MASS HYSTERIA REUSSIT SA SORTIE

Mass Hysteria faisait son retour sur scène ce week-end à l’occasion du festival « On n’a plus vingt ans » organisé aux Herbiers (Vendée). Pour la première de cet ultime tour de piste (une vingtaine de dates) avant de se consacrer au prochain album, le quatuor parisien avait misé sur une set list inédite. Un pari osé qui a rallumé de sacrés souvenirs pour les fans de la première heure.  

Comment boucler en beauté les ultimes salves de la tournée « Matière Noire »? Comment poursuivre avec les morceaux incontournables mais ne pas jouer le simple copier-coller des concerts de l’an dernier? La question a du se poser longuement parmi le groupe quand on voit la tonalité de la set list proposée ce 15 avril aux Herbiers (Vendée) à l’ occasion du Festival « On n’a plus vingt ans » organisé par Tagada Jones et la belle surprise offerte au public.

Ce n’est pas une indélicatesse par rapport aux autres participants que d’affirmer la présence impressionnante des fans de Mass Hysteria parmi les deux mille six-cents spectateurs réunis à l’espace Herbauges. Quatre mois depuis le dernier concert alors ils avaient fait fi des kilomètres (certains avaient parcouru plus de six-cents kilomètres) et étaient prêts à donner de la voix et à tout entendre surtout, convaincus qu’il y aurait forcément « Chiens de la Casse », « Vae Soli », « Plus que du metal » et « Positif à Bloc ». Ces quatre titres là, personne ne voulait les voir décrocher! Ca tombe bien, Mass Hysteria non plus n’a pas eu envie de les écarter. Dans les temps forts de l’album, en fait, seul « L’ Enfer des Dieux » n’est pas de sortie. « On ne veut pas être trop politique ce soir, » expliquait Mouss avant le début du concert. « Tagada Jones, qui est à l’origine de la soirée, qui nous a invités en même temps que « Les Trois Fromages », « No One is innocent » et « les Ramoneurs de Menhir », fête ses vingt ans et son nouvel album. L’esprit de la fête doit donc l’emporter.»

Et la fête a été belle. D’accord, il y a eu quelques trous de mémoire mais peut-on en vouloir à Mouss alors que le groupe ressortait des cartons des chansons qui n’avaient plus été interprétées depuis des années. « Ca fait même pas trente minutes que je suis sur scène et je n’ai déjà plus de souffle… Vous ne le voyez peut être pas mais je vous assure que c’est vrai ! Mais l’important est ailleurs, l’essentiel est que pour cette première date de l’année, on joue avec des potes dans une salle archi pleine… Je compte juste un peu sur votre indulgence. On a opéré quelques changements et eu envie de reprendre ce qui suit… »

Après cinq titres attendus et inscrits en lettres d’or sur la set list de « Matière Noire » (dans lesquels Jamie Ryan (ex Guérilla Poubelle), le nouveau bassiste, a assuré sans faillir), la surprise s’est en effet produite dès les premiers accords de « Plus aucune mer », un titre qui figurait sur l’album « Failles », sorti en 2009 et très peu interprété depuis. S’ensuit « Plus aucune mer ». Avec une intro qui balaie tout et des paroles lames de fond, impossible de résister. Le public se prend l’uppercut avec bonheur.

« Même si j’explose » précède « Attracteurs étranges », l’une des chansons majeures de l’album «Contradictions» sorti en 1999. Magnifique cadeau.

Après une descente parmi le public histoire de vérifier si le nouveau promu en a sous la corde, le temps d’un P4 bien envoyé, retour aux inoxydables  dont « Contraddictions », « Plus que du metal », « Tout est poison » pour finir avec la toute aussi traditionnelle montée sur scène des « furieuses » (et des enfants) pour « Respect » et « Furia », rejoints par une partie des membres de « No One is Innocent » et des « Ramoneurs de Menhir ».

Ils réclamaient un peu d’indulgence. Demande inutile. Il faut plus d’une pause de quelques mois  et des partitions anciennes tout juste reprises pour faire perdre aux vieux briscards de Mass Hysteria leur qualité de jeu, leur générosité et leur façon d’interagir avec un public fidèle depuis plus de vingt ans, heureux de retrouver des titres que personne ne pensait plus entendre en concert. Certains auraient achevé ce dernier inventaire avant repli en roue libre. Mass Hysteria a préféré s’offrir le frisson d’une petite mise en danger, casser la routine et créer la surprise pour un public qui n’en demandait pas tant. Respect!

