FRANCOFOLIES 2018: CARTON PLEIN

La 34ème édition des Francofolies restera parmi celles qui ont marqué l’ histoire de ce festival pas comme les autres. La découverte, le partage et l’enthousiasme ont été les dénominateurs communs de ces cinq journées lumineuses. Découvertes d’artistes disséminés dans une quinzaine de lieux rochelais, rencontres et partage en grande proximité, enthousiasme des 150.000 festivaliers (dont plus de 87.000 entrées payantes). Le sacre des Bleus en finale de la Coupe du Monde, diffusée sur écran géant dans l’enceinte de Saint-Jean d’Acre dimanche après midi, et le soleil qui a irradié ces cinq journées auront patiné encore la liesse générale mais le succès était éclatant, même sans ces deux là. Déambulations en toute subjectivité assumée.

Il y a trente-trois ans, sous la houlette du père fondateur Jean-Louis Foulquier, les Francofolies de la Rochelle (on ne disait pas encore les « Francos »), se concentraient sur l’immense parking Saint-Jean d’Acre, transformé l’espace de quelques jours en théâtre à ciel ouvert, à quelques encablures du Vieux Port et des remparts. Certains riverains ronchonnaient et exprimaient leur scepticisme, des usagers pestaient après ce millier de places annexées. Mais le concert des doutes a vite laissé place au respect, à une écoute attentive puis même à l’enthousiasme face à cette parenthèse de mise en lumière pour la Charente Maritime, aux affiches développées chaque année, ce flux des plus grands de la scène francophone, Diane Dufresne, Véronique Samson, les Rita Mitsouko ou Jacques Higelin emportant dans leurs valises une ribambelle de petits nouveaux. D’une année sur l’autre, on s’est également mis à guetter les artistes au centre d’une « Fête à… » car on savait que le moment serait riches d’invités surprises.

Exposition // Albin de la Simone, la Coursive.

C’est en songeant à ces années du début que l’ on mesure le chemin parcouru. Eclatées aux quatre coins de la ville (sur le parking toujours bien sûr, devenu « Scène Jean-Louis Foulquier », mais aussi au théâtre de la Coursive, sur le port, dans l’église , à la Sirène où la grande salle de 1.400 places accueillent des soirées ultra courues, ), les Francos ne sont plus uniquement ces cinq soirées de concerts mais se déclinent aussi en expositions (celle des dessins « carnets de routes », entre voyages et tournées, d’Albin de la Simone à l’ abri de la Coursive offrait un superbe voyage sur les traces de cet artiste au talent décidément pluriel), ateliers, rencontres à la Maison des Francos, en Francos Juniors, « Chantiers des Francos », (vingt ans cette année, une référence désormais en matière de formation et d’accompagnement des artistes émergents), « Francos Educ » pour valoriser la chanson française auprès des scolaires, « Francos Stories » au cinéma. 

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

A vingt et deux ans, Loic Nottet affiche déjà un parcours chargé, riche d’escales diverses. Mais toutes auréolées de succès. Finaliste de The Voice Belgique en 2014, défendant les couleurs de son pays lors de l’Eurovision l’année suivante, vainqueur de Danse avec les Stars en 2016 et sacré « artiste de l’année » aux D6bels Music Awards en janvier 2017, le jeune homme a parcouru ensuite des milliers de kilomètres pour son « Selfocracry Tour », dont les billets se sont arrachés. 

Le public, qui s’ était précipité pour faire plus ample connaissance avec l’interprète de « Million eyes », immense tube extrait du premier album, a eu la confirmation que cet artiste là était frappé par la grâce. Dans une mise en scène originale, des chorégraphies très théâtrales, accompagné par un couple de danseurs tout aussi parfaits, le concert n’a rien de traditionnel et tient bien plus du show où chaque pas est millimétré pour coller au plus près de l’interprétation des chansons. Charismatique, souriant, doté d’un sens de l’humour affuté, Loïc Nottet est prêt à conquérir le monde. En ce premier soir des Francos, les spectateurs lui ont réservé une ovation, convaincus d’avoir assisté à la naissance d’une future très, très grande star.

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

Temps fort de ce début de 34ème édition, la « fête à Véronique Sanson », a d’abord été une fête de famille, Christopher Stills, son fils mais également Stephen Stills, le père de ce dernier, venant tout spécialement des Etats-Unis. Séparés depuis des années, les ex-amants ne s’étaient pas revus depuis trois ans mais il ne leur a fallu que quelques minutes de balances pour retrouver des automatismes et jouer en harmonie. (Faut-il rappeler que Monsieur Ex est aussi le Stills de Crosby, Stills,  Nash and Young, l’un des plus fameux groupe de folk-rock américain des années soixante-dix, dont le succès fut international ?). Les parents et le fils n’avaient joué que deux fois ensemble par le passé, autant dire que la réunion avait quelque chose d’aussi exceptionnel que touchant. 

Autres invités de cette fête, Patrick Bruel, Vianney, Tryo, Jeanne Cherhal, Alain Souchon. Un casting quatre étoiles pour une set list qui a mixé chansons connues et titres « que vous connaissez moins », a expliqué l’artiste de soixante-neuf ans, superbe dans une veste à queue de pie noire. « Vous ne pouvez pas imaginer comme je suis heureuse d’être là. » « Je me suis tellement manquée », la bouleversante lettre à sa mère « Je l’appelle encore » mais aussi « La drôle de vie », « Vancouver », « Alia Souza » ou bien encore « Bahia », la chanteuse irradie de plaisir.

