Léonard Lasry joue sur toutes les lignes de ses portées

Compositeur, interprète, accessoirement aussi co-dirigeant (avec son frère) d’une célèbre marque de lunettes, Léonard Lasry a l’hyper activité prolixe. Il crée au fil de ses rencontres et de ses envies. De temps en temps heureusement, il se donne la priorité… et ça lui réussit plutôt bien. « Avant la première fois », son nouvel opus sorti voilà un an, vient d’être diffusé au Japon alors que lui même participait au festival « Saison Rouge ». Un détour nippon à succès avant de retrouver son agenda surchargé et la longue liste de ses projets. 

« Je suis passionné, cela doit venir de là! Avoir autant de projets est une chance dont j’ai pleinement conscience et dont je ne me plaindrai jamais », assure Léonard Lasry. A trente-six ans, celui qui compose aussi bien pour lui-même que pour Marie-Amélie Seigner, Gabrielle Lazure ou bien encore Jean-Claude Dreyfus, n’a jamais connu actualité aussi riche et carnets de projets aussi pleins. « Choisir serait renoncer. Je fonctionne au coup de coeur, au feeling, aux rencontres et souvent, un projet en entraîne un autre. » 

Dans le tourbillon de ses envies, Léonard Lasry ne s’est pourtant jamais laissé submergé et a toujours tout maîtrisé. Ne pas se fier à son look de parfait « hipster », il n’est pas homme à être enfermé dans une case. Assis devant un piano à l’âge de douze ans, il est remarqué dès l’adolescence pour ses talents de mélodiste et à vingt-quatre ans, il sort son premier disque, douze titres dont il signe l’intégralité des paroles et musiques. Avec un « bonus », « On se voit ce soir », une chanson dont les paroles ont été écrites par André Téchiné et la musique, Philippe Sarde. Il y a pire duo! L’ aventure était lancée.

La formation musicale a continué de s’enrichir et les collaborations se sont succédées. Mais c’est la rencontre avec Elisa Point (interprète méconnue mais et parolière de Christophe notamment) qui a eu une influence majeure. « En 2012, nous avons enregistré ensemble « L’ Exception », un album dont chaque titre renvoyait à une vidéo réalisée par Gérard Courant, comme autant d’hommage aux légendes du cinéma des années soixante. C’était totalement nouveau. On ne s’est plus lâché ensuite, elle a les mots précis, les verbes justes, ceux que je n’ai pas même besoin de trouver puisqu’elle les a déjà posés.» 

Après un autre opus plus intimiste un an plus tard, Léonard Lasry compose les bandes originales de plusieurs films produits (entre autres) par Christian Fechner, des musiques qui sont programmées au Festival d’Avignon et même la bande son du célèbre « Clan des Veuves » avec Ginette Garcin. Sa passion le portant vers tous les domaines, il collabore aussi avec des artistes contemporains, produit et compose « Maripola X Songs » un single deux titres pour Maripol, personnalité fameuse du Downtown New York, collabore avec Li Mahdavi et signe des morceaux pour de grands noms de la Haute Couture comme Valentino ou Dior. 

Mais dans le domaine, ce dont Léonard Lasry est peut-être le plus fier, est vraisemblablement d’avoir permis à Hervé Léger de réaliser son rêve. « Hervé était une personne incroyable, un talent et un sens de la création exceptionnels. La mode ne faisant pas tout, il caressait depuis longtemps une envie de chanter mais cette idée n’avait jamais été concrétisée. Il m’en a parlé, je lui ai dit « banco! je relève le défi et on le fait ! » Ainsi est né « Blue Sapphire » que j’ai composé et produit et qu’il a pris un plaisir immense à enregistrer. Malheureusement, nous n’avons pas pu poursuivre car Hervé Léger est mort brutalement peu après. »

A force de composer pour les autres, Léonard Lasry n’a t’ il pas délaissé sa propre carrière ? Il est certes reconnu mais le grand public ne sait pas forcément encore mettre un nom sur son visage. « Peut-être… On m’en a souvent fait la remarque. Mais je trouve toutes mes créations assez cohérentes au final car elles se sont enrichies les unes des autres et tout s’est enchainé naturellement. Sans ce parcours je n’aurais pas eu la demande du Crazy Horse lorsque le célèbre cabaret parisien a préparé « Dessus Dessous » avec Chantal Thomass. Je n’aurais pas réalisé « Strip tease moi » puis « Totally Crazy », qui reprenait les numéros fétiches du cabaret. Je me trouve donc vraiment chanceux car humainement, cela n’ a été qu’une suite là de belles rencontres.  Il faut un temps pour tout. Cette fois c’est vrai, je consacre plus de temps à mes propres chansons. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir en parallèle pleins de projets pour d’autres! »

« Avant la première fois », quatrième et dernier album en date, est sorti à l’automne 2017 (toujours avec des paroles d’Elisa Point) et a été unanimement salué. Le premier extrait, « L’original » a été porté par un clip (à base d’ampoules qui collent et décollent), parfait reflet de la pop élégante de leur auteur. « Chaos », le nouveau clip, est une sorte de road movie sur les corniches de la Méditerranée avec un Léonard Lasry, conducteur, qui voit défiler les personnages à ses côtés. Les gens changent. Pas lui. Il y a aussi des titres forts, comme « La vraie fatigue de Paris » ou  « Trois » («Si trois fait des envieux, A deux est-ce toujours mieux?, Trois n’écoute que son corps, Son coeur a tous les torts »). Homogène, entre portées minimalistes, murmures quasi gainsbourgiens et échappées beaucoup plus larges et lyriques, l’album vise juste et permet de saisir l’impressionnant talent de mélodiste de Léonard Lasry. 

Il a fallu cinq longues années pour boucler cet opus. En incorrigible perfectionniste, Léonard Lasry n’a pas hésité à réenregistrer certains morceaux car sa voix ne lui plaisait pas. « Avant la première fois » est ressorti cet été en version double album, offrant un second volume, « Après le feu des plaisirs », avec des versions piano-guitare-voix plus proches de ce que Léonard Lasry livre en concert. Qui pénètre cet univers incomparable sera à jamais transporté. Même après la première fois…

Magali MICHEL.

