Léonard Lasry joue sur toutes les lignes de ses portées

Compositeur, interprète, accessoirement aussi co-dirigeant (avec son frère) d’une célèbre marque de lunettes, Léonard Lasry a l’hyper activité prolixe. Il crée au fil de ses rencontres et de ses envies. De temps en temps heureusement, il se donne la priorité… et ça lui réussit plutôt bien. « Avant la première fois », son nouvel opus sorti voilà un an, vient d’être diffusé au Japon alors que lui même participait au festival « Saison Rouge ». Un détour nippon à succès avant de retrouver son agenda surchargé et la longue liste de ses projets. 

« Je suis passionné, cela doit venir de là! Avoir autant de projets est une chance dont j’ai pleinement conscience et dont je ne me plaindrai jamais », assure Léonard Lasry. A trente-six ans, celui qui compose aussi bien pour lui-même que pour Marie-Amélie Seigner, Gabrielle Lazure ou bien encore Jean-Claude Dreyfus, n’a jamais connu actualité aussi riche et carnets de projets aussi pleins. « Choisir serait renoncer. Je fonctionne au coup de coeur, au feeling, aux rencontres et souvent, un projet en entraîne un autre. » 

Dans le tourbillon de ses envies, Léonard Lasry ne s’est pourtant jamais laissé submergé et a toujours tout maîtrisé. Ne pas se fier à son look de parfait « hipster », il n’est pas homme à être enfermé dans une case. Assis devant un piano à l’âge de douze ans, il est remarqué dès l’adolescence pour ses talents de mélodiste et à vingt-quatre ans, il sort son premier disque, douze titres dont il signe l’intégralité des paroles et musiques. Avec un « bonus », « On se voit ce soir », une chanson dont les paroles ont été écrites par André Téchiné et la musique, Philippe Sarde. Il y a pire duo! L’ aventure était lancée.

La formation musicale a continué de s’enrichir et les collaborations se sont succédées. Mais c’est la rencontre avec Elisa Point (interprète méconnue mais et parolière de Christophe notamment) qui a eu une influence majeure. « En 2012, nous avons enregistré ensemble « L’ Exception », un album dont chaque titre renvoyait à une vidéo réalisée par Gérard Courant, comme autant d’hommage aux légendes du cinéma des années soixante. C’était totalement nouveau. On ne s’est plus lâché ensuite, elle a les mots précis, les verbes justes, ceux que je n’ai pas même besoin de trouver puisqu’elle les a déjà posés.» 

Après un autre opus plus intimiste un an plus tard, Léonard Lasry compose les bandes originales de plusieurs films produits (entre autres) par Christian Fechner, des musiques qui sont programmées au Festival d’Avignon et même la bande son du célèbre « Clan des Veuves » avec Ginette Garcin. Sa passion le portant vers tous les domaines, il collabore aussi avec des artistes contemporains, produit et compose « Maripola X Songs » un single deux titres pour Maripol, personnalité fameuse du Downtown New York, collabore avec Li Mahdavi et signe des morceaux pour de grands noms de la Haute Couture comme Valentino ou Dior. 

Mais dans le domaine, ce dont Léonard Lasry est peut-être le plus fier, est vraisemblablement d’avoir permis à Hervé Léger de réaliser son rêve. « Hervé était une personne incroyable, un talent et un sens de la création exceptionnels. La mode ne faisant pas tout, il caressait depuis longtemps une envie de chanter mais cette idée n’avait jamais été concrétisée. Il m’en a parlé, je lui ai dit « banco! je relève le défi et on le fait ! » Ainsi est né « Blue Sapphire » que j’ai composé et produit et qu’il a pris un plaisir immense à enregistrer. Malheureusement, nous n’avons pas pu poursuivre car Hervé Léger est mort brutalement peu après. »

A force de composer pour les autres, Léonard Lasry n’a t’ il pas délaissé sa propre carrière ? Il est certes reconnu mais le grand public ne sait pas forcément encore mettre un nom sur son visage. « Peut-être… On m’en a souvent fait la remarque. Mais je trouve toutes mes créations assez cohérentes au final car elles se sont enrichies les unes des autres et tout s’est enchainé naturellement. Sans ce parcours je n’aurais pas eu la demande du Crazy Horse lorsque le célèbre cabaret parisien a préparé « Dessus Dessous » avec Chantal Thomass. Je n’aurais pas réalisé « Strip tease moi » puis « Totally Crazy », qui reprenait les numéros fétiches du cabaret. Je me trouve donc vraiment chanceux car humainement, cela n’ a été qu’une suite là de belles rencontres.  Il faut un temps pour tout. Cette fois c’est vrai, je consacre plus de temps à mes propres chansons. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir en parallèle pleins de projets pour d’autres! »

« Avant la première fois », quatrième et dernier album en date, est sorti à l’automne 2017 (toujours avec des paroles d’Elisa Point) et a été unanimement salué. Le premier extrait, « L’original » a été porté par un clip (à base d’ampoules qui collent et décollent), parfait reflet de la pop élégante de leur auteur. « Chaos », le nouveau clip, est une sorte de road movie sur les corniches de la Méditerranée avec un Léonard Lasry, conducteur, qui voit défiler les personnages à ses côtés. Les gens changent. Pas lui. Il y a aussi des titres forts, comme « La vraie fatigue de Paris » ou  « Trois » («Si trois fait des envieux, A deux est-ce toujours mieux?, Trois n’écoute que son corps, Son coeur a tous les torts »). Homogène, entre portées minimalistes, murmures quasi gainsbourgiens et échappées beaucoup plus larges et lyriques, l’album vise juste et permet de saisir l’impressionnant talent de mélodiste de Léonard Lasry. 

Il a fallu cinq longues années pour boucler cet opus. En incorrigible perfectionniste, Léonard Lasry n’a pas hésité à réenregistrer certains morceaux car sa voix ne lui plaisait pas. « Avant la première fois » est ressorti cet été en version double album, offrant un second volume, « Après le feu des plaisirs », avec des versions piano-guitare-voix plus proches de ce que Léonard Lasry livre en concert. Qui pénètre cet univers incomparable sera à jamais transporté. Même après la première fois…

Magali MICHEL.

Crédit photos // Vincent Brisson // Paul Mouginot.