La voix du succès de David Alexis

Dans un métier composé de rencontres, il en existe forcément qui sortent du lot. Celles qui vous séduisent d’emblée. Celles qui au contraire n’auraient jamais dû exister. Et puis il y a celles qui vous laissent bluffé parce que le moment est rare, l’artiste plein de facettes, qu’il ne triche pas et qu’il est bien tel qu’on l’imaginait. Et même mieux! David Alexis est incontestablement de ceux là. Comédien, chanteur, metteur en scène, marionnettiste, ventriloque, celui qui porte actuellement le costume de Merlin dans « La légende du Roi Arthur », la comédie musicale produite par Dove Attia, sait tout faire. Il sera à la rentrée l’un des rôles principaux d’ « Oliver Twist, le musical ». Attention, talent(s) !

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Avec son incroyable regard azur dont la puissance semble totalement lui échapper, sa voix posée et cette façon d’enchaîner les anecdotes en convoquant aussi brillamment Roman Polanski que Giuliano Peparini ou Alain Sachs, David Alexis est un enchanteur bien plus efficace encore que le Merlin auquel il prête vie depuis septembre dernier dans « La légende du Roi Arthur ». Aux côtés de Florent Mothe, Zaho, Camille Lou, Yamin Dib, Charlie Boisseau et Fabien Incardona, pour les rôles principaux, il a installé son personnage immédiatement. La voix est magnifique, le jeu ultra précis et l’on ne pouvait que déplorer qu’il n’ait pas encore davantage à interpréter. Un compliment qu’il entend avec une modestie non feinte : « C’est un très joli rôle, un personnage important de l’histoire mais à chacun sa place. L’essentiel n’est pas tant le nombre de chansons que la façon de les interpréter, la rigueur de jeu. Il faut beaucoup travailler en amont de la création cela permet ensuite quelques petites variations discrètes quand le jeu des partenaires le suggère. Giuliano Peparini, le metteur en scène, est toujours à l’écoute des suggestions éventuelles alors ce genre de libertés furtives ne l’offusque pas.»

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Plus de quinze ans que le cherbourgeois parcourt les planches. Lui, le fils de forain, qui se rêvait une vie de saltimbanque et admirait Buster Keaton, n’a rien laissé au hasard. Il a multiplié les formations afin de maîtriser toutes les formes de jeux. « Mais ce sont les rencontres qui ont nourri et influé sur ma vie. Je n’aurais pas eu ce chemin là si je n’avais pas croisé des gens formidables. J’ai pris des cours de théâtre et de chant à l’Académie de Caen et au Studio Pygmalion, j’ai suivi des cours à l’Ecole des Arts du Cirque Chinois. J’y ai appris l’acrobatie et l’équilibre car ce sont des maîtres en la matière. J’ai poursuivi à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette de Charleville-Mézières, j’ ai appris les claquettes, le chant, le mime, j’ai fréquenté plein d’ateliers pour apprendre encore, j’ai travaillé avec Philippe Gentil et le Cirque Plume… Mais c’est Annette Treuil qui aura été déterminante. Alors directrice de la Scène Nationale de Cherbourg, elle m’a offert chaque jour la possibilité de travailler seul sur scène en échange de distribution d’affiches. Cette façon de croire en moi était un cadeau et vous ne pouvez que progresser quand existe cette confiance là. Mon Monsieur Emile est né là.»

Avec lui, David Alexis reçoit alors de très belles propositions, notamment pour la télévision, mais il a peur de rester enfermé dans ce personnage avec sa marionnette alors il change de cap et accepte de rejoindre une compagnie de croisières. Il présente chaque soir un numéro de ventriloquie qui fait un tabac devant ce public de vacanciers pas toujours faciles à séduire. « Je suis aussi passé par le Club Méditerranée. Au delà des clichés, c’est un lieu unique pour apprendre à travailler vite, car on a au mieux trois jours pour monter des sketchs ou des petites pièces avec les touristes. Quand on joue ses propres partitions, c’est également un pari chaque soir car le public à qui l’on offre du divertissement n’a pas du tout les mêmes réactions que celui qui a choisi un spectacle et s’est payé sa place. »

