LA NUIT DE L’ERDRE 2018: Avec Triggerfinger, les flamands osent

Enorme dose de rock et d’élégance sur la scène de « la Nuit de l’Erdre ». Les belges de Triggerfinger jouent comme personne. Rencontre avec un trio unique.

D’ordinaire, il n’est jamais fait mention des à-côtés d’un rendez-vous, de ce qui précède une interview ou entoure une séance photos. Mais là, ce serait passer sous silence la grande classe de ce groupe pas comme les autres, sur scène comme en dehors. Par le hasard d’une mauvaise rencontre avec le jet d’eau non maîtrisé d’un vigile (qui pensait qu’arroser la foule en cette journée caniculaire serait cadeau mais qui a d’abord visé ailleurs et mal), c’est en mode tête sortie de douche et carnet de notes détrempé qu’a eu lieu l’interview calée depuis plusieurs jours avec les trois membres de Triggerfinger. Avec un groupe plus roots, la situation aurait pu être cocasse mais face à ceux là, qui placent l’élégance à même niveau que leur jeu de scène, on se dit que la vie s’amuse parfois à vérifier votre dose d’humour. 

Une petite vingtaine de minutes après avoir emporté tout le public de La Nuit de l’Erdre, les belges débarquent bouteille de champagne et coupes à la main. Souriants et toujours aussi élégants. Seul Mario Goosens, le bassiste, a troqué son costume contre un tee shirt salvateur après avoir joué une bonne heure sous 37 degrés. Monsieur Paul, le batteur, persiste à garder son veston bien fermé sur sa chemise et sa cravate mais on voit qu’il a tout donné derrière ses drums. « J’attends un peu, ça va redescendre doucement et progressivement », explique t’il dans un large sourire. Quant à Ruben Block, chanteur et guitariste, impressionnant dans sa chemise blanche aussi stylée que ses boots rouges à paillettes (« Il faut bien s’amuser! Je les ai trouvées chez un créateur bruxellois. Je vous donnerai l’adresse si vous voulez, il y a des modèles pour femmes incroyables. »), on se demande comment il fait après ce set d’une énergie exceptionnelle. Ignorant la mise improbable de leur vis à vis, passant surtout au delà de la fatigue post scène, le trio est au petit soin, disponible, drôle, passionné. A ces Belges là, on aurait volontiers accordé la Coupe du Monde… quand eux vous proposent une coupe de champagne.

Vingt ans déjà que le Triggerfinger s’est formé dans les confins d’ Anvers. En 2004 sort le premier opus éponyme mais c’est en 2012, avec la reprise d’ « I follow Rivers » de Lykke Li, que la déferlante se met véritablement en marche: sur scène, le trio n’a pas son pareil pour livrer des concerts d’anthologie. Le succès est fulgurant en Belgique puis traverse les frontières. Les Pays Bas, l’ Allemagne, la France ne comptent plus leurs fans.

Il y a huit ans, le trio s’était rapproché de Greg Gordon, le producteur d’ Oasis et Slayer notamment, et avait enregistré son troisième album sous sa direction, à Los Angeles. Bingo! « All this dancin’ around » a été certifié double disque de platine et les concerts à guichets fermés se sont enchainés sur les plus grandes scènes d’Europe comme dans la plupart des festivals.  C’est aussi après cet album que Triggerfinger a été sacré (en 2011) « meilleur groupe de l’année », aux Industry Music Awards, Mario Goosens décrochant le prix du « meilleur musicien », catégorie dans laquelle Ruben Block était également nominé. 

Pour ce cinquième opus studio, le groupe s’est associé le talent de Mitchell Froom. Le musicien, ingénieur du son et producteur américain que l’on ne présente plus (Mc Cartney, Pearl Jam, Suzanne Vega, The Corrs, entre autres) a eu envie de repousser les limites, de laisser toutes les envies s’exprimer. « Colossus » recense donc des titres où jouent deux basses mais aucune guitare. Des claviers, du sac ont également fait leur apparition. « Jusqu’à présent, on composait en se demandant si les morceaux seraient jouables à l’identique sur scène. Cette fois, on a écrit dans une totale spontanéité, sans arrière pensée, ce qui nous a forcément entraîné vers d’autres chemins », commente Ruben Block. « Travailler avec une personnalité aussi riche que Mitchell From était un aiguillon car on le considère un peu comme une idole alors on n’avait pas envie de le décevoir. Du coup, comme nous avons enfin fini d’aménager notre propre studio, nous avons pu travailler encore davantage et on est heureux de cet album et des dix titres qu’il contient. »

Manifestement, leur interprétation (qui bénéficiait de la présence d’un second guitariste sur scène) n’a pas posé de problèmes si l’on en juge par la manière dont les morceaux sonnaient ce 3 juillet. Réunissant l’énergie d’un Chuck Berry, le punch de Lemmy Kilmister, Triggerfinger met tout le monde d’accord. Ca envoie et c’est parfaitement maîtrisé, aussi bien dans les chansons les plus longues (certains titres approchent les huit minutes) que dans les plus courtes. 

En 2015, sous la Valley, le trio avait laissé un souvenir ineffaçable au public du Hellfest. Avec cet album puissant, empruntant des voies plus extrêmes et pointues, on se dit qu’il serait temps de les voir revenir du côté de Clisson. Ben Barbaud, il y a des Belges qui méritent leur revanche. Di’ici là, on aura eu le temps d’un aller retour à Bruxelles pour découvrir cette caverne incroyable où trônent plein d’autres petites paires de bottines rouges à paillettes.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Le long chant du Lollapalooza Paris !

On aurait pu penser que Depeche Mode le premier soir, serait le rendez-vous phare de cette seconde édition du Lollapalooza Paris (les 21 et 22 juillet 2018). C’était compter sans la présence de Noel Gallagher, plus rare, qui a déclenché des enthousiasmes ininterrompus. Un accueil que les festivaliers ont aussi accordé à The Killers, Gorillaz, Trevor, Kasabian, ou bien encore Nekfeu. L’affiche était belle et le plus difficile était de choisir. Retour sur un festival qui a le sens du spectacle.

En lycra intégral bleu-blanc-rouge, ces deux potes américains débarqués la veille de Chicago pour un contrat de trois mois dans la capitale, bravent les températures caniculaires et tiennent à rendre hommage au pays champion du monde de football. « C’est cool pour vous guys ! Vous avez de la chance car maintenant vous avez aussi le festival le plus cool de la planète. On a fréquenté Coachella… ici, c’est the same, on peut tout se permettre. On fait la fête et il y a de la bonne musique à quinze minutes du centre de Paris, c’est ça qui est crazy non ? »

La centaine de festivalières arborant des couronnes de fleurs composées sur place ne pourront que confirmer. Ici, tout est permis, de l’extravagance « Peace and love » à la tenue mixant les bottines à paillettes avec le micro short en jean, des hauts de maillots de bain sur jeans (que beaucoup sont allés customiser sur le stand Levis, comme l’an dernier). On sort ce que l’armoire recense de plus coloré, on emporte les coussins gonflables au vent pour en faire des banquettes confortables. Et on se réjouit à l’idée de manger vegan, réunionnais ou grande classe et encore plus original grâce aux stands du Lollachef (Jean Imbert et ses fameux « Bols de Jean », Denny Imbroisi qui n’a pas son pareil pour revisiter les classiques italiens, Yoni Saada qui réussit à donner à la street food des airs de noblesse, Christophe Adam, Monsieur « Eclairs de génie » (monstrueusement beaux et bons),Yann Couvreur dont le seul nom évoque son célébrissime Millefeuille à la vanille de Madagascar, Anthony Clémot, pape de la cuisine de volaille et Antoine Westermann, qui lui aussi célèbre la volaille de grande qualité.

Les enfants ne sont pas non plus en reste puisque les plus jeunes ont droit à leur coin, dans une zone calme, avec de nombreux animateurs, des ateliers musique, maquillage ou musique, y compris pour les tous petits. Au Lolla, la fête est partout, joyeuse et colorée. Il flotte un parfum camps de vacances alors que la Tour Eiffel (la vraie) n’est qu’à quelques encablures.

Zara Larsson.

Déclinaison frenchie du célèbre festival itinérant créé en 1991 à Chicago, le Lollapalooza Paris avait réuni l’an dernier plus de 110.000 visiteurs, attirés par les plus grands noms de la planète pop-rock , The WEEKND, Imagine Dragons, Lana Del Rey, les Red Hot Chili Peppers ou bien encore Dj Snake. Cette année, l’affiche a misé sur Depeche Mode (dont le retour triomphal en a fait l’un des grands vainqueurs de la tournée des festivals 2018), Nekfeu, Gorillaz, Dua Lipa, The Killers et Noel Gallagher notamment.

