PORTRAIT: Kemar (No One Is Innocent), l’engagement musicien

Il est celui qui est à l’origine de No One is Innocent, l’un des piliers de la scène rock française, il écume les scènes depuis un quart de siècle et pourtant, on ne sait pas grand chose de Kemar, son chanteur (on pourrait dire son « leader » mais il la joue bien trop collectif pour aimer ça). No One Is Innocent sera de retour à Paris le 21 Novembre pour un grand rendez-vous à la Cigale, l’occasion de consacrer un portrait à celui qui est (désolée  Kemar !), le premier d’entre eux.

Un nom de famille (Gulbenkian)  qui signe les origines arméniennes mais c’est un parisien pure souche, amoureux de son arrondissement, de ce coin de la capitale où il a grandi et où il vit toujours aujourd’hui. Comme la plupart de ses potes, sa bande d’hier et celle d’ aujourd’hui avec lesquels il lui arrive de prolonger les soirées. Mais en pleine tournée avec No One is Innocent et avec la Cigale en ligne de mire, Kemar, bosseur invétéré, privilégie actuellement la forme. 

Du point de vue de l’état-civil, il est (de peu) l’ainé de la bande mais à les voir évoluer ensemble, à la ville comme à la scène, bien malin qui saurait faire la différence. Une pêche d’enfer, une silhouette affutée à la Iggy Pop, le temps n’a pas plus de prise sur son physique que sur sa capacité à réagir face à l’actualité. Et pourtant, mine de rien, cela fait quand même près d’un quart de siècle que No One Is Innocent, porté par Kemar, truste le devant de la scène rock française et s’affirme avec ses textes puissants servis par des partitions de plus en plus musclées.

« C’est sûr qu’en 1993, quand on a sorti notre CD quatre titres, je n’aurais pas imaginé ce chemin. Ce sont les Trans musicales de Rennes qui nous ont permis de trouver un label pour éditer notre premier album. Je ne faisais pas le malin quand je suis allé faire écouter nos morceaux même si j’avais vraiment le sentiment profond que « La Peau » notamment, avec ses paroles fortes, universelles, portées par cette musique tribale rappelant les tribus indiennes, était une vraie bonne chanson. Et puis on a été disque d’or avec plus de cent mille exemplaires vendus. Même si le marché du disque n’était pas encore dans son état actuel, 100.000 exemplaires c’était une sacrée performance, ce genre de trucs qui fait quand même sacrément plaisir! » confie Kemar dans un immense sourire. 

Arrivé de Paris en début d’après-midi, balances faites, No One joue à Nantes dans le cadre de la tournée « Du bruit dans l’ hexagone », quelques dates communes avec les potes de Tagada Jones). Kemar a les yeux rieurs. La date est sold out, la grande salle de Stéréolux est magnifique et partager l’affiche avec Niko Jones et sa bande (sans oublier ce soir là encore les définitivement punks Sales Majestés) pour ce périple qui va se poursuivre jusqu’en Normandie via Brest devant des foules compactes, il ne boude pas son plaisir. Vingt cinq ans après les débuts, il n’est pas blasé. Loin de là!

Il est vrai que le groupe a connu une histoire à rebonds. « Utopia », le deuxième album, enregistré à Woodstock, avait été suivi d’une très longue tournée, de très longs moments passés sur les routes qui avaient sans doute contribué à la séparation en 1998. Musicien dans l’âme, Kemar a saisi l’opportunité de cette mise en pause pour enregistrer en 2002 un album solo, le très beau « Prénom Betty ». « Je n’avais plus la moelle pour la vie de groupe telle que nous la vivions. On était rincé par quatre années de folie, par trop de concerts et les tensions dans le groupe devenaient trop fortes. Alors comme j’adore voyager, je suis parti aux Philippines et c’est sans doute ce qui a inspiré mon album. J’y ai retrouvé une part de calme à défaut de sérénité et une espèce de paix reposante après ces années portées par la contestation. » 

