HELLFEST : une mise en musique dans le moindre détail

Toujours plus beau, toujours plus fort. Le Hellfest s’apprête à ouvrir sa 14ème édition avec des artistes aussi prestigieux que Slayer, Kiss, Tool, Mamowar ou bien encore Dropkick Murphys, Def Leppard ou Gojira. Mais à Clisson, la programmation n’est pas la seule composante du succès. L’âme du Hellfest, c’est aussi le décor ultra léché, l’ambiance nourrie à coups de sculptures et créations uniques. Les nouveautés sont régulières et une belle surprise attend cette année les metalleux affamés.

C’est un môme de onze ans, déjà fou de musique, qui attend le rendez-vous avec les yeux brillants d’impatience et qui onze ans plus tard, fait toujours des petits bonds de joie une fois franchies les portes de la cathédrale pour son 12eme Hellfest. Il ne répète plus « On est heureux ici !» mais les mots résonnent toujours dans sa tête. C’est un vieux fan de Kiss presque septuagénaire qui saute chaque année sur la billetterie pour vivre ces trois jours avec ses potes d’enfance, vieux tee shirt relique ressorti des placards. Ce sont ces deux jeunes handicapés britanniques qui savourent le bonheur d’être près des immenses scènes sur des esplanades parfaites parce qu’ici, leur fauteuil roulant n’est pas un obstacle. Ce sont ces grappes de copines qui ont traversé l’Europe depuis la Finlande pour cette échappée de 72 heures parce que « ce Fest français, tu ne peux pas le raconter sans enthousiasme. C’est le meilleur, c’est tout! » Et l’on pourrait poursuivre longtemps encore la liste de ces fidèles, fans de metal mais pas seulement, fans aussi et avant tout de l’ambiance unique qui règne dans la manifestation clissonnaise.

Rammstein lors de leur passage au Hellfest en 2016.

Pour tous ceux là mais aussi pour la majorité des autres, le Hellfest est devenu une espèce de lieu sacré. Comme d’autres vont se perdre dans les grottes de Lourdes, eux passent par Clisson. C’est un rite, une sorte de passage obligé. Pour certains, « il faut faire le Hellfest au moins une fois dans sa vie », optique un peu extrême, sans mauvais jeu de mots, car ceux là viennent davantage « pour l’avoir fait » que pour la programmation ou l’amour de la musique. Mais le fait est là. La rançon du succès sans doute.

Ben Barbaud, fondateur du Hellfest.

Dans cette frénésie enthousiaste, il y en a un qui passe donc forcément pour « Dieu », même si c’est dit avec humour, c’est Ben Barbaud, le père fondateur. Quand il passe discrètement sur le site, les spectateurs qui le reconnaissent le sollicitent pour un selfie comme ils le feraient avec un artiste. Le trentenaire s’exécute avec le sourire mais il n’a jamais recherché la notoriété et semble plutôt épargné par la surdimension de son ego. Déjà à l’origine du Furyfest de 2002 à 2005, il a eu l’idée du Hellfest l’année suivante, souhaitant poursuivre cette idée d’ une manifestation encore unique en France, pour les fans de musiques extrêmes, du heavy metal au punk en passant par le thrash, le death, le glam, le black metal ou bien encore le stoner ou le hard rock.

22.000 personnes se pressaient à Clisson pour cette première, les agriculteurs prêtant leurs champs en jachère pour l’accueil des voitures, la plantation encore un peu disparate des tentes ou camping car. C’était un peu roots mais déjà très organisé. On traversait les vignes, les chemins, mais au bout de la marche, il y avait les deux scènes et des concerts déjà top niveau. Treize ans plus tard, 156.000 personnes sont accueillies chaque année au Hellfest. Un succès XXL.

En treize ans, le Hellfest aura pourtant tout connu: de la canicule aux trombes d’eau, des cohortes d’intégristes portées par la très rigide Christine Boutin ou le non moins fervent catholique Philippe de Villiers dont les fidèles tentaient à coups de tracts de détourner les festivaliers de ce « repère satanique », des politiques qui n’ont jamais rien écouté dans le genre ni foulé les plaines clissonnaises mais prenaient appui sur le nom des groupes pour jeter la vindicte (comme si « Licorne pleine de grâce » aurait fait plus chic à leurs oreilles que « Suicidal Tendencies » ou « Black Sabbath »). Mais le Hellfest aura gardé le cap et survécu aux (heureusement rares) vents contraires pour s’imposer parmi les plus grands festivals d’Europe, le premier du genre en France. Au delà des chiffres de la fréquentation, Ben Barbaud et son équipe (quinze permanents désormais) ont décroché des titres essentiels : « meilleur grand festival » en 2014, 2015 et 2017 mais également « meilleur camping » en 2015 et 2016, « meilleure ambiance » en 2013 par le très sérieux site « Festival Awards ».