Succéder à ce beau monde aurait pu paraitre bien compliqué à Calogéro. Mais le grenoblois en a sous le pied. Véritable performer sur scène, en pleine tournée triomphale, il a enchainé tubes et extraits de son dernier opus sans jamais rien lâcher. Le public rochelais ne l’ avait pas revu depuis 2005. Il est resté jusqu’au bout de sa nuit pour l’accompagner et partager à l’unisson un univers souvent empreint d’une vraie mélancolie. En fin de matinée déjà, de nombreux fans s’étaient massés en haut du parking rendu invisible par des canisses. Mais le son ne pouvait être masqué et des cris nourris avaient déjà salué chaque prestation de celui qui est actuellement sans conteste l’un des chanteurs français les plus populaires.

Roméo Elvis, la Sirène.

Ultime détour de la journée, la Sirène, à l’autre bout de la ville, avait programmé une « Nuit collective » consacrée au hip-hop francophone avec notamment, Sopico, Dead Obies, Bagarre, Loud et Romeo Elvis. Le belge, grand frère d’Angèle (jeune et jolie prodige toute en blondeur qui n’ a pas encore sorti son premier opus mais est déjà devenue la coqueluche du public), n’a que vingt cinq ans mais déjà tout d’un vieux routier de la scène. Débarqué en 2013 avec deux EP qui ont fait pas mal de bruits, il a vu sa carrière s’envoler après les deux albums sortis en 2016 et 2017, « Morale » et « Morale 2 ». Avec des parties instrumentales plus électros, une place plus large accordée au chant lui-même, le rappeur s’est hissé tranquillement parmi les plus recherchés et se taille une route au succès impressionnant. La Sirène n’a pas dérogé dans ce parcours auréolé. Il était près de minuit quand Romeo Elvis a fait son entrée mais les mille quatre cents festivaliers ne l’auraient manqué pour rien au monde. La chaleur de la salle était déjà étouffante. Après cinq minutes de jump en tous sens, l’enthousiasme avait accompagné le thermomètre dans cette nouvelle montée.

Sopico, la Sirène.

Après une deuxième journée placée sous le signe du rap et de la nouvelle génération, avec notamment Gaël Faure (de plus en plus à l’aise sur scène et heureux de jouer, cela se remarque de concert en concert) et Thérapie Taxi, qui est de tous les festivals. Entendue un soir de demi-finale à la Nuit de l’Erdre (où le groupe était porté par l’euphorie du public), revue à La Rochelle, connue pour un ou deux titres largement plébiscités, la formation française devra convaincre encore car sur scène, la prestation assez vite monotone. 

NTM était ultra attendu après les deux soirs qui avaient mis Bercy en folie à la mi mars. Le duo aime la Rochelle qui le leur rend bien : alors qu’ils étaient tricards de toutes les programmations, Jean-Louis Foulquier avait fait fi des tempêtes et décidé contre vents et marées de les inviter.  C’était il y a vingt-deux ans. Reformé récemment et pour quelques dates dont la plupart des  grands festivals, NTM est au meilleur de sa forme. Joey Starr et Kool Schen ont la connivence communicative. Ils se complètent sans en rajouter et se comprennent au premier regard. Leur flow est toujours aussi efficace. Ces deux là montrent à qui en douteraient qui sont les patrons du rap.

Blow, la Coursive.

En ce troisième jour de festival, la Coursive imposait le détour. Blow, nouvel arrivant sur la scène électro, puise très clairement son inspiration de l’autre coté de l’Atlantique. Musicalement, c’est extrêmement bien ficelé et hyper construit. Blow, formation d’origine poitevine, permet aussi de revoir Jean-Etienne Maillard, guitariste et compositeur doué, aperçu dans d’autres groupes (Klone, The Sheperds). Coté prestation en revanche, on a parfois un peu de mal à suivre Quentin Guglielmi, le chanteur, dans ses propos interludes un tantinet éthérés. « On est des petits légumes, des courges, des tomates, des concombres, enfin… vous, vous êtes ces légumes, ces choses qui dansent, » prononcés d’un ton qui n’aurait pas déplu à un maître yogi. Ce jour là en tous cas, il semblait habité jusque dans sa façon de bouger, rendant son ailleurs pas toujours accessible. Dommage car à l’écoute, Blow c’est réellement intéressant. Le single, « The Devils remembers me » connait un succès mérité et il y a fort à parier que le trio (renforcé sur scène par un batteur) n’a pas fini de faire parler de lui.

Ben Mazué, la Coursive.

C’ est une salle pleine à craquer qui guettait celui qui a pris la suite. Ben Mazué est à quelques dates du terme de sa tournée, « La Princesse et le Dictateur ». Il est passé par le Chantiers des Francos et à La Rochelle cette année, il a un programme chargé (en plus de son concert, il est l’un des artistes choisis pour les « Rencontres » et célèbre avec Pomme et Laurent Lamarca les vingt ans des Chantiers justement à la chapelle de l’ hôpital Saint-Louis). Depuis ses débuts en 2011, qui avaient déjà mis en lumières ses talents d’ écriture et son rap si personnel, le public n’en finit plus de lui faire les yeux doux. « La femme idéale », son troisième album, est un pur concentré d’émotions vraies, celles du rire, celles des larmes (sur Headline, notre report du 4 avril 2018).

