MAIN SQUARE FESTIVAL 2017: Record d’affluence pour la 13ème édition !

Avec 125.000 spectateurs accueillis en trois jours, le Main Square d’Arras a pulvérisé son record d’entrées. L’affiche portée par Radiohead jouait pourtant les audaces en mettant en lumière pas mal d’ artistes moins connus que les années précédentes. Ce mix gagnant dressé par Live Nation avait vu s’envoler la billetterie et plus aucun ticket n’était disponible depuis longtemps. De là à envisager que le Main Square quitte le site historique de la Citadelle pour pouvoir gonfler encore les rangs de son public, il y a un pas que personne ne semble prêt à franchir, l’enceinte offrant trois points essentiels : l’accessibilité, la sécurité et la proximité. Retour sur cette…. édition couronnée de succès.

Un océan de têtes, un espace vital qui n’atteint pas les cinq centimètres, quelques trouées dans la foule qui ne sont qu’illusoires car lorsque les premiers accords retentiront, jailliront de ces percées tous ceux qui patientaient depuis plus de deux heures en restant assis au milieu de cette forêt de jambes… Radiohead n’avait pas joué en France depuis cinq ans (et même depuis 2008 à Arras) et avait choisi le Main Square pour seul festival de l’Hexagone. C’est dire s’ils étaient attendus. Des centaines de déçus des refoulés de la billetterie britannique, des suédois, des espagnols, des allemands, des quatre coins de l’Europe les fans du groupe britannique n’avaient pas hésité à effectuer le déplacement. Les langages sont pluriels mais lorsqu’il s’agit de patienter en reprenant quelques refrains du groupe trentenaire, l’unisson est total… à peine entrecoupé par les commentaires acerbes en destination de ces naifs qui entendent traverser les 40.000 spectateurs verres de bière en main « pour rejoindre leurs copains de l’autre coté de la place ». Des audaces rarement couronnées de succès et qui prendront fin dès que « Daydreaming » ouvrira ce concert exceptionnel.

« Thom Yorke », « Desert Island Disk », « Ful Stop »… la set list dessinée par les frères Greenwood, Ed O’Brien et Phil Selway joue l’émotion et le public est en extase. Marie, la quadra belge qui avait pourtant vu le groupe la veille au Rock Werchter est submergée par l’émotion. « Ils donnent tout. Ils sont impressionnants. Je rêvais d’ entendre « My iron Lung », c’est un morceau qui a plus de vingt ans et que j’adore. Ils l’ont fait. Je ne pouvais rêver mieux. » Elle en oublie sa pancarte à destination des artistes et laisse échapper des larmes sincères.

Une dizaine d’autres morceaux phares plus loin et c’est toute la Citadelle qui salue « No Surprises », extrait de « No Computer », sans doute l’un des albums les plus célèbres de Radiohead, « No Computer » qui sera également interprété alors qu’il est généralement peu repris sur scène. Minuit sonnera l’heure des ultimes rappels, quatre titres et « Paranoid Android » pour fermer le bal. Les plus accros regretteront que « Creep » ou « Karma Police », les deux morceaux clés du parcours des britanniques aient été zappés alors qu’ils avaient été donnés au festival de Glastonbury quelques jours plus tôt. Choisir, c’est renoncer. Une discographie lourde de moments forts n’y aura pas échappé. Cette date française de Radiohead, en clôture du Main Square d’Arras restera pourtant dans les annales.

The NoFace // Green Room.

Frank Carter & The Rattlesnakes // Main Stage.

L’enthousiasme n’aura pas été le seul fait de cette énorme surprise en tête d’affiche du dernier jour. Depuis vendredi, le festival concocté par Live Nation avait su jouer la mixité entre artistes  pop, rock, folk et électro, les têtes des charts et les formations moins connues mais qui ne manqueraient pas d’ emporter le public. Bonne pioche ! Malgré une météo capricieuse vendredi, les rangs se sont rapidement resserrés au pied de la Main stage comme de la Green Room. Rendez-vous majeur des manifestations estivales, le festival arrangeois a depuis longtemps gagné ses lettres de noblesse. La programmation a toujours visé haut et les souvenirs de ces soirées incroyables sur la Grand Place d’abord, entre les remparts de la Citadelle ensuite n’en finissent pas de résonner.

The Inspector Cluzo a fait l’unanimité et attiré la grande foule malgré un horaire de passage relativement précoce. Le tandem gascon qui dans son autre vie élève des oies selon le mode bio et propose ses foies gras sur les étals des marchés du Sud Ouest distille un rock tout aussi viscéral et passionné. La musicalité est haut de gamme et la bonne humeur sur scène certifiée sans OGM comme leurs partitions désormais aussi nettement reconnaissables que les valeurs qu’ils s’efforcent de transmettre.

Mat Bastard ayant migré pour une carrière solo, exit Skip the Use. Mais les quatre musiciens restant n’ont pas pour autant renoncé et c’est en s’appuyant sur un concept anonyme, sorte de masque barré d’une crois blanche, qu’ils ont décidé de revenir. Faisant table rase de la notoriété passée, poursuivant avec cette expérience déjà solide mais jouant la carte de la virginité coté références, The No Face s’est attaché la présence (et la voix) de la magnifique Oma Joli, chanteuse d’origine camerounaise. L’album est attendu avant la fin de l’année, à l’automne selon toutes vraisemblances. En attendant, sur scène, ces cinq là cartonnent avec un rock puissant aux couleurs différentes et le Main Square leur a réservé une ovation largement justifiée.

Dilemme toujours compliqué, pour ne pas dire insoluble, des festivals à scènes multiples, il fallait amputer The No Face d’une bonne demi heure si on voulait voir Frank Carter and the Rattlesnakes sur la Main Stage. Après un détour par le punk, l’over tatoué Franck Carter a retrouvé le chemin de son ADN avec des sons radicalement hardcore voilà deux ans avec sa nouvelle formation et un premier opus qui avait surpris. Le second frappe encore plus fort. Riche d’une production plus puissante, « Modern Ruin » offre aux britanniques les plus belles scènes. Bondissant et arpentant celle d’ Arras avec une énergie no limit, Franck Carter n’a pas mis longtemps à convaincre ceux qui ne le connaissaient pas encore.

Don Broco // Green Room.

Biffy Clyro // Main Stage.

Après Don Broco, brochette de quatre anglais plutôt pas moches (on a dit « pas le physique » ok ! Mais au vu des cris enthousiastes de la gente féminine à chaque approche de Rob Damiani, le chanteur, on ne va pas pousser l’hypocrisie plus loin : la voix ne faisait pas tout !!) qui taille sa route depuis près de dix ans et avait marqué le public parisien en ouvrant pour Bring Me The Horizon lors de leur dernier passage au Zénith, pop rock, énergie et bonne humeur garantis, Biffy Clyro était très attendu.

Ne tenant pas en place, sémillant dans son pantalon rose assez large sous torse nu, Simon Neil a la frénésie de ceux qui veulent tout donner, de la première à la dernière note. Avec les jumeaux James et Ben Johnston, le trio écossais s’inscrit depuis plusieurs mois au sommet des affiches ou s’offre des premières parties assez spectaculaires, comme celle du récent concert des Guns N’ Roses au Stade de France. Leur passage à l’Olympia en janvier avait également donné envie de les revoir très vite, un succès porté par « Ellipse », dernier album en date du groupe. Buffy Clyro était déjà passé par Arras en 2013. Quatre ans plus tard, on sent le groupe riche d’une puissance encore plus affirmée, la scène étant bien leur terrain de jeu préféré. Le set d’une heure a semblé bien trop court à leurs fans venus par milliers reprendre en choeur les tubes de ces trois là dont le succès sera bientôt planétaire.

Machine Gun Kelly // Green Room.

Soulwax // Green Room.