La chaleur est orageuse et étouffante mais les festivaliers ont répondu présents dès l’ouverture des portes de l’ Hippodrome de Longchamp. Beaucoup d’étrangers, des britanniques notamment, qui n’ont pas hésité à franchir la Manche pour s’offrir ce festival au nom mythique mais aussi des espagnols, américains, suédois ou japonais. Sous les partitions de Lil Pump comme de Kaleo, les fosses sautent et dansent déjà, hurlant plus fort encore quand résonnent les tubes attendus.

Bastille.

Bastille a lui aussi drainé ses milliers de fans. Le groupe londonien créé en 2010 par Dan Smith (qui a choisi ce nom en hommage à notre fête nationale, connue au Royaume Uni comme le Bastille Day mais aussi parce que cela correspondait à sa date de naissance. Tout simplement!) truste tous les charts avec ses albums Le premier, « Bad Blood », sorti en 2013 a conquis l’Europe en quelques semaines. Succès renouvelé avec « Wild Word », sorti en septembre 2016. les concerts sont tous sold out et à l’évidence, la gente féminine trouve un charme manifeste à Dan Smith en dépit d’un look capillaire « boule à zéro » plus difficile (ce n’ est qu’un avis, on se détend!).

Kasabian a également ravi les foules. La formation britannique multi récompensée, menée depuis vingt ans par Tom Meghan et le guitariste Sergion Pizzorno, a de la bouteille et le démontre avec une aisance déconcertante. Le rock soigné aux influences melting pot envoie du lourd, à l’image du dernier opus, « For crying out loud », sorti l’an dernier.

Kasabian.

Mais celui que les plus jeunes attendaient était visiblement Travis Scott. Le rappeur est un artiste reconnu et personne ne remet en question ses qualités musicales mais il est clair que le fait d’être le chéri de Kelly Jenner, demi soeur de Kim Kardashian, influences parmi les influenceuses, reine de la téléréalité, a aussi boosté sa notoriété. Présent dans les magazines people autant que dans la presse musicale, le rappeur (également mannequin, acteur et réalisateur) de vingt six ans, à qui l’on doit pas mal de succès dont le très bon « Antidote » en 2015 ou « Portland » avec Drake, en 2017, a offert à Paris un show survolté (que la jeune femme a d’ailleurs immortalisé depuis la scène pour alimenter ses réseaux sociaux tout en restant parfaitement cachée. On a le sens de la communication ou on ne l’a pas…)

Visiblement heureux de partager ses morceaux avec le public français, Travis Scott n’a pas ménagé son énergie, le rappeur de Houston débarquant en courant et arpentant non stop ensuite l’immense scène. Les lights sont superbes et la pyrotechnie à hauteur de ce show spectaculaire: à chaque éclat de basse, des flammes immenses s’échappent.

Travis Scott avait demandé au public de « donner tout ce qu’il a car ce show est pour les vrais enragés. Si vous n’ êtes pas prêts, tant pis, la porte est là! » Le message avait le mérite de la clarté et le sens de l’efficacité : les festivaliers lui ont tout donné, sans répit. « Pick up the Phone », « Love Galore », le duo interprété avec Sza, en rajouteront encore une couche mais le titre que tous attendaient était le dantesque « Gossebumps ». Travis Scott l’avait gardé pour boucler ses quatre-vingt minutes de set. Même les plus hermétiques à ce genre de musique sont repartis bluffés par ce savoir faire et cette mise en scène impressionnantes. Au pied de la réplique de la Tour Eiffel (35 mètres de haut et des illuminations magnifiques en soirée) une heure plus tard, des trentenaires trinquaient. Ils étaient venus fêter leur changement de dizaine au Lolla pour voir l’américain en action, autant dire que la fête était réussie.

Black Rebel Motorcycle Club.

Et puis bien sûr il y a eu Depeche Mode, ceux qui ont essaimé sur la bande sonore de la vie des plus de 40 ans. Dave Gahan a pris des rides mais conservé sa silhouette de jeune homme, la mise est élégante, pantalon à pinces, petit gilet de costume noir et rouge à même la peau. Dans la foule, des centaines de tee-shirt à son effigie et celle de ses acolytes de toujours. Depuis leur apparition en 1979, les britanniques n’ont jamais déçu et toujours donné des concerts d’une élégance mémorable. La mise en scène est soignée, la set list riche de tous les morceaux cultisme mais ne fait pas pour autant l’impasse sur le meilleur de leur dernier album. « Going backwards », « Cover me », « Precious » ou « Never let me down again », aucun ne manque à l’appel. Dave Gahan danse, virevolte tel un Derwish tourneur rock. Le sourire est aussi éclatant que le design du show. Bien sûr, « Enjoy the silence » et « Just can’t get enough » bouclent la soirée. Dans les rangs, personne n’ignore les paroles. Ca chante et danse avec une joie contagieuse.

Les tee-shirt indiquant clairement la direction que prendront les festivaliers, la première place allait manifestement se jouer entre Noel Gallagher (beaucoup avaient osé le débardeur « Oasis »), The Killers et Nekfeu. Gorillaz semblait également bien placé, ce qui n’est pas illogique au regard du running order, la bande de Damon Albarn ayant le privilège de boucler le festival.

Jess Glynne.

En attendant, c’est Tom Walker qui a ouvert la journée. L’écossais de vingt six ans, rendu célèbre par son tube « Leave a Light on », réunit un public déjà euphorique et prêt à l’accompagner. Mention spéciale ensuite pour Jess Glynne. La jeune femme est entourée de choristes impressionnants de talent et de musiciens qui ont le sens du jeu. La britannique, qui est une habituée du sommet des classements outre Manche, est en progression constante depuis son arrivée villas quatre ans. Sans doute l’un des noms à retenir pour les années à venir.

BB Brunes.

Dans un tout autre genre, à l’autre bout du site sur l’Alternative Stage, BB Brunes a fait une arrivée aussi attendue que remarquée. Treize ans après leur première scène, dix ans après leur premier album, « Blonde comme toi », ceux qui avaient entassé pas mal de remarques acerbes, pour ne pas dire méprisantes, sur leur projet musical et que l’on annonçait comme bientôt disparus, ont déjoué les pronostics. Victoire de la Musique catégorie « Révélation scène «  en 2009, les français ont pris leur temps, un album en 2012 et puis il faudra patienter jusqu’en 2017 pour que sorte « Puzzle », Adrien Gallo, le chanteur, profitant de cette pause pour sortir un opus en solo.

2018 semble marquer le grand retour des français, « Puzzle » nominé parmi les meilleurs albums rocks des dernières Victoires de la Musique, une grande tournée d’une cinquantaine de dates en Europe se succédant avant la sortie du prochain album studio l’an prochain. Ayant traversé le site à vive allure pour rejoindre ceux (et celles) qui avaient préféré patienter un long moment pour être directement sous leurs regards, les fans sont restés fidèles au delà des pronostics les plus optimistes. Nombreux étaient ceux qui s’étonnaient de voir que Live Nation, grand ordonnateur du Lollapalooza, aient misé sur ces quatre là. Il a suffi d’un titre pour en comprendre la raison.

Collectionneur de disques de platine, le rappeur French Montana a succédé aux français plus tard dans l’après-midi. Celui qui avait signé en 2011 avec Puff Daddy et Rick Ross (ce qui pouvait quand même ressembler à un bon début) a vu son morceau « Pop That » (où l’on retrouve aussi Drake et Lil Wayne) faire son entrée directement dans le top 100 américain. Jolie performance pour un natif de Casablanca, ayant immigré avec sa famille aux Etats Unis à l’ âge de treize ans, rescapé d’une balle dans la tête dix ans plus tard. Comme Travis Scott, French Montana a connu l’accélérateur médiatique en partageant un an la vie de l’une des soeurs Kardashian. Sur la scène du Lolla, celui que l’on surnomme désormais « le roi des mixtapes », qui multiplie les featuring (Snoop Dogg, Lana Del Rey, The Weekend, notamment) a fait sauter son public pendant près d’une heure.

Noel Gallagher’s High Flying Birds.