Brillantissime, Ben Mazué a conçu un spectacle hors normes, indescriptible si on ne veut pas en spoiler le déroulé. Avec Robin Notte, son directeur musical, présent sur scène à ses cotés, ils ont bouleversé les codes du genre et donné aux « guitare-voix » (avec piano sur de nombreux titres) des lettres d’originalité incomparables. La tournée s’arrêtera à  l’ Olympia le 14 Novembre après un détour par la Belgique, Lille, Bordeaux ou bien encore Genève. Ensuite, Ben Mazué fera silence… Le temps de composer son quatrième opus ? La question reste posée car le trentenaire se dit prêt à se laisser porter par tous les vents de la création. 

Ben Mazué, la Coursive.

Après s’être laissé prendre au charme du répertoire de Pierre Lapointe, à ses textes plein de désillusion, de désamour, de magnétique beauté un peu désespérée, retour vers la scène Jean-Louis Foulquier où Bigflo et Oli étaient attendus de façon sonore. Passés eux aussi par les Chantiers, les deux frères sont des habitués des Francos. Disque de platine avec « La vraie vie », récompense suffisamment rare aujourd’hui pour être mentionnée, Big Flo et Oli (autrement dit Florian et Olivier), ont croisé la route du succès dès leur premier opus, « La Cour des Grands », voilà trois ans. Disque d’or à peine quatre mois après sa sortie, il sera lui aussi certifié Disque de platine. 

Prônant la tolérance, la fraternité et revendiquant une vraie ouverture d’esprit, le combo toulousain a su séduire par des propos d’apaisement, refusant des polémiques sur l’ Islam notamment afin de ne pas se laisser prendre au piège de débats bien trop vastes pour se limiter à quelques paroles. Sagesse à laquelle leurs fans ont manifestement adhéré.

En pleine tournée (dont toutes les dates se jouent à guichets fermés), Big Flo et Oli trouvent aussi le temps pour composer des génériques, faire partie des jurés de The Voice Belgique (pour la saison 6 l’an dernier). Autant d’activités qui ne font qu’accroitre la notoriété, largement justifiée pour ces deux là qui ont aussi décroché la Victoire de la Musique catégorie « Chanson de l’année » avec « Dommage », leur album étant nominé dans la catégorie « Musiques urbaines ». Une vraie déferlante.

Shaka Ponk avait l’honneur de fermer le ban ce 13 juillet. Le quintet, porté par le virevoltant Frah et la magnétique Sam, a fait le show, porté par une scénographie dont l’originalité n’est plus à démontrer. Il y a quatre ans, leur premier passage par La Rochelle avait été euphorique. Ce retour est largement aussi attendu, « The Evol’ », le sixième album studio des Shaka Ponk, sorti en novembre dernier (saluée par la Victoire de l’ Album Rock de l’année) marquant quelques détours nouveaux, vers la pop et même vers davantage de poésie peut-être. « Evol » est aussi l’anagramme de « Love »’, ceci explique partiellement cela.

Costumes, décors, mise en scène, imageries, façon unique d’ accrocher le public et de se jeter constamment dans l’arène, le groupe a l’imagination no limit. Les concerts sont des boules d’énergie à multiples facettes avec quelques passages très attendus comme ces battles face à Goz, le singe emblématique, ou bien encore, plus récent, face à l’avatar de David Bowie. Ayant pris le parti de ne pas reprendre énormément de leurs succès précédents, Shaka Ponk mise beaucoup sur les derniers titres, sur davantage d’électro également. On sent que l’ambition scénique a elle aussi encore gravi un échelon. 

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

Il y a moins de dix ans, en novembre 2009, les Shaka, qui ne bénéficiaient pas encore de la présence de Sam, vraie valeur ajoutée, incroyable personnalité, jouaient dans des clubs de taille ultra modeste, comme l’Olympic à Nantes. C’étaient les débuts, l’ordinateur lançant les images était parfois capricieux, l’écran en forme de peau de tambour avait une taille bien plus modeste. Mais le public ne s’était pas trompé en pariant sur le succès de cette bande totalement novatrice. Vendant des albums par milliers, remplissant des salles énormes, tête d’affiche des plus gros festivals, Shaka Ponk est désormais une référence à part entière… dont le groupe se sert pour mettre en avant sa fibre écologique. A chaque conférence de presse, Frah et Sam exposent les raisons de leur engagement aux côtés de la Fondation pour la Nature et l’ Homme  (ex-Fondation Nicolas Hulot), les cinquante gestes à faire pour améliorer son empreinte (à retrouver sur le site de la Fondation). Nul opportunisme dans cette direction là, les Shaka sont des militants de la première heure, de vrais figures de proue d’une cause pour laquelle ils se battent comme s’il s’agissait d’une  question de survie, sans pour autant pratiquer ostracisme ou culpabilisation bornée. Avec ce côté « toujours plus haut, toujours plus fort », on peut se demander jusqu’où iront ces cinq électrons libres là ?