Difficile de boucler cette première journée de festival sans parler de Machine Gun Kelly (lassé par les inévitables comparaisons avec Eminem, MGK essaie de ne plus les entendre et se consacre à sa musique. Le premier rappeur blanc à avoir décroché trois victoires successives au fameux show de l’Apollo Theater a puisé dans ses deux albums ses morceaux les plus emblématiques et livré une interprétation pleine d’énergie, au flow impressionnant), Soulwax (les belges ont épaté avec une mise en scène particulièrement originale et soignée, un rock électro brillant) et bien évidemment System of a Down. La tête d’affiche du jour a ravi ceux qui les suivent depuis plus de vingt ans, un peu étonné ceux qui ne les avaient encore jamais vu sur scène. Comme au Downland, à Brétigny sur Orge début juin, les californiens ont enchainé les titres sans échange avec le public, sans davantage de communication sur scène. Sans perdre une minute, les titres s’enchainent comme si le temps était compté. Pas de quoi entacher cependant un concert toujours aussi brillamment servi par la voix grave de Serj Tankian, le leader qui n’a rien perdu de sa fameuse tessiture.

Après avoir programmé Iron Maiden à l’occasion des dix ans du Main Square et en figure de de proue d’un jeudi rajouté aux trois jours habituels du festival, après Mass Hysteria qui a embarqué plus de 30.000 spectateurs l’an dernier, Live Nation a visiblement raison de jouer la carte du metal. ce nouvel atout dans l’affiche séduit au delà de toute attente. Pour leur dernière date dans l’Hexagone, System of a Down a eu droit à un accueil plus que triomphal.

Talisco // Main Stage.

Xavier Rudd // Green Room.

La pluie annoncée le samedi a eu le bon goût de ne se manifester que par épisodes nocturnes. De quoi permettre à Talisco et son rock matiné d’électro, tendance magnifiques décors et grands sentiments, de s’offrir en beauté à ceux qui ne le connaissaient qu’à travers ses deux albums.

Dans un genre radicalement différent mais tout aussi spectaculaire, Xavier Rudd a lui aussi embarqué le public vers son Australie natale, ses instruments inédits comme le didgeridoo et ses partitions aborigènes revissées avec des mélopées uniques. Homme orchestre, artiste et citoyen engagé, militant pour de nombreuses causes écologiques, le musicien a aussi été élu « végétarien australien le plus sexy ». Après sa prestation au Main Square, on peut comprendre sinon la légitimité de ce titre, au moins les raisons qui ont pu l’expliquer !

Cage The Elephant // Main Stage.

Cage the Elephant a constitué l’une des belles découvertes de la journée. Les américains, établis depuis dix ans à Londres, dont le dernier album en date a été produit par Dan Auerbach des Black Keys (salué d’un Grammy du meilleur album rock en février dernier, excusez du peu!), sont de vraies bêtes de scène. Musicalement, c’est un mélange unique qui renvoie aux origines de la brit pop la plus pure avec une modernité incroyable. N’ignorant rien de ses ressemblances avec Mike Jagger, Matt Schultz, le chanteur, porte la chemise centrée et le pantalon pattes d’eph’ avec naturel et chante avec la même ferveur bondissante que son illustre ainé. Mais Cage the Elephant ne se réduit surtout pas à un copier coller de ce qui a été. C’est au contraire totalement original malgré ces références assumées.

Au regard de la densité de la foule qui les attendait, Rag N’ Bone Man et Jain avaient beau ne pas fermer le ban, c’étaient bien eux les artistes les plus attendus de la journée. Depuis plus d’un an, la toulousaine n’en finit pas de croiser le succès. Un premier album qui a tout raflé, des récompenses de la part du public comme de la profession, des concerts sold out, la jeune femme est cet été l’une des artistes les plus programmés, à l’instar des Insus ou de Louise Attaque l’an dernier. Autant dire que lorsqu’elle débarque sur scène avec sa désormais fameuse combishort noire à col Claudine immaculée, c’est un tonnerre d’applaudissements qui l’a accueilli. Un public familial, beaucoup de jeunes filles également, qui attendaient patiemment et soudain se déchainent et se mettent à danser aux sonorités électro hip-hop colorées d’Afrique de leur idole. La communion est totale et lorsque Jain termine son set dans sa fameuse bulle géante, portée par des festivaliers qui espéraient que le Main Square n’échapperait pas à cette sortie, c’est une foule euphorique qui accompagne la traversée.

Quant à Rag ‘N’ Bone Man, il fallait avoir sacrément anticipé pour réussir à le voir car le public avait depuis longtemps envahi les abords de la Green Room. Une demi heure avant le concert, plus possible de se rapprocher. C’est depuis le milieu de la Citadelle, entre stand de crêpes ou de wraps, que certains ont du se contenter d’entendre la voix si habitée et roborative de celui qui est l’un des phénomènes de la musique actuelle.

Rag ‘N’ Bone Man // Green Room.

Jain // Main Stage.

Un peu plus tard Die Antwoord a également fait le « chaud ». Excessif en tout, refusant la présence du moindre photographe devant la scène, repoussant les limites des décibels ce qui empêchait toute conversation à peu près normale à des centaines de mètres à la ronde, montrant volontiers leurs sous vêtements, les sud africains sont toujours aussi spectaculaires, choquants pour les uns, modernes pour les autres.

Plus consensuel et désormais mondialement reconnu, Major Lazer (la formation montée par Diplo, le fameux producteur et compositeur adoubé par les plus grands, de Madonna à Beyoncé en passant par Snoop) est une machine à tubes, la plus efficace des invitations à danser. le quatrième album du groupe a enchainé les tubes. Ce deuxième jour a pu s’achever dans une joyeuse euphorie.

The Lemon Twigs // Green Room.

La Femme // Main Stage.

Radiohead ne serait pas sur scène avant la fin de journée mais nombreux étaient ceux qui se sont octroyés une place inamovible dès l’ouverture des portes de ce dernier jour. Mieux… la plupart ont même couru pour ne pas se faire voler cet espace convoité depuis des mois. Cette détermination aura finalement été fructueuse puisqu’elle aura permis à ces stakhanovistes de l’attente de belles « rencontres » parmi lesquelles Seasick Steve. Avec sa barbe blanche, ses stigmates laissées par une vie pas toujours douce, le bluesman américain bientôt octogénaire était impressionnant de virtuosité. Sur des instruments plus cabossés que lui, des guitares uniques en leur genre, Seasick Steve (né Steven Wold) est une sorte de légende vivante. Ami de Janis Joplin, chanteur dans les stations du métro parisien, ayant vécu mille vies, il exporte son blues et sa bonne humeur aux quatre coins du monde sans jamais se lasser. Son sourire en dit long. Son regard exprime bien plus encore. Un très très grand Monsieur.

Savages // Main Stage.

Et puis on retiendra aussi Savages, le groupe britannique post punk qui depuis six ans taille sa route avec minutie. Impressionnantes dès leur premier concert en 2012, les quatre jeunes femmes  à la prestance parfois gouailleuse, toutes de noir vêtues, affichent une féminité qui n’empêchent ni  les couplets puissants ni les riffs bien musclés. Elles ont littéralement bluffé un auditoire qui ne s’attendaient pas à une prestation aussi forte, rock et élégante.