Impatients, des dizaines de milliers de fans attendaient au pied de la MainStage l’arrivée de Noel Gallagher et de son groupe, les « High Flying Birds ». Définitivement le plus souriant des deux frères, Liam ayant pris la posture systématique de la moue boudeuse surmontant le coupe-vent hermétiquement fermé, l’ancien guitariste d’ Oasis a montré que simplicité et talent étaient souvent le combo ideal, même en festival, même sur des scènes immenses. Avec le drapeau de Manchester City pour tout décor et des lumières assez classiques, celui à qui l’on a longtemps prêté une voix moins intéressante que celle de son frère, a fait taire les médisants. Noel chante plus que bien et n’hésite pas à des envolées bien puissantes comme il a pris malice à le démontrer d’entrée de set avec « Fort knox ».

Affirmer que le public guettait les titres nouveaux avec la même frénésie que les succès qui ont marqué le parcours d’ Oasis serait illusoire. Malgré des applaudissements à tout rompre pour saluer les extraits des derniers opus, du très réussi « Who built the Moon » notamment, sorti l’an dernier, on a poussé le curseur des décibels quand ont soudain résonné les premiers accords de « Whatever » et « Little by little ». Nombreux y sont même allés de leur petite larme lorsque Noel Gallagher, souriant et visiblement heureux de ce moment de totale communion, a troqué sa guitare électrique pour une acoustique, égrainé les notes de « Wonderwall ». Et fait chanter tout Longchamp! « All you need is Love » des Beatles a bouclé ce moment incroyable. Et chacun s’est évidemment mis à rêver d’une trêve fraternelle. L’ambiance serait à l’apaisement, à des envies réciproques alors tous les espoirs sont permis… Oasis sera peut-être programmé à la prochaine édition du Lollapalooza, qui sait ?

Rag’N’Bone Man.

C’est un moment assez surréaliste auquel ont assisté les festivaliers un peu plus tard. Après le concert très pop électro de Years and Years et la prestation toujours impressionnante de Rag’N’Bone Man, Nekfeu avait rendez-vous avec ses fans à 19h30. Pour l’accompagner, le rappeur avait convié sa bande de l’ Entourage, dont l’excellent Doums. Dans une prestation assez classique, le jeune homme a plutôt déçu. Il a surtout démontré que le succès l’ incitait désormais à des comportements inadaptés. Comme ce dimanche soir, alors qu’il aurait du quitter la scène à 20h30 et permettre à la scène voisine de laisser jouer The Killers. Mais Nekfeu est Nekfeu…

Le rappeur entonne « Saturne » puis enchaine avec « J’aurais pas dû », en featuring avec ses potes de S-Crew bien que le timing ne le permette plus, personne n’ ignorant qu’en festival, les shows sont calés à la minute près, seule condition permettant les changements de plateaux et le bon enchainement des scènes. Nekfeu n’est pas un bleu et le sait parfaitement. « On va sans doute se faire défoncer là si on ne sort pas mais on s’en fout, on fait quand même la dernière! » Démarre alors « Mauvaise graine ».

C’était compter sans l’envie de jouer de The Killers. Abasourdis par tant de mépris, les américains décident d’entrer et d’entamer leur set alors que Nekfeu, hué par une partie du public, s’agite toujours sur la scène voisine. S’en suit une guerre du son, le rappeur poussant le mauvais goût jusqu’à augmenter le volume. Aussi stupide et discourtois qu’inutile : dans ce bras de fer surréaliste, The Killers portent bien leur nom et remportent la bataille. Il y a un code de bonne conduite que certain mériterait de réviser ou même peut être carrément d’apprendre car au final, c’est le ridicule qui triomphe. Comme le dit sa chanson, il « aurait pas du ». Par contre, il aurait du rester applaudir les britanniques… Brandon Flowers et ses partenaires ont une set list qui vise juste. De « Somebody told Me » à « Human », « Mr Brightside », «  The Man » ou bien encore « When we where young », les influences revendiquées de Depeche Mode, Oasis ou bien encore The Smiths, transpirent avec éclat. On ne vend pas près de vingt millions d’albums dans le monde par hasard.

Après l’électro-folk de Parov Stelar, Gorillaz a donc eu l’honneur de refermer cette seconde édition du Lolla parisien. Damon Albarn (ex chanteur de Blur, pour mémoire) et sa bande, ultra sollicités en cette période estivale, ont été à la hauteur de leur réputation. Devenu culte à la vitesse de l’éclair, Gorillaz (co-fondé par le dessinateur Jamie Hewlett) s’est toujours amusé à bousculer les codes, mixant sans état d’âme le rap, le rock et le hip-hop. « Humanz », le cinquième album est dans la droite lignée de ce parti pris, les partitions se déclinant avec éclat dans les vidéos imaginées par Hewlett. Au fil des opus, la psychologie même des personnages subit des évolutions. Noodle, Russel ou bien encore 2D, enfants chéris de leur créateur, changent de vêtements, d’attitudes, de façon de penser donc d’agir. De plus en plus présents et d’un réalisme rare, il est possible qu’un jour, lorsque la technique le permettra, ce sont eux que l’on verra sur scène, en version musicale et parfaite de la réalité augmentée. A priori, cela prendra encore quelques temps, qu’on se rassure.

En attendant, Damon Albarn est bien présent sur scène et toujours aussi énergique. Après vingt albums (deux en solos, cinq avec d’autres partenaires, huit avec Blur et cinq avec Gorillaz), il semble même, à tout juste cinquante ans, au faîte de sa forme. Concentré festif, boule d’ions positives, « Humanz » dégage en live une ambiance unique, douce et tonique, sensuelle, un peu angoissante par moment comme si la fin du monde se rapprochait mais qu’ il fallait le vivre avec un fatalisme joyeux.

Les images prennent toute leur majesté dans les écrans géants. Visuellement, le spectacle à lui seul mériterait le détour. Avec la musique du new yorkais et de ses potes, c’est encore plus fort. «Humility», « Clint Eastwood » ou bien encore « Feel good Inc » prouvent s’il en était encore besoin que Gorillas est un groupe à voir sur scène en priorité. « We got the Power », avec Jehnny Beth, leader des Savages, en invitée surprise, Little Simz et… Noel Gallagher himself a conclu en apothéose un festival qui d’année en année se bonifie plus encore. La cuvée 2018 servie sous un soleil radieux restera un grand cru. De quoi nourrir des impatiences… Il y aura qui sur l’étiquette de la 3ème cuvée du Lollapalooza ?

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

FRANCOFOLIES 2018: CARTON PLEIN

La 34ème édition des Francofolies restera parmi celles qui ont marqué l’ histoire de ce festival pas comme les autres. La découverte, le partage et l’enthousiasme ont été les dénominateurs communs de ces cinq journées lumineuses. Découvertes d’artistes disséminés dans une quinzaine de lieux rochelais, rencontres et partage en grande proximité, enthousiasme des 150.000 festivaliers (dont plus de 87.000 entrées payantes). Le sacre des Bleus en finale de la Coupe du Monde, diffusée sur écran géant dans l’enceinte de Saint-Jean d’Acre dimanche après midi, et le soleil qui a irradié ces cinq journées auront patiné encore la liesse générale mais le succès était éclatant, même sans ces deux là. Déambulations en toute subjectivité assumée.

Il y a trente-trois ans, sous la houlette du père fondateur Jean-Louis Foulquier, les Francofolies de la Rochelle (on ne disait pas encore les « Francos »), se concentraient sur l’immense parking Saint-Jean d’Acre, transformé l’espace de quelques jours en théâtre à ciel ouvert, à quelques encablures du Vieux Port et des remparts. Certains riverains ronchonnaient et exprimaient leur scepticisme, des usagers pestaient après ce millier de places annexées. Mais le concert des doutes a vite laissé place au respect, à une écoute attentive puis même à l’enthousiasme face à cette parenthèse de mise en lumière pour la Charente Maritime, aux affiches développées chaque année, ce flux des plus grands de la scène francophone, Diane Dufresne, Véronique Samson, les Rita Mitsouko ou Jacques Higelin emportant dans leurs valises une ribambelle de petits nouveaux. D’une année sur l’autre, on s’est également mis à guetter les artistes au centre d’une « Fête à… » car on savait que le moment serait riches d’invités surprises.

Exposition // Albin de la Simone, la Coursive.