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

En ce jour de Fête Nationale, les plus jeunes avaient rendez-vous avec Aldebert et ses « Enfantillages ». Il fallait voir l’intérieur de la Coursive avant l’ouverture des portes, une longue file d’attente dans le patio intérieur, une colonie de vacances même pas dissipée, joyeuse et juste impatiente, entourée par des parents qui n’avaient pas l’air de bouder leur plaisir. Aldebert ne s’adresse par aux enfants à coups de niaiseries mais avec intelligence et poésie. 

A la Coursive encore, Arthur H a une fois encore signé sa présence à coup d’énergie créatrice. Son récent double album, « Amour Chien fou », un peu funk, beaucoup « ballades »,  s’accordait parfaitement avec cet espace de quasi intimité (à quelques mètres des tours de la Rochelle, dont l’une portait un immense portrait de son père, bel hommage à Jacques Higelin disparu quelques mois plus tôt). Offrant un récit de son périple à travers le monde, de Bali à Tokyo, du Mexique à Montréal,  Arthur H ose aussi l’aventure introspective, les temps de la vie. Il flotte comme toujours un parfum de nostalgie, une mélancolie tenace mais on sent que le musicien est en capacité de « poser les valises », de se laisser aller à vivre avec plus de légèreté. Un constat plutôt émouvant à observer chez ce fidèle des Francos.

En début de soirée sur la grande scène, Eddy de Pretto, dont l’ascension est aussi rapide que la vitesse de l’éclair, Prix des Inouis l’an dernier au Printemps de Bourges, en énorme tournée ultra bondée quelques mois plus tard, est celui que tout le monde s’arrache et veut voir. L’ auteur de « Kid » semble regarder tout cela avec amusement et recul, lui qui se rêvait artiste dès l’adolescence depuis sa cité, son « Beau lieu ». Le rappeur ne se contente pas de textes d’une précision et d’une profondeur redoutables, il bouscule le genre en longs passages chantés qui n’auraient pas déplu à Nougaro, l’idole familiale. Eddy de Pretto est l’un des très beaux succès de la nouvelle scène rap française.

Jain, (Artiste de l’année 2017 aux Victoires de la Musique) est également l’une des révélations de ces dernières années. Après « Zanaka », sorti en novembre 2015, double disque de platine, riche de nombreux tubes, la  protégée de Maxime Nucci doit sortir ce mois d’août un nouvel opus dont on ne connait pour le moment que le premier extrait, déjà succès, « Alright ». L’artiste globe trotteuse a toujours beaucoup voyagé. Elle a engrangé durant ses tournées à travers le monde des sons, des couleurs qu’elle a eu envie de reproduire. 

Sur scène, elle a d’abord choisi la combishort au petit col claudine immaculé qui donnait un air de sagesse pas vraiment en adéquation avec l’énergie déployée mais un décalage qui l’amusait. Aujourd’hui, Jaïn mise sur la salopette bleue (Agnès B) pour montrer la machine de guerre dans laquelle elle se transforme face au public. Le set est parfaitement calibré, le public était conquis d’avance mais la victoire n’en est pas moins jolie.

Un feu d’artifice (plutôt décevant, tant coté pyrotechnie que bande son) plus tard, dans une tenue blanche rompant avec ses coupe vents habituels, Orelsan n’a pas eu besoin de se changer et d’endosser le maillot jaune porté peu après pour prouver qu’il serait bien le vainqueur de l’étape du jour. Le site est plein à craquer. On se masse au plus près de la scène pour voir celui qui rafle tout depuis la sortie de « La fête est finie ». Ca saute, ça danse, « Basique », « Paradis », « Christophe », parler de communion n’ est même pas encore assez fort. Des titres plus anciens, tel « Le chant des Sirènes » sont aussi de la partie. Avec ses quatre musiciens, dont son pote Skread, à qui pas mal de ses chansons doivent sur succès, Orelsan a le flow infaillible. On pourra toujours le critiquer, ressortir de vieilles polémiques désormais dépassées, ce musicien là est assez bluffant.

Hoshi, sa voix éraillée, sa guitare et ses vingt ans, ses enthousiasmes et ses doutes, campaient à la Coursive en cette ultime journée des Francos. Une jolie découverte qui permet de voir au delà de son succès actuel…. Succession on ne peut plus cohérente, Nolwenn Leroy lui a succédé. Radicalement différent de ses précédents albums, « Gemme » est une sorte de révérence à la terre, à la vie. On n’est plus dans le folklore breton, ni dans la variété des débuts. Portée sans doute par sa maternité récente, la chanteuse se tourne vers davantage de gravité et sa voix, toujours aussi juste et unique, y trouve matière aux plus belles envolées. Libre.

Afin de permettre aux festivaliers de vivre à fond la présence exceptionnelle de la France en finale du Mondial de Foot, les organisateurs avaient eu la bonne idée d’ouvrir les portes de Saint-Jean d’ Acre en milieu d’après-midi à tous ceux qui avaient leurs billets pour le soir. Inutile de revenir sur l’ambiance dans les grandins. Dans cette fan zone inédite et improvisée, la liesse s’est levée (pour paraphraser Ben Mazué), les cris et les applaudissements, ont résonné comme dans tous les recoins de la ville où des écrans de télévision retransmettaient le match des bleus. Mais en beaucoup plus fort. Une édition exceptionnelle, c’est le mot!

