était compté. Pas de quoi entacher cependant un concert toujours aussi brillamment servi par la voix grave de Serj Tankian, le leader qui n’a rien perdu de sa fameuse tessiture.

Après avoir programmé Iron Maiden à l’occasion des dix ans du Main Square et en figure de de proue d’un jeudi rajouté aux trois jours habituels du festival, après Mass Hysteria qui a embarqué plus de 30.000 spectateurs l’an dernier, Live Nation a visiblement raison de jouer la carte du metal. ce nouvel atout dans l’affiche séduit au delà de toute attente. Pour leur dernière date dans l’Hexagone, System of a Down a eu droit à un accueil plus que triomphal.

Talisco // Main Stage.

Xavier Rudd // Green Room.

La pluie annoncée le samedi a eu le bon goût de ne se manifester que par épisodes nocturnes. De quoi permettre à Talisco et son rock matiné d’électro, tendance magnifiques décors et grands sentiments, de s’offrir en beauté à ceux qui ne le connaissaient qu’à travers ses deux albums.

Dans un genre radicalement différent mais tout aussi spectaculaire, Xavier Rudd a lui aussi embarqué le public vers son Australie natale, ses instruments inédits comme le didgeridoo et ses partitions aborigènes revissées avec des mélopées uniques. Homme orchestre, artiste et citoyen engagé, militant pour de nombreuses causes écologiques, le musicien a aussi été élu « végétarien australien le plus sexy ». Après sa prestation au Main Square, on peut comprendre sinon la légitimité de ce titre, au moins les raisons qui ont pu l’expliquer !

Cage The Elephant // Main Stage.

Cage the Elephant a constitué l’une des belles découvertes de la journée. Les américains, établis depuis dix ans à Londres, dont le dernier album en date a été produit par Dan Auerbach des Black Keys (salué d’un Grammy du meilleur album rock en février dernier, excusez du peu!), sont de vraies bêtes de scène. Musicalement, c’est un mélange unique qui renvoie aux origines de la brit pop la plus pure avec une modernité incroyable. N’ignorant rien de ses ressemblances avec Mike Jagger, Matt Schultz, le chanteur, porte la chemise centrée et le pantalon pattes d’eph’ avec naturel et chante avec la même ferveur bondissante que son illustre ainé. Mais Cage the Elephant ne se réduit surtout pas à un copier coller de ce qui a été. C’est au contraire totalement original malgré ces références assumées.

Au regard de la densité de la foule qui les attendait, Rag N’ Bone Man et Jain avaient beau ne pas fermer le ban, c’étaient bien eux les artistes les plus attendus de la journée. Depuis plus d’un an, la toulousaine n’en finit pas de croiser le succès. Un premier album qui a tout raflé, des récompenses de la part du public comme de la profession, des concerts sold out, la jeune femme est cet été l’une des artistes les plus programmés, à l’instar des Insus ou de Louise Attaque l’an dernier. Autant dire que lorsqu’elle débarque sur scène avec sa désormais fameuse combishort noire à col Claudine immaculée, c’est un tonnerre d’applaudissements qui l’a accueilli. Un public familial, beaucoup de jeunes filles également, qui attendaient patiemment et soudain se déchainent et se mettent à danser aux sonorités électro hip-hop colorées d’Afrique de leur idole. La communion est totale et lorsque Jain termine son set dans sa fameuse bulle géante, portée par des festivaliers qui espéraient que le Main Square n’échapperait pas à cette sortie, c’est une foule euphorique qui accompagne la traversée.

Quant à Rag ‘N’ Bone Man, il fallait avoir sacrément anticipé pour réussir à le voir car le public avait depuis longtemps envahi les abords de la Green Room. Une demi heure avant le concert, plus possible de se rapprocher. C’est depuis le milieu de la Citadelle, entre stand de crêpes ou de wraps, que certains ont du se contenter d’entendre la voix si habitée et roborative de celui qui est l’un des phénomènes de la musique actuelle.

