Festival FACE & SI: l’adoré

Après les festivités du 20ème anniversaire, pas facile de garder le rythme et d’offrir une affiche toute aussi variée et grand public. Mais impossible n’est pas Face et Si. Les vendéens ont réussi une fois de plus ce grand rendez-vous de fin d’été avec des moments de partages totalement exceptionnels.

D’ abord, il y avait le soleil. Autant reprendre les bonnes habitudes et bénéficier de cette météo qui a été plutôt heureuse au fil de ces week-end de début septembre. Enfin presque… On se souviendra longtemps du déluge qui avait accompagné la vingtième édition, l’an dernier. Des trombes d’eau avaient contrarié les déplacements des artistes mais ils étaient tous arrivés à temps et le public, stoïque autant que passionné, n’ avait pas déserté les rangs de l’espace Beaupuy. Même en finissant détrempé, un concert de Patrick Bruel avec tous les titres qui ont jalonné sa carrière, ne se rate pas.

Nul besoin de parapluie ces 7, 8 et 9 septembre derniers. Mais plutôt de crème solaire! De quoi donner (et c’est un peu dommage) une impression de moindre affluence, notamment en ouverture de soirées, les festivaliers préférant traquer les coins d’ombre salvateurs, quitte à rester à l’oblique de la scène.

Theo Lawrence & The Hearts.

Une problématique qui n’existait pas dans la Longère, qui du coup, a connu un record de fréquentation. Bonne pioche pour Theo Lawrence and The Hearts vendredi soir. Largement inspiré par le blues, la soul et le rock sudiste, le groupe, originaire de la région parisienne, a livré de larges extraits de son premier album, le très réussi « Homemade lemonade ». Theo Lawrence a la voix affirmée. Musicalement, ça met tout le monde d’accord. Il y a fort à parier que cette bande là n’a pas fini de faire parler d’elle.

En pleine tournée anniversaire, IAM a été de tous les festivals pour souffler les vingt ans de l’album « L’ école du micro d’argent ». Pour que la fête soit complète et remercier leur public toujours aussi fidèle, les rappeurs de la cité phocéenne ont sorti le grand jeu : des lights impressionnantes et des décors XXL (si grands d’ailleurs qu’ils ne pouvaient entrer intégralement sur la scène de Mouilleron le Captif et dépassaient de chaque côté du rideau), deux semi remorques de matériels, un vrai barnum qui a forcément emporté toute l’assistance.

IAM.

On peut saluer au passage la volonté d’ Akhenaton et sa bande de ne pas avoir concocté des shows au rabais pour les festivals plus petits que les mastodontes du genre. Respect du public, qu’ils se produisent devant 35.000 personnes ou 3.500, c’est le même spectacle d’un bout à l’autre. Et on peut dire qu’ils ont mis l’ambiance. Impeccables, généreux et porteurs d’une bonne humeur contagieuse, les cinq artistes ont mouillé le tee shirt, fait danser petits et grands qui sont repartis en chantant encore.

Dans cette euphorie de fin de soirée, certains ont manqué le début du concert d’ Hyphen Hyphen. Chantant pour patienter, ils n’avaient pas compris que les niçois (salués par la Victoire de la Révélation scène de l’année) ne prendraient pas la suite des marseillais mais se produiraient dans la Longère. (Au fil de ces trois jours, il y a eu pas mal de distraits qui sont passés à côté du parcours de la programmation. On peut en sourire mais peut-être faudra t’ il envisager des panneaux plus grands ou des annonces l’an prochain.)

Marianne James.

En ce deuxième jour de Face et Si, la scissure générationnelle dominait : ce serait Julien Clerc pour les uns, Arcadian pour les autres mais retrouvailles devant Tryo.

Un peu plus tôt, les plus jeunes avaient aussi un programme dédié avec Marianne James (accompagnée de Sébastien Buffe et Philippe Begin) venue présenter les premières séances de« Tatie Jambon, le concert », son nouveau spectacle. La chevelure devenue peroxydée, la truculente interprète du drôlissime « Miss Carpenter », connue ensuite pour ses commentaires uniques dans « La Nouvelle Star » ou pour « L’Eurovision », a retrouvé Valérie Bour et concocté un show qui laisse dubitatif. « Tatie Jambon » est sans doute drôle par moments mais force le trait la plupart du temps, prend les parents à témoins de blagues que les enfants ne peuvent comprendre et voit même naître des moments assez improbables comme en ce samedi après midi. « Allez, je ne vous ai pas entendus, on tape plus fort dans les mains ! » scande Marianne James. « Par ici aussi, allez on se bouge! Toi, toi, toi aussi et vous dans les fauteuils !» continue t’elle en direction de jeunes handicapés lourds bien incapables de lui obéir. Ce couac mis ça part, l’ensemble reste poussif et mériterait à la fois plus de subtilité et une meilleure approche des plus jeunes, sauf à vouloir ramasser en priorité les viva des parents.

