Concert de Louis et Al Delort au 180, du haut de gamme

On a beau être rompu à l’exercice et avoir déjà partagé des dizaines de scènes, pas facile de trouver la juste mesure pour avancer ensemble tout en offrant aussi ses propres créations. C’est pourtant ce qu’ont brillamment réussi Al et Louis Delort ce 22 Janvier, sur la scène du 180, la magnifique (et toute récente) salle de Sainte-Bazeille dans le Lot et Garonne. Acoustique, intimiste et pourtant bien rock ’n’ roll.

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Ils ont en commun un sens inné de la musique, une même passion pour les Beatles et le foot (tendance Olympique Lyonnais, nul n’est parfait!). Ils ont ce même regard sur le monde artistique, ce « milieu » comme disent les  » professionnels de la profession « . Ils ont aussi, et peut-être surtout, une envie toujours plus forte de donner en partage le meilleur de leur univers.

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Al Delort sème ses notes depuis plus de quarante ans. Guitariste lauréat des meilleurs prix, accompagnateur recherché ayant usé ses cordes sur les plus grandes scènes de France, il s’est aussi fait connaître en tant qu’auteur-compositeur-interprète de trois superbes albums, le dernier né, « Nicotine », sorti cet automne, libre et affranchi des derniers blocages, montrant enfin son plaisir à jouer plus électrique.

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Louis, du haut de son expérience déjà dense (finaliste de The Voice saison 1, titulaire de l’un des rôles principaux de la comédie musicale « 1789, les Amants de la Bastille », NMA de la Révélation francophone de l’année 2013, un album et une tournée avec The Sheperds (renforcés par Jean-Etienne Maillard, Théo et Valentin Ceccaldi) a assez roulé sa bosse pour gonfler les rangs de ses fans mais ne pas se laisser bercer par le chant des sirènes.

Les pieds plantés dans les vraies valeurs, instruit sans doute aussi par le parcours de son illustre père, il sait qu’exister et se faire (re)connaître ont parfois des allures de mirages! Une lucidité qui visiblement booste ce musicien dans l’âme qui concocte actuellement… deux albums ! Audacieux peut-être. Parfaitement cohérent surtout. L’un sortira chez Mercury, sa maison de disques, avant la fin de l’année, et verra la présence d’autres signatures, tant pour la composition que pour l’écriture. L’autre sera indépendant et donnera la part belle à ce « rock sans concession et sans demi mesure » qu’il a l’habitude de jouer avec The Sheperds, ses amis de toujours (Lucas Goudard et Victorien Berger). Voilà donc les Delort dans les bacs pour un bon moment.

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Surdoué (le mot est galvaudé à force d’usage excessif mais en ce qui le concerne, il paraîtrait presque réducteur tant ce touche à tout semble avoir le talent pour carte de visite et la composition pour évidence), Louis a profité de cette scène partagée avec Al Delort, pour offrir quelques unes de ses nouvelles chansons. Et il aura suffi de quelques refrains pour que le public constate combien certains talents s’offrent en héritage. Combien les mots de l’un prennent une dimension encore plus forte avec les partitions de l’autre. Combien la complicité est belle quand elle s’affiche aussi naturelle, entre respect et admiration réciproques.

Car le public qui ne connaissait pas encore Al Delort a pu découvrir ses chansons à l’ écriture inimitable, ses jeux de rôles pas toujours drôles, ses rires en éclats mais aussi ses sourires, parce que c’est toujours mieux que pleurer. L’élégance dans tous les sentiments… Gainsbourg ou Bashung l’aurait adoubé.

