ILS OEUVRENT DANS L’OMBRE: François Montupet, monsieur cent mille com’

Alors que résonnent encore les échos des dix jours de fête imaginés pour les dix ans du Ferrailleur, rencontre avec celui dont la renommée va bien au delà de ces quais de Loire, François Montupet, son chargé de communication. Ce grand manitou de la com digitale, expert en réseaux sociaux, toujours une tendance d’avance, a su tisser sa toile et offre depuis six ans d’autres atours à l’adresse la plus courue du Hangar à Bananes. Certains lui font désormais les yeux de Chimène pour qu’il fasse grimper la visibilité de leur marque… Il n’y répondra que si l’envie est là. Car le garçon est du genre passionné. Le mot est faible.

Rendez-vous était pris depuis longtemps. Mais François Montupet, qui trouve des évidences dans le partage et fait de la discrétion une vertu essentielle, préférait laisser passer les 10 ans du Ferrailleur pour permettre de voir le travail accompli par les équipes bossant à ses côtés durant les festivités. «Entre les retransmissions des concerts sur l’écran géant accroché à l’extérieur, les réalisations de vidéos pour Facebook ou Twitter, les Facebook live chaque jour, depuis les concerts sauvages jusqu’aux after, donc de 17h00 à 4h du matin environ, les concerts shootés par un ou deux photographes en plus des photos, des tweets et posts que je faisais moi même entre coulisses et terrasses, il y a eu un gros travail de communication et nous avons enregistré des nombres impressionnants de connexions. Ce qui prouve l’intérêt de ces partages  quand les gens sont en attente et ont envie de nous suivre, même à distance. Mathieu Alh, le réalisateur, et ses quatre cadreurs ont fait un boulot de dingue. Les photographes aussi. Le temps ayant rajouté l’atout majeur, cet anniversaire a été en tous points une réussite absolue pour toute l’ équipe et pour moi aussi bien sûr. »

François Montupet avec Mathieu Alh, réalisateur.

Cet anniversaire, François Montupet l’a anticipé comme tous ici depuis plus d’un an. Parce qu’il est comme ça et qu’il ne laisse rien au hasard. Bosseur impressionnant, il est aussi et surtout un grand passionné. Et la passion, ça ne se vit que pleinement! « Il y a une huitaine d’années, j’avais rencontré Thomas (Nedelec), le gérant du Ferrailleur, alors ingénieur du son d’ Ultra Vomit. C’était dans une salle de la région parisienne où je jouais ce soir là avec mon groupe, The Four Horsemen. Quelques mois plus tard, Thomas nous a demandé de venir faire un concert au Ferrailleur. J’ai découvert la salle, le matériel impressionnant, l’équipe super soudée et la qualité de l’accueil. Ca a été un super moment. Lorsque je me suis installé à Nantes quelques mois plus tard, je me suis naturellement rapproché de Thomas, de Max, le programmateur, et je leur ai proposé de penser l’image du lieu autrement. J’étais convaincu qu’il existait d’immenses possibilités avec les réseaux sociaux, je sentais qu’une autre stratégie de communication différente, plus large, porterait ses fruits et ferait parler de la salle bien plus loin. »

Des photographes sont fidélisés, des plaquettes éditées, des comptes sur tous les réseaux sociaux sont ouverts et n’ont jamais cessé depuis d’être constamment alimentés. « Il faut savoir réagir vite, choisir les bonnes photos, rédiger des posts qui atteindront leurs buts, retranscrire avec précision, mettre en avant la diversité culturelle, les différents types de concerts mais aussi tous ceux qui les fréquentent. C’est un boulot extrêmement chronophage car on est toujours en alerte. Quand je ne poste pas, je regarde ce qui se fait ailleurs. La scène importante doit être au centre de tout, il ne faut rien laisser passer. Après ces années, je pense que nous pouvons être contents. L’image du Ferrailleur diffuse largement et les retours sont très bons. Il existe une vraie interaction avec les followers qui sont d’ailleurs de plus en plus nombreux. Quant à l’image elle-même, elle est ultra positive. Pas mal comme bilan pour une salle 100% autofinancée depuis sa création! »