La prochaine édition du Mainsquare se déroulera les 5, 6 et 7 juillet 2018. La programmation réussira t-elle à exploser les compteurs, ce record de 42.000 visiteurs chaque jour ? La configuration du site lui-même offre un début de réponse : les fortifications de la Citadelle ne peuvent être repoussées. Le site a déjà gagné en espace par de subtils aménagements du coté de la Green Room, les hauteurs ont largement été revues dans leurs « mises en scènes » pour permettre de jolies échappées, quelques bouffées de presque tranquillité entre expo, massage, restauration et espaces de repos  mais il sera difficile d’agencer différemment pour gagner encore sur un lieu porteur de contraintes… mais au final porteur de ces points essentiels que sont l’accessibilité et la sécurité. Une sécurité encore accrue cette année du fait du contexte et qui aura elle aussi permis à la manifestation de ne pas connaître de fausses notes. Arras est désormais une étape incontournable, pour les artistes comme pour les festivaliers. L’un des plus beaux fleurons de la planète Live Nation.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

MAIN SQUARE FESTIVAL: Biffy Clyro n’en finit pas de séduire !

Quatre ans après un premier passage en terres arrageoises, Biffy Clyro était de retour au Main Square Festival 2017 et cette fois, en co-headliner. Une progression logique pour les trois britanniques à la popularité croissante.

Un mélange détonnant d’assurance, d’humour et de nonchalance, à l’image peut-être de la tenue du séduisant Simon Neil (torse nu over tatoué-pantalon framboise à pattes d’éléphant tout droit sorti des seventies), une chose est sûre, le combo fonctionne : en pénétrant sur la Main Stage, ce sont des milliers de spectateurs enthousiastes qui acclament le trio de Biffy Clyro.

Véritable bête de scène, gonflé à l’énergie no-limit et survolté par les premières parties offertes par Guns N’Roses durant leur tournée européenne, Simon Neil donne le ton. « Nous sommes Biffy the f… Clyro et nous venons d’Ecosse. » Concis mais suffisant pour faire grimper d’un cran supplémentaire les regards énamourés qui se portent vers lui. C’est parti pour une heure de show faisant la part belle aux élans vocaux, aux riffs puissants du leader mais aussi à la batterie de Ben Johnston et à la basse de James, son jumeau.

En sept albums studio  et plus encore depuis les deux derniers opus, « Opposites », en 2013 et le tout récent « Ellipsis », les écossais se sont inscrits en accords majeurs dans les charts internationaux et leurs tournées ne cessent de jouer les prolongations. Refusant les classements réducteurs, se reconnaissant rock dès ses origines en 1995,  flirtant depuis dix ans avec le metal, ce qui a valu cet élargissement de l’auditoire, un disque d’or en Grande Bretagne voilà dix ans avec «Puzzle»,  et un disque de platine trois ans plus tard pour « Only Revolutions », Biffy Clyro n’est jamais meilleur que devant les très grandes assemblées.

Habitués des stades, du Parc des Princes (Paris) comme de Wembley (Londres), les écossais se dopent à cette adrénaline particulière et c’est là qu’ils enregistrent des albums live explosifs. Qu’ils soient tête d’affiche, ouvrent pour les Foo Fighters ou les Gun’s N’Roses (le stade de France en Juillet restera longtemps dans les mémoires). A Arras, les treize titres, depuis « Wolves of Winter » jusqu’à «Stingin’Belle» en passant par l’incontournable « Biblical » se sont enchaînés sans temps morts. Une fois de plus les écossais ont séduit. Evidents.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

13ème édition du Main Square Festival: Radiohead, System Of A Down, Jain… Le festival d’Arras affiche sa diversité

Radiohead revient dans la Citadelle le 2 juillet prochain, à l’occasion de la 13ème édition du Main Square, la seule date française inscrite au calendrier des britanniques. Une fois encore, le festival arrageois créera l’évènement en s’imposant escale incontournable des plus grosses tournées. Jain, Kungs, System of a Down, La Femme… les organisateurs ont ciblé large. Les derniers noms seront révélés prochainement.

16114591_10154201413135918_847257026606806128_n

Radiohead était déjà venu en 2008 pour un show resté en mémoire. Neuf ans plus tard, les anglais seront de retour au Main Square pour leur seule et unique date en France. C’est dire si en ce dimanche 2 Juillet, dernier jour du Festival, l’ambiance sera au rendez-vous. Tous les fans du groupe mythique aux plus de trente millions d’albums vendus dans le monde ont déjà coché la date sur leurs agendas. Incontournable! En décrochant cette exclusivité, Live Nation, organisateur de la manifestation, a réussi un joli coup et s’impose une fois de plus comme une étape obligée sur le calendrier des plus grosses tournées.

radiohead-1024x576

Radiohead.

Ce dernier jour de Main Square verra aussi la présence sur scène des rockeurs américains de Highly Suspect, de Mark Lanegan (dont le timbre rauque si reconnaissable a fait les belles heures de Queen of The Stone Age entre 2001 et 2005 mais l’américain a également été membre de The Jury, Screeming Trees et de The Gutter Twins), Seasick Steve, une vraie légende dans l’univers du blues américain qui, à plus de 75 ans, démontre avec une belle évidence qu’il n’est pas près de décrocher, La Femme, le groupe de rock français qui ne laisse pas indifférent et Savages, le groupe britannique qualifié de post-punk.

cuzfklzwcaeiomy

System of a Down.

DSC_0734

Simon Neil // Biffy Clyro.

4615be7516c45720654ab56a0008037c

Don Broco.

Autre présence très attendue, celle de System of a Down. Les Californiens joueront au Download France (autre émanation 100% Live Nation) le 10 Juin et seront tête d’affiche du festival arrageois le 30 juin. Une journée très nettement orientée rock car c’est aussi ce jour là que le public retrouvera Biffy Clyro, le groupe écossais porté par le charismatique Simon Neil, Vitalic et son électro en constante évolution depuis déjà quinze ans, Machine Gun Kelly, Above et Beyond, les excellents Frank Carter et the Rattlesnakes ou bien encore Don Broco, autre groupe de rock britannique au succès jamais démenti depuis près de dix ans, sans oublier les français de The Inspector Cluzo

Le samedi 1er Juillet, même si elle n’est pas encore en haut de l’affiche, nul doute que Jain attirera tous les regards. La grande gagnante des dernières Victoires de la Musique (sacrée artiste féminine de l’année), qui n’en finit plus de tourner avec son premier album certifié double disque de platine depuis l’automne dernier et de croiser le succès devant des publics bluffés, imposera facilement son enthousiasme et ses chansons patinées sous la houlette de Yodelice.

jain_presse_0124-600x600

Jain.

kungs-unity-group-jnsn-etienne-jeanson-lucie-sassiat-2015-8-e1434983749975-1050x700

Kungs.

8smxwejc

Major Lazer.

Aux cotés de la jeune femme en ce deuxième jour de festival, Xavier Rudd, l’inclassable australien multi-instrumentiste, qui surfe entre musique traditionnelle, reggae, folk et blues, les français de Dirtyphonics (electro), Kungs, le jeune DJ prodige, salué par la Victoire 2017 de l’album de musique electro ou dance,  Kaleo, groupe islandais de folk rock qui amasse tous les succès depuis cinq ans, Die Antwoord, le groupe phénomène sud africain et Major Lazer, le groupe américain composé de Diplo et Jillionnaire, DJ et producteurs, et de Washy Fire, rappeur ,histoire de boucler en beauté.

Balayant tous les genres musicaux actuels et faisant une fois encore le pari de l’écclectisme, le Main Square devrait cette année encore faire Citadelle comble. Des pass trois jours restent disponibles (129 euros en exclusivité sur mainsquarefestival.fr) mais la journée du 2 juillet, dopée par l’évènement Radiohead, est déjà sold out. Il reste quelques pass journaliers (54 euros) pour les 30 juin et 1er Juillet. Avis aux retardataires car l’ annonce prochaine des derniers artistes programmés risque de les faire partir très vite.

M.M.

– Les 30 Juin, 1er et 2 Juillet 2017. Tous les renseignements sur mainsquarefestival.fr.-

Mixage gagnant pour le Main Square Festival 2016!