Arcadian.

Pas de bémol possible sur la prestation d’ Arcadian en revanche. Le trio, qui a connu l’entrée dans la notoriété avec The Voice, a enchaîné plus d’une centaine de concerts et vu les rangs de ses fans grossir de jour en jour. Succès mérité et qui n’est pas du à la seule « beaugossitude » de ces trois là. Musiciens accomplis, joyeux et généreux, ayant le sens du show et de la fête, ils ne laissent aucun répit et mettent l’ ambiance jusqu’à la dernière note. La tournée qui vient de s’ achever a été un véritable triomphe. C’est peu dire que leur nouvel opus est attendu avec impatience.

Il fête ses « Cinquante ans » de carrière avec une immense tournée empruntant les festivals et les plus grandes scènes et il était sacrément attendu par le public de Face et Si. Fringuant, Julien Clerc, ans, soixante dix ans, a l’élégance aussi éternelle que ses chansons. Le décor est à son image, la mise en scène soignée.

Julien Clerc.

Accompagné de huit musiciens dont un quatuor à cordes exclusivement féminin, l’interprète de « Melissa » alterne les différentes périodes de son répertoire. A écouter « La fille aux bas nylon », « la Californie », « Utile » ou « Fais moi une place », ce sont des pans de vie qui défilent et des souvenirs qui se rallument pour chacun. Un vrai moment de poésie au coeur de la soirée mouilleronnaise.

Pour laisser éclater son sens du show et du rythme pétaradant, Joseph Couturier s’ était glissé cette année parmi la joyeuse troupe de Tryo. Discrètement installé sur scène avec sa console, l’artificier vendéen a offert plus d’une heure de spectacle grandiose, offrant aux partitions de Tryo une palette aussi inattendue qu’exceptionnelle. Il est certes né dans le sérail avec un père parmi les plus grands artificiers actuels mais il a su tailler sa route en offrant sa propre vision du métier. En musique, il sait jouer sur la durée, laisser vivre ou suggérer les silences, le ciel devenant sa planche à dessin pour une création éphémère et unique dont le public massé devant la scène n’aurait pas voulu perdre la moindre lumière.

Tryo.

C’est donc les yeux un peu fatigués que les festivaliers ont réinvesti le site en ce troisième et dernier jour. Est-ce la faute à la météo qui aurait conduit certains vers les plages en début de journée, il n’y avait étonnement pas beaucoup de monde pour applaudir Amadou et Mariam. Le concert du duo malien était pourtant très réussi, avec de nouveaux titres mais également ceux qui ont assis leur notoriété comme « Dimanche à Bamako », « La Fête au village ».

A l’inverse, les organisateurs n’avaient pas dû prévoir qu’ Hoshi et son célèbre tube « Ta Marinière » trusterait autant de monde. Prévue dans l’après-midi sous la longère, la jeune femme aurait largement pu se produire sur la grande scène car ce sont plusieurs centaines de spectateurs qui n’ont pu accéder au concert faute de places. Un petit raté difficile à anticiper car le succès de cette toute jeune artiste ne cesse de grossir. La répartition des shows n’était probablement plus modifiable mais le mécontentement reste néanmoins légitime de la part de tous ceux qui avaient fait le déplacement pour l’applaudir.

Plein succès et rangs serrés en revanche pour Claudio Capéo et se musiciens. L’ alsacien bouclait en ce dimanche une tournée monumentale entamée à la fin 2016 (avec escales sold out dans tous les zéniths de France), portée par un album au titre éponyme qui a tout raflé et été vendu à plus de 800.000 exemplaires. Il y a deux ans, lorsqu’il participait à The Voice et s’offrait une identité originale avec son accordéon, personne n’aurait pu imaginer ce chemin aussi spectaculaire, pas plus que l’on aurait deviné le troublion énergique derrière l’interprète encore très sage d’ « Un homme debout ».

Claudio Capéo.

Face à un public venu spécialement pour lui, qui connaît le moindre de ses refrains par coeur, Claudio Capéo chante, bondit, parcourt la scène et installe la complicité. La fête est belle et la joie non feinte. L’émotion n’est pas absente et l’on voit même des larmes sur le visage de certains musiciens quand Claudio Capéo rappelle qu’il s’agit bien de l’ultime moment sur la route avant plusieurs mois.

