Le « Chocolat Tour » de Roméo Elvis, à consommer avec gourmandise

On l’avait connu arrivant sur scène en conduisant un vélib’. Cette fois, c’est par les hauteurs que Roméo Elvis, lunettes et casquette sur blouson jaune canari, micro en mains et déjà chantant, a atterri ce 20 novembre sur la scène du Zénith de Nantes. En rappel, et sous des cohortes d’applaudissements enthousiastes d’une salle jeune et prête à l’accompagner dans ses moindres refrains.

La dernière fois que nous l’avions vu, c’était à la Sirène, dans le cadre des Francofolies en 2018. Le crocodile était de la partie. Un logo inattendu qui marquait une forme de retour pour la marque dans le monde des sponsors du rap. Mais pas seulement. Une figure symbolique aussi pour un artiste prêt à mordre son parcours avec une envie sans fin.

Car la musique, dans la famille Van Laeken, c’est quasi génétique. Avant d’être le grand frère de la chanteuse Angèle, Roméo Elvis est d’abord le fils du chanteur Marka (et de la comédienne Laurence Bibot). Pour son passage aux Francos, le jeune belge pouvait s’ appuyer sur « Morale 2 », son premier album, sorti l’année précédente et « Morale », l’ EP qui avait lancé son parcours. Il pouvait aussi s’appuyer sur une aisance scénique, une présence et un bagout digne des vieux briscards du métier.

Deux ans plus tard (ou presque), il est resté le même. Un album en plus, « Chocolat », sorti au printemps 2019, et certifié disque de platine en Belgique comme en France. Une jolie récompense qui prouve la fidélité d’ un public qui n’a pas hésité à le suivre dans ses nouveaux chemins, des thèmes parfois plus lourds, proches de ceux abordés par Lomepal, le rappeur qui fait partie de ses meilleurs amis mais qui conservent néanmoins sa propre patine artistique.

Pour le « Chocolat Tour », qui joue sold out à chaque date et emprunte désormais les plus grandes salles de la francophonie, Roméo Elvis a incontestablement pris une autre dimension. Le concert lui-même est un ton au dessus. Le son est ultra précis, les lumières font le show d’un bout à l’autre et le chanteur semble encore plus à l’aise dans ses échanges avec le public. Il lui parle, n’ hésite pas à faire monter des spectateurs sur scène. La complicité avec les musiciens est elle aussi évidente. Mais si les vannes fusent ou les entrées de morceaux peuvent de temps à autre se rejouer, l’ensemble est toujours ultra pro. Les refrains s’enchainent et l’énergie ne diminue jamais.

Longue silhouette jouant avec les ombres dans ses lumières, Roméo Elvis a pris de l’épaisseur. Celui à qui l’ on veut toujours comparer ou opposer sa soeur, comme si la fratrie ne pouvait compter deux talents à succès sans que naisse la jalousie de celui qui ne serait pas encore autant auréolé, est désormais dans la cour des grands. Il y joue avec une aisance déconcertante. La meilleure des histoires belges. Et comme elle ne s’annonce pas courte, elle n’en sera que meilleure.

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

En plein été indien, Angus et Julia Stone font neiger sur le Zénith de Nantes

L’automne est beau pour Angus et Julia Stone. Le duo frère-soeur australien a sorti en septembre un quatrième album intitulé « Snow ». Et afin de mieux nous emmitoufler dans leur playlist propre à affronter les grands froids, ils parcourent la France le temps de sept dates exceptionnelles. Ils passaient par le Zénith de Nantes le 19 octobre. Et c’était beau.

Trois ans qu’ils n’avaient pas sorti d’album, trois ans pour mieux vivre et s’interroger sur les histoires qu’ils avaient envie de raconter, les destins qu’ils avaient besoin de mettre en musique pour mieux les partager. Pas facile de se renouveler et de poursuivre cette aventure portée par cet autre avec lequel, laquelle, on a grandi, dont on sait tout ou presque. Pas facile de ne pas chercher à s’étonner, rester vrai mais réussir à s’impressionner… Surtout après un troisième opus, sobrement intitulé « Angus & Julia Stone », sorti à l’été 2014 et qui avait cartonné, le frère et la soeur s’étant laissés convaincre à la reformation de leur binôme par le producteur Rick Rubin, tombé sous le charme de ce duo unique.

Après deux disques et des dizaines de compositions communes, Angus et Julia Stone avaient en effet décidé de faire album séparé depuis 2011 et n’étaient pas certains de partager à nouveau un studio d’enregistrement à l’avenir. Que Rick Rubin ait trouvé les mots justes ou que les frangins australiens n’aient pas été difficiles à convaincre, une chose est sûre : la route n’en a été que plus belle. « Grizzly Bear » et « Heart Beats Slow », les deux premiers extraits, avaient ouvert la voie avec superbe. Le reste de ce très bel opus n’a pas failli.

Restait à lui trouver une suite à la hauteur. « Snow », délicat comme la neige, sensible comme la voix de son interprète féminine, bien folk avec des tonalités qui s’entremêlent entre force et douceur, joue forcément gagnant. En entendre de larges passages sur scène est un plaisir de fin gourmet qui ne pouvait se manquer. Dommage à ce propos que le public nantais n’ait pas été plus nombreux. La sortie trop récente de l’album peut-être ? Les raisons sont toujours difficiles à trouver et toujours plurielles. Mais on ne peut en tous que le regretter car le show a réellement été musicalement de très haut niveau avec une mise en image aussi élégante que riche en surprises.

Toute fine dans sa tenue à l’élégance sobre, jupe courte sur maxi chaussettes et pull près du corps, Julia Stone débarque avec sa… trompette, qu’elle joue d’une main. Parce qu’on n’est jamais à l’abri d’un cliché, on l’attendait avec une guitare, folk of course, et bien non: c’est avec ce cuivre qu’elle entonne sa partition. Angus n’est pas loin (avec sa guitare!), cool attitude dans la mise, leurs deux complices musiciens juste à côté. Derrière eux, prêt à les prendre dans ses bras, un immense totem aux ailes déployées alors qu’un écran géant transporte dans un courant d’eau claire vers des ambiances hautes en couleurs qui ne devront jamais à la monotonie.

La complicité d’ Angus et Julia Stone prend toute sa dimension sur scène et ne peut laisser aucune place au doute. On n’est pas dans le faux semblant, ces équipes qui se décomposent une fois quittée la scène. Il n’y a pas de Gallagher syndrome chez ces deux là, l’amour est là et se partage comme il se vit, en toute évidence et générosité. Du coup, même des titres peut être plus simples comme « Who do you think you are » prennent une autre dimension. Les voix se font place et s’entremêlent avec charme et douceur, le timbre toute en légèreté de Julia et celui nettement plus épais d’Angus. Mention spéciale et toute en subjectivité assumée pour « Baudelaire », son mix piano-cuivres et son refrain dans lequel l’ échange entre le frère et la soeur n’a peut être jamais été aussi beau.

Les lumières pleines d’inventivité accompagnent le voyage et sont autant de passeports pour passer du romantisme au psychédélique, de l’océan aux grands horizons. Il y a vraiment des moments dont on n’aimerait ne jamais voir la fin.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.