« Panzer Surprise » : Ultra Vomit collectionne les standards !

Ça a des allures de pyjama party à la pépère, col chemise, rayures et boutonnage, voire même robe de chambre pour certain, malgré la chaleur étouffante qui règne dans le Ferrailleur. Pour les 10 ans de la salle nantaise, les quatre énergumènes d’ Ultra Vomit avaient promis « un show spécial très spécial », ils l’ont fait! Après un récent passage par Stéréolux et un Alhambra sold out, la date pouvait avoir des allures de show case, ils ont pourtant joué le jeu à fond. Un anniversaire quelques jours après la sortie de leur nouvel album, la fête ne pouvait qu’être belle. A la hauteur de ce « Panzer Surprise » magnifiquement produit.

Pour ceux qui ne les connaissent pas encore, gaffe à ne pas tomber dans le piège : Fetus, Manard, Flockos et Matthieu Bausson sont d’incontestables rois de la vanne, prêts à migrer vers un look capillaire de premier communiant (on y croit !) pour une parodie encore plus délirante mais ce sont avant tout des musiciens top niveau. Et c’est cette incroyable alliance de riffs bien envoyés et de paroles quinzième degré qui crée l’ alchimie et met tout le monde d’accord. Neuf ans après «Objectif Thunes» qui avait véritablement entériné leur personnalité, Ultra Vomit frappe plus fort encore avec un nouvel opus où les parodies, ADN du groupe, sont encore plus abouties.

« Ce n’était pourtant pas gagné », raconte Manard, le batteur. « On était tellement heureux des retours d’ « Objectif Thunes », la tournée avait été si belle qu’ on ne voyait pas trop comment enchaîner sans risquer le « moins bien ». Les gens nous attendaient au tournant alors on a préféré se donner du temps. Les mois ont filé, je suis parti quatre ans à Montpellier, Nicolas jouait avec Andreas, et puis Rage Tour, notre tourneur, nous a dit avoir encore des demandes de dates. On en a fait une dizaine, Matthieu est arrivé à la place de notre ancien bassiste, parti rejoindre Black Bomb A et tous ces évènements nous ont redonné un coup de fouet. On a repris notre  cahier à idées, de nouvelles vannes ont fusé, des envies de les jouer « à la façon de… » ont suivi et « Panzer surprise » s’est mis sur les rails. Avec le recul, je pense que ce temps de maturation était nécessaire.»

Le producteur du précédent album pris par d’autres projets, c’est vers Fred Duquesne que les nantais se sont tournés pour enregistrer « Un pote nous a dit, « Fred, c’est le meilleur ! » Du coup, on a foncé. On savait son niveau de jeu avec des groupes comme Watcha ou Mass Hysteria, c’est un putain de guitariste. On savait aussi ce qui sortait de son studio, la puissance qu’il pouvait donner à un morceau… et on n’a pas été déçu. Fred a sa formule, cette expérience qui lui permet de savoir exactement où il va. Du coup, on a eu le son recherché. Son savoir faire était une sécurité. On a bien eu quelques débats mais c’est toujours le mieux qui l’a emporté. Et puis c’est un mec généreux. Il a vu que nos chansons pouvaient ne faire qu’une grosse minute, le degré d’exigence était identique à un titre cinq fois plus long. Alors il nous a rajouté des journées supplémentaires dans son studio et on a eu cet album qui nous rend vachement heureux. »

Il aura suffi de quelques jours pour que certains titres se fassent déjà connaitre. Comme « Calojira » (génialissime « Face à la Mer » de Calogero revisité par Gojira), « Kammthaar » (où Fetus, imitateur décidément très doué, ferait pâlir d’envie le timbre de Till Lindemann, le leader de Rammstein) ou «Evier Metal», sorte d’Iron Maiden vantant des instants purement domestiques. « Je suis le petit père metal du groupe », poursuit Manard. « Je voulais reprendre Gojira depuis le début. Même chose pour nos amis allemands mais Lindemann a un organe… euh, comment dire.. un bel organe alors il ne fallait pas se louper. Fétus imitant avec une facilité déconcertante tous ceux qu’il croise, on s’est dit qu’il pouvait le tenter. C’est tellement réussi qu’on regretterait presque de ne pas y avoir pensé plus tôt. Le clip est tourné. Sortie officielle le 31 Mai. »

«  Pour « Evier Metal », l’histoire est à épisodes. Je jouais dans un groupe de heavy avec Andreas (l’autre complice de Nicolas). Sur un pupitre, il y avait des paroles du genre « In the middle of the night ». On a déliré autour en y ajoutant des suites. On a posé ça sur notre fameux cahier. Et puis un jour, alors que nous cherchions des paroles en français, on est retombé dessus, on a traduit, balancé des idées et en une nuit, la chanson était là. La parodie aussi. Ce titre nous a bien fait marrer.»