Face et Si an 2018 ne pouvait rêver plus beau final, sous le soleil, en chansons et dans le partage total. Le festival de Mouilleron-le-Captif s’affirme une fois encore comme l’une des manifestations les plus souriantes et chaleureuses avec des bénévoles, de la technique à la confection des crêpes, de l’accueil à la restauration, aux petits soins du public. Exemplaire.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

FACE ET SI FETE SES VINGT ANS SOUS UNE METEO FACETIEUSE

La saison des festivals ne pouvait s’achever sans un passage par « Face et Si », la jolie manifestation mise en place par la mairie de Mouilleron-le-Captif (Vendée) voilà tout juste deux décennies. Le festival de la fête tranquille mais passionnée, euphorique mais différente. Donc forcément unique.

Il y a vingt ans, lorsque la petite commune de Mouilleron-le-Captif (Vendée), aux confins de La Roche sur Yon, décidait de lancer sa propre manifestation dans une région (re)connue principalement pour son Puy du Fou, beaucoup n’ont pas caché leur scepticisme. Le temps semblait de leur côté. Des pluies torrentielles s’étaient abattues sur les chapiteaux dressés au coeur de la ville. Une première édition qui recense quatre cents entrées payantes. Pas de quoi entamer l’énergie et l’enthousiasme de cette bande d’irréductibles vendéens. Forts de l’adage «lancement pluvieux, lancement heureux», ils ont gardé l’enthousiasme et décidé de poursuivre ce qui ressemblait quand même à une aventure un peu folle. Vingt ans et plusieurs centaines de milliers de visiteurs plus tard, l’histoire leur a donné raison. Impossible de ne pas saluer le succès de « Face et Si », ce festival pas comme les autres, ultime étape estivale largement appréciée des artistes eux-mêmes.


Matt Pokora, Zaz, Hugues Auffray, Pierre Perret, Zazie, The Avener, Marina Kaye, Aaron, les Innocents ou bien encore Adamo, les Chevaliers du Fiel… la liste est longue de ceux qui ont foulé le festival vendéen, désormais plus à ses aises dans le superbe site du parc de Beaupuy. Si la manifestation a grossi, l’ambiance n’a pas changé : familiale, chaleureuse, loin de cette esbroufe qui envahit les travées de tant de manifestations, devant comme derrière les scènes.

Pas de petits chefs se prenant pour le Seigneur du coin sous prétexte de présidence associative ici. Autour de Philippe Darniche, le sénateur-maire, l’initiateur de Face et Si, qui se bat depuis vingt ans pour trouver les meilleurs parrains à son protégé, ce sont plus de sept-cents bénévoles qui oeuvrent toute l’année et affichent une bonne humeur inoxydable, qu’ils soient en charge de la restauration des artistes et des équipes techniques, des parkings, du nettoyage, de la confection des crêpes-galettes ou de l’aide aux visiteurs. Efficaces et parfaitement rodés.

Histoire de rappeler des souvenirs et de souffler les vingt ans avec une météo semblable à la première édition, des trombes d’eau se sont abattues lors de ces trois jours anniversaire. Vendredi soir, après les concerts de Léonie, Slimane et Patrick Bruel, le terrain en pente n’était presque plus praticable et offrait de vraies risques de glissades pour les sept mille spectateurs quotidiens. La mairie a alors acheté en urgence quatre tonnes de paille à un agriculteur voisin et les bénévoles se sont retroussés les manches pour les étaler sur tout le site. Samedi à l’ouverture, le terrain était redevenu confortable. Une réactivité impressionnante qui mérite d’être saluée et dont beaucoup devraient s’inspirer.

Coté technique, c’est là aussi toujours très soigné. Une équipe de professionnels largement reconnus veille à ce que les artistes bénéficient des meilleures conditions. Même s’il faut improviser des tentes de fortune pour protéger les consoles attaquées par des vents de face, le stress n’a pas sa place et chaque problème trouve sa solution. Pas un hasard si l’équipe de Bruel, bluffée par cette qualité d’accueil, a adressé un mail de remerciement après un concert pourtant largement compliqué par les pluies diluviennes.

Patrick Bruel.