Car c’est là aussi que se joue la différence. Quand la concurrence se contente le plus souvent de planter deux immenses scènes de part et d’autres d’un terrain avec des stands de restauration pour tout complément, persuadés que les festivaliers ne penseront que musique, le Hellfest a toujours soigné son accueil afin que la fête commence sitôt sur le site. Les décors sont pensés, confiés à des artistes, spectaculaires de jour comme de nuit. Et chaque édition apporte son lot de surprises, son plaisir de la découverte. Au Hellfest, il y a la qualité de l’affiche, les meilleurs groupes du monde mais aussi le plaisir des yeux, ce sentiment de vivre trois jours en terrain connu mais dans un ailleurs unique. Une sorte de parenthèse enchantée où l’on oublie tout.

Depuis le changement de site provoqué par la construction du lycée sur l’ancien espace, le Hellfest dispose de 21 hectares (contre moins de 15 précédemment), toutes surfaces (dont le camping) confondues. Et aux deux Main Stages, se sont ajoutés la Valley, la Temple, la Altar, le Metal Corner, le Kult et la Warzone. Des pelouses ont été semées, des bancs, des sculptures, des stands au décor unique et forcément raccord avec l’ambiance ont été mis en place.

Statue hommage à Lemmy, Motörhead.

L’immense cathédrale a été dressée et c’est sous ses portes que transitent les festivaliers. Une statue en hommage à Lemmy Kilmister (le chanteur de Motörhead décédé à la fin 2015) a été inaugurée lors de l’édition suivante par Ben Barbaud et Phil Campbell, guitariste du groupe. La Warzone a également été totalement modifiée dans l’esprit Fort Alamo. « Une association d’anciens combattants avait eu vent de cette construction et trouvait que les miradors rappelaient les camps de concentration. Ce n’ était pas le cas mais nous avons préféré entendre leurs demandes et l’ équipe d’artistes à l’origine du projet a effectué quelques modifications, cela ne sert à rien d’être totalement fermés» raconte Alex Beurecq, responsable de la communication. 

Le décor se construit.

Autre ajout désormais essentiel, le mini « Camden » pour les premiers pas sur les lieux. Des immenses tentes pour le merchandising mais aussi et surtout des boutiques au décorum réplique du quartier londonien avec en place centrale, cet énorme crâne immaculé, peut être l’un des lieux les plus photographiés durant ces trois jours. A ranger aux rangs des oubliettes en revanche, les immenses pieuvres ornant le haut des Main Stage il y a deux ans. Dessinées par des artistes tatoueurs, elles étaient impressionnantes sur le papier… nettement plus « Foire du Trône » une fois construites et leur suppression n’aura fâché personne. Ce qui ne risque pas la destruction en revanche, c’est la superbe fontaine aux « Faucheurs » du VIP, encore plus impressionnante à la nuit tombée.

Le budget 2017 du Hellfest, estimé à 20 millions d’euros (dont 12 millions issus de la vente des pass et 0,2% de subventions publiques), consacrait un bon tiers aux concerts. Tout le reste, et en dehors des frais de fonctionnement classiques, va aux aménagements. Pour cette nouvelle et 14ème édition, un pont passerelle a été créé pour rallier la zone de production, la régie et le parking des tourbus, un revêtement bicouche a été posé et le terrain a été viabilisé en bas de site pour un accès plus facile à la quarantaine de loges nouvellement posées.

Un espace artistes comprenant coin restauration et terrasses avec vue sur les concerts complètera cet endroit que les festivaliers ne voient pas mais qui est une donne importante. « On a toujours eu la volonté de très bien accueillir les groupes, » poursuit Alex Beurecq. «Cela ressemble parfois à un gros challenge car il y a des demandes en tous genres sur les riders mais on essaie de les respecter. Ozzy Osbourne souhaitait des toilettes pour lui seul, il les a eues. Kiss, qui revient pour la troisième fois en juin, ne voulait pas être dérangé, y compris par les autres artistes qui auraient pu aussi être fans et les solliciter, alors ils ont demandé la privatisation de l’espace restauration et des sanitaires. Bien sûr, cela a été fait. D’autres, comme les membres de Satyricon, voulaient une salle de musculation alors on avait loué du matériel et créé une petite salle de sports. Un groupe qui sera bien reçu le fera savoir donc ce n’est pas accessoire. Et puis cela fait forcément plaisir quand on reçoit des mails de remerciements ensuite comme on en a eu après la venue des Guns et que l’entourage de Rammestein (et là je peux vous dire que c’était un vrai défi technique à relever) a fait part de sa satisfaction. Il y a bien quelques artistes (des américains notamment) qui se la jouent en blindant tout et même nous, nous n’ avons pas accès jusqu’à eux mais cela reste rare. Pour le moment franchement, tout a été assez simple à satisfaire. »

