La liesse s’est lovée pour Ben Mazué

Autant le dire d’emblée, Ben Mazué est un génie. Il réussit en trois albums puisés dans une encre brillante et acérée, qui n’hésite pas à se tremper de grave sans jamais se départir d’un humour subtil, à ringardiser les spectacles guitare-voix (et même guitare-claviers-voix). Il a cassé les codes, trouvé une idée tellement plus originale et porteuse, tellement plus forte que son scénario (car c’est bien cela dont il s’agit), ses caissons de résonance émotionnelles nous emportent dans des abîmes dont nul ne ressortira intact. 

Ce qui est enthousiasmant dans une première fois, c’est le plaisir de la découverte, l’envie de voir si cet artiste dont on connaît les trois albums quasiment par coeur mais que l’on n’a pas encore eu l’occasion de voir sur scène sera à la hauteur de son écriture précise, raffinée, son regard à la fois percutant et drôle, caustique, tendre et même un peu angoissé. Les échos sont d’un enthousiasme tels que les salles se remplissent toutes en quelques jours et leur taille ne cesse de grossir, ce qui est quand même gage d’un réel succès. Mais peut-être ce sont les fans qui se reproduisent entre eux ou qui squattent de ville en ville, date après date? En amour, tout est possible. Alors le suspens reste entier.

En 2011, avec son premier album éponyme, Ben Mazué avait marqué les esprits. Son phrasé, son slam et sa musicalité donnaient plein pouvoir à des chansons comme « Evidemment », « Papa », ou bien encore « Lâcher prise ». Le public s’était alors massivement intéressé à ce jeune homme au regard marine sous la chevelure rousse désordonnée, à l’allure aussi timide que ses textes étaient plein d’une « vraie » vie tranquillement mise en lumière.

Aucun artifice, pas de blabla inutile mais des histoires déroulées qui captent l’attention pour ne plus jamais la lâcher. On le sait proche de Grand Corps Malade, avec qui on l’a vu partager des plateaux et des duos. On n’est pas surpris de découvrir qu’il se cache derrière les paroles de « La même robe qu’hier » interprètée par Pomme. Pas étonné de l’imaginer derrière « Sweet darling » ou « A l’équilibre » des Fréro Delavega, riches d’une douce poésie.

Avec ce troisième album sorti l’an dernier, « La femme idéale » un bel hommage est rendu aux femmes en général, à la sienne sans doute en filigrane. « Maitresse hors pair, âme soeur, bosseuse en or, mère, femme, soeur, tu peux pas, tu peux pas, tu peux pas… » Un titre qui scintille tel un néon en porte drapeau de l’ opus mais qui n’est que l’ un des thèmes abordés. Difficile de ne pas  citer « La liesse est lovée » qui parle si bien du bonheur, « Dix ans de nous », « Quand je vois cette image » ou bien encore « La mer est calme ». Les douze titres, superbement mixés, éclairent sur les pensées d’un presque quadra (on a bien dit « presque ») qui garde son optimisme mais n’échappe ni à l’angoisse de la lucidité, ni à certaines désillusions un peu drapées d’amertume. Une forme de mise à nu qu’il n’ habille jamais d’impudeur.

Dans « 33 ans » sorti en 2014, Ben Mazué déclinait tous les moments de la vie, au fil du temps qui passe. « 14 ans », « 25 ans », et même « 73 ans ». Des morceaux d’une étonnante justesse et d’une vérité aussi drôle que touchante ou cruelle. Des chansons qui avaient largement trouvé leur auditoire.

Avec tout ce matériau, ces perles de vie, certains auraient composé un spectacle « classique », déroulé par séquences d’âge ou par vagues d’émotion. Ben Mazué a eu envie d’autre chose. Après avoir assisté à un spectacle de Jacques Gamblin, totalement bluffé par le talent polymorphe de l’acteur qui n’hésitait pas à danser sur scène, il a eu envie d’un spectacle d’une vraie densité. Il a pensé son propre concert avec une précision d’orfèvre et imaginé plonger le public dans des scénarios emboîtés tels des poupées russes. C’est brillantissime, totalement nouveau. Poésie, chanson, slam, sketch s’entremêlent et le rire chasse les larmes. C’est doux et amer, généreux, musicalement inventif grâce à la patte de Robin Notte, pianiste et directeur musical dont la présence à ses côtés est part intégrante du succès.

En raconter davantage serait spolier le charme unique de la découverte, lever un pan de trop sur ce moment unique. A Nantes, ce 8 mars, Ben Mazué faisait salle comble à la Cité des Congrès, l’une des plus grosses salles devant lesquelles il avait eu l’occasion de jouer. En Novembre prochain, son Olympia (Paris) affiche déjà complet. Mais avant cela, il passe par plein d’autres villes et quelques festivals comme Le Printemps de Bourges (le 28 avril) et les Francofolies de la Rochelle (le 13 Juillet). A mi-parcours, Ben Mazué n’a plus à douter. Il ira loin…

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

En concert à Paris, The Script a le sens de la mise en scène

Après un premier passage près de cinq ans jour pour jour sur la célèbre scène du Boulevard des Capucines, The Script étaient de retour à Paris ce 27 Février. Dans un Olympia débordant d’enthousiasme, les irlandais ont offert un concert sans temps mort, inventif, généreux et plein de surprises.