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De retour sur la terre ferme, David Alexis est à l’affiche de plusieurs cabarets dont le célèbre Don Camillo. Il y rencontre un membre de l’entourage de Pascal Sevran et le voilà embarqué dans «Trenet coeur-volant » pour interpréter le rôle du Fou chantant. Il participe aussi à l’écriture de chansons pour la fête des 85 ans de Charles Trenet. « J’y ai rencontré Annie Cordy, que j’adorais depuis toujours, qui est devenue ma marraine dans la profession. Un lien très fort s’est mis en place et ne s’est jamais distendu. En 2012, nous avons même enregistré en duo une chanson intitulée « C’est pour ton bien », un très joli souvenir. Elle assiste à chacun des spectacles dans lequel je joue et me fait part de ses observations. Elle devrait venir voir « La Légende du Roi Arthur » à Nice et ce sera pour moi une représentation particulière. Annie Cordy est une grande dame du spectacle. C’est elle qui a amené « Hello Dolly » en France par exemple. On la cantonne souvent à « La bonne du Curé » mais sa carrière est tellement plus riche que ça. »

Ce sont les hasards des rencontres toujours qui amènent la chargée de casting de Stage Entertainment (« Le Roi Lion », « Cats ») à le vouloir dans le rôle d’Emcee, le Maître de cérémonie de «Cabaret», mis en scène par Sam Mendès. Le spectacle restera deux ans à l’affiche des Folies Bergères, en 2008 et 2009, et fera carton plein. On parlera beaucoup de la reprise du rôle par Emmanuel Moire quelques années plus tard à Marigny mais David Alexis campait un Emcee exceptionnellement bouleversant.

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Changement de registre radical ensuite, en plus de participations dans des téléfilms, on le retrouve notamment à l’affiche de « Dothy, le magicien d’Oz » puis dans « La vie parisienne » mise en scène par Alain Sachs. « Il m’a appelé et m’a demandé si je pouvais réserver toute une période… sans me dire de quoi il s’agissait! Un peu audacieux d’accepter sans savoir. Mais au final, c’est quand même Alain Sachs et bien sûr j’ai adoré rejoindre cette aventure au Théâtre Antoine puis pour la longue tournée qui a suivi. » David Alexis se lance alors dans une imitation aussi parfaite qu’irrésistible de son illustre aîné. Bluffant.

L’équipe de Stage revient le débusquer et lui proposer l’adaptation faite par Bruno Gaccio d’ »Avenue Q » à Bobino. « Faire vivre Trekkie Monster et Nicky a été fabuleux. Les sujets abordés sont modernes, cette originalité qui consiste à faire vivre les marionnettes par des comédiens qui les manipulent en étant vus tout en étant totalement invisibles dans l’histoire de la pièce, c’était inédit. Lorsque Robert Lopez, Jeff Marx et Jeff Whitty avaient créé la pièce à Broadway en 2003, cela avait beaucoup marqué et « Avenue Q » avait décroché les Tony Awards de la meilleure comédie musicale, du meilleur livret de comédie musicale et de la meilleure musique puis a été nommé aux Grammy Awards. Se retrouver dans l’adaptation française, qui en 2013 est elle-même nommée aux Globes de Cristal, restera une expérience unique. »

Après avoir signé la mise en scène de « Je t’aime, tu es parfait, change », qui sera donné au Festival d’Avignon, David Alexis est rappelé par Alain Sachs pour les représentations parisiennes et la tournée de « Tout Offenbach ou presque ». Puis Roman Polanski le choisit pour endosser le rôle du Professeur Abronsius dans « Le Bal des Vampires » à Mogador. « C’est une personnalité incroyable, Roman Polanski ! Il veille à tout et continue de faire répéter les scènes jusqu’à ce qu’il obtienne exactement ce qu’il avait imaginé. Il veut le ton juste. Il s’enthousiasme aussi vite qu’il peut s’impatienter, » se souvient le comédien. « Ainsi, de simples détails peuvent l’agacer. Il montrait souvent les chocolats qui étaient posés sur la table d’où il dirigeait les répétitions et il disait : « Qui a mis ça là? Je n’aime pas les chocolats. Venez vous servir! Ils le savent pourtant que je n’aime pas ça. » La voix de David Alexis est devenue celle du metteur en scène franco- polonais. Les expressions du visage sont des vrais copier-coller. Ce n’est plus David Alexis qui est installé dans un coin du salon de cet hôtel parisien mais bien le réalisateur du « Pianiste ». « Je ne suis pas certain de la qualité de mes petites imitations. C’est plutôt un jeu, une manière de raconter avec des illustrations, » observe t’ il amusé.

