Festival FACE & SI: l’adoré

Après les festivités du 20ème anniversaire, pas facile de garder le rythme et d’offrir une affiche toute aussi variée et grand public. Mais impossible n’est pas Face et Si. Les vendéens ont réussi une fois de plus ce grand rendez-vous de fin d’été avec des moments de partages totalement exceptionnels.

D’ abord, il y avait le soleil. Autant reprendre les bonnes habitudes et bénéficier de cette météo qui a été plutôt heureuse au fil de ces week-end de début septembre. Enfin presque… On se souviendra longtemps du déluge qui avait accompagné la vingtième édition, l’an dernier. Des trombes d’eau avaient contrarié les déplacements des artistes mais ils étaient tous arrivés à temps et le public, stoïque autant que passionné, n’ avait pas déserté les rangs de l’espace Beaupuy. Même en finissant détrempé, un concert de Patrick Bruel avec tous les titres qui ont jalonné sa carrière, ne se rate pas.

Nul besoin de parapluie ces 7, 8 et 9 septembre derniers. Mais plutôt de crème solaire! De quoi donner (et c’est un peu dommage) une impression de moindre affluence, notamment en ouverture de soirées, les festivaliers préférant traquer les coins d’ombre salvateurs, quitte à rester à l’oblique de la scène.

Theo Lawrence & The Hearts.

Une problématique qui n’existait pas dans la Longère, qui du coup, a connu un record de fréquentation. Bonne pioche pour Theo Lawrence and The Hearts vendredi soir. Largement inspiré par le blues, la soul et le rock sudiste, le groupe, originaire de la région parisienne, a livré de larges extraits de son premier album, le très réussi « Homemade lemonade ». Theo Lawrence a la voix affirmée. Musicalement, ça met tout le monde d’accord. Il y a fort à parier que cette bande là n’a pas fini de faire parler d’elle.

En pleine tournée anniversaire, IAM a été de tous les festivals pour souffler les vingt ans de l’album « L’ école du micro d’argent ». Pour que la fête soit complète et remercier leur public toujours aussi fidèle, les rappeurs de la cité phocéenne ont sorti le grand jeu : des lights impressionnantes et des décors XXL (si grands d’ailleurs qu’ils ne pouvaient entrer intégralement sur la scène de Mouilleron le Captif et dépassaient de chaque côté du rideau), deux semi remorques de matériels, un vrai barnum qui a forcément emporté toute l’assistance.

IAM.

On peut saluer au passage la volonté d’ Akhenaton et sa bande de ne pas avoir concocté des shows au rabais pour les festivals plus petits que les mastodontes du genre. Respect du public, qu’ils se produisent devant 35.000 personnes ou 3.500, c’est le même spectacle d’un bout à l’autre. Et on peut dire qu’ils ont mis l’ambiance. Impeccables, généreux et porteurs d’une bonne humeur contagieuse, les cinq artistes ont mouillé le tee shirt, fait danser petits et grands qui sont repartis en chantant encore.

Dans cette euphorie de fin de soirée, certains ont manqué le début du concert d’ Hyphen Hyphen. Chantant pour patienter, ils n’avaient pas compris que les niçois (salués par la Victoire de la Révélation scène de l’année) ne prendraient pas la suite des marseillais mais se produiraient dans la Longère. (Au fil de ces trois jours, il y a eu pas mal de distraits qui sont passés à côté du parcours de la programmation. On peut en sourire mais peut-être faudra t’ il envisager des panneaux plus grands ou des annonces l’an prochain.)

Marianne James.

En ce deuxième jour de Face et Si, la scissure générationnelle dominait : ce serait Julien Clerc pour les uns, Arcadian pour les autres mais retrouvailles devant Tryo.

Un peu plus tôt, les plus jeunes avaient aussi un programme dédié avec Marianne James (accompagnée de Sébastien Buffe et Philippe Begin) venue présenter les premières séances de« Tatie Jambon, le concert », son nouveau spectacle. La chevelure devenue peroxydée, la truculente interprète du drôlissime « Miss Carpenter », connue ensuite pour ses commentaires uniques dans « La Nouvelle Star » ou pour « L’Eurovision », a retrouvé Valérie Bour et concocté un show qui laisse dubitatif. « Tatie Jambon » est sans doute drôle par moments mais force le trait la plupart du temps, prend les parents à témoins de blagues que les enfants ne peuvent comprendre et voit même naître des moments assez improbables comme en ce samedi après midi. « Allez, je ne vous ai pas entendus, on tape plus fort dans les mains ! » scande Marianne James. « Par ici aussi, allez on se bouge! Toi, toi, toi aussi et vous dans les fauteuils !» continue t’elle en direction de jeunes handicapés lourds bien incapables de lui obéir. Ce couac mis ça part, l’ensemble reste poussif et mériterait à la fois plus de subtilité et une meilleure approche des plus jeunes, sauf à vouloir ramasser en priorité les viva des parents.

Arcadian.

Pas de bémol possible sur la prestation d’ Arcadian en revanche. Le trio, qui a connu l’entrée dans la notoriété avec The Voice, a enchaîné plus d’une centaine de concerts et vu les rangs de ses fans grossir de jour en jour. Succès mérité et qui n’est pas du à la seule « beaugossitude » de ces trois là. Musiciens accomplis, joyeux et généreux, ayant le sens du show et de la fête, ils ne laissent aucun répit et mettent l’ ambiance jusqu’à la dernière note. La tournée qui vient de s’ achever a été un véritable triomphe. C’est peu dire que leur nouvel opus est attendu avec impatience.

Il fête ses « Cinquante ans » de carrière avec une immense tournée empruntant les festivals et les plus grandes scènes et il était sacrément attendu par le public de Face et Si. Fringuant, Julien Clerc, ans, soixante dix ans, a l’élégance aussi éternelle que ses chansons. Le décor est à son image, la mise en scène soignée.

Julien Clerc.

Accompagné de huit musiciens dont un quatuor à cordes exclusivement féminin, l’interprète de « Melissa » alterne les différentes périodes de son répertoire. A écouter « La fille aux bas nylon », « la Californie », « Utile » ou « Fais moi une place », ce sont des pans de vie qui défilent et des souvenirs qui se rallument pour chacun. Un vrai moment de poésie au coeur de la soirée mouilleronnaise.

Pour laisser éclater son sens du show et du rythme pétaradant, Joseph Couturier s’ était glissé cette année parmi la joyeuse troupe de Tryo. Discrètement installé sur scène avec sa console, l’artificier vendéen a offert plus d’une heure de spectacle grandiose, offrant aux partitions de Tryo une palette aussi inattendue qu’exceptionnelle. Il est certes né dans le sérail avec un père parmi les plus grands artificiers actuels mais il a su tailler sa route en offrant sa propre vision du métier. En musique, il sait jouer sur la durée, laisser vivre ou suggérer les silences, le ciel devenant sa planche à dessin pour une création éphémère et unique dont le public massé devant la scène n’aurait pas voulu perdre la moindre lumière.

Tryo.

C’est donc les yeux un peu fatigués que les festivaliers ont réinvesti le site en ce troisième et dernier jour. Est-ce la faute à la météo qui aurait conduit certains vers les plages en début de journée, il n’y avait étonnement pas beaucoup de monde pour applaudir Amadou et Mariam. Le concert du duo malien était pourtant très réussi, avec de nouveaux titres mais également ceux qui ont assis leur notoriété comme « Dimanche à Bamako », « La Fête au village ».

A l’inverse, les organisateurs n’avaient pas dû prévoir qu’ Hoshi et son célèbre tube « Ta Marinière » trusterait autant de monde. Prévue dans l’après-midi sous la longère, la jeune femme aurait largement pu se produire sur la grande scène car ce sont plusieurs centaines de spectateurs qui n’ont pu accéder au concert faute de places. Un petit raté difficile à anticiper car le succès de cette toute jeune artiste ne cesse de grossir. La répartition des shows n’était probablement plus modifiable mais le mécontentement reste néanmoins légitime de la part de tous ceux qui avaient fait le déplacement pour l’applaudir.

Plein succès et rangs serrés en revanche pour Claudio Capéo et se musiciens. L’ alsacien bouclait en ce dimanche une tournée monumentale entamée à la fin 2016 (avec escales sold out dans tous les zéniths de France), portée par un album au titre éponyme qui a tout raflé et été vendu à plus de 800.000 exemplaires. Il y a deux ans, lorsqu’il participait à The Voice et s’offrait une identité originale avec son accordéon, personne n’aurait pu imaginer ce chemin aussi spectaculaire, pas plus que l’on aurait deviné le troublion énergique derrière l’interprète encore très sage d’ « Un homme debout ».

Claudio Capéo.

Face à un public venu spécialement pour lui, qui connaît le moindre de ses refrains par coeur, Claudio Capéo chante, bondit, parcourt la scène et installe la complicité. La fête est belle et la joie non feinte. L’émotion n’est pas absente et l’on voit même des larmes sur le visage de certains musiciens quand Claudio Capéo rappelle qu’il s’agit bien de l’ultime moment sur la route avant plusieurs mois.

Face et Si an 2018 ne pouvait rêver plus beau final, sous le soleil, en chansons et dans le partage total. Le festival de Mouilleron-le-Captif s’affirme une fois encore comme l’une des manifestations les plus souriantes et chaleureuses avec des bénévoles, de la technique à la confection des crêpes, de l’accueil à la restauration, aux petits soins du public. Exemplaire.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Le long chant du Lollapalooza Paris !

On aurait pu penser que Depeche Mode le premier soir, serait le rendez-vous phare de cette seconde édition du Lollapalooza Paris (les 21 et 22 juillet 2018). C’était compter sans la présence de Noel Gallagher, plus rare, qui a déclenché des enthousiasmes ininterrompus. Un accueil que les festivaliers ont aussi accordé à The Killers, Gorillaz, Trevor, Kasabian, ou bien encore Nekfeu. L’affiche était belle et le plus difficile était de choisir. Retour sur un festival qui a le sens du spectacle.