« Plus que jamais, tous au concert! », telle était la devise du Main Square 2016. Dans une Citadelle parée de nouveaux aménagements (deux hectares supplémentaires grâce à des terrasses aménagées au dessus des célèbres remparts), avec une affiche qui mixait tous les genres musicaux, Live Nation, grand ordonnateur du désormais incontournable rendez-vous arrageois, a une fois encore fait carton plein. La sécurité était renforcée, contexte oblige, mais discrète. Le plaisir des festivaliers, lui, était manifeste. Petit retour subjectif (mais assumé!) sur cette très belle édition.

DSC_4143 DSC_3766 copy

Les années se suivent et ne se ressemblent pas. Après les chaleurs caniculaires de l’an dernier, le Main Square s’est ouvert sous des torrents de pluies intermittentes mais sans appel. Des conditions météos qui n’ ont cependant pas réussi à jouer les trouble fêtes ni fait renoncer les festivaliers, prêts à braver les flaques et sauter dans la boue avec un enthousiasme no limit. Après un début d’après-midi marqué par la jolie prestation de Jake Bugg (le londonien révélé par le Festival de Glastonbury, vient de sortir un troisième album prouvant  une fois de plus un  talent de songwriter qui le classe légitimement parmi les plus doués de sa génération), Ellie Goulding a donné au Festival d’Arras un ton supplémentaire.

DSC_2869 dsc_2838-copy

Jake Bugg // Main Stage.

DSC_3174 DSC_3127-1 (glissées)

DSC_3110

Ellie Goulding // Main Stage.

La superbe anglaise, élégante dans une tenue noire très rock chic, est désormais une star internationale de la pop et le prouve avec une aisance scénique qui tient de la force tranquille. La blondisse arpente la Main Stage à l’aise dans ses docks. A priori logique quand on a vendu pas moins de six millions d’albums et quelques vingt et un millions de singles à travers le monde en moins de six ans. Pour autant, Ellie Goulding a réellement gagné en densité et celle qui fut invitée à chanter au mariage de William et Kate d’ Angleterre, dont la bande de potes n’est que dernières célébrités des charts, assure avec des concerts de plus en plus spectaculaires : projections, jeux de lights, choristes, rien ne manque et contribue à l’élégance du moment. Seul bémol, le dialogue est réduit au minimum, quelques « thank you » prononcés à la hâte et souvent sans même regarder le public, d’autant plus étonnant de la part d’une artiste souriante, qui avait devant elle un parterre de fans de la première heure. Pour ce qui est de la set list en revanche, les festivaliers n’ont pas été déçus. La belle blonde a fait la part belle aux titres de « Delirium », son dernier album en date. C’est d’ailleurs avec « Don’t panic » qu’elle a fait son entrée. «Outside» et « Burn », les titres griffés par Calvin Harris figurent eux aussi en bonne place  et puis bien sûr, immanquables, « Anything could happen », « I need your love » que la foule a repris d’une même voix et la très attendue « Love me like you do » en guise de clôture. A ce moment là devant la Main Stage, le public se moquait bien des conditions météo et les capes de pluie n’empêchaient personne de danser.

DSC_3325-1 (glissées)

DSC_3352

DSC_3435

Yelawolf // Green Room.

Yelawolf a enchaîné avec un set à hauteur du personnage : une gestuelle d’une poésie sans équivoque, des propos tout aussi incandescents mais le rappeur over tatoué ne peut se résumer à ses excès. Si son parcours a été déterminant (naître en Alabama d’une mère encore adolescente, devenir aventurier, musicien vagabond et même parfois SDF ne peuvent que laisser des traces), Yelawolf doit à son seul talent de s’être fait reconnaître par Eminem qui l’a très vite signé chez Saady Records, son propre label. La jeunesse qui se morfond, la pauvreté bien cachée à l’abri des regards argentés, le « Loup blanc » d’Alabama et son rap unique sur fond de guitares acoustiques n’ont eu aucune mal à transporter un public déjà largement convaincu.

DSC_3677-1 (glissées)-2 copy 15.16.13

SOO55

Jeanne Added // Green Room.

Toujours sur la Green Room mais en totale rupture de ton, Jeanne Added et son rock sombre, lyrique mais largement servi par l’électro ont prouvé que le hasard n’avait pas grand chose à jouer dans le succès actuel de ce petit bout de femme à la courte crinière peroxydée. Formée très jeune au violoncelle et au chant classique, entre Reims et Londres, désormais armée d’une basse totalement maîtrisée, la jeune femme sillonne avec superbe les chemins d’un rock teinté de pop, porteur d’une énergie impressionnante qui semble célébrer son affranchissement. Les morceaux sont puissants, la maturité bluffante. Depuis deux ans, Jeanne Added n’ en finit plus d’enchaîner les scènes. C’est assurément l’une des plus belles révélations de ces dernières années.

DSC_3987

DSC_3778-2

Iggy Pop // Main Stage.

Avant de laisser Disclosure, le duo pop composé des frères Lawrence (un premier album en 2013 certifié disque de platine et une aventure qui empreinte le même chemin pour le deuxième opus sorti à la fin de l’année dernière) boucler la journée, c’est vers l’iconique Iggy Pop que tous les festivaliers se sont tournés. Légende parmi les légendes, faisant presque figure de dinosaure, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour un «Iguane», le presque septuagénaire a livré un show démentiel après un démarrage éclatant sur les accords de « No Fun », l’un des premiers succès des Stooges, son ancien groupe. S’enchainent alors ses plus gros tubes, de « Passenger » à « Lust for Life ». Son célèbre torse nu se contorsionne, multiplie les pauses les plus improbables, plus rien ne saurait arrêter Iggy Pop. Pas même les barrières qu’il approche au plus près pour être en prise encore plus directe avec des fans qui n’en espéraient pas tant. Une heure trente d’un set énorme avec quelques extraits de son dernier album pour finir en douceur et en beauté. Le parrain de Detroit en a encore sous le pied!

DSC_4377

DSC_4272-2DSC_4509

Mass Hysteria // Main Stage.

Deuxième groupe programmé le samedi sur la Main Stage, Mass Hysteria a été sans conteste l’un des temps forts de ce Main Square (voir live report). Sous un soleil retrouvé, le groupe a imposé avec une force tranquille impressionnante son metal aux messages hautement porteurs. La Cour de la Citadelle n’est pas celle du Download mais le public a repris d’une même voix « Vae Soli » ou «Chiens de la Casse», tenté (avec succès) un wall of death spectaculaire et fait résonner plus fort encore la rage de « L’Enfer des Dieux ». Plus de vingt ans que la formation parisienne est fer de lance du metal en France. « Matière Noire », leur dernier opus en date, sorti à l’automne dernier, est celui de tous les superlatifs. La tournée est aussi longue que triomphale. Mouss, il va falloir assurer pour écrire après ces succès là!

Juste avant sur la Green Room, Bear’s Den avait surpris les festivaliers avec son style très personnel, ses mélodies doucement entêtantes, ses émotions à peine dissimulées. Le trio londonien, qui a choisi de remplacer la basse par un banjo, a su inventé un autre son, acoustique et boisé, de quoi mettre en relief des textes qui ne sont pas sans rappelés ceux d’Ernest Hemingway. Les musiciens ne sont pas des familiers des festivals, notamment en dehors du Royaume Uni, ils ne boudaient donc pas leur plaisir. De quoi donner envie de les revoir très vite en configuration plus intime, dans une salle plus petite donc mais avec une set list plus longue.

DSC_4812

DSC_5028DSC_4836

DSC_5035

DSC_4799-1 (glissées) copy

Macklemore & Ryan Lewis // Main Stage.