Crédit photos // Vincent Brisson // Paul Mouginot.

 

Charlotte Valandrey change de scène :  l’actrice a trouvé sa voix !

Elle va avoir cinquante ans mais n’a sans doute jamais été aussi lumineuse et pleine de projets. A l’heure où certains investissent dans un Stressless, Charlotte Valandrey ajoute une mention à sa carte de visite en s’offrant un détour par la scène musicale. Des morceaux pop, des paroles cousues main et une voix reconnaissable, l’aventure ne connaît pour l’heure aucune fausse note.

Plus la peine de la présenter: depuis plus de trente ans, Charlotte Valandrey marche à nos côtés, investit les séries qui ont fait le succès de la TV (« Cordier, juge et flic », « Demain nous appartient »), endosse de jolis rôles au théâtre et publie des livres-témoignages (entre autres) qui visent juste et rallient des milliers de lecteurs.

Sa détermination et son courage ne sont plus à démontrer, son combat contre la maladie en a largement attesté. Tout comme sa capacité à rester positive et à gérer efficacement énergies et les émotions, y compris les plus négatives. Elle aurait pu continuer sa route entre tournages et écriture… Mais Charlotte Valandrey a eu envie de se confronter à d’autres sensations en concrétisant son goût pour la chanson, cette envie de faire de la scène qu’elle réprimait depuis l’adolescence.

« J’ai toujours eu envie de chanter! Cela peut paraître opportuniste de dire cela alors que mon premier opus sort le 30 Novembre et que j’ai deux concerts d’ici là mais c’est ainsi. On me disait ado que j’avais un joli brin de voix. Serge Gainsbourg a souhaité me rencontrer et m’écrire des textes… Pourtant je me suis dit : «Je ne le connais pas lui, ce n’est pas pour moi, non merci! » Avouez que j’ai le sens de la bonne décision, non ? » observe t’elle en riant. « C’est l’histoire de ma vie ce genre de choses. Avec le recul, cela fait sourire. J’ai par contre vécu un truc assez original quand même : j’ai fait de la figuration ado dans un clip de David Bowie, ce que beaucoup ne savent même pas. Je passais mon temps dans les concerts de Daho, de Dépêche Mode et de… Bowie et puis j’ai été choisie pour apparaître dans « As the World falls down » que nous avons tourné à Londres. Il m’a dit que j’avais un joli brin de voix. Un vrai beau souvenir!»

Largement occupée entre les tournage et les heures douloureuses à lutter contre les méfaits de la maladie, la transplantation cardiaque qu’elle a dû subir, l’actrice n’avait cependant pas vraiment eu le temps de pousser la note en dehors de sa salle de bains. Il a fallu le hasard d’une rencontre avec un couple de musiciens-paroliers devenus des amis intimes pour que l’affaire se décante et que le projet prenne forme. 

« On s’est vu pendant presqu’un an plusieurs fois par semaines, parfois même tous les jours et on a parlé, travaillé, pensé cet album. Forcément, plus le temps passait, plus ils connaissaient ce qu’il y avait de plus intime en moi, mes failles, mes forces, mes envies, mes enthousiasmes, et ils m’ont taillé un album cousu main. 

Sans exagération, je pense que c’est plus « vrai » que ce que si je l’avais fait moi même.  C’est « naturel », sans pudeurs ou gênes excessives. Je prends ces mots comme les miens et je les chante en les ressentant avec euphorie et force. C’est un plaisir de dingue cette aventure. D’autant que je suis également entourée par trois musiciens qui me portent… » 

Des mots précis, des histoires majuscules, des joies et des peurs, des tourments et de la nostalgie, une pop brillante et sans concession, la voix de Charlotte Valandrey se pose avec aisance dans les titres les plus énergiques comme dans ceux où le phrasé mâtiné de propos forts laisseraient songer à Grand Corps Malade. L’ artiste ne cherche pourtant pas la comparaison mais attend juste de voir si le public la suivra dans ce nouveau chapitre. D’autres titres sont beaucoup plus pop et dans le registre d’un Daho ou d’un Julien Doré, « deux artistes que j’admire, que j’écoute sans arrêt et avec lesquels j’adorerais partager un duo ou une scène, tant qu’à rêver haut ! » lance t’elle en riant.

« Je suis si heureuse, c’est un tel plaisir d’être sur scène, de vivre ces histoires avec les musiciens, c’est très différent du théâtre où l’on endosse la panoplie et le rôle écrit par l’auteur. Là, c’est vraiment moi et moi dans ce que j’ai envie de dire et montrer. Il n’y a pas de faux semblant, ni de costume de protection. Les premiers retours sont positifs. Les deux dates parisiennes permettront de se faire une idée de la réaction du public. Ce serait tellement le bonheur si une tournée pouvait se mettre en place, je veux tellement croire en ce projet…»

Etre connue et même reconnue dans son domaine, avoir un nom ne suffisant pas à capter l’attention (et le partenariat) des labels, Charlotte Valandrey a auto financé son opus de cinq titres. Mais l’album en comportera quatorze, qui seront tous joués sur scène le 15 Octobre (au Réservoir) et le 29 Novembre (au Zèbre de Belleville, toujours à Paris). Une date qui ne doit rien au hasard puisque ce soir là, Charlotte Valandrey soufflera ses cinquante ans. 

Le premier extrait de son opus s’ intitule « J’adore ». De bonne augure pour saluer l’entrée dans cette nouvelle voie.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Nathalie Cazo. 

– En concerts à Paris, le 15 Octobre au Réservoir et le 29 Novembre 2018, au Zèbre de Belleville. Tickets en vente sur billetweb.fr. – 

LA NUIT DE L’ERDRE 2018: Avec Triggerfinger, les flamands osent

Enorme dose de rock et d’élégance sur la scène de « la Nuit de l’Erdre ». Les belges de Triggerfinger jouent comme personne. Rencontre avec un trio unique.

