Avec son « Frankenstein Tour », No One Is Innocent sillonne la voie de tous les succès

Ils viennent d’entamer une tournée qui se poursuivra jusqu’à l’année prochaine portée par  « Frankenstein », leur nouvel album sorti fin mars, une réussite totale. Vingt cinq ans bientôt et ils n’ont peut-être jamais été aussi puissants. No One Is Innocent ou la rage triomphante. 

Il est un peu plus de 8h ce jeudi, Paris a eu le temps de s’ éveiller mais dans les regards de la «Tribu» arrivée en ordre dispersé Gare de Lyon, on sent que le sommeil aurait pu se prolonger encore. Les instruments font van à part et ont pris la route une heure plus tôt depuis une salle de répétition de la banlieue parisienne. Au programme de cette quatrième session du « Frankenstein Tour » entamé le 20 Mars à Argenteuil, Saint-Nazaire en Loire Atlantique, Saint-Agathon près de Guingamp et Ancenis, sur les bords de Loire, à une trentaine de kilomètres de Nantes avant un retour dimanche en début d’après-midi. Un périple qui comme toujours additionnera kilomètres, heures confinées dans les véhicules et nuits courtes mais le groupe est rodé à ces plaisirs invisibles des tournées. Plaisirs que partagent  les indispensables de l’ombre, Arnault Burgues,  nouveau tour manager, également à la console des retours, Estienne, le backliner, Nicolas Galloux, Monsieur Lumières, et « Maz » (Jean-Marc Maz Pinaud) au son. 

Un gentil tacle à celui qui arrive avec quelques minutes de retard et c’est le départ. Dans une tournée, la feuille de route est hyper précise et les horaires ne peuvent être bousculés. L’arrivée au VIP est prévue à 14h, les balances démarreront dans la foulée et le show est prévu entre 22h et 23h30. 

Saint-Nazaire est encore à plus de trois heures. Il y a les bavards, ceux qui lisent ou pianotent sur leur smartphone. Et puis ceux qui en profitent pour s’ offrir un petit supplément de sommeil. Au risque de casser le mythe, le musicien est un être normal, qu’on se le dise!

Une trentaine de dates ont été inscrites dans ce premier volet. Elles sillonnent la France, obliquent courant mai et juin par des festivals en Suisse, Belgique et en Espagne puis s’interrompent le 29 juin à Evreux avant de reprendre après une courte pause estivale dans des salles encore plus grosses. Il le faut car le « Frankenstein Tour » cartonne. Si Kemar et sa bande ont pu douter pendant leur résidence grenobloise, chercher la setlist parfaite et s’interroger sur la façon dont le public, bien que fidèle depuis plus de vingt ans, accueillerait ce septième album studio et cette nouvelle série de concerts, il aura suffi de la première date pour être rassurés. Logique au regard d’un album qui est peut-être l’ un des plus forts de leur carrière.  

Et pourtant, le défi était de taille après « Propaganda », sorti trois ans plus tôt. Des textes puissants qui avaient des allures de cris, une vindicte puisée dans l’ADN de No One mais qui faisait écho aux terribles événements, Charlie Hebdo, le Bataclan… On se souvient du concert à la Cigale, en présence de membres de l’équipe de Charlie Hebdo, dix mois après l’attentat qui avait décimé la rédaction, le message de résistance lu par Shanka au nom du groupe mais aussi cette présence dedans comme dehors de forces de sécurité de tous ordres. No One n’a pas plié, n’a pas remis ses concerts, est resté bruyant et a plus que jamais chanté le point levé. « Charlie », « Silencio », « Kids are on the run », entre autres, sont désormais des partitions obligées, figures de proue magnifiques de puissance et de justesse.

Et puis le temps a passé. Après dix-huit mois de tournée, le groupe a eu envie de se retrouver très vite. Juste eux et leurs instruments. Comme une urgence à faire de la musique et voir ce qu’il en sortirait. « Popy et Shanka sont des guitaristes redoutables avec des idées fortes. Ils ont balancé des trucs impressionnants et la musique a influencé les thèmes. « Frankenstein », « Ali », « A la gloire du marché » sont venus assez vite. Les autres morceaux ont suivi », raconte Kemar. 