En dehors de l’espace artistes, la grande nouveauté bientôt révélée sera le relooking complet de l’ espace restauration. Il avait beau s’être considérablement amélioré (on se souvient du sol devenu amas de boues gluantes devant les stands voilà quelques années à cause des fortes pluies. Partir à la quête d’une Tartine de l’Enfer devenait plus hasardeux que le plus tordu parcours du combattant), d’immenses tablées avaient beau par la suite laisser éclater dans la bonne humeur tous les commentaires sur les concerts du jour, le coin n’était pas encore empreint de l’âme Hellfest. C’est désormais chose faite. Alliant fonctionnalité et mise en scène parfaites, l’espace devrait ravir les ventres affamés.

Depuis trois mois, les plus gros travaux sont en cours sous le regard de Ben Barbaud qui sillonne quotidiennement l’espace avec son vélo. Et depuis quelques jours, les monteurs sont également à pied d’oeuvre pour finir de planter le décor, une partie des éléments restant à temps plein, ce qui a fait du lieu un but de promenade ouvert toute l’année. Car c’est aussi ça le Hellfest, un festival à la réussite impressionnante mais en prise directe avec la vie clissonnaise. Dans ce pays du Gros Plan et du Muscadet, l’impact économique est énorme et ne s’arrête pas au nombre d’hectolitres vendus mais concerne également l’hôtellerie (devenue insuffisante, c’est souvent chez l’habitant que les festivaliers qui n’ont pas envie du camping trouvent refuge), l’alimentation (la grande surface locale vit trois jours de pure folie mais avec le Hellfest, c’est Noël en juin), la SNCF augmente ses trains, les cars se succèdent et les taxis additionnent les courses.

Il existe des dizaines de festivals de musique mais de cette envergure avec cette ambiance unique, ce public d’une courtoisie, d’une gentillesse jamais démenties, ces programmations qui d’année en année font le bonheur de tous, il n’y en a pas d’autres. L’édition 2017 avait vu s’envoler les pass trois jours en trois semaines, l’an dernier en trois jours alors que l’affiche n’avait livré aucun nom. 2019 aura frappé plus fort encore : au terme du dernier concert de l’an dernier, une vidéo avait levé le voile sur cinq groupes déjà signés : Mass Hysteria, Carcass, Manowar, qui ne s’était pas produit en France depuis dix ans, Dropkick Murphys, pour une date unique dans l’Hexagone et Slayer en pleine tournée d’adieux. Alors le pire (pour le festivalier qui n’a pu trouver un ordinateur à l’heure dite) s’est produit, les 55.000 sésames se sont envolés en moins de… trois heures !! Ne restaient plus que les quelques pass journaliers (qui partiront eux aussi en un éclair). Et cela ne se voit nulle part ailleurs.

Dans moins d’un mois, le 14ème Hellfest ouvrira ses portes. Ouverture anticipée (probablement en milieu de matinée du jeudi) pour tous ceux qui se sont offerts le bonus Knotfest (qui avait sa propre billetterie), autrement dit les concerts du festival itinérant porté par Slipknot avec Rob Zombie, Sabaton, Amon Amarch, Papa Roach, Powerwolf notamment. Le merch officiel du Hellfest ne sera disponible que le lendemain mais tout le reste sera déjà prêt. Un soir de plus dans le paradis du metal, ça ne se refuse pas.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Le 14ème Hellfest toujours plus exceptionnel

Du 21 au 23 juin prochains, la 14ème édition du Hellfest a visé encore plus haut. Sur les scènes de Clisson, Kiss, Tool, Gojira, Manowar mais aussi Slayer, Carcass ou Eagles of Death Metal (entre autre) se succéderont. Dans cette déferlante de grands noms, choisir sera le plus compliqué, renoncer n’étant pas une option.

Content (comment ne pas l’être ?!), surpris aussi malgré tout car l’édition 2019 du Hellfest bouscule encore ses propres records, Ben Barbaud est décidément à la tête du festival parmi les plus dingues de la planète rock. L’an dernier, les pass trois jours étaient partis en trente heures. Cette année, il aura suffi de trois heures pour voir s’envoler les 55.000 précieux droits d’entrée alors que l’affiche n’avait révélé que cinq noms lors de la soirée de clôture en juin dernier. 