Serge Gainsbourg aurait eu quatre-vingt dix ans cette année. Le temps s’est figé avec sa disparition en 1991 mais l’ homme du « Poinçonneur des Lilas » était bien né en avril 1928.  Celle qui fut sa femme et sa principale inspiratrice, son interprète fétiche, a décidé de reprendre la scène après des années compliquées par la maladie. Jane Birkin interprète Gainsbourg depuis trente ans. Avec la complicité de Philippe Lerichomme, son directeur musical, elle a choisi les titres auxquels elle avait envie de donner une nouvelle parure. Un jour, elle a rappelé combien le compositeur s’inspirait de la musique classique, qu’il adorait au delà de tout, ayant souvent rêvé que ses propres textes soient portés par un écrin symphonique. Les Francofolies de La Rochelle avaient exaucé cette envie en 2016. Celles de La Rochelle ont poursuivi cette année. Le résultat est d’une beauté époustouflante, entre paroles célébrissimes, partitions du grand Gainsbourg, envolées entre Messian et souffles jazz. 

Boucler l’édition des Francos par cet hommage éclatant, porté par la douce Jane Birkin, était aussi refermer le livre avec émotions, juste avant le passage de Brigitte, élégant duo qui en 2015 déjà, puis en 2016, a toujours imprégné de sa douceur le public rochelais. MC Solaar a été le dernier de cette longue série d’artistes à fouler la grande scène. Plus de vingt cinq ans après sa dernière venue, des années après son dernier album, ses rares prestations étant réservées au spectacle des « Restos », l’interprète de « Bouge de là », ancien porte étendard du hip hop hexagonal, n’a rien perdu de sa fougue. « Géopoétique », son huitième album studio, est sorti en novembre dernier avec près de vingt titres uppercut, dont MC Solaar a signé la quasi totalité des paroles. La tournée est lancée et met le feu d’entrée de jeu. « Caroline » est porté par une foule qui connait toutes les paroles et provoque des hurlements  enthousiastes. Le chanteur se moque des affres de l’âge et se montre d’une énergie solaire. L’ultime page des Francos 2018 s’est refermée aux accords de ce porteur de joie. Une magnifique édition superbement reliée.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

DAVID BAN OUVRE LA VOIE DE SON « ALPAGUEUR »

Il l’avait promis, il l’a fait ! Ce 29 juin au Zèbre de Belleville à Paris, David Ban a offert à son « Alpagueur » sa plus belle des rampes de lancement. Plaisir, énergie, les copains musiciens sur scène ou en invités surprises le temps de duos exceptionnels, la fête était magnifique.

(Momentanément ?) rangée la tenue de Porthos, oubliées l’épée et la mise en avant des biceps impressionnants forgés à coups d’entraînements intensifs, c’est un David Ban poète autant que musicien qui s’est avancé ce 29 juin sur la scène du Zèbre de Belleville. Une scène à l’ambiance mi cabaret mi cirque, intimiste surtout, qui lui allait parfaitement bien lui dont les paroles conservent toujours une chaleur et une joie de vivre même dans les sujets les plus douloureux.

Chapeau melon sur la tête, veston sur tee shirt et fleur à la boutonnière, David Ban a le plaisir aussi manifeste que son émotion et son plaisir à partager enfin les titres de cet album qui aura mis plusieurs années avant d’être enfin là. Après une campagne de financement participatif gagnée rapidement et même bien au delà des objectifs prévus, il avait en effet préféré prendre son temps, lui le perfectionniste. Ne rien précipiter pour pouvoir revendiquer et goûter pleinement les chansons retenues, leurs couleurs finales, la production de ce premier album à côté duquel il était hors de question de passer.

Touche à tout, veillant à la moindre étape de la création, il ne s’est pas contenté de composer, d’écrire, il a aussi planché sur la distribution, les scènes à venir, le tout en parallèle de ses rôles à succès dans les « Les Trois Mousquetaires » et « 1789, les Amants de la Bastille ». Et puis l’objet est enfin arrivé offrant à son auteur la joie incomparable des premières fois.

La fête a été à la hauteur. Entouré d’amis proches, tous musiciens de grand talent (Julien Lamassonne, Emma Piettre, Emma Lee notamment), David Ban n’a rien caché de ses émotions. Incomparable animateur, jouant la carte de l’humour avec un naturel et une évidence contagieux, il n’a laissé aucun temps mort et enchaîné les titres de son album dans une euphorie palpable.

Impossible de retenir un titre plus qu’un autre. Tous méritent une écoute attentive mais il est une évidence, tous passent haut la note la transposition sur scène. En live, ils prennent même une dimension supplémentaire, redoublant d’émotion ou entraînant immédiatement le public dans ses refrains. Le public (essentiellement féminin, beaucoup de fans de la première heure qui avaient vu David Ban dans ses différents spectacles musicaux et assisté à ses concerts sauvages donnés devant le Palais des Sports de Paris) ne s’est d’ailleurs pas fait prier pour jouer les chorales et montrer son enthousiasme.

David Ban & Mikelangelo Loconte.

David Ban & Emji.