Histoire de rajouter encore à la programmation de la salle, François Montupet (qui doit bien avoir trente idées par minute, une ébullition permanente sous une apparence très calme) a eu l’idée d’organiser un évènement pour combler les jours sans concert, le lundi ou le mardi notamment. Ainsi sont nés les « Apéros Numériques », sorte de conférences-débats à l’entrée gratuite avec un ou plusieurs intervenants réputés autour d’une thématique forcément ancrée dans la communication digitale et ses nombreuses problématiques. Pour ouvrir le bal, il s’est attaché la présence de Mathieu Sommet, le youtubeur suivi par près de deux millions d’abonnés, présentateur de « Salut les Geeks ». « Mathieu avait rencontré Andréas et Nicolas, il connaissait le Ferrailleur et venait de s’installer à Nantes… L’occasion était trop belle! J’avais déjà réalisé quelques interviews, je l’ai sollicité et il a accepté de lancer nos Apéros Numériques. Avec le public, qui était composé de fans mais aussi de curieux ayant envie de comprendre comment un youtubeur pouvait arriver à une telle notoriété, il y a eu de superbes échanges. De quoi penser très vite au thème du second Apéro, le rythme étant approximativement d’un rendez-vous par trimestre. »

« Comment communiquer sur un festival ? » en présence des staffs du Hellfest et de Hip Opsession, « Les femmes dans le numérique », « l’e-sport », sont quelques uns des rendez-vous passés. Le 13 juin prochain, à l’occasion du cinquième numéro, les débats porteront sur « l’influence des réseaux sociaux sur les journalistes », autrement dit, les premiers seraient ils en train de tuer les seconds ? On y parlera également des fameuses fake news, plus que jamais dans l’actualité.

Là où certains se contenteraient de tendre le micro, François Montupet peaufine ses rendez-vous durant des jours, choisit ses intervenants avec minutie, les rencontre, prépare avec eux, joint par téléphone d’autres spécialistes, planche sur des questions annexes pour que le jour J, il ne soit pris au dépourvu par aucune remarque. « C’est passionnant à mettre en place, tellement enrichissant sur le plan humain et professionnel. C’est stimulant de toutes parts. Pour le Ferrailleur, c’est aussi une autre image. Ces débats sont gratuits, ils se déroulent dans la salle avec les invités sur scène et le public assis autour de tables hautes. Ca permet à des gens qui n’étaient jamais venus à des concerts ou ne connaissaient pas le bar de les découvrir et d’avoir le goût de revenir. C’est une autre résonance que je trouve sincèrement ultra positive. »

Même regard pour le Nantes Metal Fest sur lequel ce touche à tout veille depuis six ans. « C’est Bad, portier historique du ferrailleur et bassiste du groupe So What qui avait émis l’envie de voir créer un festival de metal durant un gros week-end au Ferrailleur. Alors on a réuni une équipe de bénévoles passionnés, je me suis transformé en régisseur général et on a foncé. Sans budget, avec une ligne de conduite fixée et jamais modifiée : cinq groupes pour 12 euros, le pass trois jours pour 30 euros. Les groupes ont joué le jeu, le public a répondu présent et aujourd’hui, on a un budget de 7.000 euros. Ce n’est peut être pas énorme mais nous, nous le prenons comme une sacrée récompense qui nous offre des possibilités accrues. »

Puisque ses journées ne doivent décidément pas jouer la montre et se limiter à 24h, impossible de ne pas préciser que François Montupet a aussi signé avec Filling Distribution, distributeur de pédales d’effets voilà deux ans et depuis plusieurs mois avec Flibustier, une marque de bijoux haut de gamme lancée en 2011 et franchement rock. Cohérence toujours. Passionnant, inutile d’en douter.