En même temps, ces noms n’étaient pas des moindres: aux côtés de Mass Hysteria et d’une grande soirée « française », les festivaliers apprenaient ainsi que Slayer refoulerait les stages de Clisson dans le cadre de sa grande tournée d’adieux, que Dropkick Murphys ferait le détour pour une date unique en France, que Manowar signerait son grand retour après dix ans d’absence et que les britanniques de Carcass seraient également présents. Pour une manifestation habituée à jouer le mystère bien au delà de l’ouverture de la billetterie, ce pan levé mettait déjà tout le monde sur les rangs impatients.

Tool // Main Stage 1 // Dimanche 23 Juin.

Kiss // Main Stage 1 // Samedi 22 Juin.

Mais la véritable star de cette quatorzième édition sera sans conteste (dixit leurs fans en tous cas), Tool, que le public réclamait depuis des années. L’équipe du Hellfest a enfin réussi à les signer Maynard James Keenan et ses acolytes et les américains boucleront le fest le dimanche soir avec un show annoncé comme énorme. D’autant plus exceptionnel que ce sera leur unique passage dans l’Hexagone.

Autre temps fort (sortez les mouchoirs et osez une dernière fois la palette de maquillage), les adieux de Kiss. Ce sera le troisième et probable dernier passage (encore qu’il ne faut jamais dire jamais… on a connu des adieux à épisodes successifs) des américains dans le cadre de leur tournée « End of the Road ». Pour mettre un point final à ses quarante cinq ans de carrière, Kiss n’a pas mégoté sur les frais. Avec de nouvelles tenues de scènes, des dates à foison entre les Etats Unis et l’Australie, en passant par l’Europe (l’Allemagne, l’ Ecosse et puis la France avec Clisson donc) et une mise en scène encore plus inoubliable.

Des adieux encore pour Slayer qui poursuit ses au revoir et reviendra une fois de plus au Hellfest, manifestation dont le groupe a toujours vanté le plaisir pris à y jouer. Les thrasheurs ne bouderont pas leur plaisir, de quoi partager une ultime date avant que les américains sonnent la note finale.

Manowar // Main Stage 1 // Vendredi 21 Juin.

Autre retour en tous points exceptionnels et là aussi en mode « ultime tour de piste avant séparation», celui de Manowar dix ans après son dernier concert en France. Joey  De Maio a décidé que les fans, qui guettaient ce moment avec impatience, seraient architectes de la set list en votant pour les morceaux interprétés sur scène. Presque quarante ans que les américains exportent leur heavy metal sur tous les continents. Ils promettent un show à la hauteur de la puissance de leurs partitions légendaires avec une imagerie encore plus impressionnante.

Il ne faudra pas non plus zapper Def Leppard, Within Temptation pour les amoureux du metal symphonique, les toujours un peu polémiques mais talentueux californiens d’ Eagles of Death Metal, les inoxydables barbus de ZZ Top, membres réguliers du Hellfest, Slash qui sera avec Myles Kennedy and the Conspirators, les anglais d’Architects dont les show hyper calés sont toujours des moments inoubliables, Trivium,  Sum 41, Lamb of God. Entre autres.

Enfin, à noter encore la grande soirée dédiée au rock français en première journée de Hellfest avec le retour des géniaux frères Duplantier avec Gojira, Dagoba, Ultra Vomit qui n’en finit pas de remplir des salles toujours plus grandes, No One is Innocent, dont la dernière prestation clissonnaise remonte à 2015, Klone, Lofofora et Mass Hysteria tous feux tous flammes avec un concert haut en surprise pensé spécialement pour cette date.

Impossible de citer tout le monde.Trois jours, cent-cinquante groupes gratin du gratin de la musique extrême ou plus simplement du rock décliné sous toutes ses formes, le Hellfest année 14 a du emprunter la devise de Fort Boyard : toujours plus haut, toujours plus fort. Bienheureux ceux qui pousseront les portes de l’Enfer le 21 juin prochain.

Magali MICHEL.

– UPDATE: RUNNING ORDER ! – 

ILS OEUVRENT DANS L’OMBRE: All Access, la vigilance à la réussite spectaculaire !