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Mass Hysteria a conquis sa première Citadelle

Mass Hysteria a prouvé en deuxième journée de festival que le metal pouvait s’extraire des chapelles et s’imposer dans la Citadelle. En une heure de set et une dizaine de titres, le groupe français a bluffé tout le monde. Sans artifices, avec sa seule envie de partager et de convaincre. 

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Après le choc émotionnel de leur concert au Download le 11 juin dernier puis la façon dont ils avaient entraîné les 50.000 spectateurs du Hellfest dans un wall of death d’anthologie une semaine plus tard, on se demandait un peu ce que ces cinq là allaient faire au Main Square d’Arras. Comment faire aussi beau, aussi fort devant un public qui, dans son immense majorité, n’est pas fan de metal? Comment  trouver sa place et s’imposer dans un festival où la dernière programmation du genre remonte à 2014 (avec l’ajout d’une journée supplémentaire menée par Iron Maiden, à l’occasion des dix ans de la manifestation) ? C’était compter sans la déferlante Mass Hysteria, fer de lance du metal en France depuis plus de vingt ans, sans ce son qui met tout le monde d’accord, ces titres extraits d’un huitième album qui n’en finit pas de jongler avec les superlatifs. Les plaines arrageoises résonnent encore des échos de cet incroyable furia.

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« On s’était mis une vraie pression… Moi notamment! » commente Mouss quelques instants après la sortie de scène, fatigué mais heureux. « On attendait cette date depuis longtemps, on avait été frustré de ne jamais figurer sur l’affiche et puis le succès de « Matière Noire » a ouvert la porte. Du coup, pas question de ne pas être au maximum. Le début du concert a donc vraiment été un truc à part, assez difficile à expliquer. J’étais heureux, je chantais en parcourant la scène, je sautais… et puis trois chansons plus tard, après un premier saut dans le public, je me suis retrouvé le souffle court. Un peu comme en transe ! Je ne sais pas si ça s’est vu. En tout cas, moi je me souviendrai de ce moment assez fou. »

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Les festivaliers eux se souviendront surtout de ce concert qui a impulsé à cette fin d’après midi de  samedi une énergie supplémentaire. Il a suffit des premiers accords de « Chiens de la casse » pour que le public se masse plus serré encore devant la Main Stage, prêt à reprendre massivement des refrains, anciens ou plus récents, désormais connus par coeur. Trois ans après « L’armée des ombres », le précédent album qui avait pourtant frappé fort, vingt deux ans après sa formation, la team Mass Hysteria avait livré à l’automne dernier « Matière Noire », un huitième opus studio vindicatif, d’une puissance inégalée. Magistralement produit (pour la quatrième fois) par Fred Duquesne, devenu également le second guitariste après le départ de Nicolas Sarrouy, avec un gros son comme on aime, une musicalité bien plus poussée et qui manquait sans doute dans les albums précédents, les onze titres sont d’une telle force qu’il est difficile de choisir lesquels retenir pour la scène. A l’exception de « Mère d’Iroise », qui n’a été interprétée qu’au Trianon lors de l’enregistrement du DVD Live, le public sait qu’il retrouvera forcément « Vae soli », « Plus que du metal » et bien sûr, « L’ Enfer des Dieux » dont l’impact unique et la justesse glaçante prennent aux tripes dès les premières mesures.

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« L’émotion ressentie au Download lorsque nous avons débuté ce morceau restera gravée à jamais,» poursuit Mouss. « C’était la première édition française de ce festival, donc nous étions déjà très heureux, très fiers d’y figurer. C’était le milieu d’après-midi, ce qui n’est jamais le moment le plus chaud pour jouer. La soirée prévoyait d’énormes têtes d’affiche comme Korn par exemple. Donc on se disait que le pari n’était pas mince mais que si le monde était là, on devrait assurer car c’était l’une de nos premières très grosses dates de festival. Et puis finalement, on s’est aperçu que le public était au complet devant nous. Mieux! Que les gens nous attendaient. Alors quand nous avons rendu hommage à tous ces innocents tombés dans les attentats, quand les poings se sont levés et que la musique est partie… Rien qu’à y repenser, je suis encore dans cette incroyable émotion. C’était énorme. Vraiment énorme.  On pourrait se dire que c’était l’effet amplificateur d’une première grosse date de festival. Sans doute! Peut-être ! Mais au Hellfest, « L’Enfer des Dieux » a là encore marqué les esprits et au Main Square cet après midi, c’était très fort. On traverse vraiment un moment de vie incroyable avec cet album et cette tournée. »