Enthousiasme encore plus criant quand David Ban a invité à ses côtés d’autres copains le temps d’un duo éphémère. Mikelangelo Leconte a ouvert le bal avec un très beau moment empli de tendresse. Puis ce furent Emji, Victoria, Olivier Dion, de vrais instants de complicité et de partage qui avaient le charme et la force de ce qui ne se reproduira probablement pas. 

David Ban & Victoria.

David Ban & Olivier Dion.

Près de deux heures de spectacle plus tard, les lumières du Zèbre se sont éteintes après un final qui a réuni tous les invités. David Ban aurait pu prolonger, porté par cette envie de partager longtemps encore son « Alpagueur ». Il ne patientera de toutes façons pas longtemps avant de reprendre la guitare : après plusieurs concerts pendant les Francofolies de la Rochelle, il reviendra au Zèbre les 1er et 2 septembre prochains. La première date s’est remplie en quelques heures. La seconde est presque déjà complète elle aussi. On attend désormais la tournée.

« L’ alpagueur » a tous les atouts pour tracer sa voie.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– www.davidban.com // https://www.billetweb.fr/david-ban-lalpagueur –

 

Francofolies de La Rochelle: Les Fréro Delavega surfent sur le succès à Saint-Jean-d’Acre

L’an dernier, sur la scène de l’Horloge Rouge, ils jouaient devant une poignée de spectateurs (très jeunes pour la plupart). Cette année, ils sont parmi les têtes d’affiche de l’immense stage de Saint-Jean d’Acre. Incroyable parcours que celui du duo ultra vitaminé Fréro Delavega. 

« Tu vas bien Francos? Alors chante ! Et là haut, lâchez le champagne ou partagez!! » Au delà de la boutade,le mot d’ordre est lancé. « Partage ». Ce que les deux  musiciens essaient de pratiquer (et avec un sacré talent, impossible de ne pas le reconnaître) depuis leur sortie de The Voice, l’émission de TF1.                                  

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Au début de l’année  dernière, interpellant déjà par leur tandem alors que le télé-crochet ne s’adresse a priori qu’aux solistes, les (Jérémy) Frérot – (Flo) Delavega, coachés par Mika, avaient franchi les étapes avec facilité et n’étaient sortis qu’en quart de finale. Une aubaine si l’on en juge par la faiblesse des ventes des lauréats (Kendji excepté) et l’on ne parle pas des autres participants (mise à part Louane, qui connaît un succès fulgurant), ces quelques téméraires qui se sont laissés tenter par l’enregistrement : la jauge n’a jamais dépassé les 10.000 exemplaires. Une chance aussi car ces deux là, qui composent ensemble depuis six ans, ont eu tout le temps pour enregistrer leur premier album éponyme, sous le label Universal, qui les avait approchés sitôt leur élimination.

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Des reprises, quelques créations originales, une bonne dose de reggae et de rythmes entraînants, des paroles faciles à retenir… les deux beaux gosses ont vite raflé la mise : ce premier opus, porté par « Sweet Darling »,  « Le Chant des Sirènes »  ou bien encore « Mon petit pays »  s’est vendu à plus de 700.000 exemplaires et a fait des Fréro Delavega l’un des plus gros vendeurs de France. Une tournée sold out dans des salles de moyenne importance, un Zénith parisien archi plein vendu longtemps à l’avance ce printemps, et les voilà qui reprennent la route pour des scènes encore plus grosses, pour la plus grande joie du Périscope, cette société grenobloise spécialisée dans la production et le booking, qui a été la première à croire en eux. Une vraie complicité à chaque étape de cet incroyable parcours, c’est sans doute aussi l’une des raisons du succès.

Ce 13 Juillet, ils débarquent en courant, sourire Ultra Bright, bermuda-chemise ouverte sur tee-shirt, devant les dizaines de milliers de spectateurs (la soirée programmant aussi Vianney, Brigitte, Arthur H et Florent Pagny). Manifestement émus. « T’es fou Francos! L’an dernier, on jouait en face, il n’y avait personne et ce soir… C’est totalement dingue. Merci ! » Démarre alors une heure d’un set sans temps mort, débordant d’énergie, joyeux, qui n’oublie ni les tubes, ni les reprises fameuses comme « On ne veut pas travailler » de Pink Martini. Les musiciens qui les accompagnent (batterie, basse, claviers, guitare), tous excellents, ne restent pas dans l’ombre et partagent vraiment la scène.

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Vocalement, les voix fonctionnent parfaitement, si celle de Jérémy Frérot est plus puissante, celle de Flo Delavega, toute en douceur, apporte son indissociable couleur. Moment tendresse quand le premier reprend en solitaire « Reviens » accompagné du second à la guitare. Moment de pure folie quand les deux décident de s’offrir une traversée pas vraiment solitaire, un aller retour jusqu’au fond du public en canots gonflables… portés par les spectateurs euphoriques. Les enfants sont ravis par cette soudaine proximité. Des pancartes se lèvent encore plus haut : « Fréro Delavega, je veux bien être votre petite soeur », « Jérémy, oublie Laure, épouse moi! »

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L’ancienne championne des bassins devra s’habituer. Ce binôme là semble parti pour durer. Et le nombre de leurs fans prêt à grossir encore. Le second album (dont ils ont offert un premier extrait) est en route. Même joie de vivre visiblement. Avec ce que les Fréro Delavega connaissent actuellement, il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement.