Ils n’ont visiblement rien perdu de leur énergie. Quand The Offspring, l’un des leaders de la scène punk-rock des années quatre-vingt-dix, aux côtés des Nirvana, Red Hot Chili Peppers, a pris d’assaut la Citadelle, les festivaliers ont tout de suite compris que le moment serait fort. Le toujours mi-black mi-peroxydé « Noodles », guitariste du groupe, subit peut être le poids des ans, il n’en reste pas moins cet interprète virtuose que personne ne saurait contester. Quant à Dexter Holland, il est toujours aussi charismatique. Le set enchaîne les succès. « You’re gonna go far kid », « Comme out and play », « Why don’t you get a job »… ils n’en manquaient aucun. De quoi faire verser des petites larmes d’émotion joyeuse aux trentenaires qui assuraient l’essentiel des premiers rangs au pied de la scène. Les californiens ont joué sans temps mort. La journée était décidément très belle.

Pour la douceur (et la jeunesse), c’est vers la Green Room qu’il fallait se tourner. Marina Kaye (révélée par « La France a un incroyable talent ») a pris le recul nécessaire après sa soudaine médiatisation et c’est avec une belle sagesse doublée d’une vraie maturité qu’elle défend son premier album. Incroyablement à l’aise sur scène, entourée de musiciens de talent, la jeune femme a une voix unique et sait imposer son univers à des fans qui se comptent désormais par milliers.

Enfin, attendus parce que toujours aussi spectaculaires et complices quand ils partagent la scène, Macklemore et Ryan Lewis ont électrisé la Main Stage avant que Birdy Nam Nam ne vienne conclure la journée. Les deux compères américains étaient très attendus et certains avaient même fait le chemin de très loin pour les entendre à l’occasion de cette unique escale française. Le rappeur de Seattle et le DJ également producteur ne les ont pas déçus. Jaillissant sur scène les bras levés, Ryan Lewis a fait entendre ses premières notes juste au moment où Macklemore le rejoignait tel un zébulon farceur, souriant et déversant ses mots avec un rythme qui n’appartient qu’ à lui. Dévalant l’avancée qui a été greffée à la scène, le rappeur ne cache pas sa joie et avec un sens du « savoir plaire » bien showman, il affirme même que « la France est son pays préféré », propos qui évidemment déclenchent l’enthousiasme que l’on devine. Alors que les tubes se succèdent, on comprend mieux comment ces deux là ont pu glaner quatre Grammy Awards, vendre des millions d’albums et se produire depuis dans les plus grands festivals internationaux.

DSC_5352 copy DSC_5173 copy

Band of Horses // Main Stage.

DSC_6381-4 copy DSC_6517 copy

Editors // Main Stage.

La nuit fut courte à l’évidence pour plusieurs centaines de festivaliers qui, aux aurores, « campaient » devant les barrières de la Citadelle pour décrocher le premier rang du fameux concert du soir, la venue des Insus. Des quintaux fringants, des trentenaires rieurs, des ados aussi fans que leurs aînés et connaissant leur Téléphone par coeur, ceux là cachaient leur impatience mais laissaient percer leur fébrilité quant à la quête du fameux Graal. Beaucoup se réjouissaient aussi dé découvrir un festival qu’ils n’avaient pas encore eu l’occasion de fréquenter et observaient, à juste titre, que pour le prix d’un pass 1 jour (49 euros), ils assisteraient au concert de leurs artistes pour moins cher que le coût d’une place de leur concert. Avec, festival oblige, l’opportunité d’entendre onze autres artistes. Ou… cinq, pour tous ceux qui ne se risqueraient pas à abandonner les abords immédiats de la Main Stage.

Emmené par Ben Bridwell, son leader historique, Band of Horses, le groupe de Seattle sillonne actuellement les scènes pour promouvoir son sixième album, le très réussi « Why are you ok ? ». Repéré par Sub Pop, le label de Nirvana, les américains ont connu un succès hors du commun avec « The Funeral » en 2006 et décroché plusieurs nominations aux Grammy Awards avec son troisième opus. Par une succession de hasards heureux permettant aux musiciens de prendre davantage leur temps, plusieurs de leurs titres ont été repris dans les bandes annonces de grosses séries au succès international et permis d’illustrer des reportages sur des sports extrêmes. Une chance qui fait sourire Ben Bridwell, père de quatre enfants, qui dit vivre avec une guitare dans une main et un babyphone dans l’autre. A Arras, pas d’angoisses familiales mais un vrai beau moment aux couleurs de l’Amérique éternelle.

Héritiers flamboyants du rock sombre d’ Echo and the Bunnymen et Joy Division, les membres d’Editors doivent beaucoup à Franz Ferdinand, qui les avait choisi comme première partie de l’une de ses tournées. Le temps a passé et le groupe a poursuivi son chemin, sortant à l’automne 2015 un cinquième album toujours aussi exigeant. Leur musique se moque des modes, ignore les bien pensants qui voudraient imposer d’autres accords. Ca sonne un peu années quatre-vingts. C’est aussi généreux que minimaliste, souvent grandioses mais aussi décalés. Une chose est certaine : devant un public qui ne cachaient plus pancartes ou tee shirt du groupe qui les suivraient, le succès a été massif et le plaisir largement partagé.

DSC_5953-1 (glissées) copy DSC_6070-2 copy DSC_6011-2 copy

Years & Years // Green Room.

Enfin, avant les vedettes de la journée, impossible de manquer Years and Years. Né en 2010 dans les confins londoniens, le trio anglo-australien livre une électropop magnifiquement produite. Deux de leurs titres se sont retrouvés en tête des charts anglais et le public fait les yeux doux à leur chanteur, Olly Alexander, qui s’accorde de temps à autre des parenthèses cinéma. Sur scène, c’est brillant et joyeux, avec une mise en scène très carrée. Les lumières jouent avec la géométrie et occupent tout l’espace tandis que le leader parcourt l’espace avec une aisance déconcertante. Du grand professionnalisme. Après une carrière que l’on peut encore considérer comme courte, respect!

DSC_6896

Les Insus // Main Stage.

C’est à 22 heures sonnantes, que les Insus ont fait leur entrée dans la Citadelle. Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac, Richard Kolinka et Alexander Angelov qui remplace Corinne Marienneau à la basse donnent tout d’emblée. « Crache ton venin » puis « Hygiaphone » ouvrent le bal, repris par plus de 30.000 spectateurs qui chantent à tue tête.

Rassuré par le score de l’équipe de France (qui mène alors 4 à 0 contre l’Islande en demi finale de l’Euro), Louis Bertignac est tout sourire et la connivence avec ses acolytes ne fait pas semblant. On sent dans les regards, les mots échangés, les commentaires élogieux autant que les boutades, combien l’amitié entre Aubert et Bertignac est indestructible. Combien aucun autre que Kolinka ne pourrait s’assoir derrière ces futs. « Il y a toujours 4-0 ? Prévenez nous s’il y a danger ! » demande le chanteur avant de reprendre tout le répertoire de Téléphone, « La bombe humaine », « Argent, trop cher », « New York avec toi »… autant de titres repris depuis trente ans à la moindre occasion mais que le groupe, qui s’était séparé après moins de dix ans d’existence, n’avait plus eu l’occasion de rejouer. « Ca (c’est vraiment toi) » conclura les deux heures d’un set hyper précis, enthousiaste et porteur d’un plaisir évident.