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C’est donc avec le plus grand naturel que père et fils se sont partagés la scène et une vingtaine de titres« On a tellement joué ensemble, même avant The Voice, que cela ne peut pas produire de trac, » observe Louis Delort. « Certains parents mettent la pression. Mon père n’est pas comme ça. Au contraire ! Il a plutôt un regard de protection et tout se met en place dans la bonne humeur. Du coup, ça me permet de le chambrer quand il butte sur l’une de mes compos, comme ce riff irlandais d’ « Emmène moi » qui le gêne… Si, si, reconnais le, il te gêne !» L’intéressé (au rire inimitable) ne conteste pas. Fier de cette progéniture qui le bouscule et pour lequel il rêve d’un chemin riche de succès. « Je suis bien placé pour savoir que ce milieu est compliqué, que les choses peuvent se faire et se défaire pour des raisons pas toujours artistiques (…) Un père a toujours peur pour ses enfants et plus encore quand il a déjà emprunté des sentiers communs. Mais je fais confiance à Louis. Il a un sens de la musique, de l’écriture et une belle personnalité… Je ne lui vois qu’un défaut peut-être : il va trop vite ! »

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A quelques minutes d’entrer sur scène, le « trop rapide » ne cherche pas à nier. Tout juste observe t’il que la dite « accusation » est portée par quelqu’un qui écrit très vite lui-même. Il préfère observer le parcours de son père et, l’air de rien, lui rendre un hommage touchant. « C’est un auteur incroyable. Ses textes se lisent et se relisent avec la même intensité, le même plaisir. Il n’est peut-être pas disque d’or mais ses chansons resteront. Il a composé une oeuvre magnifique qui demeurera même après lui. Ce n’est pas rien et il y a de quoi être fier (…)  Les paillettes, ce n’est pas sa place. Il est dans quelque chose de bien plus fort parce que bien plus profond. Et il le fait tout seul parce que dans ce pays, souvent, on ne te donne pas les moyens. Mais il a pourtant poursuivi sa route et  il vient de sortir « Nicotine », qui est un disque magnifique, qui lui ressemble et qu’il a pu produire selon ses véritables envies, ce qui aujourd’hui est une chance très très rare… »

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Al Delort écoute. Silencieux. Manifestement surpris, touché, par l’hommage et la clairvoyance du regard de son cadet. Il est clair qu’il n’y aura toujours que de l’admiration et de la bienveillance entre ces deux là et que ces propos ne sont pas le seul fruit de la filiation mais bien de deux artistes qui ne cessent de s’étonner et de se renvoyer la note avec maestria.

Cela n’a pas échappé au public du 180 qui a prêté une écoute aussi attentive qu’enthousiaste à ces morceaux souvent revisités (la version d’ « Emmène moi » à la guitare était magnifique, « Couleurs Automnes », la bouleversante chanson d’Al Delort, avec de nouveaux atours et une fin portée par les guitares électriques, restera dans les mémoires, « Juste un mot d’elle», la toute première chanson de Louis, a permis de voir que tout était en place et beau depuis longtemps, pour ne citer que celles là) et a beaucoup ri aussi des échanges entre deux changements d’instruments.

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Le 13 avril, Al Delort sera sur la scène de l’Européen à Paris accompagné de nombreux musiciens amis. Louis sera aussi de la partie. Il aura sans doute alors ce même regard protecteur et cette façon d’agir très professionnelle, moins dans la lumière, qu’il affichait lors du concert de présentation de « Nicotine » à Dijon. Selon les scènes, les rôles s’échangent. Mais quand le père et le fils affichent ce même plaisir des partitions partagées, la complicité reste en accord majeur.

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

– Afin de financer leur album « rock et sans concession », Louis Delort & The Sheperds remettent en vente leur premier disque, « The Gold Taste », sorti voilà 5 ans. Pour acheter ce collector et prendre ainsi une part active dans le financement du nouveau disque, il suffit de cliquer sur l’onglet Facebook « The Sheperds Store ».  https://www.facebook.com/TheSheperds/?fref=ts – 

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Un soir avec Yves Jamait.

Yves Jamait poursuit la tournée lancée après la sortie d’Amor Fati, son cinquième album. Sans tambour médiatique. Mais avec les trompettes de la renommée pour sonner le rappel des fidèles. Succès mérité.

Un décor digne de la Rue de la Soif, mi guinguette, mi repère de boucaniers. Des tabourets, des petites estrades, des lampions et… des crânes. Parce qu’au fond, un moment viendra où s’estomperont les différences, où il sera clairement exposé que nous sommes tous pareils. Yves Jamait le souligne avec humour, provoquant la réflexion et fustigeant les valeurs extrémistes. Le public acquiesce en riant. Il est vrai que ce soir là comme à chaque date de cette nouvelle tournée, les spectateurs sont acquis à la cause. Celle de cet artiste hors normes qui décroche l’or à chaque album mais reste étrangement absent des plateaux TV.