D’ordinaire, il n’est jamais fait mention des à-côtés d’un rendez-vous, de ce qui précède une interview ou entoure une séance photos. Mais là, ce serait passer sous silence la grande classe de ce groupe pas comme les autres, sur scène comme en dehors. Par le hasard d’une mauvaise rencontre avec le jet d’eau non maîtrisé d’un vigile (qui pensait qu’arroser la foule en cette journée caniculaire serait cadeau mais qui a d’abord visé ailleurs et mal), c’est en mode tête sortie de douche et carnet de notes détrempé qu’a eu lieu l’interview calée depuis plusieurs jours avec les trois membres de Triggerfinger. Avec un groupe plus roots, la situation aurait pu être cocasse mais face à ceux là, qui placent l’élégance à même niveau que leur jeu de scène, on se dit que la vie s’amuse parfois à vérifier votre dose d’humour. 

Une petite vingtaine de minutes après avoir emporté tout le public de La Nuit de l’Erdre, les belges débarquent bouteille de champagne et coupes à la main. Souriants et toujours aussi élégants. Seul Mario Goosens, le bassiste, a troqué son costume contre un tee shirt salvateur après avoir joué une bonne heure sous 37 degrés. Monsieur Paul, le batteur, persiste à garder son veston bien fermé sur sa chemise et sa cravate mais on voit qu’il a tout donné derrière ses drums. « J’attends un peu, ça va redescendre doucement et progressivement », explique t’il dans un large sourire. Quant à Ruben Block, chanteur et guitariste, impressionnant dans sa chemise blanche aussi stylée que ses boots rouges à paillettes (« Il faut bien s’amuser! Je les ai trouvées chez un créateur bruxellois. Je vous donnerai l’adresse si vous voulez, il y a des modèles pour femmes incroyables. »), on se demande comment il fait après ce set d’une énergie exceptionnelle. Ignorant la mise improbable de leur vis à vis, passant surtout au delà de la fatigue post scène, le trio est au petit soin, disponible, drôle, passionné. A ces Belges là, on aurait volontiers accordé la Coupe du Monde… quand eux vous proposent une coupe de champagne.

Vingt ans déjà que le Triggerfinger s’est formé dans les confins d’ Anvers. En 2004 sort le premier opus éponyme mais c’est en 2012, avec la reprise d’ « I follow Rivers » de Lykke Li, que la déferlante se met véritablement en marche: sur scène, le trio n’a pas son pareil pour livrer des concerts d’anthologie. Le succès est fulgurant en Belgique puis traverse les frontières. Les Pays Bas, l’ Allemagne, la France ne comptent plus leurs fans.

Il y a huit ans, le trio s’était rapproché de Greg Gordon, le producteur d’ Oasis et Slayer notamment, et avait enregistré son troisième album sous sa direction, à Los Angeles. Bingo! « All this dancin’ around » a été certifié double disque de platine et les concerts à guichets fermés se sont enchainés sur les plus grandes scènes d’Europe comme dans la plupart des festivals.  C’est aussi après cet album que Triggerfinger a été sacré (en 2011) « meilleur groupe de l’année », aux Industry Music Awards, Mario Goosens décrochant le prix du « meilleur musicien », catégorie dans laquelle Ruben Block était également nominé. 

Pour ce cinquième opus studio, le groupe s’est associé le talent de Mitchell Froom. Le musicien, ingénieur du son et producteur américain que l’on ne présente plus (Mc Cartney, Pearl Jam, Suzanne Vega, The Corrs, entre autres) a eu envie de repousser les limites, de laisser toutes les envies s’exprimer. « Colossus » recense donc des titres où jouent deux basses mais aucune guitare. Des claviers, du sac ont également fait leur apparition. « Jusqu’à présent, on composait en se demandant si les morceaux seraient jouables à l’identique sur scène. Cette fois, on a écrit dans une totale spontanéité, sans arrière pensée, ce qui nous a forcément entraîné vers d’autres chemins », commente Ruben Block. « Travailler avec une personnalité aussi riche que Mitchell From était un aiguillon car on le considère un peu comme une idole alors on n’avait pas envie de le décevoir. Du coup, comme nous avons enfin fini d’aménager notre propre studio, nous avons pu travailler encore davantage et on est heureux de cet album et des dix titres qu’il contient. »

Manifestement, leur interprétation (qui bénéficiait de la présence d’un second guitariste sur scène) n’a pas posé de problèmes si l’on en juge par la manière dont les morceaux sonnaient ce 3 juillet. Réunissant l’énergie d’un Chuck Berry, le punch de Lemmy Kilmister, Triggerfinger met tout le monde d’accord. Ca envoie et c’est parfaitement maîtrisé, aussi bien dans les chansons les plus longues (certains titres approchent les huit minutes) que dans les plus courtes. 

En 2015, sous la Valley, le trio avait laissé un souvenir ineffaçable au public du Hellfest. Avec cet album puissant, empruntant des voies plus extrêmes et pointues, on se dit qu’il serait temps de les voir revenir du côté de Clisson. Ben Barbaud, il y a des Belges qui méritent leur revanche. Di’ici là, on aura eu le temps d’un aller retour à Bruxelles pour découvrir cette caverne incroyable où trônent plein d’autres petites paires de bottines rouges à paillettes.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Avec son « Frankenstein Tour », No One Is Innocent sillonne la voie de tous les succès

Ils viennent d’entamer une tournée qui se poursuivra jusqu’à l’année prochaine portée par  « Frankenstein », leur nouvel album sorti fin mars, une réussite totale. Vingt cinq ans bientôt et ils n’ont peut-être jamais été aussi puissants. No One Is Innocent ou la rage triomphante. 

