Gringe tombe le masque

En concert à Nantes (à Stéréolux), Gringe a révélé un autre visage, plus sombre, dont le rap ciselé exprime parfaitement les fêlures. Les spectateurs qui l’avaient découvert dans les « Casseurs Flowters » avec Orelsan sont repartis conquis. Emus aussi souvent par cet artiste qui se livre enfin à visage découvert.

« Blessures m’ont bousillé l’crâne mais si j’dois sécher tes larmes j’irais plonger dans le cerveau, me jeter dans les flammes pour t’aider à retrouver l’calme, que le mauvais sort nous épargne, j’y laisserai corps et âme, j’dois sécher tes larmes.. » Il est impressionnant Gringe quand il se livre avec la sincérité de celui qui n’a plus envie de se cacher, quand il n’est plus simplement l’alter ego joueur de son complice des « Casseurs Flowters ».

On l’a découvert aux côtés d’Orelsan, il brillait à ses côtés toujours dans « Bloqués », la mini série TV et il aurait pu avoir du mal à s’extraire de l’ombre d’un pote qui n’en finit plus de briller. Gringe a eu l’intelligence d’attendre (longtemps) et de prendre du recul pour sortir le moment venu un album solo magnifique, « L’enfant lune », qui entraîne dans un univers chargé de blessures, sombre souvent, mais porté par un rap aux mots choisis, ciselés et d’une sensibilité extrême.

En se débarrassant du costume d’éternel « je-m’en-foutiste », en remisant le personnage créé de toutes pièces avec son pote de toujours, Gringe a récupéré son autonomie mais surtout son identité. Les textes de ce projet magnifique, très premier degré et écrits à l’encre de la vérité, ont pu dérouter certains fans historiques mais ils ont pour l’essentiel, embarqué tous les autres, ceux qui avaient vu beau et clair sous les étincelles de mélancolie qui jaillissaient de temps à autres.

Sur la scène de Stéréolux (Nantes), ce 9 février, Gringe est donc attendu par un public enthousiaste. Si certains avouent encore la nostalgie du binôme formé avec Orelsan, cela n’empêche pas une écoute attentive et curieuse. Très vite réceptive. Des tables de mixages, des tubes lumineux, de la fumée… les lumières jouent avec les ombres, comme un écho aux paroles du trentenaire. « La chair de ma chair s’en est allée dans des régions trop sombres, et j’découvre ce putain d’scanner qui nous parle de tes lésions profondes, impossible de vivre normalement, j’ai volé l’sourire d’la Joconde, et j’crois plus rien n’s’ra jamais comme avant, elle s’est envolée, la colombe » enchainent les paroles de « Scanner », l’un des titres phares (inoubliable) de ce premier opus d’une puissance implacable. L’allusion à la maladie mentale de son frère laisse le public sans voix. On ne peut résumer l’album no le concert à cette seule chanson mais il est clair que ce passage lourd de sens frappe et laisse KO debout. Comme « Pièces détachées » ou « Paradis noir » Les punchlines qui sont l’incontestable ADN du rap pratiqué avec Orelsan sont bien présentes. Mais par à coups. Presque par réflexe. Aucune recherche de style dans cet opus qui vient des tripes pour révéler dans la plus parfaite des transparences, ce que Gringe a dans la tête.

Du coeur du magma, Gringe a su extraire une alchimie unique. Le set est parfait et le show déjà bien rôdé. « L’ enfant lune », qui a trouvé sa transcription parfaite sur scène, laisse aussi la place à DJ Pone pour un joli moment solo après le rappel et ne fait pas l’impasse, cadeau aux fans des Casseurs, sur quels titres anciens, la voix d’Orelsan en arrière plan.

Gringe a confié que « sans ce projet, il serait professionnellement mort ». Peut-être… En tout cas, c’est avec une énergie et un plaisir non feints que le rappeur normand le porte au fil de la longue tournée qu’ il vient tout juste d’entamer. Après une première date parisienne complète, il y aura un retour par la Cigale le 18 Mars. Gringe sera également à l’ affiche du Printemps de Bourges en avril et dans la plupart des festivals cet été. Il y a des artistes vers lequel il est urgent de se tourner.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

FETE DU BRUIT DE LANDERNEAU: Le festival breton qui joue dans la cour des très grands

Le benjamin des festivals bretons n’aura jamais si bien justifié son nom que cette année, si l’on en juge par l’affiche de l’édition 2016 où la fête sera déclinée en mode majeur avec en prime, excusez du peu, une journée de fête supplémentaire : Iggy Pop, Indochine pour l’un de ses très rares concerts de l’été… Une programmation exigeante dans un cadre insolite, une vingtaine d’artistes en trois jours : les clés probables du succès de ce rendez-vous attendu chaque deuxième week-end d’août en terres finistériennes.