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Giuliano Peparini se préparait à monter « La Légende du Roi Arthur » lorsqu’il a vu David Alexis dans « Le Bal des Vampires ». Il venait de trouver son Merlin et n’a plus tari d’éloges sur ce personnage clé de la célèbre légende. « Ca fait plaisir, évidemment. C’est aussi une chance dont il faut bien avoir conscience que d’être envisagé pour un rôle. Dans ce milieu où rien n’est jamais acquis, où les beaux rôles ne sont pas si nombreux, enchainer les projets forts est un plaisir qu’il est essentiel de savoir apprécier. Dans un autre domaine, accepter de passer du temps après les représentations pour aller à la rencontre du public est aussi chose normale. Qui peut croire que sans public nous existerions encore? Et puis ce sont toujours des moments bienveillants, le public des comédies musicales n’hésite pas à squatter des heures les abords des salles et aime faire des photos. Celui du théâtre est davantage dans la dédicace ou l’échange et tous méritent de se voir accordé un peu de temps. »

Généreux à l’extrême, attentif et une fois de plus sans tricher, David Alexis va donc poursuivre la tournée de « La légende du Roi Arthur » sous la longue et lourde robe (sept kilos, traine comprise) de Merlin. Il en profitera pour imaginer le scénario de nouveaux épisodes de « C’est pas la bonne.. » la toute nouvelle série pour le web, produite par Prod Et In, tournée par Julien Lamassonne (qui joue lui même plusieurs rôles dans le Roi Arthur), où il partage la vedette avec Yamin Dib, qui a rejoint la troupe pour reprendre le rôle de Ké. «On se connaît depuis « Dothy, le Magicien d’Oz» et on était super heureux de se retrouver. L’idée de cette série nous est venue un peu par hasard, pour donner vie à notre goût pour la blague, le délire un peu absurde. Le premier épisode a beaucoup plu alors compte tenu de nos emplois du temps assez chargés, on profite des voyages de la tournée pour écrire les mini scénarios. Il faut que ce soit rapide, précis et drôle. Et puis on tourne entre deux shows avec des invités surprises. Djamila et Ludvila ne sont repérables qu’en fonction de leurs longues chevelures brune et blonde. On ne voit jamais leurs visages. Mais on les entend et on les reconnaît. L’histoire peut alors commencer… Je ne sais pas où cette aventure un peu folle nous portera mais si les gens prennent autant de plaisir à regarder que nous à jouer, ce sera un pari réussi. »

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De quoi effectivement charger encore un emploi du temps qui laisse peu d’ouvertures car David Alexis a déjà entamé les lectures d’ « Oliver Twist, le musical », où il sera Fagin, l’un des rôles principaux, à partir de septembre. « Ladislas Chollat est parti pour signer une mise en scène efficace, avec de vrais partis pris originaux. Ce sera à la salle Gaveau, à Paris. Ca commence à déjà faire pas mal de bruit… Cet Oliver me plait beaucoup. Encore une fois, j’ai de la chance.»

De la chance ? Et si pour une fois David Alexis faisait disparaître sa modestie pour entendre que ni la chance ni le hasard n’ont à faire dans ce parcours ? Les plus grands professionnels se l’arrachent car sa personnalité et son talent ne peuvent que les séduire. A moins que ce soit Merlin qui l’ait définitivement porté sur le chemin de son Grâal. Tim Burton, ne cherche plus ! Le meilleur pour ton prochain film est là!

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Photos prises durant la Captation du DVD le 8 Janvier 2016 et au Brest Arena le 19 Mars 2016.

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Yamin Dib, le comédien qui ne fait pas semblant

On lui doit d’ajouter de la wifi dans « La Légende du Roi Arthur », de glisser Lady Gaga au milieu de « Mozart, L’Opéra Rock », entre autres. Mais Yamin Dib ne se résume pas à ce roi des anachronismes, ce trublion au sens comique inégalable et à la répartie affûtée. C’est aussi un immense comédien qui sait mettre dans ses rôles tragiques toute la tendresse et la sensibilité que ses boutades ne réussiront pas à masquer.