C’est une success story « à l’américaine » (ce qui n’est peut-être pas pour déplaire à cet amoureux des Etats Unis, sillonnés dans leur quasi intégralité), l’histoire d’un môme de Saint-Nazaire un peu bagarreur, beaucoup musicien, devenu le patron de l’une des sociétés de sécurité les plus renommés de France. Spécialité : les spectacles. Marque de fabrique : la fiabilité et qualité de l’accueil. Rencontre avec David Le Nagard, Monsieur All Access.

Du Hellfest au Zénith de Nantes, des salles du grand Ouest au Stade de la Beaujoire, dans les principaux festivals ou évènements de la région, ne cherchez pas… ils sont partout. « Ils », autrement dit les cent-cinquante agents de sécurité disséminés au fil des évènements par All Access, la maison mère. La référence en matière de spectacle. Celle que les producteurs réclament et sans laquelle certains professionnels n’imaginent même pas venir.

Ce résultat est le fruit de rencontres, de destinées qui se croisent mais aussi et surtout la volonté et l’envie de David Le Nagard, personnage haut en couleurs, à la personnalité aussi riche et complexe que sa centaine de tatouages encrés au fil des ans, une main de fer dans un gant de velours. Ne pas se fier aux apparences, elles sont parfois trompeuses. L’homme s’amuse sur les réseaux sociaux, joue avec son image mais quand le patron bosse, il n’y a plus de place pour l’inconnu, zéro possibilité de ratés, c’est le sérieux et l’expérience qui pilotent.

« Il n’ y a pas de certitude absolue, le risque zéro n’existe pas mais nous sommes dans un domaine d’activités où depuis deux ans, depuis les évènements dramatiques du Bataclan, la vigilance doit s’exercer de façon encore plus grande. Il faut conserver la courtoisie, c’est un minimum, ne jamais s’exprimer avec un ton qui pourrait laisser penser à de l’agressivité car les gens ont payé leur place pour passer une bonne soirée et cette soirée commence avec nous par la fouille des sacs et la palpation à l’entrée des barrières. Etre souriant avec une conscience majuscule… A chaque fois que je briefe les équipes, je ne cesse de le leur répéter », explique David Le Nagard. « Même si ce n’est pas toujours simple car nous avons aussi parfois à faire à des personnes plus ou moins ivres qui seraient un cauchemar pour leurs voisins, d’autres qui se considèrent au dessus des lois, d’autres encore qui tentent de cacher des bouteilles alors que c’est strictement interdit. L’ imagination humaine est sans limite!»

Le terrain, le patron le connaît bien, un atout autant qu’un gage de crédibilité auprès des agents comme des clients. « Je jouais de plein d’instruments, du piano et de la guitare notamment. Dans ce milieu, surtout en province, on se connaissait tous assez vite. Je suis devenu pote avec des gens qui avaient une boîte bien référencée hard-rock et par leur biais, j’ai rencontré les dirigeants de NATS, qui était à l’époque l’une des grosses sociétés régionales à faire de la sécurité. C’ était en 1993. NATS était assez connue car elle assurait sur pas mal d’événementiels, notamment depuis 1989 sur « Les Allumés », une manifestation nantaise intégrée des milliers de personnes. J’ai trouvé que le métier restait proche du milieu artistique, alors j’ai postulé. J’ai grimpé les échelons un par un jusqu’à me retrouver dirigeant. En 1998, nous avons oeuvré pour la Coupe du Monde puisque Nantes était l’une des villes accueil. Puis j’en ai tiré le constat que sous une même casquette d’ « agent de sécurité » se cachaient au final des activités différentes. La scission de NATS est intervenue quelque mois plus tard. »

« Comment ne pas admettre que la sécurité d’un spectacle n’a rien à voir avec celle d’un magasin, ni même d’un match de foot ? On ne peut pas être généraliste si on recherche l’efficacité. Oeuvrer sur un show exige d’autres connaissances et respecte d’autres paramètres. Il ne faut pas se laisser surprendre par un Wall of Death ou un Circle Pit en plein concert de metal. Ce n’est pas un cliché d’affirmer qu’il y a un autre rythme dans un concert de reggae où il arrive même que quelques cigarettes s’allument. Dans une salle c’est interdit, bien sûr. Mais c’est du reggae, on est habitué, cela ne va pas loin et n’est pas très méchant. Les agents doivent connaître toutes ces ambiances, ne pas être psychorigides par principe et oeuvrer en finesse. La loi et l’esprit de la loi…. »