Sans médiatisation réelle, les salles sont pourtant pleines. A Nantes, dans la mythique salle Paul Fort, il a même fait escale deux jours de suite pour le plus grand bonheur d’un public fidèle, connaissant son Jamait par coeur! Largement mérité quand on voit ce qui se passe sur scène. Loin du tour de chant, c’est un vrai spectacle avec une mise en scène au tempo parfait. Entre deux rires, une émotion que l’on n’avait pas vue venir et qui ne peut empêcher les larmes, un coup de griffe politique, une caresse au temps qui passe, une esquisse d’un tableau de famille, des embruns qui emportent vers le large et dont la beauté fait chagrin…

Quand Yves Jamait a débarqué à quarante ans, de sa province natale avec ses chansons frappées au coin du quotidien, portées par cette voix un peu éraillée et son allure sombre, certains l’ont directement affublé de  « chanteur réaliste aux faux airs de titi parisien ». Un comble pour un dijonnais de coeur, attaché à ses origines. Très faux les airs de titi ! La casquette est irlandaise et pas du tout raccord avec le Ménilmontant des orgues de Barbarie. Oublions !

Oui, oublions! Car Yves Jamait est tellement autre chose, tellement moderne dans ses passions comme dans ses coups de gueule. Le regard qu’il porte sur le monde, sur la vie, tient plus du sociologue que du poète lunaire perché dans ses beaux sentiments. Il parle politique mais les mots ne versent jamais dans le manichéen ni la caricature. En presque quinze ans, il a même appris à glisser davantage de douceur et de bienveillance. Yves Jamait n’oublie pas le monde ouvrier dans lequel il oeuvrait avant la scène mais il ne pratique pas pour autant l’angélisme social. La bêtise n’épargne aucun milieu. Pas même celui là. Au Bar de l’Univers, tous les chats ne sont pas gris mais les textes ne parlent pas non plus que de ces rencontres en terrain connu. Le temps qui passe, les absences, la vie sur ses rails, les mains qui caressent, la supplique discrète de tendresse… En sortant, personne ne regardera plus son parapluie de la même façon. Les petits déjeuners face à la mer auront souvent la douloureuse beauté de la bouleversante « Même sans toi ». Et les mains battront encore à l’unisson de la superbe Amor Fati qui nous rappelle que « nous n’avons de devoir que de devenir vivants ».

Performance ininterrompue.

Yves Jamait est un showman. Il ne bride pas son énergie. En deux heures trente de spectacle, il chante, s’enflamme, saute, danse, s’amuse, prend une guitare, reprend une gorgée de bière (« par principe artistique »), joue la comédie, endosse l’habit du pilier de comptoir pour mieux reprendre la panoplie de l’attendri. On se demande pourquoi le cinéma ne lui a pas encore fait les yeux doux… Mais évoquer les concerts de Jamait sans parler de ses quatre musiciens est impossible tant ils apportent eux aussi leur pierre à l’ édifice du succès. Avec une mention spéciale pour Samuel Garcia (claviers, accordéon) et Laurent Delort (guitares, banjo). Ce dernier démontre ici ce qu’il tente de cacher depuis des années : il a bien quatre mains dotées chacune de quinze doigts pour jouer avec autant de virtuosité. Le moment solo offert en milieu de soirée pour refermer une chanson est un pur moment de grâce.

Le public exulte, tape dans ses mains, chante ou se laisse emporter par les mots, prêt à ce que la soirée reste ouverte… à Jamait. Mais il faudra pourtant repartir! L’artiste reviendra alors une dernière fois, entouré de ses complices, pour un final d’anthologie, un long « medley pourri » (traduisez joyeux mix de medley et de pot pourri!). Jusqu’au bout, Yves Jamait a donné et partagé. Incroyable soirée!

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

Le nouvel album d’Al Delort se consume avec délectation.

Six ans après « Convoi exceptionnel », Al Delort peaufine les derniers accords de « Nicotine », son troisième opus. Un album qui va surprendre. Plus rock, plus électrique. Libre. Enfin!