C’est en songeant à ces années du début que l’ on mesure le chemin parcouru. Eclatées aux quatre coins de la ville (sur le parking toujours bien sûr, devenu « Scène Jean-Louis Foulquier », mais aussi au théâtre de la Coursive, sur le port, dans l’église , à la Sirène où la grande salle de 1.400 places accueillent des soirées ultra courues, ), les Francos ne sont plus uniquement ces cinq soirées de concerts mais se déclinent aussi en expositions (celle des dessins « carnets de routes », entre voyages et tournées, d’Albin de la Simone à l’ abri de la Coursive offrait un superbe voyage sur les traces de cet artiste au talent décidément pluriel), ateliers, rencontres à la Maison des Francos, en Francos Juniors, « Chantiers des Francos », (vingt ans cette année, une référence désormais en matière de formation et d’accompagnement des artistes émergents), « Francos Educ » pour valoriser la chanson française auprès des scolaires, « Francos Stories » au cinéma. 

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

A vingt et deux ans, Loic Nottet affiche déjà un parcours chargé, riche d’escales diverses. Mais toutes auréolées de succès. Finaliste de The Voice Belgique en 2014, défendant les couleurs de son pays lors de l’Eurovision l’année suivante, vainqueur de Danse avec les Stars en 2016 et sacré « artiste de l’année » aux D6bels Music Awards en janvier 2017, le jeune homme a parcouru ensuite des milliers de kilomètres pour son « Selfocracry Tour », dont les billets se sont arrachés. 

Le public, qui s’ était précipité pour faire plus ample connaissance avec l’interprète de « Million eyes », immense tube extrait du premier album, a eu la confirmation que cet artiste là était frappé par la grâce. Dans une mise en scène originale, des chorégraphies très théâtrales, accompagné par un couple de danseurs tout aussi parfaits, le concert n’a rien de traditionnel et tient bien plus du show où chaque pas est millimétré pour coller au plus près de l’interprétation des chansons. Charismatique, souriant, doté d’un sens de l’humour affuté, Loïc Nottet est prêt à conquérir le monde. En ce premier soir des Francos, les spectateurs lui ont réservé une ovation, convaincus d’avoir assisté à la naissance d’une future très, très grande star.

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

Temps fort de ce début de 34ème édition, la « fête à Véronique Sanson », a d’abord été une fête de famille, Christopher Stills, son fils mais également Stephen Stills, le père de ce dernier, venant tout spécialement des Etats-Unis. Séparés depuis des années, les ex-amants ne s’étaient pas revus depuis trois ans mais il ne leur a fallu que quelques minutes de balances pour retrouver des automatismes et jouer en harmonie. (Faut-il rappeler que Monsieur Ex est aussi le Stills de Crosby, Stills,  Nash and Young, l’un des plus fameux groupe de folk-rock américain des années soixante-dix, dont le succès fut international ?). Les parents et le fils n’avaient joué que deux fois ensemble par le passé, autant dire que la réunion avait quelque chose d’aussi exceptionnel que touchant. 

Autres invités de cette fête, Patrick Bruel, Vianney, Tryo, Jeanne Cherhal, Alain Souchon. Un casting quatre étoiles pour une set list qui a mixé chansons connues et titres « que vous connaissez moins », a expliqué l’artiste de soixante-neuf ans, superbe dans une veste à queue de pie noire. « Vous ne pouvez pas imaginer comme je suis heureuse d’être là. » « Je me suis tellement manquée », la bouleversante lettre à sa mère « Je l’appelle encore » mais aussi « La drôle de vie », « Vancouver », « Alia Souza » ou bien encore « Bahia », la chanteuse irradie de plaisir.

Succéder à ce beau monde aurait pu paraitre bien compliqué à Calogéro. Mais le grenoblois en a sous le pied. Véritable performer sur scène, en pleine tournée triomphale, il a enchainé tubes et extraits de son dernier opus sans jamais rien lâcher. Le public rochelais ne l’ avait pas revu depuis 2005. Il est resté jusqu’au bout de sa nuit pour l’accompagner et partager à l’unisson un univers souvent empreint d’une vraie mélancolie. En fin de matinée déjà, de nombreux fans s’étaient massés en haut du parking rendu invisible par des canisses. Mais le son ne pouvait être masqué et des cris nourris avaient déjà salué chaque prestation de celui qui est actuellement sans conteste l’un des chanteurs français les plus populaires.

Roméo Elvis, la Sirène.

Ultime détour de la journée, la Sirène, à l’autre bout de la ville, avait programmé une « Nuit collective » consacrée au hip-hop francophone avec notamment, Sopico, Dead Obies, Bagarre, Loud et Romeo Elvis. Le belge, grand frère d’Angèle (jeune et jolie prodige toute en blondeur qui n’ a pas encore sorti son premier opus mais est déjà devenue la coqueluche du public), n’a que vingt cinq ans mais déjà tout d’un vieux routier de la scène. Débarqué en 2013 avec deux EP qui ont fait pas mal de bruits, il a vu sa carrière s’envoler après les deux albums sortis en 2016 et 2017, « Morale » et « Morale 2 ». Avec des parties instrumentales plus électros, une place plus large accordée au chant lui-même, le rappeur s’est hissé tranquillement parmi les plus recherchés et se taille une route au succès impressionnant. La Sirène n’a pas dérogé dans ce parcours auréolé. Il était près de minuit quand Romeo Elvis a fait son entrée mais les mille quatre cents festivaliers ne l’auraient manqué pour rien au monde. La chaleur de la salle était déjà étouffante. Après cinq minutes de jump en tous sens, l’enthousiasme avait accompagné le thermomètre dans cette nouvelle montée.

Sopico, la Sirène.

Après une deuxième journée placée sous le signe du rap et de la nouvelle génération, avec notamment Gaël Faure (de plus en plus à l’aise sur scène et heureux de jouer, cela se remarque de concert en concert) et Thérapie Taxi, qui est de tous les festivals. Entendue un soir de demi-finale à la Nuit de l’Erdre (où le groupe était porté par l’euphorie du public), revue à La Rochelle, connue pour un ou deux titres largement plébiscités, la formation française devra convaincre encore car sur scène, la prestation assez vite monotone. 

NTM était ultra attendu après les deux soirs qui avaient mis Bercy en folie à la mi mars. Le duo aime la Rochelle qui le leur rend bien : alors qu’ils étaient tricards de toutes les programmations, Jean-Louis Foulquier avait fait fi des tempêtes et décidé contre vents et marées de les inviter.  C’était il y a vingt-deux ans. Reformé récemment et pour quelques dates dont la plupart des  grands festivals, NTM est au meilleur de sa forme. Joey Starr et Kool Schen ont la connivence communicative. Ils se complètent sans en rajouter et se comprennent au premier regard. Leur flow est toujours aussi efficace. Ces deux là montrent à qui en douteraient qui sont les patrons du rap.

Blow, la Coursive.

En ce troisième jour de festival, la Coursive imposait le détour. Blow, nouvel arrivant sur la scène électro, puise très clairement son inspiration de l’autre coté de l’Atlantique. Musicalement, c’est extrêmement bien ficelé et hyper construit. Blow, formation d’origine poitevine, permet aussi de revoir Jean-Etienne Maillard, guitariste et compositeur doué, aperçu dans d’autres groupes (Klone, The Sheperds). Coté prestation en revanche, on a parfois un peu de mal à suivre Quentin Guglielmi, le chanteur, dans ses propos interludes un tantinet éthérés. « On est des petits légumes, des courges, des tomates, des concombres, enfin… vous, vous êtes ces légumes, ces choses qui dansent, » prononcés d’un ton qui n’aurait pas déplu à un maître yogi. Ce jour là en tous cas, il semblait habité jusque dans sa façon de bouger, rendant son ailleurs pas toujours accessible. Dommage car à l’écoute, Blow c’est réellement intéressant. Le single, « The Devils remembers me » connait un succès mérité et il y a fort à parier que le trio (renforcé sur scène par un batteur) n’a pas fini de faire parler de lui.

Ben Mazué, la Coursive.

C’ est une salle pleine à craquer qui guettait celui qui a pris la suite. Ben Mazué est à quelques dates du terme de sa tournée, « La Princesse et le Dictateur ». Il est passé par le Chantiers des Francos et à La Rochelle cette année, il a un programme chargé (en plus de son concert, il est l’un des artistes choisis pour les « Rencontres » et célèbre avec Pomme et Laurent Lamarca les vingt ans des Chantiers justement à la chapelle de l’ hôpital Saint-Louis). Depuis ses débuts en 2011, qui avaient déjà mis en lumières ses talents d’ écriture et son rap si personnel, le public n’en finit plus de lui faire les yeux doux. « La femme idéale », son troisième album, est un pur concentré d’émotions vraies, celles du rire, celles des larmes (sur Headline, notre report du 4 avril 2018).

