En concert à Paris, The Script a le sens de la mise en scène

Après un premier passage près de cinq ans jour pour jour sur la célèbre scène du Boulevard des Capucines, The Script étaient de retour à Paris ce 27 Février. Dans un Olympia débordant d’enthousiasme, les irlandais ont offert un concert sans temps mort, inventif, généreux et plein de surprises.

Ils le savent depuis longtemps : les rangs de leurs fans français n’ont jamais cessé de grossir et leur fidélité ne s’est jamais démentie. Alors forcément, lorsque les trois membres fondateurs de The Script et les deux musiciens qui les accompagnent ont jailli, ce fut un tonnerre d’applaudissements et de cris, de quoi faire oublier aux plus irréductibles les longues heures d’ attentes dans le froid avant l’ouverture des portes. Mais les premiers rangs, ça se mérite !

Dans un look « blond is no longer the new black » révélé la veille lors de la dernière date londonienne, Danny O’ Donoghue donne le ton d’entrée : la soirée serait festive, énergique et en total échange avec cette salle pleine à craquer, les billets du « Freedom Child Tour » s’étant envolés en quelques jours. A ses côtés, Mark Sheehan et Glen Power, larges sourires et doigts en forme de coeur, semblent gagnés par l’émotion de cet accueil impressionnant. Les premiers accords du tubesque « Superheroes » résonnent… C’est parti pour près de deux heures d’un show qui ne connaitra aucun temps mort. « Rock the world » à peine achevé, « Paint the Town Green », extrait de « No Sound Without Silence », le très bel opus précédent, éclate déjà. Les sonorités de musique traditionnelle irlandaise sont porteuses. Dans les travées comme sur scène, ça danse et bondit, l’Olympia la joue fête de la Saint-Patrick et déborde de joie.

Difficile de faire plus cool que ces irlandais là qui, en dix ans et cinq albums, ne cessent de bâtir ce « Hall of Fame » qu’ils ont si bien chanté. Dix ans pour surmonter les épreuves personnelles, les doutes et connaître enfin l’ivresse tranquille de ces moments explosifs, ces concerts à guichets fermés dans des salles, et des festivals, de plus en plus importants.

Ce n’était pourtant pas gagné quand on est comme Danny O’ Donoghue et Mark Sheehan, à partager une enfance dans les quartiers modestes de Dublin. Passionnés de musique, après un détour par les Etats-Unis, les deux complices, devenus entre temps producteurs, décident alors de rentrer au bercail pour écrire leurs propres partitions. Glen Power renforce le binôme et après quelques expériences plus ou moins réussies, The Script voit le jour. « Le nom était tout trouvé, » raconte le chanteur. « Nous partageons cette envie commune que nos chansons racontent une histoire. Avec un début et une fin. Les thèmes sont bêtement inspirés par la vie. Mais au fond, existe t’il meilleur creuset? »

Le premier album éponyme  est sorti en août 2008. « We Cry », l’un des singles, truste les place de tous les charts à travers le monde et surprend le plus optimiste des bookmakers. « The Man who can’t be moved » totalise plus d’un million de ventes aux Etats Unis et près de 70 millions de vues sur YouTube. Deux Awards achèvent de saluer cette réussite. Le scénario aurait pu combler tous leurs rêves si au même moment Danny O’ Donoghue et Mark Sheehan n’avaient pas perdu simultanément l’un de leurs parents. Ils réussiront pourtant à finir dans les temps l’album suivant. Mais chacune de leur interprétation de la magnifique « If you could see me now » fait toujours souffler un vent d’émotion bien réel.

Avec « Science & Faith », The Script poursuit sur le chemin du succès. « For the first Time » est un succès planétaire et s’inscrit directement dans le Top 4 au Royaume Uni et aux Etats Unis. La tournée qui a suivi aurait pu doubler ses dates tant la demande est forte. Mais ce n’est rien par rapport à ce qui se produit ensuite, lorsque Will I Am (que Danny O’ Donoughe a rencontré en partageant avec lui les fauteuils rouges de The Voice UK) collabore à « Hall of Fame », resté à ce jour le plus gros succès du groupe, celui qui les a propulsés encore plus haut, offrant des dizaines de disques d’or partout dans le monde. 331 millions de vues sur Youtube. Devenue l’une de leurs chansons « repères », elle est de tous les concerts.