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Dove Attia le réclamait depuis longtemps, il le rêvait dans le rôle de Ké, le demi-frère du Roi Arthur. Mais Yamin Dib était pris par une pièce très forte, mise en scène par Nour-Eddine Maâmar, « Le voleur d’autobus », joué durant le dernier Festival Off d’Avignon. L’histoire d’un homme dont la femme est mourante à l’hôpital et qui s’empare du bus censé lui permettre de la rejoindre à temps car le chauffeur est un bon à rien désinvolte. Il arrivera trop tard et bien sûr, il sera jugé. Cette tragi-comédie sociale qui pointe du doigt les mauvaises répartitions des richesses, les vies déjà tracées, l’absurdité du système social a aussi un humour corrosif. « C’est une pièce incroyablement riche, bouleversante souvent mais surtout tellement vraie. Pour un acteur, c’est superbe à jouer et j’ai la chance d’avoir pour partenaire, Linda Chaïb, qui est une actrice magnifique. Concilier les deux projets aurait été compliqué même si la tentation était grande… »

Si grande que Yamin Dib a fini par entendre les sirènes de la Table Ronde et a accepté de reprendre pour toutes les dates de tournée le rôle de Ké, laissé vacant par Olivier Mathieu, appelé sur un autre projet. Mais en éternel perfectionniste, le comédien ne s’est pas contenté de reprendre l’habit. Il a quasiment entièrement réécrit le rôle. « J’ai longuement regardé les vidéos du spectacle, je suis allé à plusieurs représentations et j’ai trouvé que Ké manquait de densité, qu’il fallait lui donner une autre colonne vertébrale. Je ne le voyais pas dans ce frangin gaffeur aux allures de bouffon du roi. Désormais, Ké veut devenir lui aussi chevalier de la Table Ronde et il se verrait sans problème à la place de Lancelot en inconscient qu’il est. » Cette nouvelle version a bien sûr été soumise à Dove Attia et Giuliano Peparini, le metteur en scène, qui l’ont immédiatement adoubée. Ne restait plus qu’à répéter. « On a fait deux, trois séances de travail puis j’ai eu quatre heures de répétition. Pas davantage! impossible en effet de faire venir la troupe pour caler les moments, vérifier le bon fonctionnement des réparties. La première a donc été le vrai test. Et ça a semblé fonctionner! »  DSC_4815 DSC_5110

Les fidèles des comédies musicales espéraient depuis longtemps ce retour et ont en effet réservé à Yamin Dib un accueil impressionnant. De quoi lui enlever ses derniers doutes et l’encourager à ajuster ses répliques en fonction des villes de la tournée, un exercice qu’il affectionne particulièrement. A Brest, on a ainsi entendu Ké reprendre « Tri Martelod » et manier la langue bretonne avec une belle dextérité, ce qui n’a pas manqué de faire rire le public… et ses partenaires pourtant très concentrés. « J’ai pensé un moment à faire du one man show. Et puis je me suis rendu compte que cette solitude n’était pas pour moi. J’ai besoin des autres pour jouer, les vannes ne sont jamais meilleures que lorsqu’elles bénéficient d’un retour. Avec David Alexis, qui joue Merlin, on s’est rencontré dans « Dothy, le magicien d’Oz » voilà près de dix ans et on est resté très potes. On a une forme d’humour assez similaire. Savoir que nous aurions ces échanges sur scène dopait l’écriture. Jouer à plusieurs, c’est quand même retrouver l’essence même de ce métier. »

On le sait peu mais Yamin Dib n’a pas débarqué un matin au milieu des comédies musicales à succès armé de son seul amour de la rigolade. Après avoir suivi les cours du Conservatoire d’Annecy, il a filé en Italie apprendre la Comedia dell’arte comme ténor puis il a rejoint le Cours Florent. Histoire de se donner toutes les cartes, le jeune comédien apprend aussi les techniques de choristes, la façon de placer sa voix en studio ainsi que les ficelles du doublage. « Plus on a d’expériences, de connaissances, plus on est rassuré. Je n’étais pas certain que ce parcours ouvrirait les bonnes portes, surtout quand on n’est pas le grand blond aux yeux bleus à mettre en beau sur l’affiche mais j’étais convaincu qu’un jour ou l’autre, ça me permettrait au minimum de vivre de ce métier. Et ce fut le cas! »
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 Yamin Dib et David Alexis (Merlin).

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En 1988, il débute en Sganarelle dans « Dom Juan » puis il prend part à « L’ arrestation », d’ Anouilh avant de figurer dans de nombreuses séries télé à succès, « Commissaire Moulin », « PJ » ou « La Crim ». En 1992, Patrice Leconte le dirige dans « Tango ». C’est en 2000 qu’il fait ses premiers pas dans le monde de la comédie musicale avec « Les Mille et une vies d’Ali Baba » où il tient le rôle du Perroquet. Repéré par le producteur Jean-Claude Camus, on le retrouve alors en ami du couple formé par Alexandra Lamy et Jean Dujardin dans « Un gars, une fille ». Suivent d’autres séries comme « Caméra Café 2 » avec Yvan le Belloc’h et Bruno Solo, « Scènes de Ménage » ou  « Le vrai journal » de Karl Zéro. De nombreux doublages aussi, pour Le Roi Lion 3, Kiri le Clown ou Starracers… la formation n’avait donc pas été inutile!