Ainsi sont nés onze titres sur le fil de la confidence où le chanteur laisse pleinement s’exprimer cette voix reconnaissable entre mille, et où il ose parler à la première personne. Il y a des ruptures, de la passion, des croyances envolées, des envies. Les mots sont justes et savamment posés, le cynisme rejoint des envolées plus poétiques. On ne peut s’empêcher de penser à Gainsbourg. Avec ses titres qui pour certains sont indémodables, on ne peut aussi que regretter la non réédition de « Prénom Betty » 

« Je ne sais pas s’il faut y voir du regret. C’est le passé, c’est ainsi. Seul le présent et ce que l’on veut faire de l’avenir a de l’importance, non ? » interroge Kemar. « Et puis qui dit que ce premier album solo ne sera pas suivi d’un second ? » poursuit il avec le regard amusé de celui qui lance son interlocuteur sur une piste sans en distribuer l’éclairage.

Quelques mois après la sortie de son album, Kemar rencontre alors K-mille. Avec celui ci, compositeur venu de la scène electro (il est le compositeur de « UHT », groupe électronique underground), il retrouve la pêche pour de nouvelles écritures. Cela aurait pu donner un autre disque en son nom propre mais l’évidence a roulé… Ce serait la renaissance de No One is Innocent. Les anciens membres n’ont pas embarqué dans l’aventure mais Emmanuel de Arriba, pote de lycée devenu auteur, a donné les premiers couplets d’une co-écriture qui n’a jamais failli depuis. « On se connaît par coeur. On a la même vision du monde, les mêmes énervements, les mêmes aspirations alors écrire ensemble se fait dans la confiance et dans la facilité. « Révolution . com » est sorti en 2004. No One était relancé. 

« Il n’y a pas de recette. Quand on sort un album, je ne me suis jamais enfermé dans des certitudes. J’ai beau avoir la conviction que certains titres sont indiscutables, je me demande encore ce que la maison de disques va en penser. Le nerf de la guerre, aussi idiot ou évident que cela puisse paraître, c’est d’écrire de bonnes chansons. La musique doit suivre. Les meilleurs accords, les lignes de basse, la simplicité parfois, peuvent être extrêmement difficiles à trouver et on peut chercher des heures jusqu’à l’obsession. Le message n’en sera que plus fort s’il passe sur des partitions soignées jusque dans la moindre note. »

Après avoir pas mal changé la composition de son équipe, No One is Innocent ne bouge plus et n’a sans doute jamais été aussi fort. Shanka (François Maigret), le plus ancien du groupe après Kemar, est un guitariste surdoué à qui rien ne semble impossible. Bertrand (Dessoliers) assure à la basse et Gaël (Chosson) à la batterie. Quant à Popy (Bertrand Laussinotte), arrivé au moment de la création de « Propaganda », il a une imagination et une aisance indiscutables. Accessoirement aussi, ce line up là s’entend comme larrons en foire et ça se voit sur scène comme ça se ressent dans les albums. 

« On avait assuré les premières parties de Motörhead et des Gun’s lors de leurs cinq Zénith en 2012. « Drugstore » était sorti un an avant. Mais c’est avec « Propaganda » en 2015 que le groupe a pris un nouvel essor. On a retrouvé toute notre ADN lorsque Popy est arrivé à la deuxième guitare. «Silencio», « Djihad Propaganda », « Kids are on the run » et « Charlie » sont devenus incontournables. La tournée qui a suivi a été énorme et puis il y a eu le Stade de France en mai 2016 avant AC/DC puis un nouveau Stade en juin de l’année suivante avec Les Insus. Ouvrir pour des musiciens comme AC/DC que l’on admire et écoute depuis longtemps est un truc assez énorme mais on a eu assez peu de contacts. On dispose de peu de temps et de peu de souplesse technique pour faire les balances, on joue, on se dit qu’il faut kiffer au maximum, on le vit avec une certaine inconscience… et c’est déjà fin! Avec Les Insus, cela a été plus chaleureux. Nous avions croisé Jean-Louis Aubert dans un festival, il m’a dit beaucoup aimer No One et regretter de ne pas nous avoir vus plus souvent. Et puis la proposition du Stade est arrivée. Cela fait d’autant plus plaisir quand c’est un choix personnel et non un arrangement entre labels. Alors on a encore plus kiffé! Et tous ces souvenirs partagés ont épaissi les liens entre nous.»

