CHRISTOPHE MAÉ A RATTRAPÉ SON RÊVE

Quand on a un dernier album en date certifié triple disque de platine, et, accessoirement dix années de succès incontesté derrière soi, le public vous attend forcément au tournant de la nouvelle tournée, espérant des surprises, une mise en scène façon « toujours plus haut, toujours plus fort ». Un pari que Christophe Maé relève avec euphorie. Haut en couleurs, musical et chargé d’émotions, son «Attrape-Rêves Tour» est un voyage bluffant d’énergie et de générosité.

Christophe Maé en concert, c’est toujours un moment unique. Car le personnage lui-même n’a pas son pareil. On peut le parodier, (tenter de) l’imiter en focalisant sur des succès qui ne seraient riches que de quelques accords… le musicien n’a plus besoin de répondre à ces sirènes de la mauvaise foi, il sait que le public ne lui est pas fidèle par hasard. Bosseur acharné (la projection d’un extrait d’interview de Jacques Brel en milieu de concert rappelle judicieusement la place du travail « car le talent n’existe pas »), musicien, danseur, comédien, il joue avec plaisir toutes les cartes que la scène peut lui offrir. Et il le fait sans bluffer, avec une générosité qui n’est l’apanage que de quelques uns.

Après l’avoir vu à Saint-Brieuc à l’automne dernier, dans le cadre des quelques dates de «pré tour», on avait bien compris que cet « Attrape-Rêves » enverrait du spectaculaire. On ne s’était pas trompé. Après une projection sur l’immense écran fond de scène d’un film façon western dans lequel Maé camperait Clint Eastwood avec ses musiciens qui débarquent les uns après les autres dans les rôles traditionnels du genre (un toubib, un barman, des bons mais aussi des brutes et des truands), la montagne peut s’ouvrir : les Rocheuses, la Monument Valley, une veillée feu de bois, le saloon et mêmes les frimes de la Californie, le public va sortir son passeport pour deux heures d’un voyage dont il n’aura jamais envie de débarquer. La scénographie est imaginative, le décor crée l’illusion à coups de projections et de lumières superbement conçues. Le show fait dans le sensationnel, le concepteur n’a pas failli ! (Christophe Maé a souligné la part créative importante jouée par Joseph di Marco, son complice musicien et danseur, dans cette tournée). Les musiciens et les choristes (beaucoup étaient déjà dans la précédente tournée) sont d’énormes pointures et l’amitié qui les unit n’a rien d’un faux semblant.

Emu, rappelant qu’il s’était écoulé à peu près dix ans depuis sa première tournée, remerciant parce qu’ « enfant, il rêvait de jouer de l’harmonica et de se déguiser en cowboy et en indien et qu’il menait désormais la vie qui le faisait rêver », il peut alors décocher les premières notes de ce superbe «Attrape-Rêves» écrit avec Boris Bergman. Quelques secondes à peine et le Zénith de Nantes plein à craquer chante avec lui, sans avoir eu besoin d’y être invité. Six mille cinq cents personnes qui connaissent par coeur les titres les plus anciens comme ceux de ce dernier album, concentré de tubes. Et qui n’hésitent pas à se lever pour tanguer au milieu des parterres de chaises ou des gradins et finir cette chorégraphie inédite dans un immense fou-rire.

Reconnaissant envers cette fidélité jamais trahie, Christophe Maé n’hésite pas à descendre de scène pour serrer des mains, réagir avec humour aux demandes qui lui sont formulées, allant même jusqu’à s’offrir une pleine traversée du Zénith, micro-casque et guitare en bandoulière. Les fans se ruent, il sourit, regarde. Visiblement heureux de ce moment qu’il a souhaité glisser au coeur de la soirée.

A ces moments joyeux succèdent des séquences laissant la part belle à l’émotion. « Il est où le bonheur ? » vise juste. « Ballerine » façon déclaration nocturne en bord de mer, « La Poupée », l’un des titres forts de l’album précédent, imposent naturellement une écoute attentive. Et puis il y a bien sûr la bouleversante « Lampedusa », cette ode à tous les naufragés qui rêvaient d’exil et de monde meilleur, une main tendue qui mériterait une diffusion massive en ces temps troublés de scrutin. Attentif aux autres (il est l’un des piliers des Enfoirés), sans chercher l’éclairage ni la médiatisation systématique de ses engagements, Christophe Maé sait qu’à quarante ans, il peut aussi véhiculer des mots sur le terrain de ses convictions. Et il le fait avec une vérité renforcée par une dimension artistique saisissante.