L’automne a la couleur estivale dans ce petit coin de paradis, niché entre Toulouse et les Pyrénées. Des chevaux, une vue à couper le souffle, quelques maisons dispersées dans le domaine. Et dans l’une de ces habitations, insolite, un studio d’enregistrement dernier cri. C’est dans ce lieu incroyable, qu’ Al Delort met en boîte quelques uns des titres de son futur album.

Pour qui croirait aux pieds de nez du destin, comment ne pas voir de jolis présages dans la découverte, cet été, de ce lieu pas comme les autres qui a à sa tête… Bruno Mylonas, l’un des plus grands ingénieurs du son français (Vanessa Paradis, Michel Sardou, Michel Polnareff, Bernard Lavilliers, Yannick Noah…) De quoi séduire et rassurer celui qui s’apprête à livrer un troisième album.

Et justement, ça bosse. Si l’humeur est concentrée, elle est aussi joyeuse car « Nicotine », le titre qui donnera son nom à l’album, vient de trouver sa meilleure patine. On en connaissait une première version depuis quelques semaines. Celle-ci efface toutes les précédentes. Musicalement, la différence est nette. Même constat pour « La reine blanche ». A l’évidence, les cordes électriques subliment les amours historiques ! Quand une Fender 64 se pose sur les mots toujours aussi finement taillés, c’est une douceur supplémentaire qui les enveloppe. Al Delort s’autorise enfin à mettre de l’électrique dans ses partitions et ça sonne incroyablement bien. Bruno Molynas partage d’ailleurs cet enthousiasme. « Il faut avoir la vision du but. S’autoriser à viser ce but là car à la fin, il ne doit pas y avoir de frustration. Un disque réussi, c’est quand une fois passée l’écoute, on se dit « Yes!! C’est exactement ça! »

C’est sans doute pour toutes ces raisons qu’Al Delort se lâche! Ou plutôt, qu’il ne se censure plus. « Avant, je pensais que les mots étaient plus importants, que la voix restait à leur service et que la guitare pouvait rester acoustique. Aujourd’hui, à ce moment de ma vie et de mon parcours, je me dis que j’ai le droit de me faire plaisir. Ca peut surprendre. Ca va étonner ceux qui me suivent depuis le début. Mais je joue de la guitare depuis plus de quarante ans alors il était temps de montrer que j’aimais celles-là aussi, non ? » Une question lancée dans un sourire mais où transperce malgré tout une forme d’angoisse. Pas facile de se lancer dans cette nouvelle aventure alors que l’on sait la fragilité du disque, les aléas d’un métier où la solidarité n’est pas toujours de mise, où exister surtout est compliqué. Se faire un nom. D’ailleurs AL retrouve son nom de famille et le reprend pour aborder ce virage. Se faire un prénom… Un challenge supplémentaire désormais lui qui se plait à dire qu’il est un « père de » (Louis, en l’occurence, artiste époustouflant qui vient de sortir son premier album avec ses amis des Sheperds). Mais il y croit. Et il a raison!

Les chanceux qui ont eu le privilège d’écouter les titres finis ne peuvent que partager son envie. Thibaud Couturier (auteur-compositeur-interprète, complice des mots de Vassiliu et de Mickaël Jones, première partie des tournées de Maurane, Kaas, Le Forestier..), venu partager cette aventure et distiller ses conseils autant que son amitié (il connait Bruno Molynas et Al Delort depuis très longtemps) ne pensait pas que les enregistrements se passeraient si vite. Il ne cache pas son admiration. « Al écrit superbement et super vite. Quand on lui suggère un mot plutôt qu’un autre, il ne s’offusque pas. Il est très à l’écoute. Pour la musique, c’est pareil. L’un a l’idée du violoncelle, l’autre d’une guimbarde… On cherche ensemble et ça avance au delà des espérances. L’objectif des huit titres enregistrés en quatre jours devrait être atteint. Et ce qui est prêt envoie. Sincèrement, il s’annonce magnifique cet album! »

Désormais de retour dans ses terres, Al Delort met la dernière main aux refrains qui restent à habiller. L’enregistrement devrait avoir lieu dans les semaines à venir du côté de Lyon, ce qui permettra la présence de musiciens avec lesquels il a l’habitude de jouer. Si tout va bien, peut-être pourra t’il aussi bénéficier de la présence d’un batteur de très grand renom sur l’un des titres. Et de la virtuosité de Théo et Valentin Ceccaldi pour les partitions de violons et violoncelles.