Et c’est vrai que la fête a été belle malgré les vents contraires. Il est vrai que l’affiche avait réservé quelques surprises de taille, comme la présence de Patrick Bruel en tête d’affiche de la soirée d’ouverture alors que le chanteur n’a donné que huit concerts cette année. A 5h30 déjà, une dizaine de fans (dont certaines membres du fan club officiel qui tiennent à ne manquer aucune date de leur artiste fétiche) s’étaient massées devant les portes afin de pouvoir être au premier rang. Courageux quand on voit quels assauts pluvieux elles ont du supporter jusqu’à 22 heures, moment de son entrée sur scène! Mais visiblement, à leurs regards brillants lorsque les lumières se sont rallumées, cela en valait la peine. Les sept mille spectateurs ont tous été conquis par la générosité du pilier des « Enfoirés » et ne se sont pas fait prier pour donner de la voix. A l’évidence, si la « bruelmania » s’est débarrassée de son hystérie, elle n’a rien perdu de son intensité.

Slimane.

Juste avant Patrick Bruel, Slimane avait lui aussi connu le succès. Le vainqueur de la cinquième édition de The Voice était largement attendu. Dans un show parfaitement orchestré, accompagné de deux danseurs, l’interprète de « Paname » a bluffé par son aisance sur scène. Au fil de son « On Arrive Tour », après des dizaines de dates toutes sold out, le jeune homme a gagné en confiance et son interprétation s’en ressent. D’une justesse parfaite, des titres comme « Frérot » ou « Je serai là » visent juste et provoquent une vague d’émotion tandis que « Le Million » ou « On s’en fout » entrainent l’adhésion d’une chorale spontanée. Sincère et généreux, Slimane aura mis moins d’un an à trouver sa place parmi les artistes français qui comptent. Un parcours et un succès parfaitement légitimes.

Kids United.

Bruel et Slimane n’étaient pas les seuls à jouer avec les impatiences du public. Samedi, André Manoukian et Malia ont offert une très belle prestation, tout comme Nina Attal. Mais les vraies vedettes du jour, ceux que les moins de quinze ans attendaient avec une vraie impatience, étaient bien évidemment les Kids United. Dans un show hyper millimétré sur lequel veillait leur régisseur depuis la régie, insufflant des positions ou soufflant les phrases à glisser entre deux titres, les cinq jeunes artistes ont ravi leurs fans en reprenant tous leurs succès, intercalant moment choral et passage en solo ou en duo. Souriants, très à l’aise sur scène, parfois aussi, il faut bien le dire, pas très juste vocalement, ils ont été largement applaudis par un public totalement sous le charme. « Les ricochets » ont éclaté avec superbe et l’extrait de leur prochain album a déjà convaincu.

Broken Back.

Talisco.

Plus tard dans la soirée, Broken Back et son folk électro ont également fait carton plein avant l’impressionnante prestation de Talisco. Depuis ses débuts avec le single « Your Wish », le bordelais a taillé sa route et sorti deux albums unanimement salué par la critique et son public ne cesse de s’élargir (Bouyghes Telecom choisissant « The Keys » pour l’une de ses campagnes a donné un joli coup de pouce supplémentaire). Pour ce concert au Face et Si, Talisco était accompagné de Joseph Couturier. Le vendéen est l’un des plus grands artificiers d’Europe et n’a pas failli à sa réputation. Durant près de quinze minutes, entre concert sur scène et spectacle dans le ciel, le public a eu droit à un moment exceptionnel, un magnifique cadeau d’anniversaire offert en partage. Ne restait plus à Kungs, le nouveau DJ prodige , qu’à fermer le ban et faire danser jusqu’à une heure du matin.

Kungs.

Pas facile de succéder à une journée aussi forte. François-Xavier Demaison a pourtant fait salle comble dimanche après-midi avec son humour affuté, Gaume, le groupe nantais a imposé sa belle musicalité et évidemment, Christophe Maé a conclu l’édition avec la bonne humeur et l’entrain qui le caractérisent.

Arrivé tôt dans l’après-midi, n’hésitant pas à se laisser tenter par quelques parties de tennis de table en extérieur malgré la pluie toujours aussi fidèle, prenant le temps d’un joli moment avec une petite fille malade qui rêvait de le rencontrer, il a repris l’essentiel des titres de son « Attrape rêves Tour ». Treize morceaux dont beaucoup extraits de son dernier album, des moments improbables comme lorsqu’il a réussi à faire sautiller six mille spectateurs encapuchonnés qui n’en demandaient pas tant, des passages tendresse comme avec « Marcel ». Showman généreux, Christophe Maé donne toujours avec la même intensité, qu’il se produise sur une scène immense devant 25.000 personnes ou comme ici devant un peu plus de six milles, plus à l’étroit pour danser peut être mais touché par ces spectateurs qui ne renonceront pas malgré les intempéries et restent jusqu’à la dernière note.

Christophe Maé.