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S’il est toujours difficile de comprendre les véritables raisons d’un succès comme d’un échec, il est assez évident ici que ces mots taillés avec la précision de l’orfèvre pour porter des émotions majeures, ces partitions sans concession qui n’aiment rien tant que le Do, ces guitares lourdes et ces rythmes puissants ont permis à Mass Hysteria de gravir l’échelon supérieur et de drainer des fans supplémentaires. Ce n’est pas un hasard si le groupe est l’un des plus programmés de l’été… Et s’il a déjà signé plusieurs dates importantes pour l’été prochain. (Seul l’étranger reste encore compliqué à conquérir, la faute à la langue sans doute. Mais on n’imagine pas une version anglaise de ces titres là. Rammstein avait tenté l’aventure et joué des infidélités à l’allemand: l’album a été le moins vendu de tous.)

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S’impose alors cette interrogation : que faire de ce succès ? Comment rebondir et envisager la suite sans avoir dans un recoin l’idée que faire mieux (ou même simplement aussi bien) ne sera peut-être pas si simple. « On va réfléchir et voir ce qu’on fait de tout ça, » note Fred Duquesne. « Il ne faut pas se laisser brider par les peurs, les comparaisons, tous ces machins là. Il y a une première évidence qui est que nous vieillissons. Exception faite de Yann, un peu plus jeune, Raph, Mouss et moi avons tous autour de 45 ans. Mais ce qui est rassurant, c’est que nous avons toujours la même envie. Le groupe existe depuis vingt-trois ans, je suis arrivé en cours d’aventure pour produire les albums puis faire partie intégrante de Mass en tant que guitariste et nous partageons toujours ce plaisir de jouer ensemble et de nous retrouver. Avant de venir, nous avions mis en place une session de répétition car cela faisait deux semaines que nous n’avions pas eu de concert. Je ne sais pas si c’était réellement nécessaire mais rien que pour le plaisir de se retrouver, ça se justifiait. Quant à savoir si le successeur de « Matière Noire » aura le même succès, on évitera de s’interroger. Aujourd’hui, on sait seulement que l’on va enchaîner assez vite. Et puis on verra bien. Etre un vieux groupe, compte tenu de ce qu’on vit en ce moment, ça nous va bien. Etre un groupe de vieux, ça ce serait moche ! »

Impossible de ne pas sourire à cette improbable évocation quand on voit l’allure de ces gars là. Raph frappe avec une énergie sans faille. Yann et Fred imposent un duo complémentaire, complice, bondissant et bien vénère, qui bluffe tous les accros de la six cordes. Mouss ne relâche jamais la pression et enchaîne les morceaux. Quant à Tom, qui a succédé au début de l’année à Vince comme bassiste, il envoie à l’unisson du reste de la bande. Zéro complexe.

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« Je me suis toujours dit, sans trop savoir pourquoi, que nous ferions dix albums », poursuit Yann. «Je ne sais pas  si l’aventure de Mass aura encore deux autres volets, qui seraient alors les deux derniers… Nous verrons bien! L’important n’est pas dans le nombre mais dans l’envie, comme disaient Fred et Mouss avant moi, dans cette amitié forte qui nous lie et va bien au delà du groupe. Je suis convaincu qu’une grosse part de notre succès, sur scène notamment, tient à cette complicité. Je crois que le public la ressent et prend plaisir à la partager. »

Tout comme le public a répondu présent à l’invitation du Trianon en mars dernier. Une date marquée au fer rouge. Une salle parisienne pleine à craquer, sold out bien avant le jour J, un album joué dans son intégralité, complété par des titres phares des albums précédents et à la clé, un DVD live tiré à 5.000 exemplaires déjà presque épuisés avec la pré-commande alors que la sortie est prévue mi-juillet. « En matière de live de concerts, c’est vraiment énorme, » enchaîne Fred Duquesne. « Le DVD d’or est à 7.500 exemplaires, une jauge qui permet de mesurer ce résultat inattendu. »

« Après l’ enregistrement de la date à l’ Olympia en 2013, on se demandait ce qu’on ferait du Trianon, » précise encore Mouss. « A l’origine, il ne devait pas y avoir de DVD parce que précisément, les ventes sont à priori toujours décevantes et l’enregistrement bien trop coûteux. Et puis une chaîne nous a proposé de faire un film et l’histoire s’est mise en place. Cette opportunité imprévue est donc largement heureuse. Quand je vous dis que ce que nous vivons avec cet album est exceptionnel! »