En Juin, « L’Attrape-Rêves Tour » s’offrira une escale de deux semaines au Palais des Sports de Paris. L’occasion peut-être de se rattraper pour tous ceux qui n’ont pu avoir leur ticket pour Nantes. A moins qu’ils préfèrent patienter jusqu’au 20 Septembre… car la liste des déçus était trop longue: phénomène assez rare mais bien représentatif du succès engendré, la tournée repassera ici dès ce début d’automne. La billetterie est déjà en surchauffe. A défaut de rêve, attraper deux heures de bonheur ne se manque pas deux fois.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Christophe Maé décline le bonheur au présent

Au printemps, Christophe Maé sillonnera parmi les plus grosses salles de France pour une tournée qui s’annonce d’ores et déjà triomphale (avec escale quatre soirs consécutifs au Zénith de Paris, du 16 au 19 Mars). Mais « L’attrape rêves Tour » a déjà pris la route pour treize dates dans des lieux plus intimistes permettant une proximité retrouvée avec le public. Un tour de chauffe bien plus qu’un rodage car tout est déjà en place. Plus introspectif, davantage dans les graves mais d’une tonalité toujours aussi euphorisante et pêchue. 

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Quelques silhouettes de cactus bordées de lumières, un coffre recouvert d’un tapis amérindien, un bar qui semble échappé du Far West et un immense attrape-rêves sur fond orange, la nouvelle tournée révèle son ambiance et lève un pan de ce qui sera en place quand se profileront les Zéniths. Parfaitement raccord quand on sait que les « attrape-rêves », objets composés d’un cerceau et d’un entrelas de fils en forme de filets, sont issus de légendes indiennes, qui les voient comme des filtres empêchant les mauvais rêves de perturber le sommeil.

Mais plutôt que les éléments de décor, c’est la profondeur de la scène qui anime les conversations. Chacun se demande comment Christophe Maé, habitué à parcourir des espaces immenses, danser, sauter, faire bouger les salles, va pouvoir trouver ses marques dans le peu de champs restant libre à coté de ses cinq musiciens. Des interrogations de courte durée : il suffit que sa silhouette apparaisse et ce sont déjà des tonnerres d’applaudissements. Les deux milles spectateurs réunis à l’Hermione de Saint-Brieuc ce 22 Novembre sont déchaînés, impatients de voir comment l’artiste pourra frapper aussi fort qu’avec « Je veux du bonheur », cet album et cette tournée qui avaient tout raflé, une couleur New Orleans et un jazz band encore dans les mémoires.

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L’oeil vert rieur, le sourire généreux, habillé d’un jean baggy ciel et d’une veste blanche identique à celle du livret, coiffé d’ un feutre qui n’aurait pas déplu à Frédéric Mistral, le musicien entame les premières paroles de « L’ attrape rêves ». La chanson qui offre son nom à l’album donne le La au concert. Une séquence toute en poésie et émotion puis déjà « Parisienne » lui emboîte le pas à coups de Converses blanches, portrait doux acide, implacable et drôle d’une jeunesse bobo. Le public reprend en choeur sans avoir besoin d’y être invité. Comme pour ses  trois précédents opus, vendus à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, le disque sorti le 13 Mai dernier fait carton plein, le clip de « Il est où le bonheur? » venant lui aussi de décrocher un NRJ Music Award.

« 40 ans demain » porte une large part de l’ ADN de l’album. C’est le morceau autour duquel tout se décline avec logique et justesse. Quand d’autres se livrent à un état des lieux à ce moment crucial et parfois douloureux de la cinquantaine, Christophe Maé n’a pas attendu pour dresser l’inventaire et connaître le blues de la «moitié du chemin ». L’angoisse du temps qui passe mais aussi sa chance de vivre la vie dont il rêvait gamin. De doutes en sursauts de passion, il retrace son parcours sans détours dans un discours simple et touchant. « Merci à vous, merci la vie! » clame t’il dans une large ovation avant d’entamer le premier couplet.

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Emotion encore avec « La rumeur », énorme tube extrait d’ « On trace la route », son deuxième album (certifié disque de diamants avec plus de 750.000 ventes). Puis viennent « C’est ma terre » et le débridé « Je me lâche » qui a toujours donné lieu à de grands moments de joie sur scène comme dans la salle. D’ailleurs l’ artiste ne faillit pas et demande aux gradins de se mettre debout. « On n’est pas au cinéma! Allez, allez!! Tout le monde saute!! » A commencer par lui qui en joyeux trublion court d’un bout à l’autre, tape les mains du public, virevolte avec ce sens du show exceptionnel qui en fait depuis dix ans l’un des meilleurs performers.