Le moment est fragile car encore à la création. Et aux doutes. Mais le moment est émouvant surtout car Al Delort joue sans masque et s’apprête à livrer enfin le disque abouti auquel il n’avait encore jamais osé croire. Porté par deux complices professionnels uniques qui l’ont poussé vers sa liberté.

Magali MICHEL. 

(N’en déplaise à sa discrétion, il existe sur Kiss Kiss Bank une possibilité de soutien à Al Delort. Les petits fleuves font parfois de belles rivières musicales…)

 http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/al-delort-nouvel-album–2 // https://soundcloud.com/al-delort

Les mots sillons creusés par Al Delort.

Convoquez Souchon, Cabrel. Pensez à Bobby Lapointe, Vassiliu. Ajoutez quelques notes de Brassens, de Graeme Allwright, de Gainsbourg même aussi. Et… oubliez! Dans ce pays où la mise en cases rassure et vaut signalétiques pour repérage immédiat, nul besoin de comparaisons forcément limites. Ça tombe bien Al n’imite personne. Sonneur de mots, son heure arrive. Qu’elle soit enfin à la hauteur de ce compositeur-interprète pop-folk bien trop rare.

Il parait que les dessous chics, c’est ne rien dévoiler du tout. Mais l’exception autorisera la confession. Alors, autant l’avouer d’emblée, écrire sur un jongleur de mots qui renvoie certains textes de « confrères » au rang de pâles brouillons, est une tâche aride. A moins d’avancer en mégalo inconscient, on se dit que forcément, tout ce qu’on pourra écrire sonnera pâlot. Ensuite, il faut s’affranchir de l’émotion ressentie à l’écoute de ses chansons. Pas une claque! Marre de cette expression violente, gimmick de tant de chroniques désormais. Non ! Une lame de fond plutôt, du genre qui vous emporte et vous laisse quelques instants hébété sur la rive après vous avoir fait chavirer. Enfin, il faut oublier la générosité non feinte, la confiance accordée par celui qui a partagé l’esquisse de son futur album. Une écoute des premiers enregistrements. Quelques extraits fredonnés. Fragiles. Bref, il faudrait réussir à la jouer détachée. Mais au fond… pourquoi? Pourquoi ne pas assumer ses coups de cœur artistiques et ne pas prendre sa carte du parti pris ? Alors oui, inutile de le cacher, ici, on aime Al. Et on est bien. (Pardon Laurent… j’essayais. En vain.)

A l’âge où d’autres décrochent, Al Delort poursuit sa route. Il a la cinquantaine rugissante mais tranquille. Qu’importe si les chemins ont parfois été de traverse. Le moral a sans doute tangué mais après plus de trente années de compagnonnage avec sa guitare, ses textes et ses mots posés sens dessus, autre raison dessous, il n’a rien perdu de son enthousiasme et de ses jubilations. Et c’est beau à voir. C’est même assez contagieux.

Trente ans pourtant effectivement depuis les premières scènes. Celles de la dure école des bals. « Mon père était cheminot. J’ai arrêté l’école à seize ans. J’ai très vite compris que la guitare classique serait ma seule solution pour accéder à la musique. Alors j’ai appris et travaillé. Dans ces années là, les jeune musiciens étaient très sollicités. On venait nous chercher jusque dans les caves où nous répétions pour nous convaincre d’abandonner momentanément nos morceaux pour jouer de la  variétoche. Je ne sais pas si c’est la meilleure des écoles mais coté orgueil, c’est la plus compliquée : les gens viennent pour pleins de raisons mais certainement pas pour vous écouter. »