« C’est toujours le même constat : si on crée quelque chose de formidable mais que personne ne le sait, il y a un problème. Alors il faut échanger, communiquer, trouver la meilleure synergie, les bons ressorts et diffuser le plus largement possible avec les moyens actuels. Internet est une zone de liberté et d’avenir quand on sait l’utiliser pleinement. C’est tellement vaste et passionnant. Aujourd’hui, toutes mes activités se complètent dans une certaine harmonie. J’ai la chance de m’éclater en travaillant avec des équipes qui sont ouvertes et me font confiance. Je ne vais quand même pas bouder mon plaisir ! » Les yeux verts sourient, à peine cachés par la casquette de base ball. Trois pas dans la rue et déjà on l’interpelle. A force d’assurer la promotion des autres, il a fini par sortir de l’ombre. Monsieur social média n’avait pas prévu ça. Il le vit avec décontraction et tente de convaincre que c’est parce qu’on le voit au Ferrailleur. Un peu court quand même. Limite fake news pour le coup !

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

« Panzer Surprise » : Ultra Vomit collectionne les standards !

Ça a des allures de pyjama party à la pépère, col chemise, rayures et boutonnage, voire même robe de chambre pour certain, malgré la chaleur étouffante qui règne dans le Ferrailleur. Pour les 10 ans de la salle nantaise, les quatre énergumènes d’ Ultra Vomit avaient promis « un show spécial très spécial », ils l’ont fait! Après un récent passage par Stéréolux et un Alhambra sold out, la date pouvait avoir des allures de show case, ils ont pourtant joué le jeu à fond. Un anniversaire quelques jours après la sortie de leur nouvel album, la fête ne pouvait qu’être belle. A la hauteur de ce « Panzer Surprise » magnifiquement produit.

Pour ceux qui ne les connaissent pas encore, gaffe à ne pas tomber dans le piège : Fetus, Manard, Flockos et Matthieu Bausson sont d’incontestables rois de la vanne, prêts à migrer vers un look capillaire de premier communiant (on y croit !) pour une parodie encore plus délirante mais ce sont avant tout des musiciens top niveau. Et c’est cette incroyable alliance de riffs bien envoyés et de paroles quinzième degré qui crée l’ alchimie et met tout le monde d’accord. Neuf ans après «Objectif Thunes» qui avait véritablement entériné leur personnalité, Ultra Vomit frappe plus fort encore avec un nouvel opus où les parodies, ADN du groupe, sont encore plus abouties.

« Ce n’était pourtant pas gagné », raconte Manard, le batteur. « On était tellement heureux des retours d’ « Objectif Thunes », la tournée avait été si belle qu’ on ne voyait pas trop comment enchaîner sans risquer le « moins bien ». Les gens nous attendaient au tournant alors on a préféré se donner du temps. Les mois ont filé, je suis parti quatre ans à Montpellier, Nicolas jouait avec Andreas, et puis Rage Tour, notre tourneur, nous a dit avoir encore des demandes de dates. On en a fait une dizaine, Matthieu est arrivé à la place de notre ancien bassiste, parti rejoindre Black Bomb A et tous ces évènements nous ont redonné un coup de fouet. On a repris notre  cahier à idées, de nouvelles vannes ont fusé, des envies de les jouer « à la façon de… » ont suivi et « Panzer surprise » s’est mis sur les rails. Avec le recul, je pense que ce temps de maturation était nécessaire.»

Le producteur du précédent album pris par d’autres projets, c’est vers Fred Duquesne que les nantais se sont tournés pour enregistrer « Un pote nous a dit, « Fred, c’est le meilleur ! » Du coup, on a foncé. On savait son niveau de jeu avec des groupes comme Watcha ou Mass Hysteria, c’est un putain de guitariste. On savait aussi ce qui sortait de son studio, la puissance qu’il pouvait donner à un morceau… et on n’a pas été déçu. Fred a sa formule, cette expérience qui lui permet de savoir exactement où il va. Du coup, on a eu le son recherché. Son savoir faire était une sécurité. On a bien eu quelques débats mais c’est toujours le mieux qui l’a emporté. Et puis c’est un mec généreux. Il a vu que nos chansons pouvaient ne faire qu’une grosse minute, le degré d’exigence était identique à un titre cinq fois plus long. Alors il nous a rajouté des journées supplémentaires dans son studio et on a eu cet album qui nous rend vachement heureux. »