Ils le savent depuis longtemps : les rangs de leurs fans français n’ont jamais cessé de grossir et leur fidélité ne s’est jamais démentie. Alors forcément, lorsque les trois membres fondateurs de The Script et les deux musiciens qui les accompagnent ont jailli, ce fut un tonnerre d’applaudissements et de cris, de quoi faire oublier aux plus irréductibles les longues heures d’ attentes dans le froid avant l’ouverture des portes. Mais les premiers rangs, ça se mérite !

Dans un look « blond is no longer the new black » révélé la veille lors de la dernière date londonienne, Danny O’ Donoghue donne le ton d’entrée : la soirée serait festive, énergique et en total échange avec cette salle pleine à craquer, les billets du « Freedom Child Tour » s’étant envolés en quelques jours. A ses côtés, Mark Sheehan et Glen Power, larges sourires et doigts en forme de coeur, semblent gagnés par l’émotion de cet accueil impressionnant. Les premiers accords du tubesque « Superheroes » résonnent… C’est parti pour près de deux heures d’un show qui ne connaitra aucun temps mort. « Rock the world » à peine achevé, « Paint the Town Green », extrait de « No Sound Without Silence », le très bel opus précédent, éclate déjà. Les sonorités de musique traditionnelle irlandaise sont porteuses. Dans les travées comme sur scène, ça danse et bondit, l’Olympia la joue fête de la Saint-Patrick et déborde de joie.

Difficile de faire plus cool que ces irlandais là qui, en dix ans et cinq albums, ne cessent de bâtir ce « Hall of Fame » qu’ils ont si bien chanté. Dix ans pour surmonter les épreuves personnelles, les doutes et connaître enfin l’ivresse tranquille de ces moments explosifs, ces concerts à guichets fermés dans des salles, et des festivals, de plus en plus importants.

Ce n’était pourtant pas gagné quand on est comme Danny O’ Donoghue et Mark Sheehan, à partager une enfance dans les quartiers modestes de Dublin. Passionnés de musique, après un détour par les Etats-Unis, les deux complices, devenus entre temps producteurs, décident alors de rentrer au bercail pour écrire leurs propres partitions. Glen Power renforce le binôme et après quelques expériences plus ou moins réussies, The Script voit le jour. « Le nom était tout trouvé, » raconte le chanteur. « Nous partageons cette envie commune que nos chansons racontent une histoire. Avec un début et une fin. Les thèmes sont bêtement inspirés par la vie. Mais au fond, existe t’il meilleur creuset? »

Le premier album éponyme  est sorti en août 2008. « We Cry », l’un des singles, truste les place de tous les charts à travers le monde et surprend le plus optimiste des bookmakers. « The Man who can’t be moved » totalise plus d’un million de ventes aux Etats Unis et près de 70 millions de vues sur YouTube. Deux Awards achèvent de saluer cette réussite. Le scénario aurait pu combler tous leurs rêves si au même moment Danny O’ Donoghue et Mark Sheehan n’avaient pas perdu simultanément l’un de leurs parents. Ils réussiront pourtant à finir dans les temps l’album suivant. Mais chacune de leur interprétation de la magnifique « If you could see me now » fait toujours souffler un vent d’émotion bien réel.

Avec « Science & Faith », The Script poursuit sur le chemin du succès. « For the first Time » est un succès planétaire et s’inscrit directement dans le Top 4 au Royaume Uni et aux Etats Unis. La tournée qui a suivi aurait pu doubler ses dates tant la demande est forte. Mais ce n’est rien par rapport à ce qui se produit ensuite, lorsque Will I Am (que Danny O’ Donoughe a rencontré en partageant avec lui les fauteuils rouges de The Voice UK) collabore à « Hall of Fame », resté à ce jour le plus gros succès du groupe, celui qui les a propulsés encore plus haut, offrant des dizaines de disques d’or partout dans le monde. 331 millions de vues sur Youtube. Devenue l’une de leurs chansons « repères », elle est de tous les concerts.

En 2013, lors de leur premier passage à l’Olympia, The Script étaient transcendés par ces fans étrangers qui clamaient leur passion. Le groupe en ressentait une émotion qui semblait les porter au point peut-être de les entraver car ils agissaient selon ce que la salle attendait. Toujours aussi généreux et reconnaissants, forts d’une expérience plus longue, les irlandais n’hésitent pas aujourd’hui à vivre le moment au gré de leurs envies. Ils osent davantage, quitte à descendre dans les premiers rangs de la fosse en début de concert… ou à venir chanter depuis le balcon en lieu et place de quelques spectateurs qui, pour l’occasion, ont laissé place à des pieds de micro et un piano portable. Ce 27 février, « If you ever come back » et « Never seen anything quite like you » resteront ainsi dans le coin émotion de toutes les mémoires.

Autre surprise, la venue d’Amir en guest inattendu sur le titre « Rain ». Les fans l’ espéraient et il se murmurait que la chose était possible. Bien vu, l’ancien candidat de The Voice n’a pas failli et a mis sa voix à l’unisson de l’enthousiasme des irlandais, offrant un très joli et joyeux moment.

La setlist, parfaitement ajustée, mixant savamment morceaux du dernier album et succès plus anciens, a enchainé avec « No Good in Goodbye » et « Breakeven » avant de finir en apothéose sur « Hall of Fame » repris par la salle debout. Une vingtaine de chansons et le groupe filait à… l’irlandaise. Cap sur l’Allemagne. Guys, vous avez raison, there’s « No Good in Goodbye ».

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.