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Vendredi 12, c’est à Bantam Lyons que reviendra l’honneur d’ouvrir les hostilités. Les régionaux de l’étape distillent une pop mélancolique mais bien électrique à laquelle il est difficile de résister. Patrice, déjà présent en 2011 et 2013, revient cette année encore pour un nouveau live tiré de «The Rising of the sun», son dernier album. Généreux, solaire, l’artiste est devenu le chouchou des festivaliers totalement séduits par sa « sweggae music ». Place ensuite à Garbage. Pour célébrer les vingt ans du groupe, les musiciens ont entamé une grande tournée à travers l’ Europe et les Etats Unis, la « Vingt years Queen Tour ». Il y aura bien évidemment les incontournables comme « Only happy when it rains » ou « Stupid girl » mais Garbage devrait également révéler quelques extraits du sixième album à venir. Un joli cadeau.

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Indochine.

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Mass Hysteria.

Mais il ne faut pas se mentir, c’est bien vers la bande de Nicola Sirkis que tous les yeux se tourneront ce soir là. Indochine, qui doit sortir un album l’an prochain, ne prévoyait pas de concerts cette année. Et puis les dramatiques évènements de l’hiver les ont convaincu de revenir plus tôt sur scène. Pour une mini tournée de sept concerts dont cinq en France. Cette escale à Landerneau sera donc la seule dans l’Ouest, une vraie reconnaissance pour le festival qui justifie pleinement l’ajout d’une journée supplémentaire. Icône depuis plus de trente cinq ans, premier artiste français à remplir Bercy en 2003, une bonne vingtaine de disques de platine… leurs détracteurs auront beau dire, ces gars là restent inoxydables et leur public ne cesse de grossir.

Enfin, à 0h55, Mass Hysteria, pour qui 2016 est décidément l’année de tous les festivals et de tous les succès, fermera le ban avec ses partitions intransigeantes, ses textes punchy et ce sens du partage qui n’appartient qu’à ces cinq là, fers de lance du métal en France depuis plus de vingt ans. Brestois, Mouss, le chanteur, aura encore plus à coeur de reprendre des refrains qui ont mis tout le monde d’accord depuis la sortie de « Matière Noire », dernier opus en date, à l’automne dernier. Son « Faites du bruit ! » en préambule de « L’enfer des Dieux » sera ici parfaitement raccord.

Samedi 13, les festivaliers qui n’ont pas la chance de l’avoir déjà vu sur scène pourront découvrir Rotor Jambreks. A la fois chanteur, multi-instrumentiste, auteur d’un spectacle pédagogique sur l’histoire du rock passé par Landerneau en 2010, l’artiste présentera sa toute nouvelle création.

Les joyeux drilles de Salut, c’est cool prendront ensuite le relais. Totalement barrés mais ultra professionnels, joyeusement inclassables, ces quatre là servent un techno survoltée dont internet s’est très vite emparée avant le que le buzz ne propulse leurs talents sur scène. C’est vraiment à ne pas manquer.

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Casseurs Flowters.

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The Cranberries.

Casseurs Flowters s’emparera ensuite des Jardins de l’esplanade. Duo constitué des rappeurs Orelsan et Gringe, les Casseurs Flowters ne cessent de casser les codes de la planète hip hop avec leur rap décomplexé et on ne compte plus désormais le nombre de leurs fans prêts à parcourir les routes pour venir les applaudir. La recette est efficace, le show ultra énergique… ça va décoiffer!

Place ensuite à Damian Marley. Oui, il s’agit bien du fils de Bob ! Mais il ne doit pas sa réputation à la seule célébrité de son père. Damian Marley est un musicien reconnu également producteur recherché. Forcément, c’est du reggae et depuis 2005 et le fameux album « Welcome to Jamrock », on sait que ce reggae là a des couleurs bluffantes.

The Cranberries seront eux aussi de la fête. Connus mondialement grâce à « Zombie », tube qui les a définitivement posés au firmament de la pop, les irlandais ont longtemps chantés les heures sombres d’un quotidien ancré dans la guerre de religion. Après une brève séparation dans les années 2000, le groupe est revenu plus fort et surtout avec des refrains plus lumineux. Les trente huit millions d’albums vendus imposent le respect. Onze ans après « Wake up and smell the coffee », le groupe a repris la route des studios pour livrer « Rose », leur dernier album en date. Sur scène, c’est juste un pur moment de grâce.

Deluxe.

Rose-Mary And The Ride.