Un jour pourtant, il a réussi à quitter l’estrade. Grâce à la guitare, qu’il a alors enseignée, devenant un prof extrêmement recherché. Cette guitare toujours qui lui a valu une récompense importante, la Médaille d’Argent du Conservatoire. Et puis un matin, alors que la composition était la seule percée qu’il s’autorisait, il s’est inscrit aux Rencontres d’Astaffort, chères à Francis Cabrel. Libératoire! Al Delort a peaufiné l’écriture. Il a aussi entendu ceux qui lui disaient de chanter. « Cela a été déclic. J’ai cru à ces encouragements et je me suis lancé. Pas certain que les premiers publics n’aient pas entendu la voix qui tremblait en début de concert! Heureusement, en tous cas je l’espère, c’est loin désormais. Chanter est devenu naturel et même bonheur. Le trac est toujours là mais avec le temps, j’ai appris à le maîtriser. »

De ce patchwork du passé, des débuts hésitants, Al Delort n’a conservé que le meilleur. Au pire, il aurait consigné dans ses carnets et trouver moyen de le traduire autrement. « C’est vrai, je suis parfois un peu usant quand on me regarde faire. Je peux passer des journées entières à la prise de notes. Dictaphone de mon téléphone, carnet.. j’ai peur d’oublier alors j’enregistre, j’écris. Je vois une idée et j’attends que les mots suivent. Une belle idée me rend joyeux. J’aime ce parcours de création. Peu importe où mène la route, c’est le chemin qui est beau. Habiller de gaieté une histoire plutôt triste, provoquer des écoutes multiples. Surprendre pour contourner les émotions. »

Parfois, l’humeur est joviale. Comme avec la chanson phare, si entraînante, de « Convoi exceptionnel », son album, paru en 2008. « La fille qu’on voit exceptionnelle, belle comme un camion mais pas si terne, Cendrillon drôlement carrossée, au début j’l’avais pas remorquée… » Parfois, l’écoute est à deux temps. Et interpelle. « A l’arrivée d’un mauvais tour de Frantz, quand au Vel d’Hiv, ça a mal tourné, sur la piste les étoiles ont valsé, plus qu’les enfants d’Isieux pour pleurer.. » « Tant qu’on niait ». Plus efficace qu’un message.

En 2001, le club des Amis d’Al était créé. Mais le musicien a constaté que si le jeu de mots était drôle, l’identité était difficile à installer. Pas facile à placer en radio, pas assez sérieux, ou trop court. Sur son troisième opus, prévu début 2015, Al juxtaposera donc son patronyme. A défaut de redevenir Laurent, Al retrouvera Delort. Ce n’est pas un reniement plutôt une façon nouvelle d’impulser une carrière qui attend toujours son zénith. Même si des grandes salles, Al en a connu beaucoup, notamment comme guitariste d’Yves Jamait. « Je l’accompagne depuis treize ans. On a vécu des choses incroyables ensemble. Des Festivals, des passages à l’Olympia. Je me suis nourri de toutes ces expériences et j’ai aussi pu nouer des contacts car Al tout seul n’aurait pu exister suffisamment pour me faire vivre. »

Al Delort n’esquive aucune réponse et joue toujours franchise sur table. Alors que les commentaires ont toujours été unanimes, que les premières parties prestigieuses (Cabrel, Souchon, Allain Leprest) ont croisé les invitations aux quatre coins de la France, de la Belgique ou de l’Allemagne, il se contente de sourire et évoquer son avenir. « Entre deux dates avec Yves Jamait, j’ai trouvé du temps pour composer de nouvelles chansons. Il devrait en sortir une douzaine qui donneront vie au prochain album. J’espère qu’il sera bien reçu et qu’une voie plus large s’ouvrira à moi. A l’heure du formatage, des chansons FM, du jeunisme sinon rien, c’est compliqué de faire vivre ses chansons. Vivre dans la Bresse ne facilite rien non plus. C’est en Angleterre que j’aurais du pousser. Tellement plus de places là-bas… Mais je continue quand même! »