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S’ ouvre alors une séquence plus grave. Si l’âge et les années qui défilent généraient des observations assez personnelles, « Il est où le bonheur ? » a des couleurs universelles. Les paroles résonnent en chacun. Christophe Maé démarre le titre accompagné de sa seule guitare. Les mots claquent, la voix est puissante et l’ émotion non feinte. A part quelques fans irréductibles, portant l’irrespect jusqu’à se croire seules dans la salle, hurlant quand il s’agit au contraire de se laisser porter par les sentiments, la salle frissonne, soufflée par ce magnifique moment et ces mots implacables. La maturité va bien à Christophe Maé qui ose l’introspection, les questionnements plus douloureux. Dans les aigus, ses cris là font naître les larmes. Le bonheur, parfois, lui aussi agit ainsi…

Paul Ecole, le régional de l’étape, a écrit neuf des dix chansons de « L’attrape-rêves » (celle ci étant signée Boris Bergman). Un an et demi de moments de vie partagés entre deux hommes qui ne se connaissaient pas, que Bertrand Lamblot, directeur artistique chez Warner, a fait se rencontrer et qui sont désormais inséparables. « Ma plus belle rencontre humaine et artistique », lui a lancé Christophe Maé en l’invitant à le rejoindre sur scène. « Il est entré dans mon cerveau. Il sait tout de moi. » Ce que Paul Ecole, connu alors pour livrer des textes magnifiques à Calojero, ignorait, c’est que « Lampedusa », texte sur les migrants écrit quelques temps plus tôt, deviendrait avec les notes du musicien et de Félipe Valdivia, cet hymne à la main tendue, à la générosité et à l’accueil, servi sur scène par un jeu de lumières implacable.

« La poupée », en version piano-voix avec un final a cappella, boucle ce très beau moment. Le titre, qui évoque la disparition d’une SDF, était l’un des temps forts de « Je veux du bonheur ». Il a toute sa place dans cette set list parfaitement construite qui laisse la part belle à toutes les émotions. La preuve : « Mon p’tit gars » lui succède juste avant un « Belle demoiselle », qui prend ici des allures de boeufs entre musiciens.

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Pour le tonique « Californie », Christophe Maé et ses acolytes, « de vrais amis de longue date », (Joseph Di Marco à la programmation et aux choeurs, Mickaël Désir à la batterie, Bruno Dandrimont, à la guitare, Vincent Bidal aux claviers et Albert Marolany à la basse) font grimper les décibels. Les spectateurs, tous debout, chantent en riant. Ou inversement. La nuit avance mais personne ne semble décider à laisser filer celui qui saute et court encore plus déchaîné. « Je veux du bonheur », « On s’attache », « Marcel » et enfin la toute en tendresse « Ballerine », viendront pourtant mettre un terme à cette septième escale.

En mars, « L’ attrape-rêves Tour » passera à la vitesse supérieure pour une centaine de dates dont sans doute une bonne partie des festivals. Christophe Maé a l’habitude de ces défis. Avec générosité, fort de son enthousiasme contagieux, de ce sens inné du spectacle, il emportera chacun. Pour faire chanter, pour convaincre que « comme l’on rêve on devient ». Pour offrir, à défaut de réponse, une parenthèse durant laquelle le bonheur sait parfaitement se glisser.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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Poupet est tombé sous le charme de Christophe Maé.

Quatre ans après sa première visite, Christophe Maé était de retour ce 15 juillet au Festival de Poupet. A ses côtés un band impressionnant de virtuosité. Le bocage vendéen avait pris la couleur du Bayou et sonnait New Orleans.

« Bonjour Poupet! Prêt à danser? Regarde, quand on va à gauche, tu pars à droite… Ok? Allez, accélère un tout petit peu… à gauche…. à droite… Poupet bonsoir!! » Dans le Théâtre de verdure plein à craquer, ça se bouscule un peu mais ça rit beaucoup face aux consignes de ce maître de ballet en haut de forme et costume tradi des Bands de la Nouvelle Orléans. A ses côtés, une partie de ses dix musiciens reprend les pas. Chorégraphie impeccable, mise en scène ultra rodée après déjà quatre-vingt concerts au compteur de cette nouvelle tournée. Mais la lassitude ne semble pas prête de s’inscrire sur la partition. « C’est ma terre » (en version totalement revisitée façon marching band) vient de donner le La à deux heures de show haut en couleurs. Et comme toujours avec Christophe Maé, ça déborde d’énergie, ça saute, ça rit. Et ça charrie. Car Christophe Maé est un performer comme il en existe que très peu en France. D’ailleurs ce soir là, même ceux qui ne connaissaient pas bien son univers, ne pouvaient s’empêcher d’admirer l’incroyable savoir faire de cet artiste dopé à la vitamine de l’envie.