Les années passent mais le trio a conservé son allure juvénile en dépit de quelques cheveux blancs (et de la présence sur scène d’une cigarette électronique assez peu rock’n’roll). Evidemment, le nouveau bassiste n’est pas franchement mis en avant mais il n’était pas non plus figure historique du groupe et cela ne l’empêche pas de jouer avec un plaisir affiché. Les chansons sont toutes anciennes mais le public ne réclamait rien d’autre. Certains pourront toujours y voir une réunion l’espace de quelques dates financièrement juteuses. Ce dimanche soir à Arras, loin de toutes ces considérations, le public est reparti simplement heureux d’avoir eu le bonheur de revivre des pans de sa jeunesse et pu reprendre en choeur, sans plus penser à rien d’autres, des airs qui ne l’ avaient jamais quittés. « Plus que jamais, tous aux concerts! » Mission réussie. La musique passera encore par Arras l’année prochaine.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– NB : travailler durant les festivals est de plus en plus compliqué entre les interviews qui s’annulent ou se décalent sans raison, les artistes qui refusent de rencontrer les medias, ceux qui n’accréditent aucun photographe puis finalement davantage puis finalement quelques autres, les managements qui exigent de valider les photos avant publications, les contrats à signer pour garantir des droits de diffusion improbables… Dans ces parcours à obstacles, le Main Square fait partie de ces manifestations où règne encore une ambiance hautement conviviale et joyeuse et c’est en grande partie à l’ équipe chargée des relations avec la presse que cela se doit. Myriam Astruc ne se contente pas d’être un pilier au professionnalisme indiscutable, elle veille sans compter pour faciliter la tâche de chacun. Aucune demande de dernière minute ne la rebute. Aucun problème qu’elle ne s’efforce de résoudre. Alors un grand merci à elle, à la douce Virginie Baptista qui cette année encore travaillait à ses côtés et à Jovana Damjanovic qui a rejoint l’équipe avec succès. –

compas (3)

Le Main Square Festival a eu raison de parier sur Band Of Horses

Quelques jours après la sortie de leur nouvel album, Band Of Horses passait par les scènes du Main Square. Un retour en France très attendu et l’occasion de rencontrer Ben Bridwell, touchant de sincérité enthousiaste.

DSC_5173 DSC_5256

Assis à côté de ses musiciens dans une cour de la Citadelle, Ben Bridwell, leader de Band of Horses, traque les rayons de soleil en ce dimanche de début juillet pas franchement estival côté températures. Les lunettes aviateur sous l’inséparable casquette, le col de son blouson de jean relevé, il plaisante sur le vent qui fait voler quelques feuilles avant de lancer : « En fait, je me fiche un peu de la météo… C’est juste pour la plaisanterie. Car être ici, en France, dans ce lieu fantastique, figurer parmi la programmation de ce festival prestigieux… je suis si heureux, si fier. Il pourrait pleuvoir que ça n’aurait pas d’importance. Enfin, si le soleil peut rester, ce ne serait pas mal non plus. Nous sommes vraiment honorés, si chanceux… » Le regard balaie l’espace. Des techniciens croisent des attachées de presse qui discutent avec des représentants de labels tandis que des managers discutent avec des gars de la sécu et que des parties de tennis de table endiablées font jaillir des cris enthousiastes d’un groupe de rappeurs que l’on aurait pensé peu sportifs… Va et vient habituels des arrières cours de festival. Rien de vraiment inédit mais Ben Bridwell observe avec amusement. « J’aime ces ambiances, ces moments avant que la vague se déchaine. Au fil des heures, la tension monte, le concert se rapproche et puis il faut quitter cet espèce de cocon pour affronter le public. Le temps passe alors si vite qu’en repassant par ici pour gagner les loges, on se dit : « Déjà fini! » Le décompression fait monter la nostalgie. Quand les choses se passent bien, c’est toujours comme ça… Cette fois au moins, je pourrai me dire que je reviens en France en février pour une date à Paris. Je suis vraiment honoré, je vous dis… »

DSC_5329-1 (glissées) DSC_5313 DSC_5280

Il est vrai que le chemin parcouru en douze ans par son groupe a été incroyable et non dénué de chances. Formé en 2004 par Ben Bridwell, Matt Brooke, Chris Early et Tim Miening, le groupe se fait très vite remarquer par le label Sub Pop Records, accessoirement label de Nirvana, The Postal Service et The Shins. Un premier single « The Funeral » et ce sont des dizaines de droits pour inclure ce titre aux génériques des séries télé au succès international : d’ « Esprits Criminels » aux « Frères Scott », de « Kyle XY » à « How I met your Mother », jusqu’à Guillaume Canet qui l’inscrit dans la BO de ses « Petits Mouchoirs » en 2010. « Je pourrais vous dire que c’est pénible car on nous parle toujours de ce titre vieux de dix ans, je pourrais insister et grogner « mais non les gars, on vient de sortir un album, c’est ça qui compte! » Ouais… je pourrais… Mais la vérité c’est que cette musique extraite de nos albums et glissée dans des séries ou des émissions sur les sports extrêmes est une sacrée chance. Elle nous permet de prendre notre temps car elle nous procure suffisamment d’argent pour cela. Il faudrait être fou et ingrat pour ne pas le reconnaître, » s’enthousiasme le musicien. « Je ne sais pas ce qui nous vaut ce parcours. Après « The Funeral », « The general specific» a été prise dans « Gossip », « No one’s gonna love you » dans « Chuck » … C’est vraiment cool! Je crois que nous devions être programmés pour tout cela. Avoir la chance de prendre notre temps et sortir des albums sans pression. »

DSC_5073 DSC_5075-2

DSC_5188

Des albums, il y en a eu cinq depuis « Everything all the Time » dont un superbe opus acoustique en 2014 et puis le tout nouveau, sorti en juin chez Caroline International. « Je ne sais pas si je peux l’avouer mais j’ai ressenti une forme de soulagement quand le disque a été fini. J’avais l’impression de le porter depuis si longtemps… et tellement d’impatience à voir ce qui lui suivrait,» commente Ben Bridwell. « Pour « Why are you Ok » comme pour les albums précédents, j’ai composé toutes les chansons. Il faut dire que je ne sais pas très bien travailler à plusieurs. Alors je cherche, je tâtonne. Je ne suis bon en aucun instrument alors je crée entre piano (dont je joue mal mais je trouve que c’est l’instrument parfait pour trouver une mélodie) et guitares. Parfois, une ligne est fluide et inspire des mots… Parfois je rame davantage. Au final, je l’espère en tout cas, mes chansons reflètent l’état d’esprit dans lequel je me trouve au moment où j’écris ainsi que les sujets qui m’interpellent et dont j’ai envie que les gens qui entendront se mettent à parler… Il est arrivé longtemps d’avoir une forme de complexe d’écriture. Quand on lit de grands auteurs, on se sent si petit… J’avais peur de ce que les gens pouvaient dire, des effets sur ma famille… Maintenant, à quelques petites années de la quarantaine, je me suis dit que je pouvais lâcher la bride et faire simple. Ecrire comme j’avais envie sur ce que j’avais envie. Cette authenticité presque nouvelle me permet de me retrouver pleinement dans ce disque. je suis vraiment heureux de ça. »

DSC_5232 DSC_5248

L’américain caresse sa barbe, soudain songeur. Puis dans un grand éclat de rire, il lance : « Mais je m’aperçois que j’ai quand même oublié un instrument essentiel dans la liste de ceux avec lesquels je compose : j’écris aussi au babyphone! » Face aux regards visiblement quelque peu interrogatifs, il rit plus fort encore et poursuit: « Oui, le temps a passé depuis nos précédents albums. J’ai eu d’autres enfants. J’ai quatre filles (je sais.. quatre filles !!!) et la plus jeune est toute petite donc je ne peux pas la laisser sans surveillance. Alors comme je fais tout chez moi, comme j’enregistre dans mon garage transformé en studio et que je compose dans mon salon et bien, j’ai une main sur le piano et l’autre qui approche l’appareil pour vérifier que tout va bien. Peut être que ça influe sur l’écriture… qui sait ? Je dont je suis certain c’est que j’ai besoin de l’harmonie entre ces mondes différents pour être heureux. Les tournées avec le groupe, où l’on nous protège et où on est constamment à notre écoute… et le retour at home où je dois, à mon tour, être à l’écoute de ma famille, veiller sur ma femme et mes filles.»