« Je partage toujours l’écriture avec mon co-auteur habituel, Manu de Arriba, un ami de lycée. Je savais les thèmes que j’avais envie d’aborder. Politiquement en France, les élections avaient porté Macron au pouvoir et il ne nous donnait encore pas de prise… Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui! Mais la toute puissance de la finance, les revenants de Syrie, les shérifs du monde… l’actualité ne manquait pas de sujets forts. Puis nous avons eu envie de cette reprise de Black Sabath, «Paranoid», que Shanka interprète magistralement et sur laquelle je me contente de faire la voix basse derrière. Je le pousse d’ailleurs à chanter de plus en plus car il le fait superbement. Il y a des mecs comme ça qui savent tout faire, » observe Kemar en riant.

Là où « Propaganda » avait des allures de cri, les onze titres de « Frankenstein » sont beaucoup plus dans la réflexion, davantage distanciés. No One Is Innocent montre sa vigilance et ses engagements citoyens mais sa colère se transforme en interrogations fondamentales. « Nous sommes à l’opposé de ces artistes qui revendiquent de ne faire que de la musique et de parler exclusivement de cela. Je pense qu’un artiste doit, bien au contraire, garder l’oeil ouvert et se tenir informé car il a la chance de pouvoir traduire ses colères en chansons et de faire passer des messages, un point de vue que nous partageons bien évidemment tous les cinq. Dans cet album, je crois pouvoir dire que c’est l’ ADN de No One Is Innocent qui ressort, il y a une cohérence dans les sujets comme dans la musique. » 

Produit une fois de plus par Fred Duquesne, dont on reconnaît la griffe et le savoir faire, ce nouvel album est incontestablement l’un des meilleurs de ce début d’année. Un coup de pied dans les rigidités des rageux qui clament à longueur de mépris que le metal et le rock français ne seront jamais à la hauteur. « Fred est un producteur de grand talent, un ingénieur du son qui sait où il veut emmener un album. Nous étions à enregistrer dans son studio, nous avions déjà mis trois titres en boite mais lui doutait toujours… On le voyait qui cherchait. Et puis au quatrième titre, il a trouvé et on a aujourd’hui ces morceaux, avec cette puissance qui est effectivement très identifiable. »

14h00. Saint-Nazaire, tout le monde descend. Timing parfait. Les deux vans se garent le long de la salle. La mer est à quelques dizaines de mètres mais l’heure n’est vraiment pas au tourisme. Déchargement précis, mise en place, il n’y a pas de gestes inutiles. Un café dans les loges et les balances pourront débuter. Le VIP¨a été créé dans l’ancienne base sous-marine et offre un environnement assez inhabituel. Demain, ce sera « La Grande Ourse » dans la banlieue de Guingamp, une salle moderne alors qu’à Ancenis, le groupe jouera dans la salle des sports municipale, près de deux milles places (et un nouveau show sold out). 

Les contraintes techniques, le confort de jeu ne sont pas toujours les mêmes mais rien ne saurait entamer l’énergie de cette joyeuse bande. Kemar, leader (même s’il réfute le titre), figure emblématique et historique de No One, a la pêche contagieuse. La silhouette aussi affûtée que sa mémoire, il enchaîne les morceaux en parcourant la scène sans temps mort, bondissant, descendant dans la fosse pour chanter plus près encore du public qui espère chaque soir ce moment. A ses côtés, Shanka, surdoué de la six cordes, joue avec une énergie et une facilité déconcertantes. Sous le bonnet à pompon, Popy, le dernier arrivé, offre son talent de guitariste et de compositeur depuis deux albums. Le tandem est parfait, les guitares ont trouvé leur pleine puissance avec ces deux là. Bertrand Dessoliers tient la basse de No One depuis onze ans et partage son sens de la rythmique avec Gaël Chosson, qui n’a rien d’un bleu avec plus de 2.500 concerts au compteur. Une dream team, un line up solide et totalement complice.