Rag ‘N’ Bone Man // Green Room.

Jain // Main Stage.

Un peu plus tard Die Antwoord a également fait le « chaud ». Excessif en tout, refusant la présence du moindre photographe devant la scène, repoussant les limites des décibels ce qui empêchait toute conversation à peu près normale à des centaines de mètres à la ronde, montrant volontiers leurs sous vêtements, les sud africains sont toujours aussi spectaculaires, choquants pour les uns, modernes pour les autres.

Plus consensuel et désormais mondialement reconnu, Major Lazer (la formation montée par Diplo, le fameux producteur et compositeur adoubé par les plus grands, de Madonna à Beyoncé en passant par Snoop) est une machine à tubes, la plus efficace des invitations à danser. le quatrième album du groupe a enchainé les tubes. Ce deuxième jour a pu s’achever dans une joyeuse euphorie.

The Lemon Twigs // Green Room.

La Femme // Main Stage.

Radiohead ne serait pas sur scène avant la fin de journée mais nombreux étaient ceux qui se sont octroyés une place inamovible dès l’ouverture des portes de ce dernier jour. Mieux… la plupart ont même couru pour ne pas se faire voler cet espace convoité depuis des mois. Cette détermination aura finalement été fructueuse puisqu’elle aura permis à ces stakhanovistes de l’attente de belles « rencontres » parmi lesquelles Seasick Steve. Avec sa barbe blanche, ses stigmates laissées par une vie pas toujours douce, le bluesman américain bientôt octogénaire était impressionnant de virtuosité. Sur des instruments plus cabossés que lui, des guitares uniques en leur genre, Seasick Steve (né Steven Wold) est une sorte de légende vivante. Ami de Janis Joplin, chanteur dans les stations du métro parisien, ayant vécu mille vies, il exporte son blues et sa bonne humeur aux quatre coins du monde sans jamais se lasser. Son sourire en dit long. Son regard exprime bien plus encore. Un très très grand Monsieur.

Savages // Main Stage.

Et puis on retiendra aussi Savages, le groupe britannique post punk qui depuis six ans taille sa route avec minutie. Impressionnantes dès leur premier concert en 2012, les quatre jeunes femmes  à la prestance parfois gouailleuse, toutes de noir vêtues, affichent une féminité qui n’empêchent ni  les couplets puissants ni les riffs bien musclés. Elles ont littéralement bluffé un auditoire qui ne s’attendaient pas à une prestation aussi forte, rock et élégante.

La prochaine édition du Mainsquare se déroulera les 5, 6 et 7 juillet 2018. La programmation réussira t-elle à exploser les compteurs, ce record de 42.000 visiteurs chaque jour ? La configuration du site lui-même offre un début de réponse : les fortifications de la Citadelle ne peuvent être repoussées. Le site a déjà gagné en espace par de subtils aménagements du coté de la Green Room, les hauteurs ont largement été revues dans leurs « mises en scènes » pour permettre de jolies échappées, quelques bouffées de presque tranquillité entre expo, massage, restauration et espaces de repos  mais il sera difficile d’agencer différemment pour gagner encore sur un lieu porteur de contraintes… mais au final porteur de ces points essentiels que sont l’accessibilité et la sécurité. Une sécurité encore accrue cette année du fait du contexte et qui aura elle aussi permis à la manifestation de ne pas connaître de fausses notes. Arras est désormais une étape incontournable, pour les artistes comme pour les festivaliers. L’un des plus beaux fleurons de la planète Live Nation.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

13ème édition du Main Square Festival: Radiohead, System Of A Down, Jain… Le festival d’Arras affiche sa diversité

Radiohead revient dans la Citadelle le 2 juillet prochain, à l’occasion de la 13ème édition du Main Square, la seule date française inscrite au calendrier des britanniques. Une fois encore, le festival arrageois créera l’évènement en s’imposant escale incontournable des plus grosses tournées. Jain, Kungs, System of a Down, La Femme… les organisateurs ont ciblé large. Les derniers noms seront révélés prochainement.