En lycra intégral bleu-blanc-rouge, ces deux potes américains débarqués la veille de Chicago pour un contrat de trois mois dans la capitale, bravent les températures caniculaires et tiennent à rendre hommage au pays champion du monde de football. « C’est cool pour vous guys ! Vous avez de la chance car maintenant vous avez aussi le festival le plus cool de la planète. On a fréquenté Coachella… ici, c’est the same, on peut tout se permettre. On fait la fête et il y a de la bonne musique à quinze minutes du centre de Paris, c’est ça qui est crazy non ? »

La centaine de festivalières arborant des couronnes de fleurs composées sur place ne pourront que confirmer. Ici, tout est permis, de l’extravagance « Peace and love » à la tenue mixant les bottines à paillettes avec le micro short en jean, des hauts de maillots de bain sur jeans (que beaucoup sont allés customiser sur le stand Levis, comme l’an dernier). On sort ce que l’armoire recense de plus coloré, on emporte les coussins gonflables au vent pour en faire des banquettes confortables. Et on se réjouit à l’idée de manger vegan, réunionnais ou grande classe et encore plus original grâce aux stands du Lollachef (Jean Imbert et ses fameux « Bols de Jean », Denny Imbroisi qui n’a pas son pareil pour revisiter les classiques italiens, Yoni Saada qui réussit à donner à la street food des airs de noblesse, Christophe Adam, Monsieur « Eclairs de génie » (monstrueusement beaux et bons),Yann Couvreur dont le seul nom évoque son célébrissime Millefeuille à la vanille de Madagascar, Anthony Clémot, pape de la cuisine de volaille et Antoine Westermann, qui lui aussi célèbre la volaille de grande qualité.

Les enfants ne sont pas non plus en reste puisque les plus jeunes ont droit à leur coin, dans une zone calme, avec de nombreux animateurs, des ateliers musique, maquillage ou musique, y compris pour les tous petits. Au Lolla, la fête est partout, joyeuse et colorée. Il flotte un parfum camps de vacances alors que la Tour Eiffel (la vraie) n’est qu’à quelques encablures.

Zara Larsson.

Déclinaison frenchie du célèbre festival itinérant créé en 1991 à Chicago, le Lollapalooza Paris avait réuni l’an dernier plus de 110.000 visiteurs, attirés par les plus grands noms de la planète pop-rock , The WEEKND, Imagine Dragons, Lana Del Rey, les Red Hot Chili Peppers ou bien encore Dj Snake. Cette année, l’affiche a misé sur Depeche Mode (dont le retour triomphal en a fait l’un des grands vainqueurs de la tournée des festivals 2018), Nekfeu, Gorillaz, Dua Lipa, The Killers et Noel Gallagher notamment.

La chaleur est orageuse et étouffante mais les festivaliers ont répondu présents dès l’ouverture des portes de l’ Hippodrome de Longchamp. Beaucoup d’étrangers, des britanniques notamment, qui n’ont pas hésité à franchir la Manche pour s’offrir ce festival au nom mythique mais aussi des espagnols, américains, suédois ou japonais. Sous les partitions de Lil Pump comme de Kaleo, les fosses sautent et dansent déjà, hurlant plus fort encore quand résonnent les tubes attendus.

Bastille.

Bastille a lui aussi drainé ses milliers de fans. Le groupe londonien créé en 2010 par Dan Smith (qui a choisi ce nom en hommage à notre fête nationale, connue au Royaume Uni comme le Bastille Day mais aussi parce que cela correspondait à sa date de naissance. Tout simplement!) truste tous les charts avec ses albums Le premier, « Bad Blood », sorti en 2013 a conquis l’Europe en quelques semaines. Succès renouvelé avec « Wild Word », sorti en septembre 2016. les concerts sont tous sold out et à l’évidence, la gente féminine trouve un charme manifeste à Dan Smith en dépit d’un look capillaire « boule à zéro » plus difficile (ce n’ est qu’un avis, on se détend!).

Kasabian a également ravi les foules. La formation britannique multi récompensée, menée depuis vingt ans par Tom Meghan et le guitariste Sergion Pizzorno, a de la bouteille et le démontre avec une aisance déconcertante. Le rock soigné aux influences melting pot envoie du lourd, à l’image du dernier opus, « For crying out loud », sorti l’an dernier.

Kasabian.

Mais celui que les plus jeunes attendaient était visiblement Travis Scott. Le rappeur est un artiste reconnu et personne ne remet en question ses qualités musicales mais il est clair que le fait d’être le chéri de Kelly Jenner, demi soeur de Kim Kardashian, influences parmi les influenceuses, reine de la téléréalité, a aussi boosté sa notoriété. Présent dans les magazines people autant que dans la presse musicale, le rappeur (également mannequin, acteur et réalisateur) de vingt six ans, à qui l’on doit pas mal de succès dont le très bon « Antidote » en 2015 ou « Portland » avec Drake, en 2017, a offert à Paris un show survolté (que la jeune femme a d’ailleurs immortalisé depuis la scène pour alimenter ses réseaux sociaux tout en restant parfaitement cachée. On a le sens de la communication ou on ne l’a pas…)

Visiblement heureux de partager ses morceaux avec le public français, Travis Scott n’a pas ménagé son énergie, le rappeur de Houston débarquant en courant et arpentant non stop ensuite l’immense scène. Les lights sont superbes et la pyrotechnie à hauteur de ce show spectaculaire: à chaque éclat de basse, des flammes immenses s’échappent.

Travis Scott avait demandé au public de « donner tout ce qu’il a car ce show est pour les vrais enragés. Si vous n’ êtes pas prêts, tant pis, la porte est là! » Le message avait le mérite de la clarté et le sens de l’efficacité : les festivaliers lui ont tout donné, sans répit. « Pick up the Phone », « Love Galore », le duo interprété avec Sza, en rajouteront encore une couche mais le titre que tous attendaient était le dantesque « Gossebumps ». Travis Scott l’avait gardé pour boucler ses quatre-vingt minutes de set. Même les plus hermétiques à ce genre de musique sont repartis bluffés par ce savoir faire et cette mise en scène impressionnantes. Au pied de la réplique de la Tour Eiffel (35 mètres de haut et des illuminations magnifiques en soirée) une heure plus tard, des trentenaires trinquaient. Ils étaient venus fêter leur changement de dizaine au Lolla pour voir l’américain en action, autant dire que la fête était réussie.

Black Rebel Motorcycle Club.

Et puis bien sûr il y a eu Depeche Mode, ceux qui ont essaimé sur la bande sonore de la vie des plus de 40 ans. Dave Gahan a pris des rides mais conservé sa silhouette de jeune homme, la mise est élégante, pantalon à pinces, petit gilet de costume noir et rouge à même la peau. Dans la foule, des centaines de tee-shirt à son effigie et celle de ses acolytes de toujours. Depuis leur apparition en 1979, les britanniques n’ont jamais déçu et toujours donné des concerts d’une élégance mémorable. La mise en scène est soignée, la set list riche de tous les morceaux cultisme mais ne fait pas pour autant l’impasse sur le meilleur de leur dernier album. « Going backwards », « Cover me », « Precious » ou « Never let me down again », aucun ne manque à l’appel. Dave Gahan danse, virevolte tel un Derwish tourneur rock. Le sourire est aussi éclatant que le design du show. Bien sûr, « Enjoy the silence » et « Just can’t get enough » bouclent la soirée. Dans les rangs, personne n’ignore les paroles. Ca chante et danse avec une joie contagieuse.

Les tee-shirt indiquant clairement la direction que prendront les festivaliers, la première place allait manifestement se jouer entre Noel Gallagher (beaucoup avaient osé le débardeur « Oasis »), The Killers et Nekfeu. Gorillaz semblait également bien placé, ce qui n’est pas illogique au regard du running order, la bande de Damon Albarn ayant le privilège de boucler le festival.

Jess Glynne.

En attendant, c’est Tom Walker qui a ouvert la journée. L’écossais de vingt six ans, rendu célèbre par son tube « Leave a Light on », réunit un public déjà euphorique et prêt à l’accompagner. Mention spéciale ensuite pour Jess Glynne. La jeune femme est entourée de choristes impressionnants de talent et de musiciens qui ont le sens du jeu. La britannique, qui est une habituée du sommet des classements outre Manche, est en progression constante depuis son arrivée villas quatre ans. Sans doute l’un des noms à retenir pour les années à venir.

BB Brunes.

Dans un tout autre genre, à l’autre bout du site sur l’Alternative Stage, BB Brunes a fait une arrivée aussi attendue que remarquée. Treize ans après leur première scène, dix ans après leur premier album, « Blonde comme toi », ceux qui avaient entassé pas mal de remarques acerbes, pour ne pas dire méprisantes, sur leur projet musical et que l’on annonçait comme bientôt disparus, ont déjoué les pronostics. Victoire de la Musique catégorie « Révélation scène «  en 2009, les français ont pris leur temps, un album en 2012 et puis il faudra patienter jusqu’en 2017 pour que sorte « Puzzle », Adrien Gallo, le chanteur, profitant de cette pause pour sortir un opus en solo.

2018 semble marquer le grand retour des français, « Puzzle » nominé parmi les meilleurs albums rocks des dernières Victoires de la Musique, une grande tournée d’une cinquantaine de dates en Europe se succédant avant la sortie du prochain album studio l’an prochain. Ayant traversé le site à vive allure pour rejoindre ceux (et celles) qui avaient préféré patienter un long moment pour être directement sous leurs regards, les fans sont restés fidèles au delà des pronostics les plus optimistes. Nombreux étaient ceux qui s’étonnaient de voir que Live Nation, grand ordonnateur du Lollapalooza, aient misé sur ces quatre là. Il a suffi d’un titre pour en comprendre la raison.

Collectionneur de disques de platine, le rappeur French Montana a succédé aux français plus tard dans l’après-midi. Celui qui avait signé en 2011 avec Puff Daddy et Rick Ross (ce qui pouvait quand même ressembler à un bon début) a vu son morceau « Pop That » (où l’on retrouve aussi Drake et Lil Wayne) faire son entrée directement dans le top 100 américain. Jolie performance pour un natif de Casablanca, ayant immigré avec sa famille aux Etats Unis à l’ âge de treize ans, rescapé d’une balle dans la tête dix ans plus tard. Comme Travis Scott, French Montana a connu l’accélérateur médiatique en partageant un an la vie de l’une des soeurs Kardashian. Sur la scène du Lolla, celui que l’on surnomme désormais « le roi des mixtapes », qui multiplie les featuring (Snoop Dogg, Lana Del Rey, The Weekend, notamment) a fait sauter son public pendant près d’une heure.

Noel Gallagher’s High Flying Birds.