Les balances vont durer une heure. Trois ou quatre titres suffiront. Il s’agit d’effectuer les réglages nécessaires, pas de doubler le concert. A 17h alors, les fab five et la team technique ont quartier libre. Enfin, a priori… et pas tous! Kemar, toujours lui, a rendez-vous pour des interviews avec des radios et des médias locaux. Malgré la répétition inévitable de certaines questions, il se soumet à la pratique avec une disponibilité et une bonne humeur intangibles. Il ne rejoindra pas le restant des troupes en fin d’exercice et n’aura pas le temps d’une échappée le long de la mer. Il devra se contenter d’une pause canapé mais n’y voit rien de contraignant. « Parfois on a le temps de se poser à l’hôtel, ce qui nous permet de récupérer des fatigues de la veille. Parfois, l’hôtel est trop loin alors on se pose dans un coin et on dort. Lorsque la ville est belle, on essaie toujours de sortir pour visiter un peu, tout est question de possibilités, de circonstances, de nos envies aussi. Si c’est impossible, on fait autre chose et ce n’est pas grave.»

En attendant l’ouverture des portes, l’équipe s’est un peu dispersée. Lectures, ping pong voire même échauffement de batterie sur… le dossier d’un fauteuil, sans même être distrait par les allées et venues autour, la loge est une ruche animée où fusent les rires. La perspective d’un concert provoque toujours une petite montée d’adrénaline mais est aussi et surtout un moment de plaisir et de partage. 

A 21h, le groupe qui ouvre la soirée entame son set. Trois quarts d’ heure  plus tard, la scène sera laissée aux techniciens qui disposeront alors de vingt minutes pour enlever les instruments et laisser place à la tête d’affiche. Dans les loges, les vestes militaires ont remplacé la « tenue de ville ». Pas de décompte mais un regard de plus en plus régulier sur l’ horloge. A 22h pétantes, « Djihad Propaganda » donnera le coup d’envoi d’un show bluffant d’énergie. 

En mixant de façon aussi réussie ses anciens titres les plus incontournables et cinq morceaux de « Frankenstein », visiblement heureux de cette construction qui ne laisse aucun répit et emporte le public dans une même clameur du début jusqu’à la fin, No One Is innocent donne l’impression de n’avoir jamais été aussi performant.  Une machine de scène que plus rien ne saurait arrêter. L’an prochain, le groupe soufflera son quart de siècle. Un âge comme un autre pour son fondateur qui avoue « ne pas aimer les anniversaires, les auto congratulations. L’ important est de durer encore, de pouvoir partager ce qui nous tient aux tripes, de prendre du plaisir à jouer et évidemment, que ce plaisir soit réciproque. Le public est le seul qui importe, pas le gâteau avec les bougies. »

Et du plaisir, il y en a eu jusque tard dans la soirée. Car une fois fini le concert, douché et changé, Kemar, encore et toujours aussi disponible, Popy, notamment sont allés longuement près du merch pour discuter avec le public, se prêtant au jeu incontournable des photos et des dédicaces.

Il sera près de deux heures lorsque les vans se rapprocheront enfin de l’hôtel. Le trajet est trop court pour déclencher la liste musicale que Kemar a en réserve pour ces ultimes moments de route. Ce n’est que partie remise. Le lendemain, sur les chemins de traverse bretons, il prendra un malin plaisir à reprendre des tubes sortis tout droit de Star 80. 

Etre soi-même, sans tricher, garder la passion et la rage intactes. C’est sans doute ça la raison du succès de ce groupe au sommet de son art. La voix est libre et fort de ce credo, No One is Innocent n’est pas prêt d’arrêter son chemin.

Magali MICHEL.

Reportage et crédit photos // Sophie BRANDET.

– Un remerciement très particulier et sincère à toute la tribu No One is innocent, musiciens et techniciens pour leur immense disponibilité. – 

Festival «On n’a plus vingt ans» : NO ONE IS INNOCENT, LIBRE ET ENGAGÉ

No One Is Innocent au programme du festival « On n’a plus vingt ans » concocté par Tagada Jones (avec également Mass Hysteria – voir report -, Les Trois Fromages et les Ramoneurs de Menhir) : la soirée ne pouvait s’inscrire qu’au fronton d’un engagement majeur. Bien rock et clairement politique. Il y a des combats qui resteront toujours les leurs.