Il est un peu plus de 8h ce jeudi, Paris a eu le temps de s’ éveiller mais dans les regards de la «Tribu» arrivée en ordre dispersé Gare de Lyon, on sent que le sommeil aurait pu se prolonger encore. Les instruments font van à part et ont pris la route une heure plus tôt depuis une salle de répétition de la banlieue parisienne. Au programme de cette quatrième session du « Frankenstein Tour » entamé le 20 Mars à Argenteuil, Saint-Nazaire en Loire Atlantique, Saint-Agathon près de Guingamp et Ancenis, sur les bords de Loire, à une trentaine de kilomètres de Nantes avant un retour dimanche en début d’après-midi. Un périple qui comme toujours additionnera kilomètres, heures confinées dans les véhicules et nuits courtes mais le groupe est rodé à ces plaisirs invisibles des tournées. Plaisirs que partagent  les indispensables de l’ombre, Arnault Burgues,  nouveau tour manager, également à la console des retours, Estienne, le backliner, Nicolas Galloux, Monsieur Lumières, et « Maz » (Jean-Marc Maz Pinaud) au son. 

Un gentil tacle à celui qui arrive avec quelques minutes de retard et c’est le départ. Dans une tournée, la feuille de route est hyper précise et les horaires ne peuvent être bousculés. L’arrivée au VIP est prévue à 14h, les balances démarreront dans la foulée et le show est prévu entre 22h et 23h30. 

Saint-Nazaire est encore à plus de trois heures. Il y a les bavards, ceux qui lisent ou pianotent sur leur smartphone. Et puis ceux qui en profitent pour s’ offrir un petit supplément de sommeil. Au risque de casser le mythe, le musicien est un être normal, qu’on se le dise!

Une trentaine de dates ont été inscrites dans ce premier volet. Elles sillonnent la France, obliquent courant mai et juin par des festivals en Suisse, Belgique et en Espagne puis s’interrompent le 29 juin à Evreux avant de reprendre après une courte pause estivale dans des salles encore plus grosses. Il le faut car le « Frankenstein Tour » cartonne. Si Kemar et sa bande ont pu douter pendant leur résidence grenobloise, chercher la setlist parfaite et s’interroger sur la façon dont le public, bien que fidèle depuis plus de vingt ans, accueillerait ce septième album studio et cette nouvelle série de concerts, il aura suffi de la première date pour être rassurés. Logique au regard d’un album qui est peut-être l’ un des plus forts de leur carrière.  

Et pourtant, le défi était de taille après « Propaganda », sorti trois ans plus tôt. Des textes puissants qui avaient des allures de cris, une vindicte puisée dans l’ADN de No One mais qui faisait écho aux terribles événements, Charlie Hebdo, le Bataclan… On se souvient du concert à la Cigale, en présence de membres de l’équipe de Charlie Hebdo, dix mois après l’attentat qui avait décimé la rédaction, le message de résistance lu par Shanka au nom du groupe mais aussi cette présence dedans comme dehors de forces de sécurité de tous ordres. No One n’a pas plié, n’a pas remis ses concerts, est resté bruyant et a plus que jamais chanté le point levé. « Charlie », « Silencio », « Kids are on the run », entre autres, sont désormais des partitions obligées, figures de proue magnifiques de puissance et de justesse.

Et puis le temps a passé. Après dix-huit mois de tournée, le groupe a eu envie de se retrouver très vite. Juste eux et leurs instruments. Comme une urgence à faire de la musique et voir ce qu’il en sortirait. « Popy et Shanka sont des guitaristes redoutables avec des idées fortes. Ils ont balancé des trucs impressionnants et la musique a influencé les thèmes. « Frankenstein », « Ali », « A la gloire du marché » sont venus assez vite. Les autres morceaux ont suivi », raconte Kemar. 

« Je partage toujours l’écriture avec mon co-auteur habituel, Manu de Arriba, un ami de lycée. Je savais les thèmes que j’avais envie d’aborder. Politiquement en France, les élections avaient porté Macron au pouvoir et il ne nous donnait encore pas de prise… Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui! Mais la toute puissance de la finance, les revenants de Syrie, les shérifs du monde… l’actualité ne manquait pas de sujets forts. Puis nous avons eu envie de cette reprise de Black Sabath, «Paranoid», que Shanka interprète magistralement et sur laquelle je me contente de faire la voix basse derrière. Je le pousse d’ailleurs à chanter de plus en plus car il le fait superbement. Il y a des mecs comme ça qui savent tout faire, » observe Kemar en riant.

Là où « Propaganda » avait des allures de cri, les onze titres de « Frankenstein » sont beaucoup plus dans la réflexion, davantage distanciés. No One Is Innocent montre sa vigilance et ses engagements citoyens mais sa colère se transforme en interrogations fondamentales. « Nous sommes à l’opposé de ces artistes qui revendiquent de ne faire que de la musique et de parler exclusivement de cela. Je pense qu’un artiste doit, bien au contraire, garder l’oeil ouvert et se tenir informé car il a la chance de pouvoir traduire ses colères en chansons et de faire passer des messages, un point de vue que nous partageons bien évidemment tous les cinq. Dans cet album, je crois pouvoir dire que c’est l’ ADN de No One Is Innocent qui ressort, il y a une cohérence dans les sujets comme dans la musique. » 

Produit une fois de plus par Fred Duquesne, dont on reconnaît la griffe et le savoir faire, ce nouvel album est incontestablement l’un des meilleurs de ce début d’année. Un coup de pied dans les rigidités des rageux qui clament à longueur de mépris que le metal et le rock français ne seront jamais à la hauteur. « Fred est un producteur de grand talent, un ingénieur du son qui sait où il veut emmener un album. Nous étions à enregistrer dans son studio, nous avions déjà mis trois titres en boite mais lui doutait toujours… On le voyait qui cherchait. Et puis au quatrième titre, il a trouvé et on a aujourd’hui ces morceaux, avec cette puissance qui est effectivement très identifiable. »

14h00. Saint-Nazaire, tout le monde descend. Timing parfait. Les deux vans se garent le long de la salle. La mer est à quelques dizaines de mètres mais l’heure n’est vraiment pas au tourisme. Déchargement précis, mise en place, il n’y a pas de gestes inutiles. Un café dans les loges et les balances pourront débuter. Le VIP¨a été créé dans l’ancienne base sous-marine et offre un environnement assez inhabituel. Demain, ce sera « La Grande Ourse » dans la banlieue de Guingamp, une salle moderne alors qu’à Ancenis, le groupe jouera dans la salle des sports municipale, près de deux milles places (et un nouveau show sold out). 