Impatients, des dizaines de milliers de fans attendaient au pied de la MainStage l’arrivée de Noel Gallagher et de son groupe, les « High Flying Birds ». Définitivement le plus souriant des deux frères, Liam ayant pris la posture systématique de la moue boudeuse surmontant le coupe-vent hermétiquement fermé, l’ancien guitariste d’ Oasis a montré que simplicité et talent étaient souvent le combo ideal, même en festival, même sur des scènes immenses. Avec le drapeau de Manchester City pour tout décor et des lumières assez classiques, celui à qui l’on a longtemps prêté une voix moins intéressante que celle de son frère, a fait taire les médisants. Noel chante plus que bien et n’hésite pas à des envolées bien puissantes comme il a pris malice à le démontrer d’entrée de set avec « Fort knox ».

Affirmer que le public guettait les titres nouveaux avec la même frénésie que les succès qui ont marqué le parcours d’ Oasis serait illusoire. Malgré des applaudissements à tout rompre pour saluer les extraits des derniers opus, du très réussi « Who built the Moon » notamment, sorti l’an dernier, on a poussé le curseur des décibels quand ont soudain résonné les premiers accords de « Whatever » et « Little by little ». Nombreux y sont même allés de leur petite larme lorsque Noel Gallagher, souriant et visiblement heureux de ce moment de totale communion, a troqué sa guitare électrique pour une acoustique, égrainé les notes de « Wonderwall ». Et fait chanter tout Longchamp! « All you need is Love » des Beatles a bouclé ce moment incroyable. Et chacun s’est évidemment mis à rêver d’une trêve fraternelle. L’ambiance serait à l’apaisement, à des envies réciproques alors tous les espoirs sont permis… Oasis sera peut-être programmé à la prochaine édition du Lollapalooza, qui sait ?

Rag’N’Bone Man.

C’est un moment assez surréaliste auquel ont assisté les festivaliers un peu plus tard. Après le concert très pop électro de Years and Years et la prestation toujours impressionnante de Rag’N’Bone Man, Nekfeu avait rendez-vous avec ses fans à 19h30. Pour l’accompagner, le rappeur avait convié sa bande de l’ Entourage, dont l’excellent Doums. Dans une prestation assez classique, le jeune homme a plutôt déçu. Il a surtout démontré que le succès l’ incitait désormais à des comportements inadaptés. Comme ce dimanche soir, alors qu’il aurait du quitter la scène à 20h30 et permettre à la scène voisine de laisser jouer The Killers. Mais Nekfeu est Nekfeu…

Le rappeur entonne « Saturne » puis enchaine avec « J’aurais pas dû », en featuring avec ses potes de S-Crew bien que le timing ne le permette plus, personne n’ ignorant qu’en festival, les shows sont calés à la minute près, seule condition permettant les changements de plateaux et le bon enchainement des scènes. Nekfeu n’est pas un bleu et le sait parfaitement. « On va sans doute se faire défoncer là si on ne sort pas mais on s’en fout, on fait quand même la dernière! » Démarre alors « Mauvaise graine ».

C’était compter sans l’envie de jouer de The Killers. Abasourdis par tant de mépris, les américains décident d’entrer et d’entamer leur set alors que Nekfeu, hué par une partie du public, s’agite toujours sur la scène voisine. S’en suit une guerre du son, le rappeur poussant le mauvais goût jusqu’à augmenter le volume. Aussi stupide et discourtois qu’inutile : dans ce bras de fer surréaliste, The Killers portent bien leur nom et remportent la bataille. Il y a un code de bonne conduite que certain mériterait de réviser ou même peut être carrément d’apprendre car au final, c’est le ridicule qui triomphe. Comme le dit sa chanson, il « aurait pas du ». Par contre, il aurait du rester applaudir les britanniques… Brandon Flowers et ses partenaires ont une set list qui vise juste. De « Somebody told Me » à « Human », « Mr Brightside », «  The Man » ou bien encore « When we where young », les influences revendiquées de Depeche Mode, Oasis ou bien encore The Smiths, transpirent avec éclat. On ne vend pas près de vingt millions d’albums dans le monde par hasard.

Après l’électro-folk de Parov Stelar, Gorillaz a donc eu l’honneur de refermer cette seconde édition du Lolla parisien. Damon Albarn (ex chanteur de Blur, pour mémoire) et sa bande, ultra sollicités en cette période estivale, ont été à la hauteur de leur réputation. Devenu culte à la vitesse de l’éclair, Gorillaz (co-fondé par le dessinateur Jamie Hewlett) s’est toujours amusé à bousculer les codes, mixant sans état d’âme le rap, le rock et le hip-hop. « Humanz », le cinquième album est dans la droite lignée de ce parti pris, les partitions se déclinant avec éclat dans les vidéos imaginées par Hewlett. Au fil des opus, la psychologie même des personnages subit des évolutions. Noodle, Russel ou bien encore 2D, enfants chéris de leur créateur, changent de vêtements, d’attitudes, de façon de penser donc d’agir. De plus en plus présents et d’un réalisme rare, il est possible qu’un jour, lorsque la technique le permettra, ce sont eux que l’on verra sur scène, en version musicale et parfaite de la réalité augmentée. A priori, cela prendra encore quelques temps, qu’on se rassure.

En attendant, Damon Albarn est bien présent sur scène et toujours aussi énergique. Après vingt albums (deux en solos, cinq avec d’autres partenaires, huit avec Blur et cinq avec Gorillaz), il semble même, à tout juste cinquante ans, au faîte de sa forme. Concentré festif, boule d’ions positives, « Humanz » dégage en live une ambiance unique, douce et tonique, sensuelle, un peu angoissante par moment comme si la fin du monde se rapprochait mais qu’ il fallait le vivre avec un fatalisme joyeux.

Les images prennent toute leur majesté dans les écrans géants. Visuellement, le spectacle à lui seul mériterait le détour. Avec la musique du new yorkais et de ses potes, c’est encore plus fort. «Humility», « Clint Eastwood » ou bien encore « Feel good Inc » prouvent s’il en était encore besoin que Gorillas est un groupe à voir sur scène en priorité. « We got the Power », avec Jehnny Beth, leader des Savages, en invitée surprise, Little Simz et… Noel Gallagher himself a conclu en apothéose un festival qui d’année en année se bonifie plus encore. La cuvée 2018 servie sous un soleil radieux restera un grand cru. De quoi nourrir des impatiences… Il y aura qui sur l’étiquette de la 3ème cuvée du Lollapalooza ?

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

FRANCOFOLIES 2018: CARTON PLEIN

La 34ème édition des Francofolies restera parmi celles qui ont marqué l’ histoire de ce festival pas comme les autres. La découverte, le partage et l’enthousiasme ont été les dénominateurs communs de ces cinq journées lumineuses. Découvertes d’artistes disséminés dans une quinzaine de lieux rochelais, rencontres et partage en grande proximité, enthousiasme des 150.000 festivaliers (dont plus de 87.000 entrées payantes). Le sacre des Bleus en finale de la Coupe du Monde, diffusée sur écran géant dans l’enceinte de Saint-Jean d’Acre dimanche après midi, et le soleil qui a irradié ces cinq journées auront patiné encore la liesse générale mais le succès était éclatant, même sans ces deux là. Déambulations en toute subjectivité assumée.

Il y a trente-trois ans, sous la houlette du père fondateur Jean-Louis Foulquier, les Francofolies de la Rochelle (on ne disait pas encore les « Francos »), se concentraient sur l’immense parking Saint-Jean d’Acre, transformé l’espace de quelques jours en théâtre à ciel ouvert, à quelques encablures du Vieux Port et des remparts. Certains riverains ronchonnaient et exprimaient leur scepticisme, des usagers pestaient après ce millier de places annexées. Mais le concert des doutes a vite laissé place au respect, à une écoute attentive puis même à l’enthousiasme face à cette parenthèse de mise en lumière pour la Charente Maritime, aux affiches développées chaque année, ce flux des plus grands de la scène francophone, Diane Dufresne, Véronique Samson, les Rita Mitsouko ou Jacques Higelin emportant dans leurs valises une ribambelle de petits nouveaux. D’une année sur l’autre, on s’est également mis à guetter les artistes au centre d’une « Fête à… » car on savait que le moment serait riches d’invités surprises.

Exposition // Albin de la Simone, la Coursive.

C’est en songeant à ces années du début que l’ on mesure le chemin parcouru. Eclatées aux quatre coins de la ville (sur le parking toujours bien sûr, devenu « Scène Jean-Louis Foulquier », mais aussi au théâtre de la Coursive, sur le port, dans l’église , à la Sirène où la grande salle de 1.400 places accueillent des soirées ultra courues, ), les Francos ne sont plus uniquement ces cinq soirées de concerts mais se déclinent aussi en expositions (celle des dessins « carnets de routes », entre voyages et tournées, d’Albin de la Simone à l’ abri de la Coursive offrait un superbe voyage sur les traces de cet artiste au talent décidément pluriel), ateliers, rencontres à la Maison des Francos, en Francos Juniors, « Chantiers des Francos », (vingt ans cette année, une référence désormais en matière de formation et d’accompagnement des artistes émergents), « Francos Educ » pour valoriser la chanson française auprès des scolaires, « Francos Stories » au cinéma. 

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

A vingt et deux ans, Loic Nottet affiche déjà un parcours chargé, riche d’escales diverses. Mais toutes auréolées de succès. Finaliste de The Voice Belgique en 2014, défendant les couleurs de son pays lors de l’Eurovision l’année suivante, vainqueur de Danse avec les Stars en 2016 et sacré « artiste de l’année » aux D6bels Music Awards en janvier 2017, le jeune homme a parcouru ensuite des milliers de kilomètres pour son « Selfocracry Tour », dont les billets se sont arrachés. 

Le public, qui s’ était précipité pour faire plus ample connaissance avec l’interprète de « Million eyes », immense tube extrait du premier album, a eu la confirmation que cet artiste là était frappé par la grâce. Dans une mise en scène originale, des chorégraphies très théâtrales, accompagné par un couple de danseurs tout aussi parfaits, le concert n’a rien de traditionnel et tient bien plus du show où chaque pas est millimétré pour coller au plus près de l’interprétation des chansons. Charismatique, souriant, doté d’un sens de l’humour affuté, Loïc Nottet est prêt à conquérir le monde. En ce premier soir des Francos, les spectateurs lui ont réservé une ovation, convaincus d’avoir assisté à la naissance d’une future très, très grande star.