Mais la journée ne s’arrêtera pas là : Deluxe, ses costumes improbables, son univers déjanté et ses chorégraphies uniques, Birdy Nam Nam, qui a depuis de nombreuses années maintenant si convaincre avec un hip hop assez classieux et Pfel and greem (échappés du collectif nantais C2C), deux Dj qui raflent tous les prix (sacrés quatre fois champions du monde Dico Mix Club entre 2003 et 2006, quatre trophées aux Victoires de la musique 2013) et dont la talent dans le domaine de la musique hip hop et pass electro n’ est plus à prouver, enchaineront sans répit.

Grosse affiche encore dimanche avec pas moins de huit noms pour réjouir les festivaliers.

Rose-Mary and the Ride ce sont Pauline et Vinz, respectivement chanteuse et guitariste de « Rose Mary and the Ride », vingt ans tous les deux, ont été rejoints par des potes musiciens et livrent un nouveau projet, mêlant funk, soul, pop, rock. C’est superbement ficelé et on a du mal à imaginer que derrière ces compositions se cachent un duo aussi jeune.

Synthèse électrique de ses passions lettrées pour l’alter punk, la new wave ou le shoegaze, Von Pariahs (qui refermera le festival avec un set à 2 heures du matin) transcende les genres en les incarnant sur scène sans distance ni clin d’oeil. Un premier degré et une façon de faire qui signent un engagement rare dans un répertoire abrasif et soigné.

Le guitariste Martin Luter BB King, le DJ Eurobelix et le chanteur David Boring continuent sur leur rythme effréné (même s’ils ont changé beaucoup de choses dans leur façon de produire). Grosse implacable, mix joyeusement rugueux, délires techno-disco-fusion, Naïve New Beaters ne s’apprécie jamais aussi bien que sur scène.

No One Is Innocent.

Die Antwoord.

Faut-il encore présenter No One is Innocent? Le groupe français emmené par Kemar n’a jamais failli depuis son premier single, « La Peau », en 1994 et vient de sortir un sixième album unanimement salué. « Propaganda » multiplie les textes acérés et les riffs qui dépotent. La réputation scénique du groupe est largement méritée. Avec des musiciens de grande pointure (dont Shanka à l’une des guitares), c’est l’un des concerts de l’édition à ne surtout pas manquer.

Changement radical d’ambiance avec Dub Inc., sans doute le plus emblématique groupe de reggae français. Dix ans que la joyeuse bande posent sur des textes sincères des rythmes aux mélodies inimitables. Le groupe, porté par Bouchkour et Komlan, chante aussi bien en français qu’en anglais ou en kabyle, une bel hommage au métissage.

Formé en 1994, déformé puis reformé surtout en 2009, Skunk Anansie, plus de cinq millions de disques vendus au compteur, a été l’un des groupes rock les plus populaires en Grande Bretagne mais aussi en Europe, dans les années 90. Skunk Anansie revient fort avec un sixième album studio sorti au début de l’année, mixé par Jeremy Wheatley (Mikka, The Vaccines, Moby…). La tournée est un succès. On comprend pourquoi.

La journée multipliant les univers, place sera également faite pour Die Antwoord. Chacune des apparitions du groupe offre des visuels uniques mais il ne faut pas se laisser duper par les apparences parodiques de ces vidéos, Die Antwoord étant bien plus qu’une simple formation au hip hop incomparable avec ce mélange d’argot sud africain et ces références gangstas. Si tous les festivals leur font les yeux doux, ce n’est pas le fait du hasard.

Iggy Pop.

Enfin, en passage unique en Bretagne, Iggy Pop fera escale à Landerneau. Quarante ans que «L’Iguane» est une icône incontournable, une légende vivante. Son dernier album, « Post Pop Depression », qui a vu la collaboration de Josh Homme, le leader de Queens of the Stone Age, Matt Helders, le batteur d’Artic Monkeys, entre autres, prouve qu’Iggy Pop en a encore sous le pied et que les plus jeunes n’ont pas encore eu sa peau.

Lorsque le festival a fait résonner ses premières notes, le 15 août 2009 (avec Tryo, Anaïs, Lavilliers notamment), ils étaient 11.000 à avoir répondu présents. L’année suivante, portée par ce bilan positif, la manifestation s’est étalée sur une journée supplémentaire en accueillant Status Quo, Placebo, entre autres. Vingt cinq mille festivaliers partageaient avec enthousiasme. Combien seront-ils pour cette huitième édition forte de ce jour de plus, qui élargit encore la palette des concerts? On peut parier sur plus de trente mille. A Landerneau, il semble que tous les rêves soient possibles. Big up pour ces organisateurs qui ne sont pas les plus médiatisés mais entreprennent avec succès et une modestie assez rare.