DSC_5389 DSC_5279 copy DSC_5274

Si Ben Bridwell a réussi à s’affranchir de certaines pressions, il restait cependant les attentes du public (et inévitablement de son label), l’ annonce d’un nouvel album de Band of Horses déchaînant toujours curiosités et passions. Il a essayé une fois de plus de s’en extraire. « Evidemment, on n’a envie de trahir personne à commencer par nous-mêmes mais quand je compose, je suis réellement loin et je préfère garder le cap uniquement vers le but à atteindre. Si je devais écouter les attentes, ce serait prendre le risque de se fier à de mauvaises sirènes et faire naufrage du coup… »

Et le cap était visiblement le bon à l’écoute de ce nouveau disque de Band of Horses, splendide d’un bout à l’autre. La voix si particulière du chanteur est plus assurée. les compositions sont léchées et on ressent une parfaite cohésion du groupe, un esprit qui ne figurait pas aussi pleinement sur le précédent album. Le patchwork émotionnel est au rendez-vous, les rythmiques jouent entre sobriété et folles envolées, les guitares sont toujours aussi magnifiquement présentes. La patte de Jason Lytle peut être, à qui a été confié la production. Une chose est certaine, avec « Why are you Ok», Band Of Horses renoue avec une pop subtile tout à fait unique. Le public du Main Square leur a réservé un accueil à la hauteur, reprenant en choeur les titres qui ont fait leur renommée. L’instant a donc passé très vite… pour les spectateurs comme pour les musiciens. Mais comme le faisait observer Ben Bridwell quelques heures plus tôt : « en février, nous reviendrons à Paris, à l’Elysée Montmartre. En musique comme en tout domaine, savoir que l’on revient vite permet de ne pas rester dans la nostalgie de ce qui se termine. »

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

DSC_5135 DSC_5234

compas (3)

 

 

Macklemore & Ryan Lewis ambiance le Main Square Festival !

On ne va pas se mentir : le garçon qui n’est pas moche, a le sourire généreux et fabrique des tubes planétaires à la pelle, part déjà avec quelques arguments d’avance. Si on ajoute que son détour en France sera unique alors on frôle la frénésie. C’est donc avec un enthousiasme que rien n’aurait su entamer que plus de 35.000 fans se sont pressés au plus près de la scène où allaient évoluer Macklemore (et Ryan Lewis) en ce deuxième jour de Main Square d’Arras, journée à guichets fermés en grande partie grâce à la présence de ces deux là.
DSC_4812

DSC_4786 DSC_5028

DSC_4620

On sait le tandem complice et gentiment moqueur, faiseur d’ambiance comme personne. Le show fut à la hauteur d’espérance. Fidèle à ses habitudes, Ryan Lewis, la silhouette toute en finesse surmontée de son incontournable snapback, fait son entrée les bras levés. Quelques instants à peine et déjà, le DJ balance ses premiers beats, rapidement rejoint par son acolyte au flow impressionnant. Macklemore, monté sur ressorts, visiblement heureux d’être à l’affiche de cet important festival français, ne boude pas son plaisir. Le sourire est large et les yeux pétillants scrutent cette immense marée humaine réunie pour eux dans cette magnifique Citadelle d’ Arras.

DSC_4855

DSC_4836 DSC_4724-1 (glissées)

Le garçon sait faire. Le rappeur de Seattle a beau être encore jeune, grâce à son rap balayé de folk irlandais et la présence du DJ, il a signé l’un des plus gros cartons en matière d’albums de ces dernières années. L’album du duo a remporté quatre Grammy Awards, s’est vendu à des millions d’exemplaires et propulsé ses auteurs des clubs aux salles et festivals les plus renommés de part le monde. C’est donc peu dire que Macklemore a le sens du show. Il a déjà suffisamment arpenté de scènes pour connaître les meilleurs ficelles, celles propres à s’attirer les sourires et les regards énamourés. « Je crois que la France est le pays où je préfère jouer! » lance t’il avec une apparente candeur. Les hourras résonnent en déferlante joyeuse. Mais ne se laissant pas interrompre dans son récit, il poursuit avec une anecdote qui a la couleur du vrai mais est probablement sortie tout droit du scénario de la soirée : « Je me suis fait contrôler à l’aéroport. En fait, la police m’a confondu avec un  cousin je pense. Il est vrai que j’ai quelques boulets irlandais dans ma famille, » conclut-il en riant avant de lancer les premières notes de « Brad Pitt’s Cousin », l’un de ses titres les plus célèbres. La foule joue les choeurs. Le concert est bel et bien lancé et le rythme ne cédera plus rien avant l’accord final.

DSC_5035 DSC_4999

DSC_4658 DSC_4965-1 (glissées)

Les lights sont magnifiques et parties intégrantes du spectacle. Des danseuses rejoignent les deux hommes sur scène ainsi que des cuivres. « C’est énorme, génialissime! » hurle une jeune fille venue spécialement de Marseille. « Vive le Main Square! » Une joie partagée qui n’empêche pas Macklemore de se montrer plus graves et même de provoquer une forte émotion quand il évoque les victimes des attentats de Paris, Bruxelles et Orlando. Le message d’amour et de tolérance est juste, sans artifice pour le coup et sans pathos, de quoi enchaîner avec le très émouvant « Same Love ». Puis le rire et la joyeuse pagaille apparente reprennent le dessus. En interprétant« Thrift Shop », le rappeur n’hésite pas à se parer d’une fourrure au chic inclassable. PETA s’abstenir! « Can’t hold us » et « Dance off » sont elles aussi de la partie. « Downtown » clôturera cette heure et demi de plaisir majuscule. D’un côté de la scène comme de l’autre.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

DSC_4732-1 (glissées) DSC_4802-1 (glissées) DSC_4828

DSC_5029 DSC_5031

compas (3)

Mass Hysteria a conquis sa première Citadelle

Mass Hysteria a prouvé en deuxième journée de festival que le metal pouvait s’extraire des chapelles et s’imposer dans la Citadelle. En une heure de set et une dizaine de titres, le groupe français a bluffé tout le monde. Sans artifices, avec sa seule envie de partager et de convaincre. 

DSC_4377

DSC_4110

Après le choc émotionnel de leur concert au Download le 11 juin dernier puis la façon dont ils avaient entraîné les 50.000 spectateurs du Hellfest dans un wall of death d’anthologie une semaine plus tard, on se demandait un peu ce que ces cinq là allaient faire au Main Square d’Arras. Comment faire aussi beau, aussi fort devant un public qui, dans son immense majorité, n’est pas fan de metal? Comment  trouver sa place et s’imposer dans un festival où la dernière programmation du genre remonte à 2014 (avec l’ajout d’une journée supplémentaire menée par Iron Maiden, à l’occasion des dix ans de la manifestation) ? C’était compter sans la déferlante Mass Hysteria, fer de lance du metal en France depuis plus de vingt ans, sans ce son qui met tout le monde d’accord, ces titres extraits d’un huitième album qui n’en finit pas de jongler avec les superlatifs. Les plaines arrageoises résonnent encore des échos de cet incroyable furia.