« En 2007, j’ai intégré la série « 5/5 » d’ Eric Métayer et cela a constitué un moment important. D’Abord parce qu’Eric Métayer a quand même le talent en héritage et parce qu’il m’ a redemandé sept ans plus tard pour « Le Train Fantôme », une pièce impossible à résumer, dans laquelle le public devenait lui même acteur, et qui a connu un joli succès à la Gaité Montparnasse. Preuve que les rencontres sont essentielles dans ce métier. J’ai vécu la même chose quelques années plus tard. J’étais dans « Dothy, le magicien d’Oz » au Grand Rex, produit par Dove Attia, en 2009. Il m’a rappelé ensuite pour tous ses spectacles et je suis devenu Rosenberg dans « Mozart, l’Opéra Rock », Ramard dans « 1789, les Amants de la Bastille » et donc Ké, pour la tournée de « La Légende Du Roi Arthur ». Il n’y a rien de réducteur dans ces personnages comiques qui ponctuent l’intrigue. Je les considère plutôt comme permettant une belle mise en lumière et comme le public est fidèle, je me sens assez chanceux. »

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La tournée s’achèvera en juin à Lille. Alors Yamin Dib pourra s’atteler à ce projet qu’il porte depuis des années, la réalisation de son premier film, « Le P’tit Bougnoule », une production Prod Et In, un film produit par Douglas Lemenu. L’ histoire simple et sans pathos de l’arrivée dans un village de l’Ain, d’un gamin de sept ans, né dans une famille aux origines maghrébines. Les parents qui ne font pas les choses à moitié veulent pour lui une intégration totale, l’inscrivent au catéchisme, ne parlent pas de leurs propres origines. Et puis il est renversé par une voiture et plonge dans le  coma. Il faut alors retrouver les témoins de cet accident mais personne ne veut parler… Difficile de ne pas y voir une part autobiographique lui qui est né à Marseille et a lui aussi déménagé dans l’Ain, ses parents souhaitant pour lui et ses frères et soeurs, une vie française parfaite, intégrée et si possible avec de jolis résultats. « Evidemment qu’il y a de moi dans cette histoire… bien que je l’ai beaucoup adaptée. Je veux montrer que la vie pouvait être assez douce quand on était immigré dans ces années là, loin du bruit des cités. Jusqu’à ce que la rumeur enfle, que la province prouve qu’elle n’échappe pas davantage au racisme ordinaire. Il y aura donc plein de sentiments contraires et des rebondissements.» Yamin Dib a mis de côté son humour irrésistible. Le regard se charge de tendresse et de douceur. Il sourit, songeur… Ce film, vraiment, il y tient. Le format n’est pas encore fixé, court ou moyen métrage, un format TV aussi pourquoi pas car cette vision de l’immigration tranche des scénarios habituels. Le tournage devrait avoir lieu cet été, dans la région Rhône-Alpes. Puis à l’automne, il repartira en tournée avec « Le voleur d’Autobus » et s’envolera trois semaines dans les pays de l’Est avec la troupe de « Mozart, le symphonique ». Il n’était pas de la première tournée en Russie et en France. Il sera de cette quinzaine de dates, sorte de Maître de cérémonie façon Emcee dans « Cabaret ».

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D’ici là, Yamin Dib aura aussi eu le temps de profiter des escales de «La Légende du Roi Arthur » pour tourner de nouveaux épisodes de « C’est pas la bonne… », la web-série écrite avec David Alexis, les deux compères jouant Djamila et Ludvila sous la caméra de Julien Lamassonne. « Elles ne brillent pas par leur intelligence ces deux là mais leur absurdité semble plaire. Le teaser a beaucoup fait parler, le premier numéro avec Florent Mothe en invité, également. Nous avons déjà plusieurs autres épisodes en boite. Chaque fois avec un thème et des invités différents. On écrit pendant les trajets, on tourne entre deux représentations. Ca va vite mais ça ressemble bien finalement au rythme que l’on souhaite impulser dans cette série. Je ne sais pas où tout ça nous mènera. Mais dans la vie existe t’il quelque chose qui soit inscrit d’avance..? »

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET. 