Loïc Nottet, scène Jean-Louis Foulquier.

Temps fort de ce début de 34ème édition, la « fête à Véronique Sanson », a d’abord été une fête de famille, Christopher Stills, son fils mais également Stephen Stills, le père de ce dernier, venant tout spécialement des Etats-Unis. Séparés depuis des années, les ex-amants ne s’étaient pas revus depuis trois ans mais il ne leur a fallu que quelques minutes de balances pour retrouver des automatismes et jouer en harmonie. (Faut-il rappeler que Monsieur Ex est aussi le Stills de Crosby, Stills,  Nash and Young, l’un des plus fameux groupe de folk-rock américain des années soixante-dix, dont le succès fut international ?). Les parents et le fils n’avaient joué que deux fois ensemble par le passé, autant dire que la réunion avait quelque chose d’aussi exceptionnel que touchant. 

Autres invités de cette fête, Patrick Bruel, Vianney, Tryo, Jeanne Cherhal, Alain Souchon. Un casting quatre étoiles pour une set list qui a mixé chansons connues et titres « que vous connaissez moins », a expliqué l’artiste de soixante-neuf ans, superbe dans une veste à queue de pie noire. « Vous ne pouvez pas imaginer comme je suis heureuse d’être là. » « Je me suis tellement manquée », la bouleversante lettre à sa mère « Je l’appelle encore » mais aussi « La drôle de vie », « Vancouver », « Alia Souza » ou bien encore « Bahia », la chanteuse irradie de plaisir.

Succéder à ce beau monde aurait pu paraitre bien compliqué à Calogéro. Mais le grenoblois en a sous le pied. Véritable performer sur scène, en pleine tournée triomphale, il a enchainé tubes et extraits de son dernier opus sans jamais rien lâcher. Le public rochelais ne l’ avait pas revu depuis 2005. Il est resté jusqu’au bout de sa nuit pour l’accompagner et partager à l’unisson un univers souvent empreint d’une vraie mélancolie. En fin de matinée déjà, de nombreux fans s’étaient massés en haut du parking rendu invisible par des canisses. Mais le son ne pouvait être masqué et des cris nourris avaient déjà salué chaque prestation de celui qui est actuellement sans conteste l’un des chanteurs français les plus populaires.

Roméo Elvis, la Sirène.

Ultime détour de la journée, la Sirène, à l’autre bout de la ville, avait programmé une « Nuit collective » consacrée au hip-hop francophone avec notamment, Sopico, Dead Obies, Bagarre, Loud et Romeo Elvis. Le belge, grand frère d’Angèle (jeune et jolie prodige toute en blondeur qui n’ a pas encore sorti son premier opus mais est déjà devenue la coqueluche du public), n’a que vingt cinq ans mais déjà tout d’un vieux routier de la scène. Débarqué en 2013 avec deux EP qui ont fait pas mal de bruits, il a vu sa carrière s’envoler après les deux albums sortis en 2016 et 2017, « Morale » et « Morale 2 ». Avec des parties instrumentales plus électros, une place plus large accordée au chant lui-même, le rappeur s’est hissé tranquillement parmi les plus recherchés et se taille une route au succès impressionnant. La Sirène n’a pas dérogé dans ce parcours auréolé. Il était près de minuit quand Romeo Elvis a fait son entrée mais les mille quatre cents festivaliers ne l’auraient manqué pour rien au monde. La chaleur de la salle était déjà étouffante. Après cinq minutes de jump en tous sens, l’enthousiasme avait accompagné le thermomètre dans cette nouvelle montée.

Sopico, la Sirène.

Après une deuxième journée placée sous le signe du rap et de la nouvelle génération, avec notamment Gaël Faure (de plus en plus à l’aise sur scène et heureux de jouer, cela se remarque de concert en concert) et Thérapie Taxi, qui est de tous les festivals. Entendue un soir de demi-finale à la Nuit de l’Erdre (où le groupe était porté par l’euphorie du public), revue à La Rochelle, connue pour un ou deux titres largement plébiscités, la formation française devra convaincre encore car sur scène, la prestation assez vite monotone. 

NTM était ultra attendu après les deux soirs qui avaient mis Bercy en folie à la mi mars. Le duo aime la Rochelle qui le leur rend bien : alors qu’ils étaient tricards de toutes les programmations, Jean-Louis Foulquier avait fait fi des tempêtes et décidé contre vents et marées de les inviter.  C’était il y a vingt-deux ans. Reformé récemment et pour quelques dates dont la plupart des  grands festivals, NTM est au meilleur de sa forme. Joey Starr et Kool Schen ont la connivence communicative. Ils se complètent sans en rajouter et se comprennent au premier regard. Leur flow est toujours aussi efficace. Ces deux là montrent à qui en douteraient qui sont les patrons du rap.

Blow, la Coursive.

En ce troisième jour de festival, la Coursive imposait le détour. Blow, nouvel arrivant sur la scène électro, puise très clairement son inspiration de l’autre coté de l’Atlantique. Musicalement, c’est extrêmement bien ficelé et hyper construit. Blow, formation d’origine poitevine, permet aussi de revoir Jean-Etienne Maillard, guitariste et compositeur doué, aperçu dans d’autres groupes (Klone, The Sheperds). Coté prestation en revanche, on a parfois un peu de mal à suivre Quentin Guglielmi, le chanteur, dans ses propos interludes un tantinet éthérés. « On est des petits légumes, des courges, des tomates, des concombres, enfin… vous, vous êtes ces légumes, ces choses qui dansent, » prononcés d’un ton qui n’aurait pas déplu à un maître yogi. Ce jour là en tous cas, il semblait habité jusque dans sa façon de bouger, rendant son ailleurs pas toujours accessible. Dommage car à l’écoute, Blow c’est réellement intéressant. Le single, « The Devils remembers me » connait un succès mérité et il y a fort à parier que le trio (renforcé sur scène par un batteur) n’a pas fini de faire parler de lui.

Ben Mazué, la Coursive.

C’ est une salle pleine à craquer qui guettait celui qui a pris la suite. Ben Mazué est à quelques dates du terme de sa tournée, « La Princesse et le Dictateur ». Il est passé par le Chantiers des Francos et à La Rochelle cette année, il a un programme chargé (en plus de son concert, il est l’un des artistes choisis pour les « Rencontres » et célèbre avec Pomme et Laurent Lamarca les vingt ans des Chantiers justement à la chapelle de l’ hôpital Saint-Louis). Depuis ses débuts en 2011, qui avaient déjà mis en lumières ses talents d’ écriture et son rap si personnel, le public n’en finit plus de lui faire les yeux doux. « La femme idéale », son troisième album, est un pur concentré d’émotions vraies, celles du rire, celles des larmes (sur Headline, notre report du 4 avril 2018).

Brillantissime, Ben Mazué a conçu un spectacle hors normes, indescriptible si on ne veut pas en spoiler le déroulé. Avec Robin Notte, son directeur musical, présent sur scène à ses cotés, ils ont bouleversé les codes du genre et donné aux « guitare-voix » (avec piano sur de nombreux titres) des lettres d’originalité incomparables. La tournée s’arrêtera à  l’ Olympia le 14 Novembre après un détour par la Belgique, Lille, Bordeaux ou bien encore Genève. Ensuite, Ben Mazué fera silence… Le temps de composer son quatrième opus ? La question reste posée car le trentenaire se dit prêt à se laisser porter par tous les vents de la création. 

Ben Mazué, la Coursive.

Après s’être laissé prendre au charme du répertoire de Pierre Lapointe, à ses textes plein de désillusion, de désamour, de magnétique beauté un peu désespérée, retour vers la scène Jean-Louis Foulquier où Bigflo et Oli étaient attendus de façon sonore. Passés eux aussi par les Chantiers, les deux frères sont des habitués des Francos. Disque de platine avec « La vraie vie », récompense suffisamment rare aujourd’hui pour être mentionnée, Big Flo et Oli (autrement dit Florian et Olivier), ont croisé la route du succès dès leur premier opus, « La Cour des Grands », voilà trois ans. Disque d’or à peine quatre mois après sa sortie, il sera lui aussi certifié Disque de platine. 

Prônant la tolérance, la fraternité et revendiquant une vraie ouverture d’esprit, le combo toulousain a su séduire par des propos d’apaisement, refusant des polémiques sur l’ Islam notamment afin de ne pas se laisser prendre au piège de débats bien trop vastes pour se limiter à quelques paroles. Sagesse à laquelle leurs fans ont manifestement adhéré.

En pleine tournée (dont toutes les dates se jouent à guichets fermés), Big Flo et Oli trouvent aussi le temps pour composer des génériques, faire partie des jurés de The Voice Belgique (pour la saison 6 l’an dernier). Autant d’activités qui ne font qu’accroitre la notoriété, largement justifiée pour ces deux là qui ont aussi décroché la Victoire de la Musique catégorie « Chanson de l’année » avec « Dommage », leur album étant nominé dans la catégorie « Musiques urbaines ». Une vraie déferlante.

Shaka Ponk avait l’honneur de fermer le ban ce 13 juillet. Le quintet, porté par le virevoltant Frah et la magnétique Sam, a fait le show, porté par une scénographie dont l’originalité n’est plus à démontrer. Il y a quatre ans, leur premier passage par La Rochelle avait été euphorique. Ce retour est largement aussi attendu, « The Evol’ », le sixième album studio des Shaka Ponk, sorti en novembre dernier (saluée par la Victoire de l’ Album Rock de l’année) marquant quelques détours nouveaux, vers la pop et même vers davantage de poésie peut-être. « Evol » est aussi l’anagramme de « Love »’, ceci explique partiellement cela.

Costumes, décors, mise en scène, imageries, façon unique d’ accrocher le public et de se jeter constamment dans l’arène, le groupe a l’imagination no limit. Les concerts sont des boules d’énergie à multiples facettes avec quelques passages très attendus comme ces battles face à Goz, le singe emblématique, ou bien encore, plus récent, face à l’avatar de David Bowie. Ayant pris le parti de ne pas reprendre énormément de leurs succès précédents, Shaka Ponk mise beaucoup sur les derniers titres, sur davantage d’électro également. On sent que l’ambition scénique a elle aussi encore gravi un échelon. 