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Radiohead était déjà venu en 2008 pour un show resté en mémoire. Neuf ans plus tard, les anglais seront de retour au Main Square pour leur seule et unique date en France. C’est dire si en ce dimanche 2 Juillet, dernier jour du Festival, l’ambiance sera au rendez-vous. Tous les fans du groupe mythique aux plus de trente millions d’albums vendus dans le monde ont déjà coché la date sur leurs agendas. Incontournable! En décrochant cette exclusivité, Live Nation, organisateur de la manifestation, a réussi un joli coup et s’impose une fois de plus comme une étape obligée sur le calendrier des plus grosses tournées.

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Radiohead.

Ce dernier jour de Main Square verra aussi la présence sur scène des rockeurs américains de Highly Suspect, de Mark Lanegan (dont le timbre rauque si reconnaissable a fait les belles heures de Queen of The Stone Age entre 2001 et 2005 mais l’américain a également été membre de The Jury, Screeming Trees et de The Gutter Twins), Seasick Steve, une vraie légende dans l’univers du blues américain qui, à plus de 75 ans, démontre avec une belle évidence qu’il n’est pas près de décrocher, La Femme, le groupe de rock français qui ne laisse pas indifférent et Savages, le groupe britannique qualifié de post-punk.

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System of a Down.

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Simon Neil // Biffy Clyro.

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Don Broco.

Autre présence très attendue, celle de System of a Down. Les Californiens joueront au Download France (autre émanation 100% Live Nation) le 10 Juin et seront tête d’affiche du festival arrageois le 30 juin. Une journée très nettement orientée rock car c’est aussi ce jour là que le public retrouvera Biffy Clyro, le groupe écossais porté par le charismatique Simon Neil, Vitalic et son électro en constante évolution depuis déjà quinze ans, Machine Gun Kelly, Above et Beyond, les excellents Frank Carter et the Rattlesnakes ou bien encore Don Broco, autre groupe de rock britannique au succès jamais démenti depuis près de dix ans, sans oublier les français de The Inspector Cluzo

Le samedi 1er Juillet, même si elle n’est pas encore en haut de l’affiche, nul doute que Jain attirera tous les regards. La grande gagnante des dernières Victoires de la Musique (sacrée artiste féminine de l’année), qui n’en finit plus de tourner avec son premier album certifié double disque de platine depuis l’automne dernier et de croiser le succès devant des publics bluffés, imposera facilement son enthousiasme et ses chansons patinées sous la houlette de Yodelice.

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Jain.

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Kungs.

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Major Lazer.

Aux cotés de la jeune femme en ce deuxième jour de festival, Xavier Rudd, l’inclassable australien multi-instrumentiste, qui surfe entre musique traditionnelle, reggae, folk et blues, les français de Dirtyphonics (electro), Kungs, le jeune DJ prodige, salué par la Victoire 2017 de l’album de musique electro ou dance,  Kaleo, groupe islandais de folk rock qui amasse tous les succès depuis cinq ans, Die Antwoord, le groupe phénomène sud africain et Major Lazer, le groupe américain composé de Diplo et Jillionnaire, DJ et producteurs, et de Washy Fire, rappeur ,histoire de boucler en beauté.

Balayant tous les genres musicaux actuels et faisant une fois encore le pari de l’écclectisme, le Main Square devrait cette année encore faire Citadelle comble. Des pass trois jours restent disponibles (129 euros en exclusivité sur mainsquarefestival.fr) mais la journée du 2 juillet, dopée par l’évènement Radiohead, est déjà sold out. Il reste quelques pass journaliers (54 euros) pour les 30 juin et 1er Juillet. Avis aux retardataires car l’ annonce prochaine des derniers artistes programmés risque de les faire partir très vite.

M.M.

– Les 30 Juin, 1er et 2 Juillet 2017. Tous les renseignements sur mainsquarefestival.fr.-