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

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Le bel été des festivals français.

La saison des festivals français s’est achevée dimanche soir quand se sont éteintes les consoles de Rock en Seine. Avant de reprendre le chemin des concerts en ordre plus dispersé, petit retour sur ces mastodontes qui ont mis notre été en musique. Et petit coup de chapeau personnel à celui qui n’est sans doute pas le plus lourd d’entre eux mais qui a fait de son sens de l’accueil sa marque de fabrique, au point de s’imposer comme un incontournable sur l’itinéraire des tourbus.

Status Quo // Hellfest.

Hommage chaleureux tout d’abord à celui qui a ouvert le ban : le Hellfest, l’incontournable rendez-vous metal de Clisson, cuvée 2014 (du 20 au 22 juin), a battu tous les records. De température d’abord avec un mercure à plus de 35 ces trois jours, enveloppant chaque déplacement d’un nuage de poussière, expliquant aussi les files d’attente aux (trop) rares point d’eau et la traque à la moindre zone ombragée. Dans ce contexte, l’intervention des pompiers le dernier jour a été une initiative largement appréciée. Dommage peut-être que leurs lances à eau n’aient pas été sollicitées plus tôt. Mais cette météo harassante (en opposition totale avec le cocktail pluie-froid de l’édition précédente) n’a pas réussi à gâcher le plaisir des métalleux qui, d’Iron Maiden à Aerosmith en passant par Status Quo, Avenged Sevenfold, Black Sabbath ou Rob Zombie, ne savaient plus où donner du pogo. Deux coups de cœur pour nous : les allemands de « Powerwolf », impeccables dans leur mise en scène spectaculaire comme dans leur set list parfaitement calibrée, portée par un Atila Dorn en grande forme et les américains de « We Came As Romans » qui réussissent à revisiter le metalcore avec une belle énergie et un plaisir de la scène assez contagieux. Record de fréquentation enfin (et surtout!) avec plus de 139.000 spectateurs, battant encore les résultats de 2013. De quoi mettre la pression sur Ben Barbaud et son équipe qui vont devoir programmer fort pour le 10ème anniversaire du Fest l’an prochain.

Météo avec vents contraires une semaine plus tard pour les trois jours du Solidays mais la fréquentation n’a heureusement pas pris l’eau : 175.237 spectateurs. Plus importants encore compte tenu de l’enjeu et des fins de la manifestation organisée sur l’hippodrome de Longchamps, les 2,2 millions d’euros de recette estimés, largement au delà des objectifs affichés. Solidarité Sida va pouvoir renforcer ses actions grâce à la présence d’artistes aussi divers que Fauve, HollySiz et son enthousiasme sincère, Yodelice, Franz Ferdinand, les complices Triggerfingers et les incontournables Shaka Ponk, Vanessa Paradis ou Skip the Use. L’affiche était la bonne.

 

Stromae // Main Square Festival.

Même constat pour le 10ème anniversaire du Main Square d’Arras (du 3 au 6 juillet) : la pluie diluvienne, le terrain boueux et collant n’ont pas fait rebrousser le chemin du moindre festivalier et devant les scènes d’Arras, ce sont plus de 135.000 spectateurs qui se sont pressés. Doté d’une journée supplémentaire en ouverture, le Main Square avait réellement frappé fort en offrant une affiche exceptionnelle : Iron Maiden, Ghost, Stromae, M, Détroit, David Guetta, Gesaffelstein, MGMT, The Black Keys, entre autres, pour la scène principale et autant de richesses sur la Green Room avec London Grammar, James Arthur, The 1975, notamment. Programmation au top et organisation parfaite, pour les professionnels comme pour le public. Arras est en haut de la carte. Une hauteur qui sied bien à son festival.

(A quelques encablures de là et durant ce même week-end, les Eurockéennes réussissaient eux aussi leur édition en attirant plus de 102.000 festivaliers face à Stromae (toujours!), Pixies, Shaka Ponk (toujours aussi!) ou bien encore Foster the People et… devinez… Détroit!)

Pluie encore et toujours, orages même, pour accompagner les Vieilles Charrues (du 17 au 20 juillet) qui avaient convié, entre autres, Elton John, Arctic Monkeys, Christophe, Détroit, HollySiz, Fauve, Daho mais aussi Indochine, Julien Doré, Kavinsky… La 23ème édition de la manifestation bretonne (dont le budget est de 13 millions d’euros) a accueilli 225.000 personnes dont plus de 175.000 entrées payantes. D’excellentes nouvelles sur le papier mais à ne pas considérer aussi simplement sans doute quand on sait que les Vieilles Charrues ne bénéficient d’aucune subventions et se financent à plus de 80% par les festivaliers eux-mêmes. Dans ces conditions, chaque année est à hauts risques et les bilans comptables, scrutés à l’euro prêt.