Après l’impressionnant « Propaganda », qui était unanimement une réussite totale, un écho terrible aux évènements, ceux de Charlie Hebdo en tête, on pensait que No One Is innocent avait atteint son sommet. Renouveler le succès avait des allures de pari quasi impossible. Erreur de route… Ces types là, Kemar en tête, ne sont pas du genre à se laisser scléroser par les résultats. Seules l’envie et l’urgence à écrire, le besoin presque viscéral de composer et de poser des mots, sont les moteurs. « Assez tôt après la fin de la tournée, on a eu envie de se retrouver et d’écrire. Shanka et Popy ont balancé des trucs impressionnants et la musique a entraîné les thèmes, « Frankenstein », « Ali », « A la gloire du marché » sont venus assez vite. Politiquement, les élections françaises avaient porté Macron au pouvoir mais il était encore trop récemment élu pour nous donner matière à écrire alors que la toute puissance de la finance, les revenants de Syrie constituaient des sujets que nous ne pouvions laisser de côté. » 

Et cela a donné ce « Frankenstein » sorti en mars dernier, davantage dans la réflexion, moins à vif, moins en « réaction » immédiate que Propaganda mais comme tout album de No One qui se respecte avec cette force, cette évidence et son engagement citoyen particulièrement fort. « Fred (Duquesne) a enregistré et produit avec le talent qu’on lui connaît. Je ne dis pas ça parce que c’est un pote mais il a un professionnalisme, une exigence et un savoir faire qui nous poussent vers le haut. Avant de poser ma voix, je travaille encore plus. Je sais qu’une fois en studio, s’il décide de reprendre ne serait ce qu’un morceau de phrase qui ne lui plaît pas, s’il doute, il ne lâchera rien… Alors autant être prêt ! »

Avec ce septième opus effectivement, No One Is Innocent impose encore une fois sa marque. Les guitares sont puissantes, inventives, les partitions imposent et sur scène, le « Frankenstein Tour » montre toute son énergie. Sur la scène comme dans la salle, personne ne reste en place. Dopés à ce dynamisme, sautant, virevoltant, frappant avec la rage du boxeur devant livrer son meilleur combat, Kemar et sa bande mouillent la chemise. Et ce n’est même pas une posture. Pour autant, Kemar ne veut pas non plus être résumé à ses sauts désormais largement immortalisés. « Ce serait quand même réducteur! On donne tout, on est à l’instinct mais il y a des moments où on regarde le public droit dans les yeux pour mieux faire passer le message et le convaincre. Parfois d’ailleurs, quand je viens discuter avec les gens après le concert, certains commentaires prouvent qu’il y en a dont les idées sont diamétralement opposées aux nôtres. Ca se voit à leurs remarques. Peut-être qu’ on aura ouvert une réflexion, un débat.. Qui sait ? » 

Généreux à l’extrême, profondément humaniste, Kemar n’a jamais oublié les messages de tolérance portés par son père, qui lui a raconté le drame arménien mais n’a jamais été dans un esprit de revanche. Une ouverture d’esprit que le musicien a toujours appliquée. Même si ses colères contre les extrémistes de tous bords, le racisme, le fait du prince (notamment financier) n’ont pas cédé avec l’âge, Kemar ne se voit cependant pas aussi agile ou bondissant avec dix ans de plus. « Dans l’idéal, No One aurait une fin de carrière à la Zidane. En plein succès! »  commente ce passionné de foot. Que les fans des « Kids » se rassurent, le coup de sifflet final n’est pourtant pas pour demain. Il y aura encore au moins un ou deux albums et avec les tournées qui vont de pair, cela repousse encore loin l’échéance. « J’ai pas mal d’envies. Mes rêves de rock énervé ont été exaucés avec No One. Mon Graal serait désormais de chanter du blues electro, du « Johnny Cash electro », si on peut tenter le lien. Cela pourrait se faire avec K-mille, avec lequel j’avais relancé No One, Tom Fire, un musicien et producteur influencé à la fois par l’electro, le reggae et le hip hop… Ce ne sont encore que des pistes mais c’est vrai que j’adorerais (…) On verra si cela se concrétise. Je viens déjà de vivre une belle expérience avec Merzhin. Le groupe, qui est lui aussi très engagé politiquement, m’a invité quand il enregistrait son nouvel album pour partager un titre, « Nomades ». Il parle de ces populations immenses qui ont vécu et vivent encore sur les routes, par choix ou par obligation. Les gars de Merzhin sont de chouettes mecs, plein de bienveillance. J’ai été super accueilli et je trouve que le titre accroche bien. En tout cas, depuis sa sortie cet été, on nous en parle avec plein de positivité. »