Live Nation, grand ordonnateur du Main Square, ne s’y est pas trompé en les invitant. Alors Mass de retour à Arras d’ici deux , trois ans ? Les Furieux du Nord n’espèrent que ça! En attendant, la machine de guerre Mass Hysteria va poursuivre ses conquêtes et hisser haut les couleurs du metal français, continuer à semer l’espérance avec rage. Ces cinq là ne sont pas prêts d’être à bout de souffle. Furia !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– Prises de vue scène: Main Square Festival. Prises de vue crash: Download Festival France. – 

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Mass Hysteria, condensé d’énergie libre

Trois ans après «L’armée des ombres», Mass Hysteria, fer de lance du metal hexagonal, vingt deux ans d’existence (déjà!) reprend la route avec «Matière Noire», son huitième album. Un uppercut vindicatif impressionnant. 

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Lorsque l’horreur a frappé Paris ce 13 Novembre, Mass Hysteria lançait sa tournée à Tulle, aux «Lendemains qui chantent». Appellation prémonitoire car malgré le drame, ces cinq là n’ont pas courbé et ont effectivement chanté à Toulouse le lendemain. La tête haute, le moral atteint, ils y sont allés! Plus qu’un symbole, une profession de foi. Celle qui anime le groupe depuis plus de vingt ans. Aucune indécence insouciante. Mais le plein respect de leurs fondamentaux. Une manière d’agir au nom de cette Liberté qui leur est chère et parce que, comme le clamera Mouss au cours d’une soirée où l’émotion restera calée dans les graves, « au silence et à la peur, préférons le bruit et la vie. Faites du bruit pour toutes les victimes de ces salopards !!!!» Une résistance active sous la seule bannière de leurs partitions. Sans emphase. Loin de tout opportunisme macabre. Vraie. Evidente.

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A leur image au fond car en bientôt près d’un quart de siècle, Mass Hysteria n’a jamais rien renié de ses idéaux et le regard sur le monde ne s’est pas flouté. « Matière Noire », le 8ème album, sorti à la fin octobre est d’une puissance exceptionnelle. Sans doute le plus fort de l’année dans sa catégorie. Les textes se succèdent en uppercuts vindicatifs, le son est gros comme on aime, les guitares bien lourdes mais les mélodies ne sont pas absentes. La présence à la production, pour la quatrième fois, de Fred Duquesne (ex Watcha, guitariste et producteur de Bukowski, producteur aussi de No One is Innocent, entre autres) transpire dans cette musicalité accrue, beaucoup plus poussée et qui faisait sans doute défaut dans les quatre premiers opus. Sa griffe s’affirme comme une référence aussi reconnaissable que le son de ses guitares. Ca envoie, c’est parfaitement calé. Impossible de choisir le titre le plus fort. Vae Soli? Chiens de la Casse? Vector Equilibrium? Plus que du metal? L’espérance ou le refus? Une certitude : ces titres là sont taillés pour la scène.

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Pas facile pourtant de succéder à cette « Armée des ombres » qui avait tout conquis sur son passage et laissé le public sans voix à la fin 2013. Une tournée longue et sold out, un Olympia tatoué dans les mémoires, le Hellfest ou bien encore les Eurockéennes. Et toujours ces légions de fidèles, ces « Furieux » comme les a baptisés le groupe, accrochés depuis le début et qui n’ont jamais déserté même quand les temps étaient plus faibles et la qualité parfois inégale.

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Pas facile non plus d’écrire quand la vie personnelle abîme et que les bruits dehors ne sont pas à la réjouissance. Mouss y est pourtant parvenu comme jamais. Puisant dans ce maelström d’émotions et de rage, des mots taillés avec la précision de l’orfèvre et livrant au final cet album sans faiblesse. «L’Enfer des Dieux» est d’une justesse glaçante qui résonne encore plus fort depuis les attentats récents. Mais la tendresse a aussi sa place. «Mère d’Iroise» est une lame de fond qui bouleverserait une pierre,  «Notre complot» célèbre leur vingt ans d’amitié et de chemin aux courants parfois contraires quand «Plus que du metal» s’affirme comme l’hymne qui manquait pour mettre le feu aux fosses. L’ «Highway to Hell» de Mass Hysteria? On peut y croire quand on voit la réaction unanime du public.