En 2013, lors de leur premier passage à l’Olympia, The Script étaient transcendés par ces fans étrangers qui clamaient leur passion. Le groupe en ressentait une émotion qui semblait les porter au point peut-être de les entraver car ils agissaient selon ce que la salle attendait. Toujours aussi généreux et reconnaissants, forts d’une expérience plus longue, les irlandais n’hésitent pas aujourd’hui à vivre le moment au gré de leurs envies. Ils osent davantage, quitte à descendre dans les premiers rangs de la fosse en début de concert… ou à venir chanter depuis le balcon en lieu et place de quelques spectateurs qui, pour l’occasion, ont laissé place à des pieds de micro et un piano portable. Ce 27 février, « If you ever come back » et « Never seen anything quite like you » resteront ainsi dans le coin émotion de toutes les mémoires.

Autre surprise, la venue d’Amir en guest inattendu sur le titre « Rain ». Les fans l’ espéraient et il se murmurait que la chose était possible. Bien vu, l’ancien candidat de The Voice n’a pas failli et a mis sa voix à l’unisson de l’enthousiasme des irlandais, offrant un très joli et joyeux moment.

La setlist, parfaitement ajustée, mixant savamment morceaux du dernier album et succès plus anciens, a enchainé avec « No Good in Goodbye » et « Breakeven » avant de finir en apothéose sur « Hall of Fame » repris par la salle debout. Une vingtaine de chansons et le groupe filait à… l’irlandaise. Cap sur l’Allemagne. Guys, vous avez raison, there’s « No Good in Goodbye ».

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

The Script poursuit sa belle histoire au Main Square Festival.

Après l’Olympia en Janvier 2013 et le Zénith en Mars dernier, The Script était de retour en France pour son premier festival dans l’Hexagone. Un bapteme du feu célébré avec 40.000 fans massés dans la Citadelle d’Arras. Grâce au trio irlandais, le Main Square Festival connaissait son premier temps fort. énergique. Joyeux. Une heure d’Irish Power en partage.

« Thanks for coming! Really nice to meet you. Do you want a Curly? » Ok ! On se reprend. Danny, je t’explique, c’est nous qui sommes heureux de te rencontrer. Heureuses de pouvoir échanger avec vous les gars alors que dans la cour voisine de la Citadelle, près de 40.000 fans vous font déjà les yeux doux. Alors que le Main Square d’Arras est votre premier festival en France, que vous êtes en tournée mondiale et qu’il y a deux semaines, vous donniez un show d’anthologie dans le mythique stade de Croke Park à Dublin. Quatre-vingt mille personnes, excusez du peu!! Donc, « Nice to meet you! » effectivement mais c’est nous qui le disons. Right ?!

Amusés et joyeux, Danny O’Donoghue, Mark Sheehan et Glen Power, consentent mais continuent de s’inquiéter de notre bien-être. Il fait 40 degrés dehors, à défaut de Curlys, on prendrait peut-être des « candy » ? « No, no !! Thanks. Really! » Et puis on ne va pas manger nos vingt minutes d’entretien en considérations gourmandes. Ce serait quand même bêta.

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Difficile de faire plus cool que ces irlandais là. Il leur aura pourtant fallu à peine sept ans et seulement quatre albums pour traverser ce « Hall of Fame » vanté sur leur précédent album. Sept ans pour vivre cette période totalement folle où chaque avion les emporte vers un nouveau succès. « That’s truly amazing !! We couldn’t be happier or more thankful. » On le serait à moins!!

A l’origine,  Danny O’ Donoghue et Mark Sheehan, copains d’enfance, natifs des quartiers pauvres de Dublin, fans de musique en général, de musique noire américaine en particulier, étaient producteurs. Ils avaient migré outre Atlantique et travaillaient avec Rodney Jerkins, The Neptunes, Teddy Reilly et Dallas Austin, où leur façon d’écrire et leur production en partenariat avaient vite séduit. Jusqu’au jour où le tandem a eu envie de rentrer en Irlande pour sortir ses propres partitions. Ils recrutent alors le batteur Glen Power et forment « My Town » avec deux autres musiciens. Le succès est relatif. Le trio se reforme sous le nom de « The Script » « parce que nos chansons se veulent comme des histoires, avec un début, une fin et entre les deux, l’évocation de problèmes aussi bien personnels que plus universels. »

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Le premier album éponyme sort en août 2008. Les singles font aussitôt exploser les pronostics les plus optimistes. « We Cry », qui est une allusion directe au lourd passé irlandais, est un succès mondial. « The Man who can’t be moved » totalise plus d’un million de ventes aux Etats-Unis… et plus de soixante millions de vues sur Youtube. « On hallucinait et en même temps, on doutait car on avait assez vécu pour savoir que dans ce métier, rien n’est jamais acquis. On a décroché deux Award pour cet album mais je me demandais si nous allions avoir la chance de durer… » se souvient Danny O’Donoghue. « C’était un moment très étrange avec des sentiments contrastés en fait. » D’autant plus contrastés que le chanteur et Mark Sheehan perdent coup sur coup un de leurs parents mais réussissent malgré tout à finir l’album. « If you could see me now », sur l’opus suivant, sera un hommage émouvant, là aussi porteur d’énorme succès.

