NTM, une rage intacte

NTM a laissé résonner sa rage d’une puissance inchangée au Zénith de Nantes ce 24 octobre. Kool Shen et Joey Starr ont définitivement une place à part dans l’univers du rap français.

Déjà quarante ans que ces deux là débarquaient de leur Seine Saint-Denis natale pour souffler le vent de la révolte avec leur rap puissant. Vindicatifs, se fichant de la bienséance comme des sujets principaux de leurs colères, Joey Starr (Didier Morville) et Kool Shen (Bruno Lopès) focalisaient toutes les passions, de la colère à la haine, de l’idolâtrie la plus absolue jusqu’au mépris. 

Le nom complet de leur groupe passant mal les fourches de la médiatisation? Qu’à cela ne tienne:  c’est avec le plus sobre 93 NTM puis NTM tout court qu’ils ont continué à tracer leurs routes en les jalonnant de titres devenus cultes. Si leur hostilité envers la police s’est rapidement affichée sans détour, leur critique du racisme et des inégalités sociales, le tableau noir des banlieues abandonnées par l’Etat français ont également été mis à l’honneur comme autant de constats d’urgence. Qu’on les aime ou qu’on ne les aime pas, ces deux là savaient ne pas laisser indifférents et y puisaient une force pour se faire entendre.

Après un parcours quelque peu chaotique, fait d’années intenses de concerts puis de silence, de séparation puis de retrouvailles, Joey Starr et Kool Sheen ont entamé voilà plusieurs mois une grande tournée d’adieux quatre décennies après leurs débuts. Accompagnés sur scène de leurs deux DJ, DJ Pone et R-ash, ils démontrent à ceux qui en douteraient, que le poids des années ne change rien à l’affaire : l’énergie est la même, le flow identique et la puissance inchangée. Le paysage du rap français s’est élargi, de nombreux autres sont arrivés mais eux poursuivent sans se préoccuper des autres.

Devant la foule du Zénith de Nantes ce 24 octobre, pleine des fans de la première heure, le duo  donne tout. « Qu’est ce qu’on attend? », ô combien d’actualité, ouvre le ban. Les morceaux cultes seront presque tous là depuis « Paris sous les bombes » à « Pose ton gun » ou « laisse pas traîner ton fils » et bien sûr l’inévitable « Ma Benz ». Le public est à fond. Les deux rappeurs envoient encore plus fort et dédicacent leurs morceaux anti police à Steve Maia Canico, le jeune homme tombé dans la Loire lors de la dernière Fête de la Musique.

Près de deux heures trente plus tard, en ayant visiblement encore sous le pied, Joey Starr débarquait au Ferrailleur sur le quai des Antilles, bonnet de laine et foulard sur blouson de jean pour un after inédit : un Dj Set donné par DJ Pone et Dj R-ash. Au pied de la scène, il était le premier soutien de ses potes. La cinquantaine ne l’a sans doute pas assagi, sa carrière de comédien lui a incontestablement donné une épaisseur supplémentaire mais la rage est toujours là. Difficile alors, quand on voit la complémentarité parfaite qui existe avec son complice de toujours, d’imaginer que cette tournée soit réellement celle des adieux.

Texte et crédit photos // Sophie BRANDET.