A l’intérieur de cet album (intitulé « Nicotine »), et en vrac, des sourires, des fous rires, de l’émotion, un zest de sensualité coquine, des habillages très léchés, la présence de violon et violoncelle sur certains titres et la voix du fils prodigue sur quelques autres… Car oui, et même s’il n’a pas du tout envie que l’on imagine qu’il profite du succès et de la carrière naissante de son illustre rejeton, Al est bien le père de Louis Delort, le surdoué de The Voice, de « 1789, les Amants de la Bastille » et désormais interprète de ses propres compositions avec The Sheperds, sa bande de copains musiciens. Avec son fils, Al Delort a co-composé « Sur ma peau », devenu un vrai tube. Il a aussi participé à l’écriture de certains titres de l’album de son cadet, comme « La sentinelle » (paroles du père, musique du fils). La musique est dans leur carte génétique et ne fait sans doute que renforcer la complicité du tandem. Mais des deux cotés, on est pudique alors inutile de s’étendre plus en avant. « La seule chose qui m’amuse, c’est de constater que je doive désormais me faire un prénom. Dans ce sens là, c’est assez étonnant. Je suis « le père de… » !! »

Dans quelques minutes, Al Delort sera sur la scène de la Chapelle Vendômoise. Une première partie de son fils, justement. (Mais parce que l’organisateur est un ami. Il le rappelle. Il insiste. L’opportunisme ne passera pas par lui.) Aucun trac apparent. La seule envie de partager et de faire plaisir. Et le partage comme le plaisir seront bien au rendez-vous. Certains sont venus de très loin et le suivent depuis longtemps. D’autres découvrent. Mais tous se laissent emporter par cette voix chaude, ces morceaux de vie détournés, cette guitare virtuose, la complicité installée entre deux chansons. La joie qui côtoie le plus grave.

De quoi rendre impatient et espérer beaucoup de « Nicotine ». De cet « Hotel il tonne », de ces morceaux superbes alors qu’il les juge encore « en devenir », hésitant entre deux tonalités, trois habillages. De la scène qui suivra et leur donnera vie, avec la présence de quatre ou cinq musiciens à ses côtés.

Al Delort attend avec la sagesse de celui qui a tout vécu mais affiche l’enthousiasme d’un adolescent qui veut toucher son rêve. La bonne heure est à portée de notes. Le micro-sillon deviendra grand.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

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En scène, ça tourne!

Cette fois, on y est ! Balayés les derniers grains de sable, foutus squatters de nos Converse post baignades. Estompé le bruit mécanique des vagues échouées sur le rivage. Même si la météo la joue fourbe et tente de faire diversion pendant que les feuillages décrochent, la rentrée n’est pas belle mais bien là. Ses réveils anticipés, ses périphériques saturés. Et sa course constante. Pas le jogging matinal parmi les pins. Non ! la course contre le temps, la course pour tout et souvent pour rien. Il y a de la grise mine sous le bronzage. Bonne nouvelle pourtant : la rentrée 2014 sera un bon millésime. Coté concerts, le plus difficile sera donc de choisir. A vos agendas!

Beck.

Le 11 septembre, Beck sera au Zénith de Paris avec Sean Lennon (oui, le fils de!) Le songwriter le plus prolifique de ces dernières années devrait encore une fois faire salle pleine. Deux jours plus tard, lui succédera la sublime Lauryn Hill (ex-Fugees) et son soul si maîtrisé. Changement radical de registre le 30, avec The Libertines et son incontrôlable leader, Pete Doherty. Quand le musicien est dans un jour « avec », ou plutôt sans ses démons énivrants, la performance est au rendez-vous et le moment toujours mémorable.

Dans la série, gros barnum, Jay Z et Beyonce installeront leur « On the run Tour » au Stade de France les 12 et 13. Il va falloir jouer vite pour tenter de reprendre « Single Lady » avec la belle dans les tribunes de Saint-Denis car le second soir est complet et le premier le sera sous peu.

Américaine aussi mais dans la série « old legend » cette fois, Joan Baez organise son sitting à l’Olympia du 30 septembre au 7 Octobre. L’ égérie du folk contestataire des années 60 est en tournée mondiale depuis plusieurs mois; la « Dylan au féminin » a toujours autant de succès et il ne reste plus que quelques places pour les deux derniers soirs.

Des airs contestataires aussi souvent chez Sanseverino qui s’attaque cette fois au répertoire des années trente. Ce nouvel opus, intitulé « Le petit bal perdu », sera (notamment) interprété dans le cadre intimiste du Divan du Monde (Paris) le 20, deux jours avant la sortie de l’album.