M.M.

– http://festival-fetedubruit.com –

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Festival: Le Rock soigne sa mise en Seine !

C’est le festival qui sonne la fin de l’été mais c’est aussi le dernier shoot de bonnes notes avant de reprendre des travées bien moins musicales pour la plupart. Alors c’est peu dire si  depuis 2003, « Rock en Seine » est un festival que l’on vit comme on déguste les derniers grains de le la récolte. Avec encore plus de plaisir.

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Ils étaient plus de cent-vingt milles l’an dernier à fouler les pelouses du domaine national de Saint-Cloud. Et le succès ne devrait pas faillir lors de cette nouvelle édition, du 26 au 28 août. Les organisateurs ont repris la recette gagnante : une affiche qui mixe du rock légendaire et des talents plus récents mais trustant déjà des milliers de fans, des jeunes pousses qui découvrent presque les vertiges de la scène et des vieux routards qui n’en finissent pas de se renouveler. Du rock donc (ça serait dommage de s’en priver dans un festival estampillé du genre) mais aussi du blues, de l’ electro, du reggae, le tout réparti sur les cinq scènes, une soixantaine d’artistes pour une programmation qui au final devrait mettre tout le monde d’accord.

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Clutch.

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Bastille.

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Einleit.

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Birdy Nam Nam.

Ainsi, le premier jour frappera d’emblée très fort avec la présence, entre autres, de Slaves (le duo britannique livre depuis trois ans sa vision actualisée et largement revigorante du punk avec un guitare et une batterie à la fougue incontestables), Clutch et son stoner qui n’hésite pas à plonger dans le blues. Le groupe emmené par Neil Fallon a sorti onze albums largement remarqués. En novembre, il jouait (évidemment) sold out au Trabendo. Rock en Seine sera l’une des opportunités d’entendre sur scène un groupe qui sait se faire rare, Caravan Palace, Damian « Jr Gong » Marley qui a su ne pas s’assoupir sous le poids de l’héritage. Pas facile d’être le fils de Dieu mais Damian a réussi des collaborations qui rendent sa route personnelle sans pour autant renier ce reggae qui  marque à jamais l’empreinte familiale, le quatuor britannique de Bastille qui avait tout raflé en 2013 avec « Bad Blood », un album incroyable ou bien encore Einleit et Birdy Nam Nam.

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Casseurs Flowters.

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Bring Me The Horizon.

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Massive Attack.

Samedi ne lâchera pas le rythme avec la présence, notamment, des Casseurs Flowters, le duo formé par Orelsan  et Gringe (qui viennent d’ailleurs d’annoncer une mise en pause le temps de permettre à chacun de reprendre son parcours personnel), les anglais de Bring Me The Horizon, qui ont su convaincre le public metalleux du dernier Hellfest, Oliver Sykes et sa bande ayant déjà séduit un zénith de Paris plein à craquer quelques semaines plus tôt. Ce sera leur premier détour par Rock en Seine et ça promet d’être l’un des temps forts si on en juge par les fans qui attendent ce moment depuis longtemps. Et puis bien sûr, Massive Attack ! Cent fois enterré et autant de fois ressuscité, ayant survécu aux départs et aux tensions internes, Massive Attack dose ses apparitions avec parcimonie rendant ses fidèles encore plus impatients.

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Editors.

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Sum 41.

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Foals.

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Iggy Pop.

Pour boucler l’édition, dimanche offrira toujours un même patchwork savamment composé avec, pour ne citer que ceux là, Editors, Gregory Porter, Sum 41 qui, vingt ans après sa formation (le temps passe!) reprend la route. Fin février, ils enchainaient deux Trianon qui faisaient dire aux absents qu’ils avaient vraiment eu tort. Saint-Cloud sera l’ultime occasion française de se rattraper. , Ghinzu, Foals et l’inoxydable Iggy Pop, le presque septuagénaire enchainant cet été les festivals avec une énergie et une générosité à donner des leçons. L’Iguane, porté par un dernier album excellent, ne boude pas pour autant ses anciens succès du temps des Stooges, répondant ainsi aux attentes d’un public qui n’a jamais déserté les rangs.

Nouveauté cette année, au cas où les concerts ne suffiraient pas ou pour marquer une pause entre deux groupes, un dancing sera installé avec possibilité de prendre des cours. Salsa, cha-cha ou… rock, tous les pas seront permis. Face à un succès prévisible, il ne reste finalement plus qu’une inconnue : la météo. Pas suffisant pour décourager une âme de festivalier!

M.M.

– http://www.rockenseine.com – 

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