Trois ans plus tard, The Script sort « Science and Faith ». « For the first time », premier extrait, entre directement dans le top 4 au Royaume Uni et aux Etats Unis. Le trio partage des scènes avec U2, Paul McCartney. « La tournée avec cet album était si incroyable que jamais nous aurions imaginé vivre plus fort encore, » se souvient Mark Sheehan. « 55.000 fans à l’Aviva Stadium, c’était un cadeau énorme, plein d’émotions. » L’année suivante pourtant, par la grâce d’un titre en collaboration avec Will.I.Am (avec qui Danny O’Donoghue partage le jury de The Voice UK), The Script connaît une envolée plus haute encore. « Hall of Fame » devient le plus gros succès du groupe, avec des dizaines de disques d’or partout dans le monde et plus de 150.000.000 de visionnages sur Youtube. « Là encore, il faut essayer de conserver son calme et ne pas bouder son enthousiasme. Comment ne pas être heureux de ça? Quel artiste ne rêverait pas de cet immense succès? Aujourd’hui, cette chanson est incontournable. Impossible de ne pas la jouer sur scène! Elle aurait pu nous enfermer dans un genre mais finalement, « Six degrees of separation » et « If you could see me now » ayant elles aussi rencontré le succès, aucun titre n’a effacé les autres. C’est important pour nous de constater ça, » poursuit Danny O’ Donoghue. « Je suis heureux quand chaque chanson, chaque album trouve la place que nous leur souhaitions. Là aussi, cela doit raconter une histoire. La notre, pas seulement nos vies mais nos regards croisés sur le monde qui nous entoure. Comme « Superheroes », single de « No Sound without Silence », notre album sorti voilà un an. Nous souhaitions rendre hommage à notre façon à tous ces gens, tous ces anonymes qui se battent au quotidien pour faire vivre leur famille et parfois même pour survivre, tout simplement. Nous ne faisons pas de politique. Ce que nous faisons ne nous donne pas le droit de nous penser ambassadeurs de l’Irlande. Nous buvons des bières, nous ne sommes pas des modèles. Mais nous sommes des citoyens qui ont la chance de voyager partout dans le monde et à ce titre, nous devons garder les yeux ouverts. Et partager… Nothing’s better ! »

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Credo manifeste si l’on en juge par ce qui se passe sur scène. Il y a deux ans, lorsqu’il était à l’affiche de l’Olympia, The Script assurait le show avec la facilité de ceux qui sont portés par leurs fans. Aujourd’hui, affranchis de toutes les pressions, Danny O’Donoghue et Mark Sheehan bougent davantage, le premier n’hésitant pas à chanter en traversant le public avec une Go Pro, le second en mouvements constants avec sa guitare d’un bout à l’autre de la scène. Comment appréhendent-ils ce premier Festival en France parmi les plus importants d’Europe ? « Avec bonheur! Mais en ayant conscience que le public vient aussi pour tous les autres groupes programmés aujourd’hui. C’est important de ne pas l’oublier. Après, s’ils viennent aussi pour nous, évidemment, c’est cool! »

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Un petit regard sur ce qui les attend face à la Main Stage aurait suffi à les renseigner. Des dizaines de pancartes porteuses de demandes en tous genres, des dédicaces qui laissaient peu de place aux doutes, The Script scandé en choeur… Et quand le trio surgit sur scène, les voix enthousiastes qui reprennent en choeur sitôt les premiers accords. Assez bluffant. « On est en été. Un festival est un moment joyeux, on a donc pensé la setlist en excluant toute chanson triste. Il faut que les gens aient le sourire. Je ne sais pas ce que sera notre prochain album ni précisément quand il sortira », poursuit Danny O’Donoghue. « Mais je voudrais que ces sentiments réciproques vécus durant cette expérience unique de tournée aussi monstrueuse et sold out soient gravés d’une manière ou d’une autre. Est-ce que nous sortirons un live ? Y aura t’il un DVD ? C’est encore trop tôt pour le dire. Mais il faut qu’il y ait une trace de tous ces moments. Chaque rencontre avec une personne comme avec un public est un souvenir à jamais inscrit… Are you sure you don’t want a Curly? So nice to meet you! » Danny, tu abuses. Je ne sais pas si « nice » est le mot juste. Mais incroyablement fun est certainement le bon résumé.

Magali MICHEL.

Crédit photo écran // Magali MICHEL.

Crédits photos autres // Sophie BRANDET.

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