Si l’humour est la base même de ces maîtres du metal parodique, il existe malgré tout des limites que les musiciens ne franchiront pas. Trop de bouteille pour tomber de le piège de la facilité provoquant le mauvais coup  de buzz. « On avait un morceau qui devait s’appeler « Je suis PD ». Ce n’était évidemment pas un jugement, juste l’histoire d’un type qui faisait son coming out, un morceau à la « Canards ». Mais on n’a pas voulu que ce titre focalise toutes les attentions et que les gens, les critiques notamment, y voient un truc sulfureux même s’il ne l’était pas. Alors on a préféré renoncer. Notre seule auto-censure véritable comme vous pouvez le constater en écoutant l’album. »

Impossible de citer tous les morceaux (il y en a 22) mais dans une set list toute personnelle, il serait impossible de ne pas ajouter à ceux précités « Takoyaki » couleur Baby Metal, « Un Chien Géant » en mode Tagada Jones, « Jésus » (qui devrait rester dans les mémoires du Hellfest où le groupe se produira sur la Main Stage le 17 juin prochain) ou bien encore « Super Sexe ».

Il y a dix-huit ans, lorsqu’ Ultra Vomit s’est lancé sous une identité qui signait déjà le parti pris, pas sûr que le groupe ait franchement été pris au sérieux, voué même pour certains puristes aux blagues les plus courtes. Avec ce nouvel album, les cordes de la dissonance ne se font plus entendre. Chacun s’accorde au contraire sur la technique impressionnante des nantais (les moments où ils laissent la part belle à la musique durant leurs concerts sont de beaux exercices de virtuosité) et leur réussite dans un genre peu fréquenté. La place laissée libre durant ces neuf années n’a pas été reprise. Preuve qu’il faut autre chose qu’une six cordes et des blagues carambar pour s’imposer dans le metal parodique. Le 10 octobre prochain, Ultra Vomit sera au Trianon. On ne sait pas si Calogero ou les frères Duplantier seront là. Mais les nantais, qui ne laissent rien au hasard, promettent que la fête sera belle. Avec ou sans pyjama.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– « Panzer Surprise » // Verycords : https://itunes.apple.com/fr/album/panzer-surprise et sur toutes les plateformes légales de téléchargements. –

ALAN CORBEL ET ROBIN FOSTER ENCHANTENT LE FERRAILLEUR

Très beau plateau que celui mis en place au Ferrailleur (Nantes) ce 1er avril. Deux musiciens inspirés par un même coin de Bretagne, deux lumineux orfèvres de la six cordes. Alan Corbel a envoûté le public à coups de refrains mélancoliques. Robin Foster a mélangé à ses toutes nouvelles partitions les titres plus anciens que le public espérait. Un dosage subtil et raffiné.

Ouvrant la soirée, Alan Corbel prouve d’emblée qu’il en a fini avec les zest de timidité qui freinaient son plaisir sur scène. Concentré mais souriant, il est bien plus ouvert qu’en des temps pas si reculés où il regardait peu le public, tout à ses textes et sa guitare. Ce temps là est bel et bien révolu. Le fruit de l’expérience sans doute, le passage l’an dernier par les immenses plaines des Vieilles Charrues peut-être aussi.

Cinq ans après « Dead Men Chronicles », son premier album (réalisé par Bertrand Belin, produit par Capture, le label fondé par Manu Katché), folk et lyrique, Alan Corbel vient de sortir « Like a Ghost again » (avec Albin de la Simone aux claviers et Jean-Baptiste Brunhes aux commandes, il y a pire références), un nouvel opus franchement plus rock, une énergie nouvelle qui rompt avec le passé et donne encore plus de punch à ses textes. Cette énergie s’impose sitôt les premiers accords. Complicité avec les musiciens, riffs qui envoient sur des partitions qui savent se déchainer, il n’en faut pas davantage pour que le public soit emporté. Une heure et une set list magnifiquement pensée plus tard, le breton quittera la scène alors que les spectateurs auraient bien prolongé encore.