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

Il y a moins de dix ans, en novembre 2009, les Shaka, qui ne bénéficiaient pas encore de la présence de Sam, vraie valeur ajoutée, incroyable personnalité, jouaient dans des clubs de taille ultra modeste, comme l’Olympic à Nantes. C’étaient les débuts, l’ordinateur lançant les images était parfois capricieux, l’écran en forme de peau de tambour avait une taille bien plus modeste. Mais le public ne s’était pas trompé en pariant sur le succès de cette bande totalement novatrice. Vendant des albums par milliers, remplissant des salles énormes, tête d’affiche des plus gros festivals, Shaka Ponk est désormais une référence à part entière… dont le groupe se sert pour mettre en avant sa fibre écologique. A chaque conférence de presse, Frah et Sam exposent les raisons de leur engagement aux côtés de la Fondation pour la Nature et l’ Homme  (ex-Fondation Nicolas Hulot), les cinquante gestes à faire pour améliorer son empreinte (à retrouver sur le site de la Fondation). Nul opportunisme dans cette direction là, les Shaka sont des militants de la première heure, de vrais figures de proue d’une cause pour laquelle ils se battent comme s’il s’agissait d’une  question de survie, sans pour autant pratiquer ostracisme ou culpabilisation bornée. Avec ce côté « toujours plus haut, toujours plus fort », on peut se demander jusqu’où iront ces cinq électrons libres là ?

Shaka Ponk, scène Jean Louis Foulquier.

En ce jour de Fête Nationale, les plus jeunes avaient rendez-vous avec Aldebert et ses « Enfantillages ». Il fallait voir l’intérieur de la Coursive avant l’ouverture des portes, une longue file d’attente dans le patio intérieur, une colonie de vacances même pas dissipée, joyeuse et juste impatiente, entourée par des parents qui n’avaient pas l’air de bouder leur plaisir. Aldebert ne s’adresse par aux enfants à coups de niaiseries mais avec intelligence et poésie. 

A la Coursive encore, Arthur H a une fois encore signé sa présence à coup d’énergie créatrice. Son récent double album, « Amour Chien fou », un peu funk, beaucoup « ballades »,  s’accordait parfaitement avec cet espace de quasi intimité (à quelques mètres des tours de la Rochelle, dont l’une portait un immense portrait de son père, bel hommage à Jacques Higelin disparu quelques mois plus tôt). Offrant un récit de son périple à travers le monde, de Bali à Tokyo, du Mexique à Montréal,  Arthur H ose aussi l’aventure introspective, les temps de la vie. Il flotte comme toujours un parfum de nostalgie, une mélancolie tenace mais on sent que le musicien est en capacité de « poser les valises », de se laisser aller à vivre avec plus de légèreté. Un constat plutôt émouvant à observer chez ce fidèle des Francos.

En début de soirée sur la grande scène, Eddy de Pretto, dont l’ascension est aussi rapide que la vitesse de l’éclair, Prix des Inouis l’an dernier au Printemps de Bourges, en énorme tournée ultra bondée quelques mois plus tard, est celui que tout le monde s’arrache et veut voir. L’ auteur de « Kid » semble regarder tout cela avec amusement et recul, lui qui se rêvait artiste dès l’adolescence depuis sa cité, son « Beau lieu ». Le rappeur ne se contente pas de textes d’une précision et d’une profondeur redoutables, il bouscule le genre en longs passages chantés qui n’auraient pas déplu à Nougaro, l’idole familiale. Eddy de Pretto est l’un des très beaux succès de la nouvelle scène rap française.

Jain, (Artiste de l’année 2017 aux Victoires de la Musique) est également l’une des révélations de ces dernières années. Après « Zanaka », sorti en novembre 2015, double disque de platine, riche de nombreux tubes, la  protégée de Maxime Nucci doit sortir ce mois d’août un nouvel opus dont on ne connait pour le moment que le premier extrait, déjà succès, « Alright ». L’artiste globe trotteuse a toujours beaucoup voyagé. Elle a engrangé durant ses tournées à travers le monde des sons, des couleurs qu’elle a eu envie de reproduire. 

Sur scène, elle a d’abord choisi la combishort au petit col claudine immaculé qui donnait un air de sagesse pas vraiment en adéquation avec l’énergie déployée mais un décalage qui l’amusait. Aujourd’hui, Jaïn mise sur la salopette bleue (Agnès B) pour montrer la machine de guerre dans laquelle elle se transforme face au public. Le set est parfaitement calibré, le public était conquis d’avance mais la victoire n’en est pas moins jolie.

Un feu d’artifice (plutôt décevant, tant coté pyrotechnie que bande son) plus tard, dans une tenue blanche rompant avec ses coupe vents habituels, Orelsan n’a pas eu besoin de se changer et d’endosser le maillot jaune porté peu après pour prouver qu’il serait bien le vainqueur de l’étape du jour. Le site est plein à craquer. On se masse au plus près de la scène pour voir celui qui rafle tout depuis la sortie de « La fête est finie ». Ca saute, ça danse, « Basique », « Paradis », « Christophe », parler de communion n’ est même pas encore assez fort. Des titres plus anciens, tel « Le chant des Sirènes » sont aussi de la partie. Avec ses quatre musiciens, dont son pote Skread, à qui pas mal de ses chansons doivent sur succès, Orelsan a le flow infaillible. On pourra toujours le critiquer, ressortir de vieilles polémiques désormais dépassées, ce musicien là est assez bluffant.

Hoshi, sa voix éraillée, sa guitare et ses vingt ans, ses enthousiasmes et ses doutes, campaient à la Coursive en cette ultime journée des Francos. Une jolie découverte qui permet de voir au delà de son succès actuel…. Succession on ne peut plus cohérente, Nolwenn Leroy lui a succédé. Radicalement différent de ses précédents albums, « Gemme » est une sorte de révérence à la terre, à la vie. On n’est plus dans le folklore breton, ni dans la variété des débuts. Portée sans doute par sa maternité récente, la chanteuse se tourne vers davantage de gravité et sa voix, toujours aussi juste et unique, y trouve matière aux plus belles envolées. Libre.

Afin de permettre aux festivaliers de vivre à fond la présence exceptionnelle de la France en finale du Mondial de Foot, les organisateurs avaient eu la bonne idée d’ouvrir les portes de Saint-Jean d’ Acre en milieu d’après-midi à tous ceux qui avaient leurs billets pour le soir. Inutile de revenir sur l’ambiance dans les grandins. Dans cette fan zone inédite et improvisée, la liesse s’est levée (pour paraphraser Ben Mazué), les cris et les applaudissements, ont résonné comme dans tous les recoins de la ville où des écrans de télévision retransmettaient le match des bleus. Mais en beaucoup plus fort. Une édition exceptionnelle, c’est le mot!

Serge Gainsbourg aurait eu quatre-vingt dix ans cette année. Le temps s’est figé avec sa disparition en 1991 mais l’ homme du « Poinçonneur des Lilas » était bien né en avril 1928.  Celle qui fut sa femme et sa principale inspiratrice, son interprète fétiche, a décidé de reprendre la scène après des années compliquées par la maladie. Jane Birkin interprète Gainsbourg depuis trente ans. Avec la complicité de Philippe Lerichomme, son directeur musical, elle a choisi les titres auxquels elle avait envie de donner une nouvelle parure. Un jour, elle a rappelé combien le compositeur s’inspirait de la musique classique, qu’il adorait au delà de tout, ayant souvent rêvé que ses propres textes soient portés par un écrin symphonique. Les Francofolies de La Rochelle avaient exaucé cette envie en 2016. Celles de La Rochelle ont poursuivi cette année. Le résultat est d’une beauté époustouflante, entre paroles célébrissimes, partitions du grand Gainsbourg, envolées entre Messian et souffles jazz. 

Boucler l’édition des Francos par cet hommage éclatant, porté par la douce Jane Birkin, était aussi refermer le livre avec émotions, juste avant le passage de Brigitte, élégant duo qui en 2015 déjà, puis en 2016, a toujours imprégné de sa douceur le public rochelais. MC Solaar a été le dernier de cette longue série d’artistes à fouler la grande scène. Plus de vingt cinq ans après sa dernière venue, des années après son dernier album, ses rares prestations étant réservées au spectacle des « Restos », l’interprète de « Bouge de là », ancien porte étendard du hip hop hexagonal, n’a rien perdu de sa fougue. « Géopoétique », son huitième album studio, est sorti en novembre dernier avec près de vingt titres uppercut, dont MC Solaar a signé la quasi totalité des paroles. La tournée est lancée et met le feu d’entrée de jeu. « Caroline » est porté par une foule qui connait toutes les paroles et provoque des hurlements  enthousiastes. Le chanteur se moque des affres de l’âge et se montre d’une énergie solaire. L’ultime page des Francos 2018 s’est refermée aux accords de ce porteur de joie. Une magnifique édition superbement reliée.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

LA NUIT DE L’ERDRE 2018: Avec Triggerfinger, les flamands osent

Enorme dose de rock et d’élégance sur la scène de « la Nuit de l’Erdre ». Les belges de Triggerfinger jouent comme personne. Rencontre avec un trio unique.

D’ordinaire, il n’est jamais fait mention des à-côtés d’un rendez-vous, de ce qui précède une interview ou entoure une séance photos. Mais là, ce serait passer sous silence la grande classe de ce groupe pas comme les autres, sur scène comme en dehors. Par le hasard d’une mauvaise rencontre avec le jet d’eau non maîtrisé d’un vigile (qui pensait qu’arroser la foule en cette journée caniculaire serait cadeau mais qui a d’abord visé ailleurs et mal), c’est en mode tête sortie de douche et carnet de notes détrempé qu’a eu lieu l’interview calée depuis plusieurs jours avec les trois membres de Triggerfinger. Avec un groupe plus roots, la situation aurait pu être cocasse mais face à ceux là, qui placent l’élégance à même niveau que leur jeu de scène, on se dit que la vie s’amuse parfois à vérifier votre dose d’humour. 

