Emmanuel Moire a refait de lui son essentiel

Bâti autour de l’« Odyssée », son cinquième album, il était facile d’imaginer que ce nouveau concert aurait des allures de voyage. Et quand on suit Emmanuel Moire depuis ses débuts, il était tout aussi évident que ce voyage serait d’abord et avant tout introspectif. Il l’a été bien au-delà de ce que le public pouvait imaginer. Personnel et intime mais tout en pudeur. Un spectacle émotionnellement très fort où le chanteur semble enfin voler librement.

Jusque dans sa tenue de scène, Emmanuel Moire ne se dissimule plus. Là où voilà quatre ans, il jouait l’élégance dans une veste militaire chic sur jean huilé, il apparait cette fois en tee shirt immaculé sur large pantalon beige, version moderne et européenne du sarouel. Agenouillé au sol, il frappe les percussions au milieu de ses trois musiciens. Comme un retour aux sources de la nature et de la vie. Comme un appel tribal, premiers échos de cette « Odyssée » dans laquelle il a choisi d’embarquer son public.

Lorsqu’il se relève, le changement frappe d’emblée. Le chanteur vient toujours cueillir le spectateur en le regardant droit dans les yeux, au plus proche du bord de scène, mais il y a quelque chose dans la gestuelle elle-même qui a changé… Comme tant de choses dans sa vie. Car durant son absence, Emmanuel Moire a décidé de tout bouleverser pour mieux se (re)trouver, être celui qu’il a besoin et envie d’être. Un coup de balai qui n’a pas épargné l’équipe qui l’entourait depuis près d’une décennie mais muselait peut-être trop ou en tout cas, signait des directions qui ne lui correspondaient plus. Et on sait le risque de la multiplication des fausses routes…

Changement d’équipe donc mais aussi changement d’image. Stop les faux semblants. Depuis quelques temps déjà, Emmanuel Moire avait mis un terme aux paroles qui laissaient croire à une vie amoureuse différente de la sienne. Refusant les sirènes qui lui certifiaient que ce ne serait pas bon pour sa carrière, il avait fait son coming out au cours d’une longue interview dans un magazine. Première étape vers sa liberté.

Sa participation à « Danse avec les Stars », dont il était sorti brillant vainqueur en décembre 2012, a sans doute aussi joué un rôle. La danse offre une aisance et un espace supplémentaire. Ne restait plus qu’à se laisser porter par sa vérité la plus profonde et se donner le droit de les mettre à jour.

Avec les trois musiciens qui l’accompagnent en tournée, Emmanuel Moire a alors composé son «Odyssée», sorti en février, dont un extrait, « La promesse » avait failli représenter la France au concours de l’Eurovision. « A vouloir parler, j’ai fini par me taire jusqu’à oublier qui j’étais pour vous plaire. Au lieu d’assumer, moi j’ai fait le contraire. Est ce que ça vaut la peine de passer toute une vie sous une armure ? » Le message était clair. Et Emmanuel Moire a tenu sa promesse, celle  «d’être fidèle à sa personne.»

Dans un concert superbement conçu, avec les chansons récentes mais n’oubliant pas les succès précédents comme « Beau Malheur », « Ne s’aimer que la nuit » et même « Etre à la hauteur », tube parmi les tubes de la comédie musicale  « Le Roi Soleil », le chanteur se livre comme jamais. Entre le tabouret de son piano ou le tabouret de bar, il parcourt la scène avec l’aisance féline d’un danseur. Ses gestes de bras font penser à un pantin qui se serait débarrassé de ses ficelles et découvrirait soudain la liberté. C’est délié et plein de grâce.

Posant des mots justes et forts au fil du show, ne se laissant pas détourner de ses émotions par les remarques assez lourdes à force de répétitions qui venaient troubler un silence nécessaire, Emmanuel Moire porte beau sa toute récente quarantaine. Il ne se cache plus derrière ses personnages et le message n’en est que plus fort. « La femme au milieu », bouleversant hommage à sa grand-mère et « Sois tranquille », dédié à son jumeau disparu, font couler les larmes et il ne tente pas de dissimuler les siennes. 

En préambule, Emmanuel Moire l’avait expliqué : le changement, c’est difficile au début, compliqué au milieu mais sublime à la fin. A l’image de ce concert hors norme. A l’image de cette reprise de «La quête» de Jacques Brel, il va désormais « tenter sans force et sans armure d’atteindre l’inaccessible étoile ». En homme libre. 

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Emmanuel Moire. Enfin Réenchanté.

On l’avait laissé avec l’étoile jaune sur le costume d’Emcee dans Cabaret, rôle imposant mais sombre qui lui a donné de l’épaisseur, la reconnaissance de la critique aussi qui n’avait parfois vu sous son costume de Roi Soleil que le xième artiste éphémère pour comédies musicales. Et le revoilà sur scène. Après le succès énorme de son troisième album, Emmanuel Moire poursuit avec une tournée à guichets fermés. Dix ans plus tard, la voie est redevenue royale.

Il apparait à contre-jour. Mais à pleine lumière. Le public ne distingue qu’une ombre affutée par des semaines de compétition pour « Danses avec les stars ». Une rigueur et une discipline qu’il n’a pas voulu lâcher et qui lui permettent d’affronter cette nouvelle tournée avec une envie et un dynamisme contagieux. La veste coupe officier, le petit gilet gris sur la chemise blanche et le jean (très) slim, Emmanuel Moire est incontestablement beau. Et le public de cette escale nantaise n’y est pas insensible. Au fil des chansons et du lien qui se tisse, les enthousiasmes sont de plus en plus nets. Il s’en amuse, rebondit pour mieux s’échapper et poursuivre. Mais en riant franchement.

Emmanuel Moire est aussi redevenu un homme heureux. Un bonheur reconstruit sur les douleurs de la souffrance et du manque. Il aura trente-cinq ans cette année et semble enfin en harmonie. Avec sa vie. Avec le public aussi. Après le succès du Roi Soleil, la devenue culte comédie musicale du tandem Dove Attia-Albert Cohen, le chanteur avait sorti un premier album en 2006, « Là où je pars ». Si « le sourire » avait été certifié disque d’or, cet opus n’avait connu qu’un succès mitigé en flirtant malgré tout avec les 160.000 exemplaires vendus.

Trois ans plus tard, ayant décidé d’en finir avec les faux semblant, il sort « l’équilibre » sur lequel il a composé la majeure partie des titres. Mais cet album défini comme celui de la maturité ne rencontre pas le succès escompté. « Adulte et sexy ». Trop peut-être. Les fans de la première heure n’ont sans doute pas évolué au même rythme. En mai 2011, Warner, sa maison de disques, rompt le contrat. Une aubaine au final puisque cette disponibilité lui permet de signer un mois plus tard pour « Cabaret ».

La suite, on la connait. La pièce triomphe. Emmanuel Moire intègre le casting de « Danse avec les Stars » et décroche le trophée. Il décroche surtout un lot bien plus gros, une médiatisation énorme, les encouragements et la sympathie d’un public qui se compte désormais par millions. Poussez les barrières, « Le chemin » sorti fin avril 2013 confirme cet engouement, servi par des titres magnifiques, mélange d’émotions profondes et de plaisirs avoués. Comme une passerelle entre ces chagrins d’hier et ses joies nouvelles.

Entourés de musiciens de talent, portés par des cordes virtuoses, le concert reprend cette histoire. Sans en oublier aucun chapitre. On chante. On pleure. On danse. On se laisse tranquillement séduire par ce magnifique artiste qui a su trouver le chemin pour se réenchanter.

Magali MICHEL.

 

compas (3)