Depuis plus de vingt ans, No One Is Innocent fait du bruit mais ne parle pas pour ne rien dire. Les riffs uppercutent et les paroles résonnent. Fort. Le temps n’a rien changé à l’affaire et Kemar n’a rien perdu de sa voix ni de ses envies de conviction. Les extrémismes, les jusque boutistes des religions, les haines trop clairement mises en bannière, les No One ne laisseront jamais rien passé. Inoxydables, une motivation que les effrois de l’actualité ne font que pérenniser encore, le quintette parisien ne fait jamais semblant.

Musicalement, la puissance est toute aussi manifeste. Gaël Chosson, Popy (Bertrand Laussinotte), Shanka (François Maigret) et Bertrand Dessoliers sont des musiciens de première classe, rodés à la scène. Alors forcément, quand ils arrivent sur scène, ça claque direct.

Le public des Herbiers espérait que la part belle serait laissée aux titres phares de «Propaganda», le sixième opus du groupe sorti en juin 2015… il n’a pas été déçu. La soirée avait beau être placée sous le signe de la fête des 20 ans des Tagada Jones, il est des périodes dont les risques ne doivent pas être occultés. « La jeunesse emmerde le Front National! » Le message ne tarde pas. Difficile de faire plus clair.

Avec les présidentielles toutes proches, se positionner est un devoir citoyen pour le frontman qui décoche ses mots avec cette énergie dont il ne semble jamais se séparer sur scène. Inusable. Bondissant. Arpentant l’espace. Les mots jaillissent sur les accords joués avec rage. « Djihad Propaganda », « Silencio », « La Peau », « Vingt ans » et le toujours aussi impressionnant « Charlie » (entre autres) seront de la fête. Une fête d’anniversaire mais avec le poing tendu qui remplacerait la bougie. L’humanisme, la tolérance, la fraternité, la liberté en base indispensable au gâteau.

A l’automne, No One Is Innocent enregistrera son nouvel album. Les textes sont prêts. Les premiers coups de batterie sont déjà dans la boîte. Avec Fred Duquesne à la production, comme pour « Propaganda », ce qui laisse augurer du meilleur en matière de gros son. On n’a sans doute pas tous les jours vingt ans… Mais One is Innocent n’en finit pas de prouver qu’il n’est pas d’âge pour rester insoumis. Libres. Et musicalement déchaînés.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

No One Is Innocent n’est pas prêt de se taire

Un mois et demi après la sortie de « Propaganda » et encore dans le souvenir des deux concerts en ouverture d’ACDC, No One is Innocent est en tournée dans toute la France. L’occasion de constater que le groupe n’a rien perdu de ses colères. Franchir le mur du « gros son » lui va sacrément bien. 

Pas de chance pour les No One is Innocent, la pluie a décidé de jouer les invités de mauvaise surprise en ce dernier jour du festival de Poupet (Vendée). Mais il faut bien plus qu’une météo grincheuse pour cabosser l’énergie de Kemar et de ses acolytes. Le chanteur l’avait d’ailleurs annoncé tôt dans l’après-midi : « Rien ne pourra nous retenir! On a une envie de jouer qui confine à l’urgence. On a donc composé la setlist en fonction de cette énergie folle, « Drones » lâchera tout dès le début. Et puis il y aura « Silencio », le premier titre extrait du nouvel album et puis « Barricades ». Sans temps morts. Il faut que la rage explose, diffuse et revienne en écho. »

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Vingt ans que Kemar Gulbenkian ouvre sa voix pour No One Is Innocent. Le parcours a été long, jalonné de quelques bûches voire même de jolies gamelles car jouer les « grandes gueules contestataires » n’est sans doute pas le meilleur chemin vers la popularité ou le succès commercial. Le corpus a été critique et l’ambiance interne s’en est aussi ressentie, expliquant les renouvellements successifs parmi les musiciens, les chemins de traverse empruntés par les partitions et le message brouillé qui en découlait. Mais même enterrés par certains, même estampillés opportunistes par quelques rageux ou gentiment affublés d’ « aquabonistes » par ceux qui s’y étaient déjà brûlés les airs, No One Is Innocent a toujours ressurgi et ressuscité des cendres où quelques uns les auraient bien laissés.