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Derrière la caméra, Julien Lamassonne.

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Impressionnant tournage pour la Légende du Roi Arthur

Après quatre mois de succès  au Palais des Congrès (Paris), « La légende du Roi Arthur » immortalise ses vingt tableaux, ses jeux de scène bluffants et ses partitions devenues tubes dans un DVD (et un film) en 3D dernier cri. Les trois jours de captation ont été menés à la baguette par une équipe coréenne et américaine surexpérimentée. Pour chausser les lunettes, il faudra juste un peu de patience…

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11h30 ce 8 janvier. Au Palais des Congrès, c’est déjà l’effervescence. Mais pour une fois, c’est au pied de la scène que le spectacle se déroule. Trois grues télescopiques et pas moins de quinze caméras ont remplacé les premiers rangs de fauteuils et se répartissent l’espace, prêtes à dégainer leur technologie dernier cri pour mettre en boite « La légende du Roi Arthur ». Aux manettes de ces trois jours de captation, Myron Jung, le réalisateur coréen à qui avaient déjà été confiés les tournages de « Mozart l’opéra Rock » et « 1789, les amants de la Bastille » et l’américain Mark H. Weingartner, le stéréographe 3D qui a fait ses gammes sur « Mission impossible », « Avatar », « Inception » ou bien encore « Pirate des Caraïbes ». Bref, pas franchement des bizuths!

Le foyer des artistes aussi a opéré une vraie mue et pris des allures de tour de contrôle, avec des écrans de télévision en mur circulaire et des ordinateurs que ne perdent pas du regard des visages hyper concentrés.

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Trois jours pour boucler ce qui n’est pas une simple captation puisqu’il faut compter avec les contenus audiovisuels hors normes du spectacle, c’est très court. Il ne faut donc pas se louper, avec cette difficulté supplémentaire que constitue la multiplicité des formats : outre les traditionnels TV, DVD, Blu-Ray et cinéma, l’équipe de production franco-coréenne a souhaité produire des versions du film en 10K2D (une résolution cinq fois supérieure au Full HD) et 4K3D,VR 360° (la réalité virtuelle en 360° expérimentée avec des équipements de type Oculus). Ce nec plus ultra de la technologie ne parle pas forcément au plus grand nombre mais il devrait offrir une version totalement unique et inédite du spectacle. Pour l’heure, jour 2 de tournage, il reste encore une captation à blanc (salle vide) à tourner et une dernière en soirée, avec un dispositif allégé, beaucoup plus discret surtout, afin de ne pas gêner le public.

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« Tournage dans dix minutes! Ok tout le monde ? Les danseurs d’ « Un nouveau départ », vous vous souvenez qu’on le refait sans Zaho qui parle ? Ok ? Alors merde, merde.. Toï Toï!! » Depuis la régie scène, l’assistante de Giuliano Peparini, le metteur en scène, glisse ses dernières recommandations. La troupe écoute dans un coin de scène, attentive.. et sans doute encore un peu endormie compte tenu de l’horaire assez inhabituel. Tamara Fernando (Leïa) ne peut d’ailleurs refouler un bâillement avant de reprendre des étirements studieux.

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Derrière les caméras, les techniciens discutent et reviennent sur le tournage de la veille. Quelques uns ont découvert les étendues de la 3D et en ont encore le vertige. « C’est totalement dingue… Habituellement, tu joues avec la caméra de façon à avoir de la profondeur de champs et là, impossible de resserrer car ça créée immédiatement des perspectives… Je suis bluffé. J’ai l’air d’un vieux nase mais franchement c’est dingue. Ce n’est plus le même métier en fait !! » Un cadreur traduit pour un homologue coréen qui approuve en riant, visiblement déjà convaincu.

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Dans les travées, David Alexis (Merlin) remonte avec ses deux complices… Un pied qui marche sur le manteau et la progression qui stoppe net. Sourires puis retour instantané à la concentration : là où le cinéma multiplie les prises, la concision du tournage ici n’autorise que modérément les ratés! Et c’est avec son jeu impeccable que l’acteur redescendra vers la scène, totalement dans son personnage.

