FETE DU BRUIT DE LANDERNEAU: Le festival breton qui joue dans la cour des très grands

Le benjamin des festivals bretons n’aura jamais si bien justifié son nom que cette année, si l’on en juge par l’affiche de l’édition 2016 où la fête sera déclinée en mode majeur avec en prime, excusez du peu, une journée de fête supplémentaire : Iggy Pop, Indochine pour l’un de ses très rares concerts de l’été… Une programmation exigeante dans un cadre insolite, une vingtaine d’artistes en trois jours : les clés probables du succès de ce rendez-vous attendu chaque deuxième week-end d’août en terres finistériennes.

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Vendredi 12, c’est à Bantam Lyons que reviendra l’honneur d’ouvrir les hostilités. Les régionaux de l’étape distillent une pop mélancolique mais bien électrique à laquelle il est difficile de résister. Patrice, déjà présent en 2011 et 2013, revient cette année encore pour un nouveau live tiré de «The Rising of the sun», son dernier album. Généreux, solaire, l’artiste est devenu le chouchou des festivaliers totalement séduits par sa « sweggae music ». Place ensuite à Garbage. Pour célébrer les vingt ans du groupe, les musiciens ont entamé une grande tournée à travers l’ Europe et les Etats Unis, la « Vingt years Queen Tour ». Il y aura bien évidemment les incontournables comme « Only happy when it rains » ou « Stupid girl » mais Garbage devrait également révéler quelques extraits du sixième album à venir. Un joli cadeau.

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Indochine.

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Mass Hysteria.

Mais il ne faut pas se mentir, c’est bien vers la bande de Nicola Sirkis que tous les yeux se tourneront ce soir là. Indochine, qui doit sortir un album l’an prochain, ne prévoyait pas de concerts cette année. Et puis les dramatiques évènements de l’hiver les ont convaincu de revenir plus tôt sur scène. Pour une mini tournée de sept concerts dont cinq en France. Cette escale à Landerneau sera donc la seule dans l’Ouest, une vraie reconnaissance pour le festival qui justifie pleinement l’ajout d’une journée supplémentaire. Icône depuis plus de trente cinq ans, premier artiste français à remplir Bercy en 2003, une bonne vingtaine de disques de platine… leurs détracteurs auront beau dire, ces gars là restent inoxydables et leur public ne cesse de grossir.

Enfin, à 0h55, Mass Hysteria, pour qui 2016 est décidément l’année de tous les festivals et de tous les succès, fermera le ban avec ses partitions intransigeantes, ses textes punchy et ce sens du partage qui n’appartient qu’à ces cinq là, fers de lance du métal en France depuis plus de vingt ans. Brestois, Mouss, le chanteur, aura encore plus à coeur de reprendre des refrains qui ont mis tout le monde d’accord depuis la sortie de « Matière Noire », dernier opus en date, à l’automne dernier. Son « Faites du bruit ! » en préambule de « L’enfer des Dieux » sera ici parfaitement raccord.

Samedi 13, les festivaliers qui n’ont pas la chance de l’avoir déjà vu sur scène pourront découvrir Rotor Jambreks. A la fois chanteur, multi-instrumentiste, auteur d’un spectacle pédagogique sur l’histoire du rock passé par Landerneau en 2010, l’artiste présentera sa toute nouvelle création.

Les joyeux drilles de Salut, c’est cool prendront ensuite le relais. Totalement barrés mais ultra professionnels, joyeusement inclassables, ces quatre là servent un techno survoltée dont internet s’est très vite emparée avant le que le buzz ne propulse leurs talents sur scène. C’est vraiment à ne pas manquer.

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Casseurs Flowters.

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The Cranberries.

Casseurs Flowters s’emparera ensuite des Jardins de l’esplanade. Duo constitué des rappeurs Orelsan et Gringe, les Casseurs Flowters ne cessent de casser les codes de la planète hip hop avec leur rap décomplexé et on ne compte plus désormais le nombre de leurs fans prêts à parcourir les routes pour venir les applaudir. La recette est efficace, le show ultra énergique… ça va décoiffer!