Les contraintes techniques, le confort de jeu ne sont pas toujours les mêmes mais rien ne saurait entamer l’énergie de cette joyeuse bande. Kemar, leader (même s’il réfute le titre), figure emblématique et historique de No One, a la pêche contagieuse. La silhouette aussi affûtée que sa mémoire, il enchaîne les morceaux en parcourant la scène sans temps mort, bondissant, descendant dans la fosse pour chanter plus près encore du public qui espère chaque soir ce moment. A ses côtés, Shanka, surdoué de la six cordes, joue avec une énergie et une facilité déconcertantes. Sous le bonnet à pompon, Popy, le dernier arrivé, offre son talent de guitariste et de compositeur depuis deux albums. Le tandem est parfait, les guitares ont trouvé leur pleine puissance avec ces deux là. Bertrand Dessoliers tient la basse de No One depuis onze ans et partage son sens de la rythmique avec Gaël Chosson, qui n’a rien d’un bleu avec plus de 2.500 concerts au compteur. Une dream team, un line up solide et totalement complice.

Les balances vont durer une heure. Trois ou quatre titres suffiront. Il s’agit d’effectuer les réglages nécessaires, pas de doubler le concert. A 17h alors, les fab five et la team technique ont quartier libre. Enfin, a priori… et pas tous! Kemar, toujours lui, a rendez-vous pour des interviews avec des radios et des médias locaux. Malgré la répétition inévitable de certaines questions, il se soumet à la pratique avec une disponibilité et une bonne humeur intangibles. Il ne rejoindra pas le restant des troupes en fin d’exercice et n’aura pas le temps d’une échappée le long de la mer. Il devra se contenter d’une pause canapé mais n’y voit rien de contraignant. « Parfois on a le temps de se poser à l’hôtel, ce qui nous permet de récupérer des fatigues de la veille. Parfois, l’hôtel est trop loin alors on se pose dans un coin et on dort. Lorsque la ville est belle, on essaie toujours de sortir pour visiter un peu, tout est question de possibilités, de circonstances, de nos envies aussi. Si c’est impossible, on fait autre chose et ce n’est pas grave.»

En attendant l’ouverture des portes, l’équipe s’est un peu dispersée. Lectures, ping pong voire même échauffement de batterie sur… le dossier d’un fauteuil, sans même être distrait par les allées et venues autour, la loge est une ruche animée où fusent les rires. La perspective d’un concert provoque toujours une petite montée d’adrénaline mais est aussi et surtout un moment de plaisir et de partage. 

A 21h, le groupe qui ouvre la soirée entame son set. Trois quarts d’ heure  plus tard, la scène sera laissée aux techniciens qui disposeront alors de vingt minutes pour enlever les instruments et laisser place à la tête d’affiche. Dans les loges, les vestes militaires ont remplacé la « tenue de ville ». Pas de décompte mais un regard de plus en plus régulier sur l’ horloge. A 22h pétantes, « Djihad Propaganda » donnera le coup d’envoi d’un show bluffant d’énergie. 

En mixant de façon aussi réussie ses anciens titres les plus incontournables et cinq morceaux de « Frankenstein », visiblement heureux de cette construction qui ne laisse aucun répit et emporte le public dans une même clameur du début jusqu’à la fin, No One Is innocent donne l’impression de n’avoir jamais été aussi performant.  Une machine de scène que plus rien ne saurait arrêter. L’an prochain, le groupe soufflera son quart de siècle. Un âge comme un autre pour son fondateur qui avoue « ne pas aimer les anniversaires, les auto congratulations. L’ important est de durer encore, de pouvoir partager ce qui nous tient aux tripes, de prendre du plaisir à jouer et évidemment, que ce plaisir soit réciproque. Le public est le seul qui importe, pas le gâteau avec les bougies. »

Et du plaisir, il y en a eu jusque tard dans la soirée. Car une fois fini le concert, douché et changé, Kemar, encore et toujours aussi disponible, Popy, notamment sont allés longuement près du merch pour discuter avec le public, se prêtant au jeu incontournable des photos et des dédicaces.

Il sera près de deux heures lorsque les vans se rapprocheront enfin de l’hôtel. Le trajet est trop court pour déclencher la liste musicale que Kemar a en réserve pour ces ultimes moments de route. Ce n’est que partie remise. Le lendemain, sur les chemins de traverse bretons, il prendra un malin plaisir à reprendre des tubes sortis tout droit de Star 80. 

Etre soi-même, sans tricher, garder la passion et la rage intactes. C’est sans doute ça la raison du succès de ce groupe au sommet de son art. La voix est libre et fort de ce credo, No One is Innocent n’est pas prêt d’arrêter son chemin.

Magali MICHEL.

Reportage et crédit photos // Sophie BRANDET.

– Un remerciement très particulier et sincère à toute la tribu No One is innocent, musiciens et techniciens pour leur immense disponibilité. – 

Charlie Boisseau accélère le rythme !

Le 13 Avril, Charlie Boisseau présentait son nouveau single. Une chanson écrite par Ycare  et qui ne figure pas sur « Acte 1 », son premier album, sorti en octobre dernier. Un détour extérieur porté par des rythmes inédits que l’intéressé défend avec passion, enthousiaste à l’idée de poursuivre sa route en brouillant les cartes mais sans jamais se perdre de vue.