Il aura suffi de quelques jours pour que certains titres se fassent déjà connaitre. Comme « Calojira » (génialissime « Face à la Mer » de Calogero revisité par Gojira), « Kammthaar » (où Fetus, imitateur décidément très doué, ferait pâlir d’envie le timbre de Till Lindemann, le leader de Rammstein) ou «Evier Metal», sorte d’Iron Maiden vantant des instants purement domestiques. « Je suis le petit père metal du groupe », poursuit Manard. « Je voulais reprendre Gojira depuis le début. Même chose pour nos amis allemands mais Lindemann a un organe… euh, comment dire.. un bel organe alors il ne fallait pas se louper. Fétus imitant avec une facilité déconcertante tous ceux qu’il croise, on s’est dit qu’il pouvait le tenter. C’est tellement réussi qu’on regretterait presque de ne pas y avoir pensé plus tôt. Le clip est tourné. Sortie officielle le 31 Mai. »

«  Pour « Evier Metal », l’histoire est à épisodes. Je jouais dans un groupe de heavy avec Andreas (l’autre complice de Nicolas). Sur un pupitre, il y avait des paroles du genre « In the middle of the night ». On a déliré autour en y ajoutant des suites. On a posé ça sur notre fameux cahier. Et puis un jour, alors que nous cherchions des paroles en français, on est retombé dessus, on a traduit, balancé des idées et en une nuit, la chanson était là. La parodie aussi. Ce titre nous a bien fait marrer.»

Si l’humour est la base même de ces maîtres du metal parodique, il existe malgré tout des limites que les musiciens ne franchiront pas. Trop de bouteille pour tomber de le piège de la facilité provoquant le mauvais coup  de buzz. « On avait un morceau qui devait s’appeler « Je suis PD ». Ce n’était évidemment pas un jugement, juste l’histoire d’un type qui faisait son coming out, un morceau à la « Canards ». Mais on n’a pas voulu que ce titre focalise toutes les attentions et que les gens, les critiques notamment, y voient un truc sulfureux même s’il ne l’était pas. Alors on a préféré renoncer. Notre seule auto-censure véritable comme vous pouvez le constater en écoutant l’album. »

Impossible de citer tous les morceaux (il y en a 22) mais dans une set list toute personnelle, il serait impossible de ne pas ajouter à ceux précités « Takoyaki » couleur Baby Metal, « Un Chien Géant » en mode Tagada Jones, « Jésus » (qui devrait rester dans les mémoires du Hellfest où le groupe se produira sur la Main Stage le 17 juin prochain) ou bien encore « Super Sexe ».

Il y a dix-huit ans, lorsqu’ Ultra Vomit s’est lancé sous une identité qui signait déjà le parti pris, pas sûr que le groupe ait franchement été pris au sérieux, voué même pour certains puristes aux blagues les plus courtes. Avec ce nouvel album, les cordes de la dissonance ne se font plus entendre. Chacun s’accorde au contraire sur la technique impressionnante des nantais (les moments où ils laissent la part belle à la musique durant leurs concerts sont de beaux exercices de virtuosité) et leur réussite dans un genre peu fréquenté. La place laissée libre durant ces neuf années n’a pas été reprise. Preuve qu’il faut autre chose qu’une six cordes et des blagues carambar pour s’imposer dans le metal parodique. Le 10 octobre prochain, Ultra Vomit sera au Trianon. On ne sait pas si Calogero ou les frères Duplantier seront là. Mais les nantais, qui ne laissent rien au hasard, promettent que la fête sera belle. Avec ou sans pyjama.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– « Panzer Surprise » // Verycords : https://itunes.apple.com/fr/album/panzer-surprise et sur toutes les plateformes légales de téléchargements. –