Vingt mille personnes seront venues souffler les vingt ans de ce festival vraiment à part, qui ne bénéficie pas de supports financiers énormes mais réussit avec brio chaque année. Respect!

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

FACE ET SI 2017: Patrick Bruel fait chanter sous la pluie !

Forcément complet ! Comment la soirée d’ ouverture du 20ème Face et Si aurait-elle pu ne pas se jouer à guichets fermés alors qu’elle est l’une des huit seules dates inscrites sur son agenda « concerts » cette année ?  Patrick Bruel se fait rare donc le moment n’était pas dérogeable : après l’avoir attendu des heures sous une pluie battante, six mille inconditionnels ont donné de la voix. 

On pourra toujours ironiser sur la Bruelmania, revenir sur ces moments d’hystérie qui secouaient les salles lorsque Patrick Bruel a sorti « Alors regarde » en 1989, cet album dont les titres font désormais partie des plus grands succès de la chanson française, on pourra tenter de faire croire que le poker a la main sur son agenda, rien n’empêchera jamais ces armées de fidèles d’être toujours là et de l’accompagner à chacun de ses concerts. Son entreprise de séduction ne connaît pas la crise. Les refrains plaisent toujours autant et désormais, ils contaminent même une nouvelle génération, prête à gonfler les rangs.

A Mouilleron-le-Captif (Vendée), où l’on célèbre la vingtième édition du Festival Face et Si, certains (dire « certaines » serait plus juste) attendaient dès six heures du matin devant les portes, soit plus de dix heures avant l’ horaire prévu. Mais un premier rang se mérite sans doute à ce prix. Assister à l’ un des rares concerts de Patrick Bruel est une occasion trop rare pour être manquée, la vivre sous les yeux de l’artiste, le Graal de tout fan qui se respecte. Des femmes qui ont l’âge de leur idole, quelques hommes et des jeunes filles qui trompent l’ennui à coups d’anecdotes.

Certaines l’ ont découvert dans « Les Enfoirés », d’autres dans « Le Prénom », cette pièce à succès devenue un triomphe sur grand écran. Un ado confirme à sa grand-mère « qu’ il n’est vraiment pas moche Patrick Bruel et il a une vraie voix », d’ailleurs elle l’a vu plusieurs fois aux Enfoirés reprendre des airs lyriques. Plus loin, on suppute sur la set list et chacune y va de ses morceaux escomptés.

Quand il entre sur scène à 22 heures, des rangs colorés de capuches s’échappent une clameur qui a du raisonner bien au delà du Parc de Beaupuy. L’enthousiasme se mêle à l’émotion et libère les impatiences nourries durant ces longues heures d’absence.

Patrick Bruel a l’élégance aussi cool (veste sombre sur jean noir, chemise blanche sous petit gilet) que son regard sur la météo est stressé. Arrivé par avion une heure plus tôt, il ne cachait pas son inquiétude face à cette pluie battante qui pouvait contraindre à une annulation de dernière minute. La pire des situations! Mais l’équipe technique du festival est composée de professionnels suffisamment aguerris pour ne pas se laisser prendre par cette météo méchamment facétieuse. Ils ont immédiatement trouvé des parades, créé des abris pour les consoles et annulé les uns après les autres tous les risques possibles. Ne restait plus qu’à miser sur la détermination du public. Impers mais ça passe… C’est une foule immense qui acclame et se dressera devant Patrick Bruel jusqu’aux confins de minuit.

Comme dans le meilleur des best-off, les titres les plus connus s’enchainent sans temps morts. Patrick Bruel s’installe au piano ou reprend un refrain en s’accompagnant à la guitare. Il n’oublie pas non plus son sens politique, ses engagements pour des combats qui lui tiennent à choeur. Il rend hommage à Simone Veil, aux victimes des attentats partout dans le monde entre deux incontournables.

« Places des Grands hommes », « Alors regarde », « J’ te l’dis quand même », « Pour la vie »… les morceaux n’ont pas pris une ride et la chorale vendéenne les connaît par coeur. A plusieurs reprises, Patrick Bruel remerciera, visiblement touché par cette fidélité et cette impassibilité aux éléments extérieurs.

L’artiste aux quinze millions d’albums vendus, aux cinquante films, aurait pu prolonger des heures encore… Mais les meilleurs moments ont une fin et celui des au-revoir n’est pas toujours le plus facile. Il reviendra sur scène, c’est sûr. Il explique de temps à autre avoir de quoi nourrir son prochain album, un disque que seul son degré d’exigence repousse encore. Alors rendez-vous, oui. Avant dix ans, c’est lui qui l’a dit.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.