Entre vitesse et avancée progressive, Charlie Boisseau ne veut pas choisir, lui qui compose avec son impatience et les pauses qu’il sait nécessaires à ses partitions. Si l’artiste, perfectionniste revendiqué, aime que les choses mûrissent, qu’elles aient la couleur exacte qu’il leur a imaginée avant de les laisser s’échapper, il a aussi, en jeune homme bien de son époque, le goût de la course, ce sens du rythme et cette envie de donner parfois quelques coups d’accélérateur. Assez logique quand on voit le rythme auquel certains artistes soumettent les sorties de leurs singles. Mais à force de remplacer l’un par l’autre, on finit aussi par tout effacer et à ne plus laisser la moindre empreinte dans les mémoires, travers que Charlie Boisseau ne veut pas absolument pas risquer. 

En Janvier 2017, lorsque « J’en ai des tas », premier extrait de son opus à venir, est sorti, il a quand même trouvé la parade pour tromper l’ impatience et poursuivre le partage en tournant le clip éponyme. L’album est sorti en octobre et un mois plus tard, il tournait déjà un autre clip, celui de « Pourquoi tu t’en vas ». A l’heure où les maisons de disques rechignent souvent à multiplier les réalisations, la sienne, Scorpio Music, l’accompagne et lui permet d’aller encore et encore de l’avant. Assez rare pour être souligné.

Mais ce serait mentir que de penser que tout cela suffit à calmer ses ardeurs, son trop plein créatif, sa fébrilité à la perspective de sa première grande scène parisienne cet automne. Alors Charlie Boisseau compose. De jour comme de nuit. Peu importe la valse des heures, il enchaine les accords et pose les mots dans cette déferlante de contre temps. Sans doute pourrait il enregistrer déjà son Acte 2, (voire même 3 !) avec tout ce qu’il a en réserve. Mais l’heure n’est pas à ces éditions potentielles qui n’auraient, affirme t’il, que le goût de l’approximatif. Si Charlie Boisseau passe autant de longues heures en studio, c’est pour travailler encore et encore, bosseur infatigable, des chansons qu’il habillera de tonalités nouvelles, magnifiques variables d’ajustement.

Et puis au milieu de tout çà, il lui arrive de pousser la note sur des titres que d’autres sont venus lui présenter. Lorsque l’évidence est là, nulle place pour les états d’âme d’auteur, il fonce. C’est ce qui c’est passé avec « Tellement belle (Auf wiedersehen), écrit et composé par Ycare (ex Nouvelle Star, compositeur désormais ultra sollicité). Le rythme hyper entraînant est d’une efficacité redoutable et ferait bouger le plus timoré des danseurs. Une écoute et c’est déjà en tête, atout majeur pour une chanson qui doit trouver sa place dans les playlist où durer est un défi permanent. La voix de Charlie Boisseau le porte de façon magistrale. Le clip, sorti dans la foulée, séduit. 

« Je suis un type joyeux qui fais des chansons tristes. Souvent ! Mais j’aime aussi quand ça bouge et que ça décale, » commente le musicien. « Quand j’ai entendu « Tellement belle », j’ai eu un vrai coup de coeur et je n’ai pas douté. Il y a une énergie folle dans la musique et ce truc en plus qui donne envie de chanter et de bouger alors que les paroles ne sont quand même pas d’une gaité folle. J’adore ça. En live, comme j’ai encore pu le constater lors de ce show case organisé par Radio Oxygène à Angers, le titre montre toute sa dimension et est repris spontanément par le public. C’est le meilleur des signes, non? Certains ont pu s’étonner que ce nouveau single ne provienne pas de mon disque mais quelle importance? C’est un plus, une branche supplémentaire qui ajoute au reste, une envie de cette ambiance là à ce moment là, avant de retourner extraire une autre de mes chansons.»

Le 14 Novembre prochain, Charlie Boisseau vivra sa première grosse date parisienne à l’ Alhambra. Il l’attend avec une fébrilité mêlée d’enthousiasme. L’équipe de se musiciens est au complet, il a déjà pensé aux invités surprise qui le rejoindront le temps d’une chanson mais il n’a pas encore bouclé la mise en scène, la set list. Il veut que ce soit parfait de chaque coté de la scène. Alors, « parce que je sais que l’été passe très vite et que le temps finit toujours pas manquer », il va déjà commencer à répéter, entre deux shows case et trois nuits en studio. 

Pressé, peut être. Mais exigeant et convaincu que le chemin ne pourra aboutir qu’ à force de travail et de « bel ouvrage ». Il en oublierait presque son talent, pourtant bien en place. Charlie Boisseau, l’impatience tranquille.

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

RETOUR GAGNANT POUR EDDY DE PRETTO AU PRINTEMPS DE BOURGES

Eddy de Pretto, figure montante mais déjà triomphante du rap français, est repassé par le Printemps de Bourges. Un concert à guichets fermés, une ascension fulgurante que le musicien observe avec tranquillité.

Forcément, il n’a rien changé, la casquette est toujours vissée, le sweat à capuche glissé sous le bomber. Et pourquoi aurait-il changé d’ailleurs lui qui affirme (et le prouve) prendre cette déferlante de succès avec recul et sans s’encombrer de sentiments inutiles. « J’ai tellement rêvé de cela, pendant des années, alors que j’étais très jeune, peut-être même avant mes dix ans, je n’imaginais pas meilleur avenir que celui me permettant de faire mon numéro sur scène. Alors maintenant que c’est là, je profite, j’essaie  juste de ne pas en manquer une miette. Mais je suis le même! »