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Cette première partie de tournée (tournée qui s’annonce longue et passera par le Trianon en mars et le Hellfest en juin), souvent sold out, a mis tout le monde d’accord: Mass Hysteria joue comme jamais! Vince à la basse, Raph à la batterie, Yann, toujours aussi imposant et en accord majeur avec Fred, producteur et donc désormais deuxième guitariste depuis le départ de Nicolas, Mouss, qui ne relâche jamais la pression entre deux morceaux, le groupe est impressionnant. Cinq mecs à la force tranquille qui jouent, se donnent à fond, se font confiance et savent que cette osmose rajoute à la puissance. Le plaisir est manifeste et partagé. Les lights (de Nico Riot) renforcent l’ambiance machine de guerre.

Que ce soit devant cinq cents personnes ou mille trois cents, en près de deux heures et une vingtaine de titres, Mass Hysteria repousse chaque soir ses limites. Mieux! Le groupe le démontre haut et (très) fort: « Il leur en reste encore » !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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No One Is Innocent n’est pas prêt de se taire

Un mois et demi après la sortie de « Propaganda » et encore dans le souvenir des deux concerts en ouverture d’ACDC, No One is Innocent est en tournée dans toute la France. L’occasion de constater que le groupe n’a rien perdu de ses colères. Franchir le mur du « gros son » lui va sacrément bien. 

Pas de chance pour les No One is Innocent, la pluie a décidé de jouer les invités de mauvaise surprise en ce dernier jour du festival de Poupet (Vendée). Mais il faut bien plus qu’une météo grincheuse pour cabosser l’énergie de Kemar et de ses acolytes. Le chanteur l’avait d’ailleurs annoncé tôt dans l’après-midi : « Rien ne pourra nous retenir! On a une envie de jouer qui confine à l’urgence. On a donc composé la setlist en fonction de cette énergie folle, « Drones » lâchera tout dès le début. Et puis il y aura « Silencio », le premier titre extrait du nouvel album et puis « Barricades ». Sans temps morts. Il faut que la rage explose, diffuse et revienne en écho. »

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Vingt ans que Kemar Gulbenkian ouvre sa voix pour No One Is Innocent. Le parcours a été long, jalonné de quelques bûches voire même de jolies gamelles car jouer les « grandes gueules contestataires » n’est sans doute pas le meilleur chemin vers la popularité ou le succès commercial. Le corpus a été critique et l’ambiance interne s’en est aussi ressentie, expliquant les renouvellements successifs parmi les musiciens, les chemins de traverse empruntés par les partitions et le message brouillé qui en découlait. Mais même enterrés par certains, même estampillés opportunistes par quelques rageux ou gentiment affublés d’ « aquabonistes » par ceux qui s’y étaient déjà brûlés les airs, No One Is Innocent a toujours ressurgi et ressuscité des cendres où quelques uns les auraient bien laissés.

Quinze ans après « La peau », qui restera tatouée dans les mémoires de toute une génération, quatre ans après « Drugstore » et sa tournée fracassante, les musiciens prouvent qu’ils ont toujours la conscience aux aguets et les riffs affûtés : « Propaganda », sorti début juin, réunit onze titres sans concession. Ca rue dans les brancards des idées plates, ça extirpe des absences de conscience, ça pointe la tentation du pire. Beaucoup de colère, une désillusion croissante de la politique, une tolérance revendiquée mais aussi quelques superbes envolées d’émotion, le tout enveloppé dans une énergie boostée par des solos incroyables, des riffs particulièrement accrocheurs et beaucoup mieux mis en valeur.

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Les guitares sont plus lourdes, la basse accrocheuse, le ton général est bien plus puissant. Impossible de ne pas y voir l’influence de Fred Duquesne, aux manettes pour l’enregistrement et la réalisation. Ce guitariste aussi doué que prolyxe, qui a usé ses cordes sur Watcha, Empyr et endosse désormais les couleurs de Bukowski et de Mass Hysteria, est l’un des meilleurs producteurs actuels de « gros son », qu’il dose avec une précision d’orfèvre. L’oreille est affûtée, la recherche constante et le dosage parfait.