« Je ne suis pas obsédé et n’ai aucun souci de reconnaissance absolue, » poursuit Kemar, « mais j’ai encore plein de choses à raconter. Et puis surtout d’abord, plein de choses à vivre avec No One. J’adore ce groupe, j’adore jouer et partager tout avec ces gars là. Quand on se regroupe autour de la batterie, qui est vraiment l’élément central de tout, c’est hyper fort. J’aime mater mes potes sur scène car à chaque concert, c’est pareil, on monte et on joue comme si c’était la dernière fois. » 

Par chance, ce ne sera pas le cas. Dans plus de cinq heures (No One Is Innocent joue à 23h, dernier de la soirée), Kemar sera sur scène. Ses acolytes se sont égrainés entre hôtel pour se reposer et visite touristique du voisinage. Lui ne sortira pas de la salle. A peine une sieste express dans les loges puis il prendra des nouvelles de chacun, y compris des copains des autres groupes. Profondément humain, attentif aux autres, soucieux que chacun se sente parfaitement bien (les écueils des tournées du tout début ont servi d’expérience), Kemar, l’artiste prolixe, est une personnalité rare. Touchant jusque dans ses colères. Un « honnête homme », la fougue et la modernité en plus.

Magali MICHEL.

Reportage Photos // Sophie BRANDET.

– Un énorme merci à Kemar pour sa disponibilité et à No One is Innocent, équipe technique comprise, pour sa confiance. – 

Yamin Dib, le comédien qui ne fait pas semblant

On lui doit d’ajouter de la wifi dans « La Légende du Roi Arthur », de glisser Lady Gaga au milieu de « Mozart, L’Opéra Rock », entre autres. Mais Yamin Dib ne se résume pas à ce roi des anachronismes, ce trublion au sens comique inégalable et à la répartie affûtée. C’est aussi un immense comédien qui sait mettre dans ses rôles tragiques toute la tendresse et la sensibilité que ses boutades ne réussiront pas à masquer.

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Dove Attia le réclamait depuis longtemps, il le rêvait dans le rôle de Ké, le demi-frère du Roi Arthur. Mais Yamin Dib était pris par une pièce très forte, mise en scène par Nour-Eddine Maâmar, « Le voleur d’autobus », joué durant le dernier Festival Off d’Avignon. L’histoire d’un homme dont la femme est mourante à l’hôpital et qui s’empare du bus censé lui permettre de la rejoindre à temps car le chauffeur est un bon à rien désinvolte. Il arrivera trop tard et bien sûr, il sera jugé. Cette tragi-comédie sociale qui pointe du doigt les mauvaises répartitions des richesses, les vies déjà tracées, l’absurdité du système social a aussi un humour corrosif. « C’est une pièce incroyablement riche, bouleversante souvent mais surtout tellement vraie. Pour un acteur, c’est superbe à jouer et j’ai la chance d’avoir pour partenaire, Linda Chaïb, qui est une actrice magnifique. Concilier les deux projets aurait été compliqué même si la tentation était grande… »