DSC_4272-2

DSC_9580-1 (glissées)-2

DSC_9942

« On s’était mis une vraie pression… Moi notamment! » commente Mouss quelques instants après la sortie de scène, fatigué mais heureux. « On attendait cette date depuis longtemps, on avait été frustré de ne jamais figurer sur l’affiche et puis le succès de « Matière Noire » a ouvert la porte. Du coup, pas question de ne pas être au maximum. Le début du concert a donc vraiment été un truc à part, assez difficile à expliquer. J’étais heureux, je chantais en parcourant la scène, je sautais… et puis trois chansons plus tard, après un premier saut dans le public, je me suis retrouvé le souffle court. Un peu comme en transe ! Je ne sais pas si ça s’est vu. En tout cas, moi je me souviendrai de ce moment assez fou. »

DSC_9685-4 DSC_9649-2

Les festivaliers eux se souviendront surtout de ce concert qui a impulsé à cette fin d’après midi de  samedi une énergie supplémentaire. Il a suffit des premiers accords de « Chiens de la casse » pour que le public se masse plus serré encore devant la Main Stage, prêt à reprendre massivement des refrains, anciens ou plus récents, désormais connus par coeur. Trois ans après « L’armée des ombres », le précédent album qui avait pourtant frappé fort, vingt deux ans après sa formation, la team Mass Hysteria avait livré à l’automne dernier « Matière Noire », un huitième opus studio vindicatif, d’une puissance inégalée. Magistralement produit (pour la quatrième fois) par Fred Duquesne, devenu également le second guitariste après le départ de Nicolas Sarrouy, avec un gros son comme on aime, une musicalité bien plus poussée et qui manquait sans doute dans les albums précédents, les onze titres sont d’une telle force qu’il est difficile de choisir lesquels retenir pour la scène. A l’exception de « Mère d’Iroise », qui n’a été interprétée qu’au Trianon lors de l’enregistrement du DVD Live, le public sait qu’il retrouvera forcément « Vae soli », « Plus que du metal » et bien sûr, « L’ Enfer des Dieux » dont l’impact unique et la justesse glaçante prennent aux tripes dès les premières mesures.

DSC_9790 DSC_9992 DSC_9714

DSC_0012-2

« L’émotion ressentie au Download lorsque nous avons débuté ce morceau restera gravée à jamais,» poursuit Mouss. « C’était la première édition française de ce festival, donc nous étions déjà très heureux, très fiers d’y figurer. C’était le milieu d’après-midi, ce qui n’est jamais le moment le plus chaud pour jouer. La soirée prévoyait d’énormes têtes d’affiche comme Korn par exemple. Donc on se disait que le pari n’était pas mince mais que si le monde était là, on devrait assurer car c’était l’une de nos premières très grosses dates de festival. Et puis finalement, on s’est aperçu que le public était au complet devant nous. Mieux! Que les gens nous attendaient. Alors quand nous avons rendu hommage à tous ces innocents tombés dans les attentats, quand les poings se sont levés et que la musique est partie… Rien qu’à y repenser, je suis encore dans cette incroyable émotion. C’était énorme. Vraiment énorme.  On pourrait se dire que c’était l’effet amplificateur d’une première grosse date de festival. Sans doute! Peut-être ! Mais au Hellfest, « L’Enfer des Dieux » a là encore marqué les esprits et au Main Square cet après midi, c’était très fort. On traverse vraiment un moment de vie incroyable avec cet album et cette tournée. »

DSC_4509

S’il est toujours difficile de comprendre les véritables raisons d’un succès comme d’un échec, il est assez évident ici que ces mots taillés avec la précision de l’orfèvre pour porter des émotions majeures, ces partitions sans concession qui n’aiment rien tant que le Do, ces guitares lourdes et ces rythmes puissants ont permis à Mass Hysteria de gravir l’échelon supérieur et de drainer des fans supplémentaires. Ce n’est pas un hasard si le groupe est l’un des plus programmés de l’été… Et s’il a déjà signé plusieurs dates importantes pour l’été prochain. (Seul l’étranger reste encore compliqué à conquérir, la faute à la langue sans doute. Mais on n’imagine pas une version anglaise de ces titres là. Rammstein avait tenté l’aventure et joué des infidélités à l’allemand: l’album a été le moins vendu de tous.)

DSC_9631 DSC_4375 DSC_9840

S’impose alors cette interrogation : que faire de ce succès ? Comment rebondir et envisager la suite sans avoir dans un recoin l’idée que faire mieux (ou même simplement aussi bien) ne sera peut-être pas si simple. « On va réfléchir et voir ce qu’on fait de tout ça, » note Fred Duquesne. « Il ne faut pas se laisser brider par les peurs, les comparaisons, tous ces machins là. Il y a une première évidence qui est que nous vieillissons. Exception faite de Yann, un peu plus jeune, Raph, Mouss et moi avons tous autour de 45 ans. Mais ce qui est rassurant, c’est que nous avons toujours la même envie. Le groupe existe depuis vingt-trois ans, je suis arrivé en cours d’aventure pour produire les albums puis faire partie intégrante de Mass en tant que guitariste et nous partageons toujours ce plaisir de jouer ensemble et de nous retrouver. Avant de venir, nous avions mis en place une session de répétition car cela faisait deux semaines que nous n’avions pas eu de concert. Je ne sais pas si c’était réellement nécessaire mais rien que pour le plaisir de se retrouver, ça se justifiait. Quant à savoir si le successeur de « Matière Noire » aura le même succès, on évitera de s’interroger. Aujourd’hui, on sait seulement que l’on va enchaîner assez vite. Et puis on verra bien. Etre un vieux groupe, compte tenu de ce qu’on vit en ce moment, ça nous va bien. Etre un groupe de vieux, ça ce serait moche ! »

Impossible de ne pas sourire à cette improbable évocation quand on voit l’allure de ces gars là. Raph frappe avec une énergie sans faille. Yann et Fred imposent un duo complémentaire, complice, bondissant et bien vénère, qui bluffe tous les accros de la six cordes. Mouss ne relâche jamais la pression et enchaîne les morceaux. Quant à Tom, qui a succédé au début de l’année à Vince comme bassiste, il envoie à l’unisson du reste de la bande. Zéro complexe.

DSC_9763

DSC_4546

DSC_9708 DSC_9697

« Je me suis toujours dit, sans trop savoir pourquoi, que nous ferions dix albums », poursuit Yann. «Je ne sais pas  si l’aventure de Mass aura encore deux autres volets, qui seraient alors les deux derniers… Nous verrons bien! L’important n’est pas dans le nombre mais dans l’envie, comme disaient Fred et Mouss avant moi, dans cette amitié forte qui nous lie et va bien au delà du groupe. Je suis convaincu qu’une grosse part de notre succès, sur scène notamment, tient à cette complicité. Je crois que le public la ressent et prend plaisir à la partager. »

Tout comme le public a répondu présent à l’invitation du Trianon en mars dernier. Une date marquée au fer rouge. Une salle parisienne pleine à craquer, sold out bien avant le jour J, un album joué dans son intégralité, complété par des titres phares des albums précédents et à la clé, un DVD live tiré à 5.000 exemplaires déjà presque épuisés avec la pré-commande alors que la sortie est prévue mi-juillet. « En matière de live de concerts, c’est vraiment énorme, » enchaîne Fred Duquesne. « Le DVD d’or est à 7.500 exemplaires, une jauge qui permet de mesurer ce résultat inattendu. »

« Après l’ enregistrement de la date à l’ Olympia en 2013, on se demandait ce qu’on ferait du Trianon, » précise encore Mouss. « A l’origine, il ne devait pas y avoir de DVD parce que précisément, les ventes sont à priori toujours décevantes et l’enregistrement bien trop coûteux. Et puis une chaîne nous a proposé de faire un film et l’histoire s’est mise en place. Cette opportunité imprévue est donc largement heureuse. Quand je vous dis que ce que nous vivons avec cet album est exceptionnel! »

Live Nation, grand ordonnateur du Main Square, ne s’y est pas trompé en les invitant. Alors Mass de retour à Arras d’ici deux , trois ans ? Les Furieux du Nord n’espèrent que ça! En attendant, la machine de guerre Mass Hysteria va poursuivre ses conquêtes et hisser haut les couleurs du metal français, continuer à semer l’espérance avec rage. Ces cinq là ne sont pas prêts d’être à bout de souffle. Furia !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– Prises de vue scène: Main Square Festival. Prises de vue crash: Download Festival France. – 

compas (3)