Dans cette salle bondée de conférence de presse du Printemps de Bourges, Eddy de Pretto était à coup sûr l’un des plus attendus. « Impressionnant », « un phénomène »… en attendant l’arrivée du musicien, chacun y va de son commentaire. Notamment ceux, comme nous, qui l’avaient découvert l’an dernier pour sa première participation berrichonne, saluée par le « Prix Inouïs 2017 ». Un an plus tard, la sortie de l’ EP« Kid »en Octobre 2017, l’album « Cure » ( sorti en mars dernier, disque d’or en un mois à peine), la tournée des Inouïs, la nomination comme « Révélation scène » aux dernières Victoires de la Musique, l’accélérateur a sérieusement été enfoncé mais rien ne saurait troubler le calme apparent du francilien. « C’est amusant parce que ce sont les gens autour de moi qui me parlent de frénésie, de déferlante mais moi je suis très apaisé », assure t’il. « Je suis personnellement plutôt dans l’observation et l’appréciation. Au fil de ces rencontres avec le public, je vois ce qui plait, comment mon projet est ressenti. C’est aussi pour cela que je suis très impatient à l’idée des festivals qui arrivent car ce seront forcément d’autres spectateurs, des gens qui ne me connaîtront pas et qui peut-être même ne m’aimeront pas du tout. Le public qui vient voir Orelsan ou Nekfeu peut parfaitement me rejeter mais ce n’est pas grave car l’ unanimité ne permet jamais de progresser. »

Depuis son apparition, Eddy de Pretto n’a jamais hésité à s’affranchir des codes, osant les orchestrations inhabituelles. Cuivres imposants dans « Beaulieue », ambiance nettement plus synthétique dans « La Jungle et la chope », la signature des producteurs habituels de Booba et PNL n’est sans doute pas étrangère à tout ça. Quant aux textes, le jeune homme se réserve leur pleine écriture. « Pour ce premier album, tout est venu assez facilement. J’avais emmagasiné pendant plus de quatre ans et en un mois est sorti le dessus de cette matière. Je ne me suis jamais interrogé sur la classification qu’on allait lui donner. Je suis forcément le produit de tout ce que j’ai entendu plus jeune, ma mère qui écoutait Barbara ou Aznavour, en bas de chez moi c’était le rap et puis il y a eu la formation jazz et les cours de comédie musicale, de théâtre, le piano appris à la MJC de Créteil quand j’avais douze ou treize ans… Il faut se laisser porter et rester ouvert. «

Eddy de Pretto délivre ses textes, les thèmes portent ses colères ou ce qui le touche comme  « Mamère », une chanson un peu dure sur la sienne, « elle ne savait pas si elle devait être dure ou tendre. Elle protégeait mais refusait de me voir dans le monde de la musique car elle l’imaginait loin de nous, pourri par la coke ou mille autres tentations. Elle ne voulait pas non plus que la douceur provoque des failles dans l’éduction. On en a beaucoup parlé quand le morceau a été écrit. Ca aura au moins permis cet échange, » lance t’il en riant.

Il y a aussi la désormais tube « Kid », l’histoire de ce gamin dont on veut absolument faire un dur à cuir, un homme dans sa plus grande virilité alors que le môme ne rêve que de jouer à la poupée. » Une histoire touchante, loin des scènes habituelles du rap, son histoire à lui en vérité. « Mon père me disait souvent : « Arrête de pleurer! » Je n’ai pas cherché à en faire une généralité mais je pense ne pas avoir été le seul dans ce cas. ». 

Pour la mise en musique, le naturel l’emporte encore. « Le claquement des consonnes et la rondeur des voyelles font naître une musicalité… Il ne me reste plus qu’à la suivre ! Sur scène, il y a un jeu d’ombres et de lumières, le batteur et moi qui joue constamment avec mon iphone pour lancer les pistes. C’est volontairement sobre pour, c’est ainsi que je l’ai voulu en tout cas, aller droit au but et ne rien perdre de ce qui importe, le corps qui bouge et les mots qui se font entendre.»

Combo gagnant si on en juge par le nombre croissant de ses fans et les salles qui le réclament. La nomination aux Victoires de la Musique et la prestation en direct, bien que lui ayant laissé un souvenir plutôt mauvais (un générateur avait cassé juste avant sa performance et perturbé définitivement son passage) ont sans doute permis un coup de projecteur supplémentaire mais c’est au bouche à oreille pour cause de talent qu’il doit sa fulgurante ascension. Après des dizaines de dates et une présence dans de très nombreux festivals, deux Olympia, excusez du peu, les 6 et 7 Novembre, Eddy de Pretto bouclera cette première partie de chemin au Zénith de Paris le 22nmars prochain. Certains murmurent qu’une collaboration artistique avec Christine and the Queens pourrait voir le jour. Les deux intéressés bottent en touche et se contentent de reconnaitre « beaucoup apprécier l’univers de l’autre ». A suivre donc. Quand on voit l’enthousiasme du public du Printemps de Bourges cette fin avril, on se dit que l’été d’ Eddy de Pretto s’annonce plus lumineux encore.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

The Temperance Movement, à écouter sans modération !

En sept ans et trois albums, les britanniques de The Temperance Movement ont accroché avec leur rock si personnel la fidélité de milliers de fans en Europe mais également aux Etats-Unis où ils ont eu la chance d’ouvrir pour les Rolling Stones. Une mise en lumière accrue qui n’a pas réussi à donner la grosse tête à un groupe qui a traversé des tempêtes et su garder le cap en conservant l’honnêteté pour figure de proue. Rencontre.

Quand le tourbus s’est garé près de la Loire, à quelques mètres du Ferrailleur où ils joueraient le soir même, les cinq musiciens n’ont jeté qu’ un regard ensommeillé sur les quais nantais. Le concert de la veille au Rocher de Palmer, à Cenon, dans la banlieue bordelaise, était encore dans les mémoires. Une jolie date au milieu de ce nouveau mais court périple français entamé à Paris, au Trabendo le 31 mars. « On tourne beaucoup, certaines années on a même donné jusqu’à deux cents concerts alors forcément, la bus est un peu notre seconde maison. Et il n’est pas toujours facile de bien visualiser les salles, les villes, où nous nous arrêtons. Parfois, on trouve le temps de s’éloigner un tout petit peu pour voir les abords et visiter. Parfois pas! Mais ce n’est pas dramatique, c’est notre job et on aime ça, » commente Paul Sayer, l’un des deux guitaristes, membre historique et fondateur de The Temperance Movement.