Si grande que Yamin Dib a fini par entendre les sirènes de la Table Ronde et a accepté de reprendre pour toutes les dates de tournée le rôle de Ké, laissé vacant par Olivier Mathieu, appelé sur un autre projet. Mais en éternel perfectionniste, le comédien ne s’est pas contenté de reprendre l’habit. Il a quasiment entièrement réécrit le rôle. « J’ai longuement regardé les vidéos du spectacle, je suis allé à plusieurs représentations et j’ai trouvé que Ké manquait de densité, qu’il fallait lui donner une autre colonne vertébrale. Je ne le voyais pas dans ce frangin gaffeur aux allures de bouffon du roi. Désormais, Ké veut devenir lui aussi chevalier de la Table Ronde et il se verrait sans problème à la place de Lancelot en inconscient qu’il est. » Cette nouvelle version a bien sûr été soumise à Dove Attia et Giuliano Peparini, le metteur en scène, qui l’ont immédiatement adoubée. Ne restait plus qu’à répéter. « On a fait deux, trois séances de travail puis j’ai eu quatre heures de répétition. Pas davantage! impossible en effet de faire venir la troupe pour caler les moments, vérifier le bon fonctionnement des réparties. La première a donc été le vrai test. Et ça a semblé fonctionner! »  DSC_4815 DSC_5110

Les fidèles des comédies musicales espéraient depuis longtemps ce retour et ont en effet réservé à Yamin Dib un accueil impressionnant. De quoi lui enlever ses derniers doutes et l’encourager à ajuster ses répliques en fonction des villes de la tournée, un exercice qu’il affectionne particulièrement. A Brest, on a ainsi entendu Ké reprendre « Tri Martelod » et manier la langue bretonne avec une belle dextérité, ce qui n’a pas manqué de faire rire le public… et ses partenaires pourtant très concentrés. « J’ai pensé un moment à faire du one man show. Et puis je me suis rendu compte que cette solitude n’était pas pour moi. J’ai besoin des autres pour jouer, les vannes ne sont jamais meilleures que lorsqu’elles bénéficient d’un retour. Avec David Alexis, qui joue Merlin, on s’est rencontré dans « Dothy, le magicien d’Oz » voilà près de dix ans et on est resté très potes. On a une forme d’humour assez similaire. Savoir que nous aurions ces échanges sur scène dopait l’écriture. Jouer à plusieurs, c’est quand même retrouver l’essence même de ce métier. »

On le sait peu mais Yamin Dib n’a pas débarqué un matin au milieu des comédies musicales à succès armé de son seul amour de la rigolade. Après avoir suivi les cours du Conservatoire d’Annecy, il a filé en Italie apprendre la Comedia dell’arte comme ténor puis il a rejoint le Cours Florent. Histoire de se donner toutes les cartes, le jeune comédien apprend aussi les techniques de choristes, la façon de placer sa voix en studio ainsi que les ficelles du doublage. « Plus on a d’expériences, de connaissances, plus on est rassuré. Je n’étais pas certain que ce parcours ouvrirait les bonnes portes, surtout quand on n’est pas le grand blond aux yeux bleus à mettre en beau sur l’affiche mais j’étais convaincu qu’un jour ou l’autre, ça me permettrait au minimum de vivre de ce métier. Et ce fut le cas! »
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 Yamin Dib et David Alexis (Merlin).

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En 1988, il débute en Sganarelle dans « Dom Juan » puis il prend part à « L’ arrestation », d’ Anouilh avant de figurer dans de nombreuses séries télé à succès, « Commissaire Moulin », « PJ » ou « La Crim ». En 1992, Patrice Leconte le dirige dans « Tango ». C’est en 2000 qu’il fait ses premiers pas dans le monde de la comédie musicale avec « Les Mille et une vies d’Ali Baba » où il tient le rôle du Perroquet. Repéré par le producteur Jean-Claude Camus, on le retrouve alors en ami du couple formé par Alexandra Lamy et Jean Dujardin dans « Un gars, une fille ». Suivent d’autres séries comme « Caméra Café 2 » avec Yvan le Belloc’h et Bruno Solo, « Scènes de Ménage » ou  « Le vrai journal » de Karl Zéro. De nombreux doublages aussi, pour Le Roi Lion 3, Kiri le Clown ou Starracers… la formation n’avait donc pas été inutile!