Depuis vingt ans, cet illustre sujet de sa Majesté a choisi de se replier en Bretagne, dans ce Finistère qu’il vit comme une source d’inspiration « no limit »… Ce qui ne l’empêche pas de s’associer à pleins d’autres projets Outre-Manche, un éventail artistique qui lui permet de ne pas rétrécir l’horizon.

Multi-instrimentiste, Robin Foster goûte trop peu les charmes de l’écriture pour ne pas leur préférer ceux des partitions. Un choix judicieux si l’on en juge par les salves enthousiastes qui saluent chacun de ses morceaux livrés sur scène. « Empoyrean », son quatrième album studio, fraîchement sorti, a déjà conquis les fans de la première heure. S’écoutant comme on regarderait un album photos, le musicien dépeint avec force maestria dans les jeux de réverb’ et les synthés bien dosés, ces couleurs musicales qui sont les siennes. Souriant, jouant même avec les spectateurs la complicité des vieux amants qui se recroisent avec plaisir, il régale lui aussi avec un menu mixant airs reconnaissables entre tous et saveurs nouvelles. Une bien belle soirée décidément.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

LE FERRAILLEUR SOUFFLE SES DIX ANS: LA PETITE SALLE NANTAISE QUI A TOUT D’UNE GRANDE

Il fallait quand même une sacrée dose d’audace en valeur ajoutée à sa passion pour que Thomas Nedelec, musicien, ingénieur du son, à peine auréolé de ses vingt-six ans, décide de quitter Pornichet pour le Hangar à bananes de Nantes. L’ancrage maritime n’était qu’un dénominateur commun convoqué par le hasard. L’envie de créer sur ces quais de Loire en totale reconstruction une nouvelle adresse pour les concerts était son moteur et l’emportait largement sur tous les chants des sirènes défaitistes qui ne croyaient pas en la métamorphose des anciens entrepôts. Trop risqué. Trop excentré. Trop près de la Loire donc présentant un danger supplémentaire. Mais Thomas Nedelec devait avoir en lui quelque chose de Mark Twain : puisque la chose était impossible… et bien il l’a faite. Le Ferrailleur soufflera en mai ses dix ans. Une réussite spectaculaire.

Si le Hangar à Bananes, 8.000m2 de stockage des fruits importés des Antilles, autrefois propriété  du Grand Port Maritime Nantes-Saint-Nazaire, est devenu depuis 2007 l’un des endroits les plus festifs de la ville, c’est notamment grâce au Ferrailleur, l’une de ses figures de proue. Il est vrai que son créateur (alors accompagné de deux associés) n’a jamais perdu de vue son envie initiale : proposer un lieu pour les musiques alternatives et amplifiées d’une superficie (trois-cents places) qui n’existait nulle part ailleurs. Une cinquantaine de concerts après l’ouverture en mai… mille-cinq cents concerts dix ans plus tard, plus de deux-cents cinquante mille spectateurs et trois-mille huit cents artistes accueillis. Un tableau de classe.

François Montupet, Chargé de communication du Ferrailleur.

« Nous organisons entre quinze et vingt concerts chaque mois », souligne François Montupet, le chargé de communication (et autre figure très emblématique du lieu). « A l’origine, c’est vrai que nous étions sur une programmation aux deux tiers pour les fans de hardcore. Le Ferrailleur s’est d’ailleurs très vite rapproché du Hellfest qui se développait lui aussi en parallèle et cela a renforcé encore notre image et notre crédibilité « metal ». Mais aujourd’hui, la programmation mitonnée par Maxime Pasquer, tout en gardant sa cohérence, ouvre vers d’autres univers. Les tourneurs nous sollicitent beaucoup. Il faut savoir choisir, prendre le pari de remplir la salle avec des groupes qui ne sont pas forcément très connus mais auxquels on croit. Nous sommes en auto-financement total, il n’existe aucune subvention de nulle part. Cela contraint à viser juste mais cela permet aussi une vraie liberté. 80% des concerts sont produits par des associations ou sociétés extérieures. Le reste, c’est le Ferrailleur qui revendique et a envie de partager! »

Autant d’initiatives aurait suffi au bonheur de beaucoup. Pas au Ferrailleur où la pleine activité est un credo. Aux concerts se sont donc ajoutés les « after », ces soirées DJ gratuites (où l’on vient danser jusqu’à 4 heures du matin), les « apéros numériques » (sur lesquels veille soigneusement François Montupet), les liens tissés avec Hip OPsession, les concerts sauvages devant l’entrée (dont certains sont vraiment restés dans les mémoires). Visiblement, l’adresse est fameuse.