Place ensuite à Damian Marley. Oui, il s’agit bien du fils de Bob ! Mais il ne doit pas sa réputation à la seule célébrité de son père. Damian Marley est un musicien reconnu également producteur recherché. Forcément, c’est du reggae et depuis 2005 et le fameux album « Welcome to Jamrock », on sait que ce reggae là a des couleurs bluffantes.

The Cranberries seront eux aussi de la fête. Connus mondialement grâce à « Zombie », tube qui les a définitivement posés au firmament de la pop, les irlandais ont longtemps chantés les heures sombres d’un quotidien ancré dans la guerre de religion. Après une brève séparation dans les années 2000, le groupe est revenu plus fort et surtout avec des refrains plus lumineux. Les trente huit millions d’albums vendus imposent le respect. Onze ans après « Wake up and smell the coffee », le groupe a repris la route des studios pour livrer « Rose », leur dernier album en date. Sur scène, c’est juste un pur moment de grâce.

Deluxe.

Rose-Mary And The Ride.

Mais la journée ne s’arrêtera pas là : Deluxe, ses costumes improbables, son univers déjanté et ses chorégraphies uniques, Birdy Nam Nam, qui a depuis de nombreuses années maintenant si convaincre avec un hip hop assez classieux et Pfel and greem (échappés du collectif nantais C2C), deux Dj qui raflent tous les prix (sacrés quatre fois champions du monde Dico Mix Club entre 2003 et 2006, quatre trophées aux Victoires de la musique 2013) et dont la talent dans le domaine de la musique hip hop et pass electro n’ est plus à prouver, enchaineront sans répit.

Grosse affiche encore dimanche avec pas moins de huit noms pour réjouir les festivaliers.

Rose-Mary and the Ride ce sont Pauline et Vinz, respectivement chanteuse et guitariste de « Rose Mary and the Ride », vingt ans tous les deux, ont été rejoints par des potes musiciens et livrent un nouveau projet, mêlant funk, soul, pop, rock. C’est superbement ficelé et on a du mal à imaginer que derrière ces compositions se cachent un duo aussi jeune.

Synthèse électrique de ses passions lettrées pour l’alter punk, la new wave ou le shoegaze, Von Pariahs (qui refermera le festival avec un set à 2 heures du matin) transcende les genres en les incarnant sur scène sans distance ni clin d’oeil. Un premier degré et une façon de faire qui signent un engagement rare dans un répertoire abrasif et soigné.

Le guitariste Martin Luter BB King, le DJ Eurobelix et le chanteur David Boring continuent sur leur rythme effréné (même s’ils ont changé beaucoup de choses dans leur façon de produire). Grosse implacable, mix joyeusement rugueux, délires techno-disco-fusion, Naïve New Beaters ne s’apprécie jamais aussi bien que sur scène.

No One Is Innocent.

Die Antwoord.

Faut-il encore présenter No One is Innocent? Le groupe français emmené par Kemar n’a jamais failli depuis son premier single, « La Peau », en 1994 et vient de sortir un sixième album unanimement salué. « Propaganda » multiplie les textes acérés et les riffs qui dépotent. La réputation scénique du groupe est largement méritée. Avec des musiciens de grande pointure (dont Shanka à l’une des guitares), c’est l’un des concerts de l’édition à ne surtout pas manquer.

Changement radical d’ambiance avec Dub Inc., sans doute le plus emblématique groupe de reggae français. Dix ans que la joyeuse bande posent sur des textes sincères des rythmes aux mélodies inimitables. Le groupe, porté par Bouchkour et Komlan, chante aussi bien en français qu’en anglais ou en kabyle, une bel hommage au métissage.

Formé en 1994, déformé puis reformé surtout en 2009, Skunk Anansie, plus de cinq millions de disques vendus au compteur, a été l’un des groupes rock les plus populaires en Grande Bretagne mais aussi en Europe, dans les années 90. Skunk Anansie revient fort avec un sixième album studio sorti au début de l’année, mixé par Jeremy Wheatley (Mikka, The Vaccines, Moby…). La tournée est un succès. On comprend pourquoi.