Dix ans déjà que l’idée de former un groupe s’est imposée, envie partagée par Phil Campbell, le chanteur et Luke Potashnick, autre guitariste. Mais il a fallu attendre 2011 pour que les choses se concrétisent, le temps de trouver un batteur et un bassiste, « une formation très classique au final ». Dès le premier EP en 2012, The Tempérance Movement interpelle. Dans un monde qui aime poser les étiquettes et ranger dans des cases, difficile de positionner clairement ces britanniques mêlant aussi efficacement des sons des années soixante et soixante dix mais qui aimaient aussi manifestement Nirvana, les Stones ou Soundgarden. Des enfants du siècle qui n’auraient pas eu le complexe de leurs ainés et leur rendraient même de magnifiques hommages en quelque sorte.

« On se nourrit de rencontres, de ce que chacun écoute. Nous avons des influences multiples mais des envies communes… ce qui est quand même plus simple», poursuit en riant Nick Fyffe, le bassiste. Un melting pot musical qui séduit d’emblée : en novembre 2013, The Temperance Movement décroche le prix du « Meilleur nouveau groupe de l’année » de Classic Rock Magazine.

Le karma continuant alors à être particulièrement bon, le hasard met une de leurs lointaines connaissances sur la route d’une conversation dans laquelle il est dit que les Stones cherchaient des premières parties pour leur tournée européenne. N’écoutant que son culot et son envie, la jeune femme a alors donné leur nom! Comme ça, tout bêtement. Mick Jagger a écouté et aimé. Ainsi va parfois la vie d’un groupe encore moyennement connu qui se retrouve soudain propulsé pour une poignée de dates devant des auditoires XXL, sur la même affiche que l’un des groupes phares de la musique mondiale depuis plus de cinquante ans.

« C’est cool, non ? » s’amuse Paul Sayer. « Ce n’était vraiment pas un truc de label ou de management, un truc pensé et calculé par je ne sais quel financier. C’était juste un truc tout simple, le bon moment d’une personne qui n’aurait jamais du être là quand une conversation a eu lieu et qui a l’audace tranquille de ceux qui ne risquent rien au fond. Et ça a été énorme, »

« Aucun facteur de stress dans cette histoire mais une incroyable envie, une excitation totale à l’ idée de jouer ces soirs là dans ce contexte de fou » surenchérit Nick Fyffe. « Comment ne pas kiffer ce truc là? Je crois que tous les musiciens à notre place auraient pensé de la sorte. Et l’histoire s’est renouvelée quand les Stones nous ont embarqué pour cinq dates de leur tournée américaine l’an dernier. On a aussi ouvert pour les Insus en France sur quelques dates et ça a été là encore un plaisir énorme. »

Mais la vie d’un groupe n’est pas toujours linéaire et en 2016, alors que sort « White Bear », le deuxième album, Luke Poshnik décide de quitter le navire pour vivre de nouveaux horizons. En Novembre de cette même année, le batteur laisse également sa place et est remplacé par Simon Lea. Des tourments organisationnels et forcément humains quand c’est l’un des piliers historiques qui part et qu’en quelques mois, près de la moitié de la formation aura été changée. De nouvelles habitudes doivent se créer, une autre complicité doit rapidement exister.

En parallèle, Phil Campbell le chanteur, est rattrapé par ses liaisons dangereuses avec l’alcool et la drogue. Il ne se voit pas monter sur scène sans ses béquilles artificielles, persuadé de ne pouvoir être bon sans ses dangereuses compagnes.

Il faudra du temps pour revenir à la surface d’une eau plus claire mais le résultat est bluffant. Sorti en février, « A deeper Cut », le nouvel opus, est ce que le groupe a livré de plus abouti et profond. D’une transparence et d’une honnêteté totales. « Nous avons lutté, nous avons souffert mais nous avons vécu. Et comme le dit l’adage, « ce qui ne tue pas rend plus fort », observe avec philosophie Paul Sayer.

En fait, je ne sais pas si nous sommes plus forts mais ces tumultes partagés ont grossi notre vécu. Nous avons souffert et partagé ensemble. C’est ensemble que nous y sommes arrivés et c’est encore ensemble, survivants de tout cela, que nous avons désormais l’immense plaisir de défendre ce disque sur scène. Il est une fois de plus la réunion de toutes nos influences, il est cathartique, plein de force, moderne et bien sûr la réunion de pas mal d’émotions.

J’espère que le public le reçoit comme un album extrêmement honnête et vrai car nous ne prétendrons jamais être ce que nous ne sommes pas. On pourrait embellir l’histoire à coups de pseudos vérités sur les réseaux sociaux. On sait comment ça marche. Mais on préfère aller chercher le public en faisant ce que nous aimons le plus, jouer sur scène et voir dans le regard des gens l’effet de nos morceaux. En Grande Bretagne, nous avons l’habitude des salles de plus de deux milles personnes. C’est bien sûr plus restreint en France mais ce n’est pas grave. Cela permet d’autres échanges, une autre manière d’aborder l’histoire de The Temperance Movement. Et on ne va pas bouder notre plaisir car le public français est fidèle. Et surtout, de plus en plus nombreux. »

Preuve en était donnée ce lundi soir à Nantes où le Ferrailleur faisait salle aussi comble qu’enthousiaste. Sur scène, Phil Campbell a donné le ton d’emblée avec cette énergie et ce timbre si reconnaissables. Le chanteur aime ces moments et ça se voit. Généreux, souriant, leader d’un groupe dont la complicité est manifeste, il ne lâchera rien jusqu’au bout d’une set list de plus d’une quinzaine de morceaux qui a su mêler succès et titres moins connus, où l’on retrouve évidemment « Caught in the Middle », « White Bear », « Three Bullets », « A deeper Cut » mais aussi, entre autres, «Be Lucky» ou « Love and Devotion ». Le public en redemande et n’entend pas les laisser partir. Les britanniques reviendront alors pour deux chansons. Sur les bords de Loire ce soir là, certains spectateurs avaient déjà noté que The Temperance Movement serait de retour en France à Musilac en Juillet…

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.