« Un concert pour de très jeunes enfants aussi obéit à ses propres règles qui ne sont évidemment pas celles d’un spectacle de Dieudonné par exemple. (Pour l’anecdote d’ailleurs, lors de la dernière venue de l’humoriste, il ne se passait rien d’extraordinaire à l’extérieur mais les medias, BFM TV, notamment étaient là très tôt et avaient décidé de créer de l’information coûte que coûte. En début d’après-midi, alors que nous étions dans les bureaux avec Denis Turmel, le directeur du Zénith, nous les avons vu affirmer des faits, inventer un climat qui n’étaient absolument pas ce qui se passait devant la salle… où il n’y avait que des allés et venus habituels! Ne pas perdre son sang froid, même quand l’agacement vient par surprises… En créant All Access, c’est exactement ce que je visais. »

La clientèle n’a pas mis longtemps à suivre. Avec NATS, David le Nagard avait eu le temps de montrer son professionnalisme. Toujours très immergé dans le milieu musical, il a décidé de pratiquer les choses à l’envers: au lieu de solliciter les salles, il appellerait directement les tourneurs, les maisons de production, les entourages des artistes. Bien vu !

En vingt ans, All Access n’a jamais failli. Aujourd’hui, ce sont les professionnels qui exigent sa présence et n’envisagent pas de travailler avec d’autres sociétés. Quand le Zénith a vu le jour en 2006, c’est aussi All Access qui a décroché le marché, en toute logique alors qu’il existe plusieurs zones de contrôles avant de rentrer dans la salle elle-même. Pour le Hellfest, plus gros festival metal en France avec près de 150.000 personnes accueillis sur trois jours, les choses ont pris davantage de temps. « Je fréquentais le Furyfest, le festival de musiques dites « extrêmes » depuis sa création. Après la migration de Rezé vers Le Mans, les organisateurs ont déposé le bilan, fin 2005 et le Hellfest est arrivé mais la sécurité restait sans doute au second plan au regard  du choix du prestataire.  Quelques longues discussions et moments d’accrochages plus tard avec Ben Barbaud, son fondateur, nous avons fini par tomber d’accord et depuis 2008, All Access veille sur l’immense site de Clisson. C’est au delà de l’amitié désormais avec lui, un lien familial incassable. »

Le Hellfest représente un gros mois de travail. Durant le festival, plus de cent-soixante dix agents, venus de toute la France, fans de metal ou du fest, se répartissent les postes.  Personnellement, je dors sur place, deux heures la nuit et une courte pause d’une heure dans la journée. Il y a des moments tendus, quelques petits incidents mais c’est inutile de les évoquer, on s’efforce de le rendre le plus discret possible. Il y a aussi les gros lourds, tous ceux qui, pour une raison ou une autre, par une attitude inadaptée, sont définitivement exclus du site, une quinzaine de personne environ chaque jour. Si cela reste aussi mineur au regard des foules en présence,  c’est aussi parce que nous sommes en nombre suffisant.. raison pour laquelle je refuse le marché d’un festival des environs de Nantes. Je ne veux pas cautionner une prise de risques par faute de personnel.»

Le carnet des clients  désormais très solide, le seul caillou dans la chaussure de David Le Nagard est la carte professionnelle d’agent de sécurité désormais exigée par les règlements, une carte valable cinq ans et qui doit être renouvelée trois mois avant sa fin de validité. Elle peut être obtenue par validation des expériences passées ou par une formation sanctionnée par un diplôme. « J’ai un budget pour la formation professionnelle donc évidemment, je suis partant pour régler les 2.000 euros d’enseignement à certains chaque année. Mais je reste sceptique sur la nécessité de cette carte et sur le contenu de la formation. J’avais jusqu’à présent des gars qui travaillaient super bien, qui savaient en imposer en douceur. Certains n’ont pas voulu ou pas pu suivre les cours, d’autres ont été découragés par les nombreux textes de la législation à retenir. Sans parler de la grande théorie dispensée qui n’ explique pas suffisamment les différents domaines d’intervention. Un type qui a décroché son diplôme mais ne comprend pas quand je lui parle « jardin » ou « cour », qui ne sait pas comment cela se passe dans une salle de concerts, ne peut pas travailler ici. Je ne vais pas rajouter du temps formation au budget formation! »

Autre effet plus pervers, les contrats des agents n’étant pas des contrats de 35 heures hebdomadaires mais des contrats limités aux heures nécessaires pour la bonne tenue d’un show, certains n’ont pas hésité à se faire « offrir » le sésame obligatoire… avant de fausser compagnie pour rejoindre une grande surface du coin et un contrat « plein ». « Bien sûr que je ne suis pas contre la réglementation mais le législateur qui pensait sans doute exclure les fortes têtes aux casiers chargés ont oublié que nous pouvions juger par bon sens et expérience la moralité de chacun sans toute cette artillerie. Et bien évidemment, nous le faisions! Les brebis galeuses n’ont jamais été admises. Au final, cela a donc sorti du réseau des gens plus simples mais parfaitement adaptés au métier, d’ excellents éléments et je peine très souvent à recruter alors que la demande est constante. C’est assez usant!»