La journée multipliant les univers, place sera également faite pour Die Antwoord. Chacune des apparitions du groupe offre des visuels uniques mais il ne faut pas se laisser duper par les apparences parodiques de ces vidéos, Die Antwoord étant bien plus qu’une simple formation au hip hop incomparable avec ce mélange d’argot sud africain et ces références gangstas. Si tous les festivals leur font les yeux doux, ce n’est pas le fait du hasard.

Iggy Pop.

Enfin, en passage unique en Bretagne, Iggy Pop fera escale à Landerneau. Quarante ans que «L’Iguane» est une icône incontournable, une légende vivante. Son dernier album, « Post Pop Depression », qui a vu la collaboration de Josh Homme, le leader de Queens of the Stone Age, Matt Helders, le batteur d’Artic Monkeys, entre autres, prouve qu’Iggy Pop en a encore sous le pied et que les plus jeunes n’ont pas encore eu sa peau.

Lorsque le festival a fait résonner ses premières notes, le 15 août 2009 (avec Tryo, Anaïs, Lavilliers notamment), ils étaient 11.000 à avoir répondu présents. L’année suivante, portée par ce bilan positif, la manifestation s’est étalée sur une journée supplémentaire en accueillant Status Quo, Placebo, entre autres. Vingt cinq mille festivaliers partageaient avec enthousiasme. Combien seront-ils pour cette huitième édition forte de ce jour de plus, qui élargit encore la palette des concerts? On peut parier sur plus de trente mille. A Landerneau, il semble que tous les rêves soient possibles. Big up pour ces organisateurs qui ne sont pas les plus médiatisés mais entreprennent avec succès et une modestie assez rare.

M.M.

– http://festival-fetedubruit.com –

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Indochine. Putain de…

A 21h tapantes, les cinq compères ont crevé les écrans géants. Vieillis puis rajeunis par la grâce d’un morphing parfait. Le film entrait dans la réalité et Indochine au beau milieu du Stade de France. Une traversée sous des tonnerres d’applaudissements. Top départ de trois heures triomphales.

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Par des interviews et des post réguliers sur Twitter, Nicola Sirkis et Oli de Sat avaient su se jouer des curiosités tout en donnant l’impression de lever des pans du mystère qui entourait ces deux concerts exceptionnels au Stade de France. Une bonne année de suspens dont rien n’avait filtré. Mais quelques infos comptables habilement distillées par Live Nation avaient renforcé les impatiences : 57 semi-remorques pour acheminer les décors et la technique, plus de 700 techniciens mobilisés, 550m2 d’écrans, 450m2 de surface mapping, 25.000 watts de puissance sonore, une scène totalement originale de 80m de large dotée d’une piste de 50m pour rejoindre une autre scène en milieu de pelouse, de longues travées de chaque coté de la scène principale et des effets spéciaux par dizaines. Nul besoin d’avoir tout un passé d’intermittent technique pour comprendre que cette débauche annonçait du grandiose.

Sitôt dans le stade, les 65.000 spectateurs ont enfin pu découvrir la Black City, immense ville de métal, rappel du dernier album et des trois « Black City Tour » qui avaient précédé ces deux rendez-vous ultimes. Et à 21h, c’est à « Electrastar », extrait de Paradize souvent écartée des concerts, qu’a été donnée mission de lancer la soirée. Le stade entier s’est immédiatement levé.

La mâchoire contractée, visiblement tendu, Nicola Sirkis semblait lutter contre un cocktail trac-émotion. Avant ce concert, il avait répété vouloir faire de ces deux soirs un « moment de communion avec ceux qui les suivent depuis 30 ans, 20, 10, 5 ans ou même depuis hier seulement. » L’heure était donc venue de cette grande messe pour ces milliers de visages couverts de la croix symbole du groupe. On comprend donc ce qui devait s’agiter sous le casque brun. Indochine a beau être le seul groupe français à remplir le Stade de France (et par deux fois consécutives), l’ampleur un peu folle de la tâche a de quoi enivrer.