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« Avec ce sixième album, on est ainsi revenu à nos envies initiales,  » observe Kemar. « Il y a vingt ans, nous combattions la passivité, les discours formatés et l’univers du prêt à consommer qu’il soit politique ou musical, l’embobinement des esprits et ses dangers. Nos combats demeurent et ils ont une nécessité encore plus manifeste quand on regarde les évènements actuels ou récents. Ajouter de la puissance instrumentale sur les mots avait donc aussi du sens. »

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Avec une formation recomposée (autour de Kemar, seule figure historique du No One d’origine, figurent Shanka (guitare), arrivé peu après Kemar, Bertrand Dessoliers (basse) et Gaël Chosson (batterie), présents depuis plus de quatre ans et Bertrand Laussinotte, guitare, dernier venu, à qui l’on doit également pas mal de titres), le groupe a pas mal douté avant de réussir à sortir « Propaganda »… « Nous étions dans le local, les gars jouaient des trucs mais je ne sentais rien! Or, moi, il faut que la musique m’inspire, » poursuit le chanteur. « Il faut que ça envoie, que les mecs me donnent envie de me lever et de sauter. La scène ou le local, c’est pareil, ça doit donner de la même façon. Or là, il ne se passait rien, on était tranquilles sur les chaises et… Rien ! Du coup, aucune inspiration non plus du côté des textes. J’avais beau avoir quelques idées en tête, rien ne sortait… Alors on a fait une pause de quelques mois, je leur ai demandé de chercher et de revenir avec des trucs qui accrochent. Il nous fallait du lourd parce que les gens allaient nous attendre au virage. Et il fallait du lourd pour que les mots viennent plus facilement. Or, les mots, quand vous chantez en français, c’est ce dont on parle le plus. La musique est importante mais elle est moins disséquée. Alors que toutes vos paroles sont filtrées et commentées. »

Du « lourd », il y en a donc eu. Shanka a composé le superbe « Un Nouveau Scottsboro ». Pour les autres morceaux de l’album, la pause a été inspirée puisque dès la première réunion, le jeu de construction n’a plus jamais failli.

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« Le riff de « Silencio » est arrivé très vite, tout comme la base d’appui de « Charlie » et de « Djihad propaganda ». Pour Charlie, nous avons réussi le double écueil de l’empressement excessif et du trop gros pathos. J’avais enregistré avec mon téléphone les bruits de la foule réunie place de la République. Ces « Qui sommes-nous? Charlie! » ouvrent le morceau, les paroles ont fusé quand j’ai entendu la musique. J’ai ressenti l’urgence et voilà ce que ça donne. Je l’ai envoyé à l’équipe de Charlie, elle a été abasourdie et profondément secouée. On avait dû trouver le combo textes-musique qu’il fallait pour cet hommage qui se veut aussi un cri d’alerte, » commente encore Kemar. « Ce qui est terrible, c’est que tous les indicateurs du mal étaient déjà là voilà vingt ans, que la société n’en finit plus de se perdre dans de mauvais repères mais que personne ne semble vouloir en parler. Il est loin le temps de la chanson contestataire ultra présente, de l’engagement des artistes. Aujourd’hui, rares sont mes collègues chanteurs qui profitent de leurs micros pour porter des messages. Les refrains consensuels et la révolte molle sont sans doute commercialement préférables. Dommage les gars, parce qu’il y aurait des trucs à faire ensemble, des scènes à partager pour faire bouger les esprits. On est des artistes mais aussi des citoyens…  A croire que beaucoup l’ont occulté. Trop facile!!  Chacun a bien sûr le droit de raconter ce qu’il veut mais il y a quand même des groupes qui pourraient se mouiller davantage! »

Une chose est sure, Verycords, la nouvelle maison de disques des No One is Innocent, n’a pas bâillonné les crayons, Kemar et son complice co-auteur (Emmanuel de Arriba) ont pu s’exprimer avec toute la rage souhaitée, sans le moindre bémol. Et c’est cette rage qu’ils ont soif désormais d’exporter et de partager sur scène.

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Bonne pioche ou cadeau du destin, à moins que ce soit un heureux Karma qui leur permette de n’assurer que des premières parties d’exception, eux qui avaient déjà ouvert pour Motörhead en 2011 et Guns N’ Roses en 2012, ont eu le privilège de jouer lors des deux concerts d’ACDC au Stade de France en Juin dernier.  « Quand on a passé sa jeunesse à se prendre pour Angus et jouer avec une raquette devant sa glace, je vous laisse imaginer le pied que ça peut représenter! On n’avait sans doute pas le son nécessaire, on a joué une demi-heure mais quelle claque ! J’ai dit aux mecs de tout donner, que ce challenge était celui de notre vie, que le public venait de partout dans le monde, que le moment était venu de faire exploser ces morceaux que nous avions répétés des centaines de fois. On allait les lâcher et les lâcher devant 80.000 personnes, au Stade de France, avant ACDC. Il y en a qui aurait eu peur… Je crois que ce sont les concerts qui m’ont le moins angoissé. Prendre du plaisir, tout donner, il n’y a eu que ça. Aujourd’hui, la tournée se poursuit. Le Stade de France était une étape exceptionnelle dans un périple tout aussi excitant. »

Enthousiasme non feint si l’on en juge par ce concert d’une heure donné ce 24 juillet dans le cadre du Festival de Poupet, entre le set d’Alb et celui des Shaka Ponk, tête d’affiche de la soirée. Il n’aura pas fallu plus de deux minutes aux No One pour déclencher un pogo qui ne prendra fin qu’à la dernière note du dernier morceau et emporter un public qui n’était pas forcément celui de leurs concerts habituels. « Drones » avait réussi son effet!