Une petite vingtaine de minutes après avoir emporté tout le public de La Nuit de l’Erdre, les belges débarquent bouteille de champagne et coupes à la main. Souriants et toujours aussi élégants. Seul Mario Goosens, le bassiste, a troqué son costume contre un tee shirt salvateur après avoir joué une bonne heure sous 37 degrés. Monsieur Paul, le batteur, persiste à garder son veston bien fermé sur sa chemise et sa cravate mais on voit qu’il a tout donné derrière ses drums. « J’attends un peu, ça va redescendre doucement et progressivement », explique t’il dans un large sourire. Quant à Ruben Block, chanteur et guitariste, impressionnant dans sa chemise blanche aussi stylée que ses boots rouges à paillettes (« Il faut bien s’amuser! Je les ai trouvées chez un créateur bruxellois. Je vous donnerai l’adresse si vous voulez, il y a des modèles pour femmes incroyables. »), on se demande comment il fait après ce set d’une énergie exceptionnelle. Ignorant la mise improbable de leur vis à vis, passant surtout au delà de la fatigue post scène, le trio est au petit soin, disponible, drôle, passionné. A ces Belges là, on aurait volontiers accordé la Coupe du Monde… quand eux vous proposent une coupe de champagne.

Vingt ans déjà que le Triggerfinger s’est formé dans les confins d’ Anvers. En 2004 sort le premier opus éponyme mais c’est en 2012, avec la reprise d’ « I follow Rivers » de Lykke Li, que la déferlante se met véritablement en marche: sur scène, le trio n’a pas son pareil pour livrer des concerts d’anthologie. Le succès est fulgurant en Belgique puis traverse les frontières. Les Pays Bas, l’ Allemagne, la France ne comptent plus leurs fans.

Il y a huit ans, le trio s’était rapproché de Greg Gordon, le producteur d’ Oasis et Slayer notamment, et avait enregistré son troisième album sous sa direction, à Los Angeles. Bingo! « All this dancin’ around » a été certifié double disque de platine et les concerts à guichets fermés se sont enchainés sur les plus grandes scènes d’Europe comme dans la plupart des festivals.  C’est aussi après cet album que Triggerfinger a été sacré (en 2011) « meilleur groupe de l’année », aux Industry Music Awards, Mario Goosens décrochant le prix du « meilleur musicien », catégorie dans laquelle Ruben Block était également nominé. 

Pour ce cinquième opus studio, le groupe s’est associé le talent de Mitchell Froom. Le musicien, ingénieur du son et producteur américain que l’on ne présente plus (Mc Cartney, Pearl Jam, Suzanne Vega, The Corrs, entre autres) a eu envie de repousser les limites, de laisser toutes les envies s’exprimer. « Colossus » recense donc des titres où jouent deux basses mais aucune guitare. Des claviers, du sac ont également fait leur apparition. « Jusqu’à présent, on composait en se demandant si les morceaux seraient jouables à l’identique sur scène. Cette fois, on a écrit dans une totale spontanéité, sans arrière pensée, ce qui nous a forcément entraîné vers d’autres chemins », commente Ruben Block. « Travailler avec une personnalité aussi riche que Mitchell From était un aiguillon car on le considère un peu comme une idole alors on n’avait pas envie de le décevoir. Du coup, comme nous avons enfin fini d’aménager notre propre studio, nous avons pu travailler encore davantage et on est heureux de cet album et des dix titres qu’il contient. »

Manifestement, leur interprétation (qui bénéficiait de la présence d’un second guitariste sur scène) n’a pas posé de problèmes si l’on en juge par la manière dont les morceaux sonnaient ce 3 juillet. Réunissant l’énergie d’un Chuck Berry, le punch de Lemmy Kilmister, Triggerfinger met tout le monde d’accord. Ca envoie et c’est parfaitement maîtrisé, aussi bien dans les chansons les plus longues (certains titres approchent les huit minutes) que dans les plus courtes. 

En 2015, sous la Valley, le trio avait laissé un souvenir ineffaçable au public du Hellfest. Avec cet album puissant, empruntant des voies plus extrêmes et pointues, on se dit qu’il serait temps de les voir revenir du côté de Clisson. Ben Barbaud, il y a des Belges qui méritent leur revanche. Di’ici là, on aura eu le temps d’un aller retour à Bruxelles pour découvrir cette caverne incroyable où trônent plein d’autres petites paires de bottines rouges à paillettes.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Festival « La Nuit de l’Erdre »: Faire aussi fort pour les 21 ans sera le défi!

La vingtième édition de La Nuit de l’Erdre (à Nort-sur-Erdre, en Loire-Atlantique) fera date. D’abord parce que pour célébrer ses vingt ans, le festival s’est doté d’une journée supplémentaire. Ensuite parce que la fréquentation quotidienne a battu des records. Enfin, parce que la météo, exceptionnellement ensoleillée et chaude, a entraîné vers les stands un public aussi enthousiaste qu’assoiffé. Cela peut sembler anecdotique mais dans le budget global, c’est aussi un élément porteur. 

L’ équipe du festival avait toujours assuré que pour célébrer sa seconde décennie, elle frapperait fort. Prendre le pari d’une journée supplémentaire le vendredi semblait audacieux mais les échos des années précédentes rendaient optimistes, les grosses manifestations du genre s’étalant toutes sur trois jours. « Monter les structures, disposer de ces deux scènes de format différent mais idéal, n’offrait pas de surcoût impossible avec ce rajout du vendredi. C’était si frustrant cette énergie déployée pour seulement deux jours. Par ailleurs, des festivaliers qui venaient de loin et s’installaient au camping, regrettaient qu’ici, les festivités ne durent que le temps d’un week-end. Alors on s’est dit que c’ était l’année parfaite pour se lancer, » commente    co-programmateur de La Nuit. « Je ne veux pas répondre pour l’équipe dirigeante mais je pense que cette durée sera effectivement reconduite à l’avenir. Il y a une vraie cohérence à tout ça. »

Pas encore habitués à ce nouveau rythme ou n’ayant tout simplement pas encore bouclé journée de travail ou installation de la Queshua, les festivaliers manquaient un peu à l’appel lorsqu’Asaf Avidan, en formation solo, a ouvert l’édition sur la grande scène à 18 heures. Vision un peu triste que ce public franchement clairsemé devant cet artiste exceptionnel dont les concerts sont assez rares dans la région. Mais l’israélien, dont la voix rauque et haute a conquis le monde, a fait contre petite foule bon choeur, enchaîné les titres avec un bel enthousiasme et eu des échanges chaleureux avec le public. 

Catherine Ringer.

Pour applaudir Catherine Ringer, la voix des Rita Mitsouko (pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore!), le public était nettement plus étoffé. Il y a six ans, Catherine Ringer était déjà passée par Nort-sur-Erdre. Elle est en tournée cette fois avec « Chroniques et Fantaisies », un dernier album dont les morceaux laissent place à toute la fougue de leur interprète. 

Prenant la guitare ou la trompette, de plus en plus dansante au fil du spectacle, complice avec ses musiciens, la pétillante sexagénaire a choisi le voile de la fête et du rire plutôt que la complaisance et le désespoir. Onze ans après la disparition de Fred Chichin, son mari, le père de ses enfants mais aussi celui l’autre pilier des Rita Mitsouko, l’auteur-compositrice-interprète dégage toujours la  même énergie un peu folle. Elle a sans doute tangué mais n’a jamais voulu chavirer. En tout cas, pas devant le public. Avec son interprétation d’abord très théâtrale puis de plus en plus légère et musicale, elle entraîne chacun dans son univers indescriptible. Et on se laisse emporter en douceur, avec un plaisir aux confins de l’émotion et de la joie.

Changement de scène et ambiance radicalement différente avec Ultra Vomit. Qu’on ne s’y trompe pas : ces quatre là peuvent paraître bien barrés, ils n’en sont pas moins de redoutables musiciens, qui jouent la carte du gag et des plus gros délires en s’appuyant sur des partitions et un jeu des plus maîtrisés. « Panzer Surprise » est sans conteste l’un des albums du genre, le heavy metal parodique, le mieux produit et le plus réussi de ces derniers mois. Et les nantais n’ont pas leur pareil pour mettre l’ambiance. 

En ce premier jour de festival, les riverains venus en curieux et ceux qui n’étaient pas habitués aux décibels puissants, ont parfois trouvé que c’était « fort » (en même temps, on parle de metal pas d’une « petite musique de nuit » au clavecin), ont appris à faire les cornes avec les mains (pas toujours facile!) mais tous ont trouvé ce concert d’un enthousiasme et d’un délire contagieux.

The Hives.

Continuant dans le « déjanté » de talent, la Nuit de l’ Erdre avait convié ce même soir les suédois de The Hives. Très élégants dans leurs costumes blanc et noir, faisant le show avec une maestria sans fissures, les frères Almqvist et leurs acolytes ne passent jamais inaperçus. Eux aussi étaient déjà passés par Nort-sur-Erdre et avaient marqué par leur grande proximité avec le public. The Hives est en tournée alors les retrouver pour cette édition anniversaire était une évidence.

The Hives.

Maitrisant parfaitement notre langue, le frontman multiplie les échanges à coups de « Mesdames et Messieurs » pour inviter le public à se lâcher. Et forcément, ça marche! Les suédois savent depuis bientôt vingt cinq ans comment s’assurer la participation des spectateurs. Montés sur ressort, jouant à la perfection leur « garage punk », les cinq musiciens ont fait danser avec bonne humeur.

Pour clore cette « première troisième journée » de festival, Gaume, son univers electro mâtiné de jazz et de pop, ses mélanges d’influence qui laissent transparaître ses nombreux séjours en Australie, ses talents de guitaristes rock et sa formation au conservatoire pour piano, a prouvé que la France recelait de talents nouveaux dans le domaine. 

Preuve supplémentaire de la richesse de ce gibier hexagonal avec Justice, autrement dit Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, qui lui ont succédé. Comme Gaume, le tandem repousse les frontières pour mieux entremêler les genres. Disco, pop, et même quelques détours par le metal, Justice a déjà de nombreux tubes au compteur et gagné ses galons de « têtes d’affiche ». Le show est hallucinant et inventif, appuyé par des lumières ultra peaufinées. A 2h30 quand a sonné la fin du set, le public de couche tard aurait bien prolongé encore.

« Breakfast in America » comme « Logical Song » ou « Goodbye stranger » ont marqué la mémoire de millions de fans à travers le monde qui ne se sont toujours pas remis de la fin de Supertramp, groupe fétiche des années 70-80. Alors forcément, en ouvrant le samedi sur ces airs là, la Nuit de l’ Erdre s’assurait du succès. Si dans le monde des groupes de covers, il y a de tout, du bon comme du reste, il faut reconnaître que les nantais de « Tramp Experience » font le job avec talent. Les voix sont là, les accords aussi. De quoi se laisser prendre et accompagner à tue tête ces refrains qui n’ont pas pris une ride.

Thérapie Taxi.