« J’ai la chance d’avoir un public incroyable, des fans qui parfois me suivent sur plusieurs dates de la tournée. J’ai appris qu’ici en Vendée, depuis sept heures et demi ce matin, il y en a qui sont assises devant les portes pour être au premier rang. Difficile de ne pas être survolté et essayer d’envoyer un maximum quand les gens sont autant au taquet! » Une heure avant d’entrée en scène, Christophe Maé a pourtant l’apparence tranquille. Vieux chapeau déformé à force d’assises distraites, débardeur sur bermuda en jean. Archi bronzé. La « coolitude » des gens du Sud diraient certains. Plutôt la sérénité de celui qui sait l’affaire parfaitement cadrée et a réussi à s’affranchir de pas mal d’angoisses après dix ans de carrière. Des centaines de concerts, des disques de platine, des récompenses en tous genres et aucun accroc sur la feuille de route. Christophe Maé a gagné son paradis en s’émancipant très vite du costume Frère du Roi dans la comédie musicale à succès du tandem Attia-Cohen. Il a sorti dans la foulée un premier album qui lui ressemblait et imposait déjà son style. Carton plein. Il pouvait tracer sa route.

Après un deuxième opus chauffé aux couleurs de l’Afrique, « Je veux du bonheur », sorti en juin 2013, change de continent et laisse retentir les souvenirs de la route du Blues empruntée durant le long break qui a suivi la tournée précédente. « J’en rêvais depuis longtemps. J’ai réalisé un rêve de gosse, en fait. Jamais je ne pourrai oublier les rencontres que j’ai faites là-bas. Les gens qui continuent de sourire malgré les catastrophes, ceux qui ont tout perdu après le passage de l’ouragan Kathrina mais sont toujours prêts à réconforter leurs voisins. Ces mômes aux incroyables sourires et cette musique omniprésente. Pas une rue sans un musicien dehors. Devant les maisons, dans les clubs, ça joue partout. Alors évidemment, quand est venu le temps de composer pour ce disque, j’ai eu envie que ce soient ces musiques là. Mais surtout ces mecs là! Il y a deux frères parmi mes musiciens, je les ai entendus par hasard. L’un faisait la manche, il me parle de son frangin qui joue aussi bien et les deux larrons me citent un pote à eux qui joue avec une pêche incroyable. C’était exactement ce dont je rêvais pour réaliser ce disque. Alors je leur ai demandé s’ils avaient envie de me suivre… »

Cette présence direct from New Orleans ajoutée à quelques pointures françaises… la fusion a opéré au delà de toutes les attentes. Plus de 500.000 ventes à ce jour. Des cuivres, des banjos, de l’accordéon (« Je suis tout juste réconcilié avec l’instrument. Encore la prouesse d’un des musiciens! ») Mais aussi, nichées entre deux tubes en puissance, quelques pépites d’émotions inattendues. Et qui parfois fracassent. « Charly », forcément, parce que la disparition d’un être jeune, décrite avec non-dits et déliés chargés de pudeur, ne peut que bouleverser. Mais aussi « L’automne »‘, magnifique chanson qui résonne bien au delà de la dernière note. « Ça me touche. Vraiment, ça me touche… parce que cette chanson, je l’ai écrite seul. Paroles et musique. » Il plante son regard vert et marque un temps d’arrêt. « Sans doute que si ça touche c’est parce que ça évoque quelque chose de personnel… OK! Et bien je vais te faire un album entièrement composé par moi et moi seul! » lance t’il alors. Surpris en pleine promesse de gascon le gars du midi sur ce coup là. Mais la parade à l’émotion était jolie.

Jolie aussi la setlist composée pour cette étape de son périple estival. Des nouveaux titres mêlés aux incontournables, « La Rumeur », dans une incroyable version rallongée, entrecoupée d’un extrait d’Asimbonanga de Johnny Clegg, prétexte à un hommage à Mandela, « Mon P’tit gars », « Mon Paradis », « On s’attache ». Et toujours ce nouvel habillage Nouvelle Orléans qui permet aux excellents Sebastien Chouard à la guitare et Renaud Gensane, à la trompette, de montrer eux aussi toute l’étendue de leur savoir faire.

Un rappel (« La Poupée ») émouvant de sobriété puis « Dingue, Dingue, Dingue » pour boucler ces deux heures d’un show sans un temps mort. Christophe Maé voulait du bonheur. L’histoire ne dit pas s’il l’a trouvé. Ça semble quand même assez heureux sur scène. Dans le public, aucun doute. Le Festival de Poupet, en l’invitant pour la seconde fois, s’était offert la certitude que la récolte serait belle dans le Théâtre de verdure.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

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