Brillantissime, Ben Mazué a conçu un spectacle hors normes, indescriptible si on ne veut pas en spoiler le déroulé. Avec Robin Notte, son directeur musical, présent sur scène à ses cotés, ils ont bouleversé les codes du genre et donné aux « guitare-voix » (avec piano sur de nombreux titres) des lettres d’originalité incomparables. La tournée s’arrêtera à  l’ Olympia le 14 Novembre après un détour par la Belgique, Lille, Bordeaux ou bien encore Genève. Ensuite, Ben Mazué fera silence… Le temps de composer son quatrième opus ? La question reste posée car le trentenaire se dit prêt à se laisser porter par tous les vents de la création. 

Ben Mazué, la Coursive.

Après s’être laissé prendre au charme du répertoire de Pierre Lapointe, à ses textes plein de désillusion, de désamour, de magnétique beauté un peu désespérée, retour vers la scène Jean-Louis Foulquier où Bigflo et Oli étaient attendus de façon sonore. Passés eux aussi par les Chantiers, les deux frères sont des habitués des Francos. Disque de platine avec « La vraie vie », récompense suffisamment rare aujourd’hui pour être mentionnée, Big Flo et Oli (autrement dit Florian et Olivier), ont croisé la route du succès dès leur premier opus, « La Cour des Grands », voilà trois ans. Disque d’or à peine quatre mois après sa sortie, il sera lui aussi certifié Disque de platine. 

Prônant la tolérance, la fraternité et revendiquant une vraie ouverture d’esprit, le combo toulousain a su séduire par des propos d’apaisement, refusant des polémiques sur l’ Islam notamment afin de ne pas se laisser prendre au piège de débats bien trop vastes pour se limiter à quelques paroles. Sagesse à laquelle leurs fans ont manifestement adhéré.

En pleine tournée (dont toutes les dates se jouent à guichets fermés), Big Flo et Oli trouvent aussi le temps pour composer des génériques, faire partie des jurés de The Voice Belgique (pour la saison 6 l’an dernier). Autant d’activités qui ne font qu’accroitre la notoriété, largement justifiée pour ces deux là qui ont aussi décroché la Victoire de la Musique catégorie « Chanson de l’année » avec « Dommage », leur album étant nominé dans la catégorie « Musiques urbaines ». Une vraie déferlante.

Shaka Ponk avait l’honneur de fermer le ban ce 13 juillet. Le quintet, porté par le virevoltant Frah et la magnétique Sam, a fait le show, porté par une scénographie dont l’originalité n’est plus à démontrer. Il y a quatre ans, leur premier passage par La Rochelle avait été euphorique. Ce retour est largement aussi attendu, « The Evol’ », le sixième album studio des Shaka Ponk, sorti en novembre dernier (saluée par la Victoire de l’ Album Rock de l’année) marquant quelques détours nouveaux, vers la pop et même vers davantage de poésie peut-être. « Evol » est aussi l’anagramme de « Love »’, ceci explique partiellement cela.

Costumes, décors, mise en scène, imageries, façon unique d’ accrocher le public et de se jeter constamment dans l’arène, le groupe a l’imagination no limit. Les concerts sont des boules d’énergie à multiples facettes avec quelques passages très attendus comme ces battles face à Goz, le singe emblématique, ou bien encore, plus récent, face à l’avatar de David Bowie. Ayant pris le parti de ne pas reprendre énormément de leurs succès précédents, Shaka Ponk mise beaucoup sur les derniers titres, sur davantage d’électro également. On sent que l’ambition scénique a elle aussi encore gravi un échelon. 

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

Il y a moins de dix ans, en novembre 2009, les Shaka, qui ne bénéficiaient pas encore de la présence de Sam, vraie valeur ajoutée, incroyable personnalité, jouaient dans des clubs de taille ultra modeste, comme l’Olympic à Nantes. C’étaient les débuts, l’ordinateur lançant les images était parfois capricieux, l’écran en forme de peau de tambour avait une taille bien plus modeste. Mais le public ne s’était pas trompé en pariant sur le succès de cette bande totalement novatrice. Vendant des albums par milliers, remplissant des salles énormes, tête d’affiche des plus gros festivals, Shaka Ponk est désormais une référence à part entière… dont le groupe se sert pour mettre en avant sa fibre écologique. A chaque conférence de presse, Frah et Sam exposent les raisons de leur engagement aux côtés de la Fondation pour la Nature et l’ Homme  (ex-Fondation Nicolas Hulot), les cinquante gestes à faire pour améliorer son empreinte (à retrouver sur le site de la Fondation). Nul opportunisme dans cette direction là, les Shaka sont des militants de la première heure, de vrais figures de proue d’une cause pour laquelle ils se battent comme s’il s’agissait d’une  question de survie, sans pour autant pratiquer ostracisme ou culpabilisation bornée. Avec ce côté « toujours plus haut, toujours plus fort », on peut se demander jusqu’où iront ces cinq électrons libres là ?

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

En ce jour de Fête Nationale, les plus jeunes avaient rendez-vous avec Aldebert et ses « Enfantillages ». Il fallait voir l’intérieur de la Coursive avant l’ouverture des portes, une longue file d’attente dans le patio intérieur, une colonie de vacances même pas dissipée, joyeuse et juste impatiente, entourée par des parents qui n’avaient pas l’air de bouder leur plaisir. Aldebert ne s’adresse par aux enfants à coups de niaiseries mais avec intelligence et poésie. 

A la Coursive encore, Arthur H a une fois encore signé sa présence à coup d’énergie créatrice. Son récent double album, « Amour Chien fou », un peu funk, beaucoup « ballades »,  s’accordait parfaitement avec cet espace de quasi intimité (à quelques mètres des tours de la Rochelle, dont l’une portait un immense portrait de son père, bel hommage à Jacques Higelin disparu quelques mois plus tôt). Offrant un récit de son périple à travers le monde, de Bali à Tokyo, du Mexique à Montréal,  Arthur H ose aussi l’aventure introspective, les temps de la vie. Il flotte comme toujours un parfum de nostalgie, une mélancolie tenace mais on sent que le musicien est en capacité de « poser les valises », de se laisser aller à vivre avec plus de légèreté. Un constat plutôt émouvant à observer chez ce fidèle des Francos.

En début de soirée sur la grande scène, Eddy de Pretto, dont l’ascension est aussi rapide que la vitesse de l’éclair, Prix des Inouis l’an dernier au Printemps de Bourges, en énorme tournée ultra bondée quelques mois plus tard, est celui que tout le monde s’arrache et veut voir. L’ auteur de « Kid » semble regarder tout cela avec amusement et recul, lui qui se rêvait artiste dès l’adolescence depuis sa cité, son « Beau lieu ». Le rappeur ne se contente pas de textes d’une précision et d’une profondeur redoutables, il bouscule le genre en longs passages chantés qui n’auraient pas déplu à Nougaro, l’idole familiale. Eddy de Pretto est l’un des très beaux succès de la nouvelle scène rap française.

Jain, (Artiste de l’année 2017 aux Victoires de la Musique) est également l’une des révélations de ces dernières années. Après « Zanaka », sorti en novembre 2015, double disque de platine, riche de nombreux tubes, la  protégée de Maxime Nucci doit sortir ce mois d’août un nouvel opus dont on ne connait pour le moment que le premier extrait, déjà succès, « Alright ». L’artiste globe trotteuse a toujours beaucoup voyagé. Elle a engrangé durant ses tournées à travers le monde des sons, des couleurs qu’elle a eu envie de reproduire. 

Sur scène, elle a d’abord choisi la combishort au petit col claudine immaculé qui donnait un air de sagesse pas vraiment en adéquation avec l’énergie déployée mais un décalage qui l’amusait. Aujourd’hui, Jaïn mise sur la salopette bleue (Agnès B) pour montrer la machine de guerre dans laquelle elle se transforme face au public. Le set est parfaitement calibré, le public était conquis d’avance mais la victoire n’en est pas moins jolie.