« Le parti pris a toujours été d’offrir une qualité d’accueil au public. Des barmen aux techniciens, tout le monde ici est souriant. L’ ambiance s’installe sitôt franchie la porte avec un décor qui n’est évidemment pas celui d’un simple bar. Coté salle, la scène est d’une hauteur idéale et permet de voir parfaitement. Quant aux artistes, ils sont choyés, bénéficient si nécessaire de consoles (et techniciens) lumières et sons de qualité. Ils savent que tout sera fait pour que leur concert se déroule parfaitement. Du coup, le bouche à oreille aussi a été un relais car pour de nombreux groupes et pas des moindres, se produire au Ferrailleur est réellement une date obligée et attendue. »

En dix ans, des déconvenues, l’équipe en a forcément connues. Des artistes aux exigences un peu surréalistes, une annulation de dernière minute suite à une panne de tourbus (mésaventure vécue par les américains de The Bronx) mais rien de suffisamment important pour gâcher l’enthousiasme et l’envie de continuer longtemps encore. « Quand je vois des jeunes groupes qui participent à des tremplins affirmer que, quoi qu’il advienne, en jouant au Ferrailleur, ils ont tout gagné alors que la finale est quelques étapes plus tard, je me dis que nous avons atteint notre but. Ce genre de propos rend extrêmement heureux. La grande fête organisée en mai à l’occasion des 10 ans sera placée sous le signe de cette envie ininterrompue de partages et de ce bonheur là. »

Mass Hysteria.

No One Is Innocent.

Du 19 au 28 Mai effectivement, le Ferrailleur a décidé de frapper fort. Parce qu’on n’a pas tous les jours 10 ans, entre groupes des premières années, mastodontes de la scène metal française, formations « amies » qui sont en plein envol, concerts, soirées et surprises… mieux vaudra engranger du sommeil pour ne manquer aucune de ces dates. Mieux vaudra aussi ne pas tarder à acheter son précieux sésame car une date est déjà sold out : il fallait s’y attendre, le retour de Mass Hysteria le 24 mai (avec les nantais de My Answer en première partie) a fait chauffer la billetterie. Il aura suffi de quelques jours pour que ce soit complet.

Autre affiche très attendue, la présence de No One is Innocent le 25 mai (avec un groupe rock surprise en ouverture) devrait là aussi ne plus être rapidement accessible à la vente.

Totorro.

God Is An Astronaut.

Le 19 Mai, pour le lancement des festivités, les nazairiens de Bumbklaat se reformeront et succéderont à un groupe de metal surprise. Place aux rennais de Totorro le 20, avec ce même soir, Papier Tigre, Bantam Lyons, Lysistrata et Corbeaux.

Grosse soirée (« l’une des plus grosses de l’année »), en perspective encore le dimanche 21 Mai avec le warm-up ride Hellfest, des pass trois jours à gagner et des concerts bien choisis.

Le lundi 22, place à l’instrumental post rock limite psychédélique des irlandais de God is an Astronaut. Les escales françaises des frères Kinsella et de leurs acolytes sont toujours rares et recherchées.

Periphery.

Le 23, la scène sera laissée à Periphery, The Contortionist et Destrage et le vendredi 26, ce sera soirée Hip Hop avec La Rumeur et Pedro le Kraken. Samedi 27 verra le retour de formations qui ont laissé de beaux souvenirs : Abysse, Taxas Chainsaw Dust Lovers, Dance Floor Disaster, Big Sure, Watertank, 20 seconds Failing Man avant une clôture « Opening goûtez électronique » le 28 Mai, avec la présence en force des meilleurs DJ locaux qui lanceront la saison des « Goûtez électro. »

« Ma première « Dérouille Party » avec Ultra Vomit pour les six ans avait été une fête mémorable, » se souvient François Montupet. «  Cette fois ça sera encore plus énorme. Pour célébrer notre première décennie, toute l’équipe a voulu un évènement qui soit bien représentatif de tout ce qui constitue l’ADN du Ferrailleur, qui permette de faire revenir des amis, sur scène comme devant. Les réservations permettent déjà de voir que la fête sera belle. Sans parler des surprises qui seront nombreuses… »  Le Ferrailleur a dix ans. Et déjà tout des très grands.