Quinze ans après « La peau », qui restera tatouée dans les mémoires de toute une génération, quatre ans après « Drugstore » et sa tournée fracassante, les musiciens prouvent qu’ils ont toujours la conscience aux aguets et les riffs affûtés : « Propaganda », sorti début juin, réunit onze titres sans concession. Ca rue dans les brancards des idées plates, ça extirpe des absences de conscience, ça pointe la tentation du pire. Beaucoup de colère, une désillusion croissante de la politique, une tolérance revendiquée mais aussi quelques superbes envolées d’émotion, le tout enveloppé dans une énergie boostée par des solos incroyables, des riffs particulièrement accrocheurs et beaucoup mieux mis en valeur.

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Les guitares sont plus lourdes, la basse accrocheuse, le ton général est bien plus puissant. Impossible de ne pas y voir l’influence de Fred Duquesne, aux manettes pour l’enregistrement et la réalisation. Ce guitariste aussi doué que prolyxe, qui a usé ses cordes sur Watcha, Empyr et endosse désormais les couleurs de Bukowski et de Mass Hysteria, est l’un des meilleurs producteurs actuels de « gros son », qu’il dose avec une précision d’orfèvre. L’oreille est affûtée, la recherche constante et le dosage parfait.

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« Avec ce sixième album, on est ainsi revenu à nos envies initiales,  » observe Kemar. « Il y a vingt ans, nous combattions la passivité, les discours formatés et l’univers du prêt à consommer qu’il soit politique ou musical, l’embobinement des esprits et ses dangers. Nos combats demeurent et ils ont une nécessité encore plus manifeste quand on regarde les évènements actuels ou récents. Ajouter de la puissance instrumentale sur les mots avait donc aussi du sens. »

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Avec une formation recomposée (autour de Kemar, seule figure historique du No One d’origine, figurent Shanka (guitare), arrivé peu après Kemar, Bertrand Dessoliers (basse) et Gaël Chosson (batterie), présents depuis plus de quatre ans et Bertrand Laussinotte, guitare, dernier venu, à qui l’on doit également pas mal de titres), le groupe a pas mal douté avant de réussir à sortir « Propaganda »… « Nous étions dans le local, les gars jouaient des trucs mais je ne sentais rien! Or, moi, il faut que la musique m’inspire, » poursuit le chanteur. « Il faut que ça envoie, que les mecs me donnent envie de me lever et de sauter. La scène ou le local, c’est pareil, ça doit donner de la même façon. Or là, il ne se passait rien, on était tranquilles sur les chaises et… Rien ! Du coup, aucune inspiration non plus du côté des textes. J’avais beau avoir quelques idées en tête, rien ne sortait… Alors on a fait une pause de quelques mois, je leur ai demandé de chercher et de revenir avec des trucs qui accrochent. Il nous fallait du lourd parce que les gens allaient nous attendre au virage. Et il fallait du lourd pour que les mots viennent plus facilement. Or, les mots, quand vous chantez en français, c’est ce dont on parle le plus. La musique est importante mais elle est moins disséquée. Alors que toutes vos paroles sont filtrées et commentées. »

Du « lourd », il y en a donc eu. Shanka a composé le superbe « Un Nouveau Scottsboro ». Pour les autres morceaux de l’album, la pause a été inspirée puisque dès la première réunion, le jeu de construction n’a plus jamais failli.

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« Le riff de « Silencio » est arrivé très vite, tout comme la base d’appui de « Charlie » et de « Djihad propaganda ». Pour Charlie, nous avons réussi le double écueil de l’empressement excessif et du trop gros pathos. J’avais enregistré avec mon téléphone les bruits de la foule réunie place de la République. Ces « Qui sommes-nous? Charlie! » ouvrent le morceau, les paroles ont fusé quand j’ai entendu la musique. J’ai ressenti l’urgence et voilà ce que ça donne. Je l’ai envoyé à l’équipe de Charlie, elle a été abasourdie et profondément secouée. On avait dû trouver le combo textes-musique qu’il fallait pour cet hommage qui se veut aussi un cri d’alerte, » commente encore Kemar. « Ce qui est terrible, c’est que tous les indicateurs du mal étaient déjà là voilà vingt ans, que la société n’en finit plus de se perdre dans de mauvais repères mais que personne ne semble vouloir en parler. Il est loin le temps de la chanson contestataire ultra présente, de l’engagement des artistes. Aujourd’hui, rares sont mes collègues chanteurs qui profitent de leurs micros pour porter des messages. Les refrains consensuels et la révolte molle sont sans doute commercialement préférables. Dommage les gars, parce qu’il y aurait des trucs à faire ensemble, des scènes à partager pour faire bouger les esprits. On est des artistes mais aussi des citoyens…  A croire que beaucoup l’ont occulté. Trop facile!!  Chacun a bien sûr le droit de raconter ce qu’il veut mais il y a quand même des groupes qui pourraient se mouiller davantage! »