Ce bilan, les Francofolies devraient logiquement le considérer avec satisfaction : une ouverture en fanfare, baptisée « Les copains d’abord », en vibrant hommage à Jean-Louis Foulquier, disparu le 10 décembre dernier. Lavilliers, Souchon, Aubert, Voulzy, Jonasz, Adamo, Noah, Thiéfaine, rejoints par les « jeunes pousses » Nolwenn Leroy, Elodie Frégé, Christophe Willem… ils avaient tous répondu présents. La liste était belle et la soirée (présentée par Omar Sy en surprenant Monsieur Loyal) n’a pas déçu malgré quelques longueurs. Puis Christophe Maé, Stromaé et Détroit les jours suivants ont eux aussi réussi le carton plein. Du 10 au 14 juillet, les diverses scènes du festival rochelais auront recensé plus de 92.000 spectateurs. Un succès qui rend lui aussi hommage au père fondateur de cette manifestation désormais trentenaire.

Ce week-end enfin, grâce à Lana Del Rey, Blondie, Queens of the Stone Age, Portishead ou bien encore Arctic Monkeys, proposition originale et oh combien alléchante, Rock en Seine a clos le bal avec une participation qui méritera affinement mais devrait flirter avec les 40.000 festivaliers par jour. Malgré le déluge gâchant un peu la journée d’ouverture de cette douzième édition, le festival francilien a largement atteint son objectif.

L’été 2014 des festivals aura décidément été celui de tous les succès alors que les esprits chagrins leur faisaient miroiter le pire, entre mouvement des intermittents et incertitude éventuelle sur la tenue des concerts et crise économique ne facilitant pas l’achat des pass multi jours. La météo n’a pas été belle mais aucun orage ne sera venu mettre en danger ces machines solides mais toujours à risques. Si éclairs il y a eu, ils n’auront été que de génie car les programmateurs ont su faire cohabiter audace et certitude pour livrer au final des affiches qui ciblaient large mais visaient manifestement juste.

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Sur la carte des festivals, il en est un qui poursuit tranquillement sur la route du succès et des records, celui de Poupet à Saint-Malo des Bois. Dans cette microscopique commune vendéenne riche de quelques 1.500 habitants, on recense pas moins de 540 bénévoles dont le noyau dur se réunit chaque semaine pour mitonner un festival étalé sur près de trois semaines chaque mois de juillet avec une quinzaine de soirées différentes pour réussir à satisfaire tous les goûts et toutes les générations.

Christophe Maé // Festival de Poupet.

Depuis sa création voilà bientôt trente ans et plus encore depuis la construction du magnifique théâtre de verdure en 1998, inauguré l’année suivante par Pierre Bachelet, les têtes d’affiches se sont succédées et le nombre de spectateurs n’a jamais cessé de croître. Près de 20.000 voilà dix ans… Près de 60.000 supplémentaires cette année. Et ce n’est que mérité! Bien sûr, comme partout, pour que le public réponde présent, il faut susciter l’envie. Noah, Joe Cocker, Texas, Hallyday, Tracy Chapman, M, Souchon, The Cranberries, Maé, Bruel… la liste est bien trop longue de ces succès passés pour être rapportée. L’an dernier, David Guetta réunissait 24.500 personnes. On croyait le record imbattable. Erreur! Cette année, Stromaé (pour une soirée exceptionnelle au Château de la Barbinière) a fait venir 25.000 personnes. Gad Elmaleh a affiché complet très vite et Patrick Sébastien a provoqué un tel engouement qu’il a fallu reprogrammer une autre soirée en fin de festival. Bonne pioche! Va pour la qualité de l’affiche donc. Mais il y a aussi ce petit plus qui fait ici une sacrée différence : l’extraordinaire gentillesse de l’équipe.

Arriver dans ce temple de la musique pas comme les autres, c’est d’abord être accueilli. Du « vigile » d’entrée au personnel assurant la restauration, de l’équipe organisatrice au vendeur de souvenirs en passant par ces plus excentrés qui veillent sur les parking et dirigent d’une main habile le flux des voitures quittant le site (on rappellera qu’à tous niveaux de l’organisation, ce sont exclusivement des bénévoles), tout le monde a envie que Poupet ne laisse que des souvenirs heureux. La disponibilité est totale, la vigilance existe mais sait se faire discrète et reste toujours calme. Alors forcément, on se sent sacrément bien à Poupet!

Assister à un concert au côté de Lucienne, 81 ans, bénévole de la première heure, qui veille chaque soir sur l’espace des personnes à mobilité réduite mais participe surtout à toutes les réunions hebdomadaires pour prendre une part active à la programmation, est un moment délicieux et tendre. Voir l’équipe des médecins juste à côté, danser et chanter sans complexe, est une joie communicative. Regarder enfin ces 5.000 spectateurs enthousiastes partager ces quelques heures de spectacle laisse imaginer combien Philippe Maindron, le président fondateur doit être comblé. Il y a des honneurs et des médailles trop vite accrochées. Lui, par sa passion et au nom de tous ces bénévoles qui donnent temps libre et passion pour que l’histoire se poursuive avec brio, mériterait les plus hauts pour avoir su apporter ce qu’il y a de plus beau : une parenthèse de Bonheur.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET // Seth STANLEY.

(Nous tenons à remercier aussi tout particulièrement Thomas Maindron, dont l’enthousiasme est contagieux Jean-Marie Poirier, le vice-président, qui a le sens aigu de l’anecdote, nos deux électriciens préférés, pieds nicklés de la caisse à outils, aussi professionnels que bourrés d’humour et guides efficaces, et puis encore une fois, Lucienne, incroyable passionnée)