Une amertume qui n’entame ni l’enthousiasme, ni la passion pour le métier. « Je n’ai pas d’exigences folles pour l’avenir. Je me contenterais largement de signer les deux prochaines décennies comme les deux dernières. All Access va continuer sur sa lancée et le degré d’exigence sera toujours aussi vif. »

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– NDLR : Merci aux équipes d’ All Access et du Zénith de Nantes pour leur disponibilité et leur accueil. – 

HELLFEST 2017: retour gagnant pour Motionless in White !

Ils étaient venus en 2015 et avaient laissé les spectateurs KO, ce qui n’était pas du qu’aux températures caniculaires. Deux ans plus tard, Motionless in White refait le même effet. A midi, alors que soleil et poussière auraient pu jouer les troubles fest, c’est une foule compacte qui est venue entendre les pennsylvaniens.

Le sextet porté par Chris Motionless n’a rien perdu de ce qui a pris une part importante dans sa renommée : les couleurs. Ou plus exactement le noir… et le blanc! Visiblement inspiré par Marylin Manson période ancienne, le leader du groupe américain n’entend pas cacher ses influences gothiques et le concert joue volontiers avec cette mise en scène spectaculaire. Pas question de partir au front sans les peintures de guerre que le public a toujours encensées.

Musicalement, la performance est toujours aussi bien rodée. Après la musique du générique de «The Walking Dead», le groupe attaque avec « Rats », extrait de « Graveyard Shift »,  son quatrième album sorti en mai dernier. Quatre morceaux de ce nouvel opus sur les neufs titres du set seront d’ailleurs joués sur la scène du Hellfest dont « Loud » (Fuck it ) et « 570 » en guise de clôture.

Le combo de metalcore pennsylvanien est en forme et ça se voit. Les morceaux s’enchaînent sans temps mort, la voix est puissante et Chris Motionless ne boude rien de son plaisir à revenir arpenter la Main Stage. La prestation est beaucoup plus carrée que voilà deux ans, l’ensemble d’ une musicalité et d’une puissance bien plus fortes. Beaucoup de ceux à qui avaient échappé la sortie de « Graveyard Shift » se sont précipités au Merch pour voir si l’album était dans les cartons (ce qui n’ était évidemment pas le cas). La preuve manifeste d’un concert réussi en plus de l’affluence impressionnante malgré un horaire relativement tôt dans la journée (13h35) et une chaleur à faire renoncer un chameau dans le désert.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

HELLEFEST 2017: Rob Zombie ressuscite White Zombie !

La venue de Rob Zombie est toujours un moment très attendu. D’abord parce que le fringant quinqua, réalisateur de films d’horreurs à succès dans son autre vie (dont les fameux « Halloween » 1 et 2 ou bien encore « The lord of Salem »), joue volontiers à devenir lui même une sorte de personnage effrayant, « une gueule » unique, auteur de partitions largement influencées par Alice Cooper, Black Sabbath, Metallica ou bien encore The Stooges. Les références sont multiples mais ses performances et ses partitions uniques.

Venu reprendre les titres d’« Astro Creep », sorti voilà déjà dix-sept ans, l’album référence de feu White Zombie, en exclu européenne et avec la production compléte de ses shows américains, Rob Zombie a créé l’évènement et réuni tous les festivaliers en clôture de ce premier jour de Hellfest. C’est une foule compacte qui est venue reprendre ce qui constitue peut être l’un des disques parmi les meilleurs des années 90.

Le sens de l’image et de la mise en scène n’étant pas ses atouts faibles, visuellement le show dépote. Animations sur les grands géants, flammes, lâchers de ballons, jeux de lumières incessants, il ne manque rien. Musicalement, c’est bien sûr toujours aussi impressionnant. Les six cordes sont magnifiques. Le spectacle est total et le quatuor au sommet de sa forme.

Frontman aguerré, Rob Zombie fait des kilomètres sur scène pendant une heure et demi et semblerait prêt à en découdre longtemps encore, osant même la percée en bas de la scène, juché sur la barrière pour le plus grand plaisirs des spectateurs incrédules et euphoriques. Voilà une date qui restera dans les annales clissonnaises.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

HELLFEST 2017: SLAYER CLOTURE EN PUISSANCE

Ils étaient là l’an dernier. Ils sont revenus avec la même envie de balancer leurs riffs sans concession et ont offert au Hellfest édition 2017 un nouvelle prestation impressionnante.