Porté par l’enthousiasme tonitruant d’une foule en liesse après la victoire des Bleus en demi-finale du Mondial, Thérapie TAXI a de toutes évidences bénéficié de ce climat surexcité et joyeux. Flirtant du côté de l’électro et du rock, leur pop la joue décomplexée mais le jeu de scène est à l’inverse très convenu, avec des exubérances inutiles et une chanteuse qui minaude trop pour rendre ses mots bien audibles. Ils sont de tous les festivals et leur public ne cesse de grossir mais Thérapie TAXI aurait certainement à gagner en adoptant une autre posture.

Jahneration.

Superbe découverte en revanche que le duo Jahneration ! Les deux parisiens avaient bâti leur réputation à coups de vidéos largement partagées sur internet alors qu’ils poursuivaient leurs études. Dix ans, un EP et un premier album plus tard, ils écument désormais les scènes avec une générosité et une énergie totalement bluffantes. Dans leurs titres conjuguant le reggae et le hip hop, le flow est impeccable, la voix de Théo et le phrasé un peu plus accentué d’ Ogach se complètent parfaitement. Malgré des températures caniculaires en ce milieu de journée, la grande foule était massée devant eux et sautait à tout va. Dynamiques et souriants, très créatifs, ces deux là devraient vite devenir des porte étendards du nouveau reggae français aux rythmiques contagieuses..

Avec son rock empreintant aussi bien les chemins de la sensualité douce que des déluges puissants, la britannique (Nathalie) Findlay a eu la malchance de jouer avant Orelsan, celui que tout le monde attendait. Le set était riche de sons nouveaux et entraînait vers des chemins inhabituels mais affirmer qu’elle a bénéficié de toute l’attention escomptée serait mentir. Au fur et à mesure, des cohortes de spectateurs ont décroché et migré pour être au plus près du rappeur le plus récompensé de l’année. La dure loi des festivals où la liste de concerts oblige parfois à choisir…

Orelsan.

Et donc « il » est arrivé. Devant une fosse ultra pleine (la journée était sold out depuis longtemps, sa présence y était certainement pour quelque chose), Orelsan, son coupe-vent et ses paroles upercut, son débit impressionnant qui rendrait jaloux un magnéto ont débarqué sous un tonnerre de cris euphoriques. 

Orelsan.

« La fête est finie », le troisième opus du normand, bat tous les records. « San » est sur toutes les lèvres et connu plus que par coeur. Les autres titres, les plus anciens comme les derniers, également. Le public a beau être conquis d’ avance, il n’en est pas moins bouche bée devant cet artiste qui semble n’avoir peur de rien, qui taille sa route en faisant fi des haters et de tous ceux qui voudraient laisser les vieilles casseroles faire du bruit pour l’ éternité. 

Avec son indissociable Skread, à qui il doit la patine de ses titres, Orelsan passe de l’ entrain joueur à des moments riches d’émotion. « Notes pour trop tard » laisse la Nuit de l’ Erdre bouleversée mais l’artiste n’entend pas partir sur une note triste, « La Terre est ronde » mais aussi « Basique » notamment, laisseront le public repartir dans le souvenir de ce qui sera l’un des grands moments de l’édition.

Chinese Man.

Après avoir beaucoup tourné cet hiver (à lire aussi « Chinese Man, libres voyageurs »), le dernier album de Chinese Man, « Shikantaza », le porte désormais vers les festivals. L’horaire est forcément tardif pour ne rien laisser échapper des images et des projections ininterrompues accompagnant le concert. 

Chinese Man.

On compare souvent Chinese Man à Gorillaz. Un peu trop rapidement peut être car si les britanniques ont mis derrière leur rock une imagerie proche des Mangas, les français ont développé un univers personnel mais aux messages universels. Les rappeurs sont  impeccables, les DJ’s scratchent sur des rythmes improbables, le tout est ultra soigné. Classé « musiques urbaines », « Shikantaza » s’offre un détour vers des sentiers orientaux, invite à la prise de conscience du monde qui nous entoure tout en incitant au lâcher prise intermittent. Une quinzaine d’années après sa formation, Chinese Man n’a sans doute jamais été aussi efficace.

Alt-J.

Alt-J continue d’attirer les curieux, ceux qui n’ont encore jamais eu la chance de les voir en concert. (Dans la pénombre de leur scène, Orelsan a ainsi profité des quelques minutes  avant le départ de son tourbus pour écouter les britanniques). Qualifiée de « pop alternative »avec des accents folks, la musique d’ Alt J se veut comme une expérience sensorielle où les voix auraient des vertus quasi hypnotiques, renforcées par un jeu de lumières totalement magnétiques. Visuellement aussi, c’est magnifique.

Nova Twins.

Nova Twins a eu le redoutable honneur de boucler la soirée de samedi. Après tous les mastodontes qui précédaient le duo anglais, il faut bien reconnaitre que la mission était ardue. Sans parler de l’horaire de leur prestation : de 1h30 à 2h30. Mais les deux jeunes femmes ne se sont pas laissées abattre et ont envoyé sans se ménager des riffs accrocheurs entre rock, punk et hip hop. Un duo à retenir assurément. 

Les joyeux drilles de Steve ‘N’ Seagulls jouent avec les classiques du rock et du metal. Led Zep, AC/DC ou Metallica, rien ne leur fait peur… bien au contraire ! A l’ aise dans leurs salopettes en jean et tenues du dernier chic fermier, les cinq finlandais sillonnent les routes d’ Europe depuis trois ans et la sortie de leur premier album. Trois ans donc et trois années plus tard, le loufoque bluegrass scandinave est toujours autant plébiscité. Bien vu pour lancer, juste après Solar Project et ses mélopées soul-funk, l’ultime journée de festival.

Bernard Lavilliers.

Bernard Lavilliers est depuis cinquante ans l’une des personnalités emblématiques de la chanson française et le temps ne semble pas avoir prise sur lui. Ok, le musicien a peut-être cet après midi là un peu forcé sur le teint et le blush mais à 72 ans,  après vingt et un albums dont la majeure partie ont été d’énormes cartons, alors qu’il tient la scène avec une forme impressionnante, peut-on lui faire grief de vouloir présenter beau devant son public ? Le pantalon est toujours de cuir, le sourire charmeur et la voix aussi assurée que la guitare portée en bandoulière. 

Bernard Lavilliers.

Avec « Cinq minutes au paradis », ce grand voyageur, définitivement libre et insoumis, invite à un nouveau parcours, plus engagé, plus contrasté mais toujours porté par l’espoir et la foi en l’homme. Les percussions claquent, les cuivres prennent toutes leurs places sans rien voler aux cordes. Quand le temps abîme, Bernard Lavilliers semble être imperméable aux changements. Le grain de voix a toujours cette profondeur et ces couleurs qui signent celui qui a bourlingué. Le public qui connaissait forcément les morceaux cultes par coeur est reparti assez ébahi par la performance de cet artiste là, pas même gêné quand le vent a décidé de jouer les sonorisations contraires. Il en faut sans doute beaucoup plus pour déstabiliser le grand Lavilliers.

TriggerFinger.

Les belges de Triggerfinger soufflent eux aussi leurs vingt ans. En deux décennies, les anversois ont largement démontré qu’il y avait presque deux couleurs à leurs titres : la version studio et la version live. Sur scène, le trio (renforcé pour cette tournée par un second guitariste) livre des concerts d’anthologie, puissants, survoltés et à la musicalité brillante. Couverts de prix, Ruben Block (chanteur guitariste), Mario Goossens (batteur) et Paul van Bruystegem (bassiste) ne s’économisent jamais mais réussissent à mêler puissance et grande élégance (voir article « Avec Triggerfinger, les flamands osent » ). Ils ont changé de maison de disques, se sont associés les talents d’un nouveau producteur et ingénieur du son américain et ça génère une énergie encore plus forte. C’est vraiment un groupe que l’on rêve de revoir très vite.

Vianney.

Il a débarqué voila trois ans et demi, porté par son désormais célébrissime tube « Pas Là ». Vianney n’a jamais cessé de tailler sa route depuis, avec sa seule guitare pour complice. « Dumbo », « Moi aimer toi », « Veronica », « Labello », les succès se sont additionnés, les récompenses aussi (Victoire de la Musique catégorie « artiste interprète de l’année » en 2016, Victoire de la Musique catégorie « Chanson originale de l’année » en 2017 pour « Je m’en vais », entre autres). Il s’est aussi aventuré sur la voie des duos. On retiendra le très joli « Les filles d’aujourd’hui » avec Joyce Jonathan et les très estival « La même » avec Maître Gims, dont il a co-écrit paroles et musiques avec l’homme aux lunettes glacier. Et il a pas mal oeuvré pour les autres, de Pomme à Julien Clerc en passant par Céline Dion ou Kenji Girac. Autant d’expériences qui lui ont donné la force de l’audace, l’envie de bousculer la timidité de ses débuts.

C’est désormais un Vianney très assuré, arpentant la scène en chemise immaculée et jean impeccable, déployant l’énergie du marathonien, sautant, souriant et volontiers blagueur, qui fait le show. Les jeunes filles qui l’attendaient depuis des heures, accrochées à la barrière face à lui, n’en ont pas perdu une miette, se mettant à l’unisson de leur idole… et puis se laissant gagner par l’émotion lorsque le set s’est achevé.

Après plus de 250 concerts à son compteur, Vianney va prendre à partir de ce mois d’août le temps d’une pause. Il s’est essayé au cinéma (laissant filtrer des images de tournages avec Fanny Ardant) mais on ignore encore la date de sortie de son troisième album. Mais évidemment, il n’a pas fini de faire parler de lui.

Petit Biscuit.

L’entourage de Bernard Lavilliers avait demandé aux photographes de ne pas faire de gros plan. Ceux de Petit Biscuit également. Pour ne pas mettre en évidence un « impact temps » opposé, on peut le présumer… Après avoir eu quelques soucis techniques décalant son entrée en scène, le jeune prodige de la scène électro a enfin pu être ovationné par ses fans (de son âge pour la plupart) venus en masse. 

A 18 ans, le rouennais n’a sorti qu’un EP et un album, « Presence », mais son mix house-techno a visé si juste qu’il a décidé de créer son propre label, histoire de décider l’indépendance tous horizons. Derrière les platines ou prenant la guitare, Petit Biscuit est à l’aise. Un peu plus de sourires, davantage d’échanges avec le public, un peu de recul même sans doute seraient pourtant les bienvenus. Prendre de la hauteur est bien. Savoir ne pas partir trop loin est salutaire souvent.