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Kemar exulte, saute et joue avec les musiciens. Nikko (Eiffel), en régional de l’étape (il remplace Bertrand Laussinotte pour deux soirs), a sa cohorte de fans. Gaël Chosson n’a pas failli au bonnet dont il ne se sépare jamais mais l’énergie et la puissance ont été telles qu’il y renoncera pourtant un fin de parcours. Bertrand Dessoliers est à l’unisson et Shanka, qui n’avait pu vivre les épisodes ACDC pour cause de tournée américaine avec The Dukes, son autre groupe,  prouve qu’il est bel et bien de retour, pilier incontestable et charismatique de cette aventure.

Un petit quart d’heure et déjà Kemar tombe chemise et  tee-shirt. Sur scène, ça envoie encore davantage. « La peau » et « Revolution.com » font chanter jusqu’au plus haut du théâtre de verdure. La pluie a le bon goût de la jouer plus intermittente, permettant quelques jolis slams. « Kids are on the run » semble taillée pour le succès. Le public en redemande. Les visages trahissent le plaisir partagé.

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Mission accomplie pour No One. Vingt ans décidément le bel âge. L’été prochain le groupe se rêve à l’affiche de gros festivals, « porter l’engagement et sa cohorte de riffs vénères sur les grosses scènes ça aurait de la gueule! » No One Is Innocent est de retour, pour ceux qui en douteraient encore… 

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

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Bukowski se consomme sans modération.

Dans son nouvel album, Bukowski se lâche et compose sans regard sur les frontières. Les partitions affirment des lignes mélodiques fortes, les guitares sont plus lourdes, la voix mieux mise en valeur. Les effets sont ultra léchés. Même les textes ont gagné en densité, ne boudant pas le plaisir de la double lecture. Sorti le 30 Mars dernier, « On the Rocks », 4ème opus du groupe, porte bien son nom. Stoner ? Power ? Que les intégristes des sacro-saintes chapelles aillent au Diable! Bukowski partage son plaisir et montre l’immense étendue de ses capacités techniques dans un rock burné comme il faut. Sur scène, ça envoie. La preuve samedi 30 Mai au Festival Invasion de Lucanes de Libourne.

Il est minuit largement passé lorsque Fred Duquesne saute dans le public pour orchestrer un wall of death qui, s’il n’est pas celui du Hellfest, n’en est pas moins punchy. Oubliée l’heure de retard sur la line-up pour cause de problèmes techniques en cascade, la guitare ne lâche rien. Entre deux accords de basse, Julien Dottel déclare l’ouverture des hostalités. L’ainé des frères Dottel n’a pas son pareil pour mener les foules. A ses côtés, son frère Mathieu n’économise pas sa voix tandis qu’à la batterie, Timon Stobart frappe avec une énergie redoutable. Ces quatre là se sont bien trouvés. Le partage est total et le public ne peut que les suivre. Mieux, il en redemande. Depuis que le power trio originaire de la région parisienne a décidé de se doter d’un second guitariste, Bukowski a ouvert le champ de ses possibles et creuse son sillon du côté des plus grands. Sans le complexe du groupe français qui n’atteindra jamais son Graal et devra se contenter des arrières cours de la scène metal.

« Hazardous Creatures » en 2013, avait ouvert la voie. « On the Rocks » poursuit l’ascension avec superbe. Six ans, c’est finalement assez court pour s’accorder sur les meilleures notes. « Amazing Grace, notre premier album sorti en 2009, a reçu un excellent accueil et a été vraiment apprécié de la critique. Deux ans plus tard, « The Midnight son » a frappé plus fort puisqu’il nous a permis de participer au Sonisphère et nous a placés sur les scènes du Hellfest en 2012. On passait de « prometteur » à « confirmé »,  » commente Julien Dottel. « Ca a été un pied énorme. Et puis très rapidement, on a senti que la formule trio power saturait, qu’il fallait évoluer. Une seule guitare, cela imposait des limites. L’arrivée de Fred (Watcha, Empyr) comme second guitariste s’est faite naturellement. Il était producteur, il nous a apporté sa puissance, son inventivité, ses effets… et sa pêche. Du coup, c’est clair, on a gagné musicalement depuis trois ans et on se lâche davantage sur scène. L’album n’a que deux mois, on commence tout juste à bâtir la setlist de la tournée mais on sent déjà des retours ultra encourageants. »