Les caméras se déplacent, les grues viennent se poser au plus près des chanteurs, le ballet au pied de la scène comme aux abords des coulisses est incessant mais personne ne se laisse distraire. Alors que la salle offre un océan rouge de fauteuils vides, Florent Mothe (Arthur), Camille Lou (Guenièvre), Zaho (la fée Morgane), Fabien Incardona (Méléagant), Charlie Boisseau (Lancelot) et les autres jouent comme s’ils devaient emporter dans leur aventure les trois milles spectateurs habituels. Il flotte même comme une envie de convaincre encore plus forte, engendrée peut être par l’idée que cette représentation là serait définitive et gravée à jamais. Les voix sont calées, le jeu convaincant. Seul moment étrange, le temps de rupture entre deux scènes. Habituellement, il est comblé par les applaudissements. Là, il n’y a qu’un silence studieux.

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« Entracte, vingt minutes de pause! Ne vous éparpillez pas. On reprend aussitôt. Et dès que ça reprend, restez bien concentrés sur le son. Merci! » Fabien Incardona se pose un moment dans les fauteuils pour regarder les grues tentaculaires et discuter avec des techniciens. A l’autre bout de la salle, David Alexis discute lui aussi.

L’équipe coréenne part à la recherche d’un thé « ou d’un french coffee ». Une de leur représentante discute avec Dove Attia dans les hauteurs du Palais des Congrès. Cet Arthur, des années qu’il en rêvait. Dans ses rêves les plus fous, il se serait même bien vu donner une suite à ce premier volet pour boucler l’histoire, une sorte d’ « Arthur 2 » qui aurait donné vie à l’enfant de Morgane et d’Arthur et fait disparaître les héros,  comme dans les récits de la Table Ronde. C’est dire si cette signature des plus grandes comédies musicales des dernières années (on lui doit quand même Les 10 Commandements, le Roi Soleil, Mozart, l’Opéra Rock, 1789, les Amants de la Bastille, entre autres..) veille avec tendresse et gravité sur la vie de celui ci.

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Il a pris une part plus qu’active dans le scénario, les textes et les partitions mais il ne rechigne pas pour autant à porter des modifications si le jeu souhaité par son metteur en scène l’impose. Metteur en scène qui surgit d’ailleurs pour conseiller les cameramen. « Attention sur cette scène de la Table Ronde… Il ne voit pas car il a une capuche alors on fait gaffe… je ne voudrais pas qu’il se prenne une camera dans la gueule! » C’est clair!

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« Retour tout le monde… Petit rappel, la fin qui sera filmée sera la même que celle d’hier, ok ? Allez, on y va jusqu’au bout, avec les saluts comme si le public était là. C’est bon pour tout le monde? » Sur le devant de la scène, Florent Mothe interroge pour une ultime précision sur une différence apportée par rapport aux dernières représentations. Giuliano Peparini (armé de son désormais célèbre stylo laser) montre un déplacement. Le chanteur, méticuleux, repart. Concentré et toujours aussi spectaculaire dans sa panoplie royale.

Les combats sont réglés au millimètre, les chorégraphies originales sont magnifiques, tour à tour énergiques ou émouvantes, indispensables en tout cas à l’équilibre de l’ensemble. Malgré la présence renforcée d’opérateurs sur scène, personne ne fissure son personnage. Tous sont impeccables. Et à la fin, quand le regard d’Arthur se brouille de vraies larmes, un frisson parcourt la petite assemblée présente.

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Quelques notes supplémentaires pour accompagner les saluts et dernières paroles, le rideau qui se ferme… et c’est toute l’équipe technique qui applaudit. Les coréens sont ravis et impressionnés par ce qu’ils viennent de voir. Comment dit on « Bravo » en coréen? Comment dit on « Décembre » aussi peut être? Car il va falloir patienter un peu. Pour voir le film au cinéma (le temps de quelques représentations exceptionnelles) ou chez soi, il faudra patienter jusqu’à la fin de l’année. En attendant, restent les dernières dates parisiennes et la tournée dans les principales villes françaises. Clap de fin le 25 juin à Lille où la troupe avait déjà fait salle comble en décembre.

Malgré les évènements et une actualité qui ne prêtaient pas à la détente, cet Arthur là a su se battre vaillamment et restera dans la légende. Il y a bien « quelque chose de magique » chez ses interprètes.

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

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Arthur entre avec noblesse dans la légende de la comédie musicale

Depuis la mi-septembre, Paris abrite l’une des plus célèbres histoires de la mythologie celtique, revue et réorchestrée par Dove Attia, grand enchanteur de la comédie musicale en France. Arthur, Guenièvre, Morgane et les autres entreront-ils dans la légende ? Réponse au Palais des Congrès jusqu’à la fin novembre.                            