L’un des quatre piliers du thrash metal américain, le fameux « Big Four » (avec Megadeth, Metallica et Anthrax) adore la France et ne se fait jamais prier pour s’y prduire. Clisson les avait déjà accueillis l’an dernier. Mais c’est avec un plaisir évident que Tom Araya, Kerry King, Paul Bostaph et Gary Holt sont revenus fouler la Main Stage du Hellfest.

Pas de véritable nouveauté puisque le groupe défend depuis près de douze ans « Repentless », son douzième album studio, mais l’énergie, le talent et la puissance sont tels que personne ne résiste à cette déferlante de décibels.

En terme d’intensité scénique, Slayer place la barre très haut. La musique est brutale, d’une violence calculée au plus juste et malgré l’heure tardive, ce sont plus de 40.000 personnes qui sont réunis pour cet incroyable concert clôture du Fest. Les écrans (vraiment) géants, grande nouveauté de l’édition 2017 permettent de ne rien perdre de ce moment même depuis les hauteurs du terrain. Le jeu de scène est forcément rodé, la basse atomise, les blasts laissent sans voix, Paul Bastaph donne l’impression de pouvoir jouer des semaines sans s’arrêter pendant que Tom Araya s’amuse (en tout cas, on peut le penser) à n’avoir pour échange avec le public que son fameux sourire carnassier.

La setlist est toujours assez identique mais c’est visiblement la recette gagnante. « Repentless » et « Disciple » en ouverture, « Seasons in the Abyss » bien sûr et pour finir, les trois incontournables, « South of Heaven », « Raining Blood » et « Angel Death ». Les treize morceaux défilent à la vitesse de l’éclair. Une heure et déjà Slayer s’en va. Le Hellfest 2017 a vécu. Vive le Hellfest 2018. Jamais deux sans trois pour Slayer ? Réponse dans quelques mois.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Hellfest, les pass 1jour en vente uniquement sur internet.

Inutile de squatter les points de vente habituels dès l’ouverture! Pour tous ceux qui n’ont pu acheter leurs pass trois jours permettant de franchir les portes de la Mecque du métal les 19, 20 et 21 juin prochains, c’est ce jeudi 29 janvier entre 16h et 18h, sur le site du Hellfest (qui renverra vers Digitick) et exclusivement là qu’il faudra se connecter. Si le running order n’est pas encore connu, le Fest a déjà listé ses invités par journée. Petit mémo pour bien choisir sa (ou ses) journée(s).

Vendredi : Judas Priest, Alice Cooper, Motorhead, Billy Idol, Armored Saint, The Quireboys, Vulcain, Sticky Boys (Main stage 1) / Slipknot, Lamb of God, Five Finger Death Punch, Anthrax, Godsmack, No Return, Sylosis, We are Harlot, Breakdust (Main Stage 2). Mais aussi, entre autres, Shining, Satyricon, Cradle of Filth (The Temple), Mastodon (The Valley), Dead Kennedys (The Warzone) etc.

Samedi : Scorpions, ZZ Top, Slash, Airbourne, Ace Frehley, The Answer, Butcher Babies, Giuda (Main Stage 1) / Faith No More, Marilyn Manson, Killing Joke, L7, Ghost Brigade, Beastmilk, Motionless in white, Zuul FX, Haken (Main Stage 2) / Mais encore, au hasard,  Obituary, Skinless et Deep in Hate (The Altar), Venom, Mayhem (The Temple), Triggerfinger, Orange Goblin (The Valley), Body Count, Biohazard, Madball, Terror (The Warzone) etc.

Dimanche : Korn, Limpbizkit, Cavalera Conspiracy, A Day to Remember, Life of Agony, Hollywood Undead, Eths, Hawk Eyes (Main Stage 1) / Nightwish, In Flames, Epica, Nuclear Assault, Exodus, Dark Tranquillity, The Haunted, Hirax, Iron Reagan(Main Stage 2). Sans oublier notamment Arch Enemy, At The Gates, Cannibal Corpse (The Altar), Triptykon, Alestorm (The Temple), Saint Vitus, Red Fang (The Valley), Rise Against, NOFX, The Exploited, Snot (The Warzone) etc.

Après ça, forcément, on comprend mieux pourquoi autant de demandes à partager les agapes. Pour votre dixième anniversaire, vous avez fait fort la team Hellfest. Respect!

Magali MICHEL.

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