Magali MICHEL.

Crédit photo Ferrailleur extérieur // La Faute à Rélie. Crédit photo Kvelertak // Insane Motion. 

Crédits photos autres // Sophie BRANDET. 

– Billetterie et programme détaillé des « 10 ans du Ferrailleur » sur www.leferrailleur.fr –

Retour en France pour Ryan Keen!

Trois ans après ses tous premiers concerts en France (déjà en première partie d’Ed Sheeran), Ryan Keen réserve une surprise de taille à sa fanbase française de plus en plus importante : quatre concerts pour partager encore plus longuement avec son public.

Le 28 septembre 2015, il se produira ainsi à la Péniche de Lille, le 29 à La Boule Noire de Paris, le 30 au Ferrailleur de Nantes et le 1er octobre au Transbordeur de Villeurbanne. Des salles qui ont une personnalité et offrent une proximité rare.

Au rythme où partent les places, Ryan Keen ne pourra pas échapper à une suite de cette première tournée solo. Nous Productions… À vos marques !

M.M.

– http://www.fnacspectacles.com/place-spectacle/ficheartiste/Ryan-Keen-7165c4edc0a8280c40cc93b4ef000db2.htm

 

Les superbes notes de Corson.

Après quelques dates en première partie de Calogero, Corson sillonne les routes de France pour une longue tournée qui le conduira jusqu’à la Cigale de Paris le 30 Mai prochain. Il effectuait sa deuxième date à Nantes ce 1er Février. Chronique d’un talent vraiment pas ordinaire.

Des balances à peines décalées de quelques minutes, moins d’une heure avant le retour sur scène… Pas de quoi stresser puisque peuvent s’y glisser harmonieusement une interview, un léger rafraîchissement capillaire et quelques minutes mi-détente mi-concentration avec potes et musiciens!  Corson est un homme pressé, de cette hâte propre à l’artiste qui veut bouffer de la scène . Il veut enfin rencontrer ce public aux retours enthousiastes depuis que « Raise me up » a trusté toutes les radios, totalisant aujourd’hui plus d’un million trois cent mille vues sur Youtube. Mais il ne veut pas non plus aller trop vite, griller les étapes et passer à côté des plaisirs de l’instant.

Drôle de mélange chez un homme à l’apparence tranquille mais qui, une fois derrière le micro, est d’une énergie aussi impressionnante que communicative. Le privilège de l’âge peut-être. A trente-cinq ans, Corson (nom de scène en superbe hommage à une mère disparue bien trop tôt, mixte de ses prénom et nom de famille), a déjà bien bourlingué et s’est enrichi de ses expériences. « Avec des copains de lycée là haut, du côté de Thionville, on avait fondé un groupe intitulé Samsara. On faisait des petits concerts en Lorraine mais aussi en Allemagne et au Luxembourg. On était jeunes, assez audacieux finalement et notre rock envoyait. Ma mère m’avait inscrit au conservatoire. Après le solfège, j’ai enchaîné les années de piano et plus tard, j’ai passé une audition pour la section chant lyrique, toujours au conservatoire de Thionville. J’avais entendu « Miss Sarajevo » par Bono et Lucciano Pavarotti et j’avais été bouleversé en constatant que ce mélange était non seulement possible mais d’une beauté incroyable. »

Pourtant, épris de liberté, Corson ne sautera pas le pas et préférera hanter des rives plus rock. Des raisons qui lui feront également refuser une embauche dans une banque luxembourgeoise, mettant ainsi un point qu’il rêvait définitif à une carrière dans le commerce international. Au début des années 2000, il débarque donc à Paris et en 2003, il décroche un premier gros contrat pour une comédie musicale. L’histoire peut se mettre en marche : compositions de bandes originales de téléfilms, deux tournées en Asie pour un autre spectacle musical, conservatoire d’Asnières pour travailler malgré tout cette voix de ténor léger avec laquelle il a aussi envie de se faire entendre, un rôle dans « La Parisienne » d’Offenbach à l’opéra de Lyon. Et en parallèle toujours, la composition de titres pour d’autres et des concerts dans des petits lieux, au plus près d’un public pas toujours attentif mais qu’il sait ramener par sa force douce. « Autant d’expériences vous étoffent. Mais l’essentiel était surtout que je réussissais à vivre de la musique et à maintenir ce cap! » Bonne pioche aussi, c’est en l’entendant dans un bar que Selim Mouhoubi, devenu aujourd’hui son manager-producteur, est saisi par cette voix exceptionnelle et permettra à Corson ses premiers enregistrements.