Il était une fois Arthur, écuyer devenu Roi, la douce Guenièvre, sa blondissime chérie et le fidèle Lancelot du Lac. Deux hommes, une femme… Au temps anciens des contes et légendes de Bretagne, on savait déjà les ingrédients qui feraient vibrer les soirées à l’ombre des dolmens. Feydeau n’aurait plus qu’à copier-coller. Mais l’intrigue aurait souffert s’il n’y avait eu la juste dose de magie et de fantastique. Arrivent alors Morgane, une fée sans baguette mais à la manigance naturelle, demi soeur d’Arthur, partagée entre peine et soif de vengeance, Méléagant, prince frustré à qui le trône échappe faute d’avoir pu décrocher Excalibur. Merlin bien sûr, hôte régulier des récits celtes. Quelques siècles plus tard, s’y greffent aussi des danseurs, des effets spéciaux parfaitement réussis, des chansons dont certaines sont déjà devenues des tubes, une vingtaine de décors et pas moins de quatre-cents costumes… bienvenue dans le nouveau spectacle imaginé par Dove Attia, mis en scène et chorégraphie par Giuliano Peparini, celui à qui avait déjà été confié « 1789, les Amants de la Bastille » !

En décidant de s’approprier la Légende d’Arthur, Dove Attia a du choisir parmi toutes les versions de ce récit célébrissime. prendre un parti et le décliner sans pour autant trahir les fondamentaux. Il a décidé que ce serait l’histoire extraordinaire d’un homme ordinaire, celle d’un jeune écuyer qui devient roi et découvre alors sa véritable origine, tombe fou amoureux de Guenièvre jusqu’à ce que la route s’écarte de ces sentiers trop romantiquement balisés.

Le livret est bien ficelé et laisse la part belle au suspens, à la magie et à l’émotion. Le texte a une place plus grande que dans les comédies musicales présentées en France ces dernières années. On sent que le jeu d’acteur a été plus exploré. Les personnages y gagnent en densité et les chanteurs sont plus à l’aise, plus justes aussi, dans ces passages purement théâtraux.

Il est vrai aussi que les interprètes en question ont déjà un joli parcours: c’est à Florent Mothe, inoubliable Salieri de « Mozart, l’opéra rock » que revient le rôle titre. Affûté, maniant l’épée sans rien perdre de ses capacités vocales, il est un Arthur touchant et charismatique. Camille Lou, déjà présente dans « Les Amants de la Bastille » glisse du grave dans ses notes comme dans ses tourments.

Les vraies surprises sont à trouver plutôt du côté de Zaho en fée Morgane parfaite. Sa présence au casting avait surpris. Pas beaucoup de connexions a priori entre l’interprète de « C’est chelou » et cet univers mythologique. Un vrai scepticisme même, malgré ses nombreuses collaborations, à lui voir confier une partie de la partition… Autant reconnaître l’erreur d’emblée : Zaho est d’une crédibilité totale et contribue à faire de Morgane un personnage majeur de l’histoire. Autre jolie découverte, celle de Fabien Incardona en Méléagant. Sa voix se joue des envolées, son jeu sait l’équilibre entre inquiétude et charme. Dommage que sa présence ne soit pas plus importante mais  ce rôle  devrait donner une belle impulsion à sa carrière. Dommage aussi que David Alexis (Merlin) ne soit pas davantage présent. La faute à l’histoire bien sûr mais sa diction comme sa voix offrent de vrais moments de plaisir. Quant à Charlie Boisseau, qui a remplacé en cours de préparation David Carreira happé par ses projets personnels, il devrait réussir à s’imposer davantage au fil des représentations, sa voix étant déjà joliment posée.

Des effets spéciaux spectaculaires, une utilisation toujours aussi recherchée de la projection, des décors spectaculaires et des costumes aussi impressionnants que somptueux, de nombreuses chansons déjà devenues tubes (Dove Attia s’est associé Zaho, mais également  Rod Janois, grand habitué lui aussi des comédies musicales, Skread, Sylvio Lisbonne, Nazim Khaled pour la partition, Vincent Baguian mettant sa griffe sur une grande partie des paroles)… si l’on excepte le son du Palais des Congrès, toujours aussi aléatoire, il y a tout pour faire entrer Arthur dans une autre forme de légende. La réponse est désormais dans les mains du public.

Magali MICHEL.


– La légende du Roi Arthur, Au Palais des Congrès 2 place de la Porte Maillot 75017 Paris jusqu’à la fin novembre, en tournée dans toute la France de décembre à juin. –

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