Le challenge était pourtant audacieux car après avoir gonflé ses effectifs, Bukowski a dû aussi changer de batteur. A vingt-cinq ans tout juste soufflés, Timon Stobart (qui officie également aux fûts de Full Throttle Baby) a appris en urgence l’intégralité des morceaux pour tenter de faire oublier le charismatique Niko Nottey (qui avait dû renoncer pour raisons familiales). Mission en passe d’être relevée haut la main. Changement aussi coté composition. La team a décidé que le processus de création serait collectif. Dans l’intimité du studio, les idées ont germé, se sont modifiées et les grilles ont commencé à se dessiner. « Ca ne nous a même pas semblé risqué », raconte Mathieu Dottel. « On avait des envies, un même pouvoir et on travaillait les idées collectivement. C’était un gain de temps mais en contre-partie, il fallait être efficace et que ça déchire. Certains titres ont été quasiment achevés au moment de les enregistrer. Cette semi urgence oblige à foncer à l’essentiel. »

Bonne pioche car l’album tout entier a gagné en puissance. Fred Duquesne n’est pas devenu ce producteur reconnu (Mass Hysteria, Brigitte…) par hasard. Sa pâtine et son sens incomparable de l’effet permettent  à Bukowski une modernité et une classe nouvelle. Les lignes mélodiques accrochent sans jamais racoler, les compositions sont exigeantes et les guitares ont une couleur que ne renierait pas, selon les titres, Deftones, les Foo Fighters ou Rage against the Machine, Tom Morello restant parmi ce qui se fait de plus pointu en matière d’exploitations des pédales à effets. Même le chant a gagné en luminosité. Mathieu a cette voix immédiatement reconnaissable, chaude, puissante, qui constitue l’autre signature du groupe. Julien, qui se plaisait à le jalouser sur ses qualités de chanteur, ose désormais davantage, a une vraie place, plus « hurlante », pour livrer au final un duo aussi complémentaire qu’indissociable. Difficile alors de choisir parmi les onze titres de l’album pour dresser la setlist parfaite (la nôtre en tout cas!). Surtout quand il faut panacher avec les titres phares des albums précédents…  A ce jeu là, « Midnight Son » reste incontournable, tout comme « Hazardous Creatures », « Brothers Forever ou « Keep your Head on » (et on serait même tenté d’ajouter « The Maze »). Il est clair que « The Smoky Room », « The White Line » ou « Winter’s Masters » (dont le clip vient tout juste de sortir) seront aussi du voyage.

Reste que choisir c’est renoncer… Alors on se plait à croire que ce quatuor de choc gagnera enfin son auditoire légitime, qu’il réjouira à coups de concerts étirés dans des salles permettant une mise en scène dantesque. « 1.3.3 (Articficial heartbeats) » saurait s’y glisser, la génialissime et si bouleversante « Birth » s’imposerait comme pause tendresse à mi-parcours et « The Beginning of the End » fermerait le ban à la manière d’un hymne repris par une foule qui ne voudrait plus les lâcher. Oubliez les chapelles, on disait ! Même un groupe français a le droit de transformer son propre metal en or.

En attendant, les musiciens se déchaînent et envoient avec une puissance de conviction contagieuse. Sur scène, l’osmose est parfaite et le plaisir, une folie pas du tout ordinaire. Le public se moque de l’heure tardive et en réclame encore. Le dernier riff est à peine terminé que déjà beaucoup interrogent sur un passage proche à Bordeaux, la grande voisine. « Les choses se mettent en place progressivement, date après date » assurait Fred Duquesne un peu plus tôt. « L’automne sera porteur, je pense. » Bukowski continue de dérouler son histoire. Les plus belles pages méritent d’être vécues.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

(NB : remerciement spécial à Jonathan Maingre, régisseur, backliner et tour manager du groupe, incroyable « veilleur sur tout », qui a rendu ce moment possible).  

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Vidéo de Grégoire Cerruti réalisée à l’occasion de la tournée japonaise, en décembre dernier.

« The Winter’s Masters ». Nouveau clip extrait de l’album.