Un feu d’artifice (plutôt décevant, tant coté pyrotechnie que bande son) plus tard, dans une tenue blanche rompant avec ses coupe vents habituels, Orelsan n’a pas eu besoin de se changer et d’endosser le maillot jaune porté peu après pour prouver qu’il serait bien le vainqueur de l’étape du jour. Le site est plein à craquer. On se masse au plus près de la scène pour voir celui qui rafle tout depuis la sortie de « La fête est finie ». Ca saute, ça danse, « Basique », « Paradis », « Christophe », parler de communion n’ est même pas encore assez fort. Des titres plus anciens, tel « Le chant des Sirènes » sont aussi de la partie. Avec ses quatre musiciens, dont son pote Skread, à qui pas mal de ses chansons doivent sur succès, Orelsan a le flow infaillible. On pourra toujours le critiquer, ressortir de vieilles polémiques désormais dépassées, ce musicien là est assez bluffant.

Hoshi, sa voix éraillée, sa guitare et ses vingt ans, ses enthousiasmes et ses doutes, campaient à la Coursive en cette ultime journée des Francos. Une jolie découverte qui permet de voir au delà de son succès actuel…. Succession on ne peut plus cohérente, Nolwenn Leroy lui a succédé. Radicalement différent de ses précédents albums, « Gemme » est une sorte de révérence à la terre, à la vie. On n’est plus dans le folklore breton, ni dans la variété des débuts. Portée sans doute par sa maternité récente, la chanteuse se tourne vers davantage de gravité et sa voix, toujours aussi juste et unique, y trouve matière aux plus belles envolées. Libre.

Afin de permettre aux festivaliers de vivre à fond la présence exceptionnelle de la France en finale du Mondial de Foot, les organisateurs avaient eu la bonne idée d’ouvrir les portes de Saint-Jean d’ Acre en milieu d’après-midi à tous ceux qui avaient leurs billets pour le soir. Inutile de revenir sur l’ambiance dans les grandins. Dans cette fan zone inédite et improvisée, la liesse s’est levée (pour paraphraser Ben Mazué), les cris et les applaudissements, ont résonné comme dans tous les recoins de la ville où des écrans de télévision retransmettaient le match des bleus. Mais en beaucoup plus fort. Une édition exceptionnelle, c’est le mot!

Serge Gainsbourg aurait eu quatre-vingt dix ans cette année. Le temps s’est figé avec sa disparition en 1991 mais l’ homme du « Poinçonneur des Lilas » était bien né en avril 1928.  Celle qui fut sa femme et sa principale inspiratrice, son interprète fétiche, a décidé de reprendre la scène après des années compliquées par la maladie. Jane Birkin interprète Gainsbourg depuis trente ans. Avec la complicité de Philippe Lerichomme, son directeur musical, elle a choisi les titres auxquels elle avait envie de donner une nouvelle parure. Un jour, elle a rappelé combien le compositeur s’inspirait de la musique classique, qu’il adorait au delà de tout, ayant souvent rêvé que ses propres textes soient portés par un écrin symphonique. Les Francofolies de La Rochelle avaient exaucé cette envie en 2016. Celles de La Rochelle ont poursuivi cette année. Le résultat est d’une beauté époustouflante, entre paroles célébrissimes, partitions du grand Gainsbourg, envolées entre Messian et souffles jazz. 

Boucler l’édition des Francos par cet hommage éclatant, porté par la douce Jane Birkin, était aussi refermer le livre avec émotions, juste avant le passage de Brigitte, élégant duo qui en 2015 déjà, puis en 2016, a toujours imprégné de sa douceur le public rochelais. MC Solaar a été le dernier de cette longue série d’artistes à fouler la grande scène. Plus de vingt cinq ans après sa dernière venue, des années après son dernier album, ses rares prestations étant réservées au spectacle des « Restos », l’interprète de « Bouge de là », ancien porte étendard du hip hop hexagonal, n’a rien perdu de sa fougue. « Géopoétique », son huitième album studio, est sorti en novembre dernier avec près de vingt titres uppercut, dont MC Solaar a signé la quasi totalité des paroles. La tournée est lancée et met le feu d’entrée de jeu. « Caroline » est porté par une foule qui connait toutes les paroles et provoque des hurlements  enthousiastes. Le chanteur se moque des affres de l’âge et se montre d’une énergie solaire. L’ultime page des Francos 2018 s’est refermée aux accords de ce porteur de joie. Une magnifique édition superbement reliée.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

« La Nuit de l’Erdre  », une vingtième affiche pleine d’étoiles

Vingt ans, le bel âge. Celui que l’on n’a pas toujours comme le dit si bien la chanson. C’est donc pour illustrer ce moment et le graver haut dans les annales que les organisateurs ont multiplié les têtes d’ affiches et concocté une programmation 2018 impressionnante. Justice, The Hives, Orelsan, Shaka Ponk, Vianney ou encore Lavilliers et Alt-J. La Nuit de l’ Erdre s’annonce lumineuse.

 

Et dire qu’au départ le projet semblait un peu fou, porté par des passionnés du Comité des Fêtes que certains prenaient pour de doux illuminés : organiser à Nord-sur-Erdre, commune de 8.500 habitants nichée à une trentaine de kilomètres de Nantes, un festival de musique sans thématique particulière, ayant au contraire la capacité d’attirer les publics les plus larges.

Pas facile de convaincre les artistes quand il s’agit d’inaugurer les plâtres. Marcel et son orchestre, Aldebert, Siméo ou bien encore « Debout sur le zinc » sont pourtant venus et ce premier rendez-vous était déjà prometteur. Il prouvait surtout que « La Nuit de l’ Erdre » avait une place et une crédibilité. Désormais, les « petites mains » du début ont été renforcées et c’est une trentaine de bénévoles qui planche pour dessiner la future édition, rejoints par huit cents autres durant les trois jours de la manifestation et plus de cent cinquante techniciens. 

Jean-Louis Aubert, Yannick Noah, Zazie, , Thomas Dutroc, Hubert Félix Thiefaine, Macklemore et Ryan Lewis, Mika, , The Hives, Fauve, Sting, Charlie Winston, The Cranberries ou bien encore IAM, Rival Sons et Chemical Brothers, la liste est longue de ceux qui ont éclairé le festival entré depuis longtemps dans sa pleine croissance avec plus de 35.000 spectateurs chaque soir et une réputation qui a largement dépassé les frontières locales.

Il était donc impossible de ne pas rajouter à la fête en réunissant encore plus d’artistes pour souffler en beauté ces vingt ans, de ceux que les festivals s’arrachent et qui sont attendus par des milliers de spectateurs. Mais les organisateurs ont aussi eu envie d’inviter à nouveau des personnalités qui avaient marqué lors de leur passage, le hasard du calendrier les mettant cette année encore dans l’actualité des tournées. C’est ainsi que le public retrouvera Catherine Ringer (venue en 2012), The Hives (édition 2014), Chinese Man (passé en 2015) ou bien encore  Shaka Ponk (présent en 2010).

L’affiche 2018 frappe incontestablement fort avec trois jours qui devraient mettre tout le monde d’accord.

Asaf Avidan.

The Hives.

Justice.

Vendredi 29 Juin, Gaume ouvrira avant de laisser place à Lyre le Temps, Møme, les nantais d’Ultra Vomit dont l’heavy metal parodique rafle tout depuis la sortie de « Panzer Surprise » l’an dernier. Coeur de Pirate ayant annoncé ces jours ci qu’elle ne pourrait finalement pas être présente, c’est Catherine Ringer qui la remplacera. Asaf Avidan, The Hives et Justice, excusez du peu, seront aussi de la partie.

Nova Twins.

Chinese Man.

Alt-J.

Orelsan.

Samedi 30 Juin, la soirée débutera avec Tramp Experience, Nova Twins, Findlay, une jeune artiste britannique qui ne devrait pas laisser indifférente, Therapie Taxi, Jahneration, un duo de chanteurs parisiens qui essaime depuis une dizaine d’années son reggae mâtiné de hip hop, Chinese Man (en pleine tournée triomphale), les trois anglais d’Alt J dont le rock si reconnaissable est désormais mondialement connu, et Orelsan, le multi récompensé des Victoires de la Musique, l’artiste dont l’album a sans conteste été le plus commenté et salué ces derniers mois.

Triggerfinger.

Bernard Lavilliers.

Shaka Ponk.

Dimanche 1er Juillet il faudra être là dès les premiers accords de la journée car les finlandais de Steve’N’Seagulls et leur country qui reprend en version bluegrass des morceaux fameux du répertoire metal ou rock, ça vaut le détour. Place ensuite aux élégants belge de Triggerfinger puis ce seront Petit Biscuit, Bernard Lavilliers, Vianney, et Shaka Ponk. Cette ultime journée est décidément multicolore, sans temps morts et frappe tous horizons. 