Il aura fallu quatre ans au final pour que ce premier album soit dans les bacs (depuis le 12 janvier dernier). Quatre ans, c’est forcément long mais Corson, perfectionniste et philosophe, n’en conserve aucune aigreur. « C’est assez émouvant un premier disque. il faut qu’il vous ressemble, que vous puissiez en être fier. C’est aussi un recueil de moments de vie, dans les textes comme dans la réalisation. Au départ, on avait quelques compos dont « We’ll come again », qui a été signé par un producteur indépendant. Les singles se sont alors enchaînés avec succès et en 2012, Universal a pris le relais. Il a donc fallu restructurer, retravailler avec de nouvelles équipes jusqu’à cette finalisation. Ca m’a aussi permis de disposer de temps pour préparer avec soin de nouveaux clips. Je suis passionné par la photo et la vidéo, j’adorerais réaliser mes clips à l’avenir. En attendant, nous avons beaucoup travaillé sur l’esthétisme avec l’équipe technique. Cela a donc comblé utilement. »

« Pour l’album, je suis hyper fier car j’ai bénéficié de la présence de grands noms comme John Paterno (Robbie Williams, John Osborne). C’est Francois-Maxime Boutault, le réalisateur de l’album, qui l’avait rencontré lors d’une réunion professionnelle. Il lui a parlé de notre projet et Paterno a accepté. Tout simplement. Brad Blackwood (Maroon Five, Will I Am) a également masterisé. Ces signatures rendent heureux. Mais j’ai aussi eu un choc extrêmement fort lorsqu’avec Brice Davolli, violoncelliste, nous avons entendu pour la première fois les quarante cinq musiciens de l’Orchestre de Budapest jouer les morceaux. Nous attachons une grande importance aux cordes et c’était tout simplement magnifique. Cela a donc pris du temps mais aujourd’hui je suis heureux. Cet album, c’est vraiment moi. »

Des textes mélancoliques mais surtout pas désespérés, une énergie dans la douceur (ou inversement), des résonances avec la pop anglaise qui elle-même cotoie du rock très actuel et bien sûr cette incroyable voix qui laissait supposer à certains qu’ils étaient deux chanteurs sur certains titres… le fruit du succès visiblement si l’on en juge par le public venu en nombre au Ferrailleur. Dans cette salle qui autorise une vraie proximité, Corson était attendu depuis le milieu d’après-midi et l’enthousiasme ne s’est jamais démenti.

Entouré de ses quatre musiciens, il enchaine les chansons avec un plaisir manifeste.  Une quinzaine de titres dont bien sûr les plus attendus (Rainbow, Loud…) mais aussi des inédits comme « Still » dont le rock pêchu fait chanter toute la salle. Une parenthèse enchantée encore où Corson reprend « Hurt » de Johnny Cash, en duo guitare-voix résonnant comme un cri que le public écoute bouche bée puis « Sunday bloody Sunday » de Bono. Corson raconte que cette chanson est sans doute celle qui a le plus marqué sa vie et lui a donné l’envie de prendre cette route. La reprise est forcément audacieuse quand on sait l’interprétation du leader charismatique de U2. Mais Corson réussit au delà de l’impensable. Il se réapproprie le titre, surfe sur toute la palette de sa voix et livre une version qui tétanise d’émotion. A l’heure où les superlatifs sont galvaudés, employer le sublime est encore insuffisant. Bono, remets toi de ta chute de vélo et viens entendre ça!!

Dans la salle, Selim Mouhoubi observe avec discrétion et bienveillance. Les commentaires des spectateurs quittant la salle encore émus par l’interprétation de Corson, sa présence façonnée par cette voix unique ne peuvent que l’émouvoir. Corson aura forcément son zénith. Et les nantais se souviendront avec émotion, heureux de l’avoir vu faire ailleurs.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.