Mais le garçon est professionnel et la setlist savamment dosée entre titres un peu oubliés et airs incontournables, lui a assez vite permis de retrouver le sourire. « C’est comme un rêve! Merci, Merci.. » lance-t’il à la foule avant de dédier « Atomic Sky », à son frère Stéphane, disparu voilà quinze ans. Un tendre clin d’œil encore à Renaud, présent dans le public, puis Nicola Sirkis accompagné du seul Oli de Sat au piano, reprend quelques morceaux plus intimistes. La machine est définitivement lancée. L’enchaînement de tubes dans une mise en scène fourmillant de surprises ne s’arrêtera plus.

La pluie annoncée n’est pas venue (enfin pas ce premier soir car le lendemain, elle serait l’invitée mauvaise surprise, ce qui n’empêchera pourtant pas le concert de se jouer avec la même énergie). Les artifices en tous genres ont parfaitement fonctionné, l’enregistrement du DVD ne connaîtrait donc pas de problèmes, le leader d’Indochine, rassuré et de plus en plus à l’aise au fil des chansons, a pu exploiter les avancées de scène pour aller encore davantage au contact de ses fidèles. Car il y a bien quelque chose de mystique dans la relation entre Sirkis et ses fans. Ni secte ni gourou. Mais une messe païenne dont les psaumes seraient les révoltes communes et ce lien que le musicien renforce en partageant ses combats. Le visage de Christine Boutin, projetée en immense sur les écrans tandis que retentissait son discours homophobe, tenait largement de ça et a obtenu l’adhésion huante du public. Le « petit doigt au CSA » qui avait refusé la diffusion du superbe clip de « Collège Boy » également.

Un peu plus de trente ans que la fidélité opère. Une longévité qui explique ce public multi-générationnel, joyeux et complice, reprenant à plein poumons, les bras levés. Mais qui a aussi su se faire discret pour laisser Alice Renavand, récemment promue danseuse étoile de l’Opéra de Paris, figure principale du clip de « Wuppertal », imposer sa grâce sur la seconde scène. Apparition magique que cette silhouette blanche et émotion de Nicola Sirkis qui l’observe à l’autre bout du stade et a du mal à entonner le premier couplet. Un moment suspendu.

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Mais les meilleures choses ont une fin. « Trois nuits par semaine », « Dunkerque », « A l’assaut » et un « Aventurier » d’anthologie qui embrasera (au sens propre) le Stade de France pour un final gigantesque.. Indochine avait promis que ce Stade là serait encore plus fort qu’il y a cinq ans. Mission largement accompli. Près de trois heures de concert à grand spectacle mais laissant quand il fallait la place à de vraies émotions. Les trente ans (légèrement dépassés) du groupe ne pouvait rêver meilleur anniversaire.

Magali MICHEL.

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Indochine. « Putain de groupe! »

Indochine était à Nantes ce 23 Mars. Une nouvelle escale dans un Zénith bourré à craquer après la date triomphale et rapidement sold out du 24 Octobre précédent. Black City, le retour.

Une setlist un peu modifiée, quelques jeux de scènes revisités, pour le reste, les six rockeurs n’ont rien changé à la formule gagnante : l’immense scène vaisseau spacial est somptueuse et les effets de lumières incroyables.

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Le rythme est dense, les titres anciens se mêlent aux accords de Black City Parade, le petit dernier des douze albums, dans une organisation musicalement puissante et bourrée d’énergie. On pourrait presque dire d’énergie positive tant le leader de ce groupe trentenaire surfe sur le registre de l’amour. Des paroles fortes pour prendre la défense des homosexuels et du mariage pour tous. Une gestuelle discrète mais savamment placée, une épaule dégagée du perfecto, Nikola Sirkis affole « les filles et les garçons ». Au bas de la scène, ceux qui attendaient depuis la veille pour gagner ce premier rang, ont les larmes aux yeux et le regard hypnotisé.

La communion durera deux heures et demi. Un set intimiste et un Aventurier plus tard, l’heure est au départ. Rendez-vous au Stade de France le 27 juin. Les places se sont arrachées. Une date supplémentaire a été rajoutée le lendemain. Plus besoin de demander à la lune si elle veut encore de lui. Indochine peut remplir tranquillement le Stade de France deux nuits par semaine.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

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