Avec une telle programmation, les billets s’envolent vite. Il est donc prudent de réserver sans attendre sur le site officiel du festival (99,49 euros le pass trois jours), www.lanuitdelerdre.fr 

A noter enfin une nouveauté cette année, l’arrivée du paiement dématérialisé. Si l’an dernier encore, les festivaliers pouvaient utiliser les tickets ou des jetons, ils devront désormais régler leurs transactions grâcee à leur « Monkey », une puce placée sur leur bracelet ou glissée dans une carte de paiement spécifique à La Nuit de l’ordre. Avantages évidents : il est possible de recharger avant de venir, ce qui évite les files d’attente aux caisses et le temps d’attente sera raccourci aux bars ou stands de restauration. (Seule la boutique officielle pourra encore accepter la carte bancaire).

Du 29 juin au 1er Juillet, Nort sur Erdre pourra se vanter d’être réellement « the place to be ».

RETOUR GAGNANT POUR EDDY DE PRETTO AU PRINTEMPS DE BOURGES

Eddy de Pretto, figure montante mais déjà triomphante du rap français, est repassé par le Printemps de Bourges. Un concert à guichets fermés, une ascension fulgurante que le musicien observe avec tranquillité.

Forcément, il n’a rien changé, la casquette est toujours vissée, le sweat à capuche glissé sous le bomber. Et pourquoi aurait-il changé d’ailleurs lui qui affirme (et le prouve) prendre cette déferlante de succès avec recul et sans s’encombrer de sentiments inutiles. « J’ai tellement rêvé de cela, pendant des années, alors que j’étais très jeune, peut-être même avant mes dix ans, je n’imaginais pas meilleur avenir que celui me permettant de faire mon numéro sur scène. Alors maintenant que c’est là, je profite, j’essaie  juste de ne pas en manquer une miette. Mais je suis le même! »

Dans cette salle bondée de conférence de presse du Printemps de Bourges, Eddy de Pretto était à coup sûr l’un des plus attendus. « Impressionnant », « un phénomène »… en attendant l’arrivée du musicien, chacun y va de son commentaire. Notamment ceux, comme nous, qui l’avaient découvert l’an dernier pour sa première participation berrichonne, saluée par le « Prix Inouïs 2017 ». Un an plus tard, la sortie de l’ EP« Kid »en Octobre 2017, l’album « Cure » ( sorti en mars dernier, disque d’or en un mois à peine), la tournée des Inouïs, la nomination comme « Révélation scène » aux dernières Victoires de la Musique, l’accélérateur a sérieusement été enfoncé mais rien ne saurait troubler le calme apparent du francilien. « C’est amusant parce que ce sont les gens autour de moi qui me parlent de frénésie, de déferlante mais moi je suis très apaisé », assure t’il. « Je suis personnellement plutôt dans l’observation et l’appréciation. Au fil de ces rencontres avec le public, je vois ce qui plait, comment mon projet est ressenti. C’est aussi pour cela que je suis très impatient à l’idée des festivals qui arrivent car ce seront forcément d’autres spectateurs, des gens qui ne me connaîtront pas et qui peut-être même ne m’aimeront pas du tout. Le public qui vient voir Orelsan ou Nekfeu peut parfaitement me rejeter mais ce n’est pas grave car l’ unanimité ne permet jamais de progresser. »

Depuis son apparition, Eddy de Pretto n’a jamais hésité à s’affranchir des codes, osant les orchestrations inhabituelles. Cuivres imposants dans « Beaulieue », ambiance nettement plus synthétique dans « La Jungle et la chope », la signature des producteurs habituels de Booba et PNL n’est sans doute pas étrangère à tout ça. Quant aux textes, le jeune homme se réserve leur pleine écriture. « Pour ce premier album, tout est venu assez facilement. J’avais emmagasiné pendant plus de quatre ans et en un mois est sorti le dessus de cette matière. Je ne me suis jamais interrogé sur la classification qu’on allait lui donner. Je suis forcément le produit de tout ce que j’ai entendu plus jeune, ma mère qui écoutait Barbara ou Aznavour, en bas de chez moi c’était le rap et puis il y a eu la formation jazz et les cours de comédie musicale, de théâtre, le piano appris à la MJC de Créteil quand j’avais douze ou treize ans… Il faut se laisser porter et rester ouvert. «

Eddy de Pretto délivre ses textes, les thèmes portent ses colères ou ce qui le touche comme  « Mamère », une chanson un peu dure sur la sienne, « elle ne savait pas si elle devait être dure ou tendre. Elle protégeait mais refusait de me voir dans le monde de la musique car elle l’imaginait loin de nous, pourri par la coke ou mille autres tentations. Elle ne voulait pas non plus que la douceur provoque des failles dans l’éduction. On en a beaucoup parlé quand le morceau a été écrit. Ca aura au moins permis cet échange, » lance t’il en riant.

Il y a aussi la désormais tube « Kid », l’histoire de ce gamin dont on veut absolument faire un dur à cuir, un homme dans sa plus grande virilité alors que le môme ne rêve que de jouer à la poupée. » Une histoire touchante, loin des scènes habituelles du rap, son histoire à lui en vérité. « Mon père me disait souvent : « Arrête de pleurer! » Je n’ai pas cherché à en faire une généralité mais je pense ne pas avoir été le seul dans ce cas. ». 

Pour la mise en musique, le naturel l’emporte encore. « Le claquement des consonnes et la rondeur des voyelles font naître une musicalité… Il ne me reste plus qu’à la suivre ! Sur scène, il y a un jeu d’ombres et de lumières, le batteur et moi qui joue constamment avec mon iphone pour lancer les pistes. C’est volontairement sobre pour, c’est ainsi que je l’ai voulu en tout cas, aller droit au but et ne rien perdre de ce qui importe, le corps qui bouge et les mots qui se font entendre.»

Combo gagnant si on en juge par le nombre croissant de ses fans et les salles qui le réclament. La nomination aux Victoires de la Musique et la prestation en direct, bien que lui ayant laissé un souvenir plutôt mauvais (un générateur avait cassé juste avant sa performance et perturbé définitivement son passage) ont sans doute permis un coup de projecteur supplémentaire mais c’est au bouche à oreille pour cause de talent qu’il doit sa fulgurante ascension. Après des dizaines de dates et une présence dans de très nombreux festivals, deux Olympia, excusez du peu, les 6 et 7 Novembre, Eddy de Pretto bouclera cette première partie de chemin au Zénith de Paris le 22nmars prochain. Certains murmurent qu’une collaboration artistique avec Christine and the Queens pourrait voir le jour. Les deux intéressés bottent en touche et se contentent de reconnaitre « beaucoup apprécier l’univers de l’autre ». A suivre donc. Quand on voit l’enthousiasme du public du Printemps de Bourges cette fin avril, on se dit que l’été d’ Eddy de Pretto s’annonce plus lumineux encore.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

ANGÈLE EMPORTE LE PUBLIC DU PRINTEMPS DE BOURGES !

Véritable phénomène, adoubé par les médias comme par le monde pourtant pas toujours confraternel de la musique, Angèle foulait sa première scène berrichonne ce 26 avril. Et le moins que l’on puisse dire est que la jeune belge a convaincu avec une facilité déconcertante.

Chaque édition du Printemps de Bourges voit fleurir des artistes dont la croissance fulgurante ne s’explique sans doute que par le meilleur des terreaux, l’authenticité d’un talent que rien ne saurait plus arrêter. Ce fut le cas avec Vianney, dont le premier passage au Printemps en 2015, en ouverture de Yael Naïm, est resté dans les mémoires. Comme celui d’Eddy de Pretto en 2017, qui figurait alors dans la sélection des Inouïs. L’édition 2018 sera marquée par la grâce d’Angèle. La facilité avec laquelle ce petit bout de femme haut comme trois pommes, à la silhouette déliée mais si gracile, a embarqué le public du Palais d’ Auron, un soir où l’affiche misait aussi sur Eddy de Pretto (en plein bond dans l’espace de la reconnaissance et de la notoriété) et Charlotte Gainsbourg a laissé sans voix (sans mauvais jeu de mots).