Une chose est sure, Verycords, la nouvelle maison de disques des No One is Innocent, n’a pas bâillonné les crayons, Kemar et son complice co-auteur (Emmanuel de Arriba) ont pu s’exprimer avec toute la rage souhaitée, sans le moindre bémol. Et c’est cette rage qu’ils ont soif désormais d’exporter et de partager sur scène.

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Bonne pioche ou cadeau du destin, à moins que ce soit un heureux Karma qui leur permette de n’assurer que des premières parties d’exception, eux qui avaient déjà ouvert pour Motörhead en 2011 et Guns N’ Roses en 2012, ont eu le privilège de jouer lors des deux concerts d’ACDC au Stade de France en Juin dernier.  « Quand on a passé sa jeunesse à se prendre pour Angus et jouer avec une raquette devant sa glace, je vous laisse imaginer le pied que ça peut représenter! On n’avait sans doute pas le son nécessaire, on a joué une demi-heure mais quelle claque ! J’ai dit aux mecs de tout donner, que ce challenge était celui de notre vie, que le public venait de partout dans le monde, que le moment était venu de faire exploser ces morceaux que nous avions répétés des centaines de fois. On allait les lâcher et les lâcher devant 80.000 personnes, au Stade de France, avant ACDC. Il y en a qui aurait eu peur… Je crois que ce sont les concerts qui m’ont le moins angoissé. Prendre du plaisir, tout donner, il n’y a eu que ça. Aujourd’hui, la tournée se poursuit. Le Stade de France était une étape exceptionnelle dans un périple tout aussi excitant. »

Enthousiasme non feint si l’on en juge par ce concert d’une heure donné ce 24 juillet dans le cadre du Festival de Poupet, entre le set d’Alb et celui des Shaka Ponk, tête d’affiche de la soirée. Il n’aura pas fallu plus de deux minutes aux No One pour déclencher un pogo qui ne prendra fin qu’à la dernière note du dernier morceau et emporter un public qui n’était pas forcément celui de leurs concerts habituels. « Drones » avait réussi son effet!

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Kemar exulte, saute et joue avec les musiciens. Nikko (Eiffel), en régional de l’étape (il remplace Bertrand Laussinotte pour deux soirs), a sa cohorte de fans. Gaël Chosson n’a pas failli au bonnet dont il ne se sépare jamais mais l’énergie et la puissance ont été telles qu’il y renoncera pourtant un fin de parcours. Bertrand Dessoliers est à l’unisson et Shanka, qui n’avait pu vivre les épisodes ACDC pour cause de tournée américaine avec The Dukes, son autre groupe,  prouve qu’il est bel et bien de retour, pilier incontestable et charismatique de cette aventure.

Un petit quart d’heure et déjà Kemar tombe chemise et  tee-shirt. Sur scène, ça envoie encore davantage. « La peau » et « Revolution.com » font chanter jusqu’au plus haut du théâtre de verdure. La pluie a le bon goût de la jouer plus intermittente, permettant quelques jolis slams. « Kids are on the run » semble taillée pour le succès. Le public en redemande. Les visages trahissent le plaisir partagé.

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Mission accomplie pour No One. Vingt ans décidément le bel âge. L’été prochain le groupe se rêve à l’affiche de gros festivals, « porter l’engagement et sa cohorte de riffs vénères sur les grosses scènes ça aurait de la gueule! » No One Is Innocent est de retour, pour ceux qui en douteraient encore… 

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

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