Il y a huit ans, Shaka Ponk avait effectué un premier tour par la Nuit de l’ Erdre et laissé un souvenir impérissable. Les retrouver en clôture de cette vingtième édition a permis de voir combien ces six là sont devenus des figures de proue de l’ electro-rock français : imagerie géante, costumes de scène, lumières explosives, tribulations entre scène et fosse, tout est monté en puissance. 

Plus fougueux que jamais malgré des « accidents de travail » douloureux (une jambe mise à mal après un slam dans le Nord, épaule et ligaments touchés en raison d’une chute, toujours pendant un slam, lors du dernier Zénith de Paris), protégé (il le croit, en tout cas) par des genouillères, Frah n’a jamais été aussi bondissant. La sculpturale Sam s’impose encore davantage et son énergie impressionne autant que celle de ses petits camarades derrière, CC à la guitare, Steve aux claviers, Mandris, à la basse et Ion à la batterie. Goz, le singe emblématique, est lui aussi de la fête. Décliné en images XXL ou bataillant avec Ion. Pas jaloux, la bestiole a concédé de la place pour d’autres batailles virtuelles avec Bowie, Lemmy Kilmister ou Prince.

En tournée avec leur dernier opus, « The Evol », sorti l’an dernier, les Shaka sont de toutes les scènes, de tous les festivals. « I‘m picky » et « Palabra mi amor » sont autant plébiscités que « Party » ou « Twisted Mind ». Leur reprise de Nirvana, « Smells like teen spirit », déclenche elle aussi des hurlements et leur proximité avec le public n’a pas son équivalent. 

Quelques minutes après la fin de leur concert, le Festival avait annoncé une « surprise ». Message mal passé manifestement car les festivaliers se pressaient presque tous vers la sortie quand le président de la Nuit de l’Erdre est apparu sur scène accompagné de bénévoles… et d’un gâteau géant surplombé de bougies. Le discours a été chaleureux et rapide mais il aurait été plus opportun, si vraiment il fallait ce moment officiel, de le glisser plus tôt dans la journée. Les participants auraient chanté avec plaisir pour souhaiter bon anniversaire à la Nuit et n’auraient pas imaginé que « surprise » rimerait avec « invité surprise », comme beaucoup de ceux qui avaient patienté malgré l’heure tardive. 

C’est sans doute le rare (petit) bémol à apporter à ces vingts ans, avec quelques problèmes de cashless, la dématérialisation ayant parfois fait disparaitre le « porte monnaie » en changeant de journée. Les stands de restauration ont également été pris d’assaut et le dimanche soir, il était parfois compliqué de trouver de quoi satisfaire ses envies. Mais c’est la rançon du succès. La faute à la chaleur aussi (le thermomètre est grimpé chaque jour aux environs de 35 degrés), faire une pause nourriture ou boisson permettant aux organismes de se refaire. 45.000 festivaliers ont répondu présents. La jauge maximale était fixée à 54.000. Un nouveau défi à relever pour l’an prochain !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Download Festival France: Mass Hysteria, la fête avec débauche d’accessoires!

Ils avaient réussi l’impossible (ou presque) en créant le moment le plus fort du premier jour du premier Download français en 2016 et  provoqué une émotion d’une force incomparable devant la foule des grands soirs alors que l’horloge sonnait à peine le milieu de journée… Il était donc sans doute logique de les retrouver parmi les têtes d’affiche de cette troisième édition. Alors Mass Hysteria a sorti leur grand jeu et pas mégoté sur les accessoires. Mais quand « Furia » rime trop avec carioca, il y a une « somme de détails » qui nous éloigne de l’essence même du groupe. Parfois, trop fait réellement « Plus que du metal ». Mais c’est trop.

Ce n’est pas pour jouer les critiques à petits bras mais il est incontestable ici que Mass Hysteria fait partie des groupes français que nous adorons. « Matière Noire », le dernier opus en date, est une réussite absolue, porteur d’arrangements encore plus puissants et bénéficiant d’une production remarquable. En étant des deux versants de l’aventure, guitariste d’une côté, producteur de l’autre, Fred Duquesne a réussi la manoeuvre avec maestria. De quoi rendre impatient d’entendre le prochain album, en cours d’enregistrement. 

La tournée qui avait suivi, débuté dans le chaos des attentats, n’avait connu que des temps forts et des salles pleines à craquer, tous les festivals (du Hellfest au Download, en passant par ceux qui ne sont a priori pas franchement metal comme le Main Square ou Garorock) s’arrachant le groupe français qui après plus de vingt cinq ans de carrière semble au sommet de son art. On les a vus, revus et c’était toujours avec le même enthousiasme. Ces cinq là semblaient tellement forts que Mass Hysteria en devenait presque inoxydable.

Après des centaines de dates, la tournée s’est logiquement arrêtée pour laisser place à la création et à l’écriture de l’album suivant. Pas facile quand on a connu autant de succès avec le précédent mais Mouss, le frontman, semblait déjà porteur d’idées. De quoi rassurer, lui qui avait dû affronter des tempêtes personnelles avant de réussir à boucler les textes de « Matière Noire ».

On ne pensait donc pas les revoir avant l’automne 2018… Jusqu’à ce que Live Nation via les programmateurs du Download, leur propose un ultime tour de piste. Rien qui sonne façon enterrement de tournée mais plutôt comme une feria, une fête majuscule pour boucler la boucle, remiser définitivement le « Matière Noire » Tour et laisser place nette pour la suite.

Défi relevé par le groupe qui y a vu une aubaine et une forme de consécration puisqu’il était programmé en tête d’affiche du dimanche soir. Défi évidemment tout aussi apprécié par Veryshow, le producteur de la tournée, qui partageait cet enthousiasme.

Alors c’est ici que commence l’écho trouble-fête. Volonté du groupe ou de l’encadrement, une chose est sûre, il n’a manqué aucun artifice. Dans la petite boutique du « Sens de la Fête », on avait puisé dans tous les rayons. Lorsque l’immense drap (avec le logo XXL du groupe) occultant la scène est tombé, le public (dense et ultra motivé) a découvert un énorme tambour au centre de la Main Stage . Aux côtés des musiciens, des hommes en noir, taillés comme des armoires à glace, visage dissimulé dans des cagoules toutes aussi noires, jetaient l’ effroi. Et puis il y a eu encore les pom-pom girls à l’américaine (dont on doit saluer cela dit l’extrême précision et l’incontestable talent). Sans oublier pour finir en apothéose de couleurs, des danseuses brésiliennes pro de la samba et une pluie sans fin de cotillons métalliques.  Et là on se dit, « il devait y avoir des soldes. Pourquoi ils ont tout pris ? »

Bien sûr, ça a plu aux familles, aux spectateurs qui ne les connaissaient pas et ont sans doute prêté plus attention au show qu’aux paroles pourtant précises et acérées, à tous ceux qui aiment le cabaret des grands soirs. Mais quand on connaît la rage du groupe, son côté révolté, ses envies de ne rien lâcher, la force de « L’enfer des Dieux », de « Vae Soli » ou de « Furia », on ne peut que regretter de voir le message dilué dans tous ces artifices. L’énergie était là, les cinq musiciens ont mouillé la chemise et manifestement adoré ce moment. Mais une fois n’est pas coutume, une partie de leurs fidèles est restée sur sa faim.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Download Festival France: Crossfaith, l’inclassable crossover à la nippone

Ils ne s’interdisent rien et repoussent les frontières pour ne pas choisir et être cantonnés dans un genre bien trop étroit pour l’imagination débridée de leurs partitions : les cinq musiciens de Crossfaith, l’un des meilleurs groupes actuels de la scène japonaise, ont du talent et aucun continent ne semble pouvoir résister à leur énergie explosive. Rock, pop, metalcore, electro, hip hop ou bien encore techno, leur musique a l’inspiration plurielle.

Dans leurs pays, ils sont de véritables stars et remplissent des salles XXL. En Europe, la conquête a débuté voilà quelques années par des petites salles (on se souvient de leur prestation impressionnante au Ferrailleur, à Nantes, en Novembre 2014) et les rangs de leurs fans n’ont jamais cessé de croitre depuis. Après le Hellfest voilà quatre ans, c’ est désormais sur la MainStage du Download qu’ils étaient attendus. Et ils n’ont pas fait semblant !

« Ambianceurs » de talent, il suffira de quelques minutes au groupe pour faire bouger la foule qui attendait avec impatience. Après l’arrivée de Téru, le claviériste, qui a pris un plaisir manifeste à chauffer la foule depuis le bord de scène, vite rejoint par Tatsu, le batteur, Hiro, l’excellent bassiste aux cheveux azur et Kasuki, le guitariste roux, il ne restait plus à Kenta, le frontman, qu’à lâcher ses premiers « Est- ce que vous êtes prêts? » pour que pogos et Wall of Death se mettent en action! 

Petit couac dans cette partition super huilée, la voix du chanteur parait rapidement en difficulté. Si le scream s’en sort à peu près bien, la voix claire fait se succéder les fausses notes, impossibles à ne pas déceler malgré le renfort opportun de Téru sur plusieurs titres. (On apprendra par un communiqué du groupe le lendemain, que le chanteur est souffrant depuis quelques jours et que plusieurs dates ont du être annulées, une angine rendant toute prestation impossible).

Mais Crossfaith est trop professionnel et rodé à la scène pour que l’énergie ne fasse pas table rase des difficultés et s’efforce d’offrir malgré tout le meilleur concert possible. Le chanteur multiplie les injonctions, suggère des circle pit, des slams, dans une ambiance enjouée. Quand retentira la très réussie reprise de « Omen » de Prodigy, le public exulte et c’est dans un immense éclat de rire qu’il obéira sagement ensuite quand il sera demandé que tout le monde s’assoie puis saute le plus haut possible pour accompagner « Jägerbomb ».

En sept titres et quarante minutes d’un set où la demi mesure n’a jamais eu sa place, le groupe  a rallié à sa cause tous ceux qui ne les connaissaient pas. Les autres, convaincus depuis longtemps, ont retenu les dernières paroles du groupe : un cinquième album est attendu prochainement et une tournée européenne devrait être calée dans la foulée. Le soleil n’a pas fini de se lever pour Crossfaith.

M.M.

Crédit photos // Sophie BRANDET.