Elle ne s’est pas démontée. Avec ses trois musiciens, petit haut immaculé sur large pantalon couleur gazon, drapé dans un kimono fleuri rapidement abandonné, la jeune artiste belge de vingt et ans, a bondi, parcouru la scène, montré ses talents de pianiste autant que le jeu de sa voix. Le timbre est fluet mais s’impose naturellement, la gestuelle dynamique mais sans excès racoleurs. Angèle est une enfant de la balle et connaît les sens à s’interdire pour réussir une présence sur scène. La faute probable à un père musicien, Marka, sorte d’Elvis Presley belge, très connu et reconnu de l’autre coté de la frontière, un père que la jeune fille qui a suivi un cursus musical complet, a accompagné au piano deux années durant. 

Impossible de ne pas citer non plus sa mère, Laurence Bibot, star du stand up, aussi drôle que séduisante, et Roméo Elvis, le grand frère qui grimpe quatre à quatre les marches de la renommée du rap. Angèle, née Van Laeken, a la chance en héritage, musicalité, sens du phrasé et beauté dans les gênes mais elle a aussi très vite appris que rien ne remplacerait jamais le travail. 

Alors loin de tout miser sur l’aspect « jolie blondinette », elle a misé sur d’autres codes pour ne pas finir en déroute comme trop de ses congénères dans un milieu où le succès ne dure parfois que le temps d’une chanson. Travaillant ses partitions, scrutant chaque son de ses paroles, misant sur l’authenticité de son sens de l’autodérision, elle a bouté le duckface de son Instagram (où la suivent près de 240.000 followers) et préféré offrir des vidéos parfois gentiment barrées, toujours drôles, jouant sur les maux et les degrés, ne cherchant pas la séduction 2.0 à coups de filtres ou de poses dans des situations plus ou moins fictives. Et le public a suivi, lui qui était venu par curisioté après l’avoir découverte dans « La loi de Murphy », chanson en franglais où se succèdent les temps et contretemps d’une journée bien pourrie. Le clip (sorti il y a six mois) a déjà été vu près de huit millions de fois. « Je veux tes yeux », dernier succès en date, devrait connaître les mêmes sommets puisqu’il a déjà engrangé trois millions trois cent mille vues. 

Aussi à l’aise dans son répertoire naissant que dans les reprises qui l’accompagnent sur la route des scènes, Angèle livre une version émouvante du « Bruxelles » de Dick Annegarn, ce qui ne cesse de surprendre les sceptiques qui la pensaient encore trop jeune pour pareille histoire.

Cette pause tendresse bouclée, la jeune femme quitte son clavier pour faire bouger la foule et les premiers rangs, qui l’attendaient bien avant son entrée sur scène, ont l’enthousiasme communicant. 

Il y a les « it girls » qui ne font rien et se contentent de poser toutes marques dehors pour demander à être suivies. Et puis il y a les jeunes femmes qu’il ne faut surtout pas perdre de vue car elles ont le talent en bandoulière. Angèle aime bien mettre son doigt dans son nez. Si, si, elle fait ça et même que ça l’amuse. Et même que c’est drôle cette façon d’agir en enfant pas toujours bien élevé. Angèle n’en est qu’à son (premier) Printemps. La récolte du premier album à venir s’annonce abondante. C’est beau à voir un fruit encore naissant mais déjà tellement mûri par le talent.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Un 4ème jour et une 4ème tête d’affiche pour le Download Festival France !

Les premiers noms avaient fuité bien avant l’annonce officielle : Foo Fighters, Guns’N’Roses seraient de la fête. Puis avait été intronisé Ozzy Osbourne. De quoi attendre la suite avec impatience… en jetant éventuellement un regard sur l’affiche de la petite soeur madrilène. On pariait alors sur Marylin Manson, en pleine tournée mondiale. Bien vu! Mais ce qui n’avait pas été anticipé en revanche, c’est ce line up incroyable et cette surprise inattendue : le Download France ne se déroulerait plus sur trois jours mais sur quatre avec débord le lundi pour fermer le ban en apothéose avec les Guns ‘N’ Roses justement.

On peut lire et relire l’affiche, l’effet ne disparait toujours pas : le cocktail des talents qui se succéderont sur la base de Brétigny-sur-Orge pour cette troisième édition du Download français, du 15 au 19 Juin prochains, est la meilleure recette proposée depuis longtemps.

Underoath, les suisses d’ Eluveitie, Converge et leur punk hardcore que les scènes du monde entier s’arrache, Powerwolf, Ghost que l’on n’ espérait pas de retour sitôt dans les festivals et l’inoxydable et presque septuagénaire (il les fêtera en décembre) Ozzy Osbourne, « The Prince of Darkness » pour boucler la journée du vendredi… On a connu pire ouverture!

Ozzy Osbourne.

Autant être présent dès l’ouverture des portes le lendemain car sont déjà annoncés, While She Sleeps, qui aura fait un petit détour par Paris (à la Maroquinerie) en janvier, les Nantais d’Ultra Vomit qui jouent sold out à chaque date depuis la sortie de « Panzer Surprise », leur dernier album en date, et sont encore plus délirants avec leur metal parodique sur une grande scène, les excellents suédois de Meshuggah, Turbonegro, les norvégiens et leurs partitions entre punk, heavy metal et rock, The Offspring encore (on se souvient avec enthousiasme de la façon dont la bande de Noodles et Dexter Holland avait emporté le Main Square d’Arras en 2016) et enfin, Marylin Manson.

Marilyn Manson.

L’américain ne laisse personne indifférent, avec lui c’est passion ou détestation, pas de place pour les sentiments tièdes. Son dixième album studio, sorti le mois dernier et qu’il a co-produit avec Tyler Bates, est considéré comme l’un de ses meilleurs disques. La tournée américaine a été interrompue cet automne, un élément de décor (un pistolet) étant tombé sur l’artiste. Elle doit reprendre ces jours-ci, Maryline Manson ayant annoncé qu’il était impatient de revenir sur scène pour défendre « Heaven upside Down ». Quand on connaît son tempérament, on n’a pas de mal à imaginer ce que ce retour va pouvoir dégager en énergie.

Frank Carter.

The Hives.

Foo Fighters.

Dimanche, les Main Stages verront évoluer Wolf Alice, Frank Carter et the Rattlesnakes, qui a déjà trusté pas mal de scènes françaises l’an dernier et connu un succès impressionnant. Slaves, Dead Cross (où l’on retrouve le chanteur de Faith No More et l’ancien batteur de Slayer), les suédois de The Hives, toujours aussi élégants et maîtres dans l’art du « garage punk », avec leurs refrains comme autant d’hommages aux années soixante. Lors de la première édition française du Lollapalooza, sur l’Hippodrome de Longchamp, ils avaient fait chanter l’immense foule pressée devant eux devenue soudain immense chorale et piste de danse.

Ultra attendus par leurs milliers de fans déçus de n’avoir pu décrocher le précieux sésame pour leur récent concert à l’AccorHotels-Arena, les Foo Fighters auront l’honneur de finir la journée. Depuis vingt-cinq ans (déjà), Dave Grohl, l’ex batteur de Nirvana, n’a jamais rompu avec le succès. « Concrète and Gold », le neuvième album studio du groupe, est sorti en septembre. Dans une salle, les concerts du groupe sont toujours plus « confinés », ce n’est pas une facilité du genre de l’écrire car certains évoluent à l’identique quelle que soit la dimension de la scène. On sait que ce n’est pas le cas avec les Foo Fighters qui se livrent généralement à de véritables shows, portés par une set list hyper calibrée, lors de leur passage dans les festivals.

Guns ‘N’ Roses.

La grand’ messe du 3ème Download aurait pu s’arrêter là, l’affiche aurait été au delà de toutes attentes. Mais cette année, coup de poker imprévu, Live Nation, grand ordonnateur du Download offre à son festival une rallonge de taille, une quatrième journée bouclée par les Guns ‘N’ Roses ! Axl Rose, Slash et consorts repasseront par la France après leur Stade de France triomphal de cet été. Près de trente-cinq ans après leur formation, les américains n’ont jamais failli, allant jusqu’ à se classer parmi les meilleurs groupes de tous les temps.

Guns ‘N’ Roses est le seul nom à avoir été révélé pour ce jour « bonus ». Les surprises sont toujours les bienvenues mais l’essentiel semble quand même là et on n’en voudra pas aux groupes précédents de « porter » vers cet évènement qui bouclera le festival. Vous avez dit impatience ?

Magali MICHEL.

Crédit photos The Hives // Frank Carter & The Rattlesnakes // Sophie BRANDET. 

– Mise en vente des Pass 1,3 et 4 jours lundi 13 Novembre à 10h. www.downloadfestival.fr –