Christine and the Queens.

Ca chauffera aussi du côté des tour-bus: Florent Pagny s’élancera le 15 pour trois mois. Pascal Obispo poursuit sa tournée triomphale jusqu’au 19 décembre. Etienne Daho, largement rassuré par sa tournée estivale, promènera son « Diskonoir Tour » du 27 septembre jusqu’au 20 décembre. CharlElie Couture a momentanément oublié ses toiles et son atelier new yorkais pour revenir le temps de quelques dates, du 22 septembre au 23 Novembre. Miossec sera voyageur du 7 Octobre au 8 décembre. Michel Jonasz et Jean-Yves d’Angelo, son complice de toujours, reposeront leur « Piano Voix -saison 2 » du 19 septembre au 30 Mai pour vingt-cinq dates, avec passage au Casino de Paris le 6 février. Quant à la nantaise Christine and the Queens, véritable révélation 2014, désormais entourée de danseurs et musiciens, elle se promènera (après son passage au Festival Scopitones de Nantes) jusqu’à la fin de l’année.

En septembre encore, Louis Delort et The Sheperds se remettront en route. Plusieurs dates de la tournée avaient été reportées, le premier album du groupe étant repoussé à l’automne. Tout est désormais prêt pour le partage. De quoi réjouir leurs nombreux fans que les premiers extraits avaient rendu très impatients. Le 20 septembre, le groupe sera en concert à la Chapelle Vendomoise (Loir et Cher) – à noter en première partie, la présence d’Al Delort (oui, le père de!), incomparable jongleur de mots, observateur aigu de la vie et de ses errements- avant une tournée jalonnée de nombreuses dates dont le Trianon (Paris), le 9 octobre.

Louis Bertignac démarrera au Divan du Monde (Paris) le 9 Octobre une série de concerts intimistes puis enchaînera sur une tournée de salles plus importantes l’an prochain. Son nouvel album est lui aussi très attendu.

Kyo, qui a réussi son retour après une décennie de silence, démarre son « Graal Tour » le 2 octobre (Olympia le 23, déjà complet) et le poursuit au moins jusqu’à la fin février. Le trio anglais de London Grammar repassera en France pour quatre dates exceptionnelles (dont Dijon le 30 septembre et le Palais des Sports de Paris le 22 Octobre). Anglais lui aussi, Lewis Watson sortira ses guitares le 6 octobre au Casino de Paris.

FFF, qui a été de tous les festivals ou presque cet été, poursuit sa route. Après Bayonne le 8 septembre, ce sera Le Petit Bain (Paris) dans le cadre des « Villes des musiques du Monde ». Même chose du côté de Skip The Use. Redémarrage le 25 septembre à Dijon pour deux mois dont une escale au Zénith de Paris le 10 octobre.

Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc créeront l’évènement au Palais Omnisports de Bercy du 5 au 9 novembre. Plus de 80.000 spectateurs et une billetterie prise d’assaut sitôt l’ouverture. « Les Vieilles Canailles » font recette. Respect.

Bercy, qui est en pleine rénovation, restera ouvert pour quelques soirs supplémentaires et accueillera Kylie minogue le 15 novembre, Elton John le 19, les Shaka Ponk le 20, Lenny Kravitz le 23 (sa tournée se poursuivra ensuite en France) et la toujours étonnante Lady Gaga le 24. Fort du succès de son dernier album, disque de platine quelques jours après sa sortie, Calogero y allumera ses « feux d’artifices » le 22 avant de poursuivre sa tournée pour plusieurs mois.

Ed Sheeran sera en concert à Villeurbanne le 22 Novembre et le 27 au Bataclan (Paris) avant de revenir pour plusieurs dates exceptionnelles en février. Sa présence de ce côté ci de la Manche est un évènement qu’il vaut mieux ne pas rater car le monde entier s’arrache ce jeune britannique, dont on ne compte plus ni les tubes, ni le récompenses.

De quoi tenir jusqu’aux fêtes de fin d’année. Au moins. Choisir, c’est renoncer dit-on. Malin!! Et celui qui n’a pas envie de renoncer, il fait comment ?

Magali MICHEL.