« En 2007, j’ai intégré la série « 5/5 » d’ Eric Métayer et cela a constitué un moment important. D’Abord parce qu’Eric Métayer a quand même le talent en héritage et parce qu’il m’ a redemandé sept ans plus tard pour « Le Train Fantôme », une pièce impossible à résumer, dans laquelle le public devenait lui même acteur, et qui a connu un joli succès à la Gaité Montparnasse. Preuve que les rencontres sont essentielles dans ce métier. J’ai vécu la même chose quelques années plus tard. J’étais dans « Dothy, le magicien d’Oz » au Grand Rex, produit par Dove Attia, en 2009. Il m’a rappelé ensuite pour tous ses spectacles et je suis devenu Rosenberg dans « Mozart, l’Opéra Rock », Ramard dans « 1789, les Amants de la Bastille » et donc Ké, pour la tournée de « La Légende Du Roi Arthur ». Il n’y a rien de réducteur dans ces personnages comiques qui ponctuent l’intrigue. Je les considère plutôt comme permettant une belle mise en lumière et comme le public est fidèle, je me sens assez chanceux. »

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La tournée s’achèvera en juin à Lille. Alors Yamin Dib pourra s’atteler à ce projet qu’il porte depuis des années, la réalisation de son premier film, « Le P’tit Bougnoule », une production Prod Et In, un film produit par Douglas Lemenu. L’ histoire simple et sans pathos de l’arrivée dans un village de l’Ain, d’un gamin de sept ans, né dans une famille aux origines maghrébines. Les parents qui ne font pas les choses à moitié veulent pour lui une intégration totale, l’inscrivent au catéchisme, ne parlent pas de leurs propres origines. Et puis il est renversé par une voiture et plonge dans le  coma. Il faut alors retrouver les témoins de cet accident mais personne ne veut parler… Difficile de ne pas y voir une part autobiographique lui qui est né à Marseille et a lui aussi déménagé dans l’Ain, ses parents souhaitant pour lui et ses frères et soeurs, une vie française parfaite, intégrée et si possible avec de jolis résultats. « Evidemment qu’il y a de moi dans cette histoire… bien que je l’ai beaucoup adaptée. Je veux montrer que la vie pouvait être assez douce quand on était immigré dans ces années là, loin du bruit des cités. Jusqu’à ce que la rumeur enfle, que la province prouve qu’elle n’échappe pas davantage au racisme ordinaire. Il y aura donc plein de sentiments contraires et des rebondissements.» Yamin Dib a mis de côté son humour irrésistible. Le regard se charge de tendresse et de douceur. Il sourit, songeur… Ce film, vraiment, il y tient. Le format n’est pas encore fixé, court ou moyen métrage, un format TV aussi pourquoi pas car cette vision de l’immigration tranche des scénarios habituels. Le tournage devrait avoir lieu cet été, dans la région Rhône-Alpes. Puis à l’automne, il repartira en tournée avec « Le voleur d’Autobus » et s’envolera trois semaines dans les pays de l’Est avec la troupe de « Mozart, le symphonique ». Il n’était pas de la première tournée en Russie et en France. Il sera de cette quinzaine de dates, sorte de Maître de cérémonie façon Emcee dans « Cabaret ».

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D’ici là, Yamin Dib aura aussi eu le temps de profiter des escales de «La Légende du Roi Arthur » pour tourner de nouveaux épisodes de « C’est pas la bonne… », la web-série écrite avec David Alexis, les deux compères jouant Djamila et Ludvila sous la caméra de Julien Lamassonne. « Elles ne brillent pas par leur intelligence ces deux là mais leur absurdité semble plaire. Le teaser a beaucoup fait parler, le premier numéro avec Florent Mothe en invité, également. Nous avons déjà plusieurs autres épisodes en boite. Chaque fois avec un thème et des invités différents. On écrit pendant les trajets, on tourne entre deux représentations. Ca va vite mais ça ressemble bien finalement au rythme que l’on souhaite impulser dans cette série. Je ne sais pas où tout ça nous mènera. Mais dans la vie existe t’il quelque chose qui soit inscrit d’avance..? »

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET. 

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Derrière la caméra, Julien Lamassonne.

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